Chapitre XV : Des squelettes dans le placard.
Salazar Langue de Serpent, élevé des vas-nus pieds, enlevé par les flammes à sa roue par les prieurs grandit dans une bâtisse de pierre. Il jura de faire du lieu de ses tortures le lieu de sa grandeur.
Il en fut ainsi.
Page 1 du Codex de Serpentard.
Eddy s'était caché dans le dortoir quand ses camarades avaient quitté la salle commune pour se rendre au train. Il avait ensuite caché ses affaires et préparé son sac. Après avoir chapardé de la nourriture tôt au matin au petit déjeuner, il pouvait rester tranquillement caché dans son dortoir pour ensuite rejoindre discrètement l'extérieur.
Gwendal, Kheiron, Tony et Salazar étaient retournés chez eux, le dortoir vide n'était occupé que par Charme et lui. C'était un peu étrange ce silence, mais bienvenu. Personne n'avait prit la peine de vérifier qu'il était encore ici, et il restait très discret. Charme semblait avoir deviné ce qu'il avait en tête et lui jetait des coups d'yeux verts suspicieux.
Au bout de deux jours, il devait quitter sa planque et rejoindre discrètement l'extérieur. Salazar lui avait parlé d'un passage secret sous la statue de la sorcière borgne qui mènerait vers Pré-au-lard.
Mr Berry l'attendait déjà à Birmingham, il lui avait envoyé une lettre avec son étrange corbeau. Il n'avait donc qu'à le rejoindre là-bas une fois hors de Poudlard. La veille de Noël, il quitta donc son dortoir en catimini avec son sac à dos sur le dos. Il avisa Charme couché sur le lit défait de Salazar.
—Sois bien sage en mon absence.
Il referma la porte sur son petit cri plaintif. Le soleil n'allait pas tarder à aller se coucher, peu de Serpentards avaient choisi de rester à Poudlard apparemment. Quand il descendit, la salle commune était vide. En rasant les murs, il ne croisa personne jusqu'au troisième étage. Il évita Picott qui nettoyait un graffiti de Gryffondor en se cachant dans un placard. Quand le concierge partit nettoyer une bêtise de Peeves, Eddy sortit de sa cachette et se dirigea vers la statue de la sorcière borgne.
C'était une énorme statue de pierre noire représentant une petite femme voutée et au globe oculaire énorme. Il se souvenait de ce que Sal lui avait dit de dire pour sortir :
—Dissendium.
Un escalier de pierre bascula de sous la sorcière, alors qu'il allait descendre il sentit une main lui attraper violemment l'épaule.
—Où comptes-tu aller, petit cancrelat ? gronda Apollon Picott à son oreille.
—Lâchez-moi ! siffla-t-il.
—Oh que non, tu vas venir avec moi !
Mais Eddy n'en avait aucune envie. D'un coup d'œil rageur, il fit basculer la statue de la sorcière sur le côté. Le coin de la bosse de son dos alla frapper violemment le concierge sur la tête qui tomba dans les pommes en lâchant le jeune homme. Il le regarda effondré au sol, effaré. Son corps s'agita, surchargé de magie et de panique. Il avait frappé cet homme volontairement. Et cela lui avait procuré de la satisfaction.
Ne réfléchissant pas davantage, il quitta le troisième étage en s'enfonçant dans le passage secret qui se referma derrière lui. Il descendit pendant longtemps, complètement paniqué et sur les nerfs.
Quand il émergea face à une trappe, il n'avait pas encore tout à fait réalisé ce qu'il avait fait. Il avait frappé un homme, certes hargneux et méchant et l'avait laissé pour mort derrière lui. Eddy jeta un coup d'œil derrière lui dans les boyaux sombres du passage secret. Il pouvait retourner sur ses pas et aider le concierge. Ou alors il pouvait prendre cette trappe et sortir retrouver sa famille. Il souleva doucement la trappe. Il se trouvait dans l'arrière boutique d'Honeydukes.
Le gérant était en train de discuter avec une cliente habillée d'une longue cape noire. Il ne faisait pas attention à lui et était en train de servir une quantité certaine de sucre à la sorcière.
Eddy commença lentement à sortir de sa cachette pour se faufiler contre un coin du mur. À un moment la trappe couina et la femme sous sa cape leva le regard vers lui. La sorcière était Mrs Jedusor faisant apparemment ses dernières courses de la soirée. Elle lui fit un petit sourire pincé qui rappela au jeune homme fortement Médusa. Elle happa aussitôt le gérant dans une conversation et lui fit un signe pour le laisser s'éclipser par l'arrière cour.
Reconnaissant de cette aide inattendue, il ne se le fit pas dire deux fois. Il quitta la boutique en fourrant dans sa poche une sucette qui trainait dans un bocal. En ouvrant la porte sur l'arrière cour, Eddy vit que le vent était glacial et qu'il neigeait fortement. En se baissant pour éviter le froid, il contourna la confiserie pour revenir sur une ruelle un peu plus excentrée. Par ce froid et à cette heure tous les sorciers étaient déjà rentrés chez eux pour préparer le réveillon.
De là, il leva sa baguette pour appeler le Magicobus mais rien ne se passa. Il savait que le Magicobus travaillait aussi les soirs de fête. Le jeune homme fronça les sourcils.
Il réessaya à nouveau d'appeler le bus, mais à nouveau sa baguette ne lui répondit guère. Il claqua d'agacement et de froid en se courbant pour éviter les rafales. Il savait lancer des sorts bien plus compliqués que quelques étincelles désormais ! Pourquoi n'était-il pas capable de lancer ces fichues petites étincelles de rien du tout ?
À nouveau, il leva sa baguette en espérant pouvoir appeler le bus magique, mais encore une fois elle resta mutique. Il poussa un cri rageur devant son impuissance.
—Eh bien qu'avons-nous là… un petit garçon perdu.
Il se retourna brusquement vers Mrs Jedusor qui tenait l'elfe par la main, ses achats dans l'autre. Dans la nuit il parvenait difficilement à voir son visage et sa cape et ses cheveux dansaient dans le vent furieux. Ainsi, elle avait l'air floue et fantomatique, comme l'ombre d'une bougie.
Elle s'approcha de lui et lui saisit l'épaule. Elle ne l'avait jamais touché jusqu'ici, sa peau était brûlante par rapport à la température glaciale.
—Vous allez quelque part ? Venez avec moi, il fait bien froid dehors.
Il tenta de se dérober mais fronça les sourcils devant la poigne ferme de la femme. Entre ses longs ongles il avait l'impression d'être piégé.
—Je vous remercie, Mrs Jedusor. J'allais y aller.
—Venez avec moi, j'insiste, murmura sinistrement la femme et le tirant à sa suite vers l'artère principale.
Même si la Jedusor lui inspirait de la méfiance, il ne voulait pas pour autant la blesser. Le souvenir de Picott évanoui était trop vif dans son esprit. Il lui emboita le pas de mauvaise grâce.
—Que faites-vous là Mrs Jedusor ? demanda-t-il finalement alors qu'elle récupérait un énorme chargement de sucre l'attendant près d'Honeydukes.
—Mes sombrals écoutent quand je les dresse, mais avec une sucrerie à la clef c'est beaucoup plus facile. Avec les enfants c'est un peu pareil, se moqua-t-elle cruellement. Et vous, où comptez-vous aller à quitter l'école en secret ?
La lueur d'un réverbère luisait sur un pan de la joue de Mrs Jedusor, dévoilant son visage souriant doucement. Elle avait une beauté froide et cruelle, ses yeux sombres pétillaient d'une malsaine curiosité envers ses intentions. Le jeune homme se sentit piteux et prit en faute devant cette créature inquiétante.
—Ça ne vous concerne pas, feula-t-il. Maintenant à moins que vous ne vouliez me dénoncer, je vais m'en aller.
—Allons, j'aurais pu vous dénoncer il y a bien longtemps, rétorqua Mrs Jedusor sans lui lâcher l'épaule. Mais il semble que vous ne puissiez pas partir avec vos petits soucis de baguette. Aucune mère digne de ce nom ne laisserait l'ami de ses enfants seul le soir de Noël par un tel temps. Venez avec moi.
—N-non, c'est bon, murmura-t-il. Je vais-
—Rentrer ? Voyons, nous savons tous les deux que vous ne le ferez pas. J'insiste.
Cette fois elle avait l'air beaucoup plus menaçante. Le pan de son visage bronzé avait prit une expression de serpent sur le point de mordre très semblable à celle de son mari.
Elle lui attrapa la main sèchement, l'elfe fit disparaître d'abord le chariot rempli de confiseries, puis leur attrapa les mains avant qu'Eddy n'ait pu se défaire de la prise de Mrs Jedusor.
Eddy se sentit attiré vers le sol dans un petit crac sonore. Quand il ouvrit les yeux, il ne discerna pas bien où il se trouvait. Il était au milieu d'un épais manteau de brume glacial Il sentit l'odeur de la vase et celle plus ténue de l'eau croupie dans l'air froid et humide. Au moins ici ne neigeait-il plus comme dans une tempête. L'elfe était à peine discernable et s'emparait déjà du chariot apparut avant eux.
—Emmène une part en cuisine, l'autre à l'étable. Je te verrais là-bas, commanda Mrs Jedusor à l'elfe qui disparut.
Elle se tourna ensuite vers Eddy, dans le brouillard ses traits étaient comme floutés.
—Ne me lâchez pas Mr Lee. Ou vous risquez bien de vous perdre dans la Mare de Salazar.
Son petit gloussement lugubre et son léger rictus furent suffisants pour qu'Eddy accepte de suivre cet ordre sans poser de question. En marchant derrière elle, Eddy se dit que ce qu'il était en train de faire était complètement fou. Il suivait une femme dangereuse dans un antre de magie noire où résidait un mage noir en puissance. Simplement, se dégager de cette poigne ferme dans le brouillard lui semblait inenvisageable tant celui-ci semblait menaçant. Il sentait l'Obscurus dans son corps s'agiter contre cette étrange magie hypnotique.
—Je ne veux pas m'imposer. Je vais retourner à Poudlard, murmura-t-il finalement.
—Mais vous ne vous imposez pas, Mr Lee. J'insiste, c'est un plaisir. Mes enfants et mon mari seront ravis de vous voir.
Il sentit de la sueur glacée couler le long de son cou et aurait donné tout ce qu'il possédait pour être de retour dans son dortoir chaleureux. Au bout de quelques instants de marche glaciale, la femme le lâcha. Ils étaient devant un grand bâtiment qui ressemblait à une église. Le bâtiment semblait aussi ancien que Poudlard mais en plus sinistre et froid. Les vitraux au deuxième étage représentaient un basilic sur le point de fondre sur sa proie et brillaient à la faible lueur de la lune. Mrs Jedusor lui ouvrit la lourde porte en chêne et le guida dans un hall ouvert sur une grande cour carrée. Une arche orientale ouvrait sur un salon de pierre. Mrs Jedusor lui saisit brusquement le cou pour l'emmener à sa hauteur en rentrant dans la pièce à vivre.
C'était une grande pièce de pierre grise creusée en soubassement autour d'une cheminée aussi grande qu'une voiture moldue. Elle faisait onduler des flammes verdâtres dans son âtre. Salazar et Médusa étaient au sol à jouer aux échecs, et Mr Jedusor lisait le journal non loin.
—J'ai trouvé un petit chat faisant l'école buissonnière, susurra Mrs Jedusor en entrant théâtralement en lui tenant la peau du cou.
Les trois regards des Jedusor se levèrent vers eux.
En le reconnaissant, Médusa devint encore plus verte que le feu, Salazar se figea et Mr Jedusor eut tout simplement un fou rire. Il rit devant Eddy et sa famille en se moquant du dépit affiché sur ses traits. Eddy se sentit honteux et rougit là où les jumeaux ouvraient de grands yeux devant l'hilarité de leur père.
Avec un sifflement moqueur Mrs Jedusor le lâcha pour aller s'asseoir dans un canapé le plus éloigné possible de la lumière des flammes. Mr Jedusor se calma quelque peu et adressa à Eddy un ricanement ironique :
—Voilà en effet un jeune homme qui n'a rien à faire ici. Vous étiez censés rentrer chez vos tuteurs aux dernières nouvelles.
Médusa et Salazar avaient arrêté leur partie et cette fois le regardaient d'un commun regard tendu et terrifié. Devant ce regard là, le jeune homme se sentit encore plus honteux, il ne savait pas quoi répondre à cet homme détestable.
—J'en ai décidé autrement, marmonna Eddy en ne sachant pas où regarder. Maintenant j'aimerai partir.
—Par ce froid ? En pleine nuit alors que vous êtes mineur ? N'aurai-je pas été votre professeur que je ne vous l'aurai quand même pas permis. Restez, ce sera un plaisir de vous avoir entre ces murs.
Quelque part, Eddy n'en doutait pas. Son professeur n'avait pas l'habitude d'être aussi soucieux de lui ni même porté sur la politesse. Il avait un sourire carnassier de loup en chasse. Il reprit cependant son journal avec un demi sourire.
—Laissez-moi partir.
—Tout le monde saura alors que vous avez fait le mur comme un enfant. Moi ce qui m'intéresse c'est de savoir pourquoi. Si la réponse et les motivations m'intéressent je pourrais peut-être vous laisser partir. Mais le temps que cette réponse vienne, je vous en prie, vous êtes le bienvenu.
Il avait parlé avec une sorte de politesse ironique teintée de mépris. Il remonta son journal au niveau de ses yeux et siffla :
—Médusa, Salazar, montrez à votre petit camarade où il s'installera. Au rez-de-chaussée, près des cuisines.
Les jumeaux se levèrent d'un bond et le tirèrent hors de la pièce. Avant que la porte ne se ferme, il eut le temps de voir Mrs Jedusor lui faire un clin d'œil sarcastique. Encore statufié, Eddy ne put que se laisser trainer par les deux Jedusor dans le couloir. Ils avançaient au niveau de la cour qui ressemblait beaucoup à la cour de métamorphose de Poudlard, avec une petite fontaine en son centre.
—Eddy, souffla finalement Salazar. J'ai déjà beaucoup de mal à m'occuper de moi même, je ne peux pas m'occuper de toi en prime.
—Ce que tu as fait, reprit Médusa à voix basse en ouvrant une porte. C'est complètement idiot… absurde, inconsidéré, bête.
—Tu as d'autres synonymes en stock ? grinça sèchement Eddy en la suivant avec Salazar.
—Oui, stupide, débile, complètement taré ? En fait tu as ton propre don, celui de te mettre dans des ennuis plus gros que toi, souffla Médusa. Je ne veux pas savoir ce qui t'a fait sortir de Poudlard en douce, notre père te tirera les vers du nez au diner. Voici ta chambre ou ta future prison si tu n'y prends pas garde.
C'était une grande pièce en pierre claire. Un grand vitrail fait de poissons, de serpents et de grenouilles de verre peint surplombait un petit lit dans lequel se trouvait un gigantesque serpent de la longueur d'un canoë. Il eut un bond de recul.
—Ne t'inquiète pas, c'est Nagini. Elle ne va pas te faire du mal puisque tu es invité. Elle est très câline, tu verras, lui répondit Sal alors que Nagini ondulait joyeusement vers lui.
Le serpent bondit entre les bras de son camarade et le gratifia d'un petit sifflement auquel Salazar répondit, Médusa rajouta un autre sifflement et pendant un instant, il n'y eut qu'un petit battement de langues incompréhensible.
—Nagini t'aime bien, lui confia Sal. Elle veut bien te laisser sa chambre.
—Ah… c'est sa chambre.
—Oui, quand je ne suis pas là, répondit Sal. Elle dort avec moi la plupart du temps.
Il eut un nouveau petit sifflement allègre et Nagini descendit de ses épaules et quitta la pièce alors qu'il ouvrait la porte. Après s'être assurés d'être seuls, Médusa et Salazar allumèrent des bougies dans la pièce. Eddy les regarda effectuer ce petit manège.
—Maintenant que tu es ici, tu es constamment sous les yeux de notre père, souffla Médusa. On va te donner un petit cours d'Occlumencie d'urgence avant le diner. Quand il te regarde focalise ton esprit sur quelque chose de particulier, de bien précis. Mais par pitié, je t'en supplie ne pense pas à moi.
Le dernier mot de sa phrase avait été prononcé si bas qu'elle avait l'air de l'avoir juste laissé glisser dans le vent. Elle baissait les yeux, terrorisée tandis que Salazar fronçait les sourcils.
—Ça vaut pour toi aussi, Sal, fit la jeune femme. Bien, pense à une image, n'importe quoi de puissant qui peut agir comme une barrière à montrer à la place de tes pensées. Tu l'as ?
—Euh…
Elle avait l'air si paniquée tout comme Salazar qu'il essaya de se concentrer sur une image. Il lui revint l'image de son bain alors que sa mère le prenait dans les bras. Il était tout petit, peut-être quatre ans ? Il voyait encore une fois ses bras et sentait la douceur de sa peau. Mais ses pensées furent attirées par le canard en plastique flottant dans son bain d'enfant. Le canard était jaune et vif encore dans sa mémoire, l'image fut aisée à retenir.
—Je crois que j'ai.
Sans prévenir Médusa posa ses yeux sur lui, il la sentit envahir son esprit et se mit à penser fort au canard de se baignoire. Il était jaune. Il était petit. Il souriait. Le petit canard jaune était mouillé. Il sentit Médusa essayer d'avancer dans son esprit et se remit à penser au canard encore plus férocement. Elle le lâcha.
—Ça tiendra quelques secondes, il faudra donc t'en tenir à ça. On n'est plus à Poudlard, Eddy. Ici c'est son terrain de jeu préféré.
—Il ne pourra pas me faire grand chose… Je veux dire, durant nos leçons je suis sous serment, ici ça n'a rien à voir. Si la situation dérape je trouverai un moyen de filer, essaya-t-il de la rassurer.
—S'il ne veut pas que tu partes, tu ne partiras pas, mon vieux. Méfie-toi de notre mère. Le soir, ne dort jamais sans bougie allumée près de ton visage. Tu la sentiras arriver, lui dit Salazar.
Eddy se figea à ces recommandations alors que l'on frappait à la porte. Un petit elfe avec un petit groin à la place du nez ouvrit doucement la porte.
—Maitre Salazar, Maitresse Médusa, le souper est prêt. Bonjour Mr l'invité des Maitres Serpentards, je suis Tinny.
L'elfe se baissa servilement en serrant contre elle l'espèce de couverture crasseuse qu'elle avait pour vêtement. Eddy connaissait mal les elfes. Newt lui avait dit que c'était des créatures puissantes souvent liées magiquement à la puissance des lignées sorcières. La petite créature semblait tellement triste et misérable qu'il se dit que cet elfe n'avait sans doute pas choisi son destin.
Médusa quitta la chambre la première, suivie de près par Sal et lui. Il n'avait pas envie d'être là, Mr Berry l'attendait sûrement dehors à Birmingham en se demandant où il était passé. Son absence de magie après son escapade avait ruiné ses plans et il ne comprenait pas pourquoi.
Ils longèrent un couloir décoré de fresques de serpents à deux têtes pour arriver devant une porte. Ici, Salazar et Médusa étaient très différents de Poudlard, ils avançaient sans expression d'une démarche robotique avec ce même air flegmatique. Ainsi, on aurait dit qu'ils auraient pu voir leur maison s'embraser devant eux sans bouger d'un pouce. Médusa poussa la lourde porte et rentra la première dans la salle de banquet.
Elle ressemblait à la Grande Salle de Poudlard en moins haute, moins grande et beaucoup plus sombre. L'eau noire s'étendait de la mare sous eux, séparés uniquement par une vitre de verre au centre de la pièce.
Mrs Jedusor et son époux étaient déjà à table, une chaise avait été rajoutée au milieu de la longue table de pierre. Jamais de sa vie Eddy n'avait été dans un endroit aussi glacial. À la veille de Noël, il remarqua qu'il n'y avait pas la moindre décoration, puis se rappela que cette tradition n'avait jamais eut lieu chez ses camarades. Il songea avec nostalgie au cake aux pommes que Tina et Queenie préparaient habituellement à Noël, et éprouva l'envie brûlante de partir là-bas alors qu'ils s'asseyaient.
Il y avait devant chacun d'eux un bol de soupe d'ortie dans une petite coupole argentée et fumante. Puis loin sur la table, il y avait un saladier d'étranges conques et tentacules de méduses. Eddy mangeait peu de nourriture sorcière avec ses tuteurs, il n'aimait pas vraiment ça, tout comme eux. Il retint un frisson d'appréhension.
Mr Jedusor leur permit de commencer à manger. Mais Eddy n'avait pas vraiment faim, son professeur le lorgnait de sa place comme un appétissant en-cas.
—Alors ? C'est pour trouver votre petite famille de gitans miséreux que vous avez décidé de rester illégalement à Poudlard pour vous enfuir ?
—Oui, rétorqua Eddy les dents serrées.
Médusa face à lui, buvait du bout des lèvres sa soupe dans sa louche. Elle, comme Salazar semblaient anticiper chaque parole à venir de leur père.
—À part mon épouse… avez-vous été vu en sortant ? Ne me mentez pas, je le saurais.
Eddy baissa les yeux sur son potage.
—Picott m'a vu quand je prenais le passage de la sorcière borgne. Je l'ai assommé. Quand je suis parti il n'avait pas repris connaissance.
Mr Jedusor hocha roidement de la tête et commença à manger. L'ambiance glaciale n'avait pas diminué.
—Vous avez conscience que votre escapade, l'agression d'un membre du personnel de l'école, et l'effraction dans un magasin en plus de votre statut d'Obscurial ne peut que causer votre renvoi, si cela se sait ?
Inutile de dire qu'Eddy s'en serait douté. Il avait à nouveau lamentablement raté, pourtant son professeur avait un sourire en coin.
—Je n'ai pas l'intention de répéter votre escapade. Tout le monde ici restera très silencieux sur ce sujet. Désirez-vous avertir votre tuteur de votre présence ici ? Contrairement à certains je m'assure de l'accord des deux partis pour garder chez moi un enfant qui n'est pas le mien.
Jedusor avait parlé d'une voix onctueuse et froide alors qu'il lui offrait un petit sourire pincé et ironique. Eddy but sa soupe à l'ortie, c'était meilleur que ce à quoi il s'attendait. Mrs Jedusor l'observait aussi avec un mince sourire aux lèvres à l'autre bout de la table. Il se trouvait entre deux prédateurs en chasse et chacun avait sa manière de titiller sa proie. Après avoir fusillé sa cuillère vide, il répondit à son professeur.
—Non. Ça ira. Merci de ne pas avertir Newt et Tina. Je pense que vous non plus vous ne désirez pas vraiment que Dumbledore sache que j'ai passé du temps chez vous.
—Mais Dumbledore est très occupé récemment, roucoula Mrs Jedusor en buvant son verre de vin en petites gorgées lentes.
La sorcière échangea un long regard avec son mari. Eddy se demanda ce qu'ils se disaient alors qu'il replongeait dans son assiette. Après la soupe c'était un reste de ragoût de méduse à la sauge. Les tentacules roussis baignaient dans une sauce rosâtre s'apparentant beaucoup au sang. Médusa enfournait ses tentacules avec délice comme on le ferait avec des spaghettis. L'image fut si dérangeante qu'il releva la tête.
—Qu'attendez-vous de moi, professeur ?
—J'attends de vous que vous deveniez meilleur, répondit le professeur. Vous avez fuis comme un gamin, je vous traiterai donc comme tel. Vous ne quitterez pas ces lieux sans ma permission, ici vous êtes sous mon entière responsabilité.
Et cela lui déclencha justement un frisson d'appréhension.
—Je dois aller retrouver ma tante. J'ai un contact qui m'attend là-bas ! Laissez-moi partir !
—Savez-vous pourquoi quand je vous ai trouvé, votre magie ne fonctionnait pas, Mr Lee ? demanda Mrs Jedusor de son côté de la table d'une voix presque chantante.
Il se figea et secoua la tête. Médusa et Salazar relevaient la tête de leur assiette, intrigués. Mr Jedusor se pencha vers l'avant et reprit à la place de sa femme :
—Parce que votre magie est influencée par vos émotions, Mr Lee. La colère y occupe une grande place, mais ce soir ce doit bien être la culpabilité qui vous bloque. Vous avez honte d'avoir menti et attaqué Mr Picott. En conséquence de quoi, il vous faudra du temps avant que votre magie soit de nouveau opérationnelle.
Eddy ne pouvait plus bouger, abattu et honteux car il y avait une part de vérité dans ce que son professeur disait. Alors quoi ? Attendre pour pouvoir prendre enfin le Magicobus et quitter ce fichu marais ? Ce soir il ne s'était jamais senti aussi mal de sa vie et cela n'avait rien à voir avec l'Obscurus en lui. Ce dernier était comme glacé par l'aura noire du professeur. Ici, remarqua-t-il il ne l'avait pratiquement pas senti depuis qu'il était arrivé.
—Mangez, lui ordonna Mrs Jedusor. Cela va être froid.
Elle avait au visage une expression si sinistre qu'il eut l'instinct de le faire. Il émanait des ondes dangereuses de la femme à demi cachée dans l'obscurité qui l'observait avec une curieuse expression sur le visage. Eddy vit que même Salazar avait l'air troublé de l'attitude de sa mère. Le repas se termina en silence.
—Sortez, ordonna Mr Jedusor dès qu'ils eurent posés leurs couverts.
Sur cette politesse il leur souhaitait sans doute une bonne soirée. Médusa se dirigea sans un mot vers sa chambre. Eddy remarqua qu'elle était non loin de la sienne. Quand la jeune fille passa près de lui, son odeur envahit si fortement ses narines qu'il se sentit rougir.
Je suis foutu, se dit-il. Il faudrait un miracle pour que Mr Jedusor ne découvre pas ce qu'ils avaient fait. Quand il le saurait, sans doute que le professeur allait le torturer avec des sortilèges bien plus machiavéliques qu'un simple doloris. Médusa aussi était fichue à en voir son teint pâle et son air tremblotant. Elle lui faisait déjà si peu confiance à Poudlard, alors ici constamment sous la surveillance des ses parents ? Il rentra pantelant dans ce qui serait sa chambre cette nuit. Les bougies étaient encore allumées. Il tomba sur son lit près de ses maigres affaires.
Dans cette pièce glaciale, il avait l'impression de se statufier. Il pensa que c'était un endroit sinistre où grandir. Si certes la bâtisse était grande, luxueuse et ancienne elle n'en restait pas moins terriblement froide. Lentement il entendit la porte crisser, il se figea. Nagini pénétra en ondulant dans la pièce à la suite de Salazar. Il avait plusieurs de ses petits carnets entre les mains.
—J'ai pensé que tu avais besoin de ne pas être laissé seul ce soir.
Son ami s'assit sur son lit. Eddy se décala pour lui laisser de la place. Il vit avec horreur Nagini se glisser entre eux et claquer doucement sa mâchoire à son intention.
—Je te dis, elle n'est pas méchante. Nagini était une sorcière avant. C'était même une princesse dans son clan en Indonésie. Un mage noir charmé par sa beauté l'a demandé en mariage. Elle a refusé alors il l'a maudite. Cela fait des années qu'elle est coincée dans le corps d'un serpent. Elle se sent seule, même maintenant.
Il caressa tendrement Nagini sur la tête. Eddy était triste pour l'histoire de cette princesse indonésienne mais elle n'en restait pas moins un monstrueux serpent capable de l'engloutir en une bouchée.
—Tu veux toujours aller la voir, ta tante ?
—Oui. Tu crois qu'il y a un moyen que ton père me laisse partir ?
—Si tu suis ses plans tordus, il envisagera peut-être de le faire. Fais attention à toi.
Sur ces paroles, Sal se mit à écrire sur son carnet. Il entourait des sigles entre eux et les réécrivait, une fois assemblés dans un autre petit carnet rouge posé sous le premier.
—Désolé de débarquer à l'improviste, murmura Eddy. Est-ce que tu m'en veux ?
—Moins que ma sœur sans doute. J'ai compris pourquoi tu l'as fait. Tu veux retrouver les membres de ta famille avant de mourir. Eddy, quoi que mon père te propose, tu ne peux pas vaincre la mort. Tu peux juste la retarder.
—Au moins avec lui, j'ai l'impression de la retarder, effectivement, siffla le jeune homme. Ecoute, je sais qu'il ne me veut pas du bien, mais étonnement nos séances m'aident vraiment à y voir plus clair. J'ai réussi à me souvenir de ma famille grâce à ça.
C'était tout ce qu'il pouvait ajouter et Salazar le comprit ainsi. Il eut un froncement de sourcil et se replongea dans ses notes alors que Nagini s'enroulait autour de son cou.
—Tu peux t'endormir. Je vais veiller cette nuit, j'ai du travail.
—Tu n'es pas obligé de me regarder dormir pour autant.
—Il ne faut pas que tu restes seul ici, lui confia son ami avec un sérieux absolu. Et comme je t'ai dit, j'ai du travail donc je ne te regarde pas.
—Ce sont les formules que tu écris ?
—Oui. Les signes que j'écris je n'y fais pas attention mais ils ont des origines différentes mais ce sont des langues que je ne maitrise pas pour la plupart. Là pour le sanskrit, je sais lire le signe, et sa prononciation mais mon père doit encore me faire parvenir un dictionnaire de langues anciennes. Pour l'instant je suis bloqué, j'essaie de les assembler au son.
Salazar se mit à murmurer quelques mots sous le sifflement de Nagini. Ça n'avait pas vraiment de sens mais leur prononciation fit remonter quelque chose de nostalgique chez le jeune homme qui se redressa un peu sur ses coussins.
—Ce mot que tu as dit là, manusya, ça ressemble à manus en Romani. Ça veut dire humain. Pareil pour ce nidra, c'est nitra chez moi, ça veut dire sommeil.
—Le romani est un dérivé du sanskrit ancien, comprit Salazar. Les peuples gitans viennent d'Inde pour la plupart, c'est pour ça que c'est si proche ! Ils ont conservé cette langue en traversant les pays !
—Ça veut dire que je serais à même de t'aider ?
—Je crois, fit Salazar dans un sourire si franc que pour la première fois de la journée Eddy se sentit heureux et utile. Ce doit être une invocation ancienne pour le sommeil, et là pour soigner.
—Comment es-tu capable de faire ça ? Je veux dire, écrire des langues anciennes que tu ne connais pas, faire toutes ces choses ? Ça ne te fait pas… peur des fois ?
Il sut qu'il était allé trop loin. Sal s'était replongé dans son carnet l'air grave. Nagini fondit vers lui pour le gratifier d'une caresse.
—Je dois travailler, s'entêta Sal si bien qu'Eddy préféra changer de sujet.
—Alors laisse-moi t'aider. Prononce les mots et je te dis à quoi ça me fait penser.
Sal s'exécuta avec un pâle sourire et Eddy lui répondit à chaque fois du mieux qu'il put. Ils firent cela pendant un long moment, Sal réécrivait phonétiquement ses traductions approximatives pour leur donner un sens. Au bout d'un moment, Eddy ne tint plus et se sentit partir.
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Eddy ne savait pas trop ce qu'était qu'une journée normale au manoir des Jedusor. Quand il s'était levé, l'aube pointait dans le ciel et Salazar était réveillé, Nagini endormie contre lui.
—Bien dormi ? lui demanda son ami.
—J'ai rarement eut aussi froid de ma vie, je t'avoue, murmura le jeune homme en frissonnant.
—Te dire qu'on s'y habitue serait mentir. En été c'est un peu plus agréable. Viens, allons manger.
Il suivit son camarade jusqu'aux cuisines au bout du couloir en laissant Nagini endormie sur son lit. Après avoir fait accoucher un Occamy et une licorne peut-être que dormir avec un serpent géant était des plus communs. Les cuisines étaient une petite pièce basse de plafond. Devant un chaudron l'elfe Tinny était en train de s'activer tandis que l'autre coupait du pain à la hâte. Encore une fois il vint à l'esprit que ces elfes avaient l'air bien misérables, pourtant à la vue de Salazar leur visage s'éclaira un peu.
—Mr Salazar, le petit déjeuner sera prêt dans un instant. Asseyez-vous je vous en prie, vous aussi Mr Lee.
Le ton de l'elfe était plutôt enjoué, voire presque maternel car Tinny couvait Sal d'un regard affectueux. Ils s'assirent. Le petit déjeunait se composait de toast au beurre de seiche. C'était une pâte noire et visqueuse mais au goût très sucré, il avait l'impression de manger du miel.
—Merci Tinny, c'est très bon, assura Eddy.
L'elfe se figea, un peu interloqué d'être félicité par quelqu'un d'autre que Salazar et offrit un sourire édenté au jeune homme. À ses côtés, l'elfe se tourna vers eux :
—Il ne faut pas dire à Tinny, merci. Tinny ne fait que son devoir pour ses bons maîtres Serpentard. Duddy ne se fait pas écouter de sa jeune sœur Tinny. Duddy n'a pas assez d'autorité.
L'elfe ressemblait effectivement beaucoup à Duddy si ce n'est qu'il avait plutôt une sorte de petit museau pointu d'oiseau à la place du groin.
—Mr le Maitre Serpentard est à Poudlard, il ne peut pas entendre Tinny être gentille avec Mr Salazar, murmura doucement Tinny. Tinny ne fait rien de mal.
—Ne t'inquiète pas Tinny, lui rétorqua Sal. Père est à l'école depuis combien de temps ?
—Il a passé la nuit là-bas, Monsieur, répondit doctement Duddy en appelant sa sœur à faire les casseroles.
L'elfe leur servit ensuite un grand verre de jus de citrouille et retourna travailler, soucieux de ne pas être entendu.
Salazar les observait de loin, l'air triste.
—Je leur ai déjà proposé des vêtements pour les libérer. Ils veulent les prendre mais ne les prendront pas. Je ne comprends pas.
Comme beaucoup de choses, l'attachement affiché des deux créatures pour lui, expliquait peut-être pourquoi ils ne souhaitaient pas quitter le foyer Serpentard.
Eddy se demanda si le professeur Jedusor avait passé la nuit au château pour dissimuler son escapade, mais n'eut pas le temps de se questionner davantage car Médusa entrait piteusement dans la pièce, l'air bien peu réveillée.
Elle était en robe de chambre et épaisse. Quand leurs regards se croisèrent elle sembla réaliser dans quelle tenue elle se trouvait et disparut si vite qu'il crut qu'elle avait transplané.
—Je crois qu'elle non plus elle n'a pas dormi de la nuit, bâilla Sal en prenant son verre de jus.
Eddy baissa les yeux, le feu aux joues en pensant à la robe de chambre de la jeune femme. Elle était ample et épaisse mais il ne l'avait jamais vu avec aussi peu de vêtement à part à la plage. Il sentit la chose en lui rugir d'un cri bruyant.
—Le canard au plastique. Pense au canard en plastique, Eddy, siffla Médusa en réapparaissant habillée d'une longue robe noire.
Il s'y attela du mieux qu'il put en replongeant vers ses tartines. Salazar à ses côtés gloussait. Il savait très bien ce qu'il se tramait entre eux mais n'en parlerait pas en ces lieux.
Médusa s'était plongée dans ses scones au poivre de salamandre et buvait un café en grimaçant à chaque gorgée.
—Pourquoi tu bois du café si tu n'aimes pas ça ?
—Pourquoi tu as arrêté de prendre tes potions ? Vu ta bonne mine et tes humeurs changeantes c'est la seule explication, lui rétorqua la jeune fille du tac au tac.
Eddy plissa les yeux, mal à l'aise. Il pouvait bien se cacher dans son toast ça ne changerait rien, Salazar eut un soupir.
Ils retombèrent dans le silence, tandis que les elfes continuaient à s'activer.
Soudain Salazar releva la tête et produisit un sifflement à sa sœur qui lui répondit. À nouveau pendant un moment il n'y eut que le petit sifflement de leur bouche. Eddy ne s'était jamais rendu compte d'à quel point ces petits chuintements de langue étaient terrifiants.
—Tu l'as aidé à traduire des formules, hier ? chuchota Médusa après un dernier sifflement. Fameux ces gitans… Mère ne nous en parle jamais.
—Votre mère est gitane ? murmura Eddy.
—Oui. Son père l'était. Elle ne nous a jamais appris la langue, elle ne garde pas un très bon souvenir de ton peuple. Nos parents se sont rencontrés en Albanie, lui dit la jeune femme en finissant son café d'une ultime grimace. Elle a été bannie avec sa mère quand elle était jeune. Comment un peuple qui bannit si facilement les siens peut avoir perduré aussi longtemps ?
—Je ne sais pas, demande aux Black avec Andromeda et on aura un début de réponse, rétorqua sèchement Eddy.
Eddy savait désormais qu'on ne bannissait un romani de son clan que pour une seule chose, un meurtre. Et il n'était même plus surprit à force. Il avait l'impression en côtoyant cette famille de Sangs-Purs que la torture et le meurtre y étaient tellement communs qu'on pouvait en parler même au petit déjeuner.
Néanmoins, en découvrant les origines tziganes de ses deux camarades, il se sentit un peu plus proche d'eux en dépit du regard froid que lui lançait Médusa depuis sa tasse vide. Cela expliquait l'intérêt brûlant de Mrs Jedusor à son égard. Il se promit de faire attention.
—Vous allez les tester ces formules ? demanda finalement la jeune fille avec curiosité. Père n'est pas là et mère est partie dormir.
—Notre mère vit la nuit et se couche au matin, lui expliqua Sal. Je suis prêt à commencer mais ce que j'ai traduis est complexe. Il faudra aller chercher de nombreuses choses dans le laboratoire.
Il eut l'air songeur et se leva pour réfléchir, une main posée sur son menton.
—À quoi va servir ce sortilège que tu as trouvé ? demanda la jeune fille en faisant apparaître un parchemin pour noter les objets à récupérer.
—Aucune idée, avoua Salazar.
—Quoi ? Tu veux lancer un sortilège dont tu ne connais pas les effets ? Tu es complètement cinglé, bondit la jeune fille.
Quelque part Eddy ne lui donnait pas tort. Sal agissait encore avec désinvolture alors que la punition serait terrible si les choses tournaient mal. Mais il semblait y avoir tellement d'affirmation dans ce regard bleu translucide devant eux qu'ils ne surent comment y répondre.
—Je ne sais pas exactement ce que ça fait. Mais c'est bon. Très bon. Il faut me faire confiance.
Eddy et Médusa se regardèrent cette fois, soucieux. À ce regard, Salazar bondit d'un air empressé :
—Le temps est clair, le soleil va être haut et le sol est blanc avec la neige, c'est le meilleur moment ! On a les éléments les plus purs pour un sort de Magie Blanche.
Ainsi il agissait presque comme un enfant boudeur. Avec un roulement d'yeux Médusa finit par acquiescer.
—Si on sait que ça ne fait pas de mal…, commença Eddy incertain.
—…Alors ça changera un peu les murs de cette vieille bâtisse qui n'ont dû connaître que des maléfices, termina Médusa. Bien, il nous faut quoi exactement ?
Salazar lui indiqua plusieurs ingrédients et la jeune fille monta dans le laboratoire. Eddy la regarda partir tandis que son frère se mettait au milieu de la cour.
Il observa la course du disque solaire, il devait être pas loin de onze heures désormais. Médusa revint avec les ingrédients. Eddy la vit installer des pierres d'ambres et de sel autour d'un cercle qu'elle dessinait en négatif dans la neige en la ramassant au creux de sa main.
—L'ambre c'est pour la stabilité et pour le lien, fit Médusa en fronçant les sourcils. Sal, à qui comptes-tu te lier ?
Mais Salazar ne répondait pas, il cherchait perplexe quelque chose autour de lui. Quand il fut pas loin de midi et que le disque solaire était juste au dessus de leur tête, Salazar se réveilla de sa transe :
—J'ai oublié le principal ingrédient ! Je reviens !
—Quel ingrédient ? s'étrangla Eddy.
Mais Sal avait déjà filé dans le couloir. Eddy jeta un coup d'œil crispé à Médusa. Il songea tout comme elle à tout arrêter mais Mr Jedusor arriva à ce moment là dans le hall. De là, il les vit dans la cour et leur jeta un regard curieux. Alors qu'il s'approchait, Salazar apparut par une autre entrée de la cour avec Nagini dans les bras.
Il courut dans la neige et jeta le serpent au centre du cercle.
—Salazar ! Non ! hurla Médusa terrorisée.
Mais Salazar commençait déjà à psalmodier un bout de la formule qu'Eddy l'avait aidé à traduire la veille. Mr Jedusor s'était rué vers eux avec une expression furieuse mais se figea.
Autour du cercle creusé dans la neige il y avait comme un petit halo protecteur qui entourait Sal et Nagini d'une lueur bleutée proche de celle d'un patronus. Eddy fronça les sourcils devant cette magie pure face à lui. Sal semblait pourtant peiner à maintenir le cercle, il transpirait en soufflant. Médusa se pencha vers lui en criant alors que Nagini était parcourue d'un spasme de douleur.
Mr Jedusor avait perdu son air furieux pour un visage beaucoup plus intrigué par ce qu'il se passait face à lui.
—Père ! On doit faire quelque chose !
—Essayez de prendre la main de Salazar, Mr Lee. Il a besoin de puissance, murmura froidement le professeur à ce spectacle.
S'il ne faisait pas confiance au professeur, il ne pouvait pas laisser Sal seul alors qu'il se tordait en arrière tout comme Nagini. Eddy fit traverser à sa main le cercle argenté et dès l'instant où il toucha Salazar, il n'eut plus le contrôle. Sa magie explosa tout simplement, mais au lieu de faire des ravages, il la sentit couler en lui vers son camarade. L'Obscurus jubilait et laissait échapper sa joie et sa force. Autour d'eux tout fut parcourut d'un vent violent qui expulsa la neige et Médusa contre le mur de pierre. Seul Mr Jedusor resta statique et droit, sa longue robe de sorcier battant la mesure.
Ensuite, Sal finit de murmurer et posa brutalement ses mains sur le serpent. Tout fut illuminé d'un flash blanc et furieux qui le rendit aveugle. Pendant un long moment Eddy ne put plus rien voir. Il lâcha Sal d'un coup et retomba vers l'arrière.
Quand le jeune homme ouvrit les yeux, il était fiévreux et fatigué et devant lui le serpent avait disparu. Il y avait à la place une jeune femme asiatique complètement nue qui tenait Salazar dans les bras. Elle pleurait toutes les larmes de son corps. C'était vraiment une belle sorcière aux traits toujours aussi nobles alors qu'elle pleurait contre l'épaule du jeune Jedusor figé. Et il n'était pas le seul à être figé, Mr Jedusor avait la bouche ouverte d'incrédulité tout comme Médusa.
—Oh… Nagini, souffla Mrs Jedusor qui restait confinée dans l'ombre du hall.
La dénommée Nagini pleura davantage contre Sal.
—Merci. Merci. Merci, ne cessait-elle de répéter avec un fort accent guttural.
—Ce n'est rien. Tout va bien maintenant, lui répondit doucement Salazar.
Mr Jedusor s'approcha lentement de la femme au sol et glissa sa cape de ses épaules pour la poser sur ses épaules à elle. À peu près vêtue, elle s'écarta de Sal et jeta un coup d'œil farouche à Mr Jedusor. Sans s'enlever son expression impassible, il aida la sorcière à se lever. Il la conduisit dans l'ombre vers son épouse qui semblait bouleversée.
—Fais lui prendre un bain, elle est gelée. Je vous retrouve plus tard.
Mrs Jedusor hocha la tête et prit Nagini entre ses bras avec plus de sollicitude qu'elle n'en avait sans doute jamais eut avec ses enfants. Elle disparut avec elle dans le couloir, alors Mr Jedusor se tourna vers eux. Médusa l'avait rejoint près de Sal et tout trois se figèrent au sourire qu'arborait le mage face à eux.
Il était comme fasciné.
—Te rends-tu compte de ce que tu es capable de faire, Salazar ? demanda Mr Jedusor d'une voix exultant de joie.
Justement Salazar ne semblait pas lui même savoir. Il secoua un peu les épaules l'air gêné.
—Comment saviez-vous que je pourrais lui donner ma puissance ? demanda Eddy
—Mr Lee, vous êtes un concentré de magie pure en croissance perpétuelle. C'est pour cette raison même que votre corps finira par flancher face à cette puissance. Vous êtes une source d'énergie continue et perpétuelle. Salazar semble arriver à maîtriser votre puissance. Votre Obscurus a besoin de se décharger et ceci peut être un des emplois utile.
Il pointa le cercle d'ambre où Nagini avait été libéré de sa malédiction. Eddy se récria alors que Salazar se figeait.
—Je ne serai pas votre centrale à pouvoir personnelle !
—Avec vos puissances combinées vous avez pu sauver cette femme, vous pouvez faire de grandes choses. Vous n'êtes qu'une pulsion de destruction qui doit être dirigée. Si elle l'est, nous pouvons amoindrir ses effets et tirer bénéfice de cette rage. Ensembles nous pouvons faire de grandes choses. Mais vous pouvez également retourner à vos traitements misérables. Votre état se dégradera lentement et vous finirez par mourir avant que vos tuteurs n'aient trouvé de solution.
Eddy se sentait confus après le laïus du sous-directeur. Ce à quoi il avait participé était au delà de tout ce qu'il avait vu, comme Salazar qui fixait le cercle avec appréhension. Il avait aidé cette sorcière à retrouver son humanité. Cela lui donnait l'impression d'avoir fait quelque chose de puissant et utile. Il risqua un coup d'œil vers Médusa qui arborait un air aussi confus que lui.
—Médusa, Salazar, retournez dans votre chambre travailler. Je dois parler en tête à tête avec notre invité.
Avec une moue méfiante les jumeaux s'exécutèrent. Médusa en partant lui jeta un regard farouche. Il se mit à penser férocement au canard en plastique de son enfance et baissa les yeux vers le sol.
—Regardez-moi, ordonna le sorcier d'une voix si froide qu'il frissonna.
Il refusa de le faire avec un mélange étrange de peur et de défiance.
Un sortilège le fit tomber à genoux. Eddy poussa un long hurlement en se tordant sur le sol gelé. Il avait l'impression qu'on le plongeait dans un bain d'eau glacé, ce n'était pas un impardonnable mais la sensation lui sembla presque pire, il sentit la magie de son obscurus gronder avec rage.
—Voilà comment vous fonctionnez, comme un animal ! susurra Jedusor d'une voix plus tranchante qu'une épée. Le monstre en vous est attisé par votre colère et l'attise sans cesse et sans fin. Vous êtes bien tombé avec un magizoologiste. Ce sont eux qui n'ont pas employé la bonne méthode. Il faut vous dresser et je vous dresserai à loisir.
Il le relâcha un instant du maléfice. L'adolescent souffla, il avait envie d'être n'importe où sauf avec les Jedusor. Sans doute que Médusa et Salazar étaient derrière la porte à écouter.
—Arrêtez ! hurla-t-il exsangue alors qu'un autre sort lui était jeté. Torturer des adolescents, c'est tout ce que vous savez faire ?
— Allez dire que je vous ai torturé, allez-y dès que je vous aurai permis de sortir d'ici. Car vous allez ressortir d'ici, je vous l'assure. J'ai passé la nuit à réparer vos sottises à Poudlard. Le concierge ne se souviendra de rien et personne ne vous aura vu. Alors pour avoir évité le renvoi et peut-être un enfermement, le misérable ver de terre que vous êtes, me doit une faveur.
Il abaissa sa baguette et Eddy put de nouveau à peu près respirer correctement. Il était là, gisant sur le sol sans pouvoir bouger. Son Obscurus déchargé vrombissait de colère sans pouvoir agir.
—Désormais vous êtes déjà sur une voie toute tracée. Vous ne pouvez plus rebrousser chemin, il ne vous reste plus qu'à suivre cette pente. Si votre magie se canalise grâce à Salazar j'ai un intérêt certain à vous garder en vie. Ceux que j'ai sous ma protection restent en vie.
Ensuite, il le planta là dans la cour et alla monter dans les étages rejoindre sa femme et Nagini.
Eddy ne savait pas si c'était le froid glaçant de la terre qu'il sentait ou bien un sentiment plus confus encore mais il ne pouvait bouger. Son sang s'était comme arrêté dans ses veines. Pour une fois un sentiment étrange et brumeux s'était emparé de lui, c'était un petit espoir mêlé de crainte. Mr Jedusor voulait le garder vivant pour l'utiliser. Mais il ne savait pas pourquoi.
—Oh par les bons maitre, entendit-il murmurer près de lui. Duddy, va chercher une couverture. Le bon invité des très bons maitres est glacé.
Ce devait être Tinny. La dernière chose qu'il vit c'est le petit nez en groin de la créature se penchant vers lui et puis il oublia tout et se laissa aller.
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Quand il rouvrit les yeux, il ne vit rien. Il était dans son lit dans la chambre prêtée par les Jedusor. Eddy s'était évanoui après sa confrontation avec le professeur de défense contre les forces du mal. Il se demanda alors combien de temps il s'était passé depuis le moment où il s'était senti partir. Il faisait nuit noire donc sans doute plus d'une dizaine d'heure. Il espéra que les jumeaux allaient bien.
Alors qu'il allait se retourner dans son lit pour saisir son oreiller, il constata effaré qu'il ne pouvait plus bouger. Dans l'obscurité il y avait une masse sombre et dangereuse au dessus de lui.
La forme l'empêchait de bouger totalement et c'était Méroé Jedusor. Il retint un glapissement. Aucune bougie n'était allumée et la lune n'éclairait pas ce côté du bâtiment.
—Que faites-vous ici madame Jedusor ? murmura-t-il tétanisé.
Que faisait cette femme, dans sa chambre, penchée sur lui comme une paralysie du sommeil ?
Mrs Jedusor se pencha davantage pour lui offrir un sourire carnassier. Son visage n'était qu'à deux centimètres du sien.
—Vous avez rendu un fier service à une amie très chère à mon cœur, aujourd'hui. Il est rare que j'éprouve de la gratitude, mais il semblerait que ce soit ça que j'éprouve pour vous en cet instant.
Elle se décala légèrement faisant luire ses prunelles sombres dans l'obscurité.
—Ça et une certaine curiosité je dois l'avouer. Mon tendre époux a commencé le dressage avec vous. Je me dois donc d'apporter ma pierre à l'édifice.
D'une certaine façon, Eddy se dit que mourir serait peut-être une bonne chose si cela pouvait l'éloigner la femme qui s'agitait sur lui.
—Nous partageons quelque chose, vous et moi. Je sais. Vous savez.
Elle avait désormais plaqué ses mains brûlantes de chaque côté de son visage et ses longs cheveux noirs tombaient de chaque côté de lui. Il ne voyait plus rien d'autre que ses yeux noirs dans la pénombre. Jamais il n'avait eut aussi peur. C'était comme s'il n'allait plus jamais revoir la lumière du jour. Eddy crut devenir aveugle.
—Vous n'êtes… p-p-pas venue échanger des mythes gitans Madame Jedusor, parvint-il à murmurer et la femme eut un gloussement cruel.
—Non, en effet. Jusqu'à il y a peu, mes origines étaient assez indifférentes à mon époux. Il m'a toujours interdit de parler romani… mais depuis qu'il vous a rencontré… il semble comme troublé.
—Je ne voudrais p-p-pas me mêler vos histoires de f-f-famille, souffla-t-il d'une voix blanche.
—Oh allons, cela fait longtemps que vous y êtes mêlé à ces histoires, mon garçon. Je sais qu'une femme tzigane lui a dit quelque chose avant de mourir il y a de cela vingt ans. Je veux savoir ce qu'il vous a dit.
—Qui était cette femme pour vous ? parvint-il à articuler trop curieux de savoir. Vous ne voulez pas que votre mari sache que vous êtes venue. Je peux aller le chercher. Il sera sans doute ravi de vous retrouver ici.
Mrs Jedusor s'écarta quelque peu. Son sourire rusé dévoila des canines d'une blancheur qui faillit l'éblouir dans les ténèbres. Il sentit de la sueur panique dévaler le long de son cou.
—Nous avons notre petit arrangement lui et moi, susurra la Sangsombre. Cette femme était ma mère et la grande tante de mon époux. Il l'a poignardée avant d'essayer de me brûler vive pour m'enlever.
Elle eut un sourire presque nostalgique et son rire lugubre résonna dans la pièce. Eddy comprenait de mieux en mieux le puzzle compliqué de la famille Jedusor et n'était pas vraiment pressé d'en apprendre davantage. Il eut malgré lui un mouvement de recul, comme si à s'enfoncer dans les draps ce qu'il entendait lui paraitrait moins terrifiant.
—Ne soyez pas si dévasté Mr Lee. La famille est quelque chose de compliqué mais on apprend à vivre avec. Certaines familles ont des squelettes dans le placard, certaines des monstres dans leur valise, d'autres des otages au grenier. C'est ainsi. Quand on comprend cela, on en tire une grande force. Une force que je pourrais utiliser pour vous sortir les mots de la bouche. Alors, quels sont les derniers mots du sang de mon sang ?
Elle s'était de nouveau penchée sur lui avec un air de serpent sur le point de mordre. Eddy aurait voulu avoir une cape d'invisibilité pour disparaître. La femme de Mr Jedusor lui faisait plus peur que lui désormais car en dépit de ses tortures il n'avait jamais été là aussi près à menacer sa vie. Ici, la femme ne bougeait pas, attendant sa réponse.
Lentement et de la voix la plus ferme qu'il put donner, il répéta les mots que le professeur Jedusor lui avait demandé de traduire.
La stupéfaction prit place sur le visage de la sorcière. À nouveau, comme un diable à ressort, elle recula et parut songeuse.
—Ça ne veut rien dire… souffla-t-elle amère. Etes-vous sûr qu'il a dit ça ?
—Ce sont les mots qu'il m'a donnés. De l'amusement à détruire.
La cracmole eut un frémissement qu'il discerna mal dans l'obscurité. Sa voix jaillit soudain, agacée.
—L'angloromani que vous parlez est différent du romani des Balkans. Il s'en amusera mais détruira, ou sera détruit. Telle est la prédiction. Mais… elle n'est pas complète. Il en manque une partie.
La femme s'était levée d'un bond, elle ne le maintenait plus dans les ténèbres. S'il ne la voyait pas, Eddy sentait qu'elle était encore présente dans la pièce et en pleine réflexion.
—Il ne vous a pas donné la totalité des phrases. Il y en a plusieurs.
—C-C'est tout ce que j'ai, murmura Eddy.
Elle était toujours invisible, ombre dans un bain d'encre mais il la sentit s'amuser de la crainte dans sa voix. Une ombre vint lui chatouiller la main pour avoir son attention.
—Merci pour ces précieux éclaircissements, Mr Lee. Je compte sur votre discrétion pour l'avenir.
D'un coup il sentait qu'elle était de nouveau apparut sur lui et s'abattait sur son corps de tout son poids comme un cauchemar. Il retint avec peine un gémissement craintif.
—Si vous trahissez notre petit arrangement, je vous engloutirai avec votre Obscurus. La magie noire qui coule en vous, me fait très envie.
Et après avoir chuchoté ces derniers mots, elle avait disparu définitivement de la pièce. Eddy resta à nouveau figé dans le noir. Il songea qu'il était entré dans un monde bien sombre et dangereux tout à coup, ce monde que précisément Tina et Newt avaient tenté d'éloigner de lui désespérément.
Et aujourd'hui Eddy avait la sensation que rien ne serait plus jamais pareil.
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