Hello girlz !
Alors tout d'abord pour mes lectrices françaises, s'il y en a : JOYEUSE FETE NATIONALE en retard !
Et pour les autres baaaah joyeux 4 juillet en retard aussi, comme ça, pas d'jaloux...?
Bon, je ne vais pas m'étaler pendant trois heures, sachez juste que je serai PROCHAINEMENT en vacances. Si je survis d'ici là, bien entendu. Cette fin d'année universitaire est extrêmement tendue et mobilisante pour moi.
Du coup, ça voudra dire je l'espère, plus de temps pour écrire. Et également reprendre mon trad' de Rip Tide, qui est vraiment hyper chronophage !
Sur ce, no spoilers et simplement bonne lecture !
« Bon alors, dis-moi. Parce que j'aimerai savoir : d'après ton expérience personnelle, qu'est-ce qui fait le plus mal ? Le Tabasco dans le nunus ou l'éjaculation rétinienne ? J'dois bien admettre que ça m'rend assez curieux tout ça ! »
Kise, qui s'apprêtait à grimper sur la selle en cuir de la Hayabusa, s'arrêta net.
Oh bordel.
S'il ne venait pas tout juste d'investir dans un bandeau de PIRATE (ce qui lui donnait un petit style quand même, on ne va pas se mentir), oui, de PIRATE carrément, car acheté dans une boutique spécialisée en déguisements et s'il n'avait pas encore ledit œil dissimulé derrière en compote pour avoir essuyé un TIR ennemi ou ami (Car à ce stade, avouez que la question méritait d'être posée !) oui, s'il n'y avait pas eu tout cela, le renard les aurait sans doute gratifiés – tous les deux - de l'un de ses magnifiques facepalms, dont il commençait à avoir le secret.
C'est qu'à force de fréquenter (... subir ?) Haizaki, il n'avait ni manqué de temps, ni d'occasions pour affiner sa technique et son exécution était presque devenue aussi irréprochable que celle de Midorima, l'expert incontesté en la matière. D'ailleurs, si cette discipline avait été primée aux jeux olympiques, nul doute que le vert se serait vu sacré champion haut la main, (et pas dans la figure, la main, cette fois...) avec médaille d'or à la clé.
Passablement exaspéré, davantage par la nonchalance du ton sur lequel elle avait été posé que par le contenu de la question en lui-même, Kise marmonna, mâchoire légèèèèèèèèrement crispée par la contrariété :
« Est-ce que je te demande, moi, ce qui fait le plus mal entre un coup de poing dans les parties ou un coup de pied !? »
Quoique... Dans ce cas précis, encore, la douleur ressentie pourrait être comparable, puisque l'attaque était subie par la même partie du corps...
« Hmm... A priori comme ça, au pied levé et sans mauvais jeu de mots, je dirai un coup de pompe, mais... Qui sait ? En tout cas, il s'agit assurément un sujet qui mérite que l'on se penche dessus... » Accorda Haizaki yeux fermés et se grattant le menton d'un air pensif. « Et je veux bien me porter volontaire pour le vérifier ! »
« Un jour, il faudra vraiment que je me porte volontaire à mon tour pour t'expliquer le concept de 'question rhétorique'... » Soupira Kise. « Mais là, tout de suite, maintenant ? FLEEEEEMMME ! »
A part que le tenace Haizaki renchérit, visiblement peu enclin à lâcher l'affaire :
« Non mais c'est dur à évaluer, en vrai ! J'ai jamais reçu de coup de pied de ta part alors je peux difficilement me prononcer sans point de comparaison, mais d'après mes lointains souvenirs tu possédais plutôt une bonne droite ! Ce qui peut sans doute aider à se faire une idée un peu plus précise sur la question. »
...
Hélas pour lui, Kise voyait parfaitement à quel geste malheureux Haizaki, grand sourire juché sur les lèvres, faisant allusion. Comme s'il y avait de quoi en être fier... Abruti...
Le souvenir concerné remontait à l'époque du collège, leur dernière année à Teiko pour être précis. A cette époque-là, le loup s'était déjà fait virer comme un malpropre de l'équipe principale en perdant sa place de titulaire, mais il lui arrivait malgré tout de venir occasionnellement harceler son comparse le goupil.
Cependant, si en ce temps-là un seul coup de poing n'avait pas suffi à mettre Haizaki K.O. contrairement à celui d'Aomine quelques années plus tard, il se rappelait non sans une pointe de honte aujourd'hui, s'être copieusement défoulé sur le visage d'Haizaki, le transformant en une belle pulpe sanguinolente, en tableau d'art abstrait que Picasso en personne n'aurait certainement pas renié, dans le cas où le célèbre peintre n'aurait plus disposé que de peinture couleur écarlate pour achever sa toile, bien évidemment...
Un accident fâcheux, mais néanmoins amplement mérité. Quoique... le mot « incident » serait plus juste ici, étant donné qu'« accident » a plutôt tendance à désigner un événement imprévu... Or, son poing entrant en collision avec la sale gueule d'Haizaki avait été tout sauf imprévu, résultant même d'un geste totalement prémédité de sa part...
« Oh et puis, même s'il est vrai que j'ignore tout de l'efficacité de ton jeu de jambes, mis à part que je n'ai pas encore trouvé comment réussir à te les faire écarter, je me rappelle en revanche très bien de la puissance de ton genou. Et lui pour le coup, tu l'as déjà envoyé valser dans mes parties... alors si c'est de force équivalente... »
Ça aussi, Kise se le remémorait sans difficulté à présent, tiens. Ça s'était passé sous la douche à Okinawa. Auberge de jeunesse oblige, les douches communes étaient de mise et Haizaki avait eu la mauvaise idée d'essayer de s'inviter sous la sienne, en même temps que lui, bien-sûr, sinon c'est pas drôle. Autant dire qu'il avait amèrement regretté son élan de témérité.
Oh et avant même cette fois-là, il y en avait déjà eu une autre, Haizaki ayant reçu une visite de courtoisie de la part de ce même genou à la fin de leur procès commun. A sa charge, le loup s'était effectivement rendu coupable d'avoir osé émettre quelques commentaires aussi obscènes que malvenus au sujet de la ressemblance FRAPPANTE qui existait entre Kise et sa sœur. Ressemblance qu'ils partageaient jusque dans leur blondeur solaire et qu'Haizaki ne s'était pas gêné de faire remarquer avec toute l'élégance naturelle le caractérisant...
« Hé mais en fait, t'as toujours été du genre sacrément teigneux, maint'nant qu'j'y pense ! » Réalisa soudain le brun.
« Juste envers toi. Alors à ta place, j'éviterai tout sujet présentant un quelconque risque de me vexer, si tu ne tiens pas à compléter ta collection des traumatismes corporels infligés par Kise Ryota ! Car tu pourrais bien finir par goûter à mon coup de pied cette fois ! »
« Oh je suis pourtant certain que le Docteur Ranjan en serait plus que ravi ! D'ailleurs, tu crois qu'il accepterait de nous faire un prix si on prenait un abonnement chez lui ? »
« Ah non hein ! Plus de bobos, ni toi ni moi n'avons encore les moyens de nous le permettre, j'te l'rappelle ! »
Ce qui n'était pas faux techniquement, en plus. Le coût des soins aux Etats-Unis était RUINEUX et le brun n'était même pas assuré ! Heureusement, le Doc' s'était montré arrangeant et même un peu combinard sur les bords, en leur permettant d'utiliser la couverture fournie par l'agence de mannequin de Kise pour eux deux sans distinction. Mais en l'occurrence, il ne s'agissait absolument pas de la raison principale du... manque d'entrain de Kise. En effet, de nouvelles blessures signifierait potentiellement devoir ENCORE retarder le moment de se faire tamponner l'abribus par Haizaki... Alors, même si lui infliger une castration bien sentie constituait une solution extrêmement tentantes, Kise se retrouvait contraint de l'ajourner elle aussi.
Pour le moment, du moins.
« Dommage... Je n'aurai pas été contre le fait que tu te venges PHYSIQUEMENT sur moi, bien au contraire... Car à mon plus grand regret, j'ai encore jamais expérimenté le Tabasco à cet endroit-là. »
« 'A ton plus grand regret' !? Oh parce que ça veut dire que t'as déjà essayé d'autres trucs à ce niveau ? » Se surprit à demander Kise, en enfilant son casque pour grimper derrière le loup.
Et aussitôt que le jaune eut passé ses bras autour de sa taille, ce fut comme un signal et Haizaki démarra sans attendre.
« Rien que du très classique, rassure-toi. » Ou pas... Car 1) il s'en foutait de ce que le brun faisait avec son c** et de 2) il s'attendait déjà au pire, ce qui n'avait vraiment rien de rassurant. Ou l'était difficilement, du moins. « Chapelets anaux, godes, racine de gingembre et tiens, même un cigare une fois... ! Et allumé, le cigare hein. »
AH BEN OUI, BIEN-SÛR.
LOGIQUE !
ET EFFECTIVEMENT TREEEEES CLASSIQUE !
Kise manqua de s'étouffer en entendant cette liste énumérée avec un tel naturel.
Il ne venait pourtant pas de gober un moucheron par inadvertance. Impossible avec casque enfoncé sur la tête et visière rabattue. Souvent, on dit qu'il « vaut mieux entendre – insérez la phrase incriminée - que d'être sourd », sauf qu'en l'occurrence, Kise aurait LARGEMENT préféré se crever les tympans à grands coups d'aiguilles à tricoter, si on lui avait laissé le choix. Bon encore, la racine de gingembre frais, ça, Kise pouvait (presque) comprendre.
Pas que ce soit son trip personnellement, mais ça se faisait plutôt couramment d'après ce qu'il en savait, en particulier dans certains milieux SM. Ben tiens, dans « Cinquante nuances de Grey » justement, bouquin (torchon) qui avait popularisé cette pratique en la rendant accessible et connue du grand public. Mais alors le coup du cigare... heuuuuu... non, là, il devait avouer ne pas comprendre le délire. Il séchait sur l'intérêt du pourquoi du comment, ça le dépassait complètement.
Quand ? Où ? Pour quelle raison ? De quelle manière ? Et surtout QUI pouvait bien avoir des idées aussi tordues !? Saugrenues ? En dehors d'Haizaki lui-même, bien-sûr, mais le dégénéré capillaire n'était pas le seul responsable ici, puisqu'il faut être DEUX pour s'adonner à ce genre de pratiques... « douteuses », dira t-on afin de ne froisser personne ! Enfin, ce n'était peut-être pas obligatoire d'un point de vue strictement physionomique, mais... Kise émettait quelques réserves sur le fait que le brun ait testé cela tout seul dans son coin et sans spectateur... Ça ne collait pas avec son côté exhib', certes, moins marqué que le sien, mais pourtant bien présent.
« T'es sérieusement en train d'me dire qu'une nana a pris ton cul pour un cendrier !? » Kise cligna des yeux, authentiquement... surpris. Nan, on avait même dépassé le stade de la surprise, là. Mais aucun mot du dictionnaire n'aurait su refléter un tel degré de stupéfaction. « J'savais qu't'avais un grain, mais là... c'est plus un grain, c'est toute une rizière ! »
« Alors premièrement, c'était dans l'autre sens qu'il était allumé... Même si tu noteras que j'aurai pas été contre tester le côté qui brûle... et deuxièmement... c'était pas non plus une fille. Mais un mec, même si c'est qu'un détail. Et je me dois également de préciser que c'était SON idée à lui, pas la mienne. Hélas. Ce dont j'aurai été très fier, si j'avais pu m'attribuer la paternité de ce coup de génie. »
...
NON MAIS DE PIRE EN PIRE LA !
ON NAGEAIT EN PLEIN CAUCHEMAR... Tel un rat piégé dans les égouts de New York City, flottant au milieu des étrons...
... Et subséquemment, (vous avez vu comment ça parle bien ici !?) le type l'avait fumé au final ou pas ce fameux cigare... ?
Ermmm... non, wrong question... Mieux valait ne pas savoir ! La curiosité est un VILAIN défaut. Et tout ce qui est vilain et moche or, Kise n'était que BEAUTAY aussi absolue que l'impérialisme d'Akashi.
« ... Je crois que je vais attendre qu'on s'arrête au prochain feu rouge pour descendre, plutôt que de continuer à écouter, non, subir carrément, tes élucubrations débiles... »
Car sinon, à ce train-là, Haizaki allait bientôt lui sortir qu'il avait même réussi à tirer une taffe dans cette position ! Et oui, vous avez très bien compris par quel orifice... Owiii le connaissant, c'était très certainement la prochaine chose qu'il s'apprêtait à revendiquer fièrement... nonobstant le fait que Kise ne comptait absolument pas lui poser la question. Question qu'il ne se posait pas non plus, soit dit en passant... Dans la vie, il est des éléments qu'il vaut mieux ignorer...
Parce qu'en réalité... son intérêt se situait ailleurs à présent qu'il avait entendu cette révélation incongrue, dont il se serait honnêtement bien passé, j'insiste sur ce fait...
Mais tant qu'à faire, autant en retirer quelque chose d'autre que simplement un traumatisme de plus lié à (et occasionné par...) Haizaki.
Un mec, donc.
Il s'agissait d'un mec qui avait essayé de filer un cancer des poumons à son cul. (Tout un concept...)
Aussi intéressant que complètement débile, paradoxalement.
Un ratio parfait de 50/50.
Et même s'il détestait avoir à l'admettre, cette information balancée à la va vite en apparence, attisa la curiosité de Kise. Elle avait suffi à le piquer au vif et n'avait peut-être pas été lâchée totalement par inadvertance, ni même par hasard...
« Et c'était qui ce mec ? » Osa demander Kise.
« Histoire que je pense bien à changer de trottoir, si jamais je venais à le croiser un jour... » Pensa le blond, qui ne croyait clairement pas si bien dire, enfin, « penser », même si ce n'était pas le seul objet de son interrogation, avant de poursuivre :
« T'en as eu combien d'ailleurs ? »
AAAAAH LA ON Y ETAIT !
Enfin !
Dans le cœur du sujet ! Et de sa véritable préoccupation. Sans fard, sans faux-semblant.
« Des mecs ? Avec toi, y compris ? Hmm... » Fit mine de compter Haizaki pour faire croire qu'il y en avait eu des tas, MOUUULT, pléthore, une chiée... enfin, vous avez compris le topo quoi...
Ce qui occasionna une petite montée de stress chez Kise.
Qui frisa rien de moins qu'une bonne syncope, pour au final s'entendre annoncer le chiffre MIROBOLANT de :
« ... Trois. »
QUOIIII C'EST TOUUUUUT ?
Tout ça pour ça... ?
WAAAH LA HONTE !
Kise en avait eu trois fois plus au bas mot, sans chercher ET en jouant les difficiles, par-dessus le marché ! (Mouais, ça reste tout de même modeste comme palmarès, pas d'quoi s'rouler par terre non plus hein...) Mains bandées et yeux dans l'dos ! Heu... non, c'est pas ça, mais si vous remettez ces deux expressions dans l'ordre, vous comprendrez aisément l'idée générale véhiculée pour cette image...
Ah ça se la jouait CHAD ULTIME, mais en vérité... trois, ça restait un nombre somme toute assez négligeable ! Oserait-on dire anecdotique, même... ? Moi, j'ose en tout cas et Kise aussi ! Quoi qu'il en soit, il n'y avait certainement pas d'quoi s'vanter aux yeux de l'intransigeant renard.
Kise ne put s'empêcher de bomber légèrement le torse, toujours collé à Haizaki. Mais pas trop quand même, afin que l'ex-natté ne le sente pas contre son dos.
Puisque sur ce coup, il battait le brun à plates coutures et il en était FIER !
Ouais, bon... je me permets tout de même de rappeler en ma qualité de narratrice, autrice et surtout arbitre de cette histoire, que ce n'est toujours pas une compétition et qu'il n'y a donc pas de quoi s'en réjouir. A plus forte raison lorsqu'Haizaki a déjà affirmé préférer les FEMMES de son côté ! C'est pourquoi un si maigre chiffre peut totalement se justifier et n'est en rien le reflet de ses « performances » amoureuses. A plus forte raison lorsque côté gent féminine par opposition justement, Haizaki a dû faire exploser les compteurs et même mettre une tôlée à Kise niveau mecs, à nombre équivalent.
Donc si j'étais toi Kise... je ferai pouet pouet camembert comme on dit hein !
Mais bon, ce fut justement parce qu'il s'agissait de Kise et que pour une fois, il avait l'occasion de MOUCHER son cher rival, que le copycat commit un délit d'orgueil :
« Pfffuuu juste trois ? Ça fait vraiment pas lourd, Monsieur le Séducteur de pacotille ! » Sourit le sournois renard, en se penchant bien au-dessus de l'oreille du conducteur de la moto pour lui souffler sa victoire.
« Nan, t'as du mal entendre babe, j'ai jamais prétendu être un séducteur. Un sérial baiseur, ouais à fond, mais un séducteur, ça non. Cela dit j't'en veux pas, c'est vrai que ces deux termes se terminent par la même syllabe, d'où confusion je suppose... Sans compter que l'un peut facilement se comparer et se substituer à l'autre. Mais ce serait faire l'impasse un peu trop rapidement sur le fait que... »
Il marqua un temps d'arrêt, de même que sa moto face à un feu rouge.
« ... Chacun de ces mecs a compté pour moi. Réellement. A sa manière. Et à ce p'tit jeu-là, j'suis pas sûr qu'tu puisses en dire autant de toutes tes INNOMBRABLES... » EXAGERATION DETECTEE ! Et ironie mordante également. « ... conquêtes masculines toi par contre... »
Touchayyy !
En plein dans le mille !
Les sourcils toujours impeccablement épilés et disciplinés de Kise se froncèrent de contrariété. Parce qu'hélas, la réponse – volontairement à n'en point douter - incomplète d'Haizaki à propos de son piètre tableau de chasse ne fit qu'intriguer encore plus son vis-à-vis.
« Et donc, qui étaient les trois heureux élus à l'aura nimbée de mystère qui ont su voler ton cœur en même temps que ton cul ? »
Bon, il y avait lui déjà, confirmé par Haizaki himself.
Oui, oui, rien que ça.
Flatteur pour Kise, malgré tout.
Enfin... voler son cœur, c'était peut-être un peu fort de café robusta et non arabica, mais... Kise avait l'intime conviction, si ce n'était d'avoir compté par le passé pour Haizaki, de compter au moins maintenant, au présent. Et peut-être même dans le futur. Un futur que le blond espérait secrètement plus lointain et étalé sur la durée, que proche et bref...
Quant au second gars hmmm... pas besoin de s'appeler Midorima pour voir son identité dans les astres (ou Oha Asa) : Nijimura.
Mais le troisième... ?
Alors là... Kise devait s'avouer à court de piste à propos de qui il s'agissait...
« Tu connais pas. » Coupa court un Haizaki tranchant (C'est quand même mieux de l'être quand on tient à couper quelque chose...) et peu désireux de s'attarder sur ce sujet aussi sensible que GLISSANT, dans tous les sens du terme...
...
Cette fois, le renard vit rouge.
Non mais c'était QUOI encore cette réponse !? (Heu une réponse parfaitement normale, justement... ? Une réponse comme une autre quoi. Et recevable pour changer, ce qui, je l'accorde à Kise, peut faire un choc quand on connaît l'animal !) Comment Haizaki OSAIT-il botter en touche de la sorte !? Sans sa permission ? Pour une fois que Kise voulait en savoir davantage, le brun se la jouait effarouché ! Oooooh mais s'il espérait pouvoir s'en tirer aussi facilement, l'ex-délinquant n'allait pas être déçu du voyage... Il s'enfonçait même le doigt dans l'œil jusqu'au gosier... (et oui, il faut être sacrément contorsionniste pour cela...)
« C'était pas ma question ! Je t'ai demandé de QUI il s'agissait, pas si je les connaissais ou non ! On s'en fout de ça ! »
Ayé.
Ce doux sentiment nommé « Jalousie » l'aiguillonna, que dis-je, transperça son cœur. Et qu'Haizaki réponde complètement à côté de la plaque et de manière plus qu'évasive par-dessus le marché, ne fit qu'exacerber le désagréable sentiment qui venait de prendre possession de son corps. Jamais Kise n'avait connu cela auparavant. Avec personne. Ou plutôt si, mais pas de manière aussi intense et cela lui faisait peur... Car cela s'avérait un peu trop semblable à l'hostilit » qu'il avait pu éprouver à l'encontre de Kagami lorsque le jaune avait réalisé que jamais son « affection » (oh le bel euphémisme !) pour la panthère ne serait réciproque, en grande partie à cause du carmin.
Quant à savoir pour quelle raison Haizaki refusait de donner une réponse franche et précise... l'énigme restait entière. Pourquoi s'évertuait-il à éluder le sujet ? Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire après tout, de simplement lâcher un simple nom, une bribe, une miette, une goutte d'eau dans l'océan de mystères l'entourant ? D'autant plus si Kise ne connaissait réellement pas la personne qui le portait.
Oui, pas de doute, ce petit jeu puéril du « ni oui, ni non » avait le don de faire enrager Kise plus que de raison. Mais pile au moment où le jaune s'apprêtait à insister, histoire de lui faire cracher le morceau une bonne fois pour toutes, Haizaki se mit à se contorsionner inconfortablement sur son destrier rugissant.
« Merde... j'sens mon portable en train de vibrer dans ma poche de jean. Tu veux bien m'le passer steup' ? »
Le feu tricolore n'était pas encore repassé au rouge, alors Kise s'exécuta docilement pour prévenir tout risque d'accident de la route. Sa main se faufila non sans difficulté dans la poche ô combien serrée au fond de laquelle peinait à tenir le téléphone du brun. Cependant, il parvint à l'en extraire en un seul morceau et il lui tendit sans broncher, ni être tenté d'en lire le contenu, quand bien même Kise se doutait PARFAITEMENT de qui provenait le message reçu par Haizaki...
« Putain d'casque j'vois rien avec... »
En revanche, Haizaki ne se priva pas pour broncher, lui, en relevant sa visière dans le but de pouvoir déchiffrer son SMS.
Dont l'identité de l'expéditeur ne manqua pas d'être révélée, Haizaki se montrant nettement plus bavard en la matière que concernant ses ex-amants...
« Oh. C'est Viv' ! » Sembla t-il s'étonner.
En toute sincérité.
What a scoop... Qui d'autre cela aurait-il bien pu être, franchement ? Le cercle amical et/ou relationnel d'Haizaki se trouvait plutôt limité ici à L.A.
« Ça m'aurait étonné, tiens... Qu'est-ce qu'elle te veut encore ? » Répliqua Kise un peu sèchement.
Ce qui n'échappa pas à Haizaki.
Evidemment...
Et encore, Kise s'était abstenu de conclure sa phrase par un « celle-là » bien senti... Ou tout autre surnom agressif et méprisant du type « la sorcière » ou « la momie », pouvant donner une indication relative à son âge... « avancé. »
« Tu devrais plutôt remballer la jolie petite crise de jalousie que tu t'apprêtes à me servir, parce que ça t'concerne aussi figure-toi. Et ne me mens pas parce que je peux la sentir d'ici poindre sur le bout de ta charmante langue agile... »
« Sans vouloir te manquer de respect, je pense que tu t'emballes un peu vite mon cher... J'allais simplement te faire part de mon étonnement. C'est vrai quoi, j'ai du mal à croire que Miss Robinson puisse être consciente de mon existence. Pour autre chose que t'empêcher de te rendre chez elle, je veux dire hein... »
« Contre toute attente, il semblerait pourtant que ce soit bien le cas puisqu'elle tient à nous inviter chez elle pour profiter d'sa piscine, avant de nous rendre ensemble au Country Club. Il y aura même de la limonade fraîche faite maison. Alors, qu'est-ce que t'en dis, ça te tente ? »
En toute honnêteté, Kise ne s'attendait pas à une pareille invitation et certainement pas à un tel moment (fort malvenu, qui plus est), sachant qu'ils allaient se voir d'ici quelques heures à peine à tout casser et passer tout le reste de la soirée ensemble. Comme si le blond et le brun n'avaient pas mieux à faire en attendant, pfff... Comme profiter de leurs derniers moments de liberté partagés.
A croire que la vieille peau ne pouvait vraiment pas se priver d'Haizaki, sous peine de littéralement en crever... Mais commençant à connaître leur bienfaitrice, cette chère Vivianne avait sûrement une idée derrière la tête... Une idée du genre tout sauf innocente... Le mannequin avait donc besoin d'en savoir plus quant à cette soudaine proposition, avant de pouvoir se prononcer définitivement. Même si cela ne changerait probablement rien à la nature de sa réponse.
Négative, bien entendu.
Parce qu'il faudrait voir à ne pas déconner non plus !
Sa décision était déjà prise avant même que l'invitation n'ait eu le temps d'être lancée.
Le blond se retint donc de justesse de rentrer dans le lard d'Haizaki, mais pas de la manière sexuelle dont ils l'auraient voulu tous les deux, hélas. Croyez-moi, ce n'était pas l'envie qui lui en manquait pourtant ! Un peu plus et Kise aurait lâché un fort poli et reconnaissant « IL EST OU LE PIEGE LA ? »
Oui, tout en majuscules, dans l'optique de bien marquer son exaspération. Exaspération doublée d'une certaine suspicion, histoire d'achever ce tableau déjà peu reluisant.
« Profiter de sa piscine ? Tu veux dire, celle de sa villa ? »
Non parce que dans ce cas, le Penthouse aussi disposait de son propre bassin. Bien plus grand, qui plus est...
« Ouais, celle-là même. »
Comme si elle en avait cinquante ! Quoique ce serait possible, vu la teneur de son compte en banque...
« Et accessoirement, celle où tu as BAISE avec ta pouffe, sans protection... ? »
Argh, ça le démangeait au moins autant qu'un herpès labial de balancer ça, mais...
Il fallait raison garder. Pas la peine de se montrer véhément.
Pas tout de suite, du moins.
« Comme c'est généreux de sa part... » Répondit Kise, à demi-ironique. Non, pas qu'à moitié en fait, il l'était entièrement même !
« N'est-ce pas ? Alors, j'lui dis quoi ? Qu'on va y faire un saut ? En plus, sa copine est déjà là. Tu sais, celle qui sera ta cavalière pour la soirée. Ça tombe plutôt bien, parce que ça vous permettra de faire un peu connaissance avant, du coup. »
AH.
Elle se trouvait donc LA la véritable raison de cette fameuse invitation...
Kise aurait dû voir venir cet éléphant caché dans un magasin de porcelaine pourtant... Après tout, cette femme s'était déjà montrée profondément calculatrice et manipulatrice, même si d'ordinaire, elle parvenait à ne pas se faire pincer. La plupart du temps. Sauf que depuis le début, Kise ne la sentait pas et malheureusement pour elle, Miss Robinson ne se montrait clairement pas aussi subtile qu'elle croyait l'être.
Pas pour lui, en tout cas.
Le renard ne se souvenait plus si Haizaki avait précédemment évoqué la présence d'une quatrième larronne à leur soirée, mais sa raison d'être semblait logique : en effet, si le brun avait été désigné pour escorter sa boss comme on pouvait s'y attendre, le rôle de Kise serait quant à lui d'y conduire la seconde autre dame.
« Laisse-moi deviner : elle est centenaire comme elle, sa copine... ? »
Oups !
Ça par contre, c'était sorti tout seul !
Haizaki rabattit sa visière en silence comme le feu repassait au vert et il confia son téléphone à Kise pour que le blond le range à sa place avant qu'il n'ait redémarré. Mais contrairement aux apparences, la pique n'était pas passée inaperçue. Loin de là. Kise se mordit la lèvre inférieure, regrettant aussitôt ses paroles. Son coup de sang dédaigneux.
Sur le coup, ça lui avait fait du bien de tomber le masque, certes, mais avec un peu de recul, pas besoin d'être un génie comme Akashi pour comprendre qu'Haizaki n'allait pas tarder à essayer d'en tirer profit. Parce que la jalousie de Kise risquait fort de se retourner contre lui, au final... Cela pourrait conférer à Haizaki un avantage non négligeable, dont le brun ne se priverait sûrement pas de faire usage en temps voulu.
Mais au lieu de rebondir immédiatement sur les vilains mots proférés par Kise, Haizaki les éluda soigneusement, faisant mine de ne pas relever. En bon joueur de poker, il confirma plutôt attendre le moment opportun. Alors ce fut Kise qui reprit la parole, pour empêcher qu'un MALENTENDU (bel et bien entendu pourtant...) ne viennent s'immiscer durablement entre eux.
Et à son seul désavantage.
« T'y es déjà allé à son Country Club, toi ? »
« Pourquoi est-ce que tu m'demandes ça ? »
Encore une fois, Haizaki s'adonna un petit jeu favori par contre : répondre à une question par une autre. A croire que les termes « oui » et « non » ne faisaient définitivement pas partie de son langage... A moins que sa langue ne tombe si par malheur il les prononçait, allez savoir de quelle étrange malédiction il était frappé pour les exécrer à ce point.
« C'est toi qui m'as raconté que pour gagner ta croûte, tu effectuais aussi de menus travaux au sein d'une 'maison de retraite.' Alors, je me disais qu'à tout hasard, cela désignait peut-être le Country Club... ? »
« Woaaah tu sais qu't'es drôlement malin, toi ? Ouais, en effet t'as raison, c'est bien ce à quoi je faisais référence. Ton sens de la déduction m'épate ! »
Mouais... Il en faisait un peu trop là mais... Haizaki aurait pu le formuler en ces termes dès le départ, plutôt que d'utiliser à tort celui de « maison de retraite », nettement plus vague... Volontairement ? D'ailleurs, à bien y réfléchir, c'était sûrement à cet endroit que le voleur de techniques avait rencontré son mécène, enfin, celle qui allait devenir sa future « patronne »... Quoique Kise avait toujours autant de mal à avaler qu'un ancien délinquant comme Haizaki se soit vu accueillir à bras ouverts au sein d'un lieu aussi chic et aisé... A moins qu'il n'ait crocheté lui-même la serrure de la porte d'entrée pour s'y inviter. Ou qu'il l'ait forcée au pied de biche, façon « Casseur-Flotteur ». Ouais, tout de suite plus plausible comme théorie, sans compter que cela lui ressemblait davantage !
« Dans ce cas... On pourrait s'y rendre directement et les attendre là-bas, ce serait plus pratique au lieu de faire un détour. D'autant que j'suis sûr qu'il doit bien y avoir une piscine dans un tel endroit. Voire même plusieurs. »
« Attends, j'comprends pas bien là... Pourquoi t'es ok à l'idée d'aller barboter dans celle du Country Club, mais pas dans celle de Viv' ? C'est la même chose pourtant, non ? »
Graaah l'enfoiré !
Il essayait de le coincer là ! C'est qu'Haizaki avait parfaitement bien réalisé que se rendre chez Viviane posait un problème de taille à son compagnon. Et il savait également très bien pourquoi. Mais l'entendre de vive voix de la part de Kise serait autrement plus divertissant et jouissif. Comme un avant-goût de victoire...
« Dois-je te rappeler qu'on n'a pas pris nos maillots d'bain au passage... ? » Tenta de le couler Haizaki.
« Et alors ? Ils doivent bien en louer au Country Club ! » Rebondit intelligemment Kise. « Ou mieux encore même : en vendre des NEUFS ! »
« Viv' aussi, elle en a chez elle. Ceux de son fils et de son mari. Et j'suis sûr qu'elle est du genre à les prêter. Et gratuitement en plus, elle. Contrairement au Country. »
Ergh, encore une fois, la contre-attaque d'Haizaki fit mouche. C'était donc là où il voulait en venir... graaah le salopiot, il le baladait ! Mais Kise n'avait pas dit son dernier mot.
« Ça ne m'enchante guère de porter le même slip que quelqu'un d'autre... Surtout en passant derrière lui. C'est personnel ces trucs-là, ça ne se prête pas ! C'est trop intime ! Je te l'ai déjà dit en plus quand tu as essayé de me refourguer tes sous-vêtements au début de notre cohabitation. »
Parce que rien que d'imaginer que ses balloches puissent toucher le même tissu – même propre et désinfecté - que celui dans lequel d'autres avaient bien eu le temps de macérer, suffisait à dégoûter l'exigeant Kise. Une véritable princesse !
Mais bien-sûr il ne s'agissait pas de la seule raison à son refus. Ni même de la principale.
Et puis, si vous avez bonne mémoire, vous, contrairement à moi qui suis allée revérifier dans les chapitres précédents, par jeu et à l'occasion de leur dîner romantique chez Mario, Kise avait fait une petite entorse à ses convictions profondes, en acceptant de revêtir les vêtements d'Haizaki. Et « vice et versa » d'ailleurs, comme diraient les Inconnus. Sous-vêtements inclus, donc...
Car en réalité, Kise ne se représentait que trop bien un Haizaki à moitié nu, alangui au bord de la piscine, à la merci de cette chère Vivi qui se proposerait EVIDEMMENT de lui étaler de la crème solaire dans le dos. Enfin, partout sur le corps tant qu'à faire, (On n'est jamais trop prudent face au cancer de la peau...) lui tâtant généreusement les muscles comme une belle pièce de viande provenant de chez le boucher. Sans ambigüité, aucune bien entendu. Et bizarrement, cette perspective n'enchantait guère l'ancien as de Kaijo.
C'est qu'il la voyait déjà, débarquer avec ses gros sabots et son air de ne pas y toucher. Une femme faussement respectable, bien sous tous rapports. A qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession, ni concession. Sauf si le bon Dieu en question s'appelait Kise, ce qui serait hautement plausible s'il s'agissait d'une divinité de la Mode. Kise voyait la scène d'ici : en premier lieu, la riche héritière pointerait qu'elle ne faisait que se préoccuper du bien-être et de la bonne santé de son hôte. Qu'elle pensait avant tout à lui et à son intérêt, en le protégeant ainsi des rayons meurtriers du soleil. Dusse t-elle mettre la main à la pâte elle-même.
Et au paquet aussi, si possible.
Ben quoi ? Sait-on jamais, des fois que les vilains rayons UV filtrent aussi à travers l'étoffe protectrice... Et puis, après tout, elle avait un fils pour lequel elle avait déjà été obligée de faire de même par le passé. Nonobstant le fait que ledit fils était à présent un adulte, plus âgé que Kise et Haizaki, soit dit en passant... Et puis, elle revendiquerait ensuite qu'une bonne palpation peut servir à détecter bien des désagréments génitaux.
Et si cela ne s'avérait pas suffisant en guise de justification, Vivianne Robinson balayerait sans doute le problème d'un revers de la main en invoquant sa carte piège digne de Yugi Oh : l'indéboulonnable instinct maternel, qui la ferait ainsi passer pour la sainte de service en prime. La dame du monde n'hésiterait en effet pas à affirmer un aplomb caractéristique qu'il n'y avait pas lieu d'y voir un quelconque geste déplacé de sa part, puisque son fils se pourvoyait un âge similaire au leur. Ce qui, comme je l'ai dit précédemment, n'était absolument pas le cas. Il y avait en effet une bonne dizaine d'années d'écart entre eux, au bas mot. Et puis quand bien même...
Elle voulait surtout pouvoir tripoter de la chair fraîche en toute impunité la vieille rombière, oui !
Ce qui la mettait en quête de la plus indémontable excuse pour ce faire...
Ah on ne la lui faisait pas au redoutable Kitsune, esprit taquin par excellence!
Encore, ce besoin de malaxer du jeune mâle dans la force de l'âge pourrait éventuellement s'entendre en tant que veuve esseulée mais... Haizaki n'était pas libre et de plus, profiter ainsi de son statut pour lui imposer ses désirs et ben... CA S'FAISAIT TROP PAS QUOI, de l'avis fort élaboré et pertinent de Kise ! Non, pas de réflexion plus profonde ou philosophique que ça. Tout juste y entrapercevait-on un soupçon de critique sociale à peine esquissée...
Et encore, il fallait gratter la couche de vernis polissé pour ne serait-ce que la deviner...
« Tu sais, s'il n'y a que ça pour te faire plaisir, je suis certain que Viv' nous laisserait nager à poil dans sa piscine si on lui demandait gentiment... Comme ça, affaire réglée : pas besoin de maillot de bain ! »
« Justement, c'est bien ce qui m'inquiète ! »
Alors là, ce serait juste le pompon sur le costume de la Bunny Girl ! Plus aucune barrière visuelle et tactile, autant se jeter en pâture à des requins affamés directement, ça reviendrait au même !
« Quoi encore ? Quel est le problème cette fois ? » S'agaça Haizaki, face au manque de conviction de son pointilleux camarade.
Encore une fois, on revenait full circle et il s'agissait d'un cercle au moins aussi vicieux que Dame Viviane en personne : Kise savait exactement ce qu'Haizaki cherchait en mettant les pieds dans le plat de façon aussi brutale et sans détour. Parce que le copieur des Miracles était loin d'être aussi naïf qu'il voulait le laisser penser. Sauf que malheureusement pour lui, son adversaire ne s'y laissait pas tromper. Non seulement loup semblait parfaitement au courant de ce qu'il faisait, mais aussi de ce que Kise ressentait véritablement. On en revenait toujours au même point. Inlassablement. Faire avouer l'autre, ce jeu de domination et de stratégie malsain, pour prendre l'ascendant.
Et si c'était une ruse visant à ce que Kise s'expose au risque de se faire démolir sans sommation, pour au final entendre le même discours à nouveau, celui par lequel Haizaki lui balancerait encore au visage : « Je ne suis rien pour toi, par conséquent j'ai tous les droits et toi t'as juste celui de la fermer quant à ce que je décide de faire ! » alors, non, ça ne valait définitivement pas le coup d'en prendre, des coups. Tendre le bâton pour se faire battre ? Très peu pour lui, Kise avait déjà assez donné. Car à chaque fois, ses propres initiatives s'étaient retournées contre le renard.
Invariablement.
Quant à céder... cette option paraissait tout simplement inenvisageable. Même pas la peine d'y penser à vrai dire. Ce serait le pire des châtiments pour lui. La déchéance, l'abaissement et enfin, le subissement en lui-même. Et siiiii, ce mot existe d'abord ! D'après certains obscurs dictionnaires en ligne en tout cas, alors arrête de me le souligner en rouge, méchant Word !
D'ailleurs, rien que le fait qu'Haizaki ose lui poser la question, signifiait que soit le brun était doté de la sensibilité d'un pied de chaise, soit – plus crédible – il feignait de ne pas savoir pour le forcer à se dévoiler. Dans tous les cas, Kise ne tenait pour rien au monde à revivre un remake de la soirée « PISCINE » avec Amber et Stacy, version sexagénaires en mal d'amour.
Non, une telle confrontation avec Haizaki serait perdue d'avance...
Ne restait dès lors plus qu'une seule solution viable.
C'est pourquoi, lorsque le bolide arriva au niveau du feu de signalisation suivant, situé seulement quelques mètres plus loin heureusement, il n'attendit même pas qu'Haizaki s'arrête totalement pour commencer à retirer son casque.
« Ecoute... si tu tiens tant que ça à y aller, moi, je préfèrerai rentrer, si ça n'te fait rien. Tu peux m'déposer à l'angle de la prochaine rue, j'me débrouillerai. »
Et peu importe où ils se trouvaient actuellement, cela pourrait tout aussi bien être le beau milieu du trou du cul du monde, que ça ne changerait rien à la décision radicale prise par Kise.
« Si ça n'me fait rien ? Et ici, en plein carrefour routier en plus ? Pfff... mais qu'est-ce que tu racontes encore ? Oh que non tu n'iras nulle part ! Dois-je te rappeler qu'on avait un deal tous les deux, putain !? » S'emporta immédiatement le brun, comme il fallait s'y attendre.
Son visage se déforma sous la colère, laissant ressortir des traits agressifs que Kise avait préféré enfouir au plus profond de sa mémoire. Il devait donc calmer le jeu au plus vite, avant que l'ancien Shogo ne soit tenté de refaire surface.
« Je sais et je n'avais pas oublié, rassure-toi. Je ne compte pas me défiler non plus car je n'ai qu'une seule parole. Alors va t'amuser de ton côté et tu n'auras qu'à repasser me prendre ce soir, au moment du dîner. » Débita plus calmement Kise, par opposition au ton employé par Haizaki. « Qu'en dis-tu ? Cela me semble être une solution équitable, non ? »
De toute façon, il n'avait ni l'envie, ni la force de lutter. Pas plus que celle de jouer les rabats-joie. Si Haizaki souhaitait aller batifoler dans la piscine de Miss Robinson avec son amie grabataire (Kise formulait cette affirmation sans même la connaître cette brave dame, mais passons...), grand bien lui en fasse ! Non, grand mal plutôt. Mais cette fois, sa Némésis n'aurait pas droit à une seconde crise de jalousie désespérée. Pas après celle qu'il lui avait débitée à à peine vingt-quatre heures d'intervalle...
Ça non, Kise s'en fit la promesse. Haizaki pouvoir toujours courir pour qu'il se remette à nu et s'expose à nouveau de la sorte !
« J'en dis que je n'suis pas à ta disposition putain de merde ! Hors de question que reprenne la route exprès pour te récupérer ! » Vociféra son adversaire.
Kise déglutit difficilement. Essayant de ne pas se laisser décontenancer par le manque de coopération d'Haizaki, il reprit d'une voix douce :
« Ok... ce n'est pas un problème. Envoie-moi simplement l'adresse précise du Country Club et je me débrouillerai. Je pourrai demander à Kagamicchi de me déposer par exem-... »
« ... Quand je disais que je n'étais pas à ta disposition, ça valait également pour le reste du commun des mortels ! » Attaqua de nouveau Haizaki, lui coupant l'herbe sous le pied. Et la parole dans le même temps. « Le tigre a sûrement mieux à foutre que de te servir de chauffeur lui aussi ! Et je n'appelle pas vraiment ça 'se débrouiller' qui plus est... »
Hmm... Haizaki marquait un point. En effet, Kise avait peut-être trop tendance à se reposer sur autrui avant même de chercher à résoudre ses problèmes par lui-même. Mais à sa décharge, il ne le faisait pas consciemment. Il s'agissait juste d'un réflexe malheureux inculqué par le milieu du showbusiness dans lequel il trempait depuis presque sa naissance, tel Obélix tombé dans la potion magique alors qu'il était encore tout minot...
Un milieu où les « assistants » en tous genres pullulent et font figure de norme. Non seulement ils y sont légion, mais ils forment en plus une véritable armée à laquelle il est difficile d'échapper de par son nombre et sa présence étouffante... Se tourner vers eux au moindre besoin parfois – souvent, même – trivial constituait donc un automatisme pour toute personne travaillant au sein de l'industrie du divertissement.
Et comme se plaisaient à répéter les braves soldats de l'assistanat : « On ne peut juste pas aller faire caca et pipi à votre place ! Mais c'est bien la chose seule chose que l'on ne puisse pas faire pour vous. Du moins, pas encore ! » Bon ok, ce n'était pas la réplique littérale, elle était débitée avec beaucoup plus de classe et d'élégance que celle-ci, notamment dans le choix des mots, mais là, il s'agissait de ceux de Kise et le sens global demeurait peu ou prou le même.
« D'accord, tu as raison... » Concéda le goupil. WOW, INCROYABLE ! Kise qui reconnaissait et assumait ses torts !? Et sans avoir à le harceler pour ça ? Il allait tomber des sacs à main Hermès du ciel ! « J'appellerai un Uber ou un taxi, dans ce cas. Je suis même prêt à... » Ewww rien que de s'apprêter à le dire, ça lui filait des FRISSONS d'effroi et de dégoût mêlés. « ... prendre le bus, s'il le faut... »
Et pour Kise, ce geste apparemment anodin et représentant le quotidien de milliards de travailleurs dans le monde, constituait un véritable SACRIFICE. Pas que le blond soit soudainement devenu une diva, (quoique...) mais lorsque l'on est habitué à baigner dans le luxe comme cela avait été son cas, il est ardu de se défaire de certaines habitudes tenaces. Et malgré les nombreuses années passées au sein de la Cité des Anges, Kise n'était toujours pas parvenu à se faire à sa... promiscuité. Notamment, dans les transports en commun.
Ajoutez à cela une chaleur caniculaire ayant cours dix mois sur douze dans l'année, occasionnant beaucoup de transpiration chez les usagers parqués comme des bestiaux destinés à l'abattoir et le moindre trajet se transformait en épreuve pour le délicat Japonais. Macérer dans un authentique bouillon de culture de sueur, de microbes et de parfums artificiels bas de gamme, ne faisant qu'exacerber le bruit et surtout l'odeur au lieu de la masquer, avait tendance à fortement rebuter Kise. Cependant et aussi incroyable que vrai, pour Haizaki, il était prêt à faire un EFFORT.
Un effort surhumain.
Aujourd'hui, exceptionnellement. Mais pas certainement davantage hein ! Après tout, le maso du « couple », ce n'était pas lui !
C'est pourquoi le brun ferait mieux de saisir l'offre, la balle au bond, parce que Kise ne comptait pas la maintenir indéfiniment...
Et comme Kise se trouvait toujours soudé à lui, Haizaki pouvait distinctement le sentir trembler dans son dos. Pauvre petite chose fragile, toute effrayée qu'elle était à l'idée d'aller se frotter à la plèbe et son hygiène douteuse au sein d'un espace clos.
« Oh et puis tu sais quoi ? Fuck it all... » Asséna soudain le loup. « Qu'elles aillent s'entraîner à la brasse coulée toutes seules les deux vieilles peaux... »
A ces mots crus, Kise cligna des yeux. Non, il papillonna plutôt des cils, c'était un mouvement autrement plus distingué et approprié pour quelqu'un de sa stature. Que voulez-vous, on est mannequin INTERNATIONAL ou on ne l'est pas. Mais tout de même, il devait s'avouer surpris qu'Haizaki ose traiter la Rein Mère de la sorte ! Parler d'elle en des termes aussi peu flatteurs... Ça semblait venir du cœur, en plus...
« Heu comment ça... ? » S'inquiéta donc quelque peu notre renard national.
« Toi. Moi. On va directement au Country Club. Quand j'ai décrété que j'ferai pas d'détour, y avait pas d'raison que ça ne valle pas également pour ces deux radasses. Pourquoi tu s'rais l'seul concerné ? »
Et de se tourner vers Kise pour lui adresser un petit sourire entendu et complice.
OH NOM D'UN SHIT MEAL POUR MANNEQUIN A LA DIETE, Kise sentit instantanément une irrépressible quantité de larmes venir lui chatouiller les glandes lacrymales. Quantité difficile à contenir, comme elle lui montait aux yeux et menaçait de couler, telle la piscine à débordement de Miss Robinson !
D'ailleurs, s'il ne s'était pas trouvé sur une moto empêtrée dans le trafic, Kise aurait sans doute explosé en pleurs !
De joie, bien évidemment !
Car au-delà de la logique imparable liée à cette réflexion, la réaction aussi inattendue que généreuse d'Haizaki le toucha profondément. Et oui, il lui en fallait peu, mais que voulez-vous, il était à fleur de pot... enfin de peau, en ce moment... Comme vous l'aviez sûrement remarqué de votre œil affuté de lectrices averties, je parie.
« Sho-Shogocchi ! »
Et tant pis si le feu allait ou venait même de repasser à l'écarlate. Tant pis s'ils bloquaient la circulation et que des cons pressés se mettaient à les klaxonner furieusement. Parce que pour Kise, en cet instant, le temps venait de suspendre sa course, à la manière du véhicule qui les transportait.
Le renard se jeta entre les (crocs ?) bras de son loup et l'enlaça à l'en étrangler, laissant éclater au grand jour son bonheur à défaut de ses larmes. Il se sentait tellement soulagé qu'Haizaki l'ait choisi lui à la place de Miss Robinson !
Pour une fois !
Prends ça dans les dents, enfin dans ton dentier, la vioc !
Son cœur s'emballa à peu près aussi rapidement que le moteur de la Hayabusa lorsqu'elle était lancée à pleine vitesse et il se pencha pour embrasser Haizaki.
Oups... Mauvaise idée...
Car si Kise ne portait plus son casque lui, pris corps et âme dans son élan d'affection spontané, il ne remarqua pas que ce n'était pas le cas d'Haizaki.
Et BAM le front contre la surface dure, Kise s'y cogna la tête la première ! Un peu plus et ç'eut été son magnifique petit nez espiègle et aquilin aux proportions parfaites, qui se serait explosé contre ce bouclier facial...
« Aïe ! » Couina le blond sous l'impact inamical.
Cette fois, inutile de préciser ce que ce n'étaient plus des larmes de joie que le jaune sentait poindre au coin de ses yeux... Mais de douleur.
« Merde, ça va Ryota ? Laisse-moi regarder... C'est ton nez qui a tapé ? »
« Noooon ça n'va paaaas ! Mon froooont oooww ! »
Il était en train de voir trente-six chandelles le blondin et en avance sur son prochain anniversaire !
« Ah putain, ouais en effet, tu vas avoir une jolie bosse je le sens d'ici... »
« G-grosse comment ? » S'inquiéta de plus belle le mannequin, qui avait un important shooting de prévu pour dans deux jours, rappelons-le...
Ce à quoi Haizaki s'abstint de répondre « CMB », même si cela le démangea au moins autant qu'une colonie de morpions, bien qu'il n'en ait encore jamais attrapé malgré ses fréquentations sexuelles peu recommandables parfois.
« Heu... comme deux pièces d'un yen, je dirai... ? »
Sachant qu'une seule pièce fait la modique taille de vingt millimètres...
« Naaaaaaaan tout mais çaaaaa, c'est la catrastroooooophe ! Je vais vraiment finir défiguré à force de te fréquenter d'aussi près ! »
« N'abuse pas quand même, chochotte ! T'as qu'à juste garder le doigt appuyé dessus pour la faire re-rentrer à l'intérieur ! »
« Pfff genre ça fonctionne ta technique ! Et mon casque alors !? »
« Bah remets-le aussi, bonne idée tiens ! Comme ça, il appuiera à ta place ! »
Kise s'exécuta sans protester davantage pour sa propre sécurité et heureusement qu'il s'agissait du feu rouge le plus long de l'histoire de la fanfiction...
Ce qui fut d'ailleurs bien utile quand Haizaki confia son téléphone à Kise afin que celui-ci se charge d'envoyer une réponse négative à Miss Robinson pour son compte.
Finalement et contre toute attente, vu la tournure que prenait la situation, c'était peut-être bien Kise le top model à la renommée dépassant les frontières du Japon, qui allait se retrouver cantonné au rôle de simple « assistant » aujourd'hui...
Après l'épisode du baiser raté, Kise ne fit aucune nouvelle tentative.
La spontanéité du moment était passée...
Envolée.
Mais en vérité c'était aussi et surtout parce qu'après son front et son œil, il ne voulait vraiment pas risquer de SACRIFIER un autre élément composant son faciès parfait. Lui et Haizaki arrivèrent donc sans encombre au lieu du rendez-vous, après que Kise eut prévenu Miss Robinson du changement de plan.
Et le moins que l'on puisse dire fut que le country club était et bien... IMMENSE, comme on pouvait légitimement s'y attendre de la part de Dame Vivi, qui semblait tout aimer voir et faire... en grand, justement. Il y avait plusieurs hectares de verdure, reconvertis en terrains de golf, plusieurs piscines et plusieurs cours de tennis et de squash. Des chevaux pur-sang pour faire de l'équitation ou du polo. Bref, que des sports estampillés... « riches ». Mais vu le faste de l'endroit... Kise était même persuadé qu'ils allaient manger dans de la vaisselle en diamant avec des couverts en or. Ou l'inverse. Parce qu'on avait définitivement dépassé le stade de la simple « petite cuillère en argent » là... Oui, à un dîner de CHARITE, parfaitement !
Et pourtant Dieu seul Karl Lagerfeld savait que Kise aimait le luxe (... bon d'accord, toute la planète était au courant de ce fait notoire...), mais ici... même pour lui, c'était trop... Quelque chose clochait jusque dans l'ambiance très (trop ?) aseptisée des lieux. Un endroit de carte postale, coupé du monde normal, préservé des gueux... Une sorte d'oligarchie eugénique qui foutait mal à l'aise et prenait aux tripes dès qu'on posait le pied dans pelouse taillée militairement. Pas un brin d'herbe ne dépassait. Tout était propre, reluisant. Bien ordonné, rangé. Hmm... cela faisait encore plus se demander au renard comment le loup s'y était pris pour se faire inviter dans cette bergerie grand luxe pour brebis à la toison d'or.
...
Il n'aimait pas cela. Il avait vraiment un mauvais pressentiment à ce sujet... Une boule au ventre à mesure qu'il progressait dans l'enceinte de ce club très restreint, encore plus VIP que la boutique de fringues qu'il avait visitée avec Zaki. Comme si ici, les moutons n'attendaient docilement pas d'être tondus, mais que c'était eux qui risquaient bien de dévorer le Grand Méchant Loup, sous leurs allures de paisibles herbivores inoffensifs...
Semblant ressentir son trouble sans même avoir à lui parler ou à le regarder, Haizaki qui menait toujours la marche, (normal, puisqu'il connaissait l'endroit, autant jouer les guides...) tendit la main vers l'arrière et attrapa la sienne. Le rouge monta aux joues de Kise. N'était-ce pas un geste trop intime que de se tenir la main de la sorte ? C'est plutôt ce que font les amoureux et un geste qui leur est traditionnellement réservé, non ? Cette initiative ne risquait-elle donc pas d'être mal interprétée ? Kise savait pourtant qu'Haizaki n'agissait ainsi que pour éviter que le blond se perde... non, parce que vu la taille du bordel, il faudrait mobiliser l'intégralité une équipe de recherche pour le retrouver si jamais par malheur il s'égarait ! Et ça durerait des SEMAINES, en prime !
Mais encore une fois, l'extralucide Haizaki le devança dans ses hésitations.
« C'est bon, t'inquiète pas. Au pire, on dira que c'est une pratique culturelle bien de chez nous autres les sauvages aux yeux bridés que de se tenir la main entre mecs. »
Et de glisser un peu plus ses doigts entre ceux de Kise pour raffermir sa prise.
Heuuu ermm...
Juste comme ça, pour vérifier...
... DEPUIS QUAND HAIZAKI S'ETAIT-IL RECONVERTI EN IRREPROCHABLE CHEVALIER SERVANT... !?
Un vrai gentilhomme ! Kise n'en croyait pas ses yeux, enfin son seul œil actuellement valide, ni ses oreilles. (bien fonctionnelles en revanche elles deux, merci !) Encore une fois, une pointe de culpabilité le tarauda et il se dit qu'il n'avait pas raté une nouvelle occasion de bien mal juger Haizaki. Mais si son cœur était bel et bien conquis, son cerveau lui, l'enjoignait toujours à se méfier. Les loups sont connus pour être des carnassiers opportunistes... et à défaut de croquer un mouton bien dodu, Haizaki n'aurait sûrement rien contre le fait de se mettre un renard sous la dent... Après tout et sans le dire de manière péjorative, son comportement avait changé du tout au tout en une fraction de seconde... Il était passé de la colère froide à la résignation, non, l'abdication même. Personne ne retournait sa veste aussi rapidement... Pas même Superman. Bien que l'on parlait de sa cape, là.
Le portable d'Haizaki vibra et il consulta ses messages en continuant à escorter Kise à travers l'endroit, qu'il semblait connaître comme sa poche.
« Tiens... On dirait que Viv' et sa copine sont déjà là. »
AH BEN ELLES AVAIENT FAIT VITE LES DEUX GOURGANDINES ! Elles s'étaient téléportées ou quoi ? Kise aurait préféré pouvoir découvrir tranquillement les lieux avec Haizaki en mode visite guidée... et privée.
« Elles nous attendent au terrain de tennis situé en intérieur. Tant mieux, il fait trop chaud pour jouer dehors de toute façon. Et celui-ci est équipé de la clim'. »
Il se tourna alors vers Kise, toujours sans avoir lâché sa main, et sourire en coin il le défia à demi-mots :
« ... Tu sais jouer, n'est-ce pas... ? »
ALOOOORS LAAAA ! ET COMMENT QU'IL SAVAIT JOUER !
Kise maîtrisait instantanément et instinctivement tous les sports, c'était d'ailleurs la raison de son choix pour le basket, seule discipline à lui résister un tant soit peu !
Et puis, ça tombait bien, il avait justement TRES ENVIE de foutre une PETEE à Miss Robinson, sans trouver comment le faire de manière... « légale », dira t-on. Or, Haizaki venait de lui en fournir l'occasion rêvée !
Envolé le sentiment d'oppression !
Et bonjour celui de compétition !
Se libérant de la paume légèrement suante d'Haizaki, il se retroussa les manches et banda ses biceps, paré pour la compétition !
« Un peu mon n'veu ! On me surnommait 'Prince of Tennis' dans mon ancien collège, avant que je ne débarque à Teiko ! »
Haizaki ne connaissait pas le niveau de jeu de son compagnon, mais lorsqu'il était question de SURJEU par contre, Kise était le champion toutes catégories confondues ! Cela amusa le loup qui se mit à ricaner devant l'attitude un peu gamine de Kise.
Il ne pouvait pas s'empêcher de trouver cela mignon.
OULA.
MIGNON !?
Attendrissant alors ?
Naaaan, encore pire !
Dépité par ses propres pensées, Haizaki se passa une main sur le visage. Qu'est-ce qu'il lui prenait tout à coup... ? Peut-être qu'à force de devoir servir à Kise son petit numéro du parfait amoureux transi, il avait fini par s'en auto-convaincre lui-même ? Ouais, c'était la seule explication... Le loup ferait donc bien de se montrer prudent à l'avenir en baissant un peu le volume et l'intensité de ses « attentions », avant qu'elles ne finissent par complètement empiéter sur sa mission...
Il devait réprimer de toute urgence de tels sentiments parasites et indésirables. Car s'il les laissé dégénérer... cette erreur d'appréciation risquait bien de signer son arrêt de mort...
Sauf que cette fois, Kise ne lui laissa pas le temps de réagir. Ce fut le blondinet qui prit les devants, lui attrapant de nouveau la mimine, avant de le tirer avec enthousiasme jusqu'au terrain de tennis où les attendaient leurs deux adversaires du jour...
...
... Et dont il ignorait la localisation précise...
C'était peut-être parce qu'ils avaient tourné en rond vingt bonnes minutes avant de trouver le bon court...
Ou parce que Miss Robinson et son amie jouaient « à domicile »...
Toujours était-il que les deux JEUNES HOMMES DANS LA FLEUR DE L'AGE, EN PARFAITE CONDITION PHYSIQUE ET POSSESSION DE LEURS MOYENS se firent rouster sévèrement par leurs homologues féminines, pourtant beaucoup moins fraîches et capables qu'eux.
Kise n'en revenait pas.
L'humiliation était totale.
La victoire, incontestable et éclatante.
Ecrasante, même.
Elles avaient dominé le match tout du long, à aucun moment inquiétées par leurs vaines tentatives de revenir au score.
Pour être tout à fait honnête Kise avait un peu honte quand même...
Se faire battre à pleine couture passait encore, mais... pas dans un sport qu'il était censé maîtriser et surtout pas après s'en être vanté auprès d'Haizaki. Contre deux vieilles dames en plus, kyyaaaa les naaaaazes ! Le blond gisait à présent à quatre pattes, au sol, trempé de sueur et incapable de se relever.
Quant à Haizaki, ce n'était guère mieux. Il gisait, écroulé sur le filet et peinait aussi à se remettre debout. Il en avait même pété une raquette de rage, en l'envoyant valdinguer dans le décor. Encore plus mauvais perdant que Kise, qui l'eut cru, même si ce dernier avait bien tenté de faire valoir quelques erreurs imaginaires d'arbitrage pour reprendre l'avantage... Ou alors perdre... mais en conservant la face, au minimum quoi.
Tout du long, ils avaient été baladés par les drôles de dames...
Joan, la besta de Vivi, fringante septuagénaire de son état plus proche de l'octo que de la SEXa (dans tous les sens du terme...), s'était montrée particulièrement redoutable et impitoyable dans son toucher de balle.
Mais d'après Viviane, dont les services canons n'avaient rien à envier à ceux d'un Nadal, ce qui avait perdu les deux jeunes hommes pourtant bien supérieurs d'un point de vue physique sur le papier, c'est qu'ils n'avaient pas su jouer en équipe. Incapables de se coordonner, ils s'étaient gênés et faits de l'ombre plus qu'autre chose. Par conséquent, cela les avait conduits à perdre sans panache.
Kise se sentait épuisé.
Vraiment.
Il avait mal partout, il avait l'impression d'être une petite vieille – pardon, un petit vieux – dévoré(e) par l'arthrose... La vaaaache... Il n'avait même plus le moindre souffle !
Bon ok, le jaune était grevé par un handicap de taille en ne disposant plus que d'un seul œil. Et on n'a jamais vu un PIRATE gagner au tennis, mais bon... son égo venait d'en prendre un sacré coup, là !
... Tout comme son dos, lorsqu'il heurta le mur de la cabine de sauna, poussé par un Haizaki affamé.
Apparemment, entre lui en vouloir pour leur défaite ou s'en faire consoler, l'ex-délinquant avait fait son choix.
Une paire de lèvres voraces s'écrasa contre les siennes avec force et instinctivement, Kise s'accrocha aux robuste épaules de son comparse. Pour le repousser ou du moins le contenir, hmm... il ne savait plus vraiment à la base... Mais bien vite, son geste se transforma en embrassade passionnée. Ses bras s'enroulèrent autour de la nuque d'Haizaki pour le rapprocher, pour que leurs deux corps s'épousent. Mais cette fois, ce fut Haizaki qui réinstaura une saine distance entre eux. Enfin saine... façon de parler... Il se la jouait surtout plus fuyant qu'une anguille... Sûrement le milieu humide qui favorisait ses velléités de fuite... Avec autorité, Haizaki l'obligea soudain à s'asseoir sur le banc en bois d'une pression de la main bien placée sur sa clavicule. De là, le toutou à sa mémère vint le léchouiller dans le cou et trouvant une prise, il chercha à y planter ses crocs. Kise couina encore, mais pas de douleur cette fois...
A son grand désarroi.
« N-non... a-arrête hmm... on avait dit... plus d'suçon avant un photoshoot... »
D'autant que Kise comptait sur celui qui arrivait pas relancer ou plutôt enfin lancer sa carrière à Hollywood.
Céder aurait été tentant, le blond ne le niait pas mais... il devait tenir bon.
Résister.
Et plus important encore, s'imposer.
Haizaki soupira d'exaspération, accueillant cette requête avec réticence. Il appuya momentanément son front contre un creux d'épaule inspirant.
« Tu soules... j'ai jamais le droit d'te toucher comme j'le voudrai... »
« Me toucher, si. Laisser des marques, non. » Rectifia Kise en caressant doucement son dos nu pour tenter de l'amadouer.
« C'est pareil ! » Pesta son amant.
« Non désolé, mais ça n'a rien à voir ! »
« La finalité quand on touche quelqu'un, c'est de le marquer ! Sinon, ça sert à rien ! » Contra le loup, se redressant pour fusiller Kise du regard.
Or les canidés détestent qu'on vienne les déranger au beau milieu leur dégustation, c'est bien connu... Ils n'hésitent dès lors pas à montrer les crocs et à grogner contre l'intrus téméraire qui a osé les interrompre.
Pas de doute possible, le loup semblait vraiment en avoir envie et... le renard aussi, dans le fond. Il y avait peut-être moyen de couper la poire en deux, même pour des carnivores tels qu'eux, en procédant à de menus compromis par exemple...
« ... Tu n'as qu'à les faire ailleurs... » Proposa le blond en s'empourprant.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ou presque. En tout cas, il ne fallut pas lui répéter deux fois. Haizaki ne semblait attendre qu'un signal de la part de Kise, comme s'il savait que le mannequin lui céderait. Enfoiré... D'un mouvement sec et assuré, il lui arracha sa serviette et le força à écarter les cuisses entre lesquelles il se cala. S'agenouillant, il déposa ensuite une foultitude de baisers mouillés sur le torse de Kise et sa langue taquine vint jouer avec un bouton de rose encore timide pour le pousser à éclore. Basculant la tête en arrière contre le mur, Kise ferma les yeux, savourant. Ses mains s'agrippèrent aux cheveux doux de son cher tourmenteur pour trouver un point d'ancrage. Mais son répit fut de courte durée et sursautant, l'ex-as de Kaijo fut obligé de redescendre de son petit nuage EN VITESSE, car en effet...
« ! »
... Haizaki venait de le mordre, là !
FORT !
A tous les coups, il allait se retrouver avec une marque de dents à cet endroit, naturellement exposé vu le type de photos pour lequel Kise avait été choisi !
Se retenant tout juste de lui balancer des noms d'oiseau colorés et bien sentis, Kise se contenta de poser sur lui un regard accusateur, mais tout de même embué par le plaisir. Enfin, son seul œil visible quoi. Il n'eut pas besoin de parler pour qu'Haizaki comprenne le message de lui-même et docilement, ce dernier se mit à lécher la chair rougie pour calmer le feu qu'il y avait allumé. La caresse était douce, tendre, tout le contraire de l'élan de passion précédent d'Haizaki, un peu comme s'il demandait pardon.
Un vrai toutou à sa mémère, vous disais-je !
Kise lui tapota la tête gentiment d'ailleurs pour le récompenser et cette fois, le brun disparut la tête entre ses cuisses, les maintenant toujours écartées à l'aide de ses deux mains. Impossible de les refermer pour Kise. Oh mais le brun n'allait tout de même pas... !?
Non, apparemment, point de saucisse au menu du jour, au grand damne de Kise.
Ni de « donut ».
En fait, Haizaki jouait avec lui.
Encore.
Comme d'habitude.
Il y prenait un malin plaisir.
Juste ça et pas davantage.
En effet, il ne comptait pas aller plus loin que baisers, sucions, léchouilles et morsures plus ou moins enflammées. Cela n'avait d'ailleurs jamais été son intention. Il y a pire me direz-vous, comme attentions dans la vie. Mais... tout cela ne faisait qu'astucieusement alimenter et accroître la frustration de Kise. Haizaki le sentait bientôt mûr pour être cueilli. Depuis un petit moment déjà. Cependant, se précipiter risquait de compromettre et d'ajourner son plan. Or, il avait tout prévu à la lettre...
Cela faisait des mois qu'il préparait son piège et le travaillait au corps. Mais les renards sont des créatures rusées et méfiantes par nature. C'est quand on pense enfin les avoir capturées qu'elles vous filent entre les doigts et pour sa propre survie, un tel impair, Haizaki ne pouvait pas se le permettre. Quelqu'un attendait des résultats de sa part. Plus qu'une semaine et demi... et son sort serait scellé. Il avait intérêt à ce que la « marchandise » soit prête à livrer d'ici là.
Encore un tout petit peu de patience...
« Alors hmm... tu viens souvent ici... ? »
Le renard essayait apparemment de faire la conversation.
Pas facile dans un moment pareil, mais il devait tenter néanmoins pour garder la tête froide. Encore moins facile ça, dans un endroit aussi CHAUD. La vapeur d'eau lui brûlait les poumons, il avait l'impression de cuire sur place sans pouvoir respirer. (Tout comme moi en ce moment avec cette p*tain de canicuuuuuuule !)
Quant à Haizaki, ce dernier évitait avec soin son Mister Freeze, sans doute pour empêcher qu'il ne fonde trop vite. Il était de toute façon trop occupé à lécher ses l'intérieur de ses cuisses d'albâtre pour le moment. Mais pas assez en apparence pour éviter de répondre :
« De temps en temps, ça m'arrive. »
Heuuuu ouais, ça te tuerait de faire des réponses plus développées !?
Mais par chance Kise se sentait tranquillisé sous les coups de langue ravageurs d'Haizaki. C'était peut-être vrai finalement que la salive humaine possédait des propriétés anesthésiantes, ainsi qu'ils l'avaient entendu autrefois à la radio lors de leur carjacking à Okinawa...
« Et errrm... Tu profites souvent du sauna, comme ça ? »
Comme ça ? Comme ça, comment ? A deux, accompagné ? Ou en solo ? Kise préférerait de loin la seconde solution, autant le dire tout net.
Hmm... bizarre quand même pour un simple employé de bénéficier d'un tel passe-droit...
« Ouais. Sauna, bronzette, piscine, golf... et parfois même des massages... »
« Des massages, vraiment ? De quel type ? » Sembla se « réveiller » Kise, comme piqué au vif.
OULA ATTENTION A CE QUE TU VAS REPONDRE ZAKI !
« Avec de la boue. Les vieilles ici en raffolent ! »
« Ah ça ne m'étonne pas. J'imagine que c'est sans doute leur façon à elles d'essayer de d'ores et déjà s'habituer à la terre... »
OHHHHHHHH !
BIIIIIM !
K.O. TECHNIQUE !
Non mais la VIOLENCE quoi !
Kise 1 vs 0 Les Mémés !
Mais ça va pas Kise de lâcher des punchlines comme ça, en référence à la dernière demeure qui attendait ces dames, sans prévenir !? Et pourquoi ne pas avoir mentionné les asticots qui allaient se charger de leurs cadavres pourrissants aussi, tant qu'il y était !?
Wow... De toute évidence, il y en avait un qui n'avait pas encore digéré sa défaite précédente...
Haizaki se mit à ricaner, interrompant sa dégustation pour hausser un sourcil dubitatif. Il n'avait pas rêvé, là ? Kise venait bel et bien de balancer une pique ? Ou plutôt un JAVELOT, vu la taille du bordel !
« Et bah... quelqu'un est d'humeur revancharde on dirait... »
« Pas du tout, puisque j'ai fait exprès de perdre ! T-tout comme toi d'ailleurs... non ? » Ajouta t-il d'un ton entendu.
Mais pas trop sûr de lui quand même.
« Bien entendu, voyons ! Défoncer des mamies au sport, c'est pas DU TOUT notre truc, nous ne sommes pas des bêtes toi et moi ! »
« Non, clairement pas. Plutôt des gentlemen. »
« Et c'est exactement ce pourquoi nous avons laissé gagner ces dames. Moi je trouve qu'on a quand même vachement bien fait semblant de perdre... »
« On s'est surpassés tu veux dire ! »
Ils échangèrent un léger rire complice. Décidément, quand il s'agissait de (faire semblant de) se la jouer grands princes, ils étaient sur la même longueur d'ondes.
Lentement, Haizaki reprit donc son activité, posant un des mollets de Kise sur son épaule. Puis, il laissa une belle trace de dents dans la chair tendre. La marque était si profonde qu'on aurait pu y prendre son emprunte dentaire sans problème. Ouep, pratique pour faire une moulure de dentier. Même si c'était sûrement Viviane qui en aurait davantage besoin que lui...
Ohhh c'était méchant ça encore ! Et bien et bien... Kise ne s'arrêtait plus aujourd'hui ! D'autant que si ça se trouvait, la Vivi, bah elle avait encore toutes ses dents. Et d'origine !
Visiblement en tout cas, Kise se sentait particulièrement remonté contre la bienfaitrice d'Haizaki.
Quoique « menacé » serait sans doute un terme plus juste...
Or maintenant qu'Haizaki avait suffisamment chauffé sa proie, il comptait bien la laisser... refroidir dans son coin.
« Héééé où tu vas comme ça encore !? » Protesta Kise en le sentant se relever... en même temps qu'une certaine partie de son corps trop sollicitée.
« Quoi, je n'te l'avais pas dit ? Ils ont prévu un petit concours culinaire cet après-midi et étant donné qu'on se trouve déjà sur place, Viv' m'a demandé juste avant que notre match ne commence d'y participer avec elle. Dommage... Si quelqu'un n'avait pas refusé son invitation à la piscine, on serait encore en train d'y nager au lieu d'avoir à passer derrière les fourneaux par cette chaleur... »
Ah le sale petit... mais d'où ça sortait ça encore !?
« Hein ? C'est nouveau ça ! Et il faut cuisiner quoi ? »
S'essuyant les lèvres avec le bras, chose difficile vu l'humidité ambiante qui régnait, Haizaki resserra son nœud de serviette une fois debout pour s'assurer qu'elle ne tombe pas.
« T'inquiète. Toi et Joan vous n'participez pas. Sauf si tu tiens encore à perdre, bien entendu. Ne te méprends pas : la perspective de pouvoir te coller une branlée suscite toujours un plaisir incommensurable en moi, mais je ne voudrai surtout pas te forcer... Oh, je sais : tu n'auras qu'à faire partie du jury de dégustation ! Heureusement que t'es pas un de ces connards de vegan, parce qu'il paraît que cette année on doit cuisiner du pain de viande ou un truc comme ça je crois... »
« Je ne savais pas que tu t'y connaissais en cuisine traditionnelle Etatsunienne... »
... Oui, je dis Etatsunienne si je veux d'abord !
« ... Et Miss Robinson non plus. » Enchaîna l'espiègle garçon aux cheveux d'or. « Elle n'a pas des SERVITEURS qui s'occupent de ça normalement ? »
« On dit des DOMESTIQUES je crois. »
« T'es quoi toi d'ailleurs : son domestique ou son esclave ? Parce qu'on pourrait légitimement finir par s'poser la question... »
Se mordant la lèvre inférieure, Kise tendit la jambe et son pied vint se poser avec la grâce d'un papillon...
... sur une appétissante bosse qu'il devinait pointer sous le tissu en éponge du pagne d'Haizaki.
« ... Dis... t'es sûr qu'tu n'préfères pas plutôt rester ici avec moi et être mon esclave personnel ? Tu pourrais finir ce que tu as commencé par exemple... Quitte à crever de chaud quelque part et à devoir aller au charbon... »
Pour achever de le convaincre, Kise entreprit de masser l'excroissance du plat de son pied avec douceur, mais insistance. Il avait déjà remarqué dans la baignoire la dernière fois qu'Haizaki semblait adorer ses petits petons. Un fétichisme de plus à ajouter à sa longue liste de déviances... ? Bon, en même temps, difficile de lui en vouloir : ses pieds étaient adorablement P-A-R-F-A-I-T-S. A l'image du reste de son corps.
Et une fois qu'il l'eut senti bien réveillé sous ses caresses, Kise s'allongea sur toute la longueur du banc, cuisses écartées et air innocent, offrant une vue imprenable sur ses MICHES de pain dorées et dodues au cuisinier amateur. Etant donné qu'ils n'avaient toujours pas le droit de pratiquer le coït, il serait si aisé pour Haizaki de seulement y glisser son sexe, exactement comme il l'avait fait la dernière fois contre le mur du restaurant « Chez Mario »... Un petit frotti-frotta des familles pour les faire patienter un peu avant le véritable feu d'artifesses...
« Désolé Ryota mais... aussi tentante que puisse être ton offre, non, je ne mettrai pas ma viande dans ton pain tout de suite... »
Immédiatement, Kise se redressa sur ses coudes, furieux mais surtout vexé.
Non mais de quel droit ? PERSONNE n'osait jamais repousser ses avances comme ça ! Il était IRRESISTIBLE !
Même Aomine avait fini par CRAQUER face à ses yeux de biche !
...
Bon ok, là, il n'avait qu'un seul œil, mais ça revenait au même ! Il avait dégainé tout spécialement pour l'occasion la même œillade que Nala dans « Le Roi Lion » ! Le célèbre regard coquin qui avait donné naissance à une génération toute entière de furry lovers !
Mais revenons-en plutôt à Aomine. Aomine Daiki(ri), l'indécrottable hétérosexuel amateur de grosses poitrines sous toutes leurs formes et amoureux transi de Kagami QUOI ! RIEN DE MOINS ! Son plus bel exploit à ce jour !
Cependant, sur ses dernières paroles, Haizaki sortit sans demander son reste.
Et Kise resta sur sa faim, lui.
BON SANG, MAIS DEPUIS QUAND HAIZAKI DECLINAIT UNE PARTIE DE JAMBES EN L'AIR GRATOS, EN PREFERANT ALLER FAIRE DE LA PATISSERIE AVEC UNE VIEILLE GRELUCHE !?
Juste quand ça commençait à devenir intéressant...
C'était à n'y rien comprendre !
Quant à la question de savoir si esclave, domestique ou serviteur, Kise avait tranché.
Quoique non, Haizaki était le CLEBARD de Viviane plutôt...
Peu avant d'aller rejoindre Miss Robinson, Haizaki avait revêtu un tablier pour l'occasion. C'est qu'il faudrait veiller à ne pas se salir. Profitant de quelques minutes de répit, il observa son bras, main fermée.
Un loup qui montrait les crocs.
Particulièrement efficace et dissuasif comme tatouage quand vous aimez taper du poing. Que ce soit sur la table ou le pif de quelqu'un...
« Tu ne seras jamais un loup... et ce tatouage n'y changera rien. Toi, tu n'es qu'un chien. Un sale corniaud des bas quartiers dont personne ne souhaite revendiquer la propriété. »
Ces paroles dures résonnaient encore dans sa tête. Mais pourquoi ici, pourquoi maintenant ? Il pensait avoir laissé tout cela derrière lui. Enfin pas tout à fait, mais ce serait bientôt le cas. Une fois sa « livraison » effectuée, il serait alors libéré du joug d'Asami.
Plus beaucoup de temps à tenir...
Kise était la clé.
La clé de sa salvation.
Ironique, quand on savait que c'était ce même garçon qui avait causé sa chute, dans leur adolescence et ça le faisait chier d'avoir à le reconnaître mais... son sort dépendait entièrement de la capacité du blond à coopérer. Capacité bien limitée s'il en croyait leur précédent match de tennis désastreux. Cependant, ce n'était pas avec lui que Kise devrait coopérer cette fois et cette seule variante pourrait bien venir bousculer la donne.
Asami ne ferait pas de mal à Kise.
Haizaki le savait pertinemment...
Alors pourquoi... sentait-il son cœur se serrer à cette idée ? A la finalité de sa mission. Il aurait plutôt dû s'en réjouir, car cela signifiait la fin de ses problèmes. Enfin, il allait être débarrassé.
Du mannequin, de son « employeur »... et de tout le reste...
Ecrasant nerveusement sa clope à peine entamée sous son talon, il s'élança en cuisine dans l'espoir de se changer un peu les idées au moins.
Alalala si seulement il avait pensé à prendre du GHB ou qu'importe, un philtre d'amour même, à ce stade ça aurait totalement fait l'affaire ! Il aurait alors pu en distiller discrètement dans la part de tourte (car oui, c'était bien une TOURTE finalement...) à la viande destinée à Kise.
Mais le brun allait bien trouver un moyen différent de s'amuser, malgré la morosité et l'austérité que laissait présager ce concours ringard aux relents de naphtaline...
En faisant ce qu'il savait exécuter de mieux par exemple : VOLER.
S'approprier les possessions d'autrui.
Et semer le chaos, comme le sale gosse qu'il était resté au fond de lui.
Un sourire mauvais s'étira sur son visage à l'idée de renouer avec ses vieux démons, qui décidément, avaient la peau dure.
Viviane avait insisté pour qu'il participe, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas joindre son sens du devoir à l'agréable...
Kise de son côté, en tant que membre honoraire du jury – à lui non plus on n'avait pas laissé le choix de la participation – se demandait bien à quoi tout cela rimait.
C'était bien un truc de riches, ça, que de préparer des tartes (des TOURTES on a dit !) en se disant que ça pourrait contrer la pauvreté... Que comptaient-ils fait de toutes ces quiches (...) au final ? Les distribuer à un centre d'alimentation pour sans-abris ? Bien-sûr que non... toute cette bouffe en quantités colossales serait honteusement jetée à la poubelle au lieu d'être consommée, à supposer qu'elle ait été mangeable en premier lieu évidemment... Quel terrible et injuste gaspillage, alors que des millions de personnes mouraient de faim chaque jour...
Des dîners de charité comme ceux-là, Kise en avait déjà longuement entendu parler. Il n'y avait cependant jamais participé lui-même. Plutôt se re-péter la guibole à choisir, que de s'y présenter tiens. Sauf que là, on ne lui avait guère laissé cette option, justement...
Et même si d'ordinaire, il appréciait le luxe à dose raisonnable, ça l'écœurait toute cette débauche d'abondance. Et encore, il avait conscience que ce serait bien pire ce soir... Ils allaient sûrement zigouiller l'équivalent de la Petite Mer d'Aral en homards pour essayer de satisfaire les papilles exigeantes des convives présents... Ouais, ça le dégoûtait d'avance rien que d'y penser...
En entrant dans les cuisines pour observer et surtout pour passer le temps, Kise remarqua immédiatement Viviane. Il fallait dire qu'elle se détachait des autres badauds – pourtant eux aussi très chics - avec son tailleur classique beige, à la veste croisée et jupe crayon ajustée. Les boutons semblaient briller, sûrement de la nacre. Maintenant qu'il était plus proche, Kise constata que le tissu arborait un motif tweed très discret et son (dernier) œil averti reconnut immédiatement un ensemble Chanel vintage très rare.
Dame Vivi ne semblait jamais se départir de son chignon, toujours tirée à quatre épingles – à moins qu'il ne s'agisse de son lifting qui semblait sur le point de craquer - et après le match, elle en avait opté pour se repoudrer le nez et mettre un rouge à lèvre pétard sur ses lèvres. Cette couleur accentuait son air froid et sévère. Depuis le début, il ne la sentait pas cette bonne femme... Elle cachait quelque chose derrière son apparence trop lisse et impeccable en toutes circonstances...
Mais plus encore, c'était l'attitude d'Haizaki au contact de cette bonne femme qui hérissait le poil (imberbe et donc purement métaphorique) de Kise... Le loup agissait comme un chien-chien prêt à tout pour mériter l'attention de sa maîtresse ! Raaah c'était tellement rageant ! Si Haizaki aimait bien se faire tenir en laisse (métaphoriquement parlant, ici encore...), Kise était prêt à lui passer la corde au cou ! (pas une métaphore là par contre...) Haizaki qui le salua rapidement derrière son pupitre. Enfin, « plan de travail », c'est comme ça que les professionnels disent non ? Quel gentil toutou bien obéissant ! Kise s'approcha de lui et il profita de ce que Miss Robinson ait le dos tourné pour plonger un doigt dans la pâte qu'Haizaki venait de finir de battre... avec ses ENORMES bras musclés et... raaah stop ! Ce n'était pas lui le dessert, hélas !
« Hé ! Qu'est-ce que tu crois être en train de foutre là exactement ? » L'arrêta Haizaki, enserrant fermement son frêle poignet.
« Ça n'se voit pas ? Je goûte ! » Se défila le renardeau, tout sourire.
« Attends ton tour, comme tout le monde ! »
« Pas question ! En ma qualité de membre du jury, je me dois d'approuver ce plat avant qu'il ne sorte de cuisine et soit servi aux autres invités. Tu serais bien capable d'y avoir enfoui du poison, tel que j'te connais... »
« Ah oui ? Et pourquoi j'ferai un truc pareil d'abord ? »
« Qu'est-ce que j'en sais ? T'es tellement bizarre comme mec... A chaque fois que j'essaie ou que je pense te comprendre, tu fais l'inverse de ce que je croyais. Uniquement pour m'emmerder, j'suis sûr... »
Nouveau sourire suffisant de la part du principal accusé.
« J'avoue, ça m'ressemble bien ça en revanche ! » Décréta t-il non sans une certaine fierté. « Par contre... tu crois vraiment que j'ferai ce truc-là, si j'avais collé d'la mort aux rats dans mon plat ? »
« Ce truc-là » étant venir gober sensuellement l'index de Kise sur lequel l'Eurasien avait au préalable recueilli un peu de pâte... Le tout, sans le quitter des yeux, lui qui avait la chance d'en posséder encore deux fonctionnels...
Kise sentit son cœur louper un battement et il se tendit sans pouvoir s'en empêcher.
De partout.
Surtout d'en bas.
Et il ne parlait pas du mollet molesté (essayez de le dire à toute vitesse « mollet molesté » vous verrez, c'est rigolo !) par Haizaki au lycée, qui le lançait souvent en présence du loup. Surtout lorsqu'il se trouvait trop proche comme c'était le cas maintenant.
Mais Haizaki le suça avec soin, laissant sa langue le parcourir dans toute sa longueur et le nettoyer consciencieusement.
Paraissant même s'attarder à dessein sur sa tâche...
« ... ça suffit maintenant, tout le monde nous regarde... » Lui signala Kise, qui se bénit de parler en Japonais à cet instant pour que personne ne les comprenne.
« J'm'en rends pas compte, vu qu'j'ai l'dos tourné. »
« Et ben j'te l'dis... »
« Et ben moi j'sais pas si j'ai envie d'te croire. Et puis, je croyais que t'adorais ça avoir tous les regards braqués sur toi. C'est pas l'essence même du métier de mannequin ? »
Ce type allait le faire devenir chèvre !
« Grmbl... la prochaine fois, rappelle-moi de plutôt tremper mon MAJEUR dans la pâte, avant de te le donner à sucer ! »
« Ce sera la même chose. Si tu crois que ça va m'empêcher de te prendre en bouche... Tu peux même t'en tartiner ailleurs d'la pâte si tu veux. N'importe où. Ça n'changera rien à mon envie de te goûter. Heu je veux dire, goûter sur toi le fruit de mon travail, bien entendu ! »
MOUAIS MYTHO !
Et encore une fois, quel charmant choix de mots...
Kise roula des yeux et lui arracha de l'autre main non pas son poignet, mais le fouet qu'Haizaki tenait toujours.
...
... Calmez-vous, je parle d'un fouet pour battre la pâte, l'ustensile de cuisine, et non pas autre chose hein bande de coquinettes !
Léchant à son tour la matière toujours déposée dessus, Kise manqua de se coincer la langue dedans et sa dignité avec, mais heureusement, il parvint à conserver une certaine posture altière.
Et vous savez quoi... ? Le pire, c'est que c'était super bon ! Mais genre vraiment ! Le renard commençait à savoir que le brun se débrouillait en cuisine, mais il avait toujours pensé qu'Haizaki ne maîtrisait que des plats basiques, bien qu'on ne puisse pas vraiment qualifier non plus un cake (... une tourte Kise, une tourte ! C'est comme une « tourterelle », mais sans AILE !) à la viande de recette élaborée...
« Alors t'en penses quoi ? »
« Que j'adorerai que tu me montes les blancs en neige à moi aussi... ? » Pensa négligemment Kise, qui avait du mal à redescendre de son petit nuage gustatif. Mais là, le blond ne parlait pas de cuisine, puisqu'il s'agissait plutôt le code universel pour évoquer une petite éjaculation sympathique.
« ... Qu'un juge se doit de rester impartial et équitable jusqu'au moment de rendre son jugement ! Tu n'en sauras donc rien jusque-là, au même titre que n'importe quel autre concurrent ! »
Jolie pirouette !
Kise se sentait très fier de sa répartie et de son sérieux. Car quitte à juger un concours culinaire, autant le faire bien.
Aucun passe-droit ! Pas de favoritisme !
... Mais avec un tel goût, en toute honnêteté, Haizaki était presque assuré de gagner. Kise voyait difficilement comment il pourrait perdre, même en le voulant vraiment.
C'est ainsi qu'environ quarante minutes plus tard le temps que la préparation cuise, Kise et les deux autres juges se déplacèrent jusqu'en cuisine pour procéder à la dégustation officielle et rendre leur verdict.
Le premier plat présenté était comme par hasard (on l'avait pas vu venir tiens donc...) celui de Vivi et Zaki. Les cuistots en herbe se tenaient d'ailleurs bien droits derrière leur étal, mains derrière le dos également, tels deux élèves modèles qui attendaient sagement leur note.
Kise goûta le premier avec une fourchette, s'étant octroyé la plus belle part. La lame s'enfonça généreusement dans la pâte moelleuse à cœur, dont la croute était dorée juste ce qu'il fallait. Aussitôt un fumet appétissant s'en dégagea. Et franchement, sa première impression fut la bonne : ce plat était une réussite totale !
« Comment êtes-vous parvenus à donner cet aspect tendre à la viande ? » Demanda le juge à moustache. (il y en a toujours un dans ce genre de concours...) Viande parfaitement épicée, d'ailleurs.
« On l'a laissée tremper dans de la bière. » Expliqua Haizaki.
Ah le retour de la FAMEUSE technique ! La même utilisée qu'avec ses délicieux pancakes... Testé et approuvé.
« Et tout le crédit en revient à Shuzo ! » Sourit Viviane en lui caressant fièrement l'arrière de la nuque.
Comme à un toutou fidèle.
BAS LES PATTES MORUE !
Mais même si ça le faisait suer de le reconnaître, ces deux-là formaient une bonne équipe...
« Oh je vois ! Excellente idée, je note pour essayer à la maison ! » Sourit à son tour la dame un peu forte qui les accompagnait. (Pareil : il en faut toujours une.)
« Et toi Ryota, est-ce que tu aimes MA viande ? »
Sous-entendu « ma grosse viande toute juteuse » ! Et débité sur le ton qui va bien, hein.
Kise fronça des sourcils légèrement, (mais pas trop, afin de ne pas creuser des rides prématurées) bien décidé à lui tenir tête même si cette bataille semblait perdue d'avance...
« Mouais, peut mieux faire. J'en ai déjà mangé de la bien meilleure ! ^^ »
Et oui, on parlait toujours bien de « viande » évidemment, pour celles qui se poseraient la question...
Mais il fallait toujours qu'avec les deux anciens rivaux tout prenne une tournure salace...
« Ah je vois ce que c'est... J'aurai dû la hacher en plus petits morceaux, c'est trop CONSISTANT pour toi là... » Le tança Haizaki, provocateur.
« Et moi je crois que tu as confondu vingt-trois centimètres avec vingt-trois millimètres... Il va falloir revoir tes unités de mesure... »
Il préféra couper court à la conversation en s'éloignant.
Haizaki le troublait... de plus en plus...
Ça commençait même à devenir carrément hors de contrôle. Sa voix sirupeuse et un peu traînante, son air obscène et provoquant... Kise en avait des frissons. Le « matrixage » avait été entamé il y a bien longtemps, mais il semblait atteindre son pinacle à présent. Le point de bascule ayant sans doute été quand Haizaki avait fait preuve de gentillesse envers lui peu avant de venir ici.
Alors mieux valait battre en retraite et fuir la confrontation avant qu'Haizaki ne réalise l'avantage décisif qu'il venait de prendre sur son adversaire...
« Pouah ! Mais c'est affreusement salééééé ! » Grimaça la petite bonne femme ronde.
« Trop brûlé ! Infecte ! » S'écria son collègue, guère plus chanceux en goûtant une autre tarte.
« ... Il y a un cafard vivant dans votre tourte... » Fit ensuite la dame et DIEU MERCI ce n'était pas Kise qui était tombé sur ce maudit insecte démoniaque aaaaaaaaaah ! Il en saurait fait une syncope sinon !
« Je viens de briser ma lame de couteau en acier sur ma part... » Ajouta le monsieur moustachu, avec le manche qui lui était resté dans les mains.
Les dégustations se suivaient et elles se ressemblaient toutes : décevantes !
Et plus elles se succédaient et plus on allait crescendo dans le dégoût et le sordide...
Si bien que la cuisine se transforma rapidement en champ de ruines dévasté.
Chaque concurrent affirmait ne pas comprendre...
... Tandis que de son côté, Haizaki exultait. Il ricanait dans sa barbe, (aussi imaginaire que les poils de Kise...) ce qui ne manqua pas d'attirer la suspicion de son colocataire. Et à raison. C'est que... les deux uniques tignasses brunes présentes dans la compétition avaient été les seules à être épargnées par cette avalanche incompréhensible de malchance...
Et ce qui devait arriver, arriva.
Haizaki et Miss Robinson furent donc sacrés grands gagnants incontestés et incontestables au vu de l'épidémie de fiasco culinaire qui semblait s'être abattue sur les autres malheureux participants. Cela mit la puce à l'oreille de Kise et quand je parle de puce, je ne parle évidemment pas du petit INSECTE (?) urticant.
Se dévouant pour recevoir le prix qui leur était attribué – un genre de rouleau à pâtisserie en plaqué or ou peut-être même pur vu le pognon présent ici – Miss Robinson délaissa son commis et Kise en profita pour l'attraper par l'oreille et le tirer à l'écart malgré ses viv(iann)es protestations.
« Putain, il te prend quoi !? Quelle mouche t'a encore piqué !? »
« Moi, aucune. Mais toi, celle de la TRICHERIE, ça c'est sûr ! »
Haizaki n'essaya même pas de nier. Au contraire, une fois à l'écart du public (ils n'avaient pas trouvé refuge dans des chiottes cette fois heureusement...), Haizaki bomba le torse, visiblement fier de son méfait.
« T'as vu ça comment j'ai trop bien géré ? »
« Mais t'as complètement perdu la tête ou quoi !? Je plaisantais tout à l'heure en disant que tu serais capable d'empoisonner quelqu'un ! Mais il semblerait que finalement toi, tu étais très sérieux ! »
« Oh c'est bon, c'est pas non plus comme si je risquais de tuer qui que ce soit... J'ai rien fait de foncièrement dangereux, juste volé deux-trois techniques. Pas d'quoi casser trois pattes à une perruche et pas non plus d'ma faute si ça a suffi à leur faire perdre les pédales... » Se dédouana totalement le coupable, bras passés avec nonchalance derrière la tête.
...
Kise n'en revenait pas.
Comment pouvait-on s'en foutre à ce point !? Toute cette petite farce de mauvais goût (c'est le cas de le dire) aurait pu très mal tourner !
« Hé ! Me regarde pas comme si j'avais failli tuer quelqu'un ! J'ai pas fait grand-chose honnêtement ! Enfin, j'veux dire... rien de foncièrement grave ! »
« Shogo... ne m'dis pas qu'tu ignores qu'il existe une règle d'or à notre 'talent'... ? Une seule, rien qu'une seule, c'est pourtant pas compliqué à ret'nir ! »
« Heu non, laquelle ? »
« IL NE FAUT JAMAIS VOLER UNE TECHNIQUE A UNE PERSONNE ÂGEE ! »
« Hein ? Et depuis quand ? C'est nouveau ça, ça vient d'sortir !? Avoue que tu l'as inventé à l'instant ! »
Kise s'écrasa une main sur la figure et il serra les dents.
Non mais quel con...
« Parce que ça déclenche un oubli irréversible chez elles ! Comme un Alzheimer fulgurant ! Espèce de triple buse, comment tu pouvais ignorer quelque chose d'aussi essentiel !? J'arrive pas à y croire... » Le sermonna le copieur des Miracles.
Haizaki ne chercha même pas à se défiler cette fois. Au contraire. Une révélation sembla le frapper.
« Un Alzheimer fulgurant... ? » Avait dit Kise ? « Merde, se pourrait-il que... ? »
Non, impossible... comment... ?
Haizaki sentit son sang se cryogéniser dans ses veines. Non, il ne voulait pas penser à cela...
Pas maintenant.
Mais il devait en avoir le cœur net... Aussi, il demanda dans le but de garder sa tranquillité d'esprit :
« Et quand tu dis personne âgée, c'est à partir de quand à peu près ? »
« J'en sais rien exactement... Cinquante, soixante ans... par là... Peut-être un peu avant... »
...
Alors logiquement elle ne devrait pas être concernée mais...
Comment en être bien certain ?
« Et puis comment tu sais ça toi d'abord ? »
« Je l'ai découvert totalement par hasard. Parce qu'avant de se destiner à des études de médecin légiste, figure-toi que Midorimacchi voulait devenir neurochirurgien, comme son père. Et disons que je me suis retrouvé bien malgré moi sujet de sa thèse... »
« Toi, sujet d'une thèse... ? » Là comme ça, au pied levé, cela semblait difficile à concevoir ! « Et sur quoi elle portait sa thèse ? 'Pourquoi les mannequins sont dotés d'un Q.I. négatif' ? » Ricana le loup.
« Très drôle abruti... Mais tu ferais mieux de m'écouter au lieu d'te moquer... Il préparait une thèse sur le cerveau humain et plus précisément concernant les facultés de copie. La mécanique du « mimétisme » je crois que ça s'appelait... Un truc comme ça... La transmission et l'assimilation qui en résultaient, aussi. Or, quel meilleur sujet que moi pour l'étudier... ? »
« Quand tu dis 'sujet', tu voulais plutôt dire cobaye en fait... » Précisa Haizaki.
Il voyait bien Midorima en mode savant fou attacher Kise à une table d'opération pour effectuer tous types d'expériences sur lui. Même des trucs sexuels bien sales et n'ayant rien à voir avec sa boîte crânienne... Le vert possédait sûrement une planque secrète comme tout bon scientifique taré qui se respectait. Un labo désaffecté baigné de nuages noirs. L'orage qui éclate. Et la foudre se reflétant dans ses lunettes pendant qu'il rirait aux éclats en accomplissant ses sordides amputations... A commencer par les neurones déjà pas bien nombreux à l'intérieur de la tête blonde ! Tête blonde branchée à une multitude d'électrodes infligeant une douleur toujours plus vive à la moindre impulsion...
« Peu importe la définition exacte, c'est pas c'qui compte ! Car toujours est-il qu'il a découvert des choses en examinant mon cerveau... »
Ah ouais, comme quoi ? La source du néant... ? L'attraction par le vide... ?
Une bactérie mangeuse de chair cérébrale peut-être ?
« Ouais, quoi ? Arrête avec ton suspense bancal ! »
« Moi aussi je possède la capacité de 'voler' tout comme toi, mais seulement aux personnes ayant dépassé un certain âge critique. Il paraît qu'on commence à perdre des neurones à partir de l'âge de vingt-cinq ans, mais qu'on continue à en produire toute notre vie, contrairement à une croyance populaire. Malheureusement, cela n'est jamais suffisant pour pallier entièrement à la perte et renflouer tout le stock manquant... C'est sans doute ce qui explique cela, du moins en partie et c'est ce que j'en ai principalement retenu... »
Ok, là, Haizaki comprenait enfin pourquoi il était dangereux de faire usage de son pouvoir sur quelqu'un ayant atteint un certain âge fatidique.
« C'est pour cette raison que je suis en colère contre toi ! Quel besoin avais-tu de faire ça ? Je ne comprends pas, tu étais en train de gagner ! Non, tu ALLAIS gagner, de toute façon ! Pourquoi faut-il TOUJOURS que tu te conduises ainsi, que tu gâches tout !? On dirait que tu aimes ça, tout foutre en l'air en réduisant les efforts d'autrui à néant ! C'est comme si tu ne pouvais pas t'en empêcher ! »
En réalité et contrairement aux apparences, c'était surtout contre lui-même que Kise était énervé...
Enervé de se laisser ainsi tenter par le serpent de la Bible, telle Eve. Avec des balls en plus, mais moins de poils que la femme d'Adam. Car à CHAQUE FOIS qu'il se sentait sur le point de craquer pour Haizaki, ce dernier commettait un faux pas, comme pour mieux le rappeler à l'ordre. A croire qu'il le faisait EXPRES. Mais dans quel but ? Pourquoi s'auto-sabordait-il constamment ainsi ? Kise était fatigué... Tout ce qu'il s'évertuait à bâtir, Haizaki le détruisait d'un coup de pied.
Comme un château de sable.
Tout n'était que poussière et retournait à la poussière...
« A vrai dire et pour être totalement franc envers toi, ouais, il se PEUT que j'aime bien tout foutre en l'air, en effet. Toi y compris. Non... Je crois plutôt que je préférerai pouvoir te foutre tout court, en fait... »
« Ah. » ._.
Que répondre d'autre, en même temps... ? C'était tout ce qui lui venait instinctivement à l'esprit. Mais puisqu'il était question de lui fournir une réplique un peu plus conséquente à se mettre sous la dent, Kise se reprit :
« ... Et je suis censé faire quoi exactement là ? M'enfuir en courant où te dire merci ? »
« On peut tout à fait envisager que tu me dises merci PENDANT que tu t'enfuies dans le même temps... » Décida le loup. D'une seule enjambée, il combla la distance de sécurité les séparant.
Avant de venir murmurer au creux de son oreille :
« ... Mais je serai toi, je commencerai à courir MAINTENANT pour prendre de l'avance... »
...
Malgré ses affirmations passées, Haizaki n'avait donc pas changé sur tous les points. Et pas complètement, non plus. Il subsistait toujours chez lui une part d'ombre que Kise sentait tapie derrière de beaux mots et de belles promesses établis sur mesure.
Toute leur discussion actuelle en était la preuve et en vérité, le renard se méfiait autant du loup qu'inversement...
Ils se tournaient autour, s'observant en chiens (comble !) de faïence...
Mais dès qu'il était question de passer à l'acte, de concrétiser leur attirance réciproque, ils s'intoxiquaient mutuellement. Pourtant, cela ne les empêchait pas d'y retourner à chaque fois. « Chat échaudé craint l'eau », mais pas les canidés apparemment.
Cependant, après s'être reçu cette énième gifle (c'est comme une bifle mais avec la main :p pour ceux qui ne sauraient plus...), ce soufflet, en pleine tronche, Kise décida de calmer un peu ses propres ardeurs.
Et de prendre à nouveau ses distances, sentimentalement parlant. Haizaki pouvait être adorable quand il le voulait, mais seulement aussi adorable qu'un beau parleur quoi. Car derrière, ce n'était que du vent. Rien de solide.
Des résolutions en carton qui ne duraient pas dans la longueur...
Tout comme les siennes d'ailleurs...
Ahem...
Parce que lorsque le temps du fameux dîner tant attendu (non) fut venu... La cigale s'en trouva fort dépourvue.
Immédiatement, les cartes furent rebattues.
Peu après leur petite discussion pour le moins animée, Kise et Haizaki s'étaient en effet séparés, chacun ayant fait le choix sur ses positions. Les menaces (promesses ?) en l'air du loup n'avaient pas été suivies d'effet et chaque protagoniste était donc reparti de son côté. Miss Robinson en avait donc profité pour alpaguer Haizaki comme à son habitude, ayant soit disant des gens à lui présenter pour l'aider à développer son « réseau. » Mais de quel réseau parlait-elle au juste ? Tsss... ben voyons. C'était surtout une excuse en or pour parader au bras d'un jeune homme musclé et attirant, en toute impunité. Kise quant à lui, tint parole et surtout compagnie à Joan, l'amie de Miss Robinson.
Joan Sters de son petit nom complet.
Veuve d'un ancien Marines. Et de propriétaire d'une mine d'émeraudes au Kenya. Ouais, elle avait été mariée deux fois du haut de ses soixante-seize printemps. Bon, ça allait encore, certaines croqueuses d'hommes (et de diamants, en général, ça allait de paire...) faisaient bien pire. Cette femme avait eu plusieurs vies. Et toutes épatantes ! Ouah elle forçait le respect ! Apparemment, Viviane aussi... les deux copines s'étaient d'ailleurs connues par l'intermédiaire de divers œuvres de charité féministes et cette bonne vieille (sans mauvais jeu de mots...) Joan avait au passage été la première femme à ouvrir une galerie d'art queer à New York dans les années cinquante, à tout juste dix-neuf ans après son premier mariage. Elle avait aussi raconté à Kise que son premier fils – gay – avait succombé au début de la vague du SIDA dans les années quatre-vingt. Toujours en possession de sa galerie à cette époque, elle lui avait légué son nom d'ailleurs comme un symbole. Or, Kise était un artiste très engagé lui aussi pour la cause LGBTQ+.
Sans pour autant être l'un de ces militants extrémistes, il se rendait régulièrement à la Gay Pride, allez savoir, peut-être parce qu'il était né lors de la Pride Month ? Et qu'il se sentait également concerné par la cause, étant lui-même un bisexuel assumé et pratiquant ? Dans tous les cas, même s'il s'agissait d'une coïncidence, Kise s'investissait dans de nombreux événements à destination de sa communauté, mais aussi du grand public dans l'espoir d'induire un changement dans la société quant à ces questions. Il l'avait d'ailleurs bien montré lors de sa participation à l'émission « Danse avec les Stars. » Le Japon déplorait malheureusement un important retard sur ces sujets-là... encore partiellement tabous et il espérait donc avoir un peu contribué - à son échelle - à ouvrir les esprits, faisant avancer la cause en sa qualité de porte étendard visible et bénéficiant d'une certaine visibilité, surtout, grâce à sa notoriété incroyable dans l'archipel.
Non, franchement et contre toute attente, il s'était montré mauvaise langue car au final, il avait passé un moment plutôt agréable. Joan lui avait même appris à jouer au backgammon telle une grand-mère attentionnée, avec le reste du club du quatrième âge et Kise n'avait pas vu passer la fin d'après-midi. Cela l'avait aidé à penser à autre chose qu'Haizaki et rien que pour cela, il en était reconnaissant à l'ancienne galeriste.
Lorsque dix-huit heures sonnèrent, Kise n'avait toujours pas recroisé son tourmentaire. Dieu savait où Viviane l'avait embarqué... Pas qu'il s'inquiète, mais... il détestait que Miss Robinson s'accapare le brun trop longtemps... Pas besoin d'une quelconque raison pour cela, ça ne lui plaisait juste pas, c'était tout. Pas la peine de chercher plus loin. Tous les hôtes commençaient à présent à se diriger vers la salle des fêtes et Joan enjoignit Kise à faire de même. Mais bien-sûr, il ne pouvait pas s'y rendre avec les vêtements de sport qu'il portait actuellement. Vêtement prêtés par le club qui plus est, ni même avec les siens, beaucoup trop casual pour ce genre de petite sauterie entre bonnes gens. Par chance, Viviane avait pensé à TOUT elle, d'après Joan ! Leur propriétaire actuelle était en effet venue avec une tenue pour chacun de leurs deux cavaliers... tenue préparée par ses soins et même s'il ne pouvait pas la blairer, Kise devait bien admettre (à contrecœur...) qu'elle disposait d'un sens de la mode très aiguisé. On pouvait lui faire confiance sur ce point.
Pourtant, Kise s'attendait à voir débarquer Haizaki d'un moment à l'autre juste avec une mince feuille de vigne, en guise de vêtement pour cacher sa kikoute...
Et pour lui, elle avait probablement choisi un truc horrible et proprement immettable !
...
Sauf que non, en fait.
Bien au contraire, Kise fut époustouflé par le costume prêté par Vivi. Un magnifique ensemble Christian Lacroix, composé d'un pantalon noir d'apparence assez simple, mais agrémenté d'une veste croisée à toute en strass, faisant office de pièce maîtresse et sous laquelle Kise fit le choix de ne rien porter. Le tissu noble reposait à même sa peau, épousant et mettant en valeur sa taille marquée, tout en dévoilant la naissance de ses pectoraux finement ciselés grâce à un décolleté savamment suggestif. Le blond retroussa légèrement son pantalon carotte à la coupe droite et il chaussa des mocassins Gucci noirs vernis pour parachever ce chef d'œuvre d'élégance. Une chance qu'apparemment le fils de Vivi soit taillé comme lui et Haizaki, du moins, il l'avait été dans sa prime jeunesse.
Une fois habillé, Kise se rendit donc à son tour dans la grande salle de réception, décorée à la manière d'un bal de promo comme on les voyait dans les films Américains pour ados... Avec des guirlandes lumineuses un peu partout, des nappes blanches, une piste de danse en lattes de bois sur le devant et une estrade au fond avec un pupitre et un micro.
Des fleurs partout également. De sobres lys blancs, symboles de la royauté...
Aucune faute de goût.
Tout était d'une blancheur immaculée, jusqu'aux tenues de serveur et...
Justement, en parlant du personnel de service...
Kise cligna de l'œil. Ouais, il avait décidé de garder son protège œil jusqu'à la fin de la soirée... Juste au cas où, sait-on jamais, des fois qu'Haizaki soit tenté de lui planter une fourchette (pas inadvertance ou non...) dans celui qui restait...
« M-Mike !? Mike, c'est bien toi ? »
« Ryota ?! » S'étonna en retour le jeune homme brun avant de venir le saluer.
Il avait les yeux légèrement bridés, en amande mais moins que Kise, laissant présumer d'origines asiatiques. Et pour cause : ledit Mike était coréen par sa mère. Un beau garçon propre sur lui et bien bâti de sa personne, encore une fois pour cause : il était mannequin et officiait dans la même agence que Kise. Voici pourquoi le blond était surpris de le croiser à cette soirée et en tenue de serveur qui plus est.
« Il m'arrive parfois de faire quelques extras. » Lui précisa Mike après que Kise lui eut posé la question. « Tu sais, histoire d'arrondir les fins de mois... Certaines sont plus difficiles que d'autres. »
Hmm... C'est que le boulot de top model à Los Angeles où la concurrence était peut-être encore plus rude qu'ailleurs, ne payait pas toujours à sa juste valeur...
Or, tout un chacun a besoin de manger en ce bas monde...
« Ça alors n'empêche ! Si j'm'attendais pas à t'croiser ici ! » Il lui donna un petit coup de coude amical dans les côtes.
« Moi non plus. » Rit à son tour le serveur. « Non mais regarde-toi, t'es magnifique habillé comme ça ! Quelle classe ! »
« Merci, je sais ! » Dit simplement Kise, en toute modestie, sans même avoir cherché à se vanter. Bah quoi, c'était vrai non ? Il ne s'agissait en aucun cas de prétention mal placée, ni d'affabulation !
« C'est quoi ton secret pour avoir réussi à t'faire inviter ? Avec lequel de ces vieux incontinents t'as été obligé d'coucher ? » Le taquina Mike, joueur.
« Personne. Non mais je t'assure que c'est vrai, j'suis très sérieux ! » Insista Kise face à son air dubitatif. « Je suis venu avec un ami... Heu mon coloc en fait. C'est lui qui a été convié à la base, parce qu'il connait quelqu'un ici. »
« Ah ouais ? T'as carrément un pote qui est ami-ami le gotha de Los Angeles ? Bah dis donc, t'en fréquentes du bon monde, tu m'avais caché ça ! Faudra penser à m'le présenter à l'occasion ! » Et de sourire à nouveau, avant de poursuivre : « Et c'est qui qu'il connaît d'ailleurs ? »
« Oh je ne sais pas si son nom te dira quelque chose mais... il s'agit de Viviane Robinson, tu sais qui c'est ? »
« Viviane Robinson, tu veux dire « LA » Viviane Robinson... ? Si j'sais qui c'est ? Putain, évidemment qu'oui ! Pour qui tu m'prends ? Enfin je n'ai pas la chance de la connaître personnellement bien-sûr, mais elle est plutôt célèbre par ici ! »
« Ah bon, à ce point-là ? »
« Ouais, bien que je n'l'ai encore jamais rencontrée en personne. Allez viens t'en griller une avec moi sur le balcon, j'vais t'expliquer ! Histoire que tu saches à qui t'as à faire quand même... »
Intrigué, Kise le suivit sans broncher. Bon, il avait très envie d'une bonne clope aussi !
« Miss Robinson est une donatrice aussi généreuse que riche et connue. Elle sponsorise régulièrement des aspirants-artistes, des gens qui n'ont pas encore percé dans le milieu et sur lesquels personne n'oserait parier. »
Ah alors Kise avait raison de la comparer à un mécène précédemment. C'est littéralement ce qu'elle était.
« Mais apparemment, elle a un sacré flair pour dénicher les créateurs de demain. Et les heureux élus sont toujours exclusivement de jeunes hommes... »
Bordel, pourquoi ça ne l'étonnait pas un seul instant... ?
« Jeunes comment ? »
« Comme toi et moi. Par contre, passés trente ans, c'est mort ! Sa date de péremption, c'est vingt-neuf ans, dernier carat! » Rit Mike en allumant sa cigarette puis celle de Kise.
« Jamais plus vieux ? »
« Même pas en rêve ! A croire qu'elle vérifie leur acte de naissance avant de les abreuver de tunes ! »
« Et d'où il lui vient tout cet argent ? Elle est si blindée que ça ? Non parce que 'l'art' quelle que soit sa forme, c'est ce qui coûte le plus cher. Genre... limite prohibitif. Et puis c'est vaste comme domaine, surtout. »
« T'inquiète donc pas pour son portefeuille, va. Ou plutôt devrai-je dire, son coffre-fort à la banque centrale ! Elle a lancé pas mal d'artistes célèbres localement qui ont fait fructifier ses capitaux de départ. On peut carrément parler de retours sur investissements gagnants et elle a su prendre sa part du gâteau. Mais même sans ça, il paraît qu'elle a toujours librement fait mumuse avec les millions de son cher mari ! D'après c'que j'en sais, le bonhomme aurait fait fortune dans l'informatique, en lançant des logiciels de sécurité dans la Silicone Valley au moment de la naissance d'Internet. Il a bénéficié d'un gros coup d'avance en créant sa propre entreprise, qui est devenue numéro un de la cyber sécurité dans le pays en seulement quelques années d'existence. Ses concurrents n'ont jamais pu combler leur retard et pour cause : ce cher Monsieur Robinson fournit même le Pentagone et la Maison Blanche de nos jours, alors t'as qu'à voir... »
« Ah oui quand même. Elle semble être confortablement installée à la tête d'un empire financier, tel que tu le décris... »
« Qu'elle mène d'une main de fer dans un gant de velours ! Il paraît même que c'est la tête pensante de la société et qu'elle en a défini la stratégie commerciale. Non, vraiment, elle n'a rien d'une potiche et j'ai même beaucoup d'admiration pour elle, si tu veux tout savoir ! C'est d'ailleurs l'une des rares femmes qui compte dans le game. Elle est très largement millionnaire, tu te rends compte ? »
Voilà qui expliquait bien des choses à propos de la mystérieuse Viviane... Son époux avait donc fait office de pionnier dans son domaine d'expertise et il avait raflé tout l'oseille en se faisant un nom avant l'arrivée de la concurrence...
Malin et astucieux...
« On peut dire qu'elle a réussi sa vie pro... » Concéda le Miracle. Mais ce n'était pas le sujet qui intéressait le plus Kise... « Et sinon... sur une note plus personnelle, est-ce tu sais si qu'elle a quelqu'un... ? Dans sa vie privée, je veux dire... »
« Pourquoi, t'es intéressé ? J'te préviens tout de suite : les places sont chères ! Nombreuses sont les mouches attirées par son miel, à lui tourner autour... »
« Sauf que c'est pas par le miel que les mouches sont alléchées en général... Mais plutôt par les excréments ou les cadavres en décomposition... » Corrigea Kise en tirant une tafe.
Restait à déterminer maintenant à laquelle de ces deux catégories fort appétissantes appartenait Miss Robinson...
Kise se retourna alors vers la salle. Les deux garçons avaient laissé la porte fenêtre ouverte pour regarder passer les convives, en bonnes commères qu'ils étaient. L'observation, il n'y a que ça de vrai.
« Ouais bah en tout cas, fondamentalement, ça n'change rien à c'que j'viens d'te dire. Elle a foule d'admirateurs secrets et d'autres, pas si secrets que ça d'ailleurs ! »
Encore une fois : rien d'étonnant. Beaucoup d'hommes sans le sou et opportunistes devaient la voir comme une vache à lait providentielle. Quoique la métaphore de la « poule aux œufs d'or » semblait mieux lui convenir.
Peut-être même était-ce le cas d'Haizaki... ?
« Mais bon, t'emballe pas trop de toute façon ! Elle est toujours mariée... et pas prête de divorcer, si tu veux mon avis ! Et ce, pour les beaux yeux de personne et certainement pas pour le tien, vu qu'il ne t'en reste qu'un en plus ahaha ! »
« ... Pardon ? » Manqua de s'étouffer Kise.
« Bah quoi, ça non plus t'étais pas au courant ? »
« T-tu veux dire qu'elle n'est pas veuve !? »
« Ben non, qui t'a dit une connerie pareille ? »
...
... OK HAIZAKI DEPECHE-TOI DE TE POINTER LA, PARCE QUE KISE VEUT TE TRUCIDER SANS ATTENDRE JE CROIS !
Putain.
Encore une fois, le brun lui avait menti...
Ça commençait à virer dangereusement au running gag à ce stade... Et celui du genre lourdingue, pas le marrant.
Quoiqu'à bien y réfléchir... jamais Haizaki n'avait raconté à Kise que le mari de Vivi était décédé...
Ni même sous-entendu. Au contraire, c'était Kise seul qui avait sauté sur cette conclusion déplacée et erronée. Pas que le loup ait cherché à nier non plus, cela dit...
« Pourquoi ce n'est pas lui qui l'accompagne ce soir alors ? »
« J'en sais trop rien, moi aussi ça m'dépasse un peu j't'avoue. Il doit être vachement occupé de par son statut. Ou alors c'est sûrement l'un de ces couples libres dont on entend souvent parler... »
Le cœur du renard se serra dans sa cage thoracique, qui lui sembla devenir exigüe tout à coup.
« J'pensais pas que ça concernait les gens aussi... âgés. » Ne put se retenir d'ajouter Kise, aigri.
Merde, merde, merde...
En vrai, il trouvait ça un peu sale comme pratique, rien que de l'imaginer. Avec des vieux, bien-sûr. Non parce qu'avec du jeunes – et bien que ce ne soit pas son truc personnellement – il pouvait comprendre, encore. Et tolérer. Ce besoin impérieux de plaire, de tester ses charmes et de batifoler constamment. Comme un papillon qui butine de fleur en fleur pour se mettre à l'épreuve et se prouver des choses. Pour être honnete, même lui, il avait déjà pu ressentir ce besoin, mais il ne l'avait juste jamais mis à exécution, c'est tout. Jamais ça ne l'avait réellement tenté. Pas suffisamment en tout cas. Une seule personne à la fois le satisfaisait amplement.
« Hahaha ! Moi non plus avant d'arriver à L.A., j'te rassure ! Mais tu sais, ici... les gens sont très libres, voire même carrément libérés, je dirai ! »
« Et libérés de quoi, au juste ? »
« Des conventions sociales. De la pression... et de tous ces trucs superflus qui gâchent la vie au quotidien... ils se foutent bien de ce que fait ou pense le voisin... sauf si c'est pour l'imiter. C'est pour ça qu'les modes se propagent à une vitesse folle ici. Tout le monde copie tout le monde. Qui sait, demain, ce sera peut-être populaire de se mettre une plume dans le derche et les rues seront alors envahies de culs nus et tendus... »
Cette fois, ce fut au tour de Kise de rire à gorge déployée. Il aimait vraiment bien Mike, c'était un garçon drôle et sympa, possédant une maîtrise certaine de la métaphore. Même la plus périlleuse et exotique. Ils s'étaient tout de suite et très bien entendus sur leurs rares shootings communs, ayant même partagés quelques confidences sur leurs vies sexuelles respectives autour d'un verre par la suite. En tout bien tout honneur et pas une seule fois, cela n'était allé plus loin. Jamais le moindre dérapage à déplorer.
Pas que Mike ne plaisait pas à Kise et inversement, mais... sortir avec un autre mannequin, non seulement c'était hyper galère d'un point de vue strictement logistique à cause de leur emploi du temps respectif, mais il y avait aussi et surtout souvent des histoires de jalousie, en particulier entre modèles du même sexe... Kise évitait cette possibilité donc depuis que l'un de ses ex-Japonais et mannequin de son état également, l'avait accusé de lui faire de l'ombre dans sa carrière en lui « volant » tous ses contrats...
Quant à la top model Victoria Secrets qu'il avait un peu fréquentée à son arrivée aux Etats-Unis, ça n'avait pas duré beaucoup plus longtemps hélas, vu qu'elle passait sa vie aux quatre coins du monde, constamment coincée entre deux avions... et qu'ils avaient dû se voir à tout casser allez... quatre fois durant leur relation, justement !? En six mois, vous conviendrez tout de même que cela ne faisait pas lourd...
Alors tant qu'à partager quelque chose avec Mike, Kise préférait s'en tenir à une certaine forme de complicité. Kise estimait même qu'au vu des circonstances, ils étaient parvenus à forger une solide amitié. Lui voulait y croire, en tout cas. Et puis entre rares asiatiques présents dans le milieu, il fallait bien s'entraider, d'autant que le marché Américain était RUDE ! Mais Mike et lui avait un peu plus de chance de percer, du fait de leur métissage.
Pour quelqu'un de plus typé comme Aomine ou Kagami par exemple, cela s'avérerait beaucoup plus difficile... Pour Haizaki auss...- quoique les traits du dégénéré du bulbe chevelu n'étaient pas si marqués que cela, tout compte fait... Mouais, ça pourrait peut-être passer pour lui, à la limite.
Et en évoquant Haizaki, Kise venait justement d'apercevoir Viviane. Haizaki ne devait donc pas se trouver bien loin dans son sillage, comme d'habitude... Il lui emboîtait en effet le pas à chaque déplacement, suivant sa MAÎTRESSE à la trace tel un loulou de Poméranie collant et fidèle... Mais même à supposer que Viv' se soit mise en tête de vouloir « sponsoriser » Haizaki, ayant vu en lui un nouveau poulain potentiel – possibilité que Kise ne pouvait pas tout à fait exclure – le blond ne comprenait quel « talent artistique » son homologue copieur pouvait bien posséder... Talent artistique qui aurait su attirer la convoitise de la brune, qui plus est. Celui de future pornstar, peut-être ? Hahaha ! Non parce qu'à part savoir se servir de sa queue (... à l'en croire, et encore, Kise demandait toujours à voir d'abord...), le Suédois ne comprenait pas tellement de quel don caché il pourrait pourrait être question...
Cette fois, Vivi avait revêtu un tailleur rouge carmin un peu strict mais du plus bel effet, qui la faisait encore plus se détacher du reste des invités. Perchée sur des Louboutin à talons aiguilles assorties à sa tenue, elle semblait dominer le monde. On ne pouvait nier que la septuagénaire était encore une très belle femme à la taille fine et marquée et aux interminables jambes. Kise en vint même à se demander si elle n'avait pas été mannequin dans sa jeunesse, parce qu'elle paraissait en avoir conservé certaines attitudes, une façon de se mouvoir et un port de tête très digne. Puis, il se souvint qu'il n'en avait rien à carrer, en fait.
Non, lui, celui qui l'intéressait... beeeennn il n'avait pas encore fait sa grande apparition publique et la théorie de la feuille de vigne semblait donc se confirmer de minute en minute ! Kise craignait le pire ! Mais c'est alors qu'il l'aperçut, posté dans un coin de la salle. Adossé à un mur un peu en retrait, tranquillement en train de siroter une Margherita. Le cœur de Kise s'affola dès lors qu'il l'eut localisé, cognant furieusement dans sa poitrine, ses tempes...
Sa queue...
Ok, bon.
Résumons la situation.
Haizaki était un CONNARD. Non, non... un trèèèèèès GROS connard, même ! Ça, personne ne pouvait le nier, pas même le principal concerné, qui avait plutôt l'air de prendre un malin plaisir à le revendiquer et à se surpasser pour repousser ses limites toujours plus loin. En particulier face à Kise. Rien que pour le faire chier au maximum, sans doute.
Mais...
Il était putain de DESIRABLE !
Naaaaan, pourquoiiiiiiiiiii ne pouvait-il juste pas être extrêmement laiiiid à la place !? Kise avait envie d'en CHIALER de frustration et d'injustice !
Graaaaah... !
Remarquant que Kise semblait FIXER quelqu'un, ou plutôt fixé SUR quelqu'un, Mike ne mit pas longtemps à identifier la raison de son trouble.
Pas mal, en effet.
Un grand brun à la silhouette élancée, mais robuste et nerveuse. Il portait un complet bleu nuit, non, bleu roi. Electrique, composé d'une veste droite sans col et d'une chemise d'un blanc éclatant de la même forme. Plutôt déboutonnée et échancrée la chemise, d'ailleurs, peinant donc à dissimuler tous ses tatouages qui remontaient jusque dans son cou. Des symboles tribaux, asiatiques. Du rouge, du noir... des couleurs agressives.
Se dégageait de lui une certaine prestance, malgré les nombreux piercings qu'il arborait également. Lui aussi se démarquait du lot, mais en aucun cas il ne faisait tâche malgré la population guindée, loin de là. Ses vêtements semblaient avoir été taillés pour lui, à même son corps, épousant amoureusement chaque courbe, chaque muscle... Il avait retroussé ses manches, laissant apparaître ses bras imposants et eux aussi zébrés de dessins menaçants.
Mesdames et Messieurs, (s'il y en a qui lisent cette histoire... et question : vous vous êtes perdus les mecs... ?) le BAD BOY dans toute sa splendeur ! C'était pour ainsi dire gravé au burin sur son front ! Ce gars transpirait les emmerdes et l'arrogance. Tout était une question de posture, d'attitude. Pas besoin de lui adresser la parole pour immédiatement savoir à qui l'on avait à faire...
Et cela étonna d'autant plus le physionomiste Mike. Depuis quand Kise succombait-il aux mauvais garçons ? (Heu depuis le collège, à tout hasard... ?) D'ordinaire, ces derniers n'étaient pas son genre... Comment le savait-il ? Et bien... pour une raison très simple : il n'avait jamais vu Kise au bras d'un type comme celui-ci auparavant. Ouais bon, d'accord... ça n'prouvait rien, mais... le blond lui avait déjà parlé de ses conquêtes et à aucun moment, il n'avait mentionné d'homme dont le look laissait penser qu'il sortait d'une prison.
D'une prison Armani (la marque préférée de Kise, dont il avait été plusieurs fois l'ambassadeur), certes, mais d'une prison quand même ! Mike ne n'avait même jamais vu l'autre mannequin se retourner sur un mec comme ça auparavant et pourtant, ils en avaient croisés un paquet ici, à L.A. ! Cependant, le Coréen devait bien admettre que Kise avait... un goût très sûr pour les belles choses. Et cela ne se limitait pas qu'aux fringues et à la déco. Cet étalon-là n'y faisait pas exception.
L'asiatique hésita quelques secondes à demander à Kise de lui présenter, mais il se ravisa presque instantanément en jetant un rapide coup d'œil à son compagnon.
La vache...
C'était... effrayant à voir !
Kise, l'œil grand ouvert, brillant de luxure, sa pupille dilatée, figé sur place et semblant scanner chaque détail de ce mystérieux mec situé en face d'eux, comme pour l'imprimer dans sa rétine et pouvoir ainsi se branler plus tard en se remémorant le tout. Merde, sans exagération aucune et même si cela faisait un peu cliché dit ainsi, le renard en avait l'écume aux lèvres !
Déglutissant avec peine, tendu comme la corde d'un arc prête à céder, ce dernier tendit la main en direction de Mike d'ailleurs.
« Capote. V-vite ! »
C'est que, ainsi que je l'avais déjà fait remarqué au ciné, ni lui ni Haizaki n'avait pensé à prendre de cartouche avant de quitter l'appart'.
Mike cligna des yeux, un peu surpris par l'impatience de Kise. Non, définitivement, jamais il ne l'avait vu dans cet état-là ! Mais c'était assez marrant de voir le masque se craqueler en direct. Il farfouilla donc sa poche et il lui en sortit un précieux sachet argenté, qu'il confia à Kise avant de se pencher vers lui pour chuchoter à son oreille :
« Je te préviens, j'en ai qu'une seule et... j'ai moi-même repéré une petite nana mignonne en cuisine... Alors tu vois, j'comptais m'en servir aussi... »
De toute évidence, cela ne suscita pas grande émotion chez Kise !
Néanmoins, Mike s'accrocha et continua patiemment son monologue.
« ... Doooooonc... tout ça pour te dire que... si jamais j'arrive à pécho avant toi, je reviendrai te la d'mander, ok ? »
« Deal. » Articula difficilement Kise, à court de salive à force de baver comme un crapaud.
« Ahahah super, ce sera amusant ! Et n'oublie pas : que le meilleur gagne, hyung ! »
Armé, chargé, calibré, Kise se dirigea d'un pas décidé vers sa proie, ayant pour ainsi dire arraché des mains son « Sésame » à Mike ! Pas de temps à perdre, il aperçut du coin de l'œil le jeune serveur regagner les cuisines de son côté. Une véritable course contre la montre venait donc de se lancer officiellement entre les deux séducteurs.
Alors même qu'Haizaki n'était stationné qu'à deux pas presque littéralement de Kise, lorsque se dernier arriva pour se planter devant lui, il était déjà tout essoufflé. Mais pas par l'effort. Ou plutôt si, l'effort de se contenir sans exploser et se répandre dans ce pantalon qu'il trouvait à présent beaucoup trop serré et qui n'était pas le sien en plus. Une main tremblante agrippa fermement le bras d'Haizaki comme une pince pour solliciter son attention et le brun releva la tête pour fixer son interlocuteur. Enfin... « interlocuteur »... c'était un bien grand mot, puisque dans son état d'excitation avancée Kise ne risquait pas de se montrer très bavard, ni de formuler de longues et belles phrases lyriques d'accroche.
Ne le sentant ni dans son assiette, ni dans son état normal, Haizaki quelque peu préoccupé, osa l'interroger :
« Oi Ryota, est-ce que ça va ? T'as bouffé un truc pas frais ou quoi ? »
Et habituellement, Haizaki le savait, le blond aurait répondu quelque chose du genre : « Ouais, ton zgeg tout à l'heure ! Et ça m'a rendu malade ! » Mais ça, c'était en temps normal. Parce que là, rien. Ce qui était d'autant plus INQUIETANT.
...
Mais ce qui le fut encore davantage, fut d'entendre Kise, quelques secondes plutôt tard marmonner d'une voix gutturale d'homme des cavernes, « Toi, moi, chiottes, maintenant. Baiser. »
Putain ! C'était même pas une phrase complète, ça ! Où était le sujet ? Le verbe, le complément ? Tout était à l'envers raaah !
Cette fois, ce fut au tour d'Haizaki d'ouvrir des yeux ronds comme des paniers de basket. Mais il n'eut même pas le temps de protester, que déjà, Kise s'était saisi de son poignet et le traînait comme un vieux chien récalcitrant qu'on emmène piquer chez le véto, à travers la grande salle de bal. Et il avait de la FORCE le bougre ! L'énergie du désespoir, sans doute...
« Graaaaaah mais lâche-moi ! Au secours, AU VIOL ! Cet homme en veut à mon cooooorps de rêve ! » S'époumona Haizaki, essayant de freiner des quatre fers.
... En vain.
En Japonais.
Et donc fatalement, personne ne lui vint en aide, puisque personne ne le comprit...
Cette fois, ce fut le dos d'Haizaki qui heurta violemment la paroi de la cabine, la faisant trembler sous son poids et l'assaut conjugué que Kise lui fit subir. En tout cas, les rôles s'étaient sacrément inversés depuis leur pas si innocent petit sauna de tout à l'heure... Le blond l'avait littéralement projeté, mais bien décidé à ne pas le laisser reprendre ses esprits, Kise écarta les pans de sa veste et les garda bien ouverts, tissu serré entre ses mains, tandis qu'il se penchait pour venir embrasser la naissance du torse d'Haizaki. Visible et à découvert. Ça lui apprendrait à choisir des chemises moins cintrées et décolletées la prochaine fois ! Non mais on n'avait pas idée, aussi ! C'était un véritable appel à la tentation, un pousse au crime de le voir déambuler tous muscles dehors !
Et Haizaki ne le comprit que trop tard, lorsqu'une paire de dents se referma sur son mamelon percé. Oui, parfaitement, à travers le mince tissu de sa chemise... Argh ! Ce fut au tour du brun de serrer les siennes, de dents, tant Kise le suçotait avec la voracité propre au nouveau-né qui découvre le pis nourricier de sa mère pour la première fois et s'y accroche désespérément par instinct de survie. Ce n'était plus une bouche qu'il avait le mannequin, mais une puissante ventouse ! Et à cause de la barrière de textile, il était obligé de sucer, d'aspirer encore plus fort pour parvenir à happer et sentir la pointe qui se dressait timidement entre ses lèvres fermement closes.
Bon sang... c'était douloureux... A croire que le blond essayait de lui arracher le téton avec sa bouche humide et étroite. Mais... pas déplaisant. Et comme à chaque fois qu'il se sentait sexuellement sollicité et excité, Haizaki parvenait à avoir mal. A le ressentir. Ce qui pour lui, n'était pas une mauvaise chose. Il essaya néanmoins de se détendre, basculant la tête en arrière et appuyant bien son dos contre la pauvre porte branlante des toilettes, qui n'avait rien demandé et n'avait certainement pas dû voir beaucoup « d'action » depuis sa pose, l'endroit n'étant fréquenté que par des vieux aux zizis probablement flasques à moins d'avoir recours à une pompe à pénis...
Ou à la petite pilule bleue qui fait des merveilles...
« D-doucement merde... »
Putain. Ça lui faisait sacrément mal au cul d'être celui qui demandait ça. D'ordinaire, c'était plutôt lui qui s'entendait formuler ce genre de requête... Mais Kise devait avoir peur qu'il ne s'envole et être pressé par le temps ou je ne sais quoi d'autre... qui sait quelle idée saugrenue pouvait bien passer par cette tête de linotte blonde...
Haizaki couina, essayant malgré tout de rester le plus silencieux possible. Ça l'excitait de faire ça dans un lieu public et puis il s'agissait très certainement des chiottes les plus CLASSES et PROPRES qui lui ait été donné de visiter... On pourrait limite y bouffer par terre, non, éjaculer, PUIS seulement ensuite bouffer par terre, tellement l'endroit semblait aseptisé ! Haizaki pouvait même admirer son reflet dans le carrelage du sol, tant celui-ci brillait et une douce odeur citronnée flottait également dans l'air. Pour plus de confort, Kise s'était assis sur le siège des W.C., pile à la bonne hauteur pour poursuivre sa tétée. Yeux fermés, il savourait pleinement le cochon... Une certaine douceur se dégageait néanmoins de ses traits faciaux, contrastant avec la sauvagerie dont il faisait preuve dans sa dégustation hâtive...
Comme s'il était limité par le temps...
Cependant, aucun doute permis, l'ancien copieur de la Génération Miracle était vraiment beau. D'une beauté à vous couper le sifflet. Imprévisible, totalitaire, contrairement à ce que pouvaient laisser penser son visage aux grands yeux tendres. Mais pour avoir déjà pu y lire la flamme de la rage, Haizaki savait qu'il ne fallait pas se fier à ces prunelles d'apparence calmes comme la surface d'un lac au printemps. Sentant soudain l'objet de ses désirs les plus fous se tendre anormalement sous un coup de dents plus incisif que les autres, Kise délaissa sa proie l'espace d'un instant afin de procéder à un examen plus minutieux.
Besoin de se « poser » pour apprécier le spectacle visuel offert.
Celui d'un Haizaki aux joues pourpres. Haletant, mains passées de chaque côté de la tête d'or. Les jambes flageolantes d'émotion. Quant à son aréole malmenée et rouge sang, elle pointait douloureusement contre le tissu blanc détrempé, devenu transparent à force de saliver dessus.
Son sexe tressaillit d'impatience. Comme il avait hâte de plonger en lui...
Et lorsque deux mains curieuses vinrent palper généreusement ses fesses, Haizaki se mit à paniquer davantage.
Il s'agissait du signal universel pour dire que...
Oh bien-sûr, lancé comme il l'était, Haizaki se doutait bien que Kise ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. Il n'était pas non plus tombé de la dernière pluie, mais il ne s'attendait pas à ce que ce soit le jaune qui fasse une montée de lait...
Dans son pantalon.
Ce soir, c'était Maître Renard qui allait manger le Grand Méchant Loup.
Il était bien parti pour, en tout cas.
Haizaki essaya bien de protester, plus pour la forme qu'autre chose, en leur rappelant notamment qu'ils étaient encore tous les deux convalescents et qu'il lui semblait en plus avoir convenu d'un commun accord que le prochain à emprunter le raccourci boisé de l'autre serait le lupin. Alors soit il avait mal compris, soit Kise n'en avait strictement plus rien à fiche. La seconde option paraissant plus plausible que la première, on ne va pas se le cacher... Ah bordel, ce n'était pas prévu dans ses plans pour la soirée, tout ça !
Certes, il avait bien planifié de « chauffer » un peu son homologue, histoire de le frustrer encore davantage si c'était possible, mais certainement pas de DONNER DE SA PERSONNE ! Rien d'aussi concret en tout cas... Mais difficile de se défiler maintenant... Kise l'avait sournoisement pris au piège, coincé, acculé. Et dans le même ordre d'idée, bientôt encu... ahem... enfin vous avez compris quoi... Et le regard qu'il posa sur lui se fit suppliant comme celui d'un petit enfant qui sait qu'il va bientôt écoper d'une punition sévère...
« Please... »
Un murmure.
Une plainte.
Haizaki roula des yeux. Comment dire non à ça, à ce petit air si candide et fragile, franchement ? Foutu, il était foutu. Et foutu pour foutu et bien, autant abdiquer. Il y avait pire comme châtiment, après tout. Une main s'écrasa sur son front pour la forme et il soupira, prêt à céder à son agneau. Ou plutôt au prédateur caché en dessous. Comme quoi, comme dans la fable, le renard avait bien retenu la leçon de son mentor loup.
« D'accord... » Céda Haizaki, presque pas à contrecœur. Il se passa une main dans les cheveux. « Mais dépêche-toi, c'est tout c'que j'te d'mande... Viv' et Jo' nous attendent et elles risquent de finir par venir nous chercher, si on traîne trop la patte... Et crois-moi, on n'a vraiment pas envie d'ça ni toi, ni moi... »
Kise ne prit même pas la peine de répondre par des mots.
D'un coup sec, il le força à atterrir sur ses genoux. A présent assis à califourchon face à lui, Haizaki essaya de se détendre au maximum. Clairement, Kise n'avait ni le temps, ni l'envie de le préparer. Il allait donc douiller, inévitablement. Mais l'ex-délinquant aimait ça, non ? Peut-être mais... comme tout un chacun, il avait besoin d'un temps d'adaptation d'abord.
Les doigts de Kise s'engouffrèrent jusqu'aux phalanges à l'arrière de son pantalon, tandis qu'il l'embrassait fougueusement. Leurs langues se battirent pour la dominance, se repoussant sans cesse. L'autre main du Kitsune était occupée à caresser le dos d'Haizaki, non sans une certaine tendresse sûrement dans le but avoué de le rassurer. Ah bordel, Haizaki s'adoucissait beaucoup trop avec les années... et l'impatience de Kise à le posséder lui rappelait celle d'Asami... même si heureusement, leurs raisons s'avéraient diamétralement opposées. Honnêtement, c'était bizarre d'avoir à faire à un Kise aussi mutique... l'ex small forward de Kaijo devait être aussi concentré qu'affamé pour être à cours de paroles comme ça... Le brun entreprit donc de les libérer ensemble, étant donné que les deux mimines de Kise étaient déjà fort affairées à tâter le bestiau.
« Bordel de merde Ryota, si on fait la moindre tâche douteuse, t'es au courant que Viviane va nous buter !? Dis-moi au moins qu't'en es conscient, hein ? »
Prenant le temps de redresser la nuque, cessant toute activité buccale avec Haizaki, Kise répondit sur un ton parfaitement neutre :
« ... Rien n'à foutre. »
Net et précis.
Sans fioriture.
« Ha ! » Lâcha Haizaki, sourire carnassier aux lèvres. Non mais quel culot ahaha de la part de Kise ! « Voilà qui est franc ! Mais tu dis ça uniquement parce que tu sais qu'c'est pas toi qui vas te ramasser toutes les emmerdes au final... »
Non, ce privilège lui était hélas réservé... même s'il avait tenté de faire croire le contraire. Que la faute serait partagée... Mais non, il serait bel et bien le seul à payer les pots cassés...
Conscient que la température commençait terriblement à grimper, pendant qu'il masturbait ensemble les deux lances à incendie dans sa grande main, Haizaki éprouva quelques difficultés à s'assurer du principal...
« T'as c'qu'il faut... ? »
Non parce qu'à ce rythme, il n'allait pas tenir longtemps ! Et il n'était pas le seul, d'ailleurs, comme le prouvaient les lances jumelles qui avaient déjà commencé à pleurer des larmes collantes et salées de pure joie. Ce qui facilitait et faciliteRAIT la glisse, certes... mais indiquait surtout que leur petite joute improvisée serait de courte durée.
« Ouais... dans ma poche... »
Mais de quelle poche parlait-il ? Hmm... bon, Haizaki aurait de toute façon rapidement fait le tour de la question, le costume de Kise n'en possédait pas trouze-mille non plus. Et comme le blond ne semblait pas disposé à lui lâcher les miches, qu'il pétrissait toujours tel un mono (mano ?) maniaque, Haizaki comprit que tous leurs espoirs de coït reposaient sur ses seules épaules. Solides, heureusement.
L'ancien argenté parvint donc rapidement à extirper le trésor de l'endroit indiqué, lorsque, sans crier gare, un doigt s'enfonça en lui. A sec. Sa respiration se bloqua dans sa gorge et sa colonne vertébrale s'étira en réponse à cette brusque intrusion qui occasionna chez lui inconfort et douleur aigue. Il se tortilla nerveusement sur les cuisses de son amant, à la recherche d'une position lui permettant de s'ajuster. Non, attends... les soldats ennemis qui avaient tenté une percée dans son territoire intime, ils étaient trois ! Trois même, d'un coup, d'un seul ! En réponse, Kise mordit dans son épaule par chance toujours protégée par le tissu plus épais de sa veste qui fit office d'armure.
Mais bon sang, Haizaki se crispa tout de même.
Il priait mentalement pour ne pas saigner cette fois. Certes, l'hémoglobine pouvait constituer un lubrifiant acceptable à défaut d'avoir autre chose sous la main, mais... pour être honnête, Haizaki n'appréciait pas tellement cette technique... Il s'en serait même bien passé.
Hmm... et de toute évidence, le poussin jaune l'avait un peu trop pris au mot (ou homo) au cinéma... lorsque Shogo l'avait mis au défi d'enfiler plus de doigts d'un seul coup la prochaine fois.
« Fuck ! » S'étrangla t-il à moitié.
Ah ben tu n'croyais pas si bien dire, mon cher Zaki...
Parce que c'était justement ce qui figurait au programme des prochaines minutes.
Ouah la vache ! Kise ne perdait rien pour attendre quand il allait ENFIN passer à la casserole ! Le brun saurait se venger de son manque de considération en temps voulu ! Lâchant leurs deux sexes gorgés de plaisir qu'il estima assez enflés, Haizaki préféra se cramponner à Kise, enroulant ses bras autour de son cou. Non pas pour lui briser la nuque, bien que cela fut hautement tentant... mais pour essayer de se stabiliser et ainsi se préparer à encaisser l'assaut final à venir.
Instinctivement, il souleva un peu le bassin et vint se positionner de sorte à ce que Kise puisse s'insérer en lui avec aisance quand il se sentirait prêt à sonner la charge pénienne. Ah nan, il n'allait quand même pas se mettre à chialer comme une gonzesse, là ! Mais didiou, ça faisait affreusement mal... même en sachant que l'extase allait bientôt remplacer, transformer et sublimer cette lente agonie... Par moment, Haizaki détestait son corps si dysfonctionnel et n'en faisant qu'à sa tête...
« Doucement, d'accord ? » Le somma t-il une ultime fois. « J'déconne p-pas... »
Ouais nan là... il tenait encore à pouvoir marcher d'ici la fin de la soirée qui ne faisait que commencer. D'ailleurs, contrairement à d'habitude, il ne se sentait pas non plus de partir dans un discours faussement viriliste, clamant que Kise pouvait y aller à FOND parce qu'il n'était pas fait en sucre. Ce serait même tout l'inverse. En cet instant et pour la première fois de sa vie, Haizaki avait plutôt peur de casser. De se faire casser en deux. Que Kise ne le brise. Surtout lorsque le Suédois enserra sa taille comme un catcheur prêt à soumettre son adversaire par la force... Jamais Haizaki ne l'avait vu ainsi. Le blond devait vraiment être A BOUT, totalement submergé par sa libido galopante.
Si bien que notre (mal)chanceux brun ne se trouvait pas réellement en mesure de déterminer si Kise voulait le TUER ou bien le NIQUER. Remarquez, les deux solutions n'étaient pas forcément incompatibles... Parce qu'il avait bien constaté dans le regard de Kise que ce dernier était comme pris de frénésie... Secrètement, Haizaki formula le souhait que son amant ait pensé à embarquer sa fameuse pommade anesthésiante, celle qui lui avait été prescrite par le Docteur Ranjan pour son mignon petit nunus encore meurtri.
Parce que vu l'angle et la profondeur de pénétration imposés par leur position, ça allait faire MAL... !
...
Ah, ça ! Pour provoquer Kise, il y avait du monde ! Pour lui taper sur les nerfs aussi. Mais alors dès qu'il s'agissait de récolter (dans les fesses) ce qu'il avait semé, Haizaki se dégonflait plus vite qu'un vieux monsieur privé de sa dose journalière de Viagra ! Car à chaque fois, il commettait la même erreur : sous-estimer son adversaire renardesque. A croire qu'il n'avait rien appris depuis le lycée...
« J'ai tellement envie de toi Shogo... » Confessa Kise, de nulle part.
« Moi aussi... » Renchérit pourtant le brun, puisque l'heure était aux déclarations enflammées sorties du chapeau.
Ben oui, un minimum quand même ! Sinon, il ne serait pas sur le point de se laisser prendre A SEC, dans des chiottes, aussi luxueuses soient-elles... Raison de plus pour essayer de se détendre le plus possible afin de pouvoir l'accueillir en son sein.
Leurs lèvres se trouvèrent à nouveau, affamées de l'autre. Mais alors que leur baiser moite gagnait en profondeur et en... cochonceté, ils furent interrompus par une voix familière. Enfin, familière pour l'un d'entre eux en tout cas...
« Pssst Ryota, c'est toi mec ? Je vais t'laisser terminer ta petite commission tranquille t'en fais pas, mais... »
Hmmm... Haizaki fixa ses propres jambes. En effet, dans cette position, ses pieds ne touchaient pas terre et personne ne pouvait donc deviner qu'il était présent également. Le gars derrière la porte devait penser à tort que Kise se trouvait seul dans la cabine. Sûrement en train de couler un bronze. Tant mieux d'un côté pour le volet discrétion de leur incartade...
Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien lui vouloir ce maudit intrus ? Hmm... Il s'agissait selon toutes probabilités du gars qu'Haizaki avait aperçu en compagnie de Kise, avant qu'il ne se fasse emmener de force au petit coin. Grand, brun, asiatique, des cheveux mi-longs comme lui... Hahaha l'ancienne racaille commençait à croire que Kise avait un certain type d'hommes... Mais quoiqu'il en soit, ce serveur n'était qu'une pâle COPIE ! Rien qui ne puisse inquiéter Haizaki, qui se savait mille fois plus attirant. (... Apparemment, la MODESTIE était le maître mot de leur « couple » à lui et Kise ahem...)
« Allez réponds-moi, j'sais qu't'es là ! J'ai vraiment b'soin d'la capote que j't'ai passée tout à l'heure ! C'était ma dernière, t'étais parfaitement au courant et on avait un accord ! Betsy m'attend dans l'couloir là et elle est giga CHAUDE ! C'est pas l'moment d'déconner ! » Insista Mike en se mettant à gratter à la porte, tel un chat pressé que son maître ait fini de faire caca pour venir le ravitailler en croquettes.
Mince... c'était donc trop beau pour être vrai... lui et Haizaki, leurs deux corps dénudés enfin réunis. Unis. Kise se mit à bouder comme un bébé. L'étrange malédiction qui les frappait avec Haizaki continuait à s'acharner sur eux... Jamais ils ne pouvaient forniquer en paix ! A croire que la Terre entière, alliée aux forces de L'Univers, avait décidé de se liguer contre eux !
« Allez, sois gentil Ryotaaaa... rends sa capote au gentil monsieur... » Lui souffla Haizaki dans le creux de l'oreille, amusé par l'incongruité de la situation.
Et reconnaissant, un peu aussi quand même. Son cul serait épargné finalement, grâce à cette intervention providentielle ! Si bien qu'il ne savait pas vraiment s'il devait remercier ce téméraire jeune homme ou lui en vouloir... Mais pfffiiiiou cette fois, il s'en était fallu de peur pour que le loup ne craque ! Repousser Kise et le faire patienter devenait de plus en plus compliqué à mesure que le temps passait...
« Nan c'est le mien ! » Ronchonna la tête blonde. « Il me l'a donné et donner, c'est donner ! Reprendre, c'est voler ! »
Qu'est-ce que je vous disais... ? Un vrai GOSSE !
Une chance qu'Haizaki fut celui qui tenait le tant convoité sachet dans sa main en cet instant, parce que jamais Kise n'aurait accepté de le lâcher, lui. Même au péril de sa vie ! D'un lancer franc ressemblant à une passe de basketball, Haizaki fit voltiger le petit emballage couleur argent au-dessus de la porte avec une précision étonnante. Surtout si l'on considérait qu'il était de DOS... Dos à la porte et donc, à la personne qu'il visait en réalité. Mais le colis arriva bien à destination dans les bras de Mike.
« Merci mec, j'te r'vaudrai ça ! »
« Y A INTERET PUTAIN ! » Lança « poliment » Haizaki à la place de Kise.
Ah bon ben... adieu doux anonymat ahaha !
Une fois qu'ils eurent entendu la porte claquer derrière eux, Kise croisa les bras sur son torse et se renfrogna encore davantage.
« Je te déteste... » Pleurnicha t-il.
« Sans vouloir te vexer, je crois que j'étais déjà au courant... »
« Oui, mais encore plus qu'avant j'voulais dire. »
« Oh mais c'est très GRAVE ça... » Se moqua légèrement le responsable du crime. « N'y a-t-il RIEN que je puisse faire pour CHANGER cet état de fait... ? »
Il se passa suggestivement le pouce sur le bout de la langue et...
... vingt minutes plus tard environ, ils émergèrent à tour de rôle (surtout pas ensemble !) de la salle de bain, un air béat sur le visage.
Mais bon, la satisfaction fut méchamment éphémère, car le secouage mutuel de cocotier, ça allait bien cinq minutes... Kise avait envie de plus, tellement plus ! Cependant, il savait qu'il devait prendre son mal en patience.
A défaut de se faire prendre tout court pour le moment.
C'est ainsi qu'après s'être relavé les mains non pas une, mais DEUX FOIS par mesure de précaution, il s'installa à table avec Miss Robinson et sa cop's. Oh et Haizaki bien-sûr. Leur table étant ronde, les deux garçons se faisaient face et chacun avait sa cavalière attitrée à ses côtés. Quand vint le moment de commander, ce fut, comme par hasard, Mike qui vint s'occuper d'eux. Il adressa un clin d'œil discret à Kise pour le remercier. Apparemment, cela s'était bien terminé pour lui.
Tant mieux en un sens, au moins l'un d'entre eux pouvait s'estimer réellement comblé... Parce que même si sur le coup le renard n'avait pas craché sur son lot de consolation, avec le recul, ce dernier lui laissait un goût amer sur le palais... Ça ne lui suffisait plus. Et depuis trop longtemps. Il voulait aller jusqu'AU BOUT (du monde) avec Haizaki la prochaine fois. Et vous savez quoi ? En tout état de cause, Kise commençait à comprendre que laisser la sauce monter faisait partie de la stratégie du brun. Sa botte secrète.
Mais même ainsi... même en ayant conscience du subterfuge, rien ne parvenait plus à dissuader Kise de sauter à pieds joints dans le piège tendu par le loup. Sa frustration sexuelle avait atteint son paroxysme et faire marche-arrière semblait devenu impossible. Sans compter que... qu'il s'était attaché à son cadet de quelques mois aussi, en tant que personne... La faute à tous leurs souvenirs communs, même les plus compromettants, qui étaient remontés à la surface récemment. Tous à la fois, évidemment.
Mais la venue de Mike à leur table occasionna une réaction que Kise n'aurait jamais pu anticiper.
Car après avoir rapidement étudié le menu distribué par le jeune asiatique, Viviane commanda la première. Kise ne fit pas vraiment attention à ce que la vieille radasse prit en guise d'entrée mais par contre, un autre fait fut loin de lui échapper...
« Du rôti de porc aux pruneaux. » Sourit-elle en faisant son choix.
Surprenant de sa part ! Kise s'attendait à quelque chose de tellement plus raffiné pour elle !
« Deux alors. » Fit Haizaki avec les doigts.
Le brave toutou à sa mémère essayait encore de jouer les chienchiens modèles apparemment... Mais après tout, l'imitation n'était-elle pas sa spécialité ?
Kise marmonna quelque chose au hasard, un quelconque truc au poulet, il ne se souvenait déjà plus sur quel plat s'était porté son choix et à vrai dire, il s'en foutait royalement. Parce qu'il se trouvait focalisé sur quelque chose en cet instant pris.
Viviane.
Elle souriait.
Exagérément.
Elle qui n'esquissait d'habitude que des bribes de sourires polis ou en coin, purement hypocrites... Non, là, elle avait pris la peine de dévoiler toutes ses (facettes en céramique) dents.
Et sa main effleura même celle de Mike, lorsqu'elle lui remit le livret contenant le menu du soir. Mais genre LONGTEMPS quoi ! Plus que de raison, s'y attardant. Kise n'en revenait pas. Elle était sérieusement en train de faire du gringue à un « simple » serveur, aussi grossièrement ? Au vu et au su de tous ? Hmm... non, pour tous les autres, ses gestes étaient très certainement passés inaperçus...
De toute évidence déçu de ne plus se sentir au centre de l'attention de cette chère Vivi, ni de celle de Kise par ailleurs, Haizaki décida de se rappeler aux bons souvenirs de son colocataire en se mettant à lui faire du pied sous la table. Que pouvait bien observer son blond préféré avec une telle insistance, au point de l'en ignorer totalement ? Hmm... Quoi, c'était encore ce gars, ce « Mike » comme Kise l'avait appelé lorsqu'il était parvenu à leur table ? Est-ce qu'il lui plaisait vraiment ? Dans le doute, Haizaki ferait bien de s'en méfier...
Décrétant qu'il valait mieux prévenir que guérir, Haizaki pianota à toute berzingue un petit message avec son portable caché sous la table, devant absolument regagner les faveurs exclusives de sa proie avant qu'elle ne lui file entre les doigts !
« Après l'ouverture du bal par la première danse, éclipsons-nous toi et moi. On pourrait se rendre à cette fête Mexicaine dont on a vu la publicité avant de venir ici et qui semblait tellement t'intéresser. »
...
Comment résister à une telle invitation, je vous l'demande... ? Une chose était sûre : Haizaki savait de quelle façon se faire apprécier lorsqu'il le voulait vraiment. Il connaissait même tous les points faibles de son adversaire. Kise se mordit la lèvre inférieure et il hocha de la tête avec discrétion pour lui signifier son accord. Paraissant quelque peu rassuré, le Kitsune se détendit ensuite, s'enfonçant un peu dans son siège. Il n'écouta d'ailleurs que d'une oreille distraite la conversation animée entre les trois autres convives...
De quoi ça parlait déjà ? Ah oui... des dernières élections... Passionnant ! Depuis quand Haizaki était-il un pro de la politique américaine ? Enfin bref... il essayait surtout de meubler comme il pouvait le pauvre... Jusqu'à ce qu'il refile la patate chaude à Kise, bien-sûr. A croire qu'il ne pouvait pas s'en empêcher ! Le sujet de sa carrière (stagnante) fut donc abordé sans détour et Miss Robinson confirma avoir posé pour des photos de charme dans sa prime jeunesse. Dans le style pin up de magazines. Mouais, pas un scoop, le renard s'en doutait déjà plus ou moins.
Mais puisqu'ils ne se trouvaient pas au resto, leurs plats cuisinés à l'avance et en grandes quantités arrivèrent rapidement. Ici, nul besoin d'attendre, par opposition à une préparation minute et à la carte.
C'est alors que le drame se produisit.
Personne n'aurait pu le voir venir...
Tout commença même de manière plutôt banale, pourtant, tandis que la soirée débutait peu près bien.
Dans la précipitation, Kise, qui faisait à présent tournoyer d'ennui sa fourchette entre ses doigts, la laissa tomber par accident après que Mike l'eut légèrement frôlé en déposant son assiette. Bon ok, l'autre mannequin l'avait carrément percuté. Un vrai rentre dedans. Mais à sa décharge, le passage entre les tables était étroit et difficilement navigable.
Et PING la fourchette !
Par assez rapide pour la rattraper en plein vol, Kise se baissa par réflexe pour la récupérer par terre.
Grand mal lui en prit...
Parce qu'aussitôt, il capta quelque chose, dont l'image répugnante et choquante à la fois se grava à son plus grand regret pour toujours dans sa mémoire. Au fer rouge. Impossible à effacer.
...
Non seulement Haizaki se trouvait toujours en train de lui caresser le mollet avec son pied déchaussé. Mais surtout... lui aussi était en train de recevoir une caresse. D'un tout autre genre, bien que la signification et la finalité en soit la même... Nettement plus directe.
Car en effet, Miss Robinson avait glissé une main à l'intérieur de son pantalon, par l'ouverture de celui-ci. Main qui le tripotait allègrement aux mouvements qu'il avait pu deviner sous le tissu.
Ce qu'il avait vu le laissa interdit. Il se cogna même sous la table en se relevant à toute vitesse, comme s'il venait de se brûler.
« Ryota ? » S'alarma Haizaki. « Tu t'es fait mal ? »
Mais sans comprendre. Il n'avait pas fait le lien, n'ayant sans doute pas remarqué que Kise avait plongé dans les fonds marins telle la Petite Sirène pour récupérer sa fourchette humaine...
Et pourtant, le naufrage ressenti était similaire.
Kise devint pâle comme un linge.
Estomaqué.
Et à la fois pris d'une puissante envie de vomir.
Une partie de lui voulait même fuir, loin.
Très loin.
Sans se retourner.
Disparaître.
...
Son ventre se tordit d'un dégoût incommensurable.
Aomine avait raison depuis le début !
Dire que c'était là, juste sous son nez et depuis toujours ! Lui aussi l'avait senti pourtant, mais il avait préféré le réfuter, s'enfoncer dans le déni le plus total et abject !
Mais là tout de suite, maintenant qu'il commençait tout juste à encaisser et à se remettre de cet affront... ?
Parce que oui, Haizaki s'était moqué de lui, inutile de se le cacher ou de se fourvoyer plus longtemps...
Et en cet instant... Kise n'avait plus qu'une envie : LUI PLANTER SA FOURCHETTE DANS LA CUISSE ! (Ou ailleurs, ne soyons pas regardants...)
Kagami lui avait justement parlé lors de leur petite sodo-party avortée, d'un surfeur célèbre qui avait récemment cassé sa pipe en se faisant sectionner l'artère fémorale par propre sa planche après une chute.
Bien qu'encore sonné par sa découverte, Kise s'interrogeait donc à présent et de manière toute à fait légitime, sur le résultat qu'un plantage de fourchette en bonne et due forme produirait au même endroit...
Hmm... La meilleure solution serait que cela passe pour un REGRETTABLE accident. Un de ceux qui se produisent tous les jours, sans aucune raison particulière... Ouais, s'il parvenait à faire croire cela...
En tout cas, c'était INDUBITABLEMENT l'électrochoc dont il avait besoin ! Dire qu'il avait failli... craquer pour Haizaki ! Se laisser avoir... se laisser balader impunément...
Quel idiot...
« Ryota, tu prendras bien quelques pruneaux toi aussi dans ton plat ? » L'invectiva Mike.
« Hmm... ? Oh... Non merci. Les trucs tout secs et ridés, c'est l'apanage d'Haizaki, pas le mien. Mais je ne suis pas contre quelques prunes à la chair LISSE et TENDRE, si tu as... » Sourit Kise.
Haizaki ne comprit ni la raison de cette pique lancée à son encontre, ni celle du rictus affiché par Kise.
En revanche, il comprit immédiatement qu'il ferait bien de se méfier du placide Mike, à la façon dont Miss Robinson – passez-moi l'expression... – lui mata le boule avec insistance, lorsqu'il s'en retourna servir d'autres convives. Genre, elle allait s'user les yeux dessus et tout quoi ! Mais sans pour autant avoir cessé de malaxer son chibre et en demandant innocemment à Kise :
« Vous connaissez donc ce charmant serveur ? »
Ouais...
Définitivement, Haizaki n'aimait pas trop beaucoup ça...
Se faire voler la vedette...
En même temps que sa vache à lait...
(... Ah tu vois Kise, c'était effectivement ta première supposition à ce sujet qui était la bonne !)
Et accessoirement, SON mec aussi.
THE END ! (... Du chapitre hein, pas de l'histoire ! Pas encore malheureusement pour vous !)
... Et heuuuuu dis donc Haizaki, d'où Kise est ton MEC d'abord !? Non mais tu débloques, gros !
Quelqu'un a l'air de s'y croire un peu trop...
Est-ce qu'il mérite qu'on le fasse redescendre de sa tour d'ivoire, je vous l'demande ?
Pas grand chose à dire en guise de notes de fin de chapitre, si ce n'est que l'anecdote sur le surfeur est tristement véridique. Il s'agit de Mikala Jones, pour celles qui connaissent...
- Le costume que porte Haizaki + le suçage de mamelon sauvage ? Références à "Under the Green Light". Et oui, encore ! (Jinouuuuu !)
Sinon, Kise cède de plus en plus à (Haizaki...) la sauvagerie, vous ne trouvez pas ? C'est une volonté sans équivoque de ma part de le montrer aussi fort qu'il peut l'être à certaines occasions dans le manga. Notamment lors du match contre Aomine ou Haizaki ou encore lors de son dernier affrontement contre Seirin, où il transpire l'agressivité et la confiance en lui. J'aime ce Kise. Ne vous méprenez pas : j'aime également le Kise pleurnichard. Mais c'est un Gémeaux et il était donc important pour moi de montrer les deux facettes de sa personnalité.
Un sacré paradoxe notre blondin...
Et doooooooooonc comme vous deviez vous en douter, Miss Robinson est bien la MAITRESSE d'Haizaki.
Est-ce que Kise va parvenir à lui pardonner cette incartade ? Hmm ça semble plutôt mal parti pour le moment, il a du mal à digérer déjà... Mais laissons-le accuser le coup. Il pourrait bien nous surprendre dans le prochain chapitre, qui verra je L'ESPERE vraiment de tout mon coeur ENFIN CLOTURER L'ARC VIVI ONCE AND FOR ALL !
Allez, on y croit très fort en tout cas !
Plein de bisous et à la prochaine !
