Bonjour à tous !
Bonne année 2023 ! Je vous souhaite une année riche en mondes imaginaires et en belles histoires !
Et pour fêter cette journée, quoi de mieux qu'un nouveau chapitre ? (on justifie comme on peut le retard pris pour sa publication... je crains que le rythme d'un chapitre par semaine ne soit plus vraiment d'actualité !)
J'espère que cette nouvelle péripétie vous plaira, je vous souhaite une très bonne lecture et que vos vœux se réalisent !
Peter attendait la tempête.
Ce n'était qu'une question de temps.
Les choses allaient trop bien depuis son retour de la Tour Stark. James n'avait plus évoqué son désir de le voir déguerpir de chez lui, il s'était même montré amical et compatissant, remerciant chaleureusement Tony d'avoir pris soin de lui et ébouriffant ses cheveux d'un geste qui lui avait douloureusement rappelé son oncle. Sur le chemin de l'appartement, il les avait emmenés au fast-food, May et lui, pour se remettre de leurs émotions. Après qu'ils aient dévoré leurs burgers dégoulinant de cheddar et avalé leurs frites, il avait insisté pour offrir à l'adolescent un milk-shake à la banane surplombé d'un épais nuage de crème Chantilly. Lorsque May s'était éclipsée aux toilettes, Peter n'avait pu s'empêcher de lui demander, méfiant :
— Pourquoi tu fais tout ça ? Tu ne veux plus me mettre à la porte ?
James avait semblé sincèrement étonné :
— De quoi tu parles, bonhomme ? Je n'ai jamais voulu te mettre à la porte.
— Bien sûr que si, tu m'as même crié dessus au téléphone ! Mon tympan droit s'en souvient parfaitement.
James se gratta la tête, les yeux écarquillés de manière presque comique.
— J'ai peut-être haussé la voix, mais c'était uniquement parce que j'étais inquiet pour toi, concéda-t-il finalement avec une certaine réticence. Je n'ai jamais, au grand jamais, voulu te chasser de chez nous ! Tu as du mal comprendre.
Peter avait failli en recracher son milk-shake :
— Je n'invente rien, tu m'as menacé ! Tu as dit que si je remettais un pied à la maison, je le regretterai !
— Tu ne dramatiserais pas un peu les choses, mon grand ? avait rétorqué James avec un clin d'œil amusé.
Peter avait voulu le contredire, mais May était revenue des toilettes, interrompant leur échange. Après avoir essuyé ses mains humides sur les serviettes en papier de l'établissement, elle s'était enquis, curieuse :
— Alors, les garçons, de quoi parliez-vous ?
— De rien, de rien. Je crois que ton neveu a beaucoup d'imagination, avait simplement éludé James.
May avait souri sans comprendre le sous-entendu de son petit ami.
— Peter a toujours aimé les histoires, n'est-pas poussin ?
La désinvolture de sa tante lui avait donné l'impression de recevoir un coup de massue en plein cœur. Alors, ravalant tant bien que mal ses protestations, il s'était contenté de hausser les épaules et de plonger le nez dans son milk-shake.
Et, depuis cet échange, il attendait le moment où James exploserait.
Le compagnon de sa tante était de trop bonne humeur. Trop affable. Trop gentil. Il lui proposait de jouer au football, lui offrait des jeux vidéos, lui conseillait d'inviter Ned et MJ pour le dîner... Il ne levait plus la main sur lui, s'inquiétait sans cesse de sa santé, vérifiait scrupuleusement qu'il n'oubliait pas de prendre son inhalateur partout où il allait, se montrait presque plus attentionné à son égard que Ben n'avait pu l'être — et Peter avait la sensation d'être devenu fou.
Le James sévère et inébranlable, qui s'était mis en tête de faire de lui un homme, avait-il disparu ? Où était-il toujours tapi quelque part, derrière ses sourires veloutés et ses paroles mielleuses ?
Tony, quant à lui, ne lui écrivait presque plus. Peter pouvait passer de longues minutes à contempler le fond d'écran de son téléphone — une photographie sur laquelle Ned et lui faisaient la grimace au-dessus de leur paillasse de chimie — dans l'espoir de voir son nom s'afficher… en vain. Il en avait conclu que l'homme était occupé avec sa famille. Les émois de Peter lui passaient probablement bien au-dessus de la tête ; peut-être même estimait-il, après l'avoir rencontré, que James était le mentor qu'il lui fallait, et qu'il n'avait donc plus besoin de lui ?
OOO
— Qu'est-ce que tu fais, papa ?
Tony leva le nez de sa pipette graduée et cligna des yeux de vieux hibou fatigué. Morgan le fixait avec curiosité, juchée sur la pointe des pieds pour essayer de se mettre à sa hauteur. Attendri, Tony écarta son siège de son bureau pour permettre à la fillette de se hisser sur ses genoux ; elle s'empressa de se blottir contre lui, emplissant l'air de cet adorable parfum de vanille et de cannelle qui semblait coller à sa peau.
— C'est quoi, ce truc ? s'enquit-elle en se penchant au-dessus du liquide bleu électrique sur lequel il travaillait. Ça se mange ?
Tony rit et la cala plus confortablement entre ses bras. Il prit soin d'embrasser une mèche brune qui rebiquait de son élastique rose à paillette avant de répondre :
— Non, pas vraiment. Sauf si tu souhaites que des pattes d'araignée poussent dans ton dos et que ton visage se couvre de poils. Et qu'il te prendrait l'envie de pondre des œufs.
— Berk, nan, c'est dégoûtant ! Pourquoi tu fabriques ça ?
— C'est un médicament. Pour Peter.
La confusion s'épanouit sur le visage de Morgan.
— Pourquoi ? Peter est malade ?!
— Un petit peu. Mais dès que j'arriverai à améliorer cette formule, il sera de nouveau en pleine forme ! C'est un concentré qui devrait permettre à ses pouvoirs de se réveiller.
— Oh…
Son petit front se plissa. Il voyait presque les rouages de son esprit s'activer.
— C'est à cause de sa maladie qu'il n'arrivait plus à respirer, l'autre jour ?
— Mmhhh… oui, on peut dire ça comme ça.
— Ça m'a fait vraiment très peur. Son nez sifflait beaucoup.
— Je sais que c'était effrayant, mais tu as été très courageuse, ma crevette. Tu as demandé à Friday de m'appeler, et c'était la meilleure décision à prendre. Je suis très fier de toi, tu sais ?
Elle esquissa un sourire, mais Tony pouvait voir qu'elle pensait déjà à autre chose :
— Les gens qui sont venus, ensuite, c'était son papa et sa maman ?
La candeur qui se reflétait dans les prunelles de l'enfant fit fondre le cœur de Tony. Morgan n'avait jamais été confrontée à la mort ; peut-être était-elle encore trop jeune pour en appréhender toutes les subtilités. Pour elle, les personnes décédées étaient simplement parties en vacances, et elles finiraient bien par revenir un jour ou l'autre.
Tony décida qu'il n'était pas encore l'heure de briser ses illusions enfantines et évita soigneusement d'aborder le sujet des parents de Peter.
— Non, c'était sa tante May et, ahem, le petit copain de May. Pour l'instant, Peter vit chez eux. May s'occupe de lui comme s'il était son propre fils, et il est aussi proche d'elle que tu l'es de maman.
Par chance, Morgan se contenta de cette explication.
— May est trop belle, dit-elle simplement d'un air rêveur.
Tony ne put s'empêcher de rire :
— C'est vrai. La première fois que je l'ai rencontrée, je lui imaginais plus de rides et moins de dents.
— Mais le monsieur qui était avec elle était bizarre, ajouta Morgan en arborant soudainement une moue ennuyée. Je l'aime pas trop.
Tony fronça les sourcils, surpris par cette dernière affirmation. Piqué par la curiosité, il s'enquit, essayant de faire abstraction du mauvais pressentiment qui s'insinuait dans sa poitrine :
— Pourquoi ? Il me semblait très… poli. Pas spécialement malin, mais pas mauvais non plus.
— Il te regardait bizarrement quand il croyait que tu ne le voyais pas, rétorqua Morgan. Dès que tu lui tournais le dos, il ne souriait plus du tout. Comme les méchants dans les dessins animés.
Le malaise s'intensifia, forma un nœud dans sa gorge.
Tony était habitué à côtoyer des personnes qui le méprisaient, le détestaient, le jugeaient inapte à la vie en société. Il essuyait les critiques avec désinvolture, accordant bien peu d'importance à ce qu'on pouvait dire de lui. Tant qu'on laissait sa famille tranquille, on pouvait bien lui jeter toutes les tomates imaginaires qu'on voulait !
Mais cette fois-ci, on ne parlait pas de n'importe quel quidam malintentionné qui aurait préféré qu'Iron Man termine son existence dans une boîte de conserve. On parlait d'un homme qui avait, si ce n'était légalement, du moins techniquement la garde de Peter. D'un homme qui avait pour rôle de veiller sur son… le mot "fils" affleura dans ses pensées, mais il le remplaça immédiatement par le terme protégé.
Peut-être était-ce cela, le problème ? Peut-être que James n'appréciait guère de devoir "partager" l'adolescent avec lui ? C'était fâcheux, mais Tony pouvait le concevoir. Lui-même aurait probablement un pincement au cœur si un jour, Morgan décidait de s'enticher d'un autre millionnaire et d'en faire son mentor. Il n'aurait pas détesté l'autre homme, non… mais il n'aurait pas non plus pleuré s'il devait faire une malencontreuse allergie aux fruits de mer pendant un dîner en sa compagnie.
— Tout le monde ne peut pas adorer ton père, décida-t-il finalement d'expliquer à sa fille. C'est fort dommage, mais c'est ainsi que les choses sont faites.
— Je sais, répliqua Morgan. Oncle Happy m'a dit que plein de gens voulaient t'arracher la tête, même que moi je ne les laisserai pas faire !
Tony ne sut pas vraiment si cette déclaration enflammée devait le faire éclater de rire… ou lui donner une furieuse envie d'arracher lui-même la tête de Happy.
Probablement un mélange des deux.
— Mais le monsieur était vraiment bizarre. Je l'aime pas, répéta Morgan d'un air obtus.
— Eh bien, nous éviterons de l'inviter, à l'avenir, décida Tony.
Morgan approuva vivement.
— J'espère qu'il est gentil avec Peter, déclara-t-elle finalement en se blottissant davantage dans les bras de son père.
— J'espère aussi, murmura Tony.
Le malaise continuait de couler dans ses veines, lui donnant l'impression que son sang s'était transformé en sirop épais, entêtant. Il se promit d'appeler May dès que possible. Peut-être que Morgan se faisait simplement des idées ; elle avait tendance à catégoriser les gens dans des boîtes distinctes, les Gentils — comme son père, Pepper et Peter — et les méchants — globalement, toutes les personnes qui avaient le malheur d'émettre la moindre critique contre les super-héros et, plus particulièrement, contre les Avengers. Il y avait une chance qu'elle se fasse des illusions.
OOO
Finalement, ce fut May qui l'appela.
Tony venait tout juste de terminer le prototype de son remède et de l'envoyer à une Helen Cho enthousiaste lorsque son téléphone se mit à vibrer sur le rebord de son bureau. Il ne décrocha pas immédiatement ; ce fut Pepper qui, après avoir pointé le bout de son nez dans son laboratoire pour lui indiquer qu'il était l'heure du dîner, fit remarquer d'un air amusé :
— On dirait que quelqu'un tient vraiment à te parler, mon chéri. J'espère que ce n'est pas encore cette journaliste blonde, tu sais, celle qui a écrit un thread assassin sur toi sur Twitter. Je suis un peu fatiguée de voir le nom de mon époux associé aux insultes les plus fleuries que l'imagination ait en réserve.
Tony émit un léger rire et attrapa son téléphone.
— Aucun risque qu'on me traite à nouveau de raclure de chaussette. C'est May, indiqua-t-il en portant le petit appareil à son oreille. Allô, Miss Parker ? Ça fait longtemps, que me vaut le plaisir de ton appel ?
— Tony, est-ce que Peter est avec toi ? demanda-t-elle précipitamment, et il reprit immédiatement son sérieux.
— Pas que je sache. Pourquoi ?
— Oh non, non non non… fut sa seule réponse.
Un pic glacé se planta dans son cœur.
Peter. Il est arrivé quelque chose à Peter.
Il se redressa et se dirigea droit vers son armure, sous le regard interrogateur de Pepper.
— May, qu'est-ce qu'il se passe ? se força-t-il à articuler calmement, malgré les battements frénétique qui s'élevaient dans sa boîte crânienne. Est-ce que Peter est… où est-il ?
— Je ne sais pas, répondit-elle d'une voix désespérée. Il, il a… Tony, Peter a disparu !
Pendant quelques secondes, Tony ne comprit pas.
— Comment ça, disparu ? bredouilla-t-il, désarçonné.
— Il n'y a pas mille façons de disparaître, Tony ! Il n'est pas rentré à la maison hier soir, il n'est pas non plus allé en cours et son téléphone est éteint ! Personne ne sait où il est !
Il avait rejoint son armure, désormais. Il s'y engouffra et connecta le téléphone au casque d'Iron Man afin de ne pas perdre la communication.
— Okay, okay. May, est-ce que tu penses pouvoir me dire ce qu'il s'est passé ?
Il l'entendit prendre une grande respiration de l'autre côté du fil.
— James et moi sommes sortis au cinéma, hier soir. Lorsque nous sommes rentrés, il n'était pas là. Je ne me suis pas inquiétée, il m'avait prévenu qu'il dînerait chez Ned et qu'il rentrerait tard, ils devaient finir un exposé pour leur cours de maths. Je voulais l'attendre, mais j'étais si fatiguée… Oh, si seulement je ne m'étais pas endormie ! Quand je me suis réveillée, son lit était encore fait et James m'a confirmé qu'il ne l'avait pas entendu rentrer… j'ai essayé de l'appeler, mais je suis tombée directement sur sa messagerie. J'ai contacté le lycée, Ned, MJ… il n'est nulle part, on dirait qu'il s'est évaporé !
— On va le retrouver, affirma aussitôt Tony. Ne t'en fais pas, May. Où qu'il soit, je te promets qu'il dînera avec toi ce soir.
— T-tu ne peux pas savoir… objecta-t-elle faiblement. Il pourrait être n'importe où ! Je l'ai déjà vu rentrer dans une bouche d'aération !
— Aucune cachette ne résiste à Iron Man. Je mettrai la main sur notre araignée préférée, quoi qu'il en coûte.
May émit un reniflement étranglé. Il devina, au rythme saccadé de sa respiration, qu'elle retenait ses larmes.
— Merci, Tony, dit-elle finalement. M-merci beaucoup de bien vouloir m'aider.
— Je t'en prie. Je te rappelle dès que j'ai du nouveau.
Il raccrocha et releva les yeux. Il tressaillit en voyant que Pepper l'avait suivie jusqu'à son armure et qu'elle se tenait désormais face à lui, les questions se bousculant dans ses yeux clairs.
— Tony ? s'enquit-elle doucement.
— Le petit a disparu, fut tout ce qu'il parvint à balbutier.
Pepper eut exactement la même réaction que lui. Elle écarquilla les yeux et balbutia, l'air interloqué :
— Disparu ? Comment ça, Peter a disparu ? Tu ne lui as pas collé un GPS dans son manteau, ou quelque chose comme ça ?
— Non, admit-il à regret. Il faut que je le retrouve, avant qu'il ne se mette encore dans le pétrin. Friday ?
— Boss ?
— Trace son téléphone. Et sa montre, et tous les objets connectés qu'il pourrait trimballer sur lui.
— Je m'en occupe, répondit obligeamment l'IA.
— Pendant ce temps, je peux m'occuper des images satellites, proposa Pepper. Elles ont peut-être enregistré quelque chose ?
— Oui. Très bonne idée, approuva Tony, soulagé que sa femme prenne les choses aux sérieux.
— Où qu'il soit, on le trouvera, mon amour, dit-elle avec un mince sourire.
Malgré l'inquiétude qui ligotait son cœur, il fut saisi d'une bouffée de tendresse à son égard. Il n'y avait bien qu'elle qui pouvait comprendre à quel point Peter était important pour lui, et à quelle point sa disparition pouvait le plonger dans un abîme de panique et de peur.
Il avait déjà perdu Peter une fois. Il ne pouvait pas se permettre de le perdre à nouveau… tout, mais pas ça.
Le perdre, c'était comme perdre Morgan. Comme perdre un membre de sa famille.
Tout, mais pas ça… se répéta-t-il désespérément. Tout, mais pas ça.
La voix de Friday le tira de sa torpeur mêlée d'angoisse.
— J'ai un signal, Boss !
Il se reprit aussitôt, le cœur battant plus fort contre sa poitrine :
— Dis-moi où aller, Friday.
