Bonjour à tous !

Voici le quinzième chapitre, qui, chronologiquement, débute avant la fin du chapitre précédent !

Bonne lecture !


Spider-Man.

Il était enfin Spider-Man !

On pouvait bien traiter Peter Parker de loser, qu'est-ce que ça pouvait lui faire ? Le super-héros — l'araignée sympa du quartier ! — était de retour !

L'adolescent courait dans la rue, savourant la façon dont ses muscles se déliaient avec une puissance contenue, trahissant le retour progressif de ses pouvoirs.

Le Dr Cho n'avait toutefois pas menti : il n'avait pas encore récupéré l'intégralité de ses dons. Sa vue, en particulier, continuait de lui faire défaut ; il devait encore porter les lunettes que lui avait données Tony, mais cela ne le dérangeait plus. Au contraire, il puisait un certain réconfort à la vue de ces montures démesurées qui lui faisaient penser à son mentor.

Arrivés sur le pas de la porte de Ned, il tambourina de toutes ses forces, manquant d'arracher le panneau de bois de ses gonds.

— Woah, mec, qu'est-ce qu'il se passe ? s'étonna son ami après lui avoir ouvert et s'être frotté les yeux, comme s'il se demandait s'il ne rêvait pas. Qu'est-ce qui est arrivé à ton visage ? On dirait qu'un rhinocéros t'a foncé dessus !

— Les affaires reprennent, Ned ! répondit Peter avec enthousiasme, éludant sa question d'un geste de la main.

— Les affaires ? Quelles affaires ?

Ned avait l'air perdu :

— Tu t'es lancé dans le trafic de drogue ? Oh mon Dieu, je savais qu'on n'aurait pas dû regarder Breaking Bad, ils disaient bien que c'était déconseillé aux moins de dix-huit ans !

— Quoi ?! Non, bien sûr que non ! Je parle de… de mon identité super-secrète, et de toi qui es mon, euh, mon acolyte de l'ombre ! On va pouvoir recommencer à sauver des vies, Ned !

Son ami le fixait toujours comme s'il avait un bocal sur la tête :

— Que… quoi ?

Peter se souvint alors qu'il ne lui avait jamais parlé de la perte de ses pouvoirs.

A bien y réfléchir, il n'avait pas parlé de grand-chose à son meilleur ami, ces derniers temps. Depuis sa cohabitation forcée avec James, il s'était efforcé de faire bonne figure, devenant très évasif sur son quotidien. Après sa fugue, May l'avait autorisé à rester à la maison, arguant qu'il avait besoin de tranquillité et de repos ; elle avait appelé le lycée et prétendu qu'il était malade, n'hésitant pas à élever la voix contre le proviseur pour que celui-ci cesse de lui réclamer des certificats médicaux. Ned et MJ s'étaient inquiétés, mais Peter s'était contenté de leur envoyer des réponses vagues et des gifs de chiots dans l'espoir de détourner leur attention. Cependant, ni l'un ni l'autre n'avait semblé dupe.

— Je crois que je te dois quelques explications, admit Peter. Je peux entrer ?

Ned s'écarta aussitôt pour lui laisser le passage :

— Tu tombes à pic, ma mère vient de faire des cookies ! Tu veux un verre de lait ?

— Ouais, carrément !

Il n'avait pas réalisé à quel point il s'était éloigné de Ned, ni à quel point son ami lui avait manqué depuis que James s'était immiscé dans sa vie. Il eut soudainement envie de tout lui raconter, et les mots se bousculèrent sur ses lèvres avant qu'il n'ait pas pu songer à les retenir.

OOO

La nuit avait déjà drapé les fenêtres d'un rideau noir lorsque Peter eut achevé son récit.

Il n'avait pas révélé tous les détails à Ned, évitant soigneusement d'évoquer la violence de James, mais n'avait pas pu s'empêcher de glisser, ça et là, que le compagnon de sa tante semblait détester Tony — et qu'il était l'une des principales causes de sa fuite. Son animosité avait dû se lire sur ses traits, car Ned s'était empressé de prendre son parti :

— Quelle enflure ! Il mériterait que Spider-Man lui mette un bon coup de pied au derrière !

Étrangement, sa véhémence réchauffa la poitrine de Peter.

— Tu sais quoi ? ajouta son meilleur ami en fronçant les sourcils. Je pense qu'en vrai, il est juste super jaloux. Après tout, il n'y a pas plus cool que M. Stark ! Il doit avoir une sorte de complexe d'infériorité.

— Ouais, sûrement. Il voulait que j'aille moins souvent chez Tony, il n'arrêtait pas de dire qu'il avait une mauvaise influence sur moi, ce genre de truc.

— Et ta tante, qu'est-ce qu'elle en pense ? Elle ne trouve pas qu'il devrait se calmer un peu ?

Peter fixa aussitôt ses chaussettes, gêné.

— Elle… elle ne le sait pas vraiment, avoua-t-il.

Ned eut l'air décontenancé :

— Tu ne lui as pas dit que son mec était un enfoiré avec toi et M. Stark ?

— Je ne peux pas lui en parler ! Elle… elle l'aime vraiment, tu sais. Il la rend heureuse. Je ne veux pas qu'ils se disputent à cause de moi…

Il repensa aux paroles de James :

— Je ne peux pas lui infliger ça, je lui ai déjà fait trop de mal en disparaissant pendant l'Eclipse…

— Ce n'était pas de ta faute ! protesta Ned, et Peter fut surpris de constater qu'il avait l'air scandalisé par ses paroles. Tu n'as jamais demandé à disparaître, et elle le sait !

Peter haussa les épaules, mais son ami insista :

— Moi aussi, j'ai disparu. MJ aussi. Mais ça ne viendrait jamais à l'esprit de nos parents de nous le reprocher ! Ils sont seulement heureux qu'on soit de nouveau là. Ma mère répète tout le temps que mon retour est un miracle, et je suis sûr que May pense la même chose !

Peter hocha le menton mais demeura silencieux.

— Tu dois lui en parler, répéta son ami. Et dire à James qu'il n'a pas à te traiter comme ça. Je peux venir avec toi, si tu veux. Je resterai dans le camion, mais tu auras une oreillette et je te soufflerai tes répliques.

— On n'a pas de camion, Ned, protesta Peter.

Toutefois, il ne put s'empêcher de sourire face à l'ardeur de son ami.

— On peut en emprunter un à M. Stark, je suis sûr qu'il serait d'accord !

— Et foncer jusqu'à l'appart de James pour lui remettre les idées en place ?

— Ouais, ça serait trop cool !

Ils élaborèrent un plan en riant, mais Peter savait pertinemment, au fond de lui-même, qu'il ne pouvait pas impliquer Ned dans sa relation avec James. S'il devait parler au compagnon de sa tante, alors il devrait le faire seul. D'homme à homme.

Mais cela ne devrait plus être compliqué, maintenant qu'il était de nouveau Spider-Man… n'est-ce pas ?

OOO

Voyant l'heure tardive, la mère de Ned lui proposa de rester dormir chez eux. May se montra réticente et n'accepta qu'à la condition que Peter l'appelle en FaceTime, afin d'être sûre et certaine que son neveu soit bien chez son ami — et non en vadrouille au sommet d'une tour quelconque de la ville.

— Tu n'éteins pas ton portable et tu me tiens informée de chacun de tes mouvements ! ordonna-t-elle de l'autre côté de l'écran, un pli sévère barrant son front. Je veux être au courant de chacune de vos respirations, M. Parker !

Peter se fit la réflexion qu'à cet instant, elle ressemblait curieusement à une version féminine de Tony.

— Ne vous inquiétez pas, Mme Parker, je ne le lâche pas d'une semelle ! promit Ned par-dessus son épaule. Il sera en sécurité avec moi.

Le visage de May s'adoucit et ses lèvres s'ourlèrent d'un léger sourire amusé.

— Je te fais confiance, Ned. Si tu arrives à bricoler un petit GPS et à le lui glisser sous la peau, je suis preneuse !

— C'est noté, Madame !

— Urgh…

— Soyez sages, les garçons ! Ne vous couchez pas trop tard, ne regardez pas de films interdits aux mineurs ! A ce propos, Peter, il faudra qu'on ait une petite discussion très sérieuse, toi et moi. L'autre jour, Tony m'a parlé de ce film que tu as loué en Allemagne, et je pense très sincèrement que tu devrais…

— Ahem, bye bye, May, je t'aime ! A demain !

Peter s'empressa de raccrocher, coupant sa tante au milieu de ses protestations.

OOO

Il tenta de dormir, de penser à autre chose, mais l'idée de confronter James s'était logée dans son esprit, plantant ses racines jusqu'aux tréfonds de sa raison.

Il devait le voir, lui dire qu'il avait eu tort de le traiter comme il l'avait fait. Qu'il n'était ni un délinquant, ni une pièce rapportée indigne de son respect. Que May l'aimait. Que Tony l'aimait. Qu'il ne pourrait jamais changer cet état de fait. Que ses mots ne s'étaient pas immiscés dans ses pensées, qu'il n'avait pas réussi à ternir la vision qu'il avait de lui-même.

De toute façon, il était Spider-Man, il n'avait aucune raison d'avoir peur de lui !

Alors le lendemain matin, tandis que Ned et lui dévoraient les pancakes ruisselants de sirop d'érable qu'avait préparé la mère de son ami, il mit au point un nouveau plan. Il irait voir James chez lui, dans son appartement près de Central Park, et il lui parlerait. Il le forcerait à s'excuser, à admettre qu'il avait tort, à reconnaître que Peter n'était pas l'horrible adolescent ingrat qu'il lui dépeignait en long, en large et en travers lorsque sa tante avait le dos tourné.

Et après…

Après, peut-être que les choses s'arrangeraient d'elles-mêmes. Peut-être que James changerait, que May et lui pourraient former une famille apaisée, qu'il n'aurait plus de cauchemars dans lesquels le poing de l'homme s'attachait à son visage et dans lesquels ses lèvres proféraient des insultes qui écorchaient son cœur. Peut-être que tout irait enfin bien…

— May m'a écrit, lui dit Ned après le petit-déjeuner, alors que Peter rangeait ses affaires dans son sac à dos. Elle dit, euh, que tu dois rentrer tout de suite. Que ce n'est pas négociable. Et qu'elle t'a laissé des messages.

— Ouais, ouais, j'ai vu.

May lui avait laissé plusieurs SMS pour lui dire de se dépêcher de rentrer et que Tony souhaitait parler avec lui. Peter n'avait aucune idée de ce que son mentor lui voulait, mais il songeait que ça devait avoir un rapport avec Spider-Man. Il voulait peut-être le forcer à faire des examens supplémentaires avant d'être certain de l'autoriser à patrouiller à nouveau.

Dans tous les cas, il était décidé à voir James avant de retourner chez May.

— Ça a l'air sérieux, fit observer Ned en le raccompagnant jusqu'à la porte d'entrée. J'ai aussi eu un message d'un numéro inconnu, pour me dire de, euh, ne pas hésiter à te mettre dehors s'il le fallait, quitte à te botter les fesses.

— Ouais, ça doit être Tony. Lui aussi m'a écrit.

Le visage de Ned sembla s'allonger de plusieurs centimètres sous le coup de la surprise.

— Q-Quoi ? M. Stark a mon numéro ?!

— Il doit avoir le numéro de chaque New-yorkais qui s'approche de près ou de loin de sa tour.

Iron Man a mon numéro ?

Ned le fixait comme si Peter était sur le point de lui confirmer que le Père Noël en personne allait bientôt frapper à sa porte, la hotte débordant de paquets brillants. Peter ne put s'empêcher de sourire :

— Bien sûr ! Tony me parle souvent de toi, tu sais. Je crois qu'il t'aime bien.

Il jugea plus délicat de ne pas préciser qu'une fois sur deux, il l'appelait Ed. Ou Fred. Ou Zed.

Lorsqu'il referma la porte de sa maison, Ned semblait toujours sur le point de défaillir de bonheur (ou d'hyperventiler jusqu'à évanouissement) à l'idée que Tony Stark connaisse son existence. Peter lui fit un signe de la main et lui promit de lui envoyer un message dès qu'il serait arrivé chez lui, avant de s'enfoncer dans les rues de la ville, cherchant sur son téléphone la localisation de l'appartement de James.

Ce ne serait qu'un rapide détour. May et Tony pourraient bien l'attendre quelques minutes… non ?

OOO

L'appartement de James était au dernier étage d'un immeuble gigantesque qui dominait Central Park, géant de bitume aux côtés d'une parenthèse de verdure mordorée. Peter n'eut aucun mal à engloutir les volées de marche qui menèrent jusqu'à sa porte ; il n'était même pas essoufflé lorsque ses pieds foulèrent son paillasson.

Spider-Man. Souviens-toi que tu es Spider-Man.

Le cœur battant la chamade, il appuya sur la sonnette.

Durant quelques minutes, rien ne se passa. Peter trépigna nerveusement sur place, l'impatience et l'appréhension menant un duel acharné dans sa poitrine.

Ce n'est peut-être pas une bonne idée. Tu ferais mieux de rentrer chez toi, de voir ce que tante May et Tony te veulent au lieu de traîner ici…

Il était sur le point de tourner les talons lorsque la porte s'entrouvrit, révélant les prunelles vertes désormais familières de l'homme qui partageait la vie de sa tante. Il dégageait un parfum entêtant, presque étourdissant, que Peter identifia immédiatement comme étant celui de l'alcool.

— Oh, c'est toi, dit-il d'un ton grinçant en ouvrant davantage la porte.

Son visage se fendait d'un étrange rictus. Malgré la faible luminosité, Peter pouvait constater que ses yeux étaient un peu vitreux.

— Hey, James, articula-t-il difficilement, la bouche soudainement sèche.

— Qu'est-ce que tu fais ici ?

— J-je… je voulais te parler. En privé.

Les yeux de James balayèrent le couloir de l'immeuble et il s'écarta légèrement, laissant tout juste un espace de la taille de l'adolescent entre la porte et le mur.

— Entre.

Peter s'exécuta, ignorant la sirène d'alarme qui s'était allumée dans son esprit. Une sensation désagréable se répandait sur sa nuque comme une onde glacée, lui hurlant de se tenir sur ses gardes.

— Tu veux boire quelque chose ? proposa James en verrouillant la porte derrière eux.

— Non, merci.

— Okay.

L'appartement de l'homme était propre, bien rangé. Peter fut surpris de constater que James avait accroché des portraits de May et de lui sur le mur de son salon — mais les photos étaient très différentes de celles qu'il avait vues chez Tony. Là où celles de Tony représentaient des clichés de la vie quotidienne, pris sur le vif, celles de James semblaient davantage mises en scène, presque professionnelle. C'était des portraits léchés, délicats.

Mensongers.

Peter reporta son attention sur James et déglutit.

— J-je… je voulais te parler de, euh…

De ce que tu m'as dit. De ce que tu m'as fait.

Il savait que les hématomes étaient toujours visibles sur son visage ; il les sentait presque pulser sur sa peau au rythme hasardeux de son pouls. James aussi pouvait les voir, et pourtant il demeurait muet, le contemplant d'un air impavide de l'autre côté de son salon tiré à quatre épingles, l'épaule nonchalamment appuyée contre le mur recouvert de papier peint vert pâle.

— Je voulais te dire que… que tu… tu n'avais p-p-pas le droit… je… ce n'était pas…

Les mots s'emmêlaient, se dérobaient, comme happés par la présence de l'homme dans la pièce. Le regard de James lui faisait l'effet d'un miroir qui lui reflétait une réalité à laquelle il cherchait désespérément à échapper.

Spider-Man, tu es Spider-Man, tu n'as peur de rien, se répétait l'adolescent, mais ces mots lui semblaient de plus en plus creux et vains alors qu'un sentiment froid, qu'il identifiait comme de la peur, se diffusait dans ses veines.

Un mince sourire découpa le visage séduisant de James.

— Eh bien, tu as perdu ta langue ?

L'homme s'approcha de lui d'un pas tranquille, les bras croisés ; toutefois Peter voyait distinctement les jointures fermées — crispées — de ses mains. Il lutta pour ne pas reculer, ne pas se fondre dans le mur.

— Regarde-moi, Peter.

Il desserra le poing, approcha ses doigts de la figure de l'adolescent. Peter tressaillit lorsqu'ils se refermèrent sur sa joue, mais ne bougea pas.

D'une poigne solide, James le força à redresser le menton pour examiner attentivement son visage, son regard s'attardant sur sa pommette marbrée de jaune et de vert. Il l'effleura de la pointe de l'index.

— Ça fait mal ? demanda-t-il en le relâchant.

— Qu-quoi ? balbutia Peter, désarçonné.

— Je veux savoir si mon message est bien passé.

— T-ton message ?

— Bon sang, tu es sourd ou quoi ? Tu as besoin qu'on te débouche les oreilles ?

Ses mains empoignèrent brutalement le col de son t-shirt. Peter resta immobile, le froid s'épanouissant sous sa peau, bloquant sa respiration quelque part au niveau de sa gorge.

Spider-Man, Spider-Man, Spider-Man… tu es Spider-Man, bon sang, défends-toi ! hurlait la voix dans son esprit, de plus en plus paniquée.

Mais il n'arrivait pas à réagir. Il n'arrivait pas à se défendre. Le regard de James le clouait sur place, déversait un flot de terreur dans le creux de son estomac.

— Je veux savoir si mon message est passé, répéta l'homme, son haleine chaude s'écrasant sur le visage de l'adolescent. Si j'ai pu mettre un peu de plomb dans ta petite cervelle, avant que tu n'ailles pleurnicher dans les jupes de May. Ça serait la moindre des choses, tu ne crois pas ?

— Je… je ne comprends, pas dit lentement Peter, incapable de détacher son regard de celui de l'homme.

Celui-ci émit un rire bref, sec. Dénué de joie.

— Oh, tu ne comprends pas ? Tu n'es pas allé raconter à ta tante des conneries sur moi, peut-être ?

— Je… je n'ai rien dit à May ! Lâche-moi !

— Et son message de ce matin, je l'ai inventé, c'est ça ? Ce message où elle me hurle qu'elle me déteste, et de ne plus jamais m'approcher de sa famille ?

Peter eut l'impression que son cœur cessa de battre. Non, May ne pouvait pas savoir… il ne lui avait rien dit, il était persuadé de n'avoir semé aucun indice sur ce que James lui infligeait… c'était impossible…

— Je n'ai pas parlé à May, protesta-t-il faiblement.

Les doigts de l'homme resserrèrent leur étreinte sur son col. Peter commençait à avoir du mal à respirer.

— J'ai essayé, tu sais ? murmura l'homme en approchant encore son visage du sien, le regard brûlant de haine. J'ai essayé d'être un bon père pour toi. De t'éduquer. De prendre soin de toi, comme si tu étais mon propre enfant. Et toi, comment tu m'as remercié ?

Ses doigts se crispèrent davantage contre sa gorge.

— J-James, t-tu serres trop fort…

— En refusant encore et toujours de m'obéir, en me poussant dans mes retranchements, en me forçant à lever la main sur toi. Et maintenant, tu oses m'arracher la femme que j'aime ?

— T-t-tu me fais mal…

— Ta tante et moi étions bien mieux avant ton retour, mais il a fallu que tu viennes tout gâcher, hein, espèce de sale petit merdeux ! Ça te plaît, de nous faire du mal ? Ça te plaît ? Réponds-moi !

Il criait, maintenant, la répugnance et l'alcool enrobant chacun de ses mots. L'alarme hurlait de plus belle dans l'esprit de Peter, tout son corps lui ordonnait de fuir, et à travers la peur qui engluait ses pensées, l'adolescent comprit que se sens d'araignée s'étaient éveillés et essayaient désespérément de le sauver.

Mais il était toujours incapable de bouger, incapable de reprendre la maîtrise de son corps, de quitter l'étreinte suffocante des mains de James. Il ne savait plus si c'était le manque d'air ou la terreur qui faisait bourdonner ses oreilles, qui drapait ainsi son champ de vision d'un drap noir. Il crut entendre un grand bruit, comme si quelqu'un avait fracassé la porte d'entrée, mais ce devait être son imagination, il commençait à délirer…

— Tu es la pire chose qui me soit jamais arrivée, Peter ! La pire, tu comprends ça ?

— ENLÈVE IMMÉDIATEMENT TES PUTAINS DE MAINS DE MON ENFANT, ORDURE !

Ses doigts le relâchèrent soudainement. Peter s'effondra aussitôt, incapable de tenir debout plus longtemps, terrassé par les émotions qui écrasaient sa cage thoracique. Sa gorge était en feu, il essayait désespérément d'aspirer de grandes goulées d'air. A travers les larmes qui brûlaient ses paupières, il crut voir une forme rouge et dorée projeter James de l'autre côté du salon et le maintenir au sol.

Une deuxième forme s'approcha de lui et Peter se recroquevilla sur lui-même, essayant toujours de respirer malgré la toux qui agitait sa poitrine et envoyait des flash de douleur dans tout son corps.

— Hey, tout va bien, Peter. Respire, okay ? Respire avec moi.

— J-James, parvint-il à hoqueter entre deux expirations hasardeuses. J-J-James… il… il…

— Shhh, tout va bien, trésor. Cet enfoiré ne te fera plus jamais de mal.

— J-j-je suis d-désolé… c-c-c'est ma faute, j-j'aurais dû… j'aurais dû…

— Hey, non, ne dis pas ça. Ce… c'est moi qui suis désolé de ne pas être arrivé plus tôt. Mais c'est fini, maintenant. C'est fini.

Il sentit l'étreinte familière de Tony, le bercement apaisant de ses bras, la chaleur rassurante de son visage qui se perdait dans ses boucles ébouriffées.

— Tu es en sécurité, maintenant, murmura Tony en déposant un baiser contre son front. Tu es en sécurité.

Mais, alors qu'il s'accrochait désespérément à son mentor, pleurant et tremblant, luttant contre la nausée qui l'étranglait et les sanglots qui secouaient sa poitrine, Peter ne parvenait pas à trouver le moindre sens à ses paroles.