Bonjour à tous !

Voici un petit chapitre calme, pour se remettre de nos émotions ! En deux points de vue, d'abord Tony puis Peter.

On approche de la fin, mais on en n'a pas totalement terminé avec James !

Et j'en profite pour annoncer que je vais très bientôt poster le prologue d'une nouvelle histoire, parce que je suis une personne faible qui se laisse facilement emporter... n'hésitez pas à y jeter un oeil !

Bonne lecture !


— Je vais bien.

Lové sur son lit d'infirmerie, Peter fixait obstinément le mur blanc. Ses paupières étaient gonflées par les larmes, une nouvelle ecchymose zébrait sa gorge d'une ombre mauve, mais il refusait d'admettre l'évidence.

Tony soupira. D'une main hésitante, il pressa doucement son épaule.

— Tu n'es pas obligé d'en parler tout de suite. Je comprends que ce soit difficile…

— Je te dis que je vais bien ! Je n'ai pas besoin d'en parler, ni maintenant ni plus tard, alors laisse-moi tranquille !

Tony se figea, interloqué par la véhémence de l'adolescent.

Peter s'immobilisa à son tour, les yeux écarquillés. Il sembla réaliser qu'il venait de crier sur son mentor, et une expression horrifiée se fraya un passage jusqu'à son visage.

— J-je… désolé, Tony. Je n'aurais pas dû m'emporter.

— Ce n'est rien, lui assura aussitôt l'homme en posant une main rassurante contre sa joue. Je comprends.

Peter détourna les yeux, et une larme solitaire souligna l'éclat désespéré de son regard. Tony l'essuya d'une caresse délicate.

— Je vais bien, je t'assure, souffla Peter d'une voix vacillante. J-je… je gérais très bien les choses avant que tu n'arrives. James n'allait pas… je n'avais rien à craindre.

— Ce n'est pas ce que j'ai cru comprendre.

— C'était juste une dispute, pas de quoi en faire tout un plat ! protesta Peter, avant d'ajouter d'un air buté : Tu n'aurais pas dû intervenir.

— J'ai vu cet homme essayer de t'étrangler, Pete. Je n'appellerais pas ça "juste une dispute". Et bien sûr que j'aurais dû intervenir ! Personne n'a le droit de lever la main sur toi, tu comprends ? Personne !

Le seul souvenir de la scène à laquelle il avait assistée suffisait à allumer un brasier de colère dans sa poitrine. Voir cet homme menacer Peter, refermer ses doigts contre sa gorge, proférer des insultes à deux doigts de son visage terrifié…

Il avait l'intuition que cette image hanterait ses cauchemars pendant un long moment.

Heureusement que Ned Leeds les avait prévenus, May et lui, que Peter était parti de chez lui depuis un long moment et ne lui avait toujours pas confirmé être rentré dans son appartement. Heureusement que Peter portait sa montre, lorsqu'il s'était rendu chez James, et heureusement que Tony avait été en mesure de le géolocaliser — sinon…

Sinon, il préférait ne pas penser à ce qu'il se serait passé.

— Personne n'a le droit de te faire du mal, répéta-t-il à voix basse.

— Et pourquoi pas ? riposta l'adolescent, ses yeux brillants défiant les siens. Je me bats tout le temps quand je suis Spider-Man, et tu n'y trouves rien à redire !

— Primo, bambino, c'est faux : lorsque tu es blessé pendant une patrouille, ne serait-ce que légèrement, Happy et moi en sommes tout de suite avertis, et nous avisons sur la conduite à adopter selon la gravité de tes blessures. Deuzio : il y a une énorme différence entre quelqu'un qui s'en prendrait à toi parce que tu es Spider-Man, et quelqu'un qui s'en prendrait à toi parce que tu es Peter Parker. Je peux concevoir le premier. Le second est absolument injustifiable.

L'adolescent émit un reniflement dubitatif.

— Ah ouais ?

— Oui.

Peter ne semblait toujours pas convaincu. Tony s'aperçut qu'il s'était mis à se gratter nerveusement le creux du bras ; sa peau devenait rouge vif sous les assauts répétés de ses ongles. Il posa instinctivement ses doigts d'acier contre les siens.

— Non, Pete, arrête.

L'adolescent se figea et consentit à relever les yeux vers lui. Tony s'efforça de repousser la colère qui battait dans ses veines et d'adopter une voix plus douce, dans l'espoir de l'apaiser :

— Ces bleus, sur ton visage… c'est James qui te les a fait, n'est-ce pas ?

Une moue butée revint aussitôt assiéger le visage de l'adolescent et il demeura silencieux.

— Depuis combien de temps est-ce que cette enflure ose te faire du mal ?

— Je t'ai dit que ce n'était rien. C'était juste aujourd'hui, répondit Peter avec un haussement d'épaule évasif.

— Il ne t'avait jamais frappé avant ?

Peter fut de nouveau muet.

— Pete…

— Merci d'être intervenu, tout à l'heure. Vraiment. Mais laisse tomber, Tony. Rien de tout ça ne te concerne.

Cette phrase lui donna l'impression de recevoir un coup de poing en plein plexus solaire.

— Bien sûr que ça me concerne ! protesta-t-il vivement. Tout ce qui te concerne, de près ou de loin, me concerne aussi ! Tu es ma famille, Peter. Mon enfant. Au même titre que Morgan.

Une étrange expression, presque douloureuse, se dessina sur les traits de Peter. Tony mit un certain temps à comprendre qu'il essayait de lui sourire, malgré les larmes qui s'étaient remises à étinceler sur ses cils comme de minuscules pierres précieuses.

— C'est gentil, Tony, mais je ne suis pas Morgan, et tu le sais.

Voyant l'expression qui se dessinait sur le visage de Tony, il s'empressa d'ajouter :

— Je ne devrais pas t'imposer tout ça. Tu mérites de passer du temps avec elle, pas de t'embêter avec mes histoires.

— Bambino…

— Je voudrais juste me reposer un peu. Est-ce que tu penses que je peux rester seul quelques minutes, avant de voir ma tante ?

Tony sentit son cœur se serrer, remonter jusqu'à sa gorge comme un l'un de ces ballons gonflés d'hélium qui plaisait tant à Morgan. Il hésita, mais finit par hocher la tête. Peter devait avoir besoin de temps, et Tony n'était pas le mieux placé pour le brusquer.

— Repose-toi autant de temps que tu veux. Je serai juste à côté, si tu as besoin de quoi que ce soit.

Il n'hésita pas, cependant, lorsqu'il se pencha vers l'adolescent et le serra brièvement contre lui, posant la main douce contre sa nuque. Il le sentit se détendre imperceptiblement entre ses bras et, l'espace d'un battement de cils, poser sa tête contre son torse, juste à côté de son cœur. Un léger sanglot fit tressaillir ses épaules.

Puis Peter s'écarta brusquement de lui et se remit à fixer le mur, le visage impavide derrière les larmes qui dessinaient des arabesques translucides sur ses joues.

Affronter Tony était une chose.

May en était une complètement différente.

Elle était pâle, tremblante. Peter entendait distinctement les battements erratiques de son cœur, les saccades affolées de sa respiration. Les larmes inondaient ses joues, elle avait tant de fois passé les mains sur son visage que ses ongles avaient laissé des trace rose vif sur ses joues. Lorsqu'elle le vit, elle laissa échapper un cri étranglé et l'enveloppa d'une étreinte si étroite que Peter en eut le souffle coupé.

— Peter, oh, mon bébé, je suis désolée, tellement désolée, murmura-t-elle en embrassant encore et encore le sommet de sa tête, caressant son visage comme si elle craignait qu'il ne disparaisse. Je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait, mais j'aurais dû faire quelque chose… j'aurais dû voir quelque chose !

Elle renifla bruyamment :

— Si j'avais su, jamais il n'aurait osé lever la main sur toi. Jamais je ne l'aurais laissé faire, je te le promets !

Elle prit son visage entre ses mains, le dévisagea avec un tel amour que Peter sentit les picotements familiers des larmes brûler ses paupières. Il se sentit brusquement indigne de sa tendresse.

— J'espère qu'un jour, tu pourras me pardonner… dit-elle, la voix chargée de regrets.

— Je n'ai rien à te pardonner, May, protesta doucement l'adolescent.

Elle secoua la tête, mais il insista, la gorge serrée :

— Tu étais heureuse… je suis désolé de n'avoir pas réussi à m'entendre avec James, c'est de ma faute, j'aurais dû être plus fort…

— Quoi ? Non, Peter, ce n'est pas à toi de t'excuser ! Tu n'as rien fait de mal, trésor. C'est moi, la fautive, et uniquement moi. Ce… cet homme… je n'aurais jamais dû le laisser mettre un pied chez nous.

Peter redressa le nez, surpris de la haine mêlée de dégoût qu'il décelait dans la voix de sa tante. Il ne l'avait jamais entendue parler de James — ni d'aucun homme — ainsi.

— Si je pouvais revenir en arrière, je le ferai sans hésiter, ajouta-t-elle avec une certaine férocité.

Puis elle prit ses mains, plongea ses yeux dans les siens.

— Tu es ma priorité, Peter, et tu le seras toujours.

Il n'aurait su expliquer pourquoi, mais le même sentiment de révolte que celui qui avait battu dans ses veines lorsqu'il avait parlé à Tony l'envahit brusquement, et le poussa à rétorquer :

— Tu ne devrais pas.

Il détourna les yeux :

— Après tout, tu n'as jamais demandé à m'avoir. Je ne devrais pas interférer dans ta vie, je ne devrais pas te rendre malheureuse, tu mérites mieux que moi…

— Oh, mon cœur, c'est vraiment ce que tu penses ?

Elle serra ses mains plus fort.

— Peter, est-ce que tu veux bien me regarder, s'il te plaît ?

Elle attendit patiemment qu'il s'exécute, avant de dire, tout en ajustant gentiment les mèches qui retombaient en désordre sur son front :

— Je t'aime, Peter, et je t'ai aimé au premier regard. Peu importent les raisons pour lesquelles tu es arrivé chez nous, Ben et moi t'avons toujours considéré comme notre fils. Comme l'enfant dont nous avions toujours rêvé. Tu… tu as été la meilleure chose qui nous soit arrivé. Et tu l'es toujours.

Sa voix vacilla légèrement :

— Tu me rends tellement heureuse, mon trésor… tant que tu es là, je n'ai besoin de personne d'autre. Alors je le dirai et le répéterai jusqu'à ce que tu ne puisses plus jamais en douter : tu es ma priorité.

— Mais James…

— James n'était pas le bon, le coupa-t-elle fermement. Il n'était pas celui qu'il prétendait être, et la vie qu'il me proposait était bâtie sur un mensonge. Je ne pourrais jamais aimer quelqu'un qui ne te verrait pas de la même façon dont je te vois.

Mais malgré la douceur de ses mots, Peter ne parvenait pas à être totalement convaincu. Tout ce qu'il voyait, c'était les larmes et la souffrance sur le visage de sa tante, et dont il était la cause…

Si seulement il n'était pas allé chez James, si seulement Tony n'avait pas découvert la vérité… Si seulement il était resté à sa place… Alors jamais May n'aurait pleuré, jamais son cœur n'aurait été brisé par sa faute. Jamais leur famille n'aurait été bouleversée.

— Tout va bien, il a l'air de dormir comme une enclume. Oh, un sandwich au fromage ? Je ne dirais pas non. Tu peux mettre de la sauce piquante dedans ? Beaucoup de sauce piquante ?

Peter ouvrit brusquement les yeux.

Il ne se souvenait pas s'être endormi. Il ne se souvenait que du visage de May près du sien, de sa main dans ses cheveux, de ses murmures apaisants. Il se redressa sur le coude, déboussolé.

Il était toujours dans l'aile médicale de la tour des Avengers, dans l'un des lits douillets sur lequel on avait déposé un plaid duveteux, qui sentait bon le parfum de Pepper Potts.

Assis à son chevet, Happy triturait nerveusement un téléphone qui semblait minuscule entre ses mains imposantes. Des écouteurs sans fils étaient enfoncés dans ses oreilles, et ses yeux parcouraient distraitement les alentours tandis qu'il parlait à un interlocuteur invisible.

— Oh, désolé, dit-il lorsque le regard interrogateur de Peter rencontra le sien. Je t'ai réveillé ?

— Nan, je n'étais même pas endormi. Je reposais juste mes yeux, prétendit l'adolescent.

Pour faire bonne figure, il se frotta les paupières et crispa la mâchoire pour masquer un bâillement.

— Le petit est de nouveau opérationnel, je dois te laisser. N'oublie pas mon sandwich, annonça Happy à son mystérieux interlocuteur avant de retirer ses écouteurs. Hey, Peter. Comment tu te sens ?

— Je vais très bien. Qu'est-ce que tu fais là ? Tu me surveilles ?

Peter n'aurait su dire pourquoi, mais il se sentait irrité à l'idée qu'on vienne veiller sur lui jusque dans son sommeil. Il ouvrit la bouche, bien décidé à s'en plaindre, mais le regard de Happy fit mourir toute protestation dans sa gorge.

L'homme avait l'air sincèrement embarrassé :

— Euh, ahem, désolé, petit. Tony m'a prévenu que tu étais ici, et j'ai pensé que… euh… enfin, je voulais simplement voir si tu allais bien. Mais je peux partir, si c'est ce que tu préfères.

L'adolescent haussa les épaules :

— Tu peux rester. Tu ne me déranges pas.

— Je t'ai aussi apporté du chocolat, dit l'homme d'un ton un peu bourru en dégainant une boîte rouge vif enrubanné d'un nœud doré. Lait, praline et caramel beurre salé. May m'avait dit que c'était tes préférés.

— Oh… !

Peter ne put résister et s'empara de la boîte, la gourmandise chassant les dernières velléités de contestation qui auraient pu se tapir dans ses veines.

— Merci beaucoup, Hap ! T'en veux un ?

— Pourquoi pas ? Passe-moi celui en forme de poule.

— Attrape !

L'homme n'eut aucun mal à rattraper la confiserie au vol. Elle ne tarda pas à disparaître dans son estomac.

— C'est trop bon, soupira Peter en prenant une poignée entière de petits œufs chocolatés. Ce genre de truc devrait être prescrit par tous les médecins du monde.

Happy sourit, et il y avait quelque chose, sur son visage — un mélange de résignation et de tristesse contenue — qui poussa Peter à ajouter :

— T'as toujours été le meilleur, Hap.

— C'est gentil.

— Je ne dis pas ça pour être gentil, insista Peter. Je pensais chacun des messages que je t'ai envoyés, l'autre jour. J'aurais vraiment adoré que tu fasses partie de la famille.

Happy se figea et le fixa d'un air incertain.

— Bien sûr, je ne dis pas que je comprends tout ce qu'il s'est passé entre May et toi, mais je sais que tu la rendais heureuse. Et même si j'aurais trouvé ça vraiment bizarre au début, je sais que moi aussi, j'aurais été heureux de vivre avec toi.

L'homme se racla la gorge, visiblement gêné :

— C'est du passé, Pete…

— J'ai essayé d'être heureux, avec James, l'interrompit Peter en fixant le ruban lâche qui entourait la boîte de chocolats. Je voulais vraiment faire les choses bien, après avoir fait tant de mal à tout le monde en disparaissant pendant cinq ans.

— Peter…

— Je voulais qu'on forme une vraie famille. Heureuse, soudée. Mais James, il… il n'était jamais satisfait. Quoi que je fasse, il trouvait toujours quelque chose à redire. Il ne voulait pas que je sorte sans le prévenir, il voulait être au courant de chacun de mes faits et gestes, il s'énervait dès que j'ouvrais la bouche sans son autorisation, il détestait Tony… il disait qu'il avait une mauvaise influence sur moi…

La main de Happy se posa sur la sienne, douce et chaude. Il y avait, dans ses yeux, une indignation similaire à celle que Ned avait exprimé lorsque Peter lui avait parlé de James, accompagnée d'une tendresse qui lui rappelait celle de Tony. Toutefois, il demeura muet, et son silence encouragea Peter à parler davantage :

— La première fois qu'il m'a frappé, j'ai cru que je le méritais. Que c'était un truc d'homme. Que c'était ce que les pères faisaient à leurs fils, pour leur bien.

La main de Happy serra la sienne.

— J'ai cru que je m'y habituerai. Aux coups, aux bleus. Que ce n'était pas différent de ce que Spider-Man subissait. Mais c'était de pire en pire, il s'énervait de plus en plus, il m'insultait, me disait que May n'avait jamais voulu de moi… je… je n'en pouvais plus…

— Alors tu es parti, murmura Happy sans la moindre once de jugement dans la voix.

— J'ai essayé de fuir. Mais Tony m'a retrouvé, et je n'ai pas réussi… je ne pouvais pas lui dire… je ne voulais pas qu'il sache ce qu'il se passait avec James… qu'il réalise à quel point j'étais incapable d'avoir une vie normale…

Sa voix se brisa, une larme solitaire dévala sa joue.

— Ça va aller, Pete, dit Happy d'un ton un peu brusque en passant une main délicate sur son visage. Il ne s'approchera plus jamais de toi. Tony va y veiller, et moi aussi.

— J'ai été faible… si seulement j'avais réussi à tenir…

— Ce n'est pas ce qu'aurait voulu May, murmura Happy. Sa priorité a toujours été toi. Des hommes, il y en aura d'autres. Toi, tu es unique, Peter.

L'adolescent leva les yeux, rencontra ceux de Happy. Il y avait tant de compassion, tant d'amour dans son regard qu'un sanglot déchira sa gorge.

— Ça va aller, Pete, répéta Happy. Plus personne ne te fera jamais de mal. Pas tant que May, Tony et moi serons en vie.