Chapitre XIV : Dobby au Derby
Thelesa la Sanguinaire des Gaunt connut Cadmus Peverell. Ils eurent un fils hors mariage Zéphyr Gaunt. Thelesa mourut de sa soif de sang dans le lit où elle avait saigné pour donner la vie.
Cadmus la rappela plus tard à lui, une fois, deux fois, trois fois, sans succès.
Il partit à sa suite, laissant à Zéphyr une pierre à graver de cette histoire. Il en fit la bague qu'il offrit à Mafalda du sang des Valerian. Il l'a connut, elle lui donna un des jumeaux, un fils et une fille.
Page 43 du Codex de Serpentard
Eddy ne parvenait pas à oublier le baiser qu'il avait échangé avec Médusa. Il n'avait rien vu, mais la sensation de ses lèvres sur les siennes était quelque chose de chaud et doux dont il ne pouvait se détacher. Ses airs de princesse de mille et une nuits à la soirée de Slughorn hantaient ses pensées depuis et il se réveillait parfois le matin mal à l'aise et brûlant.
Il se rendait en général au plus vite à la salle de bain pour prendre une douche glacée en dépit de cette fin d'automne. Il commençait à faire vraiment très froid dans le château alors que les vacances de Noël approchaient. Plusieurs élèves ne quittaient plus leur cape entre les cours. Mais Eddy ne ressentait plus que le froid de loin, comme si la chaleur au fond de son cœur pouvait le protéger de tout y comprit des rafales glaciales qui circulaient dans les alcôves de pierre de l'école.
Etait-ce ça qu'on appelait être amoureux ? Dès qu'il y pensait, la chose au fond de lui grondait de plaisir. Mais il ne devait pas y penser trop souvent, sinon il ne pouvait empêcher son air heureux d'apparaître.
Salazar l'avait même surprit en pleine béatitude et questionné. Il n'osa pas lui répondre, et Sal n'insista pas. Eddy ne savait pas ce qu'il adviendrait si Salazar savait qu'il avait embrassé sa jumelle. Serait-il heureux ? Et qu'était-il vis à vis de Médusa ? Sortaient-ils secrètement ensembles ?
Si bien que quand il vit Arthur Weasley en train de réviser avec Kingsley Shacklebolt à la bibliothèque, il prit son livre et changea de place pour se mettre avec eux. Les deux Gryffondor levèrent la tête à son arrivée. Ils étaient en train de rédiger un énorme devoir d'histoire de la magie pour l'un et d'étude des moldus pour l'autre.
Ne sachant comment entamer la conversation, Eddy balbutia puis retourna à son livre faire ses recherches. Arthur se pencha pour lire ses notes.
—De l'occlumencie ? C'est une magie très compliquée, pourquoi tu t'intéresses à ça ?
—Pour rien, murmura l'adolescent. Je trouve ça intéressant… Au cas où. J'ai quelques soucis.
Arthur Weasley plissa les yeux, puis reprit ses airs de vieux sage sur le point de donner une information capitale. À cette comédie, Shacklebolt eut un gloussement et replongea dans son livre d'étude des moldus.
—Toi, tu as besoin de conseils.
—Oui, mais, protesta Eddy en dardant un regard sur Shacklebolt qui prenait ses notes avec toujours un demi sourire et écoutant leur conversation.
—Le nom de la demoiselle n'a pas à être prononcé, fit Arthur en continuant sa petite comédie. L'amour est quelque chose qui outrepasse la rivalité entre les maisons. Parle donc à tonton Arthur, mon petit.
Eddy se retint de lever les yeux au ciel. Miss Bréviaire passa entre les rayonnages pour déposer un livre, Eddy attendit qu'elle s'en aille plus loin pour demander :
—Tu es euh… amoureux de Prewett ?
—Bien sûr, opina le garçon sans gêne ni embarras. C'est l'amour de ma vie, je le sais.
Son camarade gloussa encore, amusé par son comportement candide.
—Rigole, rigole, Kingsley. C'est une preuve de maturité que d'accepter ses sentiments et en être fier.
—Il y a accepter et s'y noyer, Arthur, souffla Kingsley tranquillement puis il leva la tête de son livre. Alors comme ça on est amoureux, Lee ?
—N-Euh…Comment sait-on qu'on est…
—Oh il bafouille, c'est adorable.
—C'est bon je m'en vais, grinça Eddy en reprenant son livre alors que ses deux camarades gloussaient.
—Reviens, reviens. On te taquine un peu. Ecoute, vu ta gêne à parler de ça tu as déjà un début de réponse. C'est la première étape.
Curieux, l'adolescent se rassit attendant que le « professeur » improvisé donne sa leçon. Même Kingsley avait abandonné son livre pour écouter.
—Il y a un moment où tu te rends compte que tu es bien avec cette personne, tu as tout le temps chaud près d'elle, et tu te rends compte que tu ne veux plus être loin d'elle. De là il faut arriver à se dire ça, puis le dire à l'autre. En général ça se passe bien.
—Après oui, faut arriver à le dire, murmura Eddy en sentant le rouge lui monter aux joues rien qu'à cette pensée.
Arthur opina doucement tandis que Kingsley avait une grimace. Eddy vit passer Rosier dans un rayonnage. Il avait emprunté plusieurs livres à la bibliothèque mais semblait ne pas vouloir être vu car il ne cessait de jeter des petits coups d'œil furtifs derrière lui. Un moment il croisa son regard, et lui adressa une grimace haineuse. L'adolescent la soutint jusqu'à ce que l'autre ne file entre les rayonnages. Cela lui procura à nouveau beaucoup de joie. Il tenta de calmer l'obscurus tandis qu'Arthur reprenait.
—Ce moment arrivera… quand vous vous embrasserez, quand vous passerez du temps ensembles.
—Mais justement… On ne s'est embrassés que deux fois. La première fois c'est elle qui m'a embrassé et elle m'a donné une gifle. Je suis complètement perdu, chuchota-t-il honteux.
Il vit les deux garçons exploser d'un petit rire caché derrière leur livre de cours. Il sentit de nouveau en lui l'obscurus gronder, honteux d'être humilié.
Eddy focalisa le regard sur les livres qu'ils tenaient. Sans comprendre comment il parvint d'un mouvement vif de baguette à leur faire se taper le bout du nez contre le creux de leur livre pour calmer leur rire. Mrs Bréviaire arrivait justement.
—Ma bibliothèque n'est pas un salon de thé. Allez dehors échanger et n'embarrassez plus ces lieux !
Encore gloussants les adolescents s'exécutèrent en se frottant le nez. Eddy songea qu'il avait réussi un sort de magie instinctive. C'était certes peu puissant et un peu puéril, mais les deux garçons ne semblèrent pas lui en tenir rigueur. Ils s'étaient arrêtés de rire et quittaient la bibliothèque.
—Autant pour notre nez, Lee. Ecoute, il faudrait passer plus de temps avec la miss, et tu pourras ensuite lui compter fleurette, lui dit Arthur en s'éloignant.
—On te laisse, je dois terminer mon exposé maintenant qu'on est virés. Je ne sais toujours pas ce qu'est un canard en plastique, souffla Kinsley dépité. À cause de cet idiot j'ai pris ça comme exposé à faire en Etude des Moldus. Il ne sait pas ce que c'est et moi non plus. Alors ne prend pas trop au sérieux les conseils de cet imbécile heureux.
Le fort bien nommé ne s'enlevait pas de son air tranquille et rêveur.
—Les canards en plastique c'est pour se baigner. C'est un jouet pour enfant. Je jouais avec quand j'étais petit en prenant le bain avec ma mère, répondit Eddy.
L'adolescent se figea après avoir parlé. Il lui revint immédiatement en mémoire une bassine en étain dans lequel il se baignait petit. Il y avait de la mousse, un petit canard en plastique jaune et les bras de sa mère, il voyait aussi la pointe de ses cheveux, s'il levait la tête il la verrait.
—C'est juste pour le bain ? Mais pourquoi ? demanda Kingsley coupant ses rêveries.
—Ça va ? s'enquit Arthur. On dirait qu'on t'a jeté un mauvais sort.
—O-oui, ça va, souffla Eddy. Je vous laisse, je dois y aller.
Il partit sans laisser les deux garçons répondre et dévala les escaliers. Il avait vu un souvenir avec sa mère. Il avait vu une partie d'elle. Un bout de ses bras et ses cheveux roux. Il s'engouffra dans une classe vide. À peu près à l'écart il essaya de se rappeler ce visage et ces sourires sans y parvenir. Il n'arrivait à se souvenir de rien. Il essaya alors de se concentrer sur le canard en plastique dont il avait parlé. Mais à nouveau rien ne venait. Il poussa un sifflement rageur et derrière lui il entendit une vitre exploser. Paniqué, il vit les autres fenêtres de la pièce exploser à son tour. Et il ne parvenait pas à se calmer. Il prit la potion d'illuminial qu'il gardait dans la poche, au cas où ne sachant où non s'il devait la boire.
Pour se calmer, il se mit à penser à Médusa et à son petit sourire alors qu'elle retournait à la soirée de Slug. Ce sourire, cette image et la sensation de sa peau conte sa peau lui firent un bien fou. Il se sentit lentement s'apaiser. Lentement l'obscurus en lui se tût et sa magie s'apaisa autour de son corps. Il tira sa baguette et la pointa vers les vitres :
—Reparo !
Le sortilège ne sortit pas tout de suite de sa baguette mais lentement les bouts de verres se colmatèrent entre eux. La réparation était bancale mais l'adolescent l'effectua pour chaque fenêtre cassée. C'était mieux que rien, au moins pouvait-il lancer quelques sorts.
Il songea que lorsque viendrait la prochaine leçon du professeur Jedusor il avait intérêt à avoir fait davantage de progrès, l'homme risquait d'être sans pitié. Mais depuis quelques temps, le sorcier était trop pris par les affaires de l'école pour porter attention à lui. En l'absence quasi constante de Dumbledore beaucoup d'affaires lui échouaient et Eddy songeait avec horreur que l'école semblait déjà lui appartenir. Jedusor le surveillait donc de loin et n'avait pas programmé de nouvelles séances.
.
.
La neige s'abattit sur Poudlard d'un coup. Un matin tous les élèves découvrirent pas moins de trente centimètres de neige autour de l'école comme un épais nuage blanc. Le cours de soins aux créatures magiques du matin même fut même annulé. Les élèves de l'option d'Eddy étaient donc à table et mangeaient heureux de ce battement entre les cours.
Salazar avait rendu le médaillon à son père qui le portait ce matin là à la table des professeurs et mangeait d'un air songeur.
—Si je suis encore contraignant, il me le remettra, lui avait avoué son ami à mi- mot le matin même en ne pouvant réfréner un petit frémissement.
Cette punition en épée de Damoclès au dessus de sa tête semblait terrible. Eddy jeta un coup d'œil furieux au professeur. Il l'avait vu plus tôt dans la semaine pour le prévenir que leur prochaine séance aurait lieu le vendredi. Il avait hâte de décharger sa colère car c'était aussi contre cet homme qu'il était furieux. Il était souvent tendu et irritable ces derniers jours. Même la présence de Sal à ses côtés pouvait parfois l'agacer et il ne comprenait pas pourquoi.
—Votre mère ne vous protège pas de lui ? demanda finalement Eddy à voix basse alors que le professeur Jedusor les observait avec un petit sourire moqueur.
—Non. Elle l'approuve même… ne le regarde pas trop longtemps, il lit en toi facilement.
—Justement, est-ce que tu saurais m'enseigner l'occlumencie ? J'ai vu que j'en étais capable face à lui, je veux apprendre à me défendre, murmura Eddy après avoir reporté le regard sur son camarade. Je n'ai qu'un peu de théorie et pas assez de pratique.
—Je… je n'ai jamais tenté d'enseigner à qui que ce soit, mais je peux essayer, baragouina Salazar après avoir hésité.
Eddy replongea dans son toast et les chouettes pour le courrier arrivèrent par le plafond. Eddy les regarda voler un instant, leur arrivée fit entrer un courant d'air glacial dans la Grande Salle qu'il ne ressentait qu'à peine. Il remarqua qu'un gros corbeau noir arrivait dans sa direction. Il n'attendait pas de courrier et ne connaissait pas cet animal. Aussi fut il légèrement surprit quand le corbeau déposa une lettre écrite dans du papier moldu.
L'oiseau croassa et s'envola dans un battement de plumes.
Curieux, il ouvrit l'enveloppe et laissa émerger une lettre pleine de fautes d'orthographe.
« Chavo,
Merci pour ta lettre, je vais bien. J'espère que ça te parviendra à temps. J'ai continué mes recherches. Y'a bien une Zelda Lee dans les environs de Birmingham. Le clan a été vu par là d'après des sources. Je peux me débrouiller pour t'emmener cet hiver, j'ai du travail de prévu.
B. »
C'était Billy Berry. Heureux d'avoir de ses nouvelles il ne put s'empêcher de lâcher un petit couinement de bonheur en lisant les mots de cet homme. Il avait retrouvé sa tante et il savait où elle se trouvait. Les vacances étaient dans quelques jours. Il avait dit à Newt qu'il comptait rester au château… mais qu'est-ce qui l'empêchait d'affirmer le contraire aux professeurs et de se faufiler hors du château pour rejoindre Mr Berry ? Tous ses camarades de dortoirs rentraient chez eux. Ce serait facile. Cependant, il sentit son cœur le tirailler à l'idée de mentir et de faire le mur alors qu'il avait promit chose inverse à Newt un peu plus tôt.
Sal le vit en pleine concentration alors il se força à se calmer. Il plia la lettre et trouva une excuse pour s'échapper. Il se rendit à la volière en essayant d'avancer entre les élèves faisant une bataille de boule de neige et le verglas sous ses pieds. Ce ne fut pas aisé mais il parvint à arriver en un sol morceau jusqu'au bâtiment.
De là, sans même réfléchir il arracha un morceau de parchemin du rouleau dans son sac et écrivit une rapide réponse à Mr Berry pour l'informer qu'il le rejoindrait à Birmingham. Pour cela il n'aurait qu'à quitter Poudlard en douce et appeler le magicobus. Ce serait facile.
Il envoya sa lettre à tout vitesse en craignant d'être vu. La chouette s'envola dans les cieux gris perle.
Il sentit quelqu'un passer derrière lui et se retourna. Il ne semblait y avoir personne, ou si, remarqua-t-il ensuite. C'était une silhouette désillusionnée qui l'invitait à le suivre d'un mouvement de main quasi transparent. La silhouette monta l'échelle plus haut dans la volière où les fenêtres étaient plus petites et plus éparses.
Coincée dans l'ombre d'un escalier en colimaçon Médusa se rendit visible, il ne distingua que le bout de ses jambes fines. Elle l'attira dans un long baiser auquel il répondit. Cela lui faisait toujours un bien fou. En sentant les soupirs de la jeune femme alors que sa bouche cherchait la sienne il oubliait tous ses soucis. Rien d'autres n'avait de sens que sa peau, l'odeur sucrée de ses cheveux et ses mains fraiches sur ses joues.
—Tu m'as manqué, avoua-t-il quand elle se détacha de lui.
—Ne dis pas de telles choses, souffla Médusa contre lui. Je pourrais y prendre du plaisir.
Il gloussa et se pencha de nouveau pour l'embrasser. Au cours des derniers mois il avait tellement grandi qu'il devait se baisser pour embrasser la jeune fille. Il était si bien dans l'ombre de cet escalier, avec les mains de Médusa contre sa poitrine. Il voulut un instant que ce moment dure pour l'éternité. Ainsi il n'aurait plus à se soucier de rien. Mais Médusa s'écarta de nouveau.
—On va donc s'embrasser comme ça dans des petits coins exigus ? demanda finalement Eddy à bout de souffle.
—Pourquoi pas, on y est plutôt bien. Je passais juste te dire bonjour. J'ai bientôt mon cours d'arithmancie.
Elle sortait déjà sa baguette pour se rendre de nouveau invisible. Il lui saisit doucement le bras.
—Reste encore un peu, souffla-t-il en ayant encore envie de la chaleur de sa bouche sur la sienne.
—Non, je n'ai pas envie d'être en retard. Je dois y aller.
—Reste, répéta-t-il tendu.
—Lâche-moi, fit la jeune femme en cherchant à se dégager les sourcils froncés.
Mais Eddy ne voulait plus la lâcher, après avoir été privé d'elle cette chose en lui réclamait la jeune sorcière avidement. Il voulait plus de sa chaleur et irradiait à l'intérieur de lui. Médusa tira encore, puis lui saisit violemment le visage et planta ses yeux dans les siens. Aussitôt il se sentit partir.
—Lâche-moi immédiatement.
Il s'exécuta piteusement sous son emprise. La jeune fille recula de l'ombre de l'escalier comme s'il l'avait frappée et lui jeta un regard farouche.
—Gifle-toi.
Il s'exécuta aussitôt, et cela fut suffisant pour parvenir à le calmer. Devant le regard froid de Médusa, alors qu'elle se massait le bras, il se sentit piteux et honteux. Il voulut dire quelque chose mais les mots restèrent coincés dans sa gorge.
—Cette gifle, tu la méritais, pas la précédente.
Elle fila rapidement après avoir récupéré ses affaires, Eddy la laissa faire. Ce regard qu'elle lui avait jeté était si glaçant car il lui rappelait quelque chose.
En une seconde il eut un flash et vit sa mère. Elle était là face à son père avec son visage rond à regarder son père de cette façon.
Eddy eut alors l'impression d'être avalé dans un océan d'impuissance.
.
.
Le jour de sa leçon avec le professeur Jedusor arriva. C'était le dernier jour avant le début des vacances de noël. Il n'avait confié à personne son projet de fugue. Il n'avait qu'à faire ses bagages comme les autres et ensuite tout le monde croirait qu'il avait rejoint les Scamander. Dumbledore était absent depuis longtemps de l'école, tout le monde y verrait que du feu.
Mais la culpabilité de mentir à ses tuteurs faisait monter en lui des sentiments contradictoires et violents. Il ne pouvait pas dire à Newt et Tina qu'il allait se rendre à Birmingham pendant les fêtes, ils ne lui permettraient jamais, son état de santé étant trop incertain. Seulement Eddy se sentait bien, outre son énervement, il sentait qu'il était en pleine forme. Il n'avait pas reparlé à Médusa depuis l'épisode de la volière. Elle l'ignorait désormais totalement et il n'avait pas vraiment essayé de l'aborder.
Quoi qu'en pense l'obscurus en lui, il avait fait du mal à la jeune fille et ne s'ôtait pas de son expression bouleversée.
Ce fut donc un peu tendu et anxieux qu'il entra dans la salle de classe du professeur de défense contre les forces du mal. Les rideaux étaient baissés et à nouveau le globe lunaire était d'un rouge ténu, donnant à la pièce une allure de braise en train de s'éteindre. Jedusor l'attendait calmement près de l'armoire où se trouvait l'épouventard.
Il s'était entraîné à jeter le sortilège et jusqu'à présent toujours sa baguette avait répondu à son appel. Il ne restait plus qu'à tester sur un véritable sujet.
—Etant donné que votre plus grande peur est intimement liée à votre état, nous allons donc continuer avec l'épouventard pour faire sortir l'obscurus. Préparez-vous.
Eddy se mit à penser à son père et à la figure atroce que lui avait jeté sa mère. Il ne se souvenait pas d'une scène en particulière, c'était juste une grimace qu'il avait vue souvent sur les traits doux de sa génitrice.
—Edward Daniel Lee, O'beng tu es, et tu le resteras. Tout comme moi.
Eddy n'avait pas vu que son professeur avait relâché l'épouventard. Celui-ci sous la forme de son père s'avançait vers lui avec son révolver. Il se figea aux mots de la créature. Non, il n'était pas comme lui, il se refusait à penser à une telle chose. Et pourtant il avait frappé Rosier, il avait fait du mal à Médusa…
L'image de l'épouventard changea alors. Ce n'était plus son père, c'était lui, plus âgé tenant entre ses poignes serrées une vague silhouette. Il était en train de l'étrangler.
—Jetez le sortilège ! siffla le professeur.
—Ridikulus !
La silhouette entre les mains de son double se transforma en flocon de neiges et elle disparut dans l'armoire avec le reste de l'épouventard. Le professeur referma la poignée et eut l'air superbement agacé.
—Je vous avais dit de vous entrainer… appelez-vous ça un entraînement ?
Eddy ne répondit rien les dents serrées et le souffle court. Il ne savait plus trop où il en était.
—C'est une des choses qui nourrit votre état d'Obscurial, reprit Jedusor. C'est cette peur que vous avez envers vous même. De devenir comme lui.
Devant ces affirmations l'adolescent ne put qu'acquiescer car c'était tout à fait vrai. Son statut si imprévisible créait de la peur dans le regard de ses condisciples, et après l'avoir vu dans les yeux de sa mère il ne voulait pas qu'un tel regard lui soit adressé.
—Vous ne deviendrez pas comme lui. Vous vous en êtes débarrassé, il est temps d'avancer sur le sujet. Tuer son géniteur est extrêmement aisé.
—Quoi ? V-vous-
—Oui, sourit presque nostalgiquement son professeur. Ce fut très facile. J'ai cru comprendre que vous aimiez bien la botanique. Voyez la famille un peu comme du jardinage, on élimine les mauvaises herbes pour mettre les bonnes pousses sous tuteur.
Le professeur eut un sourire encore plus malicieux, peu soucieux de lui avouer un meurtre de plus.
—Nous portons tous les deux le même nom dans votre petit patois, diable. Vous ne deviendrez pas comme votre père, vous deviendrez plus cruel encore, mais il vous faut vous apprendre à vous maitriser. Il est dans votre nature de détruire.
—Taisez-vous, siffla-t-il d'une voix brûlante de rage.
Jedusor eut un ricanement. Il jeta un sortilège autour de lui. Lentement une sorte de liquide rampant et visqueux commença à couler des murs pour englober entièrement la salle de cours d'une sorte de bulle noire et visqueuse. Eddy le vit ramper sous ses pieds et quand il chercha à s'échapper par la porte, elle avait disparut sous le slime. Il était coincé dans une sorte de coque de protection.
—Nous sommes dans une dimension noire, Mr Lee. Ici, rien n'atteindra l'extérieur. Laissez ce feu faillir de vos entrailles.
—Non ! feula-t-il furieux.
Jedusor lui jeta un sortilège qu'il para avec peine. Cet homme était beaucoup plus puissant que lui.
—Vous serez juste meilleur que lui pour faire du mal, susurra Jedusor. L'accepter, c'est avancer et vous n'avez plus de temps à perdre.
—La ferme, espèce de cinglé meurtrier. Expelliarmus !
Le professeur para le sortilège d'un vague mouvement du poignet.
—Je vois qu'il va vous falloir apprendre le respect… Endoloris.
Le sort l'atteignit et Eddy se mit à hurler. Il eut l'impression d'avoir été jeté à l'intérieur d'une immense cuve d'acide. Il tomba au sol en essayant d'évacuer la douleur, mais ni la vibrante douleur de ses genoux, ni ses mains qu'il cognait contre le sol ne parvenaient à lui faire oublier l'impardonnable. Il sentit avec terreur le monstre cette fois envahir tous ses muscles pour le protéger de la douleur. Lentement l'obscurus en lui prit le contrôle.
Puis tout explosa autour de lui. Eddy se sentit lentement partir. Il voyait son professeur en train de l'analyser sa magie sans pouvoir bouger. À l'intérieur de cette bulle noire il était comme immobilisé, les particules de magie pure qui les constituaient étaient comme figées dans le temps. Il sentit alors avec horreur quelque chose être arraché de lui et il ne sut exactement où, tant il était désormais déconnecté de son corps. Mais il sentit nettement la déchirure et sa magie hoqueta violement.
Le professeur Jedusor fut éjecté à l'autre bout de son champ de protection. De là, l'obscurus cracha un Feudeymon. Le professeur le dirigea à travers la bulle et le fit péricliter alors qu'il se relevait.
Après avoir craché sa rage, l'obscurus repartit doucement et Eddy sentit son corps retrouver forme humaine. Il retomba sur le sol dans un bruit mou.
Il remarqua fiévreusement qu'autour de lui les murs avaient perdu leur carapace de protection et que la salle de classe avait reprit son allure habituelle.
—Vous avez besoin de lâcher cette hargne en vous, régulièrement. Comme votre misérable moldu de père avant vous. Vous ferez du mal quoi qu'il arrive. Acceptez le et vous concentrerez ces blessures à infliger sur les bonnes personnes.
—Sur votre ordre, donc ? siffla le jeune homme. Je refuse de vous aider à faire du mal ! Je ne suis pas comme vous.
—Nous sommes différents, lui assura son professeur d'une voix mauvaise. La mort n'est pas une préoccupation pour moi, elle ne le sera jamais. J'ai eut la misère de croire que vous comprendriez ce point de vue. Mais vous êtes faible.
—Que voulez-vous dire par… vous ne mourrez pas ?
Le professeur lui fit un autre énigmatique petit sourire. Il rangea sa baguette et Eddy se permit de souffler un peu sans la menace d'un autre impardonnable. Il était encore un peu tremblant mais jugea qu'il avait plutôt bien encaissé le contrecoup du sortilège alors que c'était la première fois qu'il le recevait.
—Nous en reparlerons à la rentrée. Comportez-vous correctement jusqu'à mon retour et je pourrais vous livrer quelques secrets.
Il tourna les talons, un peu pantelant, son professeur l'interpella une dernière fois :
—Contre le Doloris, mangez du sucre. Cela en diminuera l'après coup.
Il l'éjecta ensuite de la classe comme un insecte. Eddy heurta le mur face à la porte en retenant un cri de douleur. Quand il voulut se relever, il s'aperçut que l'après coup du sortilège impardonnable était trop violent, il ne put bouger pendant un moment. Il ne voulait pas être comme son père, il n'était pas comme lui. Pourtant, il le sentait depuis qu'il avait arrêté son traitement il était en colère et facilement irritable, menaçant d'exploser à tout moment. Il ressemblait aussi beaucoup physiquement à cet homme que son cerveau avait voulu oublier.
Il se releva lourdement, la tête pleine de sombres pensées. Peut-être qu'il avait blessé sa mère comme il avait vu son père le faire et qu'elle était partie à cause de ça ? Les sombres paroles de son géniteur avaient donc un sens.
Il rentra dans son dortoir sans vraiment se réveiller de sa transe. Si son Obscurus avait été déchargé, maintenant sa tête était pleine de tourments. Sal essaya de l'interpeller avec Charme sur les genoux, mais il tourna les talons vers son propre lit. Et l'ignorant, il s'endormit complètement abattu.
.
.
Il était rare que Médusa et Salazar prennent le train pour rentrer chez eux. Leur mère les attendait à la gare. Ils rentraient chaque année pour les fêtes, car bien que ne fêtant pas Noël, ils avaient des obligations au sein de la communauté sorcière.
Les vacances d'hiver étaient bien souvent l'occasion de rencontre entre les familles, que ce soit au bal du Ministère auquel ils étaient conviés chaque année comme tous les sorciers importants du pays.
Ce n'étaient pas des vacances très folichonnes la plupart du temps car ils devaient participer à ces obligations tout en conservant leur habituelle dose de travail. Salazar détestait les fêtes encore plus que Médusa car c'était aussi à ce moment là que tombait leur anniversaire. Le 21 Décembre, et Médusa avait comprit que pour une raison qu'elle ignorait, son petit frère ne voulait pas grandir. L'avenir que leur père leur offrait lui faisait peur semblait-il.
Aujourd'hui, en prenant le Poudlard Express, ils fêtaient leur quinze ans et cela ne semblait pas réjouir Sal qui était silencieux. Ils s'étaient assis dans un compartiment avec Rita, mais personne ne parlait vraiment. Tout le monde était semblait-il très fatigué par ce trimestre interminable.
Médusa joua avec Echo qui avait bien grandi ces six derniers mois. Il commençait désormais à lui répondre en Fourchelangue. Mais la jeune fille tint sa langue devant sa camarade. Si elle pensait que sa condisciple n'en serait pas étonnée outre mesure, il valait mieux rester discret. Tant que Dumbledore était dans les parages ses origines devaient rester assez discrètes, lui avaient dit ses parents. Echo lui mordilla le bout du doigt et retourna se cacher dans sa robe.
Elle ne l'avait pas avec elle à chaque fois qu'elle avait embrassé Eddy, et tant mieux. En tournant la tête vers la vitre, Médusa songea que leur dernière étreinte s'était d'ailleurs très mal terminée. Elle n'était pas sûre d'avoir envie de le revoir avant un peu de temps. Les vacances étaient un bon prétexte. Eddy lui avait fait peur dans la volière, elle avait senti sa main se refermer sur son bras et il n'avait plus voulu la lâcher. Il était en train de changer lui aussi sous la tutelle de leur père.
Et elle y avait participé.
Elle regarda ensuite son frère en train de s'endormir la tête posée contre la vitre. Ainsi, les yeux clos il était le portrait craché de leur père. Il était tellement serein de cette façon. Quand ils étaient petits ils dormaient ensembles, Médusa s'endormait toujours quand son frère avait fermé les yeux.
—Tu veux jouer aux échecs ? murmura Rita en coupant ses rêveries.
Elle acquiesça. La blonde sortit le petit échiquier et les pièces de son sac à dos. Elle commença à poser les pièces et la partie débuta.
Médusa regarda le soleil se coucher. Ils n'arrivaient que dans une heure mais ce jour était le plus court de l'année.
Médusa se fit happer un pion par Rita et s'intéressa à son jeu. Elle était en train de perdre lamentablement tant elle n'était pas concentrée.
Les deux jeunes femmes virent alors passer près de la vitre de leur compartiment, Bellatrix et Rodolphus. Le jeune Serpentard tenait sa fiancée par la main. Les deux amies ne savaient pas que Bella sortait officiellement avec le Lestrange en dépit de leurs fiançailles.
Bella leur adressa un petit regard et partit à la suite de son fiancé dans le couloir.
Sal n'avait pas bougé, il était toujours endormi, serein et calme contre la vitre. Rita suivit son regard et sourit :
—Il est plus heureux quand Lee est avec lui. Pas qu'il ne soit pas heureux avec toi, mais il avait besoin d'un ami.
Médusa songea qu'effectivement avant Eddy son frère avait été terriblement seul en dépit de sa présence.
—Il ne vaut mieux qu'il ne s'attache pas trop à Lee, quand il va partir cela lui fera trop mal, dit Médusa d'une voix tremblante.
—Oui, je sais qu'Eddy n'en a plus pour très longtemps. La moitié de l'école le sait, on est tous allés faire des recherches tu penses bien. Mais il avait l'air d'aller mieux, fit Rita. C'est un peu bête de réfléchir en pensant qu'il va partir, pour le moment il est bien là. Sal va mieux…
Rita attaqua son roi qu'elle avait laissé sans défense avec délice.
—Et toi ma chère tu vas mieux aussi quand il est là. Echec et Mat. C'est la première partie que je gagne. Tu es trop déconcentrée ou tu m'as laissée gagner ?
—La deuxième option bien sûr, se moqua la jeune femme.
Médusa sortit de la poche de sa robe Echo et lui ordonna de dormir avec ses pouvoirs de Susurrante. Le reptile obéit et s'endormit au creux de sa main.
—C-comment as-tu su ? demanda ensuite Médusa en dardant sur son frère endormi des petits coups d'œil.
—Lee est revenu avec de la fiente de hibou sur les chaussures et toi avec une petite plume dans les cheveux en arithmancie l'autre jour. Je n'ai pas tout de suite compris, c'est quand j'ai vu ton air furieux et son air de cocker à ton intention au déjeuner. Depuis, vous passez votre temps à rêvasser chacun de votre côté. Les disputes de couples, tout un art.
—On n'est pas en couple, et tu as intérêt à la boucler Skeeter. On s'embrasse juste.
—Pourquoi s'embrasser si ce n'est pas pour être en couple ? s'exaspéra la blonde en rangeant ses échecs.
—Pour ça. Spero Patronum.
Médusa avait sorti sa baguette et du bout pointu de celle-ci jaillit un léger filament argenté. Ce n'était pas l'exploit de Rita avec un patronus corporel mais celui-ci prenait doucement forme.
—J'ai besoin de souvenirs heureux, murmura Médusa en finissant le sortilège. Avec lui j'en ai. Lui aussi il en a. On passe de bons moments tant que personne n'est au courant. On ne fait rien de mal.
Rita semblait un peu incertaine mais hocha la tête. Le train commençait à ralentir alors qu'ils rentraient dans Londres. Il faisait froid et le ciel était noir sous la pollution moldue. Salazar s'était réveillé. Les deux jeunes femmes et le jeune homme commençaient à rassembler leurs affaires alors qu'une silhouette pénétrait brusquement dans leur compartiment.
—Vous n'avez pas vu Lee ? Je l'ai cherché pendant tout le voyage.
C'était Ombrage tenant à bout de bras sa Froufrou qui avait encore le ventre gonflé et tendu.
—Son fichu fléreur fornicateur a encore engrossé ma Froufrou ! Pas moyen de trouver le maître et le fautif ! Je sais qu'ils sont dans le train, Lee s'est inscrit pour retourner chez lui !
—Qu'est-ce que ça peut nous faire Dolorès ? Il doit être en train de se cacher de toi et ta chatte tout autant fornicatrice, se moqua Rita. Bouge de là.
La jeune fille s'exécuta en pestant quelque chose de mauvais. Elle était aussi rose que son petit nœud dans les cheveux. Le train s'arrêta définitivement. Médusa récupérera ses dernières affaires avec son frère et son amie et ils quittèrent le train en suivant le flot d'élèves. Un froid glacial les saisit sur le quai.
—On se voit plus tard, souffla Rita en rejoignant son père plus loin près de la sortie par cheminée.
Richard Skeeter adressa un signe de tête poli aux jumeaux et prit sa fille par la main avant de disparaître avec elle. Médusa et Salazar cherchaient leur mère du regard dans les coins sombres. Ils la trouvèrent un peu dissimulée derrière la grosse horloge. Les élèves et parents passaient à côté d'elle sans la voir. Bellatrix et Narcissa partaient à la suite de leur mère Druella qui marcha à peine à deux mètres de leur mère à eux sans la remarquer.
—Ce sera quoi le cadeau cette année ? demanda Sal en esquivant un groupe de première année.
Médusa n'en avait aucune idée, le jour de leur anniversaire correspondait souvent à un cérémonial un peu curieux où ils en apprenaient plus sur leur lignée. L'année de leurs sept ans, ils avaient reçu à étudier une copie du Codex de Serpentard. Les années suivantes s'étaient jouées autour de ce Codex, à célébrer en même temps qu'eux même ceux avant eux. Ils recevaient parfois des reliques de leur ancêtres, le ruban que Médusa portait en était une. Il était capable de changer de forme et de couleur sur commande. C'était un objet de magie Protéiforme très ancien.
Ils arrivèrent au niveau de leur génitrice qui laissa passer le flot d'élèves jusqu'à ce que la gare soit presque vide.
—Je suis très fière de vos progrès à tous les deux, souffla leur mère. Votre bulletin est arrivé.
Elle tenait par la main leur elfe Duddy qui était comme à son habitude terrorisé en sa présence. Ils saisirent la main de leur mère et l'elfe les fit transplaner.
Ils étaient de retour à la maison après ces quelques mois et n'avaient pas eut la sensation de vraiment éprouver du répit entre temps. Les jours de cachots leur revenaient en mémoire. Ils étaient dans leur grand salon ouvert en arcade sur la cour carré, il y régnait toujours un froid mordant malgré l'immense cheminée et les braséros dans chaque coin. Les brûlures que leur père avait laissé en embrasant la pièce avaient disparu.
—Allez porter vos affaires et vous changer. Nous dinerons tard, quand votre père sera rentré.
Leur mère les laissa là et disparut. Médusa non plus n'aimait pas vraiment l'hiver, il y faisait froid, il n'y avait pratiquement jamais de soleil et leur mère était plus puissante à cette période de l'année. Elle pouvait surgir à tout moment.
Médusa s'enfonça dans le couloir du rez-de-chaussée et Sal monta à l'étage. Une fois dans sa chambre, la jeune fille se dévêtit en entra dans son bain après l'avoir fait couler. Elle profita de l'eau chaude sur sa peau avec Echo se baignant entre les bulles.
—Attention mon petit, siffla la voix reconnaissable de Nagini. Les petits ssssiffleurs dans sssson genre ne sssavent pas nager longtemps.
L'énorme python se glissa dans son bain pour profiter de l'eau chaude. Médusa adorait Nagini qui avait veillé sur eux pendant leur enfance, mais la Maledictus avait une préférence pour Sal et passait généralement tout son temps avec lui quand il était là.
—Tu n'es pas avec Sal ? siffla la sorcière en fourchelangue tout en gratouillant le serpent entre les yeux.
—Il voulait être sssseul, bouda Nagini.
La jeune femme lui fit une nouvelle gratouille affectueuse. Sal était de nouveau retourné à son mutisme. Elle espérait que le diner de ce soir serait calme.
Elle sortit de l'eau, se sécha et s'habilla de la robe que les elfes avaient laissée sur son lit. C'était une longue robe aux longues manches cintrées. Elle l'enfila et coiffa ses cheveux.
On toqua ensuite à sa porte.
—Miss Médusa ? Le Maitre est arrivé, il vous demande pour le dîner, frémit la petite voix de Tinny.
—Dis-lui que j'arrive, murmura la jeune fille.
La petite créature disparut fébrilement derrière la porte. Fut un temps, elle avait pu parler normalement avec cet elfe qui l'avait élevé avec son frère, mais entre temps, Médusa avait appris de son père à le torturer. Depuis, il la craignait. Ce changement ne lui fit pas grand chose, outre une petite piqure au cœur qu'elle s'empressa de dissimuler derrière un masque impassible.
Elle se rendit à la grande salle à manger. Leur père trônait en bout de table, sa mère à l'autre bout et Sal entre eux. Elle se mit face à lui.
—Tu es en retard, siffla leur père.
—Pardonnez-moi, je devais aller me décrasser de ces sangs impurs. Je ne voudrais pas souiller ces lieux par ma saleté.
Son laïus pieux parut lui plaire. Il n'eut pas envie de la punir. Sur la table, les elfes s'étaient activés en faisant leurs plats préférés à tous les deux. Un ragoût de méduses aux herbes trônait fièrement dans une coupelle argentée à côté d'une tourte au fenouil le nouveau plat que Sal demandait régulièrement. Un verre de vin était posé devant eux.
—Ce soir n'est pas un soir comme les autres, reprit leur père. Vous devenez adultes.
Salazar eut un petit frisson qu'il dissimula mal face à elle. Médusa le vit baisser la tête.
—Cela ne semble pas te réjouir, Salazar. Vous devez désormais honorer le nom de notre lignée. Des affaires plus importantes vous attendent à présent.
Leur géniteur fit apparaître un petit écrin de velours noirs devant chacun d'eux. Ils l'ouvrirent les mains tremblantes. C'était une chaine argentée formant un serpent en son centre. Le bijou était de manufacture gobeline et extrêmement délicat.
—Ce sont les bijoux qu'offrit Zéphyr Gaunt à ses enfants, père ? demanda Médusa en observant la chaine avec appréhension.
Son dernier bijou s'était avéré être un cadeau empoisonné qui avait possédé son frère une partie du trimestre. Salazar aussi était méfiant, il regardait le présent avec une grimace.
—C'est exact. Notre ancêtre avait ce petit talent dans la joaillerie. Il fit une bague et ces colliers pour les siens, répondit leur père en caressant la bague ancestrale des Gaunt à son doigt. Ces colliers vous protégeront des sortilèges et enchantements lancés contre votre sang… mais pas par votre sang. Souvenez-vous en.
Avec cette mise en garde, ils mirent le collier à leur cou. Médusa avait faim mais leur père n'avait pas fini de parler.
—Quand nous rentrerons des vacances, je vous montrerai comment ouvrir la Chambre des Secrets. Vous avez l'âge désormais de passer au niveau supérieur.
Médusa frémit d'un mélange d'excitation et d'appréhension, tandis que Salazar s'était figé. Ils commencèrent à manger en silence. Médusa avait la tête bouillant d'informations et de questions. Quelque part tout ce que leur père avait prévu la terrifiait mais elle avait hâte. Plus elle aurait de réponses à ses questions, mieux ce serait, mais Sal y était désormais mêlé autant qu'elle. Ce qu'elle voulait éviter arrivait trop vite et elle ne pouvait rien faire.
Leur mère fut la première à se lever et Salazar ne tarda pas à suivre, pressé de retourner dehors sans doute.
—Si tu vas dans le jardin ce soir, tu finiras la nuit dans le cachot, souffla leur père sans lever les yeux de son assiette vide alors qu'il s'éloignait.
Après ces recommandations son frère changea de direction pour rejoindre sa chambre, sans un mot. Son père eut un soupir exaspéré alors que la porte claquait derrière lui. Médusa se retrouvait seule à table avec lui pendant que les elfes étaient en train de débarrasser en faisant léviter les couverts.
—Merci pour ce cadeau, Père, murmura la jeune fille en jouant avec la chainette.
—Tu as semblé un peu méfiante en la prenant, pourtant, susurra doucement son père en levant les yeux vers elle.
—Difficile d'oublier ce que votre dernier cadeau a fait à Salazar. Vous l'avez réduit au silence pendant des mois, siffla-t-elle malgré tout.
Elle s'attendit à recevoir un Doloris et même les elfes qui quittaient la salle de banquet s'étaient figés. Tinny et Duddy la regardaient avec de grands yeux ronds d'inquiétude.
—Salazar avait besoin d'encadrement, Médusa, rétorqua son père catégorique. Celui-là est le seul qu'il semble comprendre. L'Obscurial a réussi à lui arracher le collier, la magie noire ne peut rien contre un concentré aussi pur de magie noire. Ton frère sait à quoi s'en tenir désormais.
Médusa était moins sûre, elle plissa les yeux. Les elfes quittèrent la pièce.
—Je sais faire un patronus, Père.
Son père qui avait recommencé à jouer avec sa bague, leva de nouveau les yeux vers elle, l'air interloqué.
Elle porta son regard vers le fond de la pièce et se mit à penser fort à son dernier baiser avec Eddy. À quel point cela lui avait du bien d'être avec lui, de baisser un peu la garde, d'être normale. Cette pensée lui déclencha de doux frissons dans le dos.
—Spero Patronum.
De sa baguette un léger filament commença à couler, puis lentement il prit forme. C'était plus puissant encore qu'avec Rita durant leur voyage, il prenait vie. Un sombral argenté apparut. Il s'inclina devant eux et fit un petit tour de la pièce dans un trot aérien avant de disparaître. Son père sourit.
—Spectaculaire. Etonnant, j'aurais cru de ta part un serpent.
—Il n'avait jamais prit de forme jusqu'à présent, répondit la jeune fille troublée. Mère en sera ravie.
—N'approche pas trop les patronus de ta mère, lui souffla son père sur le ton de la confidence, puis il lui fit un petit clin d'œil. Elle n'aime pas trop ça.
La jeune fille lui sourit, amusée. Il avait gardé son verre de vin et jouait avec.
—Tu vas entrer dans la cour des grands, Médusa. Il n'y aura plus de retour en arrière. Bientôt un basculement aura lieu, l'école et le monde seront faciles à cueillir.
—Père… est-ce vous qui avez libéré… Gr-
—Non.
—Est-ce que c'est Mère alors ?
Il ne répondit pas mais esquissa un demi sourire. Médusa n'était pas vraiment surprise. Elle se doutait depuis un moment qu'ils avaient quelque chose à voir avec tout ça. Attirer Dumbledore ailleurs pour avoir la main mise sur Poudlard semblait pourtant n'être qu'une partie de son plan.
—Tu sauras tout très bientôt. Soit patiente, bientôt Dumbledore se retrouvera acculé, et il fera bien des erreurs.
Ça Médusa n'en doutait pas. Voir son ancien ennemi au dehors avec un ennemi au sein de l'école amènerait Dumbledore à prendre de très mauvaises décisions.
—Suis-moi, Médusa, lui ordonna son père en se levant.
Elle interrompit ses réflexions et le suivit. Il ne prenait pas l'escalier et empruntait le long couloir éclairé vers sa chambre. Il était le seul à accéder à cette pièce de la maison. La seule fois où Médusa y avait été, ça avait été après sa tentative d'enlèvement avec son frère. Il les y avait confinés avec leur mère pendant qu'il interrogeait Fabian Prewett. Il était revenu ensanglanté et avait passé des jours entiers avec eux dans cette pièce. C'était la seule fois où il avait eut l'air d'éprouver quelque chose envers eux, il avait eut peur, de les perdre. C'était peut être le sentiment le plus normal qu'il leur eut adressé.
La chambre de leur père était accolée au bureau et était celle de Salazar premier du nom. C'était une grande pièce de pierre sombre, une large fenêtre un peu orientaliste donnant directement sur le marais. Le sol était fait de verre assemblé en vitrail et elle voyait sous ses pieds s'étendre le marais noir et profond. C'était un acte de magie puissant qui l'avait toujours fasciné. Dans un coin de la pièce la jeune fille remarqua un rideau tendu sur une grosse masse. Elle ne sut pas trop ce qu'il y avait derrière car son père l'attirait vers un secrétaire près de son lit.
—Ouvre le premier tiroir, lui ordonna-t-il.
Elle s'exécuta, à l'intérieur se trouvait une petite boite. Elle l'ouvrit doucement. Posé sur un écrin de velours un diadème splendide couvert de pierres précieuses avec un énorme saphir en son centre.
—Le diadème de Serdaigle, souffla la jeune fille.
—Exact. Je l'ai trouvé voilà bien des années. As-tu entendu parler du pouvoir de cet objet ?
Elle fit non de la tête, alors son père se releva et approcha le diadème d'un rayon de lumière par la grande fenêtre. Le saphir brilla doucement d'une lueur bleutée apaisante.
—Celui qui expose à la lumière son joyau y voit alors le chemin le plus sage. C'est ainsi que vous êtes venus au monde. Et toi, souhaites-tu connaître le chemin qu'il te faut suivre ? Cette vérité n'est pas souvent audible pour la plupart des sorciers.
La jeune fille s'approcha et tendit la main en fronçant les sourcils. Elle passa le saphir bleu à la lumière mais fut surprise de ne voir aucun rayon bleuté comme avec son père. Le diadème ne montrait rien.
—Ce bijou ne te montre un chemin, que si tu dois avancer. Tu es à une place dont tu ne pas bouger pour ton propre bien. Entre ces murs, avec ton sang. Tu as toujours fait passer la fidélité que tu as envers nous avant tes ambitions personnelles. Quelles sont tes ambitions à toi, pour l'avenir ?
Il lui tournait désormais le dos et rangeait le bijou. Il ne lui posait que rarement dans questions aussi personnelles et chaque fois elle avait l'impression d'être analysée à chaque syllabe :
—Mon don grandit et par mes aptitudes en potions, je vise l'excellence. Slughorn va me présenter au président de sa guilde bientôt.
—Excellent. Maintenant je dois te parler de quelque chose. Depuis quelques temps je reçois beaucoup de propositions de fiançailles. Elles te concernent, Médusa. Tu es adulte désormais.
—Vous allez me fiancer, s'alarma la jeune fille en se figeant.
—Ce n'est pas prévu. Pour le moment tout du moins. Je te demande juste de faire attention et de refuser toute invitation, peu importe leur nature. Tu as bien dû recevoir quelques sollicitations, je lis dans l'esprit de tes petits camarades que tu en attires plus d'un. Je ne veux jamais entendre parler de quelque chose de ce genre, c'est clair ?
La jeune fille acquiesça en réfrénant un tremblement. S'il ne savait pas pour Eddy, il avait bien remarqué qu'elle était un peu plus lunatique. Elle se reprit immédiatement.
Son père ouvrit la porte de sa chambre et l'invita à sortir.
—Tu sais Médusa, c'est un grand pouvoir que tu as là en plus de ton don. La beauté est un précieux atout. Encore faut-il savoir correctement s'en servir. Si j'apprends que tu me désobéis, nous abaisserons ces ambitions.
Puis il ferma la porte en la laissant pantelante dans le couloir.
.
.
Le bal du ministère avait été ennuyeux et insipide. Avec l'évasion de Grindelwald, l'humeur n'avait pas été au beau fixe pour bien des sorciers. Et ces dernières années il attirait un peu moins de sangs purs pour plus de sangs mêlés et sangs de bourbe. Il était donc de moins en moins attractif. Leur famille était partie au bout d'une heure et demi, après que leur père et leur mère aient longuement discuté dans un coin avec Cygnus Black.
Médusa n'y avait même pas vu Bellatrix et Rita et là-bas. Elle espérait donc les voir au Derby le lendemain. Près d'Epsom le grand stade couvert était métamorphosé en ancienne usine désaffectée pour les moldus. Dans la grande loge de première classe, Médusa observait les sombrals se mettre en position sur le terrain couvert de neige.
—Ne sont-ils pas magnifiques ? soupira Abraxas Malefoy à ses côtés. J'ai rarement vu des sombrals aussi musclés et obéissants. Votre mère a un véritable don, je ne cesse de lui répéter.
Il fumait sa pipe et un peu de cendre tomba sur son costume blanc à l'instar de Médusa et des autres invités qui avaient choisis cette couleur. Le dernière course au Derby de l'année se finissait généralement sur cette règle vestimentaire de toujours s'habiller en immaculé pour imiter la couleur de la neige. C'était des petits us vestimentaires bourgeois auxquels tous se pliaient. Abraxas Malefoy lâcha la vitre du regard et se pencha vers elle.
—Je suis ravi de vous compter en ces lieux, Médusa. Votre famille sera toujours la bienvenue et vous êtes particulièrement en beauté.
Médusa portait une longue robe blanche et ample à longue manche en dentelle. Le regard de Malefoy sur sa robe ne trompait pas et elle put empêcher un claquement de langue sur son palais.
Malefoy sembla se reprendre un peu. Il apostropha son fils en petit costume de marin blanc tenant un elfe par la main pour s'esquiver.
—Lucius, vient dire bonjour à Miss Jedusor. Par ici mon garçon !
—B-bonjour Médusa, fit le petit garçon en lâchant la main de l'elfe pour serrer la sienne. Tu es très en beauté ce soir.
—Merci toi aussi, répondit-elle sincèrement car ce compliment était plus par politesse que par séduction.
—Lucius ! Si je t'ai permis d'emmener Dobby au Derby ce n'est pas pour que tu salisses les mains de Miss Jedusor par ses souillures. Tu ne t'es pas lavé les mains avant de la saluer ! s'énerva Abraxas Malefoy.
—Ce n'est rien, Mr Malefoy. Je ne pense pas que votre elfe soit sale et je n'en prends pas ombrage, répondit la jeune fille d'une voix polie pour désamorcer tout conflit.
Le Malefoy parut satisfait, il partit à la suite d'une grande joueuse de Quidditch pour la saluer. Malefoy avait été un des chouchous de Slughorn quand il était à Poudlard, il avait donc repris certaine de ses mimiques. Les courses du Derby dans sa loge ressemblaient un peu aux soirées de Slug sous cet angle.
Abraxas et Dobby s'étaient rapprochés de la vitre pour regarder le début de la course. Le petit elfe était fébrile et anxieux alors que les sombrals s'élançaient.
—Tu aimes les courses, Dobby ? l'interpella Médusa.
La petite créature leva des yeux grands comme des balles de tennis vers elle et baissa ses grandes oreilles de peur d'être grondé.
—Oui, Dobby aime beaucoup la vitesse. Le jeune Maitre Lucius a convaincu le b-bon Maitre Malefoy de laisser Dobby voir une course.
Même pour un elfe il était petit, ce devait être un adolescent dans son espèce. Médusa lisait beaucoup de choses dans ces grands yeux verts face à elle. Il détestait son statut d'elfe asservi et s'il aimait beaucoup Lucius, il savait qu'un jour son ami le traiterait avec autant de mépris que son père avant lui. Ça devait être ça grandir, tourner le dos à ceux qui les avaient élevés pour rejoindre ceux qui les avaient engendrés.
Quand le premier sombral atteignit la ligne d'arrivée au bout de son tour de piste, la petite créature poussa un cri de joie si intense que quelques sorciers tournèrent la tête vers leur trio. Médusa grimaça à l'idée du quand dirait-on. Comme attirée par l'attention, Rita débarqua dans une robe blanc caillé au col Claudine sage.
—Je ne t'ai pas vue au Ministère, on n'est pas restés longtemps avec mes parents. Depuis l'évasion de Grindelwald l'ambiance a un peu changé.
Elle parlait aussi d'ici en songeant qu'en effet il n'y avait pas beaucoup de personnes dans la loge par rapport à d'habitude. Elle ne reconnaissait aucun visage. Sal était dans un coin toujours à gribouiller sur son carnet. Il détestait le Derby car il savait très bien comment leur mère dressait ces créatures. Alors le plus souvent il s'isolait ainsi indifférents aux invités. Médusa le rejoignit pourtant à sa table et Rita suivit. Quand elle se pencha elle vit qu'il entourait fébrilement ses gribouillis entre eux pour les isoler.
—Je dois leur donner un sens. J'en ai des dizaines de carnets comme ça.
—C'est du langage extraterrestre ? demanda Rita en se penchant sur les runes mêlées de sanskrits. Merlin, tu as l'air de raconter des choses passionnantes.
Elle semblait penser tout le contraire. D'une certaine façon Rita appréciait Sal mais ne le comprendrait jamais. La jeune fille s'écarta, elle repéra une jeune chanteuse près de sa mère et partit la voir :
—Miss Moldubec ! Je viens d'entendre votre premier tube, Chantons sous le kelpi ! Je suis votre plus grande fan !
Elle les laissa sur ces cris. Médusa s'assit près de son frère tandis qu'en contrebas la course s'était terminée sur des cris outragés des perdants.
—Père t'a ordonné de continuer à déchiffrer tout ça ?
—Oui… mais d'une certaine façon je le fais pour moi. Je crois que c'est des formules, je ne les ai pas encore testées… mais ce que je traduis ça ressemble à des rituels.
Il refusa d'en dire plus. Il rangea son carnet dans la poche de son costume blanc car il voyait arriver eux leur mère. Elle était habillée d'une longue robe noire cintrée remontant jusqu'au cou, ses cheveux maintenus vers l'arrière en une queue de cheval haute. La loge du derby était assez en contrejours pour qu'elle puisse s'éviter de se cacher constamment. C'était la seule à avoir désavoué le code vestimentaire prévu ce jour. Elle leur adressa un impérieux regard maquillé de khôl. Ainsi elle avait l'air intimidante, elle leur fit un mince petit sourire.
—Nous allons bientôt pouvoir descendre, les enfants.
Médusa sentit Sal lui saisir la main sous la table. Elle cacha difficilement sa grimace derrière un sourire.
Puis quand une autre course reprit sous un bang sonore de l'envoyeur sur le terrain, leur mère leur fit signe de se lever. Ils s'exécutèrent et partirent en toute discrétion au fond de la loge pendant que les regards étaient braqués sur le terrain. Il y avait tout au fond de la loge caché derrière les commodités, une porte.
—Mot de passe, souffla la voix de l'autre côté du battant.
—Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, souffla leur mère si bas qu'ils purent à peine l'entendre.
La porte s'ouvrit, révélant un sorcier que Médusa avait déjà croisé. Il était grand et poilu, avec une barbe fournie. Il darda ses yeux jaunes sur leur famille et la jeune femme se souvint de son nom, Fenrir Greyback.
—Milady.
—Rasez-moi cette barbe, siffla leur mère en le poussant pour rentrer. Vous sentez le chien mouillé depuis l'extérieur, Fenrir.
L'interpellé grogna une insulte dans sa barbe, et Salazar et Médusa se dépêchèrent de suivre leur mère qui descendait un long escalier étroit. L'endroit était sombre et humide, ils descendirent en silence pendant bien deux minutes en manquant de se rompre le cou sur chaque marche dans l'obscurité. Au bout d'un moment, ils émergèrent face à une porte.
Ils se trouvaient sous le terrain du Derby. Et c'était un immense terrain d'entrainement creusé à même la roche où s'affrontaient des sorciers et des sorcières. Certains avaient leur tenue de soirée blanche, d'autres étaient en tenue d'entrainement, il devait bien y avoir deux cents personnes. À leur arrivée quelques têtes se relevèrent et les saluèrent. Médusa reconnaissait beaucoup de visages de la bonne société sorcière et d'anciens camarades de Poudlard. Leur mère les saisit par les épaules et les conduisit vers le centre du terrain. Sur une petite estrade leur père était assit sur un trône et observait l'agitation des combats avec délectation. Il les repéra alors qu'ils s'avançaient vers lui, et il se leva.
Aussitôt, le silence et le calme prirent l'énorme terrain. Tous les sorciers se rapprochèrent d'un même mouvement vers leur père en attendant qu'il parle.
—Mes bien chers amis, aujourd'hui nous accueillons parmi nous plusieurs nouveaux adeptes.
D'un geste de la main, il les invita à monter. Ils virent qu'ils n'étaient pas les seuls à monter. Bellatrix, Rodolphus et Rabastan montèrent également. Contrairement à eux deux, ils étaient en tenue de combat. Quelques personnes commentèrent leur arrivée à voix basse. Son père leva les mains et le silence se fit.
—C'est par nos enfants et par l'héritage que nous transmettons notre vision du futur. C'est par eux que l'avenir des ténèbres sera.
—Longue vie à Lord Voldemort ! Longue vie au Seigneur des Ténèbres ! hurlèrent les sorciers dans un bel ensemble.
Médusa remarqua leur mère dans un coin, elle observait cette scène d'un air vaguement ennuyé. Les adeptes attendaient fébrilement la suite mais Médusa ne savait pas ce dont elle serait faite. Sal semblait l'avoir mieux comprit car il s'était figé comme une statue de sel. Bellatrix proche de Médusa tremblait d'excitation si fort qu'elle en faisait presque vibrer l'estrade, même Rodolphus à ses côtés semblait lui demander de se calmer par de petits coups d'œil farouches.
—Aujourd'hui le sang des Black, des Lestrange et celui de Salazar Serpentard rejoignent les ténèbres dans son combat. Aujourd'hui, ceux-ci vont nous montrer ce dont ils sont capables.
Abraxas Malefoy arrivait en trainant son fils et Dobby par la main. Au milieu de tous ces adultes l'enfant et la créature avaient l'air encore plus minuscules. Le Malefoy jeta l'elfe au milieu du cercle laissé vide près de l'estrade.
—Il est à vous, dit leur père en montrant la créature. Considérez cela comme un cadeau de bienvenu.
Il tira ensuite son frère vers l'arrière et Médusa fut la première à crier :
—Endoloris !
Dobby s'arc-bouta vers l'arrière et poussa un long cri aigu. Bellatrix prit le relais et jeta à son tour un puissant doloris à la créature qui retomba sur le sol en poussant de longs gémissements plaintifs et sourds. Cela semblait faire beaucoup rire les sorciers autour d'eux qui s'esclaffaient grassement. Salazar n'avait pas bougé de la place où il se trouvait près de son père, il était blanc et fiévreux. Sans doute que chaque impardonnable que recevait Dobby c'était comme s'il les recevait lui même, il essayait de soulager la créature en prenant un peu de sa douleur avec lui. Elle jeta un coup d'œil farouche à son cadet.
« Coupe-toi » lui ordonna-t-elle par la pensée. « Coupe-toi du monde, arrête de te connecter à lui »
Mais il ne voulait pas s'arrêter et fixait sur la créature se tordant de douleur un regard bleu et tétanisé. La torture dura longtemps. Chacun leur tour ils lançaient l'impardonnable ou d'autres maléfice de leurs crus sous les rires de leurs ainés. Bellatrix poussa un gémissement suraigu quand Dobby s'effondra à ses pieds. Il s'était évanoui. Elle lui donna un puissant coup de pied dans la tête et cette fois ce fut le petit Lucius qui eut un cri à la place de l'elfe.
—Devons-nous le tuer ? demanda-t-elle en saisissant Dobby par son torchon sale.
Abraxas Malefoy plissa les yeux, peu enclin à se séparer de son serviteur.
—Toujours autant de hargne, Bellatrix, répondit leur père. Non, voyons plutôt comment décharger cette hargne. Médusa, Bellatrix, montrez à nos amis ce qu'est le pouvoir d'un partisan des ténèbres. Tous les coups sont permis.
Ce fut comme un signal, Bellatrix donna un puissant coup de pied à Dobby pour l'éjecter et entreprit de dessiner une limite en marchant en crabe comme sur un ring de boxe. Baguette tendue les deux jeunes filles se toisèrent. Elles avaient déjà souvent combattu en duel toutes les deux, mais ici ce combat avait plus d'enjeux et serait sans merci. Elles le savaient toutes les deux.
—Chauve-Furie ! cria soudain Médusa.
—Crache-Limace, hurla Bellatrix en évitant son maléfice. Confringo !
Médusa para les sortilèges et commença à en renvoyer à sa condisciple. Il y avait un brasier dans le regard de Bella que rien ne semblait capable d'éteindre, elle souriait comme folle. Elle dansait entre chaque sortilège qu'elle lui lançait comme libérée de ses tourments de la sorte. Médusa commençait aussi à s'amuser, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas combattu à un si haut niveau. Un maléfice de Bellatrix embrasa un bout de sa robe blanche, la jeune fille l'éteignit en perdant de sa superbe.
—Avis ! siffla-t-elle.
Des centaines de petits oiseaux se formèrent et allèrent lacérer la jeune Black qui poussa un hurlement de douleur. Quand les oiseaux enchantés disparurent, Bellatrix était sanguinolente et furieuse. Elle pointa sa baguette sur Médusa :
—ENDOLORIS !
Le maléfice l'atteignit de plein fouet. Médusa hurla, trop surprise pour se taire. Elle retomba sur le sol coupée en deux par la douleur. L'impardonnable était pratiquement aussi puissant que ceux de son géniteur, elle avait l'impression de prendre feu.
Bellatrix s'était rapprochée et lui avait lancé un puissant maléfice pour la taillader. Médusa sentit le sang gicler sur sa robe, elle poussa un hurlement et se releva emplie de rage et d'adrénaline :
—EXPELLIARMUS !
La baguette échappa des mains de Bellatrix. Médusa lui lança ensuite un violent maléfice de croche-patte pour le faire tomber. De là, la jeune fille lança aussi un impardonnable à sa camarade qui se tordit de douleur. Elle retomba près d'elle et lui saisit le visage alors qu'elle laissait passer un dernier cri de douleur. Les yeux violets de Bella s'écarquillèrent d'horreur en comprenant ce qu'elle avait en tête.
—Non ! Pas ça Med !
—Tous les coups sont permis, Bella. Frappe-toi !
Sous son pouvoir, la jeune fille se frappa effectivement au niveau du visage. Médusa s'écarta. Elle était toujours aussi brûlante de rage et hargneuse. Elle susurra de nouveau l'ordre de se frapper à la jeune femme, et elle obéit. La seconde gifle fut encore plus puissante que la première.
—Maintenant prosterne-toi.
Bellatrix, furieuse essaya de résister mais la colère de Médusa était plus puissante encore. La jeune fille fit une révérence piteuse et son pouvoir de suggestion prit fin. Médusa souffla en tremblant. Elle remarqua que tous les sorciers observaient désormais les deux sorcières avec appréhension. Elles étaient échevelées, couvertes de sang, sauvages. Rodolphus aida Bellatrix à se relever, elle s'exécuta avec une moue furieuse. Salazar baissait la tête et regardait ses chaussures, mais leur mère dans un coin avait un sourire presque tendre et fier.
Un bref instant Médusa n'éprouva plus qu'une joie cruelle et violente plus puissante encore que toutes les misères qu'elle avait faite à ses camarades de Poudlard. Elle se demanda si c'était ça, la joie dans les ténèbres dont lui avait parlé son père.
—Un bien beau combat, je n'en attendais pas moins de toi, Médusa. Il manque encore quelques technicités, mais vous avez montré que vous étiez dignes de servir cette cause, mes très chers Mangemorts.
À ce nom le groupe frémit d'excitation. Le sourire de son père s'agrandit, il avait l'air d'être plus heureux ici qu'elle ne l'avait jamais vu l'être.
—Ici, vous apprendrez à vous perfectionner dans les arts noirs. Bientôt notre armée sera au complet. Tendez vos bras.
Lentement, Bellatrix et Médusa découvrirent leur bras gauche, tout comme Rabastan et Rodolphus, Salazar se joignit à eux en tremblant.
—Mosmorde.
De la baguette d'if de leur père jaillit un tatouage qui alla s'imprimer violement dans leur peau. Tous les cinq retinrent une grimace de douleur. Le tatouage était une tête de mort crachant un serpent enroulé autour de lui même. Il ondula un instant, noir et brûlant sur leur peau et disparut. Il ne restait bientôt plus que la douce texture de leur peau, mais Médusa sentait encore fiévreusement son tatouage. Elle eut l'envie furieuse de gratter son bras pour la faire réapparaitre, mais elle se contint.
Après cette intronisation, leur père leur donna congé pour discuter en tête à tête avec leur mère. Certains sorciers semblaient curieux de leur adresser la parole, voire révérencieux au possible. Médusa savait qu'à bien des titres la pureté de son sang et la place de son père dans l'obscurité pouvait lui valoir le titre de princesse, mais devant ces gens elle n'en voulait pas de ce titre.
Tous semblaient attendre quelque chose de leur part. Elle tira Salazar à l'écart, soulagée que leur père ne l'ait pas forcé à torturer Dobby. Si Sal savait se battre il était incapable de magie offensive, sans doute le fait qu'il n'aurait pas pu jeter un doloris risquait de lui faire perdre du crédit auprès de ses adeptes. Sal n'avait pas dit un mot, il était blême et catastrophé par ce qu'il avait vu.
Médusa aurait voulu le réconforter mais elle y avait participé et même pris un peu de plaisir. Elle était couverte de sang et saignait encore un peu. Son frère posa doucement les yeux vers elle. Il sortit son petit carnet à spirale de sa veste et commença fébrilement à chercher une page. Médusa le regarda faire tandis que Bellatrix s'éloignait avec les frères Lestrange. Elle jeta un regard froid à Médusa avant de quitter le terrain d'entrainement.
Salazar récitait maintenant fébrilement des mots qu'il était en train de lire dans son carnet.
Médusa fronça les sourcils alors que son frère posait sa main sur sa blessure à la jambe. Sous ses mots prononcés, sa jambe devint toute lisse dans un frémissement tiède et agréable. Quand elle se pencha dessus, Médusa remarqua qu'elle n'avait plus la moindre cicatrice.
—Comment as-tu fait ça ? souffla Médusa.
Son frère haussa les épaules, puis Médusa sentit la présence de son père dans son dos. Elle frémit et se retourna. Il avait fini de discuter avec leur mère et ils étaient là tous les deux à regarder Sal avec un air de rapace.
—Ce carnet est effectivement plein de surprise. Nous allons travailler cela dès que nous rentrerons ce soir, dit leur père avec les yeux brillants.
—Chaque don peut à sa façon servir les ténèbres, souffla leur mère.
Elle saisit leur frère par les épaules et l'éloigna du terrain d'entrainement. Médusa le regarda partir, mal à l'aise.
—J'aurais aimé qu'il soit capable de combattre aussi bien que toi. Mais être en mesure de soigner si simplement est un talent que ne saurait être laissé éloigné de moi. Quel autre mystère nous attendent encore avec lui ?
—Je l'ignore, murmura Médusa.
Mais elle n'était pas pressée que son père le découvre. La joie sauvage qu'elle avait ressentie après son combat avec Bellatrix avait désormais un goût amer et métallique comme le sang. Elle ne s'était jamais sentie aussi piégée.
À la semaine prochaine pour : Des squelettes dans le placard ! Au programme, Fuite, Noël et malédiction ;)
