Coucou tout le monde !

J'espère que vous avez passé de belles vacances pour celles qui ont eu la chance d'en disposer !

Tout de suite le chapitre 3, un chapitre de transition... J'espère que je suis bien parvenue à amener les éléments et que les sentiments de Kise ne sembleront pas sortis de nulle part. Il est plus difficile d'écrire du point de vue de notre blondin, que de celui de Kagami ou d'Aomine, qui sont plus constants dans leurs sentiments et réactions. Ma crainte principale, c'est vraiment d'aller trop vite sans installer un set up correct avant. Vous savez que j'aime prendre mon temps et que la cohérence me tient à coeur...

Sur ce, ENJOY !


Trois jours passèrent.

Trois jours étaient passés…

Kise n'avait décollé du lit d'Haizaki (qui lui avait laissé, bon prince) que pour se déplacer (« se trainer » serait plus exact) jusqu'au canapé ou à la salle de bains. Oh… il s'était également rendu à son rendez-vous pro, qui n'en n'était pas vraiment un. C'était plus… un point d'étape. Mais les nouvelles n'étaient pas extraordinaires et Kise n'avait décroché qu'un petit shooting quasi anonyme pour une obscure marque de nettoyants ménagers. Certes, c'était mieux que rien et cela allait lui permettre de pouvoir participer financièrement à sa nouvelle… colocation… mais… sa carrière se dirigeait de plus en plus dangereusement vers le point mort.

Et bientôt, il n'aurait plus le choix : il lui faudrait rentrer au Japon, la queue entre les jambes et sans doute aller quémander du soutien financier auprès de sa famille ou d'Akashi, aka « la banque des Miracles » ! Le richissime rouge avait en effet prêté de l'argent à de nombreuses reprises à d'anciens membres. Que ce soit Aomine en l'aidant à payer son billet d'avion pour L.A. ou encore Murasakibara, en investissant une sacrée somme dans sa pâtisserie française, située en plein cœur du quartier huppé d'Akibahara.

Mais jusqu'ici, Kise avait toujours réussi à éviter d'avoir recours aux services de son ancien capitaine. Non pas qu'Akashi prête à des taux d'intérêts prohibitifs, bien au contraire, mais l'idée même de devoir signer une reconnaissance de dettes à l'un de ses amis, gênait Kise au plus haut point. Il fallait dire que le mannequin avait été capable de s'assumer financièrement dès l'adolescence et qu'il en nourrissait une grande fierté.

Mais dans tous les cas, il refusait catégoriquement de vivre aux crochets d'Haizaki…

Rien que le concept même de cette éventualité le dérangeait profondément. Non, il ne voulait surtout pas se sentir redevable du brun… Cela représenterait une défaite personnelle encore plus cinglante que de devoir solliciter Akashi ou ses parents et ses sœurs. En effet, pour commencer, Haizaki ne roulait pas sur l'or et ensuite… au fond de lui Kise redoutait la nature de la compensation ultérieure que pourrait bien exiger le brun tatoué.

C'était plus fort que lui, le blond ne pouvait pas s'en empêcher ! Ca restait avant tout du dépannage. Certes, il n'avait pas eu à se plaindre pour le moment, Haizaki se comportait de manière tout à fait appropriée et respectueuse. Amicale, même, pour le peu qu'ils se voyaient. Le brun était en effet très pris par son travail. Cependant… Kise n'était pas certain qu'il soit souhaitable pour l'un comme pour l'autre, que cet hébergement TEMPORAIRE s'éternise. En effet, cette solution de secours n'avait aucunement vocation à durer et comme il refusait purement et simplement de retourner auprès d'Aomine quoiqu'il arrive, peu d'options s'offraient à lui…

« Et bien Ryota, on dirait qu'au train où vont les choses, tu seras de retour dans ta chambre d'ado chez papa et maman pour tes vingt-sept ans le mois prochain ! »

En attendant, le gros de ses journées consistait à squatter le canapé d'Haizaki et à s'empiffrer de crème glacée à la vanille et au citron. Et à regarder des toooooooooonnes de séries.

Principalement en V.O.

« Donde esta la biblioteca Pablo ? » Répéta Kise une cuillère (pas en argent), dans la bouche.

Sûr qu'il allait indubitablement progresser en langue à ce rythme ! Ca avait toujours été son point faible à vrai dire et il était également venu aux USA pour améliorer son anglais, parce que ça limite quand même pas mal les opportunités professionnelles, lorsque ton métier c'est d'être mannequin international et que tu es donc amené à voyager aux quatre coins du globe.

Quand ce langage inconnu quitta la bouche du blond, Belzebuth (décidément, il ne se ferait jamais à ce nom !), affectueusement surnommé « Zébu » par Kise, l'observa d'un air tout à fait circonspect.

« Oui bon, je te l'accorde, il faut encore que je bosse mon accent ! »

Remarque, s'il pouvait mettre à profit tout son temps libre pour apprendre une langue ou deux, ce serait toujours ça de gagné…

« Bonsoir chéri, c'est ton p'tit mari qui rentre ! » Lança une voix à laquelle il s'était à présent habitué.

Et plus vite qu'il ne l'aurait cru.

C'était Haizaki qui rentrait au bercail après sa journée de dur labeur.

« Hmm… salut. » Répondit Kise sans grand enthousiasme.

« Quoi, c'est tout ? Tu ne viens même pas me faire un p'tit bisou ? Mais peut-être que je te dérange au beau milieu d'une passionnante activité ? »

« Bien-sûr que non, ne sois pas idiot. Ca a été ta journée ? »

Il avait demandé ça par politesse, mais pas seulement… Car mine de rien, avoir une présence avec laquelle échanger était plus agréable qu'escompté. Et pour être plus précis, une présence qui pouvait vous répondre avec des mots et entretenir une conversation, elle, n'est-ce pas Zébu ?

« A peu près. Crevante. Et la tienne ? T'es sorti aujourd'hui ? »

« Oui, j'avais mon RDV pro à l'agence. Et je t'annonce que j'ai décroché un shooting dans deux jours. »

« Excellente nouvelle ! Tu veux une petite bière pour fêter ça ? »

Haizaki ne chercha pas à en savoir plus sur la séance photo en question. Et étrangement, Kise appréciait que le brun ne cherche pas systématiquement à lui tirer les vers du nez. Il y avait comme une entente tacite entre eux et Haizaki le laissait parler de ce qu'il désirait uniquement et à son rythme.

Pas de pression.

« Heu… non merci. Mais tu peux t'en servir une toi, si t'en as envie. Il doit en rester dans le frigo, j'en ai remis un pack au frais ce matin. »

Ca, c'était l'un des rares trucs qu'il maîtrisait en terme de « tâches ménagères ». Vivre avec Aomine lui avait appris l'importance de TOUJOURS disposer de bières fraîches ! Même si le basané avait tendance à transformer le bac à légumes et bac à bières…

« T'es parfait, tu l'sais ça ? La maîtresse de maison idéale ! Et tu sais ce qui te rendrait encore plus parfait ? Me faire un massage des pieds ! »

« Je regrette, mais par définition, on ne peut perfectionner davantage ce qui est déjà parfait. Quel dommage, ça évidemment été avec plaiiiiiiiiiisir sinon ! » Gloussa Kise.

Bizarrement… Kise se surprenait à attendre le retour du brun toute la journée. Jamais il n'aurait anticipé apprécier à ce point la compagnie d'Haizaki. Bon, l'ennui y était clairement pour beaucoup. Mais tout de même. Il en était d'ailleurs le premier surpris.

« Tu ne m'as pas attendu pour manger, j'espère ? »

« Non désolé. Pourquoi, j'aurai du ? Il est plus de 22h et ça commençait à faire tard pour dîner… » Culpabilisa instantanément Kise. « Et j'avais faim... »

« Quoi, déjà ? Merde… désolé, j'avais pas réalisé. Je serai rentré plus tôt si j'avais su. En tout cas, t'as bien fait de ne pas m'attendre. »

« Mais il reste du thaïlandais si tu veux. J-je ne savais pas si tu aimais ça… mais… comme j'ai pas ton numéro de téléphone… j'ai pas pu te le demander avant de passer commande. J'espère quand même que ça te conviendra… »

« Ah putain, c'est vrai ça. D'ailleurs, ça fait combien de temps que tu crèches ici déjà ? Trois, quatre jours ? Et on n'a toujours pas échangé nos numéros… C'est pas grave, on va remédier immédiatement à cet oubli. »

Rejoignant Kise, Haizaki sauta sur le canapé avec le reste de nouilles au poulet pimenté et sa bière dans l'autre main. Il posa le tout sur la table basse, déjà occupée par un énoooooooooorme pot de glace fortement entamé, à propos duquel il se garda cependant de faire le moindre commentaire.

Pas besoin de sortir de Todai pour comprendre qu'il s'agissait du moyen choisi par Kise de noyer de sa déception amoureuse. C'était un brin cliché certes, mais cette fringale sucrée valait mieux que l'alcool ou la drogue. Enfin, sauf pour sa ligne mannequinale bien entendu.

« Ok, donne ton numéro et je te bipe. »

Le blond s'exécuta sans broncher et Haizaki remarqua même que Kise avait baissé le son de la télévision pour pouvoir discuter tranquillement avec lui.

« C'est bon, bien reçu. » Il enregistra le numéro de son compatriote japonais, avant de lui demander, hésitant. « Dis… tu… comptes sortir ce soir au fait ? »

C'est que… le piercé avait découché tous les soirs sans exception depuis que Kise s'était installé ici. Au début, le blond avait même naïvement pensé que c'était parce qu'il monopolisait le lit de son hôte. Mais apparemment, Haizaki était un fêtard. Ne l'avait-il pas croisé dehors justement lorsqu'ils s'étaient revus. Ou alors… il y avait sans doute une femme derrière ces absences… Ou même deux… Oui, ce ne serait pas étonnant que le brun ait une ou plusieurs maîtresse dans les parages…

« Sexy. Non, non, non, pas du tout sexy, moche voilà. Moche, laid et repoussant ! »

Hmm… c'était sans doute l'odeur virile du brun qui provoquait ces pensées déraisonnables. Et pour cause, Haizaki sentait un mélange de transpiration – sûrement due à l'effort physique fourni lors de son travail – mais aussi… autre chose. Ce parfum musqué caractéristique d'après sexe… Même dans le tissu de ses vêtements semblait profondément incrusté un arôme fleuri, laissant présager d'une compagnie féminine, mais… l'effluve était si persistante et peu raffinée que cela donnait une drôle d'impression à Kise. Presque comme si… l'heureuse élue n'était autre qu'une octogénaire grabataire. Du genre « mamie gâteau » qui s'asperge généreuse d'une concoction bon marché s'apparentant davantage à du désodorisant pour toilettes, qu'à une envoûtante eau de rose.

« Je dois probablement me faire des idées… J'ai pas eu de rapport sexuel depuis des semaines, ça doit commencer à me montrer au cerveau bien plus que je ne l'imaginais… »

Quoiqu'il en soit, cela n'aurait rien de véritablement étonnant. Haizaki avait toujours été très populaire auprès de la gent féminine et Kise ne comptait plus le nombre de fois où Haizaki lui avait volé ses petites amies autoproclamées par le passé. Ou plutôt le nombre de fois où il l'en avait débarrassé. Ce faisant, on pouvait même arguer qu'Haizaki lui avait héroïquement rendu service à de maintes reprises et aujourd'hui encore ne faisait pas exception, puisque l'ex-délinquant avait pris l'initiative de l'accueillir à titre gracieux sous son toit.

Sans demander la moindre compensation.

« Nan j'ai aucun plan pour ce soir, j'comptais juste rester pépère ici avec mon blond préféré. »

« Blond préféré ? Pfff… ça compte pas, vu que j'suis à peu près sûr d'être le seul que tu connaisses ! »

« Et alors ça ? Ca n'enlève rien au fait que tu sois mon préféré. »

« Ouais, ouais… »

« Et toi, tu veux sortir ? » Proposa t-il en aspirant ses nouilles.

« Non pas vraiment… mais si tu changes d'avis finalement, je comprendrai. »

« Tout seul ? Hors de question. D'ailleurs, je reste persuadé que ça te ferait le plus grand bien de sortir te changer les idées. »

« Mais j'vais bien là. » Nia Kise. « Et puis, j'suis fatigué. »

« C'est sûr que ne rien foutre, ça épuise. »

Kise lui jeta alors un regard assassin pour bien signifier son mécontentement.

« J'ai comme l'impression que je vais oublier de descendre t'acheter des bières demain… »

« Toi, tu sais me prendre par les sentiments, oublie ce que je viens de te dire ce n'était qu'un petit chambrage sans importance ahaha... Et en parlant de « sentiments », je me disais que je pourrai te faire de la place dans le débarras. En le vidant un peu et en le rangeant, tu devrais pouvoir le transformer en dressing, t'en penses quoi ? »

Wow ça, c'était inattendu. Kise y voyait presque un geste symbolique, comme si Haizaki cherchait à lui faire une place dans sa vie, dans son quotidien…

« C'est… vachement gentil de ta part ! » Reconnut Kise en clignant des yeux de surprise. « Mais… »

« Ouais je sais, faut encore que tu récupères tes fringues pour ça. Tu comptes t'en occuper quand d'ailleurs ? »

« Et ben, à vrai dire je… »

« … n'envisageais pas du tout de le faire… ? » Compléta mentalement l'expert de la mode.

« Pourtant, c'est bien ce dont on avait convenu, non ? A moins que tu ne sois soudainement tombé amoureux de ma garde-robe et qu'elle ne te convienne au final ! »

« Ah ça non jamais de la vie ! Ecoute, sans vouloir te vexer… j'ai passé l'âge des T-shirt à l'effigie de groupes de rock… » Annonça celui qui portait présentement un T-shirt de Korn. Emprunté à son geôlier. « … et puis, j'te signale que les marcels ultra moulants à la papa, ça ne va bien qu'à Bruce Willis dans Die Hard… ! » Critiqua t-il la tenue actuelle du motard.

« Ok, pas de problème dans cas ! Puisque le contenu de mon armoire ne te convient pas, tu n'as qu'à ramener tes propres fringues ici dès demain, qu'on n'en parle plus ! »

!

Ce n'était encore une fois pas vraiment ce que Kise avait prévu, mais on dirait que depuis qu'il avait recroisé Haizaki, les forces de l'univers prenaient un malin plaisir à remettre en question tous ses plans. Il céda donc… avec une facilité dont il s'étonna lui-même.

« D'accord. J'envoie un message à Satcchi pour qu'elle s'en occupe et qu'on se voit pour que je les récupère ensuite. »

« J'espère pour elle qu'elle ne va pas mettre trois jours à tout rassembler et que t'as assez de valises pour tout transporter ahaha ! »

« Elle s'en sortira très bien, rassure-toi. Satcchi a l'habitude, on va toujours faire notre shopping ensemble, pour ton information espèce de mauvaise langue ! » Se défendit Kise tout en pianotant sur son téléphone. « Y des cafés fréquentables dans le coin ? »

« Tu veux bouger ton cul finalement ? Aaaah là tu m'fais plaisir ! »

« Je parlais de cafés, pas de bars ! D'un lieu de rendez-vous DIURNE quoi, pour voir Satcchi demain. »

« Oh. » Déception. « Bah… pourquoi tu ne lui dis pas tout simplement de venir ici ? »

« Je… je ne tiens pas spécialement à ce qu'elle sache où j'habite… elle pourrait le dire à Dai sans faire attention… » Mentit Kise.

« Ouaiiiiiiiis bien-sûr, j'vois c'que c'est. En vérité, tu as peur qu'elle me voit surtout ! T'as honte de moi en fait... »

Aïe, perspicace… En effet, la perspective que la rose puisse revoir Haizaki n'enchantait guère Kise… Oh, pas que le brun s'en soit déjà pris à leur ancienne manager pendant sa période « sale enflure » mais… le franc parlé du tatoué et la curiosité de la marieuse du tout Hollywood risquaient de ne pas faire bon ménage.

Ou plutôt, trop bon ménage…

« P-pas du tout ! Où es-tu allé chercher une idée pareille !? »

« J'croyais que tu avais horreur du mensonge, pourtant, t'es l'premier à en user quand ça t'arrange. Tu sais quoi ? Fais c'que tu veux, c'est pas mon affaire. T'as le droit de voir ta pote en solo après tout. J'vais pas me vexer pour si peu, ce serait ridicule. Tu n'as qu'à lui donner rendez-vous au Cheesecake Factory à l'angle de Church et de Plaza. C'est facilement accessible et fréquenté essentiellement par une clientèle familiale. Mais elle aurait tout aussi bien pu venir ici étant donné que je bosse, elle et moi on ne se serait pas croisés, si ça peut te rassurer. »

« Merci pour ces précisions. Et de te montrer aussi compréhensif Shogo. »

Décidément, Kise se dit qu'il cumulait les gaffes avec son logeur ! Pourtant rien ne semblait plus le justifier. Sauf que la méfiance est une vieille habitude qui a la peau dure. Et à sa décharge, il fallait reconnaître qu'Haizaki avait vite lâché l'affaire, ce qui était hautement suspect… etttttttt… voilà qu'il repartait dans sa paranoïa ! Il ne pouvait pas s'en empêcher : quoi que son ancienne Némésis fasse, Kise trouvait toujours son attitude louche et potentiellement répréhensible.

« Tu sais ce dont tu aurais grand besoin Ryota ? » Murmura t-il près de son visage.

Sa voix chaude interrompit le train de pensées du blond, qui se tourna vers lui.

« Non, mais tu vas me le dire… ? »

« De tirer un coup. » Clama t-il sans hésiter.

Ah oui d'accord. Nature, quoi ! Nature et découvertes, même !

Après tout, pourquoi s'embarrasser de politesses ou de formalités ?

« T'en as d'autres des comme ça à m'apprendre ? Ecoute… j'apprécie que tu essaies de m'aider, mais je vais très bien, je t'assure… j'ai juste besoin de rester tranquille là, c'est tout. Y a rien de mal à ça, pas vrai ? »

« Ryota… si tu crois que je ne t'entends pas chialer tard le soir quand t'es couché et que tu crois que je suis endormil'oreiller est encore trempé par tes larmes le lendemain ! »

« D'accord, si tu le dis. Alors on n'a qu'à dire demain soir, pour notre petite tournée des bars ? »

S'il disait non, Haizaki allait encore le harceler avec ça, à tous les coups.

« On verra, peut-être. »

Et même si Kise ne comptait pas répondre plus favorablement qu'aujourd'hui à l'invitation, au moins, cela donnait l'illusion que son avis n'était pas encore ferme et définitif.

Habile subterfuge, s'il en était.

Mais pour le moment, Haizaki ne semblait se douter de rien et sa stratégie fonctionna. Aussi, ils passèrent donc une soirée peinarde devant la télévision et Kise se paya même le luxe de s'endormir contre l'épaule réconfortante de l'ex-voyou.


Pour parler de manière totalement transparente, Kise se sentait un peu nerveux à l'idée de voir sa meilleure amie. Par réflexe, il avait dégainé les grosses lunettes de soleil carrées qui trainaient en permanence dans sa poche de manteau, ainsi que son fameux manteau beige style trench coat justement. C'était son accoutrement de prédilection pour passer inaperçu, lorsqu'il sortait au Japon, afin que les paparazzi ne puissent pas l'identifier. En général, un borsalino complétait également sa panoplie d'agent secret heu… de la parfaite star incognito, mais hélas son chapeau favori était resté chez Aomine et il espérait que Momoi n'avait pas oublié de le glisser dans les affaires qu'elle lui rapportait.

Pour se sentir un peu moins « identifiable » capillairement parlant, Kise était parvenu à dégoter une casquette (à l'effigie d'une quelconque équipe de baseball, pas que Kise soit un grand connaisseur en la matière d'ailleurs…) dans la garde-robe d'Haizaki. Et bien qu'il crevait actuellement de chaud sous sa gabardine, cela l'aidait à se sentir en sécurité. Même si les chances qu'un fan intrusif ne le reconnaisse ici étaient proches de zéro, à l'image de sa renommée aux States actuellement.

Comme il faisait grand soleil aujourd'hui, Kise avait choisi de s'installer en terrasse et planqué derrière un magazine de mode, l'égérie japonaise ne vit pas immédiatement arriver sa meilleure amie.

Cette dernière était vêtue d'un tailleur jupe Chanel (qu'ils avaient évidemment acheté ensemble) motif pied de poule et boutons dorés du plus bel effet. Ses talons aiguilles vertigineux allongeaient et affinaient ses jambes, la faisant paraître plus élancée. Avec son ventre rebondi de femme enceinte en prime, c'était à se demander comment elle était parvenue à trainer jusqu'ici les deux valises à roulettes remplies à ras bord, renfermant toutes les excentricités vestimentaires du fashionista de service.

« Ki-chan ! » S'enthousiasma-t-elle en l'apercevant enfin.

« Satcchiiii ! »

Il se leva immédiatement de son siège pour aller la serrer dans ses bras. Mais pas trop fort quand même vu son état.

« Ow ! Ton bébé vient de me donner un sacré coup de pied ! » Gloussa t-il légèrement

Sûr qu'il n'allait pas finir basketteur celui-ci, mais plutôt footballeur avec une telle force de frappe ! Quoique ses illustres parents ne se remettraient probablement pas d'un tel choix de carrière sportive…

« J'ai comme l'impression que ce petit coquin est déjà aussi possessif que son père ! » Sourit Momoi en caressant son ventre, avant d'aller s'asseoir.

A ce stade avancé de la grossesse, elle avait en effet de plus en plus de mal à rester debout alors Kise l'imita rapidement et un serveur vint prendre leur commande maintenant qu'ils étaient enfin au complet. Enfin, ce n'était pas comme si, en attendant l'arrivée de son amie, Kise n'avait pas enchaîné les cafés comme s'il buvait de petit lait. La nervosité avait pris le pas sur son envie de bavarder avec la rose. Bien entendu, il avait pleinement confiance en Momoi et il savait pouvoir compter sur sa discrétion absolue. Mais… d'un autre côté, il redoutait son jugement… Qu'allait-elle penser des événements de ces derniers jours… ?

Kise n'allait pas tarder à le découvrir.

En attendant, la récente Madame Himuro dégustait (ou plutôt « dévorait ») la truculente part de cheesecake (la spécialité de l'établissement), que le serveur s'est hâté de lui ramener.

« Pas aussi bon que ceux de Tatsuya, mais mention honorable. Je ne connaissais pas du tout cet endroit, c'est une jolie découverte en tout cas ! » Se réjouit-elle.

« Il faut dire que ce café n'est pas vraiment situé dans nos quartiers de prédilection… »

« Pas du tout même ! »

« Content que l'endroit et la nourriture te plaisent en tout cas. »

Il se garda bien de lui révéler qui lui avait recommandé cet endroit… Pour le moment, mieux valait éviter de citer Haizaki le plus longtemps possible.

« Et sinon, tu vas bien Ki-chan ? » Demanda l'ex-Momoi (mais qu'on continuera souvent à appeler par son nom de jeune fille pour plus de facilité), entre deux coups de fourchette. « Parce que tu as une mine affreuse ! »

… Wow, elle n'avait pas perdu de temps pour entrer dans le vif du sujet, droit au but ! Kise reconnaissait bien là son ancienne manager. Elle avait toujours su analyser les situations mieux que personne et exploiter les faiblesses de l'équipe adversaire comme personne. Pour être franc, le top model avait espéré qu'elle attendrait un peu avant d'ouvrir les hostilités…

« Non mais tu t'es regardé dans un miroir récemment ? » Poursuivit-elle sans lui laisser le loisir de nier. « Est-ce que tu dors bien ? Tu manges assez au moins ? Et je parle de vraie nourriture hein ! Pas de carburer au café avec le ventre vide ! »

Raaah elle le connaissait beaucoup trop bien ! Inutile d'essayer de lui mentir, elle se sentirait insultée.

« Non, tu te fais des idées… Je mange peu, c'est vrai… mais correctement. Enfin, la plupart du temps. »

Inutile également d'évoquer l'épisode pathétique du gavage à la crème glacée… Moins elle en savait à ce sujet, mieux elle se porterait. Elle était enceinte après tout, il était donc du devoir de Kise de la préserver au maximum en dissimulant certaines informations peu… pertinentes.

Et puis, le jeune homme ne s'en sentait pas particulièrement fier… Il avait l'impression d'avoir adopté le comportement ridicule d'une héroïne de « chick lit » type Bridget Jones ! Vous savez, celles qui, suite à une rupture amoureuse, se mettent à traîner chez elles en sous-vêtements et chaussettes, avec leur mascara qui coule et un pot de glace format familial sous le bras, pour pouvoir s'empiffrer en chouinant devant des comédies romantiques aussi niaises que débiles.

« Alors comme ça, il paraît que tu vis avec Zakkun ? »

Mince, les nouvelles allaient vite… Rien de très surprenant, le téléphone arabe avait toujours été la spécialité des Miracles…

Répéter, déformer, amplifier…

« C'est lui qui cuisine, j'espère ! Je sais que tu es désespéré Ki-chan, mais tu ne dois en aucun cas t'approcher d'un four tu m'entends ? Parce que vois-tu, le suicide par intoxication alimentaire est réputé comme étant extrêmement douloureux, en plus d'être totalement hasardeux ! Ensemble, on peut encore trouver une autre solution, il n'est pas trop tard ! »

Kise se sentit ses talents culinaires être profondément bafoués, mais il préféra passer rapidement sur ce MENU détail… Après tout, il n'avait pas la réputation d'être un cordon bleu. Plutôt… un cordon… noir-cramé ? Ou vert périmé ?

« Est-ce que c'est… Daikicchi qui t'a dit que j'étais parti chez Haizaki ? »

L'espace d'un instant, Kise fut tenté de demander des nouvelles du basané à la rose, mais il parvint à tenir sa langue juste à temps.

« Non, même pas. Pour tout te dire, c'est Kagamin qui en a informé Tacchan et comme Tacchan est un mari exemplaire, il n'a fait qu'accomplir son devoir conjugal en me le répétant ! » Sourit-elle fièrement avant de se raviser, un peu surprise tout de même pour cette nouvelle. « Et donc, c'est bien la vérité ? Vous vivez réellement ensemble, comme des colocataires ? »

Hmm… mais puisqu'elle ne tenait pas directement l'information de la part d'Aomine, cela voulait dire que Kise avait peut-être encore une carte à jouer ! Ca valait le coup d'essayer en tout cas, car il ne tenait absolument pas à parler de sa cohabitation avec le brun… Pas qu'il en ait honte encore une fois, mais il craignait que Momoi n'interprète mal ses paroles ou se puisse se montrer… trop curieuse. Oui, elle allait forcément chercher à en savoir plus, alors que lui-même… avait encore bien du mal à définir sa relation avec Haizaki… Et s'il fallait à tout prix poser des termes dessus, il n'était d'ailleurs pas certain que « colocataires » soit le plus représentatif.

« Non Satcchi… Nous ne « vivons » pas ensemble : nous nous supportons juste au sein d'un même espace clos, c'est différent. »

« Bravo Ryota, très convainquant ! » Se flagella t-il en silence.

Mais en même temps, comment… dire cela autrement ? C'était la meilleure façon qu'il avait trouvé pour décrire le fait de partager le même toit qu'Haizaki. Erf… et maintenant, il avait la désagréable impression de se conduire exactement comme Aomine : en n'assumant pas et en se confondant en euphémismes, comme si cela avait une chance de « minimiser » ses actes et ses décisions. De les rendre plus acceptables. Mais ne venait-il justement pas de donner la définition même de la « colocation » ?

Putain… il était paumé là. Pourquoi était-ce si difficile d'avouer qu'Haizaki l'hébergeait le temps de pouvoir se retourner ? Peut-être qu'au fond de lui et sans parvenir à se l'avouer… Kise avait juste le désir que cette solution temporaire se concrétise sur la durée. Car finalement et contre toute attente, vivre avec Haizaki n'avait rien de désagréable. Et le brun semblait même prêt à ce que le blond s'installe durablement avec lui, puisqu'il avait même déjà prévu de lui faire de la place, afin que Kise se sente rapidement à la maison.

« Je ne sais plus quoi penser… Ca ne rime pourtant à rien de continuer à le diaboliser. Mais… je n'arrive pas à faire autrement, c'est plus fort que moi. Je crois que dans le fond, j'ai peur…peur qu'il ne soit encore en train de me préparer un coup fourré dont lui seul a le secret… »

L'attitude passée du brun avait du le traumatiser bien plus qu'il ne l'avait escompté… Pourtant, Kise lui avait rendu chaque coup donné, sans jamais courber l'échine. Mais forcément, des échanges aussi violents et crus laissent des traces qu'un coup d'éponge magique ne suffit pas à effacer. Cela allait encore prendre du temps, avant qu'il ne réussisse à accorder pleinement sa confiance à Haizaki.

S'il y arrivait un jour.

« Ne te mets pas la pression Ryota. C'est normal de rester méfiant, au vu de votre lourde histoire commune. »

C'est alors qu'une voix familière tonna derrière lui.

« Oh c'est pas gentil de dire ça dans mon dos ma bestiiiiie ! »

Kise se figea à nouveau sur sa banquette, en particulier lorsque l'autre garçon sauta dessus pour s'asseoir à ses côtés.

« Oh Zakkun ! Ca alors, je ne m'attendais pas à te voir ici ! » Sourit Momoi, bien qu'un peu surprise elle aussi.

« C'est moi qui lui ai indiqué ce café. Je savais donc où et quand vous trouver. Alors il est bien cet endroit, tu vois Ryota ! Et salut au passage Satsuki ! »

Le brun la gratifia même d'un baise main poli, ce qui ne manqua pas d'interloquer aussi bien Kise que sa comparse féminine. Cette dernière finit par glousser doucement, mais Kise était nettement moins amusé par la présence sa Némésis, lui… Dans quel but Haizaki s'était-il incrusté ici ? Cela cachait indubitablement quelque chose et le blond avait même la désagréable impression que son colocataire s'était joué de lui et l'avait même carrément piégé en lui recommandant cet endroit…

« Wow il est énorme ton ventre ! Tu comptes nous pondre toute une équipe de basket ? »

« Ahaha pourquoi pas ? Mais je concevrai les joueurs un par un alors ! »

« Attends, t'es en train de me dire qu'il n'y a qu'un seul bébé là-dedans ? Ben putain de merde ! » S'exclama t-il, le regard rivé sur l'abdomen tout rond de la rose.

Et pas que.

Car l'ancienne manager n'avait pas pris que du ventre à vrai dire… ses attributs mammaires déjà plus qu'affirmés avaient également gagné en volume, ce qui semblait jusqu'ici difficilement concevable pour Haizaki. Elle devait dangereusement pencher vers le sol en marchant avec un tel poids réparti à l'avant !

« Et heu… tes nichons aussi sont huge ! T'as de quoi allaiter toute la région du Kansai avec de tels ob… Owww ! Ryota ! » Se plaignit le brun qui n'avait toujours pas la langue dans sa poche.

Le blond venait en effet de le rappeler à l'ordre en le tirant par l'un de ses piercings à l'oreille.

FORT.

« Excuse-le Satcchi, il a encore des progrès à faire en matière d'éducation ! »

« Oui, c'est vrai, faudrait surtout pas aller trop vite en besogne avec moi. C'est que… Ryota vient à peine de m'apprendre à faire mes besoins sur du papier journal, mais il a encore du mal à m'empêcher d'aller me frotter aux jambes des jolies dames ! »

Nouveau pincement sec. Nouveau cri de douleur.

« Ouuuch nan mais t'as fini, oui !? »

« Surveille tes paroles Rantanplan, si tu ne veux pas avoir à porter une muselière ! »

« J'ai toujours su que tu rêvais de me tenir en laisse Ryota… » Souffla t-il sensuellement.

« Si j'étais vraiment ton maître, je te ferai plutôt piquer sans hésiter… »

« Hmmm… je vois Master Ryota n'aime pas les corniauds. Il ne veut que des chiens pure race car il a des goûts de luxe… et seuls les toutous bien toilettés ont le privilège de lécher son gros os à moelle… »

Le tout ponctué d'un regard suggestif, pour ne pas dire carrément salace.

Mais l'honneur de Kise était en jeu, surtout devant Momoi, alors il ne se laissa pas démonter.

« La castration, ça te tente…? »

« Seulement si tu t'en occupes toi-même. Avec tes dents… »

« Ah ! » S'écria soudainement Momoi, les faisant sursauter tous les deux et interrompant ainsi sur leur petite scène de ménage animalière.

Elle venait d'avoir une REVELATION !

« Mais ouiii, ça y est j'ai compris ! Vous êtes ensemble en fait ! Ca explique touuuuuuuuuut ! »

What… ? Ensemble, comme dans UN COUPLE !?

La terre sembla s'ouvrir sous les pieds de Kise.

Et voilà ! A cause de cet imbécile d'instable capillaire, Momoi allait se faire de fausses idées, qu'elle se ferait une joie de les répéter à Daiki et…

Est-ce qu'un tel mensonge même pas crédible aurait une chance de rendre jaloux Aomine ? Non, probablement pas… malheureusement.

« Tu crois vraiment qu'il serait aussi aigri, s'il était avec quelqu'un en ce moment ? Surtout si le quelqu'un en question, c'était moi… Je n'ai pas la réputation de laisser mes amants insatisfaits et grognons. »

« Hmm… C'est vrai, tu marques un point Zakkun ! Quelqu'un d'épanoui sexuellement ne serait pas aussi susceptible ! »

« Hey ! » Eructa à son tour Kise, qui avait l'impression que les deux anciens de Teiko se liguaient contre lui. Et qu'on l'ignorait. « J'vous entends, vous savez ! »

« C'est marrant parce que je lui disais justement pas plus tard qu'hier soir… » Fit Haizaki en piquant un morceau du gâteau DE Kise avec SA fourchette avant de l'enfourner dans sa bouche. « … que ça lui ferait le plus grand bien de baiser un coup. Tu veux pas essayer de le motiver un peu toi aussi ? Il t'écoutera sûrement plus que moi. »

Mais…

MAIS !

CE MUFFLE ETAIT D'UN SANS GENE ABSOLU !

Kise lui arracha sèchement son couvert des mains et éloigna son assiette de lui, pour tenter de sauver le peu qu'il lui restait de sa malheureuse part de cheesecake.

« Déjà qu'à la base, il ne voulait pas venir aujourd'hui. Il a fallu que je le convainque, ça faisait des jours qu'il n'avait pas vu un visage amical… »

L'enfoiré !

Le blond lui lança un regard noir comme le contenu de sa tasse de café. Et si ce satané piercé osait évoquer Aomine devant Momoi, Kise allait se faire un plaisir de lui transpercer sa langue de vipère avec sa fourchette, en guise de second piercing !

« C'est vrai ça, Ki-chan ? » Demanda Momoi d'un air concerné.

« Bien-sûr que non ! Tu ne vois pas qu'il arrange la vérité à son avantage et que tout est sorti de son contexte ? »

« Mais tu sais... Dans le fond, je pense que Zakkun a raison. Ca te ferait du bien d'avoir un peu de compagnie. Quand on est déprimé, il ne faut surtout pas rester seul ! » Lui fit-elle la morale sous l'œil approbateur du traître local.

« Je ne suis pas déprimé Satcchi, je t'assure. C'est juste que… »

« Que ? »

Zut. Il ne trouvait rien à répliquer. Bon sang, si seulement Haizaki ne s'était pas amené pour encore tout foutre en l'air comme à son habitude ! Kise n'aimait pas que Momoi s'inquiète pour rien, elle était enceinte quand même, c'était mauvais pour le bébé !

« Ecoute, je vais bien c'est la stricte vérité. Et pour te le prouver, j'accepte de sortir ce soir boire un verre avec Haizaki. »

« Formidable ! C'est tout ce que je voulais entendre ! » Sourit-elle à nouveau, visiblement rassurée.

Il lui retourna son sourire, se disant surtout qu'il aurait bien planté sa fourchette dans la cuisse du brun, là, maintenant, tout de suite. Heureusement, il parvint à réprimer ce désir mortifère en le muant en quelque chose de moins violent, mais de tout aussi désagréable puisqu'il renversa MALENCONTREUSEMENT son café encore BRÛLANT sur le débardeur d'Haizaki, non sans lui avoir lancé un regard qui signifiait : « Je t'ai déjà dit que les marcels BLANCS ne vont bien qu'à Bruce Willis ! »

« Oh quelle maladresse ! » Minauda Kise.

Pas franchement ravi de s'être fait ébouillanter le bassin, Haizaki bondit sur son siège et un jeu de regard s'instaura entre les deux anciens rivaux. Celui d'Haizaki disait clairement : « Ah ouais ? Bah puisque tu y tiens tant que ça apparemment, je vais l'enlever ! »

Et il le fit.

Oh God he did

Et putain… il était encore mieux gaulé que ses vêtements ne le laissaient paraître. (faisant rougir Momoi au passage et pourtant, des mecs torses nus elle en avait côtoyé durant toute sa scolarité !) Bien entendu, Kise avait déjà eu le privilège de le voir torse nu à la sortie de la douche, mais ça lui faisait le même effet à chaque fois. Et un effet des plus indésirables, parce qu'il s'agissait tout de même de sa bête noire. Ou était-ce EX-bête noire… ? Dans tous les cas, reconnaître qu'Haizaki possédait un corps de rêve, n'était pas qu'un simple constat.

C'était intensément humiliant.

… Ok, Kise était PEUT-ETRE un peu frustré sexuellement pour nourrir de telles pensées. Mais à sa décharge, depuis son incartade nocturne non assumée avec Aomine, son caleçon était aussi désert que le désert de Mojave. Et avant ça aussi, tout bien réfléchi. Les coups d'un soir, juste pour « l'hygiène », très peu pour lui. Oh bien-sûr, comme tout le monde, il avait déjà utilisé Tinder et même son petit frère Grindr pour voir quel genre de poiscaille son joli hameçon pouvait attraper. Certes, la pêche avait été fructueuse et la nuit agréable, cependant… il lui manquait toujours quelque chose… Car s'il se sentait satisfait sur le moment, ne pas se réveiller dans les bras de son amant au petit matin (Kise était extrêmement câlin durant le sexe et même en dehors.) et dans un hôtel sordide (lui et Aomine avaient décidé d'un commun accord de ne pas ramener leurs dates à l'appartement, ce qui lui rappela d'ailleurs qu'il n'avait pas encore abordé le sujet avec Haizaki et qu'il ne connaissait donc pas sa position sur la question…), ça avait toujours tendance à gâcher l'expérience globale. C'était sûrement un peu cliché de continuer à penser ainsi, à l'heure des réseaux sociaux et au sein d'un monde en mouvement perpétuel, dans lequel on peut se dégoter un partenaire sexuel aussi vite qu'on commanderait une simple pizza, mais…

Lui, il avait besoin de romantisme.

De découvrir et d'apprendre à connaitre la personne. D'une connexion spirituelle. C'était ça qui rendait le sexe meilleur, inoubliable même. L'affection, la tendresse, l'entente, la communication. Bien-sûr, s'offrir à un(e) parfait(e ) inconnu(e ) avait également un certain charme qu'il ne le niait pas. Mais malgré cet indéniable attrait, ce n'était pas ce à quoi Kise aspirait sur le long terme, disons. Certains se contentaient parfaitement de fast sex et ne souhaitaient pas s'engager plus loin, multipliant les partenaires d'un soir ou plus si affinité. Et il n'était pas en train de les juger !

Mais lui… il désirait présence et investissement. Sentir quelqu'un à ses côtés, quelqu'un qui lui raconterait sa journée et écouterait la sienne entre deux câlins passionnés. Le sexe quand il était bon, c'était important bien entendu, mais ça ne représentait pas l'essentiel. En tout cas, pas sans une véritable relation suivie à la clé. Il avait passé l'âge… non, ce serait hypocrite d'invoquer cette excuse facile alors qu'en réalité, ça n'avait juste jamais été son kiff. Ce n'était donc pas comme s'il avait changé d'avis du jour au lendemain.

D'ailleurs, à bien y réfléchir et aussi honteux que cela puisse être à admettre, il n'avait jamais vécu d'histoire sérieuse. Jamais personne ne s'était suffisamment investi dans la relation pour chercher à le comprendre ou à le rendre heureux. Aucun de ses partenaires ne s'était véritablement intéressé à ses goûts, à ses opinions ou à ses aspirations profondes.

Non… ses anciens petits-amis garçons et filles confondus - même s'il avait plus souvent entretenu une relation suivie avec les membres de la gent féminine – ne se focalisaient que sur sa beauté physique. Ce qu'il pouvait avoir à dire leur importait peu en réalité. « Sois beau et tais-toi », comme dans son travail. Le blond en était réduit à l'aspect purement esthétique de sa personne. Et en parlant de « personne », aucun de ses ex ne s'était vanté de l'avoir choisi pour sa personnalité.

Ce qui était particulièrement décourageant par moment et n'aidait pas à construire une relation sur des bases solides. Evidemment, il n'était pas aussi intelligent que Midorima ou Akashi, là n'était pas la question, mais cela ne voulait pas dire qu'il était stupide ! Et que ses idées ou ses états d'âme n'étaient pas dignes d'être entendus !

Et pourtant… dans l'unique but de rassurer son amie, il venait d'accepter ce qui ne pourrait le conduire – dans le meilleur des cas – qu'à une nouvelle coucherie sans avenir, sans lendemain…

Parce qu'il n'y avait aucune chance qu'en bon prédateur, Haizaki le laisse rentrer bredouille. Quitte à entreprendre lui-même la traque d'une proie destinée au blond…


Et le beau Kise ne croyait pas si bien dire.

La couleur avait été même clairement annoncée à maintes reprises par le brun.

« Tirer un coup ».

Voici l'objectif clair, net et précis de la soirée.

Mais Kise ne comptait pas jouer le jeu. Lui, il n'avait jamais dit qu'il en acceptait les règles. Non, la seule chose qu'il avait acceptée, c'était d'accompagner le brun et de boire un verre. Rien de plus, rien de moins. Cette sortie ne l'engageait aucunement à s'envoyer le premier venu un peu plus mignon que les autres.

Haizaki, en revanche…

Pas sûr qu'il lâche l'affaire. Le brun semblait plus que jamais déterminé à offrir un orgasme au blond. Oh, pas lui-même directement, non, il ne s'était pas porté volontaire pour cette corvée. Mais il paraissait décidé à faire en sorte que quelqu'un s'en charge à sa place, en tout cas. Quant à lui… Kise était persuadé que le loup n'en oublierait pas son plaisir personnel et que donc, il n'hésiterait pas à prélever son dû au passage, si toutefois l'opportunité se présentait. En gros : il ne rentrerait sans doute pas les crocs vides.

Sinon, il n'aurait pas autant insisté pour sortir. Deux soirs d'affilée en plus, dont la veille, où il avait pourtant renoncé à sa petite chasse, en choisissant plutôt de rester sagement à l'appartement avec Kise. Pour le blond, la soudaine sollicitude d'Haizaki n'avait été qu'un répit de courte durée signifiant que ce n'était que partie remise.

Pourtant, ce qu'il avait encore du mal à intégrer, c'était pourquoi le loup avait à ce point besoin de sa présence pour aller draguer… Après tout, depuis qu'il avait emménagé à l'appartement, Kise n'avait pas manqué de noter fort peu discret le manège nocturne d'Haizaki. En effet, ses coucheries, ou plutôt ses « découcheries » ne passaient pas inaperçues. Alors pourquoi tenait-il tant à ce que son homologue renardesque se trouve un partenaire d'accouplement, puisque ça ne l'empêchait en rien d'y parvenir de son côté ? Et que selon toute vraisemblance, il ne s'en privait déjà pas ? A moins qu'Haizaki n'ait un fétiche bizarre du genre mater Kise en train coucher avec un autre juste, sous ses yeux ?

Beuuuuuuuuurk !

Kise espérait VRAIMENT qu'il ne s'agissait pas de ça ! Rien que d'y penser, ça lui filait plus de hauts le cœur qu'une Kate Moss dans sa période boulimique. Mais après tout, ça n'aurait rien de déconnant, Haizaki en serait même tout à fait capable au vu de son caractère débridé. Enfin… l'Haizaki du passé l'aurait été en tout cas… Mais celui du présent ? Hmm… difficile à dire. Tant de choses semblaient à avoir changé aujourd'hui. Le loup en personne clamait avoir changé. Pour sûr, beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts, un océan même !

Cependant, ça ne prouvait rien. Le temps ne fait pas tout. Que quelqu'un puisse évoluer, d'accord, ça, Kise pouvait le concevoir et même l'admettre. Mais là… Là, c'était rien de moins que la métamorphose la plus radicale de tous les temps ! Pourtant, Haizaki restait Haizaki. Toujours ce même piquant, ce côté provocateur et « je-m'en-foutiste » voire carrément « je-vous-emmerdiste. »

Peut-être en version légèrement édulcorée et encore, cela demandait à être investigué plus en profondeur.

Sauf que voilà, Kise n'en avait pas le temps. Car il s'était engagé à l'accompagner, sans même savoir dans quoi il s'engageait justement ! Probablement un nid de serpents et… d'ailleurs, en parlant de serpent…

« C'est une blague, j'espère ? » Lâcha Kise, incrédule, en voyant l'autre débouler hors de la salle de bain.

Parce que OUI, gros scoop : Haizaki mettait encore plus de temps à se préparer que lui. Le truc totalement improbable.

« Quel est le problème encore ? » Répondit nonchalamment le propriétaire des lieux, qu'on pouvait suivre à la trace, tant il semblait s'être DOUCHE avec l'intégralité d'une bouteille de parfum !

Non mais sérieusement ? Ce gigolo de pacotille OSAIT lui demander quel était le problème ? Et bien le problème était JUSTEMENT qu'il ressemblait à la virgule près à un gigolo de pacotille en cet instant même ! Mais jugez plutôt : Un Jean slim noir sobre qui flattait son postérieur sans trop en faire, des chaussures noires en cuir assez classes également, bon, jusque là… on tutoyait l'acceptable. Mais lorsqu'on s'attardait sur le haut de son corps…

Crise d'épilepsie visuelle garantie !

Car non content de porter l'une de ses éternelles chemises extra-moulantes, celle-ci s'apparentait plus que jamais à une seconde peau et pour cause, puisqu'elle ressemblait à s'y méprendre à une MUE de serpent ! En effet, la chemise était d'un gris tirant sur le vert (ou l'inverse), parsemée de motifs reptiliens noirs, représentant à des écailles. Et bien entendu, comme pour compléter son attirail de flambeur, cette chemise très échancrée ne cachait presque rien de son torse finement sculpté. Le tout, accompagné d'une clinquante quincaillerie argentée qui pendait autour de son cou pour mettre encore un peu plus en valeur son buste, des fois qu'on passerait à côté hein. Comme si c'était possible. Oh et une ceinture en imitation croco du meilleur effet était passée dans les rivets de son pantalon.

Face au silence et aux yeux écarquillés de son nouvel ami qui indiquaient que soit il venait d'être témoin d'une apparition de la V(i)erge, soit victime d'un AVC, Haizaki anticipa la vanne qu'il sentait poindre sur le bout de la langue de Kise :

« Quoi ? C'est Crocodile Dundee qui a appelé pour que je lui rende son alligator, cette fois ? »

« Et Marlon Brando, son pot de gomina au passage… Non mais tu t'es cru dans « Le Parrain !? »

Ah oui parce qu'il y avait ça aussi. Le brun avait lâché ses beaux cheveux (et les chevaux aussi apparemment, signe que ce soir, il ne comptait définitivement pas rentrer bredouille…) mi-longs, les plaquant en arrière grâce à une couche épaisse de Pento bien grasse, dans l'espoir de les discipliner un peu.

Mais à bien y regarder, avec son allure générale, ses vêtements excentriques, ses tatouages et ses piercings qui l'étaient tout autant, Haizaki tenait davantage de la rock star sous cocaïne ce soir que du maffieux Italien. Les papys Mike Jagger et Axl Rose pouvaient retourner chercher leur déambulateur, la relève était assurée.

Enfin, façon de parler bien évidemment...

« Tu devrais plutôt t'estimer heureux que j'ai expressément choisi de ne pas mettre un pantalon en cuir… »

Ah parce que c'était censé le rendre content, une pareille confession !? Ce type bafouait toutes les lois de l'esthétique, les piétinant allègrement en commettant d'invraisemblables crimes de haine, de jour comme de nuit et Kise devrait exulter peut-être !?

« Bah... au point où on en est, de toute façon… » Soupira Kise.

Ce n'était pas une infraction de plus ou de moins au Code de la Mode qui allait sauver son âme de l'Enfer. Et comme chacun le sait, le Diable s'habille en Prada, alors autant dire qu'il était mal barré le piercé !

« A propos, à quelle heure dois-je te ramener au bercail, princesse ? »

Princesse ? Non mais cet enfoiré continuait à se payer sa tête… et la soirée n'avait même pas encore débuté que déjà, Kise regrettait d'avoir dit oui. Mais comme il n'avait qu'une seule parole et qu'accessoirement, Momoi allait le harceler s'il se désistait finalement, le renard n'avait d'autre choix que de suivre le loup dans sa partie de chasse.

« A la même heure que toi. » Répliqua t-il fermement sans hésiter.

« Oh… Je vois. Intéressant. Tu penses arriver à tenir la cadence Boucles d'Or ? »

« Même si tu décidais de faire une nuit blanche, je pourrai tenir aussi longtemps que toi. »

De toute façon, il ne bossait pas demain, alors Kise pourrait se permettre d'arborer une mine affreuse. Ce n'était de toute façon pas comme si cela allait fondamentalement changer quelque chose à son apparence actuelle… Le chagrin causé par son déménagement soudain avait fait des ravages sur son sa peau de bébé et il le savait bien. Même le badigeonnage intensif et répété de toutes les crèmes hydratantes les plus chères du marché ne suffirait pas à sauver son visage.

« T'es bien sûr de ça ? »

« Attends, je rêve où t'es en train de me lancer un défi ? »

Argh Kise s'en voulu immédiatement d'avoir sauté à pieds joints dans cet évident piège tendu par son ancien rival. Mais c'était plus fort que lui. Dès qu'Haizaki le provoquait, il fallait qu'il réagisse. Dire qu'il se moquait souvent de Daiki lorsqu'il se chamaillait avec Kagami, alors que lui-même était atteint d'un travers similaire…

« Pas encore. Mais on a toute la soirée pour ça… »

« C-comment ça ? » S'inquiéta soudainement Kise.

Mais pour toute réponse, le brun flamboyant lui attrapa le poignet et le tira vers la porte de l'appartement avec un entrain qui n'annonçait rien de bon…


« C'était quand la dernière fois que t'as fait la bête à deux dos ? »

Kise sursauta.

Il avait du mal entendre, pas vrai ? Haizaki n'avait pas pu lui poser une question aussi intime de but en blanc et de façon aussi inapropriée ?

Forcément, il n'entendait rien vu qu'il était cramponné au brun, tellement ce taré allait fonçait à toute allure sur la route ! Il se prenait pour une Valkyrie du bitume ou un Hell's Angel quoi ?

Quel con.

Mais bizarrement, Kise n'avait pas peur. Sauf que la vitesse et le bruit urbain ne rendaient pas la communication aisée entre eux, déjà qu'elle ne l'était pas en temps normal…

« B-A-I-S-E. » Articula soigneusement l'autre cette fois. « C-O-M-B-I-E-N ? »

Mais d'où ça sortait encore cette question !?

« Rappelle-moi en quoi ça te regarde déjà ? » S'offusqua le blond.

Pas qu'il en ait honte ou qu'il se sente particulièrement pudique à propos de sa vie sexuelle, mais la question restait légitime : en quoi cette information concernait-elle de près ou de loin Haizaki ? De toute façon, Kise n'avait rien promis en acceptant de l'accompagner. C'était le brun lui-même qui s'était monté le bourrichon tout seul, quant à une hypothétique vidange pelvienne.

« C'est bon, joue pas les saintes Nitouche, c'est une question comme une autre. »

« Ben voyons. Et tu vas me faire croire qu'elle est totalement innocente et anodine ta question, peut-être ? »

« Non justement, elle a son importance. Et selon ta réponse, je vais sûrement devoir adapter mes plans pour la soirée. »

« Qu'est-ce que tu racontes encore ? Tu peux pas être plus précis ? »

« Si, je peux. Mais encore faut-il que j'en ai envie. »

« Tsss… évidemment. »

« Bon alors, tu réponds ? »

Mais devait-il compter Aomine ou pas ? Hmm… dans le doute… Kise décida de remonter au-delà de cette… erreur d'un soir et son dernier coup remontait donc à…

« Huit mois… » Se crispa Kise, la mâchoire serrée.

« Quoi ? J'ai pas bien entendu ! Tu disais ? »

« HUIT MOIS ! Et joue pas au mec atteint de surdité soudaine, je sais que tu avais très bien entendu la première fois ! Alors me force pas à répéter ! »

« Nan mais attends, ça va pas le faire là… »

Et de freiner brusquement.

Et Kise de se cogner contre son dos aux muscles en titanium, vu qu'il ne s'y attendait pas.

Heureusement qu'il portait un casque, parce qu'il n'aurait pas eu les fonds nécessaires pour se payer une chirurgie réparatrice du nez suite à ce choc soudain !

« Mais ça va pas espèce de chauffard !? Tu pourrais prévenir au moins quand tu décides de t'arrêter d'un coup ! » Le houspilla le Kitsune rageur.

« C'est plutôt toi qui aurais pu me prévenir, n'inverse pas les rôles Ryota ! » Rétorqua Haizaki.

« Et te prévenir de quoi exactement ? C'est toi qui m'as littéralement harcelé pour que j'accepte de te suivre ! J'en avais pas du tout envie moi à la base, j'te rappelle ! »

« Ouais mais comprends-moi aussi. Putain huit mois quand même. Je m'y attendais pas, c'est foutrement long comme durée. Largement assez pour qu'un hymen se reconstitue… »

« Alors déjà, de un, je ne sais pas si tu es au courant, mais un hymen ça n'a pas la capacité de se régénérer. Et de deux, je suis un MEC hein au cas où tu ne l'aurais pas remarqué et je ne suis pas donc pas concerné par cette particularité anatomique réservée aux femmes ! »

« N'empêche huit mois… Fiooouu… »

Il siffla.

« Tu comptes le répéter encore longtemps ? Parce que je crois qu'il reste encore un gars en train de siroter une Margerita au bord de la piscine de sa villa située au sommet d'Hollywood Hills, qui n'est pas au courant ! »

« Mais t'as largement eu le temps de redevenir puceau ! C'est même déjà fait ! » S'égosilla Haizaki, visiblement en pleine détresse.

Heureusement, (ou pas) il se ressaisit rapidement.

« Bon, bon, c'est pas grave on va… procéder autrement. Y aller petit à petit, pas à pas. Sans se presser. »

Kise le fixait à présent de manière totalement hallucinée. Non mais qu'est-ce qu'il racontait encore ce dégénéré capillaire !?

« En premier lieu, le plus important, c'est que tu reprennes confiance en toi. Faut pas viser trop haut tout de suite. On va donc commencer par aller dans un lieu rassurant, où tu te sentiras bien. C'est le principal. J'voudrai surtout pas te brusquer pour ta reprise. »

« Alors tu comptes m'emmener à un spectacle pour enfants finalement ? Ou mieux encore, renoncer à l'idée farfelue de me sortir et faire demi-tout pour me ramener à l'appart' ? »

« Non, j'vais faire encore mieux que ça. » Il eut un rictus carnassier sous son casque. « Je vais t'aider à te remettre en selle. »

A ces paroles, il redémarra en trombe sans prévenir encore une fois…

« Fais-moi confiance, ça va t'aider à revenir sur le marché tout en douceur. Alala… tu peux vraiment me remercier d'avoir eu l'immense générosité de me pencher sur ton cas… Qu'est-ce que tu ferais sans moi ? Bordel… Huit mois… j'en reviens toujours pas. Tu dois éjaculer de la poudre, c'est pas possible à ce stade… ton sperme doit s'être complètement asséché ! C'est dangereux de garder tout ça accumulé à l'intérieur, faut purger la tuyauterie de temps en temps pour rester en bonne santé ! »

Mais bien loin d'être rassuré par ce beau discours calibré, Kise se crispa autour de la taille d'Haizaki.

« Et tu m'emmènes où comme ça exactement ? »

Le brun ne comptait quand même pas aller jusqu'à lui payer les services d'une travailleuse du sexe… ?

« Ca, ça va dépendre de toi. J'ai besoin de savoir, alors réponds-moi honnêtement : tu préfères les hommes ou les femmes ? »

Oh oh, la thèse de la prostituée semblait se confirmer.

Mais encore une fois, Kise fut tenté de demander quel était le rapport avec la choucroute ou de carrément rabrouer le brun, même. Ce n'était pas l'envie qui lui en manquait. Cependant… il savait mieux que personne à quel point le brun pouvait être tenace – pour ne pas dire « chiant » - lorsqu'il s'y mettait. Kise aurait également pu lui mentir mais… quel intérêt au final ? Et pour quel résultat ?

Alors il céda.

Il ne pouvait pas continuer à se battre à propos de tout et de rien avec son actuel logeur et colocataire à la fois.

Non, ils avaient passé l'âge de se tirer dans les pattes mutuellement et le brun le lui avait déjà fait remarquer à plusieurs reprises depuis leurs retrouvailles.

« Actuellement, tu veux dire ? »

Le motard acquiesça.

« J'en sais rien… les mecs, je dirai… ? »

Sans grande conviction.

Après tout, il ne s'était pas franchement posé la question de ses préférences depuis un bail. Il fallait dire qu'en général, Kise était davantage attiré par une personnalité, une allure globale, que par une paire de nichons ou une énorme queue ou tout autre attribut physique basé sur le dimorphisme sexuel, pour parler crûment. Alors fille ou garçon, le sexe ne revêtait pas une importance capitale et il prenait simplement la personne, l'être, tel qu'il était. D'ailleurs souvent, le blond fonctionnait par périodes.

Pas de manière consciente, mais il avait remarqué que quand il commençait à fréquenter une femme, ses partenaires suivants étaient de sexe féminin aussi et inversement. Mais s'il fallait faire un bilan, alors il était sorti avec davantage de femmes dans sa vie, tandis qu'il avait couché avec plus d'hommes par opposition. Enfin, il s'agissait d'un simple constat, ça ne prouvait rien.

« Dans ce cas… je crois que je connais l'endroit idéal. »

La moto prit alors un virage en décrivant un angle droit parfait, disparaissant au détour d'un carrefour illuminé de néons fluorescents criards. Le boulevard était parsemé de sex shops et d'hôtel de passe à la devanture plus ou moins miteuse. Mais ce qui surprit Kise, c'était le nombre de personnes, plutôt jeunes d'ailleurs, qui arpentaient la rue à pied, rassemblés en petits groupes. Le quartier semblait animé d'une vie nocturne florissante. Comme si tous les oiseaux de nuit que comptait Los Angeles avaient choisi de se réunir ici pour nidifier… Et par « nidifier », Kise entendait…

Haizaki se gara et il plaça sa béquille avant de descendre le premier. Puis, il attrapa la main de Kise avec une galanterie insoupçonnée, comme si le blond était une princesse de contes de fées que son prince faisait descendre de son beau cheval blanc, après une longue chevauchée à travers le royaume. Toujours sans lâcher sa main, Haizaki le guida jusqu'à un club sur le parking duquel Kise ne put s'empêcher de remarquer le couple d'hommes… passionnément enlacé. Instantanément, il piqua un fard. Pas que Kise soit d'un tempérament pudibond, mais même ici à L.A., il n'avait pas l'habitude de voir des couples homosexuels s'afficher de manière aussi libérée au su et au vu de tous les passants.

Dans tous les cas, le ton était donné avant même d'avoir pénétré dans l'établissement.

Et une fois entrés, l'endroit se révéla effectivement être un bar queer. Gay et lesbien.

Rien de cliché non plus, il ne s'agissait pas d'un repère de moustachus en cuir mais... les mâles y étaient prépondérant. Les femelles, un peu plus rares...

« Hey t'as vu ? Ils ont accroché des drapeaux à l'effigie des Miracles au plafond ! Vous êtes célèbres même ici satanés Skittles ! » Lui fit alors noter Haizaki, en pointant du doigt ce que Kise devait regarder.

« C'est le Rainbow Flag, le drapeau de la fierté gay, imbécile ! » ._.

« Ohhhh moi qui pensais qu'ils l'avaient mis ici en votre honneur. Bah tant pis. Et heu… t'es sûr que c'est un bar gay ? »

« C'est toi qui m'as amené ici et tu ne connais même pas cet endroit ? Tu n'y étais jamais venu avant ? »

« Si, deux ou trois fois. Mais j'avais rien remarqué qui sortait de l'ordinaire. » Enjoliva Haizaki.

Un pieux mensonge destiné à ne pas effrayer Kise, sans doute.

« A part peut-être une propension plus haute que la moyenne à passer du Cher et du George Mickael en fin de soirée... »

Ce qui aurait mis la puce à l'oreille de n'importe qui...

« Mais bien-sûr. Et tu vas aussi me faire croire que tu n'as pas vu non plus le couple de mecs qui était en train de se galocher juste sous nos yeux sur le parking ? »

« Nan, c'est vrai ? Et j'ai raté ça ? Merde ! T'aurais pu me le dire au lieu de garder ça pour toi ! »

Kise roula des yeux. Ce type lui tapait sur le système, surtout quand il faisait de semblant d'avoir l'air de débarquer. Personne, non, personne, pas même Daiki, ne pouvait être aussi déconnecté de la réalité, au point de ne nier des évidences qui n'avaient rien de subtiles.

« De toute façon, ça t'aurait avancé à quoi ? Tu les aurais matés avec ton manque de vergogne habituel ? Quoi que nooon toi, je t'imagine bien du genre à t'inviter ! »

« Ca dépend à quoi ils ressemblaient. Sache que je suis très difficile en matière de mecs… »

« Ah ouais ? Et c'est quoi ton type d'hommes ? » Se surprit à demander Kise.

Ce qu'il regretta aussitôt.

Non mais, comme s'il en avait quelque chose à foutre des goûts d'Haizaki !

« Non, oublie ça, j'ai rien dit ! Je m'en fous totalement en plus ! »

« Ahaha je te crois pas ! Allez, j'vais te le dire rien qu'à toi en gage de bonne foi et pour te prouver une bonne fois pour toutes que je t'aime bien… » Susurra t-il d'une voix rauque de désir, tandis qu'il se penchait vers Kise pour qu'il l'entende bien.

Le cœur du jaune rata un battement. Puis deux. Puis trois. Il sentait le souffle naturellement brûlant d'Haizaki sur sa nuque. Et malgré la chaleur de l'endroit, Kise en avait des frissons irrépressibles qui remontaient le long de tout son corps.

« … mais d'abord, j'ai besoin d'un verre ! Il paraît que l'alcool délie les langues ! Tu viens ? »

MAIS !

L'ENFOIRE !

Encore une fois, pas que Kise en aurait eu quelque chose à secouer, mais bon, il devait bien avouer que sa curiosité l'emportait. Parce qu'Haizaki et les histoires de mecs, c'était quelque chose de relativement « nouveau ». Du moins, Kise n'en avait pas eu connaissance jusqu'ici. Au collège par exemple, Kise ne l'avait jamais vu fréquenter d'autres garçons dans ce but-là. Non puisqu'à l'époque, la spécialité de l'ex-argenté consistait plutôt à lui voler ses petites-amies… Mais d'un côté, cela ne surprenait guère le blond. Tout bon mec qui est attiré par les autres mecs est doté du fameux « gaydar » et celui de Kise criait à présent « FLAMBOYANT BISEXUEL » lorsqu'Haizaki passait dans son périmètre.

S'étant accoudé au bar, dans l'attente qu'un serveur vienne s'occuper de lui, Haizaki observait la petite piste de danse du coin de l'œil. Bon nombre de clients s'y ébattaient déjà et le loup scannait l'intégralité des potentiels prétendants à l'aide de son regard perçant.

« Et maintenant, tu me crois ? D'ici, on voit clairement que les garçons et les filles restent chacun de leur côté, sans se mélanger ! » Poursuivit Kise, qui n'en avait décidément pas terminé avec sa démonstration.

« Ca n'prouve rien ça ! » N'en démordait pas Haizaki, sans décoller son regard de la piste.

« Et le nom de la boîte à tout hasard ? Il ne t'a pas semble suspect ? Le « Hot Hole » ! Alors, non ? Toujours pas… ? »

« Nope. Désolé, mais ça ne prouve toujours rien. Il aurait fallu ajouter « dark rear » dans le titre pour que ce soit suffisamment explicite ! »

Soit pour traduire : « Le chaud trou sombre arrière. »

Haizaki ou une certaine idée de la subtilité encore une fois, mesdames et mesdemoiselles…

« Ok, j'abandonne… » Soupira Kise. « T'es vraiment irrécupérable de mauvaise foi… »

Mais Haizaki, lui, n'abandonnerait pas, oh que non. Le brun ne faisait même que commencer ses frasques.

Et lorsque Kise vit l'intenable rebelle de Teiko porter ses doigts à ses lèvres afin de siffler pour attirer l'attention générale, he knew he fucked up

« Hey les tarlouzes ! C'est vrai qu'il n'y a que des PD ici ? »

Si Kise avait pu disparaitre dans un trou de souris en cet instant, il aurait appelé Mickey Mouse. Toutes les personnes présentes dans le club (sans exception !) venaient en effet de se tourner vers les deux Japonais, l'air ébahi. Même le DJ avait marqué une pause aux platines et la musique s'était arrêtée.

Un lourd silence plombait maintenant l'ambiance.

GENANCE.

ABSOLUE.

Kise était mortifié de honte.

Haizaki n'était définitivement pas fréquentable. Et encore moins sortable. Kise aurait du le savoir ou du moins, s'en douter, plus que quiconque. Il avait en effet suffisamment pratiqué l'animal au collège pour savoir que rien de bon ne pouvait jamais émaner d'Haizaki Shogo.

Cependant, il se produisit une sorte de petit miracle que Kise n'avait pas vu venir, puisque tous les occupants du club éclatèrent de rire en même temps et Haizaki, qui semblait n'avoir jamais douté de l'effet que provoquerait sa petite blague, se pencha vers le blond et lui souffla, triomphant :

« Faut vraiment que t'apprennes à te détendre Kitsune. Profite de la vie… elle est vraiment trop courte et toi, t'es vraiment trop coincé. Merde, tu t'appelles pas Shintaro pourtant ! »

Sympa pour Midorima.

Mais bon, ce n'était pas totalement faux non plus… Le vert n'était pas franchement connu pour être un boute en train, contrairement à son « ombre ».

« Oh et puis bordel, viens par là ! »

Il attrapa soudainement le blond par le bras et défit quelques boutons de la chemise d'un blanc virginal éclatant de son comparse, qui avait la chance bien accrocher la lumière. Et étonnamment, Kise le laissa faire sans protester.

« Voilà, c'est mieux comme ça ! On n'appâte pas les abeilles avec du vinaigre comme disait ma grand-mère, même si j'l'ai pas connue ! »

« Alors comme tu sais qu'elle disait ça ? »

« Bah parce qu'elles disent toutes ça ! C'est bien une expression typique de vieilles peaux qui n'arrivent plus à chauffer pépé ! »

Mais Kise enserra fermement son poignet pour l'empêcher de le dénuder davantage.

« Ca suffit là. Sinon, c'est plus des abeilles que mon miel risque d'attirer, mais uniquement des ours en rut ! »

Le brun lui sourit alors énigmatiquement, avant de rétorquer.

« De toute façon, les deux « holes » les plus hot ici, c'est toi et moi. Y a pas photo. » Il se frotta le menton en détaillant Kise des pieds à la tête. « Mais en revanche, ça ne nous indique pas avec certitude lequel d'entre nous est le plus hot… »

« Tu veux peut-être qu'on lance un sondage général pour répondre à cette question de la plus haute importance ? » Sourit à son tour Kise, amusé par le côté compétiteur d'Haizaki.

« A vrai dire, j'ai une bien meilleure idée… » Avoua le tatoué en récupérant son verre de vodka.

Là, Kise dut bien avouer qu'il se sentait intrigué. Qu'est-ce que la tornade tatouée allait encore bien pouvoir inventer cette fois ? Quelle était donc sa nouvelle lubie ? Il n'allait pas tarder à le découvrir, puisque son compatriote japonais agita sous ses yeux… la petite ombrelle multicolore qui était précédemment accrochée à son verre en guise de décoration.

« Tu vois ça ? Tous les verres ici en contiennent une. »

Kise passa en revue chaque récipient de la salle et effectivement, Haizaki avait raison. Mais où voulait-il en venir exactement ? Le piercé la passa alors sensuellement entre ses lèvres pour en recueillir l'alcool qui l'imbibait encore.

« Ce sera facile de déterminer lequel d'entre nous est le plus sexy ici… en se faisant offrir des verres. Et celui qui aura récolté le plus d'ombrelles à la fin, gagnera. Alors, qu'est-ce que t'en dis ? »

Wow c'était quoi encore cette idée sortie de Moncuq (la ville) ?

« J'en dis que t'as surtout très envie de pouvoir picoler à l'œil, oui ! » Rit pourtant Kise.

En effet, cela ressemblait à s'y méprendre à un moyen destiné à épancher sa soif sans avoir à se ruiner mais… bizarrement cette petite compétition ne rebutait pas Kise. A vrai dire, même s'il était venu ici sans arrière-pensée au début et en tout bien tout honneur, il devait admettre que l'idée de mettre à l'épreuve son pouvoir de séduction était… plus que tentante. Cela faisait en effet un sacré long moment qu'il ne l'avait pas éprouvé, les sorties coquines et les séances photos sexy se faisant de plus en plus rares. Et puis, qu'y avait-il de honteux à faire usage de son sex appeal dans ce contexte plutôt gentillet ? Après tout, ce n'était pas comme s'il allait faire du mal à quelqu'un dans cette histoire. C'était juste un petit duel tout ce qu'il y a de plus bon enfant.

Retroussant ses manches pour découvrir ses bras finement musclés, Kise adressa un clin d'œil à son rival.

« Bring it on ! On se donne quoi comme délai ? Une heure, ça te va ? »

Il avait tellement besoin de penser à autre chose… même juste l'espace d'une soirée… Jusqu'à maintenant, il ne s'en était pas rendu compte, mais ça lui sautait aux yeux à présent qu'il avait l'occasion de pouvoir s'amuser un peu. C'est important de savoir qu'on peut encore plaire, même lorsque sa carrière dans la beauté bat sérieusement de l'aile et que son célibat s'éternise.

« C'est largement plus qu'il ne m'en faut pour te battre ! On se retrouve donc ici à la fin du temps imparti. Et… que ce soit clair : tous les coups sont permis et que le meilleur gagne ! »

Et pour bien enfoncer le clou, Haizaki se débarrassa de sa chemise, qui, à ce stade, constituait à obstacle indésirable à sa réussite. Il la jeta au visage de Kise et plongea sans attendre au milieu de la foule des danseurs, telle une rock star lors d'un concert en public.

« Ah bah d'accord. Carrément quoi. Bon bah… quand faut y aller, faut y aller Ryota ! C'est ton honneur qui est en jeu et pas question de laisser gagner ce dégénéré capillaire ! »

Et hop, un nouveau bouton en moins sur la chemise…

Ce qui fit quand même penser à Kise qu'ils n'avaient rien parié cette fois… Oh tant mieux en quelque sorte, puisque le blond préférait davantage jouer pour le plaisir du jeu, que pour la récompense. Et puis, il était intimement convaincu dans le fond qu'Haizaki ne manquerait pas de réclamer son dû en cas de victoire.


Et le moins que l'on pouvait dire, c'était que les deux rivaux se livrèrent une bataille sans merci, d'anthologie même, où chacun avait redoublé d'astuce pour se rendre le plus attirant et désirable possible. Chez Kise, la séduction passait en grande partie par le regard. Ses yeux de biche et ses longs battements de cils avaient fait tourner bien des têtes. Le blond était effectivement très doué pour minauder, sourire sur commande et prendre des poses suggestives. C'était quasiment inné chez lui et en tout cas, il avait su incorporer les enseignements du mannequinat à ses méthodes de séduction, avec un naturel déconcertant. Son visage aux proportions parfaites captait facilement la lumière et Kise savait également toujours quels angles l'avantageaient et sous quel profil s'offrir au regard de l'autre.

Quant à Haizaki… le brun n'était pas en reste. Ses techniques de drague étaient cependant moins conventionnelles que celles de Kise. Et moins délicates également. Il y avait indéniablement un côté plus direct et brut de décoffrage chez lui, qui misait tout sur son physique et son côté « mauvais garçon ». Tatouages et piercings outrageusement exposés habillaient sa quasi nudité. Il n'avait rien à cacher et déballait donc tout sur la table. Oui, c'était comme au poker finalement. Haizaki se révélait être un joueur téméraire. Il fonctionnait au culot et à l'instinct, faisant « tapis » constamment, comme on dit dans le jargon du milieu. Kise au contraire, était plus parcimonieux dans ses mises et il ne suivait que s'il était sûr de son jeu.

Quoiqu'il en soit, les deux adversaires regagnèrent le bar à l'heure convenue, afin d'exhiber leurs trophées de guerre. L'heure des comptes avait sonné et chacun arborait un sourire de façade, ne voulant laisser paraître à l'autre qu'assurance et confiance en soi.

« Alors ? »

« Toi d'abord. » Sourit Kise. « Honneur au perdant. »

Il avait une sucette à la bouche et Haizaki la désigna d'un mouvement du menton.

« Oh ça ? C'est juste un cadeau de la part de Ted ! »

« Ted ? » Répéta machinalement Haizaki.

Cékiçuilà ?

« Le vigile ! » Qui ne les avait d'ailleurs même pas contrôlés à l'entrée. « Il m'a dit que j'étais drôlement mignon et il me l'a donnée. » Sourit encore plus Kise.

« Ah ouais. Il doit avoir un faible pour les enfants pour se balader avec des sucreries dans les poches. »

Gloups, Kise en croqua sa sucette de dégoût.

« Mooouh ! Arrête tes insinuations crados ! »

« Montre-moi ton butin alors. »

Soupirant, Kise sortit donc les ombrelles durement récoltées.

Quatorze. Pas mal comme moisson. Haizaki les recompta même deux fois pour être sûr, étant donné qu'il commençait à avoir un sacré coup dans le pif, même si heureusement, on ne lui avait pas offert que des boissons alcoolisées. Auquel cas son foie ne s'en serait certainement pas remis…

« Et toi ? »

Haizaki déballa donc tout son attirail (et je ne parle pas de ce qui se trouve dans son pantalon, pas encore ahah !), sans oublier la dernière petite ombrelle qui était encore glissée dans ses cheveux.

« … dix… onze… Ohoh… comme quoi, les tatouages de gros dur et les piercings au téton ne font pas tout on dirait ! » Exulta Kise.

Il avait enfin pris sa revanche sur la course de motos !

Et il n'en était pas peu fier. Mais Haizaki s'était bien battu, se révélant être un adversaire tenace. Il méritait donc le respect.

« Ouais, c'était un beau match. Bien joué. Maintenant… si tu veux bien m'excuser… à défaut d'avoir gagné contre toi, j'ai remporté une belle grosse envie de pisser par contre ! »

Le loup lui tapota dans le dos pour le féliciter une dernière fois, puis il se sauva sous les gloussements du renard. Finalement… Il fallait bien le reconnaître, Kise ne passait pas une si mauvaise soirée que cela. Et en plus d'avoir rabattu le caquet de ce vantard d'Haizaki, cinq gars lui avaient même filé leur numéro de téléphone dans l'espoir de le revoir, éventuellement. Mais… à bien y réfléchir, Haizaki aussi avait dû faire péter la banque de son côté… Kise ne serait même pas étonné que certains types aient osé écrire directement leurs coordonnées sur son corps délicieusement musclé et…

« Stop. »

Il avait encore trop bu. Quatre bières, c'était vraiment sa limite. Le renard décida donc de s'asseoir, car il avait chaud tout à coup et la tête lui tournait un peu à vrai dire. Sûrement les vapeurs d'alcool environnantes qui commençaient à lui monter au cerveau. Oui, c'était ça l'explication. Haizaki ne pouvait pas sincèrement lui plaire.

Enfin bien-sûr, Kise s'était déjà fait la réflexion avant et il ne pouvait nier que le brun possédait une beauté physique sauvage, indomptable. Virile. Un peu comme Daiki, mais différente. Plus intoxicante. Ah ça, Kise n'y pouvait rien s'il aimait ses hommes très masculins. Musclés, un peu bourrus, mais protecteurs et tendres sous leurs dehors agressifs.

Mais Haizaki n'était pas comme cela, pas vrai ?

Il n'était pas capable de faire preuve de compassion… ni de douceur…

…N'est-ce pas ?

Ca lui rappelait leur conversation du début de soirée… A propos du type d'hommes d'Haizaki. Le piercé ne lui avait jamais répondu au final… Oh bon sang, est-ce que Kise serait en train de le déplorer ? Aurait-il réellement envie de le savoir en fin de compte ? Non… encore une fois, c'était juste de la curiosité. Tout comme le fait de mater Haizaki ne prouvait rien. Kise était juste un esthète qui savait apprécier la beauté chez autrui, sans aucune arrière-pensée. C'était bien normal de regarder, lorsque qu'un tel bonbon acidulé se dandinait juste sous vos yeux. Haizaki avait un corps magnifique et Kise lui faisait juste l'honneur d'en prendre connaissance.

Et voici qu'il menaçait de retomber dans sa déprime, alors qu'il commençait tout juste à s'en remettre. Haizaki avait raison. Bon, pas à propos du couplet selon lequel tirer obligatoirement un coup l'aiderait à remonter la pente comme par magie, mais… Kise avait le sentiment de comprendre où le brun facétieux voulait en venir avec une proposition, aussi hors sujet au premier abord. Parce que oui, danser le tango sans chemise et sans pantalon était indubitablement plaisant. En réalité, ce n'était pas l'acte en lui-même qui comptait, mais plutôt ce qu'il impliquait et ce qui allait en découler. Le véritable but caché de cette sortie nocturne : un boost de confiance plus que bienvenu. Par un étrange hasard, sa vie amoureuse et sa carrière paraissaient étroitement liées, à l'image l'une de l'autre. Toutes les deux aussi… plates l'une que l'autre dernièrement. Quelle ironie…

Cependant…

C'était la chose la plus gentille que l'on ait faite pour lui depuis un moment…

C'est alors que Kise compris.

Car non content de l'héberger gratuitement et sans lui mettre la pression pour le pousser à parler de ses problèmes de cœur , Haizaki avait insisté pour le sortir afin de le remotiver. De lui prouver qu'il pouvait encore plaire et que ce n'était pas parce que ce crétin (du point de vue d'Haizaki, bien entendu) d'Aomine se montrait insensible à ses charmes, que personne ne pourrait plus jamais craquer pour le blond. Et ça signifiait également que Kise ne devait pas se limiter à Aomine.

Oh bien-sûr, il savait que l'océan regorgeait de poissons. Mais… cela lui fit réaliser que ce n'était peut-être pas un saumon qu'il devrait chercher à prendre dans ses filets, mais plutôt… un loup de mer… ? Rester focalisé sur un amour à sens unique risquait à court ou à moyen terme de le faire passer à côté de son âme sœur. Oui, les intentions du brun lui sautaient à présent aux yeux.

Tout était clair maintenant…

Remonter en selle et passer à autre chose.

C'était le remède mis au point par Haizaki Shogo.

Et cela avait fonctionné en partie, puisque l'ego de Kise s'en était retrouvé flatté suite à son succès retentissant auprès de la gent masculine. Mais plus important encore, il se sentait reconnaissant envers le brun d'avoir eu cette idée, qui partait d'une bonne intention. Qui aurait pu croire… que le tatoué puisse se montrer aussi attentionné ? Pas lui en tout cas, avant d'avoir commencé à mener cette réflexion !

Tatoué qui revenait justement de sa petite excursion aux toilettes…

« Ca déchire ! Ils ont carrément des urinoirs à facettes dans leurs chiottes ! Comme des boules disco ! »

Le blond ne put contenir un gloussement de pur amusement.

Non mais quelle idée… ? Manquait plus que le portrait d'un membre différent des Village People collé sur les compartiments séparant chaque toilette !

« Et sinon… tu passes une bonne soirée ? »

Son regard perçant se posa sur lui et Kise sentit son cœur se serrer instantanément. Oui, Haizaki lui faisait de l'effet. Peut-être parce qu'il n'avait pas eu d'aventure depuis un moment, en effet. Mais peut-être que cela n'avait rien à voir finalement.

Peut-être que… Shogo l'attirait réellement.

Et depuis un moment sans doute déjà…

« Pourquoi ça t'intéresse ? Tu as peur de m'avoir laissé gagner pour rien ? » Sourit Kise, pince sans rire.

Le visage du loup sembla se décomposer suite aux paroles du renard.

« J'en étais sûr… J'avais vu juste… »

Alors c'était vrai. Haizaki l'avait délibérément laissé gagner lors de leur petite compétition, afin de lui redonner confiance en son pouvoir de séduction. Mais Kise, bien que véhiculant souvent une image naïve parmi ses amis et au sein même de la Génération des Miracles, n'était pas dupe. Pas cette fois, en tout cas. Les intentions d'Haizaki – sur ce coup-là – lui semblaient parfaitement limpides.

« Qu'est-ce que tu racontes ? J't'ai pas…- » Tenta quand même de nier l'autre.

« Tu as changé, c'est vrai. » Le coupa Kise en se penchant vers lui, pour se rapprocher physiquement. « Pas que j'en ai eu besoin pour remporter notre petit défi, mais avant, tu n'aurais jamais été capable de perdre dans l'intérêt d'une personne. »

Un nouveau rictus s'étira sur le visage de l'ancien natté.

« Is that so ? Jamais je n'en aurai été capable, tu dis ? But how can you know for sure ? Peut-être que j'ai toujours été comme ça en réalité, mais que tu ne t'en aperçois que maintenant… »

Son regard se planta dans le sien et Kise sentit un frisson d'effroi remonter le long de sa nuque.

Non impossible.

Se pourrait-il que le blond n'ait encore rien vu ?

« Non, il se joue de moi une fois de plus. Il cherche juste à me faire culpabiliser, c'est évident. Ca l'amuse de tester mes réactions. »

« C'est toi-même qui t'es vanté d'avoir changé lors de nos retrouvailles. » Lui rappela le Kitsune.

« Et si… c'était plutôt TOI qui avais changé en fait ? Toi, qui es à présent capable de voir des choses qui t'étais inaccessibles dans le passé ? »

« Naaaan j'suis à peu près certain que, la dernière fois que j'ai vérifié, t'étais bel et bien un gros connard ! » Lâcha Kise avec un naturel déconcertant.

Pas dans le but de blesser Haizaki, puisqu'il l'avait fait avec un léger sourire aux lèvres et plus par taquinerie qu'autre chose mais… le regard du brun s'assombrit soudainement.

« Ouais t'as sans doute raison, mais est-ce que tu t'es déjà demandé pour quelle raison je me conduisais comme un parfait connard ? Personne ne naît en étant un enfoiré de manière innée Ryota. Shit happens… »

Quoi… ?

Kise se tendit sur sa chaise. A vrai dire, il n'avait jamais réfléchi à cela ni même envisagé cette possibilité. Mais Haizaki disait la vérité. Le Bien, le Mal... analyser les comportements d'un point de vue strictement manichéen, c'était faire fausse route. Seulement, la plupart des gens s'en contentaient pour éviter d'avoir à se mouiller. Parce que c'était plus facile ainsi.

« Shogo… » Murmura Kise.

Quel était le secret du brun ? Qu'est-ce qui l'avait rendu ainsi à l'époque, faisant de lui une mauvaise personne, un être cruel et violent, qui n'hésitait pas à s'en prendre physiquement aux plus faibles ? Maintenant que Kise réalisait qu'il y avait une explication, il voulait la connaître. Bien entendu, cela ne justifiait pas tout et n'excusait rien non plus, mais… comprendre serait déjà un début. Pour pouvoir peut-être réussir à pardonner et aller de l'avant. Ne plus ressasser les vieilles rancœurs du passé…

« Me fais pas ce regard de pitié Ryota. Je préfère encore quand tu me regardes avec haine ou crainte. It suits you better Kitten. »

« Mais pourquoi… tu tiens tellement à ce que je continue à te détester Shogo ? » Interrogea t-il en croquant un peu trop agressivement dans sa sucette afin de la terminer.

« Parce que c'est plus facile pour moi. Ta haine, je sais la gérer. »

« Et pourtant, paradoxalement, tu fais preuve de gentillesse envers moi dernièrement... Si bien que continuer à te détester n'aura bientôt plus le moindre sens… enfin… à supposer que je t'ai déjà haï un jour… ce qui n'a jamais été le cas. » Avoua Kise en le fixant à son tour.

Sans détourner le regard cette fois, si bien que le loup plia le premier.

« Alors t'es plus stupide que je ne le pensais si tu ne m'as jamais détesté, après tout ce que je t'ai fait subir ! »

Mais Kise eut alors une réaction insolite. Car plutôt que de continuer à essayer de nier les allégations de l'ex de Fukuda, il décida de couper court à cet échange stérile.

Car à quoi bon continuer à parler dans le vide plus longtemps ?

« Continue à me traiter de crétin et ça va peut-être arriver plus tôt que tu ne le penses... Oh et puis tu m'énerves quand tu te la joues vieilles rancunes du passé comme ça ! Pour la peine, je vais danser tiens, ça m'évitera de t'entendre déblatérer des inepsies ! »

Excellent moyen de se changer les idées ! La danse permettait de tout oublier et il en avait bien besoin. Kise ne comprenait pas à quel niveau ça coinçait : pourquoi l'un comme l'autre refusaient-ils de baisser leur garde ? Lui, ne parvenait pas à faire confiance à Haizaki et Haizaki lui reprochait quelque chose qui n'avait jamais existé que dans son esprit…

« Parler aux cons, ça les instruit ! » Pensa Kise en se laissant absorber par la masse de danseurs déjà présents.

Oui, le Kitsune avait son petit caractère aussi… Gémeaux oblige. Et quand il en avait marre, il ne faisait pas semblant. Ce qui pouvait arriver d'une seconde à l'autre sans crier gare…

N'empêche… cet imbécile avait réussi à le soûler plus que l'alcool, mais comme on dit… « il n'y a que la vérité qui blesse… » ? Non, bien-sûr que non, Haizaki était ridicule, comme à son habitude. Ca, ça n'avait pas changé par contre. C'était un loup, lui-même s'en vantait, pas un mouton noir rejeté par les autres ovidés de la bergerie ! Et si rejet il y avait eu, le brun en était le seul et unique responsable ! Kise se souvenait très bien avoir fait preuve de gentillesse envers lui au départ.

Il avait réellement cherché à « gratter » son amitié et pas toujours avec une grande subtilité non plus. Il se souvenait d'ailleurs que pendant une courte période, lui et l'ex-argenté avaient fréquenté au même moment deux filles qui s'avéraient être également amies et ils s'étaient rendus tous ensemble à une grande fête foraine, le temps d'un après-midi. Et tout s'était bien déroulé ! Kise avait même l'impression que cet instant partagé était parvenu à les rapprocher…

Peut-être à tort…

... Non attends, les filles n'étaient pas présentes ce jour-là en fait... il ne se rappelait plus vraiment de la raison de leur absence, mais bref... toujours était-il que les deux coéquipiers avaient passé un bel après-midi ensemble...

Pfff... A présent Kise était énervé rien que d'y repenser.

Qu'est-ce qui avait fait tout basculer entre eux et à quel moment… ?

Le blond était incapable de voir l'évidence qu'il avait pourtant juste sous les yeux.

Et que la véritable cause de toute cette rancune entre eux, n'était autre que lui-même…

« Graaaah bon sang, décidément jamais je n'arriverai à cerner ce type ! »

Car plus Kise se sentait toucher au but et mettre le doigt sur un élément crucial, plus Haizaki avait le réflexe de le rabrouer. Et le don d'énerver le placide mannequin, en prime ! Pourquoi ce type ne parlait que par énigmes ? Kise parviendrait-il un jour à le cerner ? Hmm… le blond commençait fortement à en douter. Ca en aurait certainement excité plus d'un de jouer au chat et à la souris avec le loup, mais pas lui. Il avait besoin d'être rassuré et d'entretenir des relations stables, mais tout ce qu'Haizaki lui apportait, c'était encore plus de questions et un refus total de se dévoiler à lui. Mais s'ils devaient être amenés à partager le même toit, Kise comprenait peu à peu qu'il allait avoir du mal à tolérer le tempérament volatil et fuyant du voleur de techniques. Il lui fallait de la sécurité, surtout en ce moment, sinon, comment réussirait-il à se reconstruire ?

Mais… il n'était pas le seul à avoir souffert. Haizaki aussi, d'après ce qu'il en avait laissé furtivement paraître. Et apparemment, l'ex-argenté était persuadé que Kise l'exécrait de manière viscérale. Qu'est-ce qui avait conduit Haizaki à penser une telle chose ? Certes, ils n'avaient jamais été particulièrement proches, même avant de devenir des rivaux (et uniquement du fait d'Haizaki...), mais… comment le brun en était-il arrivé à cette douloureuse conclusion ? Bon d'accord, ils ne s'étaient jamais particulièrement apprécié, mais de là à se détester carrément…? Et puis, le sentiment était mutuel, non ? Alors pourquoi Kise se sentait-il aussi mal soudainement ? Presque comme si… l'animosité entre eux n'avait jamais eu lieu d'être… ?

Pour chasser ces pensées négatives et éviter que son cerveau ne continue à tourner dans le vide, Kise commença à se mouvoir au son de la musique, se concentrant uniquement sur le rythme et les paroles. Il reconnaissait le morceau, bien que n'étant pas un grand fan de rock, mais il s'agissait d'une chanson de Nine Inch Nails qu'il avait déjà entendue, il y avait fort, fort longtemps. (A quelle occasion déjà… ? Impossible de se le remémorer.) Elle était remixée dans des tonalités électro et Kise se laissa donc guider par les vibrations et l'ambiance générale. Après tout, lui, il était venu ici pour danser et s'aérer l'esprit à la base, peu importaient les projets dépravés que le brun avait à son égard !

Et des années de yoga et de poses en tous genres dans les magazines, pour les besoins desquels il faut être capable de maintenir une position alambiquée pendant des heures, avaient conféré au corps fin et élancé du blond une grande souplesse. Et beaucoup de sensualité dans ses mouvements. Après tout, être mannequin, cela veut avant tout dire savoir susciter chez l'autre le désir charnel. Il commença donc à se mouvoir en chassant Haizaki de son esprit.

Ondulant au gré des basses, Kise accompagnait les changements de rythmes avec grâce. Les lumières du caléidoscope découpaient chacun de ses mouvements précis et attirants comme pour les graver dans les rétines des autres spectateurs, à la manière d'un objectif photographique. Les ombres propagées sur sa peau le rendaient tantôt mystérieux, tantôt hypnotique.

Les yeux fermés, cloisonné dans son monde intérieur, Kise ne réalisait pas que bien des regards libidineux caressaient sa silhouette féline. Le blond se laissait totalement porter, emporter par sa danse endiablée. L'envie de lâcher prise. Plus rien ne comptait à part la liberté totale qu'il ressentait en cet instant.

La tête vide, enfin.

Plus d'Haizaki, plus d'Aomine.

Plus de problème.

Juste cette sensation de flottement à laquelle l'alcool consommé précédemment n'était pas étranger, sans doute…

Et en parlant d'alcool…

Il sentit un souffle s'échouer sur sa nuque. Un souffle chargé de Vodka. Un corps vint se coller au sien. Dur. Ferme. Musclé. Un torse niché contre son dos. Un bras possessif l'entrava soudainement et Kise ouvrit les yeux, comme coupé de sa transe pour voir à qui appartenait ce membre obstructeur.

Un long tatouage aux motifs tribaux à forte connotation asiatique.

Un loup qui montrait les crocs.

You let me violate you
You let me desecrate you
You let me penetrate you
You let me complicate you

Son cerveau bloqua complètement tandis qu'il prenait conscience de QUI le touchait aussi intimement. Parce que les doigts qui se trouvaient au bout de ce bras ne restèrent pas sages bien longtemps, s'étant frayé un chemin sous sa chemise. Ce grand bras tatoué qui le retenait prisonnier l'empêchait-il réellement de se dégager à tout moment s'il l'avait souhaité ? Non. Et Kise se surpris à admettre mentalement qu'il n'avait pas envie de rompre ce contact presque contre nature pourtant. Sa tête bascula lentement en arrière et Kise ne fit rien pour repousser son assaillant, lorsqu'une langue humide et tiède vint jouer avec le lobe de son oreille.

La seconde main, celle qui n'était pas encore occupée à jouer avec l'un de ses mamelons rosés, se posa instinctivement sur ses hanches pour raffermir l'emprise. La domination. Une douce chaleur se propagea le long du corps de Kise, semblant venir de l'intérieur de son bas ventre. Cette simple sensation suffit à dissiper l'affolement qui s'était emparé quelques secondes de Kise. Le renard comprit alors que le loup avait décidé de faire de lui sa proie. Ce contact. Ce parfum si caractéristique dont il ne supportait pas les effluves d'ordinaire. Finalement, cela ne lui déplaisait pas et Kise se cambra davantage pour rechercher ce toucher totalitaire.

Haletant, Kise poursuivait sa danse lascive contre le bassin de son désirable agresseur.

Des frissons brûlants le parcouraient de la pointe des pieds jusqu'à la pointe des cheveux, le plongeant dans un état de vulnérabilité et de besoin qu'il n'avait plus ressenti depuis longtemps. Parce que oui, son corps tout entier avait besoin de plus à présent. D'approfondir cette étreinte qui le complétait le temps d'une danse.

Tout allait si vite et pourtant si lentement.

Ca en était douloureux.

I wanna fuck you like an animal
I wanna feel you from the inside
I wanna fuck you like an animal
My whole existence is flawed

Bien-sûr qu'Haizaki était à son goût physiquement, il s'était maintes fois fait la réflexion d'ailleurs dans le courant de ces derniers jours, un peu trop souvent même concernant quelqu'un qui l'insupportait à ce point. Mais… jamais, ô grand jamais, Kise n'avait envisagé sérieusement la possibilité que le loup puisse passer à l'action. Ou être attiré en retour par lui. Evidemment, le brun semblait adorer le taquiner en l'abreuvant de sous-entendus salaces dès que l'occasion se présentait, mais pour Kise, il s'agissait davantage d'un jeu destiné à le mettre mal à l'aise, que d'un aperçu des réelles intentions d'Haizaki.

Mais si finalement le tatoué était sérieux...?

Le regard embué de désir, Kise se surprit à presser la main qui explorait son torse sans vergogne, comme pour lui intimer plus de… plus de quoi déjà ? Et de ne surtout pas s'arrêter. Et comme par miracle, Haizaki compris son appel aussi silencieux que désespéré, car ses doigts calleux (n'ayant fait qu'effleurer l'aréole gauche de Kise jusqu'ici), se saisirent enfin de la pointe dressée, qui souhaitait qu'on joue avec elle. Il pinça la chair douce et enflée de plaisir entre son pouce et son index, arrachant un gémissement étouffé à Kise.

"Gémissement" qui sonna plutôt comme le glapissement animal propre au renard.

Il ne voulait pas que ça s'arrête.

Mais par-dessus tout, il ne voulait surtout pas se retourner pour voir Haizaki. Car si le brun en venait à capter son regard suppliant, Kise savait que l'autre prédateur ne ferait qu'une seule bouchée de lui. Et Kise ne voulait pas céder. Pas comme ça, pas maintenant. Pas parce que son corps lui hurlait de se soumettre par tous les pores de sa peau. Pas parce qu'une alchimie qu'il n'avait jusqu'alors encore jamais ressentie avec aucun autre, pas même Aomine, décidait de prendre le contrôle de ses réactions et de ses pensées. Le transformant en une marionnette pathétique et manipulable à l'envi.

Pourtant, ce simple contact l'électrisait. C'était totalement fou. Haizaki avait raison : Kise était vraiment en manque de sexe et de contact humain… Comme un camé n'ayant pas eu sa dose depuis ses jours. Et ce n'était pas la langue souple dont il sentait le piercing froid rouler dans son cou qui allait lui donner la volonté de résister. Pire, Kise avait à présent une soudaine envie de connaître la sensation métallique de ce piercing appliqué contre son mamelon…

Oh merde il était foutu !

Il tremblait comme une feuille contre le torse finement sculpté de son compatriote, trahissant son émoi fiévreux.

Par réflexe, Kise entrouvrit les lèvres, comme une invitation à venir le gouter.

Ce type lui faisait des choses…

Des choses indescriptibles et inavouables qui suscitaient tour à tour envie, peur, honte…

Ses tripes grondaient furieusement, tandis que son cœur semblait sur le point de lâcher. Il avait l'impression qu'un torrent de lave liquide coulait dans ses veines, menaçant de le transformer en flaque d'eau à tout moment.

Pourquoi ?

Pourquoi lui, pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ils ne faisaient que danser et se tripoter un peu, mais ça restait extrêmement gentillet. Désespérément PEGI 13, même.

Ok, ils étaient en public mais…

Kise avait à présent très envie d'aller s'isoler en vitesse avec Haizaki pour que la suite devienne ENFIN PEGI 18 !

Il ne se reconnaissait plus… Lui qui était si sage et raisonnable d'ordinaire, ça ne lui ressemblait pas de se mettre dans un tel état et de s'enflammer pour si peu… D'autant que… lui et Haizaki ne s'entendaient pas très bien, pas vrai ? Il était même énervé contre lui, moins de cinq minutes auparavant !

...

Mais… Kise avait beau attendre, le baiser de son prince des bas quartiers ne venait pas.

Shogo se serait-il dégonflé ou était-il en train de pousser le bouchon un peu trop loin pour leur propre bien ?

Ses caresses scandaleuses avaient cessé également.

« Hmm ? »

Ce n'était pas normal.

Kise ouvrit un œil curieux pour vérifier ce qui se passait derrière lui. Mais juste un seul hein. Au cas où. Pour sauver les apparences.

Et horreur, Haizaki ne le regardait déjà plus. A vrai dire, son regard était fixé ailleurs, sur deux filles, qui dansaient un peu plus loin. De dos, elles avaient l'air plutôt mignonnes… mais… de là à ignorer le renard à leur profit…

Pourtant…

Ce ne fut que lorsqu'Haizaki le lâcha, le délaissant complètement, pour fondre vers elles que Kise eut la terrible réponse à sa question du début de soirée…

La pire des réponses possibles, même.

Le type d'hommes du brun…

C'était les femmes.


Bon, j'espère que ça vous aura plu !

Le prochain chapitre s'annonce assez difficile à écrire pour moi, au regard de ce qui va s'y dérouler. Je n'ai pas intérêt à me louper, il va falloir que je me livre à un véritable numéro d'équilibriste si je veux que ça reste crédible et que l'effet escompté y soit.

- Le concours de boissons est un clin d'oeil à l'épisode de Desperate Housewives qui traite de la mort d'Edie et plus précisement, au moment où elle et Gaby font une petite compétition du même genre, afin de déterminer laquelle est la plus sexy des deux.

- La chanson "Closer" (à laquelle ce chapitre doit d'ailleurs son nom) de Nine Inch Nails qui accompagne le petit collé-serré de Kise et Haizaki, est une référence à la série "Pam and Tommy" que je vous recommande par ailleurs chaudement, si vous avez du temps à tuer et envie de rire un peu. Je verrai totalement Kise se retrouver impliqué dans une histoire de sex tape qui fuite ou de revenge porn... Quelque part, je trouve que le couple formé par Tommy Lee et Pamela Anderson a des similitudes intéressantes avec celui de Zaki et Kise. Lui, le bad boy brun ténébreux, tatoué et violent et elle la belle blonde ingénue adepte des photos de charme...

Des bisous et à bientôt, comme d'habitude, les reviews sont les bienvenues, elles influencent le déroulement de l'histoire et ma motivation... (même à reprendre mes anciennes fics)