Hello les zamis, como ça va (chaudement) dans la casa ?

Une fois de plus, je tenais à remercier tous mes lecteurs, même silencieux. Et une fois de plus également, je ne comprends pas pourquoi j'ai autant de lecteurs américains d'après les stats ! Ce serait d'ailleurs cool que nos amis anglophones se manifestent, je serai curieuse de connaître leur avis, leur vision des choses et leurs attentes sur ce pairing, parce que le HaiKi ne passionne pas le public francophone ahaha ! Mais bon, ça, je le savais déjà en me lançant dans cette histoire et ça ne m'a pas empêché de le faire quand même, car j'en avais envie !

Comme d'habitude, je voulais remercier Eikyu et Ju ! Ju, c'est dommage que tu n'aies pas de compte, j'aurai envoyé un MP en bonne et due forme sinon ! Et comme je vois que tu commentes souvent sur le fandom, je me dis que tu devrais peut-être songer à t'en créer un... ;) Blague à part, j'ai bien ri à tes théories... et je suis globalement heureuse que la partie ZIZI PANPAN vous ait plu ! Ca ne fait que commencer, d'ailleurs...

... Mais ce sera pour le prochain chapitre, car celui d'aujourd'hui est davantage un bonus !

En effet, il s'agit quasi exclusivement d'un flashback... Je le considère presque comme optionnel au sein de la chronologie et pour la compréhension de l'histoire, pour être franche. A la base, il n'était pas supposé être aussi long mais, une fois de plus (vous commencez à en avoir l'habitude...), je me suis laissée emporter !

Et 20000 mots plus tard, voici le résultat !

ENJOY !


Cette voix, Kise la reconnaîtrait entre mille. Ce ton monocorde, détaché, presque… fantomatique… appartenait justement au non moins ectoplasmique Kuroko Tetsuya.

« Ah enfin tu daignes me rappeler Kurokocchi ! »

Kise attrape une serviette pour s'essuyer, il dégoulinait encore d'eau… Maudit Haizaki ! Oser l'envoyer valser dans la flotte comme un vulgaire joujou dont il se serait désintéressé ou une marchandise défaillante ! Il allait le payer, foi de Kitsune ! Oh oui, ce sale corniaud avait grand besoin d'apprendre que l'on ne traitait pas ainsi le magnifique Kise Ryota !

« Désolé Kise-kun, j'étais occupé. »

Mais bon connaissant Kuroko, le jaune pouvait se gratter pour obtenir une quelconque explication quant à la nature réelle de ladite « occupation ». Même après toutes ces années d'amitié, le cyan restait un mystère pour la majorité de son entourage. Son air mono-expressif le rendait en effet très difficile à cerner.

Pourtant, une personne y semblait être parvenue.

« Salut Ryo-chaaan ! » Cria à point nommé l'heureux élu.

« Oh Takaocchi, tu es là toi aussi ? »

Ah Kise avait bien eu l'impression d'entendre du bruit derrière Kuroko. Ce qui n'avait rien d'étonnant, étant donné que faucon et le fantôme se fréquentaient assidument depuis des années et d'après ce dont Kise avait eu vent, Kuroko ne se confiant jamais directement à ce sujet, les rapports entre les deux amants terribles pouvaient parfois se montrer… houleux. Et leurs disputes étaient légendaires pour quiconque avait eu le malheur d'y assister. Bien souvent, ce pauvre Midorima, puisqu'il avait la malchance d'être le meilleur ami du turbulent brun…

Pourtant, malgré les ruptures et les drames à répétition, le couple le plus improbable de Tokyo tenait bon, sans doute plus solide que les apparences ne le laissaient paraître. Car au final, ils ne pouvaient tout simplement pas se passer l'un de l'autre et quelque part, Kise les enviait. Quelles que soient les épreuves et les encombres que la vie leur jetait à la tronche, les deux anciens basketteurs les surmontaient toujours ensemble et leur amour n'en ressortait que plus fort.

Lui aussi espérait connaître un jour une relation aussi profonde et épanouissante… Parce que malgré leurs tempéraments de feu parfois incompatibles, Kuroko et Takao s'aimaient indéniablement.

« Ouiiiiiiiiiii, je tiens compagnie à mon Tet-chan ! »

Toujours aussi enthousiaste en tout cas. La bonne humeur du passeur de Shutoku était maladive, mais cachait habilement un caractère bien plus sombre et calculateur… Kise n'eut qu'à se remémorer les circonstances troubles qui entouraient la mise en couple des deux ombres pour s'en convaincre. En effet, cette anecdote remontait à l'anniversaire de Kagami, ses dix-huit ans, peu avant son départ pour Los Angeles, en compagnie de lui-même, Aomine, Momoi et Himuro. Ce soir-là, Kuroko avait disparu pendant plus d'une heure sans que personne ne s'en aperçoive. Jusque-là, rien de très inhabituel ou même d'inquiétant venant de la part du garçon à la présence spectrale. Sauf qu'il n'était pas le seul à s'être mystérieusement volatilisé au beau milieu de la fête : Takao aussi. Et cette disparition-là, qui n'était pas passée inaperçue, aurait dû leur mettre la puce à l'oreille…

Midorima avait cherché son comparse partout en fin de soirée, parce que le faucon était son chauffeur attitré et devait donc assumer la lourde tâche de le reconduire chez lui. Kuroko avait fini par émerger sans que jamais personne n'ait noté son absence. (Pas même Momoi, pourtant encore très accro à son Tetsuuuu-kun à cette époque.) Et Takao, peu après lui, affichant un air ravi sur son visage, sans que quiconque n'ait fait le lien. Ce ne fut que lorsque le faucon et sa carotte géante eurent quitté l'appartement que Kuroko vint trouver Kise pour quérir ses conseils avisés. Après tout, Kise était réputé pour son expérience en matière de relations amoureuses et puis, de tous les Miracles, il était sans conteste celui qui s'intéressait le plus à Kuroko en tant que personne.

Peut-être pas celui dont il était le plus proche, mais on pouvait quand même affirmer sans se tromper que Kise avait toujours eu un faible pour le petit fantôme et qu'il avait longtemps vu en lui une sorte de mentor et d'idéal à atteindre au basketball. (Nonobstant le fait que ledit modèle soit moins doué que son élève autoproclamé.) C'était d'ailleurs la raison pour laquelle Kise avait si longuement insisté pour que Kuroko intègre son équipe à Kaijo et devienne enfin son ombre à lui, mais en vain. Toujours était-il que le soir en question, c'était le renard que le bleuet avait choisi de solliciter et si sur le coup, Kise y voyait une victoire personnelle, il regretta bien vite ses réjouissances qui furent d'ailleurs de courte durée, lorsque Kuroko lui annonça de but en blanc la chose suivante :

« Kise-kun, j'ai besoin de tes lumières : Takao-kun m'a entraîné dans les toilettes pour me faire une fellation sans préservatif. D'après toi, est-ce que cela signifie que nous sortons ensemble à présent ? J'ai du mal à en être bien sûr. Je devrai peut-être demander confirmation à Aomine-kun aussi. »

Kise avait frôlé la syncope devant l'absurdité de cette annonce, mais surtout face au manque anormal d'émotion qu'elle semblait susciter chez Kuroko et ce, malgré sa nature hautement intime. Le copy cat frissonna d'ailleurs rien que d'y repenser… (sans réaliser que ce qu'il avait confié la veille à Kagami était tout aussi privé et embarrassant… On voit la paille dans l'œil du voisin, mais jamais la poutre de Bamako qu'on a dans le sien, il faut croire.) Et si d'habitude le jaune était plus que ravi de recueillir les confidences de ses amis et à plus forte raison celles du maître de Nigou, cette fois-là, il s'en serait allègrement passé…

Or, malheureusement pour lui, le couple terrible n'avait pas changé d'un iota, eux qui n'allaient pas tarder à fêter les dix ans de leur relation…

« Kazu-kun, enlève ta main de mon caleçon, s'il te plaît. Ce n'est pas le moment, Kise-kun et moi devons parler de choses sérieuses. » Exigea Kuroko sur un ton aussi inexpressif que d'habitude.

« Heuu… »

LA GÊNANCE.

ABSOLUE.

Mais ces deux-là étaient sacrément expansifs et Kise avait appris à se détacher avec le temps de leurs marques d'affection un peu trop… impudiques. Il ne les écoutait toujours que d'une oreille et toute information compromettante ressortait par l'autre, afin d'épargner à son cerveau de futurs traumas et à son portefeuille, de futures années de thérapie trop chère.

« Alooooooooors c'est toujours trop biiiiiien Los Angeles ? » Poursuivit le faucon avec un naturel déconcertant, comme s'il n'était pas en train de tripoter l'asticot de Kuroko il y a encore deux secondes…

« Oui, oui. J'ai participé à un shooting hier d'ailleurs, je vous enverrai le lien vers la publicité dès que je l'aurai ! » Sourit Kise.

Ouais, mieux valait ne pas se formaliser des manières… insolites de ces deux hurluberlus. Après tout, ils étaient loin d'être méchants et puis Kise commençait à avoir l'habitude de leur singularité. Même si au début, ça pouvait surprendre les non-avertis. Et faire peur aussi, accessoirement.

Mais de façon assez inattendue, Kuroko et en particulier Takao, s'intéressaient toujours de près à sa carrière de mannequin.

« Han génial ! Et t'es bronzéééé ? »

« Plus trop là. J'ai pas vraiment eu le temps d'aller à la plage ces derniers temps… Il faut dire que mes journées ont été plutôt… chargées. »

Et ce n'était un secret pour personne et surtout pas pour ces deux-là que Kise était un adepte du bronzage intégral dès qu'il en avait la possibilité.

« … Kazu-kun, ne vois-tu pas que moi et Kise-kun nous avons à parler sérieusement ? Cesse donc de le déconcentrer avec tes questions idiotes. »

« Waaaah Ryo-chan t'as vu comment il est méchaaaaaaaaant avec moi !? »

« Ahaha… ne t'en fais pas, Kurokocchi. Ça ne me dérange pas que Takaocchi écoute notre discussion et… »

« … Oui, mais moi ça me déconcentre de sentir ses doigts dans mon… » L'interrompit le fantôme.

« Aaaaaaah ! » Ne put s'empêcher de crier Kise. Non, vraiment, il se passerait allègrement de cette information, même si son imagination allait sûrement compléter la suite de cette phrase... Lui n'avait rien à cacher, mais en revanche, il apprécierait GRANDEMENT que le couple déviant lui cache certains détails de leur vie sexuelle débridée ! « Stoooooooooop ! Je ne veux pas savoir ! »

Argh trop tard. Des images extrêmement crues et graphiques impliquant ses deux amis se bousculaient à présent dans sa tête.

« Oh allons ne fais pas ta chochotte Kise-kun. Tu m'as dit toi-même dans ton message que tu vivais avec Haizaki-kun. Et hors mariage en plus. C'est franchement immoral, je suis choqué. »

Ah ben oui, ça se voyait tout de suite qu'il avait sincèrement l'air traumatisé en effet le pauvre chou ! Et puis surtout, cette situation était tellement GRAVE, Kuroko allait sûrement devoir filer illico se confesser après leur conversation, afin d'absoudre les péchés entendus par ses siii chastes oreilles, qui ne devaient pas du tout en avoir l'habitude !

« Tu peux parler, comme si tu étais marié avec Takaocchi, toi ! En plus, ça n'a rien à voir ! Moi et Sho on n'est même pas… ! »

En couple ? Ensemble ? … Intimes ?

Il s'interrompit, de peur de trop en dire et de s'enfoncer dans le déni ou les mensonges…

Difficile de rester crédible en repensant au fait qu'Haizaki avait eu la langue dans la partie la plus secrète de son anatomie il y avait à peine quelques minutes, mais bon, Kuroko n'en savait rien lui et tant mieux d'ailleurs.

« 'Sho', hmm ? » Répéta le bleuet, qui venait de tiquer à ce diminutif.

Et merde ! Connaissant la perspicacité du joueur fantôme, il devait déjà avoir tout compris à ce stade… Enfin, ce serait sans doute pire si Kise s'était trouvé face à Kuroko pendant qu'il parlait. Et pour cause, le sixième homme de Teiko était passé maître dans l'art de décrypter le langage non-verbal d'autrui, particulièrement celui de ses anciens camarades de basket et il se révélait très difficile de cacher quoi que ce soit à Kuroko.

Vivre dans l'ombre en permanence l'avait conduit à affûter ses talents d'observation.

« Alors, comment ça se passe avec lui ? Je constate avec joie… » Toujours aussi expressif qu'une porte de frigo. Grosse, grosse JOIE, en effet. « … et soulagement que vous ne vous êtes pas encore écharpés. »

« Et pourtant, c'est pas passé loin... » Confessa Kise.

« … »

Il s'était assis sur le transat pour se sécher du mieux possible. Bon sang, il empestait le chlore et à tous les coups, ça allait bousiller sa précieuse chevelure blonde, à laquelle il consacrait tant de soin ! Raaah satané Haizaki, il ne perdait rien pour attendre celui-là ! Qu'il savoure bien sa petite victoire parce que le renard ne comptait pas le laisser s'en tirer à si bon compte la prochaine fois…

« Ça suffit, Kise-kun, passe-moi Haizaki-kun sur le champ. »

« Quoi ? »

« Tu mens, maintenant j'en suis certain. Dis-moi où tu as enterré son corps et le nom de ton complice. »

« N'importe quoi Kurokocchi ! Je ne l'ai pas tué, même si ce n'est pas l'envie qui m'a manqué, tu peux me croire ! » Assura le mannequin, outré. « En plus, le sang, ça tâche et c'est une horreur à faire partir ensuite ! Jamais je n'aurai pris le risque de ruiner un de mes costumes Armani en le zigouillant ! Il n'en vaut pas la peine ! »

« Il reste le poison sinon, c'est sans trace. »

Ahh les conseils toujours bien avisés de Kuroko !

« Ouais ben tu m'excuseras, mais c'est pas comme si on pouvait s'en procurer en libre-service au supermarché du coin ! »

« A mon avis, tu peux toujours lui préparer l'un de tes plats, ce sera tout aussi efficace. »

« Héééé ! Je ne cuisine pas si mal que ça, j'te ferai dire Kurokocchi ! Raaah mais qu'est-ce que vous avez tous à critiquer mes talents culinaires ? Même Satcchi la dernière fois ! »

Alors que bon, elle était quand même HYPER mal placée pour parler, elle ! A titre d'exemple, quand elle avait commencé à sortir avec son « Tatchan » chéri, le pauvre brun avait bien failli se péter une molaire en croquant dans l'un de ses cookies soit disant « préparés avec amour ! ». Tellement DURS qu'Aomine était parvenu à en recycler quelques uns, leur offrant une magnifique reconversion professionnelle sous la forme de casse-noix… Depuis cette mésaventure, il avait d'ailleurs été unanimement décidé de déléguer toute la partie « cuisine » à Himuro, dans l'intérêt de la survie DIGESTIVE du couple.

« … Peut-être parce que tu as failli tuer tes anciens collègues japonais la seule et unique fois où tu as daigné leur cuisiner quelque chose ? Je m'en souviens très bien : c'était la veille de ton départ aux Etats-Unis et ton agence avait organisé une soirée d'adieux en ton honneur. Qu'est-ce qui t'a pris de passer derrière les fourneaux d'ailleurs ? Tu leurs en voulais personnellement au point d'intenter volontairement à leur vie ? Pas terrible comme dernier souvenir à laisser. »

« Pfff ! Je suis désolé, mais le fait que tout le monde se soit retrouvé la tête dans les chiottes en train de vomir ses tripes ne prouve absolument rien ! Je décline tout lien de cause à effet concernant la supposée qualité de ma cuisine, parce que j'te rappelle quand même que les désordres alimentaires sont monnaie courante dans le milieu et font d'ailleurs régulièrement les choux gras de la presse à scandales ! »

« Bon alors si tu ne vis pas avec Haizaki-kun dans le but d'essayer de te débarrasser de lui, puis-je te demander pour quelle raison vous continuez à cohabiter sous le même toit ? »

« Heu et ben… »

Question très pertinente Kuroko, merci de l'avoir posée !

Ou pas.

« Est-ce qu'il te menace ? Il te retient en otage, c'est ça ? »

Vite, trouver quelque chose à répondre. N'importe quoi.

Et de s'en convaincre lui aussi, accessoirement.

« Mais non pas du tout, que vas-tu chercher là ? C'est juste… temporaire... Le temps que je puisse me retourner quoi. » Tenta de se justifier le blond, maladroit.

Ce n'était même pas un mensonge, puisqu'il s'agissait bien de l'arrangement dont les deux jeunes hommes avaient convenu. Du moins, dans l'esprit de Kise. Cependant, la situation vouée à ne pas durer au départ, commençait sérieusement à s'éterniser et même le renard en avait conscience. Or, il n'avait aucune excuse. La vérité, c'est qu'il appréciait de vivre avec le loup, même si ce n'était pas de tout repos ! Et oui, Haizaki lui tapait sur les nerfs quatre-vingt dix pour cent du temps, mais les dix pour cent restant s'avéraient plutôt agréables.

Ok, les fondations branlantes de leur colocation n'avaient pas eu la chance de s'ériger sur le terrain d'une confiance mutuelle et encore beaucoup de doutes subsistaient, notamment à cause de l'attitude énigmatique d'Haizaki. Le brun pouvait se montrer extrêmement difficile à cerner de par son attitude changeante et ses provocations matinées de fuites, comme s'il refusait la confrontation...

Cependant, même si la soirée improvisée par Haizaki dans la villa avait mal tourné, les intentions de l'ex as de Fukuda paraissaient relativement « bonnes » à la base. Après tout, il avait juste tenté à sa manière de remonter le moral de Kise, pour faire en sorte qu'il se sente mieux… et quelque part, bien que ses méthodes soient discutables, Kise admettait que cela avait fonctionné. En partie. Et pour cause : il pensait de moins en moins à Aomine dernièrement… et surtout, il y parvenait sans se mettre à pleurer toutes les larmes de son corps. Un sacré progrès accompli, mine de rien et il ne pouvait nier qu'Haizaki y était pour beaucoup. A sa façon. C'est-à-dire aussi tordue qu'inappropriée.

Le blond était parvenu à éviter de révéler la raison pour laquelle il avait atterri sous le toit d'Haizaki à la base et il s'en félicita. Kuroko n'avait pas à savoir que son ami ne supportait plus de vivre avec Aomine et plus précisément, à cause du fait qu'il ne passait (et ne se passerait jamais…) rien entre eux…

« Vous avez couché ensemble déjà ? » Attaqua de plus belle Kuroko.

« Quoi !? Nooon ! » S'offusqua Kise, tandis que des images de ce matin et de la veille se rappelaient à son bon souvenir comme pour venir le contredire.

« Mais ce n'est plus qu'une question de jours avant que cela n'arrive. » Comprit son interlocuteur.

Ou peut-être même d'heures…

Ce n'était même plus une question, mais une affirmation de la part de l'ancien de Seirin. Kuroko pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert, alors à quoi bon continuer à mentir ?

« Ecoute Kurokocchi, je me doute de ce que tu dois penser mais… »

« … Est-ce que tu lui as dit, Kise-kun ? » Le coupa le fin psychologue de service.

« Hmm ? Dit quoi ? »

« Qu'il te plaisait depuis longtemps. Déjà au collège... »

« Attends, pardon ? Tu fais fausse route, là ! » Corrigea Kise.

Non parce que du temps de Teiko, c'était plutôt Aomine qui le rendait fou d'amour ! Et ça n'avait jamais véritablement changé depuis, d'ailleurs…

« Tu ne t'en rappelles donc pas ? Tu étais sans arrêt collé à lui, tu recherchais constamment son regard et son approbation. On t'a même retrouvé nu dans son sac de couchage pendant le stage d'été. »

Kise piqua un fard en s'en souvenant. Bon ok, il y avait eu cette fois-là. Mais c'était tout ! D'aucuns diraient que c'était déjà bien suffisant, mais Kise préférait s'enfoncer dans la réfutation. Sentant que son ami était aussi sceptique qu'une fosse (sûrement des séquelles indésirables de la journée « caca » de la veille…), Kuroko décida de lui donner un nouveau coup de ventouse rafraîchisseur de mémoire :

« Une véritable attention whore. On aurait dit une nouvelle sœur Kardashian, mais blonde et asiatique. Et que dire de la fois où vous vous êtes rendus à cette fête foraine ensemble. »

Oula. Comment Kuroko était-il au courant de ça aussi ? Kise se souvenait pourtant n'en avoir parlé à personne et il était à peu près certain qu'Haizaki n'avait pas commis l'erreur de s'en vanter de son côté non plus.

« Il n'y avait même pas vos petites-amies respectives ce jour-là. Vous n'étiez que tous les deux. » Chargea davantage Kuroko.

« Et qu'est-ce qui te permet de l'affirmer avec autant d'aplomb ? »

Le ton de Kise s'avéra plus ferme et agressif qu'il ne l'aurait voulu. Cependant, les insinuations de Kuroko et surtout le fait que le cyan puisse avoir mis (et appuyé) le doigt là où ça faisait mal, constituaient un affront étrangement difficile à digérer pour le jaune.

« Parce que j'étais là Kise-kun. J'ai vu ce que tu as fait. »

Maudit Kuroko… ne pouvait-il pas se montrer plus explicite ? Lui tirer les vers du nez se révélait encore plus dur qu'avec Haizaki !

« Ok, alors qu'as-tu vu, exactement ? » Insista Kise, sur la défensive.

Du bluff. Ce n'était rien que du bluff. Kuroko avait toujours été très habile à ce petit jeu-là. Pas étonnant, puisque jamais la moindre émotion ne filtrait de son visage lisse et figé.

« J'étais avec toi lorsque ces deux filles se sont faits coller par le professeur. Et c'était toi le seul responsable de leur punition. »

SAY WHAAAAAAAT !?

Sous le choc de cette révélation (qui n'aurait pas dû en être une), Kise manqua d'en lâcher son téléphone portable. Nan, Kuroko devait se tromper. Forcément ! Bon, encore, que le mannequin n'ait pas remarqué la présence de son ami quand bien même ce dernier se serait trouvé juste sous son nez n'avait rien de surprenant. Kuroko n'était pas surnommé le joueur fantôme pour rien. Pour autant, il s'agissait plutôt de seconde partie de cette anecdote qui étonnait Kise. Lui, n'en avait aucun souvenir, mais Kuroko paraissait sûr de lui cependant.

Le coup du bluff n'en était finalement pas un de toute évidence…

« Tu sembles avoir oublié Kise-kun. » Devina le petit-ami de Takao. « Tu as vraiment une mémoire de poisson rouge. »

Aïe, ça faisait plutôt mal ça comme reproche, mais ce n'était pas entièrement faux hélas ! La franchise légendaire du fantôme avait encore frappé et Kise s'en retrouvait trop souvent victime. Et encore plus souvent par sa propre faute…

« Hmpff ! Peu importe, continue Kurokocchi… J'y repensais justement dernièrement et il me semblait que... c'était Haizaki qui avait fait en sorte de mettre nos deux copines sur la touche, pour se retrouver seul avec moi. »

Ce qui… avec le recul, n'avait pas le moindre sens. Puisque c'était bien LUI qui était venu prévenir le loup et non l'inverse, de l'absence de Chiaki et Mikan. Et le brun avait réellement l'air surpris de l'apprendre à ce moment-là. De plus, ainsi que Kuroko le lui avait très justement remémoré, encore une fois, c'était Kise qui avait tout mis en œuvre afin de partager la tente d'Haizaki au camping d'été. Comment avait-il pu croire que leur rendez-vous avait résulté des actions de l'ex-argenté ? Kise se sentait bête tout à coup. Evidemment que c'était lui le seul responsable de cette mascarade. Mais la question était pourquoi ? Pour quelle raison ? Est-ce parce que déjà à l'époque, il se sentait attiré par Haizaki ainsi que le clamait Kuroko ?

« Et bien Ryota, si ce que Kurokocchi dit est vrai et il n'a aucune raison de mentir à ce stade, cela signifie qu'au collège tu courais après deux lièvres à la fois. Or le chasseur trop cupide s'éparpille à défaut de concentrer ses efforts sur une seule proie et au final, il termine sans rien dans l'assiette. » Se fit intérieurement la morale Kise.

Clairement pas la meilleure stratégie à adopter.

« Non, il s'agissait bien de ton idée. En réalité… »

Kuroko commença donc à raconter les événements survenus alors.

Et comme par magie, Kise se rappela petit à petit...


Chaque jour, c'était le même manège.

Depuis que Kise avait intégré l'équipe de basketball de son collège, de plus en plus de filles se pressaient aux entraînements. Un véritable défilé ! Si au départ ses coéquipiers et leur coach avaient fait preuve de compréhension et même d'une pointe d'amusement, plus le temps passait et moins la tolérance semblait de mise. C'est que ces demoiselles aussi enjouées que peu discrètes risquaient sérieusement de compromettre leurs résultats en compétition, à force de distraire les joueurs ! Les garçons avaient en effet tendance à se désintéresser du ballon orange, au profit d'un autre type de reliefs sphériques… dès que des jeunes filles qui commençaient à se former physiquement, se trouvaient dans leur champ de vision.

Dire que Kise ne faisait même pas encore partie de l'équipe A, comptant les titulaires prodiges et malgré son niveau prometteur, il n'y serait sans doute jamais intégré à cause de son encombrant et nuisible fanclub en folie.

Mais aujourd'hui, aucune fille n'était venue troubler la quiétude de leur entraînement. L'effet de mode était peut-être passé et les collégiennes se seraient donc lassées, se désintéressant de ce sport aux règles trop obscures pour elles. Car il ne fallait pas se leurrer. Leur soudaine passion pour le basket était uniquement liée à la présence de Kise sur le parquet, car elles nourrissaient toutes l'espoir un peu fou d'obtenir un sourire de sa part.

Ça, ou alors leur absence résultait de mesures drastiques prises en secret par leur entraîneur. Après tout, il se devait de préserver la concentration de ses joueurs à tout prix et en prenant toutes les précautions nécessaires. Le gymnase semblait donc enfin avoir retrouvé un calme propice au travail et aux progrès.

Mais au moment de regagner les vestiaires, deux jeunes filles réussirent à se faufiler à l'intérieur de la salle de sport. Bizarrement, celles-ci ne s'étaient pas précipitées sur Kise pour lui demander une photo ou un autographe comme c'était le cas d'habitude, mais vers… Haizaki, sous le regard médusé du blond. Kise et Haizaki se trouvaient en effet encore en train de ranger et de nettoyer les équipements, supervisés de loin par Nijimura. C'était la règle du club : un duo de joueur devait toujours se charger de « faire la fermeture » du gymnase, pendant que les autres se décrassaient sous les douches communes. Ce duo était aléatoirement défini à l'avance selon un planning mis à jour chaque semaine. Et ce mardi… Haizaki et Kise étaient les deux heureux (ou pas…) élus.

De voir ces deux collégiennes courtement vêtues et tous seins dehors venir se pavaner auprès de l'argenté éveilla en Kise un sentiment de… jalousie ? Enviait-il le succès inattendu d'Haizaki ? Non, c'était autre chose.

De la possessivité.

Hein, quoi ?

Mais non, ça ne pouvait pas être le cas ! Il se fichait pas mal de l'autre joueur, pas vrai ? Haizaki n'arrivait même pas à la cheville d'Aomine, que ce soit physiquement sur le terrain ou en terme d'attirance pure. Alors pourquoi le mannequin débutant ressentit-il un pincement au cœur en voyant les deux tentatrices user de leurs charmes juvéniles auprès d'Haizaki ? Et vas-y que je me trémousse et vas-y que je minaude… Kise ne se trouvait pas assez près pour (j)ouïr ce qu'ils se racontaient, mais par contre, il pouvait clairement entendre les rires niais émanant du duo de sirènes.

Pfff… Kise leva les yeux au ciel. Toujours les mêmes techniques de séduction éculées et ces deux-là ne dérogeaient pas à la règle. C'est qu'elles ne faisaient pas dans la dentelle les deux demoiselles et en parlant de dentelle, on devinait assez nettement celle qui ornait leur soutien-gorge et on apercevait même carrément celle qui bordait également leur petite culotte… Aucune finesse dans leur approche ou dans leurs atours vestimentaires. Et à la manière dont elles s'exhibaient sans pudeur devant Haizaki, (qui ne les regarda pas une seule fois dans les yeux pendant toute la durée de leur conversation) Kise en conclut que le loup gris était un amateur de poitrines rebondies, tout comme Aomine. Ah si seulement il pouvait se rapprocher un tout petit peu plus pour écouter plus précisément les banalités qu'ils s'échangeaient ! Sauf que Nijimura veillait au grain… Et le karatéka n'allait certainement pas apprécier que Kise délaisse son ménage au profit de ragots…

Raaah tant pis !

Tandis que le garçon aux yeux de renard avait entrepris de le faire malgré la surveillance menaçante de leur capitaine, une des filles éclata soudainement en sanglots. Au contraire de sa copine qui se mit à jubiler, paradoxalement. Et tout naturellement, Haizaki se pencha vers la « gagnante », aka la marchande de fruits qui affichait les plus gros melons, pour lui rouler une pelle que n'aurait certainement pas renié un fossoyeur (ou un jardinier, à défaut). Le tout en prenant bien soin de tâter lesdits melons, histoire de vérifier s'ils étaient assez mûrs pour être cueillis prochainement.

Sous l'œil humide de la perdante, toujours en pleine crise de larmes.

Et sous celui bien plus sec de Nijimura, qui tempêta de rage vers le couple de primeurs et les sépara sans sommation…

Avant de coller une de ses pêches (on reste dans la métaphore fruitière…) dont il avait le secret en plein dans la poire d'Haizaki. (Tant qu'il épargnait sa banane…) Probablement dans le but d'en faire de la compote. Bien loin de tomber dans les pommes face à une telle débauche de violence, la fille s'éloigna en riant avec sa copine, sans doute extrêmement fière des salades qu'elle avait racontées. Nijimura quant à lui, aurait pu continuer à se mêler de ses oignons, mais il en avait gros sur la patate alors il n'avait pas pu s'empêcher de ramener sa fraise. Et il en était toujours ainsi lorsqu'Haizaki cédait à son cœur d'artichau(d)t !

Ah tiens, Kise réalisa qu'il était passé aux légumes à présent…

Evacuant un Haizaki des plus réticents, Nijimura le traîna jusqu'aux vestiaires par le colbac. Kise soupira face à ce pathétique spectacle et il alla ranger son balai. Il était temps d'aller se doucher pour lui aussi. Mais alors qu'il terminait de ranger ses instruments de nettoyage, les deux filles se présentèrent face à lui.

« Salut, Kise-kun ! Je m'appelle Chiaki et voici ma copine Mikan ! On est toutes les deux dans ta classe, tu nous reconnais ? » Sourit la fée aux gros obus.

« Ah oui, bien-sûr ! » Mentit Kise, avant de vaguement se rappeler qu'elles se trouvaient assises juste un rang devant lui en cours.

Et cette information nous servira plus tard, alors retenez-la bien, car jamais rien n'est laissé au hasard.

« Ça va comme vous voulez les filles ? J'ai remarqué que vous étiez venues voir Haizaki-kun. »

Il avait hésité à terminer sa phrase d'un joli « pourquoi » mais… ça aurait été un peu trop cramé. Et tout sauf naturel. Il préférait donc laisser les deux belettes répondre par elles-mêmes sur les raisons de leur courte (comme leurs jupes) visite de courtoisie envers le loup… Le blond aurait aimé rajouter quelque chose du type, « pour lui remettre un devoir ? » ou encore « vous êtes fans de sa façon de jouer ? » Mais à ce stade, il semblait plus qu'évident que les deux tentatrices n'étaient ni très portées sur les études, ni sur le basket…

« Ouais ! En fait tu vois, Haizaki-kun nous plaît graaaaave depuis l'an dernier ! On était dans la même classe en sixième et on l'a toujours trouvé trop cool avec son attitude de bad boy ! »

'Bad boy' ? Ah oui, ça… Ce style avait toujours plu aux adolescentes légèrement en perdition. Et Kise en incarnait la parfaite contrepartie (et non « contrepèterie ». Quoi que…) avec son air de « boy next door ». Son agence de mannequin jouait d'ailleurs énormément de son côté « gentil garçon », par opposition, car être assimilé au gendre idéal rassurait les parents des jeunes filles. Sauf que Kise était loin d'être aussi adorable en réalité… et ces deux belettes allaient bientôt apprendre à leurs dépens que les renards pouvaient se montrer encore plus fourbes qu'elles… Leur petite parade mammaire avait peut-être suffi à tromper le loup féroce mais stupide, en revanche, il en serait tout autrement pour lui.

Et tout compte fait, cela allait sûrement lui servir… Oui, leur intervention arrangeait ses affaires à bien y penser. Encore fallait-il savoir exploiter cette faille inopinée.

« Mais maintenant que nous ne sommes plus dans la même classe, on a moins l'occasion de le voir… »

CQFD. Décidemment, l'intelligence profonde de cette fille atteignait des sommets pour qu'elle en arrive à une telle conclusion.

« Oui, forcément. » Approuva Kise.

Un futur prix Nobel de Physique Nucléaire, à n'en point douter…

« A la base, on était venue pour savoir s'il avait une copine en ce moment et puis, comme il nous a dit non, on a décidé de tenter notre chance ! »

Elle se mit à sautiller sur place comme une gerbille montée sur ressorts. Et sa jupette ultra courte se soulevait à chaque bond… Si bien que même Kise ne put s'empêcher d'y jeter discrètement (ou pas) un œil…

« Et il a dit ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! »

« Comment ça, oui ? Oui, à quoi ? Il a une copine finalement ? »

Rien compris.

« Noooooooon il a dit ouiiiiiiiii pour sortir avec moiiiiiiiii ! »

Oh la vache, sa voix venait de monter dans les aigus sans crier gare et Kise sentit tous les poils qu'il n'avait pas sur son corps se dresser. Bon, juste ses pores quoi.

« Oh super et heu… » Il désigna l'autre fille d'un index inquisiteur. « Dans ce cas, pourquoi elle pleure, elle ? »

Car en fin observateur, Kise doutait fortement qu'il s'agisse de larmes de joie versées en l'honneur de sa pote…

« Parce qu'elle s'est fait jeter par Haizaki-kun ! »

Tiens donc, jetée, carrément ? Kise aurait plutôt pensé que l'argenté serait un fervent adepte de la polygamie… Le blond l'avait en effet surpris plusieurs fois avec une fille sous chaque bras déambuler dans les couloirs du collège. Ah mais… à bien y regarder, il manquait quelque chose à la brunette aux cheveux coupés en carré.

Quelque chose de TAILLE comparé à sa copine…

Kise soupira.

A croire qu'Aomine et Haizaki souffraient d'un complexe mammaire lié à l'enfance. Leur mère ne les avait pas suffisamment allaités ou quoi !? Ou peut-être trop…

Bien qu'Aomine ne serait sans doute pas allé jusqu'à repousser la dénommée Mikan uniquement à cause de son absence mamellaire. Non, il serait sûrement sorti avec elle en lui recommandant juste de rembourrer son soutif… Comme Dame Nature pouvait se montrer cruelle et injuste, n'empêche. C'était comme si, à la naissance, sa copine avait pris tout le quota « nichon » disponible, sans rien laisser à cette pauvre planche à pain… Mais que voulez-vous, la vie est une pute qui vous soufflète de sa main gantée de velours…

« Ah… c'est dommage… » Ne put s'empêcher de (faire semblant de.) compatir Kise.

Mais bon, telle était la dure loi de l'Amour, il n'y avait bien souvent qu'une seule gagnante…

« Oui, c'est compliqué… Je me sens mal pour elle n'empêche. Elle risque d'avoir du mal à s'en remettre… » Fit-elle en tapotant dans le dos de sa loque de pote, d'un air faussement compatissant.

Enfin, c'est le jeu ma pauvre Lucette ! Et puis, honnêtement, sa copine n'avait pas l'air siiiii désolée que ça, à voir la façon dont elle avait quasiment collé la tête d'Haizaki dans son décolleté toute à l'heure… Aucun collégien normalement constitué n'aurait pu résister à cette technique ancestrale ! Cependant, même si Haizaki n'était pas totalement coupable, le connaissant, il avait dû manquer de tact au moment de repousser Mikan.

D'où la crise de larmes.

Oh et se mettre à batifoler sans vergogne avec son amie en lui pelotant les seins juste devant la demoiselle éconduite, ne témoignait pas forcément d'une grande sollicitude à son égard…

« Allons, allons… » Tenta de la réconforter Kise, que son grand cœur perdrait un jour. Que disait-on déjà dans ces cas-là ? Ah oui ! « Un de perdu, dix de retrouvés ! Le meilleur moyen de se remettre d'une chute de cheval, c'est de remonter en selle immédiatement ! »

Mouais, paye tes encouragements…

Que de lieux communs, le genre de dictons bateaux dont on se demande la réelle utilité, tant ils paraissent éculés et inefficaces… Qui pouvait bien les avoir inventés ? Sûrement le même sociopathe dépourvu de la moindre compassion. Peut-être même une de ces intelligences artificielles à la con. Mais sur le moment, Kise n'avait guère mieux à proposer. C'est qu'il avait presque failli ajouter le troisième larron de la triade infernale : « C'est un mal pour un bien ! », mais il s'était retenu à temps, fort heureusement !

« Mais ouiii ! Kise-kun a raison ! Le meilleur moyen d'oublier Haizaki-kun, c'est de te trouver un nouveau petit-ami ! » En rajouta une couche l'autre idiote gonflée à l'hélium.

C'est alors que se produisit un fait aussi imprévisible qu'inattendu…

« Et pourquoi pas Kise-kun justement ? Après tout, il est beau, sportif et gentil ! »

QUOI !?

Non mais d'où elle se mettait à jouer les entremetteuses sans sa permission et sans l'avoir consulté au préalable, celle-là !? Alors qu'il se trouvait juste à côté d'elle en plus, quel culot ! Pas étonnant qu'Haizaki l'ait choisie, cette marieuse au rabais ! Tous les deux possédaient le même manque flagrant de diplomatie ! Comme si afficher son bonheur devant sa pote ("potesse" ? "Potote" ?) en plus de la refourguer au premier mec venu, allait être d'un quelconque secours pour l'aider à aller de l'avant !

Alors que Kise s'apprêtait à protester plus ou moins énergiquement, la jeune fille continua et…

« Mais oui, réfléchis-y ! Ce serait génial si vous sortiez ensemble ! On pourrait se faire des sorties à quatre, en couple ! »

Oh… ?

OOOOOOOH !

Bon sang, mais c'est bien-sûr ! Elle venait de lui offrir sur un plateau d'argent l'occasion rêvée pour se rapprocher d'Haizaki en toute discrétion ! Et Kise ne comptait pas la laisser passer !

« A vrai dire, puisqu'on en parle... » Go go go go ! Leçon de séduction express ! « ... sache que je te trouve vraiment très jolie… » Non, pas du tout, mais un tel compliment provenant du pinacle de la beauté adolescente faisait toujours son petit effet ! « … Ça fait depuis le début de l'année que je t'ai remarquée, vu que tu es assise juste devant moi en classe mais… » Allez Kise, un peu de courage et de crédibilité, que diantre ! « … Je n'osais pas venir t'aborder, parce que tu m'intimidais… »

DU NERF, TU Y ES PRESQUE CHEVALIIIIER, CROIS EN LA DEESSE ATHENA !

Il se passa la main à l'arrière de la nuque pour mimer une pseudo nervosité, puis il lui décrocha son plus beau sourire. Le n°5. Celui qui marche à tous les coups en shooting et auquel personne ne résiste. Pas même la prof de maths durant les examens…

« M-moi ? »

« Oui, toi. Mais aujourd'hui, j'ai enfin l'occasion de te dire ce que je ressens. Finalement, c'est une bénédiction qu'Haizaki t'ait dit non, parce que ça m'aurait brisé le cœur que tu deviennes sa petite copine et j'aurai sans doute passé le reste de l'année à regretter de ne pas avoir eu le courage de te parler le premier… »

Avec les petites rougeurs aux joues qui vont bien et les yeux pétillants d'affection…

Et vas-y que je papillonne des cils en sus !

MAIS QUEL COMEDIEN.

GIVE THAT BOY AN OSCAR ALREADY !

OU UNE GIFLE DE LA PART DE WILL SMITH !

En guise de coup de grâce, Kise se pencha vers sa camarade de classe et il lui prit la main, déposant délicatement un baiser dessus, tel un vrai prince charmant tout droit sorti d'un conte de fées.

On pouvait même distinguer/imaginer des scintillements et des cœurs comme dans un shojo manga…

CA SUFFIT, N'EN JETEZ PLUS !

Si avec toute cette débauche d'artifices déployés elle ne craquait pas, c'est qu'elle était lesbienne ! Oui, Kise était certain de ses charmes. Sa technique bien rôdée avait maintes fois fait ses preuves par le passé et il allait bientôt pouvoir accrocher une proie supplémentaire à son tableau de chasse déjà bien rempli toutes proportions gardées pour son jeune âge !

« Ca alors, Kise-kun ! Je l'ignorai ! » S'empourpra furieusement Miss-Mascara-qui-dégouline ! (Elle aurait quand même pu en choisir un waterproof ! Quelle erreur de débutante d'aller se déclarer à un mec sans avoir pris ses précautions avant !)

« Ce serait donc un honneur si tu acceptais de sortir avec moi Mi… » Mi quoi, déjà ? Mi… Fa Sol La Si Do ? Mi… kado ? Michael Jackson ? Mince, c'était quoi son prénom à cette jeune oie blanche ? « … chan. » Improvisa Kise à la volée.

POPOPO ! QUELLE ACTION DU JOUEUR JAPONAIS !

ET BAM, PANIER A TROIS POINTS DE LA VICTOIRE !

Le « chan » ajoutait toujours une touche de connivence bienvenue, surtout dans le cas présent.

« D-d'accord… » Articula difficilement la brunette, submergée par l'émotion apparemment.

Et il y avait de quoi, en effet. Kise se savait particulièrement magnifique et même irrésistible maintenant.

« Génial ! » Se réjouit l'autre bécasse à gros poumons.

« Allez, sèche tes larmes à présent ma princesse. Je ne puis tolérer qu'un si beau visage se laisse déformer par une telle expression de douleur, à cause d'un mufle qui n'est pas conscient de la chance qu'il a laissé passer. » Souffla Kise d'une voix douce.

'Et va m'laver mon maillot d'entraînement trempé de sueur, tant que tu y es ! Histoire de rentabiliser ma fausse déclaration d'amour !' Manqua t-il de lâcher par inadvertance.

Oups ! Chassez le naturel, il revient en avion supersonique !

Et c'est ainsi que la première phase du plan MACHIAVELIQUE de Kise fut lancée…


Mais bien entendu, le maléfique Gémeaux (Hop, petite variation à mes synonymes habituels pour décrire Kise.) ne comptait pas en rester là, même si des privilèges insoupçonnés découlèrent bien vite de sa mise en couple avec Mikan. Pour commencer, celle-ci la laissait régulièrement copier sur lui et contre toutes attentes, la jeune fille n'était pas le pingouin qui glissait le moins loin de la banquise, contrairement à son amie... dont les capacités intellectuelles (proches de celles d'un bulot) semblaient se limiter à ne pas oublier d'enfiler une culotte avant de sortir le matin… et à avoir appris par cœur l'emploi du temps de son amoureux. (Qui lui, en retour, n'oubliait jamais de lui faire baisser ladite culotte dès que possible à l'abri d'un coin de couloir un peu mal éclairé et désert…)

Et puis, elle n'était pas mauvaise cuisinière non plus et elle prenait régulièrement la peine de lui préparer ses bentos. En effet, la mère de Kise étant d'origine nordique, la cuisine japonaise avait encore bien des secrets pour elle et bien souvent, les deux sœurs aînées de Kise se chargeaient donc de la partie nourrissage de la famille. Malheureusement, Ryoko, la plus âgée, se consacrait de plus en plus à sa carrière prometteuse de mannequin. Quant à Irumi, bon… disons que ses talents culinaires s'avéraient nettement plus… aléatoires et hasardeux hélas. Et comme la jeune fille était passionnée par la mer et ses habitants, elle ne cuisinait que des denrées végétariennes en conséquence. Plutôt limité niveau choix donc et autant dire qu'il valait mieux aimer les algues avec elle, parce que ça, on en ingurgitait au kilo, voire à la tonne même ! De quoi se transformer en vache de mer ! Mais heureusement, l'avantage de ce genre de bouffe, c'est qu'elle était très peu calorique et Kise avait donc tendance à solliciter son intello de sœur en période de régime.

L'un dans l'autre donc (sans jeu de mots douteux bien évidemment...), Kise trouvait son compte à fréquenter Mikan.

Mais… son avantage favori restait sûrement de pouvoir écouter tous les potins que s'échangeaient sa petite-amie et celle d'Haizaki. En effet, comme nous l'avons déjà abordé précédemment dans ce flashback, il s'avérait que les deux belettes étaient assises juste devant lui en cours.

A portée d'oreilles.

Ce qui lui permit d'apprendre quelque chose qui suscita immédiatement son intérêt en cet après-midi d'avril… nettement plus passionnant que le cours d'histoire sur l'ère Tokugawa.

« Tu vois la grande fête foraine qui a lieu en ce moment ? »

« Ohhh celle près du Parc Ueno ? »

Mouais bon, ça commençait moyen. Les fêtes foraines n'étaient pas spécialement un sujet que le garçon aux yeux de chat affectionnait, mais ça restait quand même mieux que ce satané cours…

« Ouiiii ! D'ailleurs, on ira peut-être faire un tour au parc après, c'est un endroit tellement romantique ! »

« Par 'on', tu veux dire toi et Haizaki-kun ? » Devina sa besta.

Ah ! Là tout de suite, ça devenait beaucoup plus captivant ! Kise se redressa sur sa chaise et se pencha au max pour mieux les épier.

« C'est vrai que c'est splendide en cette saison, avec tous ces arbres en fleur ! » Répondit rêveusement Mikan. « J'aimerai tellement que Ryo-chan m'y emmène aussi ! »

Bah alors là tu peux toujours aller te brosser, Mireille Mathieu !

Tout à coup, Chiaki se mit à se dandiner sur son siège et ses nichons remuèrent comme la gelée servie ce midi en guise de déssert à la cantine…

« Et après… on pourra même aller chez moi, vu que mes parents ne sont pas là… » Précisa t-elle en se retartinant les lèvres avec sa saleté de gloss à la fraise à l'odeur ultra chimique.

OULA.

DANGER.

MAYDAY !

'Raaah mais non, du calme Ryota !' Se sermonna t-il mentalement. 'Ça ne peut pas être ce à quoi tu penses… Oui, elle veut sûrement juste inviter Haizaki à jouer au Scrabble, voyons ! Arrête de voir le mal partout !'

« Ohhh ! T-tu vas… ? »

« … Hmmm hmm. Puisqu'on parlait d'arbres en fleur tout à l'heure et bien, je t'annonce que moi je compte justement offrir la mienne à Sho-chan à cette occasion ! » Rougit tellement Chiaki, qu'elle aurait pu faire de l'ombre à un camion de pompiers.

OH PUTAIN. Par réflexe, Kise se facepalma et comme il tenait son stylo plume Doraemon (si mignon et innocent !) à la pointe aiguisée, autant dire qu'il failli se crever un œil au passage façon Shiryu… Mais c'était plutôt à son ouïe qu'il en voulait là ! Mais BON SANG, ils n'étaient que des collégiens en CINQUIEME ! Et déjà, ça parlait de perdre sa virginité avec le premier venu OKLM ! Raaaah pour quelle raison les filles étaient-elles de plus en plus précoces !? Et puis merde quoi, ça ne faisait que quoi… ? Deux semaines à tout casser qu'Haizaki et Miss Gros Flotteurs sortaient ensemble !

N'était-ce pas un peu… prématuré d'envisager de mettre en pratique les cours d'éducation sexuelle qu'ils venaient en plus à peine de recevoir avant-hier ? Ok, ils avaient appris à dérouler des préservatifs sur une banane et depuis Kise n'arrivait plus à regarder ce fruit de la même façon, traumatisé à vie qu'il fut, l'ayant même banni de sa liste d'aliments à consommer, mais flûte quoi, (non, pas FLÛTE surtout pas non, plus de comparaisons phalliques !) c'était totalement différent avec un vrai... pénis pour L'AMOUR DE DIEU !

Et le pire, c'est que si Chiaki parvenait à faire poinçonner son ticket de métro par Haizaki, elle ne manquerait certainement pas de raconter à sa copine à quel point c'était géniiial et après, Mikan voudrait également que Kise vienne tremper son stylo plume (pas le Doraemon cette fois…) dans son encrier !

ARGH !

Quelle inextricable situation !

Et voici qu'elles se mirent à glousser comme deux oies idiotes… Ca n'avait pourtant rien d'amusant… Au contraire même, c'était alarmant et Kise devait tout faire pour empêcher ce plan diabolique de se concrétiser !

Oui, mais comment… ?

Le compte à rebours venait de démarrer.


Jeudi soir, après l'entraînement…

Déjà.

Il n'avait plus que deux jours pour contrecarrer les velléités sexuelles de Chiaki…

Mais Kise avait beau se retourner le cerveau dans tous les sens, aucune idée ne semblait germer ! Il avait même hésité à se tourner vers ses amis pour obtenir quelques conseils. Midorima et Akashi, notamment, étaient très doués que lui lorsqu'il était question d'employer efficacement leur matière grise. Sauf qu'il ne pouvait décemment pas les mêler à toute cette sordide affaire. Non, vraiment, le mannequin débutant était seul sur ce coup…

En parlant de Chiaki d'ailleurs, elle et Mikan étaient venues les encourager ce soir et Kise avait reçu de sa petite-amie une jolie enveloppe décorée de cœurs dégoulinants dessinés au Stabilo rose. Il ne l'avait pas ouverte immédiatement, préférant lire son contenu plus tard, dans l'intimité de sa chambre. Même si en vrai, il s'en foutait un peu. Enfin, c'était peut-être légèrement méchant dit ainsi, mais comprenez-le aussi ! Il recevait des déclarations épistolaires enflammées tous les jours de l'année et pas que de la part de Mikan ! Son casier en débordait littéralement et même la femme de ménage s'y était mise… (dédicace à celles qui ont la ref ) )

La rançon du succès, sans doute.

Toujours était-il que les joueurs de l'équipe venaient de terminer de prendre leur douche et rassemblaient à présent leurs affaires dans les vestiaires. Kise s'apprêtait donc à enfouir (Honteusement. Ou pas.) sa lettre dans son sac avant que quelqu'un ne la voit lorsque tout à coup, on la lui arracha sans ménagement des mains. Et par « on » je veux naturellement parler du loup de Teiko…

« Hey ! Rends-la moi tout de suite ! » S'écria le renard.

« Viens plutôt me la reprendre si tu t'en crois capable ! » Ricana le coupable.

Et Haizaki de sortir comme une flèche, son trophée à la main. Kise se lança à sa poursuite, sous le regard interloqué de leurs coéquipiers. Et bien évidemment, l'intégralité des têtes colorées les suivit.

« Putain, tu fais chier Haizaki ! Rends-lui sa lettre, qu'on puisse rentrer ! » Grogna Aomine. « Y en a qui doivent aller se vide les bours… heu la tête hein et ça urge ! »

Comprendre : « faire ses devoirs », bien entendu…

Mais le basané ne bougea pas d'un iota, tandis que les deux canidés se couraient après en faisant des tours de gymnase. Murasakibara non plus, trop occupé à piocher dans son paquet de chips fraîchement ouvert. Quant à Midorima et Akashi, ils soupiraient d'agacement en commentant allègrement la stupidité des deux adversaires. Quant à Kuroko bah heu… il devait bien être là, quelque part, sauf que personne n'y prêtait attention, donc je ne saurai vous dire ce qu'il fabriquait précisément…

Dans sa course effrénée, Haizaki décacheta l'enveloppe et il en extirpa habilement la feuille A4 qui s'y cachait. Et il commença à lire à voix haute.

« Ryota chéri,

Quand j'ai vu ton visage assis en classe et ton regard à faire chavirer un chameau, j'ai tout de suite été émue même si je ne l'ai pas montré vis-à-vis de mes yeux. Et quand tu m'as demandé de sortir avec toi, c'est comme ça que je suis tombée amoureuse. Parfois en cours quand tu m'observes et que je sens tes yeux sur mon dos, j'ai l'impression que tu me regardes… Tu as de beaux cheveux raides comme ceux des oiseaux et les prunelles d'un marron Picasso. Si du pétrole sortait de tes yeux, je serai déjà milliardaire. Je sais que nous sommes encore jeunes, mais j'aimerai déjà qu'on se marie comme nos parents, car comme on dit 'l'âge ne fait pas le moine' !

J'espère que tu ne trouves pas que je dépasse les bords en t'écrivant cette lettre, mais j'avais besoin de mettre les points sur les lignes en exprimant mes sentiments pour toi. Quand je te vois, ça fait comme le cours d'histoire sur la Révolution Française, tu sais, celui de la semaine dernière : il y a une forme de 14 juillet qui monte en moi, cette prise de la Bastille et j'ai l'impression de vivre le débarquement.

Alors je souhaite de tout coeur que mon amour pour toi n'est pas à sens unique dans les deux sens, car sache que moi je t'aime 24h/7 ! Tu vas sans doute me dire que je suis têtue comme une moule, mais ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire les limaces et avec toi, j'ai tout de suite senti que ça rentrait direct. Car quand nous sommes ensemble, j'ai l'impression d'être un papillon qui pèse trois grammes ! Tu sais, c'est pas facile en ce moment pour moi, ma mère est malade pour raisons de santé et en plus c'est pas drôle, car ma grand-mère est décédée l'an dernier à l'insu de son plein gré…

Et du coup, moi qui suis pourtant plutôt une fille de joie d'habitude, ben là, je pleure beaucoup. Mais heureusement tu es toujours là pour moi, tu es mon rayon d'U.V et l'épaule sur laquelle je peux m'asseoir. J'aimerai qu'on parte à la montagne tous les deux, en périphérique ce serait trop bien. Il paraît que tout là-haut il y a des lacs, l'eau elle est tellement transparente dedans qu'on dirait que les barques elles flottent sur la surface ! En tout cas, sache que je t'aimera toujours. XoXo. Signé ta Michoco au chocolat. »

Le voleur de techniques (et de courriers du cœur aussi, à présent) éclata d'un rire aussi sonore que méprisant, qui résonna dans tout le gymnase. Le genre d'attitude condescendante qui ne fit qu'accentuer la rage de Kise. Comment osait-il se moquer aussi ouvertement de cette pauvre fille ? Et surtout de cette façon-là, en étalant son intimité à la face du monde ? Ok, Kise pouvait parfois user de subterfuges moralement discutables, mais même lui avait ses limites et tourner Mikan en ridicule en faisait partie. Pas étonnant que le loup lui ait brisé le cœur en la rejetant la dernière fois, ce type n'avait aucune diplomatie, aucun tact, aucune pitié.

Un monstre sans âme, voilà ce qu'il était.

Le Grand Méchant Loup des contes et Kise ne tenait pas devenir son Petit Chaperon Rouge…

Alors qu'il allait enfin s'emparer à nouveau de son bien, (même si en l'état, cela ne servait plus à rien…) Haizaki donna un brusque coup d'accélérateur pour lui échapper et il retourna se réfugier dans les vestiaires, créant la cohue parmi les quelques joueurs qui terminaient de s'y habiller.

Sans cérémonie, il roula en boule le papier entre ses mains et le lança dans la corbeille pleine de canettes vide qui se trouvait près du distributeur de boissons.

PANIER !

« C'est là que se situe la place de ce déchet littéraire ! » Décréta t-il, fier de lui.

« Enfoiré ! » Lâcha Kise.

Ca ne lui ressemblait pas de se laisser aller à la vulgarité, mais là… les provocations d'Haizaki le justifiaient amplement !

Le renard se précipita donc vers la poubelle, pour essayer d'y repêcher la lettre froissée, pendant qu'Haizaki de son côté dégainait son téléphone portable.

« Ryota sort avec des gamines de huit ans d'âge mental, plates comme des canettes écrasées et qui se prennent pour Baudelaire, pendant que moi je fricote avec de vraies femmes ! C'est ça la différence entre nous ! »

« Qu'est-ce que tu racontes encore comme conneries ? » Cracha Kise entre ses dents, toujours accroupi devant la corbeille.

Les autres Skittles venaient également de regagner le vestiaire pour suivre la sutie de la dispute.

Tous, à l'exception d'Akashi…

« Il te faut viser plus haut mec ! Jouer dans la cours des grands comme moi ! T'as passé l'âge des fillettes qui s'amusent encore à la marelle ! »

« Tu délires… »

« Ah ouais ? Et que dis-tu de ça, alors ? »

Il tourna l'écran de son smartphone vers Kise. De là où il était, le blond ne pouvait pas lire précisément ce qu'il y avait d'écrit, mais il put au moins déchiffrer qu'il s'agissait de plusieurs SMS au nom de « Chiaki ». Et son intuition disait à Kise qu'il devait être question d'un tout autre type de prose que celui de sa copine… Subrepticement plus… PEGI 18… même si son autrice avait à peine treize ans.

Mais au moment où Haizaki allait se mettre à déblatérer les tirades enflammées issues de ses sextos privés, un bras ferme l'attrapa et l'envoya valdinguer au sol comme un fagot de paille, de même que son téléphone. La prise avait été parfaitement exécutée et Nijimura avait fait passer Haizaki par-dessus son épaule avec une aisance et grâce. Le jeune argenté se redressa en gémissant de douleur, le bas du dos éclaté. Il fallait dire qu'aucun tatami n'était venu amortir sa chute spectaculaire et que le carrelage du vestiaire était particulièrement dur et froid. Et pas prévu pour recevoir des prises de karaté. Ou de judo. Impossible pour Haizaki en tout cas de différencier les deux arts martiaux.

« Oi connard ! » Aboya Haizaki en se frottant les reins. « J'te jure que si t'as pété la vitre de mon téléphone, tu vas voir ce que… ! »

Il se figea d'effroi et s'interrompit de justesse, en posant le regard sur son agresseur. Mieux valait faire profil bas, Nijimura le confirma d'ailleurs en faisant craquer ses phalanges, un sourire sadique aux lèvres. Derrière lui, se tenait bras croisés cette petite raclure d'Akashi et son air hautain, sans doute celui qui l'avait prévenu du grabuge engendré par le loup rebelle, d'ailleurs…

« Vas-y, je t'écoute petit con, tu vas m'faire quoi ? Ca t'apprendra à humilier des filles comme le dernier des porcs ! » Son ton était extrêmement menaçant. Et pas du genre menaces en l'air. « Que j'te r'prenne à manquer de respect à qui que ce soit et y a pas que ton téléphone que je péterai cette fois, mais ta jolie petite tronche de cake aussi. C'est bien compris ? »

Et comble de malchance pour Haizaki, son téléphone avait glissé jusqu'aux pieds d'Aomine, qui l'avait réceptionné en le coinçant sous l'un d'eux. Haizaki tendit le bras pour le récupérer, mais en vain.

« Envoie, Daiki ! » Ordonna leur capitaine, à qui ce geste désespéré n'avait pas échappé.

Ordre que la panthère ne fit pas prier pour exécuter, performant une magnifique passe du bout du talon vers Nijimura. Ce dernier se pencha pour le ramasser et malgré les supplications d'Haizaki, il commença à pianoter dessus.

« Et comment tu te sentirais si je décidais d'exposer TES secrets les plus intimes devant tout le monde pour changer, hein, sale racaille ? Tu ferais moins l'malin, j'suis sûr ! » Sourit Nijimura.

Les yeux d'Haizaki s'ouvrirent ronds comme des soucoupes. Pas qu'il ait quoi que ce soit à cacher, puisqu'il s'apprêtait justement à exhiber ses textos les plus cochons mais… à bien y réfléchir, son smartphone contenait quelques SMS pas piqués des hannetons envoyés par sa mère, qui risqueraient de compromettre pour son image de bad boy si difficilement obtenue !

« Nan putain déconne pas Nijimura ! Rends-moi ça c'est privé ! »

« Et depuis quand ça t'arrête, toi ? »

Avoir vidé tout le téléphone des textos et autres photos équivoques qu'il contenait, l'aîné se décida à lui rendre son bien en le lançant droit dans les mains tremblantes d'Haizaki. Désespéré, n'ayant plus que ses yeux pour pleurer, Haizaki tenta par tous les moyens de récupérer les données qui venaient d'être sauvagement effacées, mais en vain. Le regard haineux qu'il jeta ensuite à Kise glaça le blond sur place. Merde, c'était pourtant lui qui avait commencé et pourtant, il osait tenir le mannequin pour responsable ! Encore une fois, il fallut l'intervention bienveillante de Nijimura pour recadrer l'argenté.

« NAAAAN MA COLLECTION DE NUDES ! » Pleurnicha le malotru.

« Et ne songe même pas à te venger, parce que sinon, c'est toi qui vas subir des représailles ! » Conseilla le jeune homme au poignet arc-en-ciel. « Tout ça, c'est de ta faute, tu n'as qu'à t'en prendre qu'à toi-même imbécile ! Tu l'as bien cherché : ça t'apprendra à fouiner dans les affaires de tes coéquipiers ! »

Sur ces bonnes paroles, le capitaine Arc-en-ciel se pencha au-dessus de la poubelle et il en retira la lettre toute chiffonnée de Kise. Lettre qu'il lui remit avec une délicatesse qui contrastait avec la prise dont venait d'être victime Haizaki, non sans avoir tenté de défroisser le papier abimé avant.

« Tiens, c'est à toi je crois. » Sourit-il en lui tapotant gentiment la tête.

Le renard piqua un fard, il avait l'impression de se trouver dans un de ces shojo mangas que Momoi aimait tant lire à la récré. Quel authentique gentleman ce Nijimura !

« Ne t'inquiète pas, Haizaki ne te fera rien, j'y veillerai personnellement ! » Il se redressa alors et siffla autoritairement le gris. « Oi Haizaki ! Amène ton cul par ici et demande pardon à Kise ! »

« Et puis quoi encore ? Tu veux pas que j'lui fasse une petite pipe d'excuse aussi tant qu'on y est !? »

Nijimura tiqua et un sourire mauvais se dessina sur son visage.

« Attends Kise, j'en ai juste pour une seconde... Le temps de faire comprendre à ce petit con irrespectueux qui c'est qui commande ici ! »

Il n'eut qu'à tendre le bras et d'un geste habile, il attrapa l'oreille d'Haizaki, la tirant de toute ses forces malgré les cris de douleurs de l'autre qui se débattait pour échapper à sa poigne. Mais ce fut un échec, encore une fois et Nijimura planta fermement sa victime face à Kise, sans la lâcher.

« Kise t'écoute alors dépêche-toi de lui présenter des excuses en bonne et due forme et que ça saute, on n'a pas toute la nuit ! » Le somma le Rainbow Captain.

« Grrmbl ! Ok, ok, je m'excuse ! Voilà, c'est bon comme ça !? »

« Dis-lui que tu ne recommenceras plus. »

« Pfff… ok, ça aussi ! »

« Je veux l'entendre ! » Il tira plus fort.

« Aïeuuuh ! C'est bon, je n'recommencerais pluuuuuuuuuuus, c'est promiiiiiiiis ! » Couina Haizaki dont l'oreille commençait à être plus rouge qu'une tomate mûre.

« Alors qu'en dis-tu Kise, est-ce que tu consens dans ton immense mansuétude à pardonner ce crétin ? »

« Heu… oui, je suppose... » Répondit mollement le blondin, encore un peu choqué par les méthodes musclées de Nijimura.

Mieux valait coopérer sans faire d'histoire !

« Bien ! Dis merci, Haizaki ! »

« Grrr... Merci espèce de gros nu… numismate… ? » Se rattrapa de justesse le délinquant, avant qu'une insulte n'ait pu franchir la barrière de ses lèvres.

« Allez, file maintenant gros bêta et que je ne t'y reprenne plus ! »

Et de pousser Haizaki presque dans le décor et de le gratifier d'un énergique coup de pompe dans le postérieur auquel un magnifique « AÏEUH ! TU FAIS CHIER PUTAIN DE TORTIONNAIRE ! » fit écho.

« Quant aux autres, vous pouvez circuler y a rien à voir ! » Les chassa t-il à leur tour.

Le sourire de Nijimura ne fit que s'étirer davantage sur son visage. Celui d'un véritable leader.

« Tu t'y feras, va. » Ajouta t-il à l'adresse de Kise. « Haizaki n'est pas un mauvais bougre, il a juste besoin d'être recadré à l'occasion. Physiquement, si nécessaire. Il manque de confiance en lui et c'est pour cela qu'il te prend comme souffre-douleur, toi, le nouveau venu talentueux à qui tout réussit. »

« Désolé, mais je trouve ça vraiment naze comme justification… » Bouda Kise.

L'attitude d'Haizaki envers lui aujourd'hui avait vraiment été… déplorable. Et que Nijimura tente de l'expliquer comme pour la minimiser, l'était encore plus… A vrai dire, cela avait même quelque peu refroidi Kise d'inviter le gris à cette fête foraine. A l'insu de son plein gré, certes mais… au moins, ses intentions à lui étaient BONNES ! Louables, même ! Bon ok, ça allait casser le coup d'Haizaki avait sa copine, mais Kise estimait que c'était un inévitable dommage collatéral ! Et encore, léger, le dommage ! Finalement, ne leur rendait-il pas service en agissant de la sorte, afin de préserver leur virginité si sérieusement menacée ?

Dans tous les cas, Kise rassembla ses affaires et il se dirigea vers la sortie en soupirant. Sur le chemin du retour, il ne cessa de repenser à la provocation d'Haizaki. Depuis qu'il avait rejoint l'équipe et encore une fois, il ne s'agissait même pas de l'équipe principale, Haizaki l'avait pris en grippe et semblait le considérer comme son rival attitré… Sans doute parce que leur talent était très similaire… Mais Kise, lui, ne voyait pas le voyou ainsi. Non, car son seul et unique rival, si tant est que l'on puisse l'appeler comme ça, se prénommait Aomine Daiki ! Mais il y avait quelque chose dans son attitude que Kise ne s'expliquait pas… Et ça, il ne l'avait pas rêvé ! En effet, le loup gris essayait constamment d'attirer son attention à l'entraînement, là où Aomine ne le calculait même pas bien souvent. Mais bon, c'était sans doute un moyen pour Haizaki de marquer la différence niveau entre eux… et montrer à Kise qu'il avait encore du chemin à parcourir s'il espérait pouvoir se frotter un jour à Aomine. A commencer par dépasser Haizaki. Au moins Haizaki, lui, le remarquait… Même si c'était pour se moquer de lui bien souvent… mais cela restait une forme d'intérêt… Kise se dit donc qu'il ferait mieux d'apprendre à gérer ce fan d'une nature bien différente de ceux auxquels il commençait tout juste à s'habituer.

Une fois rentré, il mangea très peu au souper et resta assez silencieux. Ce qui ne manqua pas d'alerter sa mère, qui mit cela sur le compte de la fatigue et sa sœur de deux ans son aînée Ryoko, blonde et mannequin de son état comme lui. Cette dernière ne s'en laissa pas conter, elle qui se vantait d'ailleurs régulièrement de connaître son petit frère adoré mieux que personne. Ce fut ainsi qu'elle vint frapper à la porte de sa chambre, où Kise avait trouvé refuge.

« C'est moi Ryoko, je peux entrer ? »

« C'est ouvert. » Répondit Kise sans donner la peine de se lever, le visage enfoui dans un de ses oreillers.

« Tout va bien ? Tu n'avais pas l'air dans ton assiette ce soir, sans mauvais jeux de mots… »

Elle s'assit sur le bord du futon de son frérot et lui caressa les cheveux, sans doute sous prétexte de pouvoir toucher son front et ainsi s'assurer qu'il n'était pas fiévreux. Rassurée sur ce point, elle décréta :

« Ça ressemble fort à une peine de cœur tout ça ! »

Kise bondit sur son matelas et il se redressa immédiatement pour faire face à sa sœur, les joues roses et l'air faussement offusqué.

« Pfff n'importe quoi ! Qu'est-ce qui te fait dire des bêtises pareilles !? »

« Pour quelle autre raison pourrais-tu tirer une telle tronche d'enterrement alors ? »

« Bah heu je… pour plein de raisons, figure-toi ! »

« Comme… ? »

« Une mauvaise note, par exemple ! »

« Ahaha ! Ben voyons, c'est nouveau ça tiens ! Depuis quand tu te soucies de tes résultats scolaires, tu es gravement malade ? » Elle éclata de rire et Kise se sentit tristement vexé.

Ce qu'il lui fit savoir en lui balançant un coussin moelleux en pleine face.

Strike !

Non mais !

« Aïe ! Espèce de petit sauvageon ! »

« Ça t'apprendra à ne pas me croire ! »

« Tu n'as jamais su mentir Ryota… Vraiment. Heureusement que tu es beau et que tu ne t'en tiens qu'au mannequinat d'ailleurs, parce que tu ferais un piètre acteur… »

« Et toi heureusement que tu ne veux pas devenir assistante sociale, parce que tu es vraiment nulle quant il s'agit de remonter le moral des gens ! On ne t'a jamais dit qu'en général, il vaut mieux éviter d'insulter quelqu'un si on souhaite l'aider à aller mieux ? »

« Oh ça va, ce ne serait pas arrivé si tu m'avais dit la vérité dès le départ ! » Se défendit la scandinave. « Maintenant, dis-moi tout : tu as un problème avec ta petite-copine, comment c'est déjà son prénom Mi… Minnie… ? Mireille ? Mi-figue, Mi-raisin… ? »

A croire que c'était de famille de ne pas arriver à retenir ce nom en particulier !

« Mikan ! C'est Mikan ! » Corrigea Kise, pas vraiment au top de sa patience.

« Ah oui, voilà ! M-i-k-a-n ! » Répéta Ryoko en s'appliquant.

« Tu pourrais au moins faire l'effort de le retenir… »

Il pouvait parler lui...

« A quoi bon ? On sait très bien tous les deux que d'ici dix jours grand max, ce serait de l'histoire ancienne entre vous ! »

« Han ! Comment c'est trop pas sympa de dire un truc pareil ! »

« Mais c'est la vérité, ça au moins ! »

Kise bouda encore plus, sourcils froncés.

« Arrête de faire ça, ça te donne des rides sur le front ! »

« Hééé j'te permets pas ! J'ai qu'une seule ride et j'suis assis dessus ! » Asséna Kise, les jambes en tailleur et les bras croisés sur le torse.

« D'accord, d'accord, j'ai compris ! Enterrons donc la hache de guerre et raconte plutôt à ta géniale grande sœur ce qui te tourmente, ok ? »

« Seulement si tu promets de ne pas te moquer ! »

« Comme si c'était mon genre ! Franchement, tu me blesses Ry-chan ! »

Le regard meurtrier de Kise en cet instant se passa de tout commentaire et la pauvre Ryoko ne put que lever les mains en l'air en signe de paix.

« Oui bon, je l'admets, j'ai pu le faire dans le passé… mais c'était il y a bien looooooongtemps ! Y a prescription, depuis ! »

« ... C'était la semaine dernière. Quand j'ai oublié mon foulard rouge dans la machine à laver et que mon pull blanc est ressorti couleur Malabar… » Lui remémora le blondinet.

« … Tout est relatif, une semaine, ça fait loin déjà ! » Se justifia maladroitement l'aînée de la famille Kise.

Ryota leva les yeux au ciel avant de secouer la tête et de reprendre, timide :

« C'est à cause de ce garçon… »

« Ah un garçon ! Là, ça devient intéressant ! » Son regard pétilla de malice. « Ça tombe bien, ta chère sœur est une experte en la matière ! Et donc, ce garçon, il t'a fait quoi pour te mettre dans un état pareil ? »

« Ben il… »

« Attends, attends, avant de poursuivre, j'ai besoin de savoir : il est mignon ce garçon ? Je le connais ? Il est au collège avec nous ? Hmm… oui, c'est forcément le cas… en quelle classe ? Dans la tienne ? Ce serait pas ce mignon basané avec lequel tu traînes tout le temps ? Ou la grande brindille verte à lunettes ? C'est vrai que les intellos coincés ont aussi leur charme ! »

« … »

« Oups pardon, excuse-moi ! Je me suis un peu laissée emporter ! Mais comprends-moi aussi, ce n'est pas tous les jours que mon unique petit frère chéri a son premier crush… »

« Désolé de te décevoir, mais c'est même pas un crush… Enfin, j'crois pas… »

« Raconte d'abord et on verra si c'est le cas ou non après. Et promis cette fois je me tais et je t'écoute ! Tant que c'est pas le petit teigneux rouge… Il me fait froid dans le dos celui-là… toujours à se balader avec une paire de ciseaux entre les mains ! L'autre jour, je l'ai même vu les affûter dans le couloir ! »

« Ryoko… » La rappela t-il à l'ordre.

« Pardon, pardon ! Continue, vas-y je dis plus rien ! »

Avec patience, Kise récapitula donc tout ce qui s'était passé ces dernières semaines, en prenant soin de n'omettre aucun détail pour que Ryoko puisse le conseiller le plus efficacement possible. Et cette dernière tint parole, ne l'interrompant pas jusqu'à la fin de son récit.

« … Et donc ce Nijimura là, ton capitaine, il croit sincèrement qu'Haizaki se comporte comme le dernier des connards avec toi, uniquement par jalousie ? »

Kise hocha positivement de la tête et Kyoko partit à nouveau dans un fou rire incontrôlable.

« Une belle andouille ce type, si tu veux mon avis ! C'est bien un discours de quatrième ça tiens ! »

« Heuuu toi aussi t'es en quatrième j'te rappelle hein ! »

« Oui, mais ça n'a rien à voir, parce que moi j'ai redoublé d'abord ! Je devrai être en troisième normalement ! »

Pas de quoi s'en vanter ! Elle non plus n'était visiblement pas passionnée par ses résultats scolaires… A croire que seule l'émérite Irumi, actuellement en classe de troisième avec un an d'avance, semblait employer sa matière grise dans le but de redorer le blason familial salement terni par son frère et sa soeur !

« En tout cas, on sent qu'il n'a pas dû se faire draguer par beaucoup de mecs dans sa vie, ce pauvre gars, je le plains… »

Ce qui était peut-être « normal » au vu des circonstances, m'enfin bon… Kise se garda bien de le mentionner, ne tenant pas à repartir dans un débat enflammé avec Ryoko.

« T-tu crois qu'il fait fausse route ? »

« Absolument ! Tu te souviens d'Harukawa-kun ? »

« Celui qui te mettait du sable dans les cheveux à la maternelle et essayait tout le temps de baisser ta culotte ? »

« Ouais, celui-là même ! »

« Et avec qui tu es sortie de la sixième à la cinquième par la suite ? »

« Toujours lui ! Ah non, c'était son frère ! Naaan je plaisante bien-sûr ! »

« Ben ouais j'me rappelle de lui et donc… ? »

« Il n'arrêtait pas de me pousser du toboggan et il me faisait des croches-pattes dès qu'il le pouvait, mais au final, c'était parce que je lui plaisais ! »

« HEIN… !? »

MAIS CA N'AVAIT AUCUN PUTAIN DE SENS ! Non mais sérieusement, QUI fait ça !? Qui agit de la sorte !? A part un sociopathe en devenir ou un sadique ?

« Ce que j'essaie de te dire, c'est que ton Haizaki là, il te trouve sûrement à son goût ! Mais comme 95 % de la gent masculine, il ne sait pas le montrer ou alors il est trop fier et du coup, il se conduit comme ses ancêtres, à la manière d'un goujat fini ! »

« Et t'es sûre de toi ? Je veux dire, sans vouloir te vexer, ça n'ressemble pas du tout à Haizaki de se comporter ainsi… » Il retroussa le nez de dégoût. « Non, vraiment, je crois qu'il me déteste authentiquement et sans l'ombre d'un doute ! »

« Meuuh naan ! Ecoute, c'est bien simple : si on était encore au temps des cavernes, je parie qu'il aurait déjà tenté de t'assommer avec son gros gourdin, puis de te traîner dans sa cahute par les cheveux pour te montrer… un tout autre type de gros gourdin… »

Kise grimaça d'effroi. Enfin… pas que ça le répugne tant que cela, pour être honnête mais… il était encore beaucoup trop jeune, merde ! Mais dans quelques années, pourquoi pas ? En tout cas, la perspective de voir le « gros gourdin » d'un autre mec, ne le dérangeait pas autant que ça aurait du… Lui, ce qu'il voulait, c'était des câlins et des bisous au creux du cou… là où Haizaki collectionnait les photos cochonnes de FILLES ! Non, vraiment, Ryoko devait faire erreur, c'était pas possible autrement ! Mais l'autre blonde n'en démordait pas. Au contraire, son sourire s'intensifia même.

« Tu n'me crois toujours pas ? Alors raconte-moi plutôt comment il se conduit envers les autres gars de ton équipe ! »

« Et bah… pour la plupart, il ne leur parle même pas ou très peu. C'est à se demander s'il est conscient de leur existence. Et sinon ben… il n'y a vraiment qu'à moi et à Nijimuracchi qu'il s'en prend… »

« S'il s'en prend à vous, c'est bon signe ! C'est une forme d'échange, non ? Ça prouve qu'il ne vous est pas indifférent ! »

Tu parles d'un dialogue… de sourds ! Quel sens de l'analyse !

« Je… suppose… ? » Répondit Kise, sans grande conviction.

Quand soudain, l'illumination.

« Mais attends une seconde, si j'en crois ton raisonnement, alors ça veut dire que Nijimuracchi aussi aurait un crush sur Haizaki !? Il est le seul à se prendre régulièrement des baffes de sa part. Ça va même carrément jusqu'aux prises de judo bien douloureuses parfois… »

« Ça dépend. Il le frappe beaucoup ? Souvent ? »

« Plutôt, ouais… C'est bien simple : je crois que je n'ai jamais vu le visage d'Haizaki sans la moindre trace d'une blessure infligée par Nijimuracchi. »

« Ah, c'est possible alors ! Ça me rappelle ces gars qui ne supportent pas de laisser leurs copines sortir dans la rue sans arborer des suçons bien voyants ! C'est une façon pour eux de tenir les autres mecs à distance et de marquer leur territoire ! Un peu comme Bakaneko, notre chat, qui adore aller arroser les hortensias de la voisine pour narguer tous les autres félins du quartier ! »

Han ouais paie ta subtilité ! C'était à se demander ce que le judoka attendait pour juste lever la jambe et se mettre à pisser sur Haizaki, lui aussi…

Pourtant, Kise cligna des yeux, encore plus paumé qu'avant (si c'était encore possible…), mais Ryoko semblait si sûre d'elle… Et une telle confiance en son jugement était forcément justifiée… ce qui ne donnait guère d'autre choix à Kise que de se ranger également à son avis. Aujourd'hui en revanche, il aurait certainement fait comprendre à l'experte autoproclamée de quinze ans qu'elle se plantait sur toute la ligne, en véhiculant des clichés aussi éculés que toxiques. Et que la validation de tels comportements déviants ne faisait que conforter certains hommes dans leurs penchants violents, tout en les définissant comme « normaux ».

Mais bon, à l'époque, il avait naïvement bu ses paroles. Et il ne lui en tenait pas rigueur. Car ne dit-on pas « qui aime bien, châtie bien ? » C'est un adage très populaire… Et puis, dans le fond… ça restait relativement bon enfant. Pas d'étaler l'intimité de Kise devant tout le monde, bien entendu, mais bon… Jamais Haizaki n'était allé jusqu'à lever la main sur le blond, il ne faudrait pas exagérer non plus. Par ailleurs, chacun pouvait bien se douter du contenu d'une lettre d'amour écrite par une jeune fille de treize ans et que de tels élans lyriques ne volaient pas bien haut… Même si, encore une fois, l'attitude d'Haizaki avait été plus que déplacée…

« Et à toi, est-ce qu'il te plaît ? » Continua t-elle d'un sourire complice et d'un petit coup de coude taquin dans le flanc droit.

« Je crois que oui… Du moins, dans les rares moments où il ne se conduit pas comme le dernier des connards ! » Confessa Kise. « En fait, j'en ai pris conscience il y a environ deux semaines quand j'ai vu deux filles de ma classe venir se déclarer à lui… je ne l'avais juste pas réalisé jusque là… mais j'ai ressenti comme une forme de jalousie. Au départ, je pensais simplement que c'était parce qu'elles le courtisaient lui et non pas moi mais… j'ai rapidement compris, presque instantanément, que j'avais très envie de les gifler tous les deux sans exception, lui comme elle, lorsqu'elle je l'ai vue glisser sa langue dans son gosier. Tu aurais dû la voir à l'œuvre : impossible de déterminer si elle était en train de lui ausculter les amygdales ou bien de fourrer une dinde ! »

Rien que d'y repenser d'ailleurs, un frisson lui échappa. Entre rage et écœurement.

« Ahaha j'imagine tout à fait la scène ! Mon Lillebror (« petit frère » en Suédois) devient grand ça y est ! Je suis si émue ! »

Elle le prit dans ses bras et déposa un baiser parmi les tifs couleur blé doré.

« Gnaaaa ! Ryokoooooooo ! Tu m'as encore mis cette saleté de gloss collant qui pue la fraise plein les cheveuuuuuuuuuuuuux ! Dire que je venais de les laver et qu'ils étaient presque secs noooon je vais devoir les re-nettoyer à cause de toi ! » Se plaignit Kise en essayant d'éliminer la substance poisseuse logée dans sa chevelure soyeuse.

« Ahaha ! Désolée, j'ai pas pu m'en empêcher, il était vraiment trop mignon cet aveu ! En tout cas, tu ferais mieux d'agir rapidement, si tu ne veux pas qu'il te file entre les pattes ! Essaie de passer du temps avec lui, apprenez à vous connaître ! Tu y verras plus clair sur ses potentiels sentiments et sur les tiens également ! Vous ne vous êtes jamais retrouvés rien que tous les deux, pas vrai ? Si ça se trouve, tu te rendras compte que vous n'avez rien en commun et que votre hypothétique couple était voué à l'échec ! Mais au moins, s'il ne tente rien même dans des conditions optimales et un environnement propice, ça voudra dire qu'il n'est définitivement pas attiré par toi. Tu seras alors enfin fixé et tu pourras passer à quelqu'un d'autre sans regret ! »

Inutile de le nier, sur le papier, elle avait totalement raison. Et puis, qu'est-ce que Kise risquait concrètement à passer toute une après-midi avec son coéquipier ? Si tant est que ce dernier ne fuit pas en le voyant débarquer seul ! Au final, dans un lieu public favorable à l'amusement et aux rapprochements, quel mal pourrait-il bien arriver au renard ? Aucun des deux n'allaient en mourir ! Kise avait besoin de confirmer ses sentiments naissants à l'égard de l'autre collégien, mais également de pouvoir mieux comprendre les siens. Tester l'attitude d'Haizaki envers lui, sur un terrain neutre et sans pression, dans le seul but de voir ce qui en découlerait. Mais mieux valait ne pas placer de trop grands espoirs sur ce rendez-vous quand même et…

Ça lui faisait penser qu'il n'avait guère plus avancé à ce niveau-là d'ailleurs… Toujours aucun plan ne se dessinait et rien n'était encore organisé. Pourtant, Kise devait absolument trouver comment se débarrasser de Chiaki et aussi de Mikan par la même occasion, afin de se retrouver seul avec Haizaki et surtout s'assurer que personne ne viendrait troubler la quiétude (ou pas) de leur tête-à-tête. Et faire d'une pierre deux coups serait encore la meilleure façon de procéder… Mais la même question subsistait encore et toujours…

De quelle manière s'y prendre ?

Le film de la journée repassa alors en accéléré dans sa tête et...

Oh bon sang, mais c'était bien-sûr ! Eurêka ! Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt !?

Mais ouiiiiiiiii une lettre d'amour, c'était CA la solution ! Merci Haizaki !

Avec un peu de chance, ça pouvait fonctionner !

Finalement, c'était sa petite séance de course-poursuite avec Haizaki lui avait apporté la réponse tant espérée ! Mais Kise avait encore besoin de mettre quelques stratagèmes en place pour être sûr de la réussite de son plan. Il ne devait donc lésiner sur aucun détail, sous peine de voir échouer son plan, qui ne pouvait souffrir de la moindre inexactitude ! Le tout étant de rester suffisamment crédible pour obtenir l'effet escompté…

Oui, c'était décidé : demain dernier jour pour agir, il passerait à l'action sans faillir !


Et il n'y avait pas une minute à perdre !

Ce matin-là, il était en avance. Tellement en avance qu'il tomba par inadvertance sur le loup et sa biche, au détour d'un couloir. Ces derniers se roulaient des patins dignes de Yuri On Ice ! Kise eut une moue dégoûtée mais ses oreilles captèrent une information essentielle, tandis qu'il passait près d'eux.

« Quel goût celui-ci alors ? »

« Hmm… pêche, je dirai ? » Fit-il en léchant sa lèvre supérieure encore luisante de matière.

« Bingo ! Tu es trop fort Shogo-kun, tu devines toujours le parfum de mes gloss ! »

« C'est parce que j'adore venir les goûter directement sur tes lèvres, ma belle ! Mais… je dois dire que mon préféré reste de loin celui à la fraise… »

« Oh ! Dans ce cas, c'est celui que je porterai tout le temps à partir de maintenant pour te faire plaisir mon bébé hihi ! » Sourit la naïve Chiaki.

Inconsciemment, Kise rangea cette information dans un coin de son cerveau… et il se dépêcha de filer en classe. Mikan se trouvait déjà assise à l'intérieur et il la salua rapidement, avant de prendre place derrière elle. Ce matin, ils avaient un contrôle d'anglais et Kise était donc passé en mode « focus ». Ohhhh mais pas sur le devoir, non, non, son esprit se foutait bien de savoir si ce fichu Brian se trouvait in the kitchen ou pas, tant il était toujours accaparé par son plan diabolique. Il remarqua que Chiaki copiait discrètement – enfin du moins, elle essayait de l'être… - sur son amie et elle n'était pas la seule, puisque Kise aussi gardait l'œil rivé sur ses deux camarades féminines. Et pas pour copier leurs réponses, mais plutôt… la façon d'écrire de Chiaki.

Honnêtement, il n'aurait jamais cru que son talent d'imitation puisse s'avérer utile dans de telles circonstances et au lieu d'en profiter pour recopier les réponses au contrôle, il s'entraînait plutôt à recopier l'écriture de la petite-amie d'Haizaki sur sa feuille de brouillon. Autant dire que le blond allait sans doute se vautrer à son interro, mais il s'agissait bien du cadet de ses soucis ! Kise passa donc toute l'heure à se concentrer uniquement sur la main de Chiaki, au lieu d'utiliser ce temps précieux pour répondre au QCM dans la langue de Shakespeare. Ça lui rappelait un épisode de Naruto, lors de l'examen de Chuunin, quand Sasuke fait usage de son Sharingan pour copier les réponses de la personne qui se trouve devant lui en se calquant sur les mouvements de stylo de l'autre élève…

et en parlant de stylo, l'illusion se devait être PARFAITE jusqu'au bout et bien décidé à ne rien négliger, le rusé renard profita de ce que sa propre petite-copine soit contrainte d'aller faire une pause aux toilettes après le cours, pour accoster l'autre brune.

« Salut Chiaki-chan ! Tu veux bien me prêter ton stylo stp ? Celui à paillettes ! »

« Heu oui… heu… mais comment tu sais que j'en ai un ? »

« Parce que je t'ai vu écrire avec dans l'agenda de Mi-chan hier pendant le cours de SVT ! »

« Hmm… d'accord, mais tu n'oublies pas de le rendre hein ? C'est mon stylo préféré et j'en ai qu'un seul exemplaire ! »

« C'est promiiiiiiiis, je te le ramène lundi sans faute ! » Sourit Kise de toutes ses dents d'une blancheur éclatante.

Personne ne pouvait résister à ce sourire désarmant.

La jeune fille se sentit rougir en lui tendant son bien. Kise était tellement mignon et il s'avérait donc extrêmement difficile de lui refuser quoi que ce soit, ce que l'apprenti mannequin avait fort bien compris depuis des lustres. Aussi, abusait-il de ses charmes dès que le besoin s'en faisait sentir, comme c'était précisément le cas en cet instant. Il ferait sûrement pareil avec la prof d'anglais au moment de corriger les copies, juste par mesure de sécurité et afin de s'assurer au moins la moyenne…

Bon ! La phase 2 de son plan était bien amorcée !

Lors de la pause déjeuner, il s'éclipsa pour passer à la phase 3, la plus délicate de toutes… Trouvant refuge dans les escaliers menant au toit de l'école, il s'appliqua à reproduire à la perfection l'écriture de Chiaki… Il dut bien s'y reprendre à cinq fois au moins, avant d'obtenir un résultat satisfaisant mais d'après lui, sauter un repas pour ça, valait amplement le coup ! Il glissa donc la lettre qu'il venait de rédiger dans une petite enveloppe à cœurs, enveloppe qu'il enfouit à son tour dans son sac de cours. La cloche de reprise retentit pile au moment où il avait terminé, par chance.

Vers dix-sept heures, sonna la fin des cours. Kise se précipita à la hâte vers son casier. Il devrait faire vite, parce qu'il avait donné rendez-vous ici à Mikan dans dix minutes, histoire de se prévoir une petite marge de temps afin de régler les derniers détails. Techniquement, Chiaki devrait l'accompagner et Haizaki attendait sans doute sa petite amie à l'extérieur devant la grille du collège, comme c'était habituellement le cas. Tout se profilait donc à merveille, sauf qu'au dernier moment, il réalisait que quelque chose n'allait pas. Il manquait un truc, la petite touche finale. Pourtant, Kise était certain d'avoir pensé à tout, quand soudain…

« Ah ! Le gloss à la fraise… ! » S'écria t-il tel un religieux en pleine illumination divine.

Et ça, il savait précisément où en choper au pied levé !

Il tapa du poing dans la paume de sa main avant de se mettre à courir comme un taré à nouveau dans les couloirs noirs de monde. Hmm… normalement, Ryoko avait cours de maths à cette heure-là avec Monsieur Iwaki. Il se dirigea donc jusqu'à la salle de classe de sa grande sœur et entra à l'intérieur, essoufflé. Heureusement, l'interclasse n'était pas encore terminé.

« Lillebror ? » S'étonna la jolie blonde aux cheveux raides comme (ceux des oiseaux LOL) les siens.

« Storasyster ! » Répondit-il en suédois. « Prête-moi ton gloss à la fraise stp ! »

« Quoi ? Mais pour quoi faire ? » Se méfia instantanément Ryoko.

Ah ben oui, va justifier un tel emprunt quand t'es un mec, tiens !

« J'en ai besoin tout de suite pour heu… une expérience en chimie ! Oui, c'est ça voilà ! Vite, c'est urgent, sinon je vais me taper un zéro à mon devoir ! »

Ne pouvant décemment pas laisser son petit frère dans une telle panade, Ryoko assuma donc son rôle d'aînée de la famille Kise.

« D'accord… mais n'utilise pas tout, ok ? J'adooooooore ce gloss, il rend les garçons complètement fous ! »

Elle lui adressa un clin d'œil équivoque avant de lui lancer le précieux tube à l'effigie d'une grande marque française de maquillage (rapporté par Papa Ryoma himself lors de son dernier voyage d'affaires à Paris), droit dans les mains. Hey, c'est qu'elle aurait fait une bonne basketteuse avec des passes aussi précises, si tant était que Teiko possédait une équipe féminine… Kise la remercia d'un signe de la tête avant de retourner à la case départ… heu devant son casier, filant comme le vent dans les corridors mal éclairés. Il devait faire vite et arriver avant Chiaki et Mikan sans quoi tous ses efforts risquaient de tomber à l'eau ! A force de cavaler partout cependant, Kise parvint heureusement le premier sur les lieux du futur crime et il se dépêcha de se badigeonner généreusement les lèvres avec le gloss rosé, avant de déposer un baiser sur l'enveloppe, histoire d'y imprimer une marque caractéristique bien visible.

Il eut tout juste le temps de déposer la lettre dans son casier (mais pas de s'essuyer la bouche), que déjà, Kise apercevait les deux biches qui s'avançaient vers lui. Et elles n'étaient pas seules, Kise remarqua Murasakibara (comme faire autrement que de le voir en même temps ? Il ressemblait à un titan !) en train de farfouiller dans son casier pour en sortir des victuailles plus que méritées. (vu qu'il n'avait pas le droit d'en apporter en classe, pour son plus grand malheur digestif… et non, même en invoquant de pseudo raisons de santé – et oui, il avait déjà essayé cette excuse idiote - ça lui était tout bonnement interdit snif… soit disant, ses séances de grignotage continues empêchaient les autres de se concentrer pffff…)

« Ryo-chan ! » Le salua Mikan en venant se planter à côté de lui, comme convenu.

Elle était ravie que son fiancé lui ait proposé de rentrer ensemble ce soir, pour une fois qu'il n'avait pas entraînement.

Le collège était peu à peu en train de se vider de sa population estudiantine et Kise en profita donc pour ouvrir son casier et hooooooooop suuuuuuurpriiiiiiiiise çaaaa aloooors noooon maiiiiiis c'est diiiiiingue, (c'est chiant de parler comme ça hein ?) une énigmatique enveloppe en dégringola !

MAIS QU'ETAIT-CE DONC QUE CELA ?

(Allez, jouez le jeu et faites semblant de l'ignorer vous aussi chères lectrices !)

« Oh ! » Lâcha Kise, feignant au mieux l'étonnement, sa bouche formant un « o » parfait.

Il se baissa ensuite pour ramasser l'enveloppe, offrant par la même occasion à Mikan une vue plongeante sur son désirable fessier et il fit mine de découvrir ce courrier en même temps qu'elle. Il fallait dire que Kise avait bien peaufiné sa petite mascarade, parce qu'avec tous les cœurs qu'elle arborait, l'enveloppe ne passait pas franchement inaperçue ! Et comme prévu, Mikan ne put contenir sa curiosité malsaine vis-à-vis de l'objet qui monopolisait toute l'attention de son si populaire boyfriend. Elle l'arracha donc des mains de Kise et ce dernier ne fit rien pour l'en empêcher. Surtout paaaaas.

« Fais voir ! » Exigea t-elle.

Elle s'empressa de décacheter l'enveloppe et d'en lire le contenu. Au fur et à mesure de sa lecture, son visage si doux d'habitude pâlissait de plus en plus.

« Cette écriture… et le stylo qui a été utilisé… ce sont ceux de… CHIAKI…. ! » Eructa t-elle soudainement. « Et cette façon pompeuse et vulgaire de s'exprimer, pas de doute je la reconnais bien là, c'est du Chiaki tout craché ! »

Hihi… aaaaah non, ça c'était lui par contre !

« Qu'est-ce qui se passe ma crapouille ? » Fit mine de s'inquiéter Kise, alors qu'il savait pourtant très bien de quoi il retournait, étant le seul et unique auteur de ce faux courrier compromettant.

« Cette SALOPE ! Comment ose t-elle te draguer de la sorte !? Haizaki-kun ne lui suffit déjà plus ? Dire que lui aussi, elle me l'a piqué ! Je l'avais vu la première en plus, c'est trop pas juste ! »

De rage, elle serra la lettre, la froissant entre ses doigts. Chiaki, qui les attendait un peu plus loin, près de l'entrée, fixa son amie d'un air interrogateur, sans comprendre que sa visible colère lui était destinée.

« Enfin, je ne dis pas ça contre toi Ryo-chan… Je sais bien que tu es innocent et je n'insinue pas que j'aurai préféré Haizaki-kun HEIN ahahaha... Erm... et il n'est donc absolument pas question que je la laisse te sauter dessus aussi ! Elle espérait sans doute que je ne verrai pas sa minable lettre d'amour bourrée de fautes d'orthographe et de syntaxe, mais dommage pour elle parce que je suis au courant de tout maintenant ! »

« Mi-chan ? Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'y a t-il d'écrit dans cette lettre, réponds-moi ! Tu commences à me faire peur… »

QUEL ACTEUR, MAIS QUEL ACTEUR SERIEUX !

Peut-être que le club de théâtre acceptait encore de nouvelles inscriptions ?

« J'en ai marre qu'elle me vole systématiquement tous mes petits-copains, alors je vais la D-E-F-O-N-C-E-R une bonne fois pour toutes cette grognasse en chaleur qui rembourre son soutif avec du papier toilette ! Reste là et ne t'en mêle pas, Ryo-chan ! Mon honneur de FÂME en dépend ! »

Wow. Mikan ne plaisantait pas quand elle était énervée et honnêtement, sa réaction dépassait toutes les espérances de Kise ! A vrai dire, il se sentait même un peu coupable de l'avoir mise dans un état pareil, elle qui était si gentille et timide d'habitude… Mais il ne ressentait pas trop de culpabilité non plus hein, fallait pas déconner ! Dommage, les deux brunettes semblaient si amies pourtant… bon bah tant pis, de toute façon, ça serait bien arrivé tôt ou tard, ça leur pendait au nez, vu la différence de beauté physique qui régnait entre elles. Finalement, Kise se dit qu'il n'avait fait que leur rendre service en précipitant la dure vérité, avant que l'abcès ne se transforme en bombe nucléaire. Oui, d'une certaine manière, elles pouvaient le remercier toutes les deux ! Bon, peut-être un peu moins Chiaki, qui avait tendance à utiliser sa soit disant « copine » comme faire-valoir, en profitant de son amitié pour remonter ses notes catastrophiques sans cela.

Mikan s'approcha donc de l'autre jeune fille, d'une démarche menaçante suivie d'une pesante aura noire. C'était bien simple : on se serait cru dans un shonen, du type Jojo's Bizarre Adventures ! Kise en profita pour rejoindre discrètement Murasakibara près du casier du géant et il piocha dans le paquet de chips déjà entamé de ce dernier.

« Qu'est-ce qui se passe Kise-chin ? » Demanda t-il en mâchouillant placidement.

« On dirait bien qu'il va y avoir de la baston… »

« Cool. » Approuva le violet, avant de se mettre à bâiller la bouche pleine mais sans s'étouffer.

Mieux valait garder ses distances et ne rien perdre du spectacle…

Parce que ça allait secouer…

De là où il se trouvait, Kise ne parvenait pas à entendre ce que les deux collégiennes se disaient, mais pas besoin de s'appeler Akashi pour deviner la teneur de leurs propos.

Qui devaient se résumer à peu près à ça :

« Comment oses-tu essayer de me voler mon boyfriend-chéri si mignon, beau, séduisant et surtout magnifique qui ne va jamais aux toilettes pour faire caca tant il est parfait ? » (Oui, que des compliments sur le physique… on parle de Kise après tout.)

« Mais de quoi tu parles encore espèce de truie mauve ? »

« Oh ne fais pas l'innocente hein ! J'ai trouvé la lettre d'amûûûûr que tu avais glissé dans son casier ! AH AH ! Alors qu'est-ce que tu dis de ça, hein ? » *Exhibe ladite lettre.*

« Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est la première fois que je vois ce chiffon, je te le jure sur la tête de ma petite culotte sale de la veille ! Je t'assuuuuuure que jamais je n'oserai te voler ton amoureux de substitution et ce, quand bien même je t'ai déjà pris celui que tu convoitais à la base ! »

« Tu mens ! Espèce de vilaine prostipute ! Tiens, prends ça ! » *Gifle !* « Comme ça, t'auras plus besoin de mettre du blush avec ta joue déjà rouge ! »

« Han ! » *Se tient ladite joue.* « Tu vas le payer tu vas voir ! Kamehameha ! » *coup de pied dans le tibia.*

« Crève charoooooogne ! » *Se jette sur la brune aux gros seins*

*BASTON BASTON*

*Griffures et tirages de cheveux !*

*Braillements aigus. *

Ou du moins, c'était ainsi que Kise voyait la situation.

Il s'était en effet lancé dans une imitation de la scène, effectuant des doublages en temps réel pour retranscrire ce qui se passait et il avait même improvisé les dialogues au fur et à mesure.

Oui, le blond était fier de lui.

Et non, il n'éprouvait toujours aucun remord en regardant ces deux pauvres filles se déchirer sous ses yeux et par sa faute.

« Il faut vraiment être stupide pour se battre pour un garçon… » Trancha Murasakibara le Sage. « Encore, ce serait pour de la nourriture, je comprendrai. C'est sacré, ça se partage pas, ça. » Ajouta t-il, en dévisageant Kise d'un air mauvais.

« Ahaha oups ! » Rit nerveusement Kise en reprenant prudemment sa main, jusqu'alors toujours plongée dans le paquet de son ami. « Désolé ! J'y peux rien, mais ça me creuse toujours l'appétit de voir des gens se disputer ! »

Habitude probablement héréditaire qu'il tenait de sa sœur, fan absolue de gossips ! En effet, Ryoko avait toujours tendance à se caler dans son lit, avec un saladier rempli de pop corns quand elle suivait les derniers potins sur les stars à la télévision.

Enfin bon, on venait tout de même d'apprendre au passage que, d'après Murasakibara, un garçon pouvait se partager. Bien, bien, quelle intéressante manière d'appréhender les relations amoureuses de la part d'un ado de treize ans… Mais pourquoi pas hein ? Chacun voit midi à quatorze heures…

Kise hésita un moment à lui demander ce qui se produirait si… hypothétiquement, on enduisait ledit garçon de bouffe… Est-ce que ça annulerait la règle ? Mais il se ravisa au dernier moment, se rappelant qu'il se foutait éperdument de la réponse.

Ce ne fut que lorsque les deux filles se retrouvèrent à rouler sur le sol comme deux chiffonnières qu'un membre du corps enseignant se décida à intervenir pour les séparer et les coller par la même occasion.

Demain toute la journée.

BINGO !

« Yes ! » Lâcha Kise en levant le poing. « Génial ! »

Il n'arrivait pas à croire que ses efforts avaient fini par payer ! Comme quoi, la persévérance a du bon et le malheur des unes, fait son bonheur à lui !

« Bon, je dois filer Murasakibaracchi ! On se voit lundi à l'entraînement ! Ciiiiiiiaooo ! »

« D'accord, rentre bien Kise-chin. »

Le panda salua le renard d'un petit geste de la main et ferma son casier de l'autre…

dévoilant par la même occasion la présence de son voisin de casier, qui se trouvait depuis le début de la scène, dissimulé derrière la porte de celui de Murasakibara.

Kuroko.

Qui avait tout vu.

Et surtout, tout entendu…

Kise se hâta de sortir de l'enceinte de Teiko, il avait encore pas mal de préparatifs à mettre en place pour demain. Mais dans sa précipitation, il avait zappé une information cruciale, qui ne manqua pas de se rappeler DOULOUREUSEMENT à lui…

Et pour cause, dans sa course folle, Kise ne vit pas le garçon qui se dressa sur sa route pour lui faire obstacle. Résultat : il lui rentra dedans, heurtant de plein fouet son torse en acier trempé.

« Owww ! » Se plaignit Kise, en manquant de basculer en arrière. « Dis donc, tu pourrais faire attention où tu mets les pi… ! Haizaki-kun !? »

Sur le coup, Kise fut étonné de le voir ici, puis, il se souvint que l'argenté avait pour coutume d'attendre sa copine devant le portail de l'établissement, à la sortie des cours. Ah ben, il pouvait toujours l'attendre là… elle devait se trouver à l'infirmerie à l'heure qu'il était. Oh, rien de bien sévère heureusement, juste quelques contusions sans gravité suite à son pugilat fort remarqué avec Mikan…

« Je mets les pieds où je veux et c'est souvent dans la gueule ! Maiiiiiiiis t'as l'air bien pressé R-y-o-taaa… » Chantonna le grand méchant loup, un sourire carnassier aux lèvres. « C'est suspect. Tu serais pas en train d'essayer de me cacher quelque chose ? J'peux savoir où tu vas comme ça ? Parce que… ça m'a tout l'air d'être très important ! »

« Ça n'te regarde pas, alors écarte-toi et laisse-moi passer ! »

« C'est pas très sympa d'me dire ça… Moi qui faisais seulement preuve d'intérêt à ton égard… »

Il fit mine d'être déçu et avança vers Kise, le poussant presque et le forçant à reculer.

L'entrée du collège était déserte et Kise se retrouva rapidement coincé contre un pilier. Son cœur se mit à battre si vite qu'on aurait pu croire qu'il était encore plus pressé de rentrer à la maison que son propriétaire ! Et même si le blond ne voulait pas se l'avouer, il se sentait légèrement excité par la proximité physique de son rival… De là où il était, il pouvait sentir le souffle un peu épicé d'Haizaki contre sa nuque et la chaleur qui émanait de son corps. Pourtant, Kise décida de soutenir son regard et il ne le quitta donc pas des yeux, comme pour montrer qu'il ne se sentait pas du tout impressionné.

Ce qui était faux, bien entendu, mais si Haizaki s'apercevait de quoi que ce soit, il ne se priverait pas pour lui foutre la misère, Kise en restait persuadé. C'était la raison pour laquelle il avait toujours tenu tête au gris jusqu'ici. Il était en effet convaincu qu'Haizaki pourrait sentir sa peur s'il faisait l'erreur de la montrer… même si en cet instant, il se sentait particulièrement vulnérable, tel un mignon et innocent petit lapinou qui serait tombé sur un loup affamé au détour d'un sous-bois.

Mais brusquement, son agresseur lui attrapa le menton, le forçant à bien redresser la tête et à continuer de le regarder droit dans les yeux. Il passa sa langue sur le pouce qui appartenait à sa main libre dans un geste de pure prédation.

« Elle est appétissante ta bouche comme ça… » Comme ça, comment ? « C'est ta copine qui l'a barbouillée de gloss à force de t'embrasser… ? »

Oh… MERDE ! Le gloss ! Kise avait complètement oublié de le nettoyer avant quitter les lieux de la rixe ! Mikan n'y avait vu que du feu, d'ailleurs. Mais pas Haizaki. Jamais Haizaki. Par réflexe, Kise vint lécha ce qui restait de la matière brillante comme pour vérifier.

Or, d'après ce qu'il avait entendu par hasard ce matin, celui à la fraise… c'était son…

« … Parfum favori… » Murmura Haizaki et Kise réalisa que son cerveau s'était déconnecté l'espace d'une seconde.

Haizaki se pencha soudain vers lui et Kise eut l'envie folle de plaquer ses lèvres contre les siennes. Au pire, que risquait-il ? Personne ne pouvait les voir et puis quoi, Haizaki allait sûrement le frapper et après ? Avec un peu de chance, le choc et la surprise le laisseraient sans réaction… Sauf que Kise n'avait pas du tout anticipé ce qui allait se produire et il se tendit donc lorsque le pouce d'Haizaki humide se posa sur sa lèvre inférieure, la caressant avec une douceur tout calculée et inattendue.

Ok, il allait définitivement faire une crise cardiaque, là.

Aucun doute possible.

C'était même un véritable miracle qu'il parvienne à rester debout malgré son état de stress avancé, sans vaciller ou s'évanouir, ses pupilles toujours plantées dans celles du loup. Ses jambes menaçaient d'ailleurs de le lâcher à tout moment et ses genoux semblaient quant à eux prêts à livrer un concert de castagnettes.

Avec la même lenteur, Haizaki vint sucer ses doigts couverts de la matière qu'il venait de recueillir directement à la source et Kise se dit que c'était de loin la chose la plus sexy qu'il avait jamais vue. Oui, il lui en fallait peu, mais que voulez-vous, il faut bien que jeunesse (et son encombrant déluge d'hormones) se passe…

« Hmm… Tu as bon goût Ryota… » Ronronna t-il. Puis, il se recula et relâcha ensuite son menton. « Allez, casse-toi maintenant ou tu vas être en retard pour ton… truc que tu devais faire là, chépakwa et je m'en branle. Alors dépêche-toi avant que je ne change d'avis. »

Kise cligna des yeux, mettant quelques secondes à émerger de sa transe et à comprendre ce que l'autre garçon venait de lui ordonner. Mais il ne se fit pas prier pour déguerpir, suite à l'autorisation d'Haizaki… Ce dernier en profita d'ailleurs pour le gratifier d'une tape (amicale ?) sur le cul, lorsque le mannequin passant devant lui.

Troublé, le top model en devenir fonça jusque chez lui en courant, sans prendre le bus ou le métro et surtout, sans se retourner, ni demander son reste… Pourtant, Kise était loin d'être un lâche facilement impressionnable, mais Haizaki… lui faisait vraiment un effet bœuf !

Pas de doute, demain, Kise aurait enfin le cœur net quant à la nature de son attirance envers Haizaki et sur la direction qu'il voudrait faire prendre à leur relation, dans le but de la rendre moins ambigüe…


Et ambigüe, cette relation aussi indéfinissable qu'indéfinie l'était toujours treize ans plus tard…

Le temps n'avait rien arrangé, bien au contraire, il n'avait fait qu'aggraver ce qui couvait déjà à l'époque.

Kise avait envie de se coller de bonnes grosses baffes, non mais vraiment quoi.

Il avait fallu l'intervention de Kuroko pour qu'il se souvienne de tout ça…

Et résultat des courses ? Il se sentait encore plus paumé qu'avant à présent !

Quelle merde ! Aussi épaisse et nauséabonde que celle qui avait ravagé leur appartement ! Une authentique marée noire… dans laquelle Kise s'était laissé enliser à partir du moment où sa route avait recroisé celle de l'indomptable brun. Ahhh ça, il aurait mieux fait de se péter une guibole en défilant sur un podium ce jour-là !

Il aurait bien besoin d'un conseil avisé là.

« Conseil » qui ne tarda pas à venir.

Mais « avisé »… ? Hmm… certainement pas, jugez plutôt :

« … Et c'est pour toutes ces raisons que toi aussi tu aurais dû faire une fellation à Haizaki-kun dans les toilettes de Kagami-kun, lors de sa soirée d'anniversaire. » Asséna Kuroko.

« GNAAAA ET TU PEUX ME DIRE COMMENT J'AURAI PU M'Y PRENDRE ? IL NE FAISAIT MÊME PAS PARTIE DE LA LISTE DES INVITES CE SOIR-LA KUROKOCCHI ! »

« Je plaisantais, Kise-kun. »

« Oui bah c'était pas drôle ! J'ai vraiment besoin que tu m'aides à y voir plus clair, alors arrête de te moquer… » Chouina un peu le Kitsune. « Et dis-moi plutôt : q'est-ce que tu ferais, toi, à ma place ? »

« Je sais ce que tu veux entendre Kise-kun. Tu voudrais que je te rassure, que je te dise que oui, c'est vrai, Haizaki-kun a changé. Qu'il n'est plus la même personne qu'au collège et au lycée. Mais même s'il regrette les accès de violence qu'il a pu avoir envers toi à cette période et même s'il te traite bien à présent, tu conserves une certaine méfiance à son égard et à mon avis, c'est amplement justifié. Il ne joue pas franc jeu avec toi et il te cache encore des choses. Ce ne sont peut-être pas des choses graves, tout le monde a droit à son jardin secret, mais tant qu'il refusera de s'ouvrir à toi, tu ne pourras jamais complètement baisser les armes face à lui. Jamais tu n'auras l'esprit tranquille à son contact. Alors, c'est à toi et à toi seul de voir si tu penses pouvoir passer outre toute cette zone d'ombre. Peut-être qu'il choisira de t'en parler plus tard, une fois qu'il se sentira plus en confiance avec toi, car la confiance va dans les deux sens. Mais peut-être que ce ne sera jamais le cas non plus et tu ne pourras pas l'y forcer. »

« C'est bien ce que je crains, justement… Mais il avait pourtant promis de ne plus me mentir… Je ne sais plus quoi penser, il me rend chèvre je t'assure… »

Le blond se mit à trembler sur son transat. Kuroko avait confirmé ses craintes profondes : il était en effet possible que jamais Haizaki ne joue jamais cartes sur table avec lui. Alors que faire dans ce cas de figure ?

« Et pour répondre à ta précédente question, à ta place, je crois que je ne m'impliquerai pas trop avec lui tant qu'il ne me donnerait pas de solides garanties. Alors prends juste ce qu'il te donne, profite, amuse-toi, mais quoi que tu fasses, ne t'attache surtout pas. Si c'est juste de l'attirance physique que tu éprouves envers lui et que tu as envie de céder, vas-y, ne te prive pas. Mais n'en attends pas davantage ou tu seras fatalement déçu. Conserve cette saine distance de sécurité entre vous si tu ne veux pas souffrir, car vous ne cherchez de toute évidence pas la même chose. »

Encore une fois, Kuroko venait de confirmer ce que Kise savait déjà en son for intérieur. Haizaki n'était pas bon pour lui. Haizaki ne voulait pas de quelque chose de sérieux entre eux. Mais si Kise se montrait un peu plus honnête envers lui-même, lui non plus en réalité. Cependant, il éprouvait des difficultés à admettre qu'il ne désirait actuellement rien de plus qu'un plan cul. Il n'était prêt pour rien d'autre de toute façon, suite au rejet d'Aomine. Son cœur était brisé. Cela étant, il ne voulait pas de prise de tête non plus et Haizaki en représentait une sacrée !

Mais surtout… Kise ressentait une bonne dose de culpabilité à l'idée de se lancer dans une relation purement sexuelle… Il n'avait jamais fait cela, c'était nouveau pour lui. D'habitude, il se donnait corps et âme à son partenaire du moment, espérant toujours secrètement que ce serait le bon cette fois. Sauf que… à cause de ses sentiments pour l'as des Miracles, il ne parvenait jamais à s'investir totalement dans son couple et celui-ci finissait invariablement par voler en éclat. C'est que la plupart des gens vivaient très mal le fait d'avoir un rival…

Un rival dont l'ombre toute puissante plane constamment au-dessus de l'élu de leur cœur, telle une présence immatérielle et du coup, impossible à combattre. Aucun n'était parvenu à lutter contre Aomine Daiki et les sentiments dégoulinants de miel qu'il inspirait à Kise… et pour cause : Kise n'était jamais parvenu à faire le lien entre ses échecs amoureux à répétition et le grand ganguro. Et il n'en serait probablement jamais capable parce qu'il manquait trop de recul lorsqu'Aomine était concerné.

Mais dans tous les cas, ces derniers jours avaient très clairement fait ressortir deux constats :

Tout le monde lui disait qu'il avait grand besoin de baiser. Il n'y avait pas d'autre mot, aussi cru soit-il. Haizaki, Momoi et maintenant même Kuroko s'y mettait…

Il était attiré par Haizaki. Indéniablement. Dès que le brun posait les doigts sur lui, le renard se transformait en torche humaine de manière quasi instantanée. Même Aomine n'avait jamais réussi à déclencher une telle réaction chez lui, aussi épidermique et viscérale. Et non, ce n'était pas de l'amour, malgré ce qu'avait naïvement suggéré l'innocent Kagami. Absolument rien à voir. Peut-être qu'à l'époque, oui, son obsession adolescente envers l'ex-racaille aurait pu déboucher sur un amour sincère de la part de Kise. C'était ce qu'il avait compris en se rappelant de l'affaire dite de « la fête foraine ». Mais… ses sentiments n'avaient à aucun moment évolué en ce sens. Un simple « crush », ç'en était resté à ce stade, majoritairement à cause de l'attitude agressive d'Haizaki envers lui… (Enfin ça, nous aurons l'occasion de l'aborder plus tard dans le récit. )

« D'accord Kurokocchi, je crois que j'ai compris ce que tu essayais de me dire et tu as raison. Je me pose sans doute trop de questions alors que je devrai plutôt prendre les choses comment elles viennent… »

Et justement, en parlant de choses « qui venaient »…

« Ahhh Tetchan je sens que ça vient… ! »

« Kurokocchiiiiiiiii ne me dis pas que Takaocchi est en train de… Pouaaah c'est dégoûtant ! »

« Si, mais pas avec moi, rassure-toi Kise-kun. »

QUOIIIIII ? Mais avec qui alors ? Et juste à côté du fantôme en plus, OKLM !?

« Vous êtes en train de faire une partouze aaaah ?! »

« Pas une partouze, non. »

« Ouuufff ! »

« … Juste un plan à trois avec Mayu-senpai. »

BON SANG ET C'ETAIT CENSE LE RASSURER CAAAAAAAA !?

Et « Mayuzumi », ce n'était pas l'autre garçon-fantôme d'ailleurs ? Hmm… Kise se rappelait vaguement de lui, c'était leur aîné et il jouait dans l'équipe d'Akashi à l'époque. Apparemment, Kuroko et Takao avaient continué à le fréquenter… surtout Takao, selon toute vraisemblance ! Et depuis, ces trois là formaient un improbable trouple. Chacun d'entre eux possédait d'ailleurs un Shiba Inu : Nigou pour Kuroko, Koromaru un albinos pour Takao et Sei-chan (LOL… devinez d'où pouvait bien prévenir ce nom… ?) un chien à la robe rouge pour Mayuzumi.

« Tu veux que je te le passe… ? » Proposa poliment Kuroko.

« Nooooooon merci ! Heu… continuez ce que vous faites, moi je vais heuuu… vous laisser hein. J'ai suffisamment abusé de ton temps Kurokocchi. »

« Ça c'est bien vrai. »

« Gnaaa c'est méchant de dire ça ! »

« Mais c'est la vérité quand même. »

« Oui, bon, j'ai compris que je gênais et je vais raccrocher dans dix secondes mais avant… une dernière fois, je tenais à te dire merci. Je crois que j'ai enfin compris ce que je devais faire grâce à toi. Ça… m'a fait du bien d'en parler. Et je te remercie également de ne pas m'avoir jugé. Ni Haizaki. »

« Ohhh ouiii bien au fond comme ça ! » Gémit Takao.

« Quoi !? »

« Rien, Kazu-chan disait juste qu'il était au fond du trou lui aussi, tout comme toi. A part que c'est pas le même genre de trou. »

« AAAAAH JE NE VEUX PAS SAVOIR ! SUR CE, JE RACCROCHE ! A PLUS' ! »

Et il coupa court à la conversation pour préserver le peu d'innonce qu'il lui restait encore. Bon ! Ce petit intermède téléphonique lui avait ouvert les yeux. Il fallait vraiment que le beau blond arrête de faire tout esclandre à propos de sa cohabitation avec le tumultueux Haizaki et qu'il prenne juste les choses comme elles venaient. Difficile de ne pas pouvoir se projeter, mais Kise allait devoir apprendre à lâcher prise tout simplement et à ne rien attendre. Vivre l'instant présent sans se poser de question et profiter, juste… profiter. Pourquoi toujours chercher à mettre des mots sur les relations ? Les sentiments ? Pourquoi continuer à se torturer l'esprit au lieu de s'amuser ? Et d'ailleurs, en parlant de s'amuser, Kise ne comptait pas mettre un terme si vite à son petit jeu du moment avec l'ancien délinquant… Oh il arriverait à le faire parler, foi de renard ! De toute façon, Haizaki n'avait pas de cœur... Car si c'était le cas, il se montrerait honnête et sincère envers son invité. Alors pourquoi se soucier de ce qu'il pouvait bien ressentir, lui qui avait provoqué cette situation ? Conclusion : Haizaki était donc le seul responsable de la montagne de frustration qui allait s'abattre sur lui sans crier gare… et il l'aurait bien cherché !

Attachant une serviette autour de sa taille pour cacher sa nudité, Kise remarqua que le soleil tapait déjà fort de si bon matin, parce qu'il était déjà tout sec. Heureusement qu'il avait pensé à mettre de la crème solaire ! Il regagna l'intérieur de l'appartement et constata avec étonnement qu'Haizaki était assis à table, en train de manger un bol de céréales multicolores pour enfants. Devant l'air circonspect de son coloc, il s'empressa de se justifier :

« J'ai profité du fait que j'étais descendu courir pour acheter du lait et ce paquet de céréales. T'en veux… ? »

Parce que bon, la bouillie informe qu'il avait englouti ce matin en guide de corn flakes lui était restée sur l'estomac et il avait donc préféré sacrifier quelques deniers pour en acheter des dignes de ce nom !

« Non merci. »

« T'es sûr ? Mais t'as rien avalé ce matin à part ce jus d'orange plus solide que liquide… » Insista Haizaki. « Ils sont allégés hein, si c'est ça qui te fait peur ! »

Ben voyons, des céréales sans sucres pour enfants aux couleurs de l'arc-en-ciel… ce type le prenait vraiment pour un bleu…

Mais bon, forcément, leur emménagement en catastrophe datant de la veille, aucun d'eux n'avait eu le temps d'aller faire des courses pour remplir l'immense frigo tristement vide.

« Ça va, j'ai pas faim. »

Craignant d'avoir vexé le blond en l'ayant expédié faire un plongeon dans la piscine de bon matin, Haizaki poursuivit :

« J'vais sûrement redescendre acheter quelques trucs à manger. Tu veux quelque chose en particulier ? »

« De la crème-chantilly pour que je t'en badigeonne les abdos et que je vienne directement la lécher dessus… ? » Pensa Kise.

Mais de toute évidence, le brun ne voulait plus jouer avec lui alors Kise haussa simplement des épaules, passant devant lui sans même le regarder pour regagner sa chambre et s'habiller plus convenablement. Tout à coup, son téléphone se mit à vibrer dans sa main.

Tiens… ?

C'était Kagami !

Il tombait bien !

De : Kagamicchi

A : 9h07

« Salut Kise ! J'te réveille pas au moins ? Ça te dit si t'es libre de venir courir avec moi à Echo Park, tu sais, l'endroit dont je t'avais parlé ? Je t'envoie l'adresse en géolocalisation et on peut se donner RDV dans 20 minutes si c'est ok pour toi ? A toute à l'heure, j'espère ! »

WHAT A BRO ! A croire que le tigre lisait dans ses pensées en temps réel, c'était exactement ce dont il avait besoin pour se changer les idées et préparer la suite de son plan !

« T'embête pas, j'vais descendre moi aussi de toute façon. »

« Ah ? Tu comptes aller où ? Et… avec qui ? »

« J'vois pas en quoi ça te regarde. » Répondit Kise en plissant les yeux.

« Wow mais t'es vachement rancunier en fait ! J'aurai jamais cru… »

« Ça n'a rien à voir ! » Mentit le blond, bien-sûr qu'il lui en voulait toujours. « Est-ce que toi tu me dis où tu vas et avec qui d'habitude ? »

« Je pensais pas que t'en avais quelque chose à foutre, c'est tout. Et puis, tu me l'as jamais demandé non plus j'te signale… Enfin, figure-toi que si je te posais la question, à la base c'était surtout pour savoir vers quelle heure tu comptais rentrer… »

« Je sais pas encore, je rentrerai j'en aurai envie je suppose. Si je rentre. » Le coupa sèchement Kise.

« … Vu que je suis le seul à avoir les clés…» Reprit Haizaki sans se laisse déconcerter. « Et je voulais être sûr d'être rentré le premier pour ne pas te laisser poireauter dehors mais bon, puisque t'as décidé de te montrer aussi aimable qu'Akashit si quelqu'un avait enfin les couilles de l'envoyer dans un hôpital psychiatrique, bah t'iras bien te faire mettre ok …? Ca t'apprendra peut-être la politesse ! » Sourit Haizaki.

Kise fronça des sourcils et il lui adressa un doigt d'honneur bien senti, avant de disparaître dans sa chambre. Doigt d'honneur qu'Haizaki mit immédiatement sur le compte de la frustration sexuelle de l'autre Japonais. C'est que… la tension commençait à devenir incontrôlable entre eux, un peu comme une cocotte-minute qui montait en pression depuis trop longtemps.

De : Kise

A : 9h10

« Hello Kagamichi. Ok pour moi dans 15 minutes à l'entrée ouest du parc. Ca te dérange pas de me ramener des affaires de sports ? J'ai laissé les miennes chez Haizaki et... disons qu'on a dû quitter son appart' dans la précipitation hier, alors je n'ai pas franchement eu le temps de les emporter avec moi. Enfin je t'expliquerai… Merci et à tout à l'heure ! »

Lorsque Kise émergea de sa chambre, il remarqua qu'Haizaki avait bougé également et puisqu'il ne le croisa pas en sortant, il claqua bien fort la porte d'entrée pour signifier qu'il était parti.

Et parti en colère.

Finalement, juste se contenter de céder sexuellement au brun en faisant abstraction de l'antipathie qu'il lui inspirait, allait s'avérer plus compliqué que prévu…


Et c'est fini pour aujourd'hui !

J'espère ça vous a plu. Comme bien (trop ?) souvent, je ne suis que moyennement satisfaite de ce chapitre... Bon déjà, comme je l'expliquais, à la base, le flashback ne devait pas être aussi long, mais je me suis dit que ça pourrait être sympa d'explorer la psychée de Kise et son petit côté... biatch au collège. A voir s'il l'aura gardé une fois adulte d'ailleurs :) !

- Concernant la lettre d'amour écrite par Mikan, les plus averties d'entre vous auront peut-être reconnu des répliques réelles appartenant à... Moundir. Oui, LE Moundir de Koh Lanta, même si ça commence à être un peu vieux... (et c'est dans ce genre de situations que je réalise mon grand âge !)

- Encore un chapitre où Haizaki est en retrait et en général, ce sont ceux que j'aime le moins... Mais Eikyu m'a soufflé à l'oreille l'idée d'écrire un chapitre uniquement de son point de vue et... ma foi, pourquoi pas si je trouve quelque chose d'intéressant à raconter...? :)

- J'ai BON ESPOIR qu'on arrive enfin à clore l'arc VIVIESQUE au prochain chapitre ! Et on apprendra ENFIN qui est cette chère bonne Miss Robinson ! (Spoilers : c'est la mère d'Haizaki ! Naaan j'déconne ahaha !)

- Aomine était censé faire une apparition dans ce chapitre, mais finalement on prendra de ses nouvelles dans le prochain SÛR ET CERTAIN ! Yeay !

- KuroTakaMayu : what do you think ? :) Il faut toujours que je colle une sexualité débridée à ce pauvre Kuroko (surtout quand je le mets en couple avec Takao, ce qui arrive les 3/4 du temps) dans mes fanfictions, c'est plus fort que moi et on peut presque dire que c'est devenu ma marque de fabrique même...

- J'ai poussé quelques recherches de mon côté et j'ai appris des trucs vachement intéressants à propos de la relation NijiZaki grâce aux drama CD officiels de KnB... ;) Ca m'a pas mal confortée dans la direction que prend cette histoire, même ! Et sur le fait qu'Akashi a toujours été la pire des sous race...

- On a pu voir Ryoko, l'aînée de la famille Kise, en action ! J'espère que son personnage vous a plu, parce qu'on la reverra ;)

Sur ce, je vous laisse et je vous fais plein de bisous.

Take care et à la prochaine !

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