Hello les gens !

Oui je sais, on m'a déjà fait la remarque qu'apparemment, j'étais à la bourre sur ce nouveau chapitre !

Et encore : il a fallu que je m'arrête "en plein milieu", parce qu'il aurait été bien plus long sinon...

Il y aura donc une partie 3... :/

Allez, courage, on y croit !

Comme d'habitude, la partie en italique est un flashback. Cette fois, nous avons le point de vue d'Haizaki sur le voyage à Okinawa. (Il sera donc normal que quelques événements diffèrent par rapport à Kise...)

Sur ce, ENJOY ! (Pas de spoil...)


Akane Haizaki était une maîtresse de maison consciencieuse. Elle élevait ses deux grands garçons seule, sans aucune aide extérieure, depuis près de dix ans. Et autant vous le dire tout de suite : être mère célibataire au Japon était extrêmement difficile, comme partout ailleurs me direz-vous, certes, mais particulièrement dans l'archipel, où les racines de la famille traditionnelle se trouvaient profondément ancrées dans la société. La situation de cette brave femme était donc mal vue. D'autant que ses deux fils étaient issus de deux pères différents et que jamais elle n'avait été mariée, les ayant donc conçus dans le pêché de surcroît.

Et comme si cela ne suffisait pas, pour compliquer encore davantage le tableau familial, cette honorable femme affichait des origines Aïnous, soit à peu près l'équivalent Japonais des Aborigènes Australiens. Autant dire qu'elle et sa progéniture vivaient donc en marge du système et de la société. A contrecœur, bien souvent. La mère courage exerçait en effet la plupart du temps des métiers physiques assez difficiles, plutôt réservés aux hommes, en horaires décalés et avec des heures supplémentaires en pagaille. Mais c'était le prix à payer pour assurer la survie de sa progéniture. D'autant qu'Akane était peu qualifiée. De la main-d'œuvre facile, rémunérée au lance-pierre, ses différents employeurs profitant tous de son isolement social. De son statut de paria.

Alors ce jour-là… lorsqu'en faisant le ménage dans la chambre de son aîné pendant qu'il était absent, elle renversa par inadvertance sa corbeille à papier, un prospectus coloré attira immédiatement son attention.

Il s'agissait d'un dépliant scolaire, aux couleurs de Fukuda, l'établissement que fréquentait son fils, elle le reconnut instinctivement.

Ramassant l'affichette et remettant en ordre la poubelle, elle s'attarda un moment à en lire le contenu.

Apparemment, cette année, les Terminales partaient en excursion avant la fermeture estivale du lycée. Quelle riche idée ! La classe de Shogo avait prévu d'aller poser ses valises à Okinawa quelques jours. Okinawa… un endroit réputé magnifique ! Pas qu'elle ait déjà eu la chance d'y aller elle-même, mais Akane avait vu moult publicités pour cet endroit paradisiaque à la télévision. Shogo devait vraiment être excité de faire un tel voyage !

Mais… alors… si c'était le cas, pourquoi le papier se retrouvait-il jeté si négligemment aux ordures ?

Tel un rêve abandonné car inaccessible…

Hmm… mais voici que justement son fiston daignait enfin rentrer de vadrouille. Shogo avait du mal à tenir en place. Il passait le plus clair de son temps dehors. Avec qui ? A faire quoi ? Akane l'ignorait. Monsieur tenait à son petit jardin secret, mais dans tous les cas il semblait constamment posséder une bonne excuse pour ne pas se trouver à la maison, contrairement à Matt, le surnom de son petit dernier, Yamato, qui était davantage un fils à maman que son frère aîné.

Ses deux rejetons se révélaient tellement différents, que c'était à se demander s'ils partageaient le moindre lien de parenté, parfois… Ils avaient d'ailleurs de grosses difficultés à communiquer sans se disputer ou en venir aux mains dans les cas les plus extrêmes, même. C'est que... même au sein de son propre foyer, Shogo ne faisait pas l'unanimité… Il avait cette rage constante en lui. Cette colère sourde. Akane avait longtemps mis son caractère vindicatif sur le compte de l'adolescence, mais force était de constater que Matt faisait preuve de plus de maturité, alors qu'il était paradoxalement plus jeune. La crise de rébellion typique de l'adolescence avait donc bon dos, cependant, elle était loin de tout expliquer.

« Qu'est-ce que tu fous là ? » La harangua Shogo, d'un ton neutre.

Pour le moment.

Mais le choix de ses mots était loin de l'être, lui.

Sympa l'accueil, même pas un « bonjour ».

Plus passif-agressif, tu meurs !

Cependant, Akane en avait l'habitude et elle était l'une des rares personnes sur cette Terre à savoir gérer son fils.

« Je fais le ménage, cela ne se voit pas ? Il faut bien que quelqu'un s'en occupe, puisque son Altesse Shogo ne semble guère portée sur l'hygiène… »

« C'est pas à toi d'faire ça, j'te l'ai déjà dit… »

Parce que ça donnait une bonne excuse à sa mère pour venir fouiner dans ses affaires et… par extension, sa vie. Or, Shogo détestait qu'on viole son intimité. Et en particulier lorsqu'il s'agissait de sa propre génitrice. Il y avait pas mal de choses… qui devaient rester secrètes car il souhaitait l'en préserver au maximum. Elle n'avait pas besoin de TOUT savoir.

Oh que non…

Parce que déjà que Matt le détestait cordialement, si en plus Haizaki filait une crise cardiaque à leur seul parent encore présent, le plus jeune de la fratrie risquait de péter une durite pour de bon…

« Je sais que tu es en âge de t'occuper de ta chambre tout seul. Mais étant donné que tu ne le fais pas, je suis obligée de… »

« Ouais, j'ai compris. » La coupa son aîné. « La prochaine fois, je fermerai à clé avant de partir pour ne pas que tu puisses rentrer. »

Akane plissa les yeux.

« Heu… sans vouloir te vexer Sho-chan, ce n'était pas exactement la réponse que j'attendais de ta part... »

Ah ! Elle avait de l'espoir cette petite mère ! Penser que son fils aurait spontanément proposé de prendre en charge l'entretien de sa chambre lui-même ahaha… mais quelle naïveté !

Cependant, histoire de ne pas laisser cet incident passer, elle opta justement pour ce moment propice afin d'exhiber le prospectus qu'elle tenait toujours dans sa main. Comme il était roulé en boule au fond de la corbeille, Akane avait fait de son mieux pour le défroisser au préalable. Elle le colla donc ensuite pile sous le nez de son fils, l'air de rien et sans hasarder le moindre commentaire au début.

« … »

Initiative qui fut de toute évidence accueillie avec le « sourire » par sa progéniture…

« Tu m'expliques ? »

« Y a rien à expliquer. »

« Et moi, je crois que si au contraire. »

Haizaki soupira et roula des yeux en fixant le plafond. Qu'est-ce qu'elle pouvait être chiante et têtue quand elle s'y mettait ! Pas étonnant que son premier père, enfin, son procréateur – celui qui avait fourni la petite goutte - puis le second – le père de Matt et celui qui l'avait partiellement élevé - aient choisi de prendre la fuite face à une bonne femme pareille ! N'importe quelle autre daronne aurait eu peur de lui et de ses coups de colère légendaires.

De sa propension à cogner.

A s'emporter.

Mais pas elle.

Oh pas qu'il ait déjà levé la main sur sa mère ou même qu'il compte le faire un jour. Cependant, sa réputation de brute épaisse n'était plus à prouver, vu le nombre de fois où la pauvre Akane s'était retrouvée convoquée à l'école pour avoir à répondre du comportement indiscipliné et… violent de son fiston adoré…

Et vu la différence de taille et de gabarit qui existait entre eux…

Une seule pichenette de sa part se transformerait en un aller simple pour l'hôpital…

« Ben comme tu as déjà pu le lire toi-même j'en suis sûr, il s'agit d'une brochure pour un voyage d'études à Okinawa, organisé par mon putain de lycée. »

« Oui, merci, ça, j'étais au courant en effet. Et fais attention à ton langage mon poussin... tu deviens grossier. »

Brrr… « poussin »… Il détestait quand elle se montrait toute mielleuse comme ça… Il avait passé l'âge des surnoms mignons destinés à l'amadouer.

« Et donc, que faisait ce dossier d'inscription au fond de ta poubelle ? » Poursuivit-elle.

Bordel, elle ne comptait pas le lâcher.

Très bien.

Alors autant la jouer cartes sur table.

Même si ça faisait mal.

« Parce que c'est là qu'est sa place. Et je ne te ferai pas l'affront de te rappeler pourquoi. Parce que ça aussi, tu le sais déjà. »

Il n'y avait aucun mépris dans sa réponse… Juste… des faits. Rien que des faits.

Immuables.

Réels.

Irrémédiables.

« Si c'est ta façon à toi de me dire que nous n'avons pas les moyens… »

« … A toi d'en tirer tes propres conclusions. Au moins, j'ai réussi à rester subtil. Sans accuser personne ni me montrer vulgaire, cette fois, puisque ça m'a déjà été reproché. »

Et en restant respectueux. Quand même.

« Ecoute Shogo, ne t'en fais pas pour l'argent. Je veux dire, ce n'est pas à toi t'en préoccuper. Bien-sûr, je te mentirai si je te disais que l'état de nos finances n'était pas un problème critique. Mais ce n'est pas une raison pour… »

« … M'man, je t'arrête tout de suite. Ça n'sert à rien d'en débattre, on n'peut juste pas s'le permettre, j'le sais bien. C'est la vie. Alors pas la peine de… »

Cette fois ce fut au tour de la louve de couper son enfant.

« Mais tu as quand même envie d'y aller. »

« M'man… »

« Oui ou non, Shogo. Réponds simplement à ma question. Et ne me mens pas, parce que je le saurai. »

« Ouais… ouais, bien-sûr que j'en ai envie. » Avoua simplement Haizaki.

« Je m'en doutais. Parce que sinon… tu te serais débarrassé de ce papier dans une poubelle publique et tu n'aurais pas pris le risque de le ramener à la maison, pour que je puisse tomber dessus par inadvertance. »

Tu m'étonnes… et c'était pas peu de l'dire !

Ce foutu prospectus, le brun avait passé des nuits entières à le lire et à le relire, rêveur… A tel point qu'il serait capable d'en réciter intégralement le contenu de mémoire, ligne par ligne et sans commettre la moindre erreur…

« Shogo… si tu as envie d'y aller… je trouverai l'argent. Ne t'en fais pas. Quitte à faire encore plus d'heures supplémentaires ou à devoir effectuer un second job d'appoint. »

« Mais… ! » Tenta vainement de protester l'ado.

« … Pas de 'mais'. » Elle ne cherchait pas à le culpabiliser, ni à gagner sa pitié. « Tu as le droit à la même chose que les autres enfants issus de familles plus aisées que la nôtre. Je ne veux pas te pénaliser… Toi et ton frère, vous vous sacrifiez déjà assez au quotidien et je ne souhaite pas que mes fils adorés se trouvent lésés par ma situation professionnelle et mes choix personnels. Alors tu vas le faire ce voyage. Tu vas aller à Okinawa, au même titre que n'importe quel élève de ta classe. »

Il serra le poing.

Bien-sûr qu'il se sentait touché par le discours de sa mère. Bien-sûr qu'elle avait raison lorsqu'elle disait que ce n'était pas à eux d'assumer les conséquences de la vie qu'ils menaient…

Mais… tout de même…

Ça voulait dire qu'elle allait ENCORE devoir se saigner aux quatre veines et bousiller un peu plus sa santé déjà fragile pour eux. Et Haizaki commençait à en avoir sérieusement marre. En fin d'année, il allait fêter ses dix-huit ans, ce qui ferait officiellement de lui l'homme de la maison. Il était peut-être temps pour lui de prendre ses responsabilités et… d'assurer le confort de sa famille.

D'y participer activement, du moins. D'autant que ces derniers mois, non, ces dernières années même, il avait été loin d'être un cadeau. Et pourtant, Matt et sa mère l'avaient supporté. Plus ou moins bien certes, mais ils étaient restés à ses côtés malgré l'adversité. D'ailleurs, aujourd'hui, ils étaient les seuls qu'il n'avait pas encore perdus, il avait donc tout intérêt à se sortir les doigts du cul, pour parler crûment.

Ok, c'était décidé !

« D'accord, j'irai à ce foutu séjour. Cependant, j'te préviens tout de suite : que les choses soient claires, je te rembourserai. Je n'sais pas encore quand, ni même comment ou à quel rythme, mais sache j'le ferai. J'essaierai d'me trouver un p'tit job d'été et tout ou de bosser le soir après les cours… »

Pas qu'il y ait la moindre chance pour que quelqu'un accepte de prendre une tête brûlée telle que lui, dotée d'une aussi mauvaise réputation, mais… il se devait de tenter, au moins.

C'était le minimum syndical.

Akane esquissa un sourire timide. Elle sentait son fils sincère et cela semblait important pour lui, alors elle n'eut pas le cœur à refuser sa proposition. Même s'il en allait de sa fierté de mère et qu'elle ne tenait pas à ce que son enfant participe financièrement. Mais il serait toujours temps d'en reparler ultérieurement ou de refuser tout remboursement le moment venu.

Et ce fut ainsi qu'Haizaki se retrouva à embarquer pour le voyage scolaire qui allait changer la donne…


Il avait décidé de squatter l'arrière du bus, en monopolisant l'entièreté de la banquette arrière, afin d'empêcher quiconque de la partager avec lui. Et gare à celui qui voudrait l'en déloger. Même sa prof. Ah elle n'avait même pas intérêt de commencer à essayer de lui voler dans les plumes celle-là, parce qu'Haizaki aurait tôt fait de la remettre à sa place, avec tous les dossiers qu'il possédait sur cette jeune greluche écervelée…

Parce que si elle avait le malheur de le chauffer un peu trop… il aurait de quoi le lui faire amèrement regretter…

Car il savait.

Il était au courant de TOUS ses petits secrets les plus honteux…

Ceux qui pourraient compromettre sa précoce carrière dans l'enseignement.

Ce qui s'avérait bien pratique pour la faire chanter… Et Haizaki ne s'en privait pas. Cela durait depuis des mois. Il négociait ses notes, ses retards en classe, voire carrément des autorisations de sécher les cours… et la pauvre enseignante n'avait d'autre choix que de couvrir ses absences et son manque d'assiduité… Sinon, il ne se priverait pas de la balancer sans le moindre remord.

Et avec de telles casseroles à son actif, ç'en serait fini de son avenir dans le domaine de l'éducation…

Il s'était donc couché de tout son long sur les sièges… Ecoutant de la musique d'abord sur son téléphone. Enfin, « le sien »… disons que ça l'était devenu, par la force des choses. Et la force de ses poings, surtout, puisqu'il l'avait racketté à un autre joueur de basket d'un lycée… oula… de Jinshu. Pas la porte à côté, donc. Un pauvre gars qu'il ne reverrait sûrement pas de sitôt et qui ne risquait pas de se pointer sur son pallier, un beau matin, pour réclamer son dû. De toute façon, ça tombait bien, puisque le sien était tombé en rade et il ne possédait pas le budget nécessaire pour s'en racheter un digne de ce nom, alors il disposait d'une excuse justifiant ce maigre larcin.

Une très bonne excuse, même. La meilleure de toutes, en réalité. Sa famille était modeste, pour ne pas dire précaire. C'était de notoriété publique. La pratique du basket lui conférait une bourse pour subvenir à ses besoins en fournitures scolaires et sportives. Mais c'était à peu près tout ce à quoi il avait le droit. Ah ouais et aussi… la cantoche à moindre coût, mais vu la qualité des plats servis, il faisait allègrement l'impasse dessus. Souvent, il préparait ses propres bento seul. Ou sa mère le faisait, lorsqu'elle avait le temps à l'occasion. Et quand il en avait marre, il taxait tout simplement de la bouffe à ses camarades. Ou il en missionnait certains pour le nourrir, selon son humeur.

Et oui, c'était ça la vie de mâle Alpha du lycée.

En réalité, il n'avait même pas tant besoin de harceler ses collègues masculins.

Parce qu'il pouvait obtenir tout ce qu'il souhaitait, n'importe quoi, de la part de la HORDE de femelles en chaleur que comptait Fukuda… Mais Haizaki n'était pas un lion. Lui, il voulait chasser, tel un loup et non pas attendre qu'on le fasse à sa place !

Et fait crucial, il n'avait pas non plus besoin d'un harem.

Une seule femelle dominante comme lui suffirait à assurer son bonheur.

Dommage qu'aucune des filles de son lycée ou de ceux des environs, ne soit à la hauteur de son pédigré… Car contrairement aux apparences, les loups sont des animaux fidèles en amour. Les couples se forment pour la vie…

Mais bon, pioncer et écouter de la musique – voire carrément se mater un porn en toute impunité – à l'arrière du bus, ça allait bien cinq minutes. Rapidement, il se fit ben… chier. L'ennui le frappa comme son poing, en plein dans la gueule d'un pauvre type. Et c'est alors qu'il remarqua un petit magazine glissé négligemment dans un filet à l'arrière du siège qui lui faisait face. Il l'attrapa et commença à le feuilleter par curiosité. Il s'agissait d'une brochure pour l'office du tourisme d'Okinawa ou un truc du genre. Les panoramas étaient beaux. Mais ce qui l'était encore davantage… c'était la double page centrale, puisqu'Haizaki eut le BONHEUR d'y retrouver l'une de ses vieilles connaissances, par le plus grand des hasards…

Kise Ryota.

Le barbant (Barbie ?) blond geignard…

gaulé comme une gravure de mode.

Oh mais attendez… n'en était-il justement pas une ?

En tout cas, il était remarquable dans cette publicité pour une célèbre marque de maillots de bain… Et Haizaki ne put que féliciter mentalement ET le photographe qui avait parfaitement su capturer tout son glamour sur pellicule, mais également le styliste qui avait choisi ce modèle… fort avantageux… pour le physique déjà lui-même avantageux de Kise. En clair : ça lui moulait le cul, mais d'une force… Même nu, les contours de ses muscles seraient apparus moins dessinés, c'était dire !

Sans même s'en rendre compte, la main d'Haizaki avait déjà commencé à serpenter par pur instinct vers le sud. Et comme il ne portait qu'un jogging ample tenu par un simple lacet un peu lâche à la taille… accéder au plus grand fan de Kise, serait un jeu d'enfant. « Fan » qui se dressait déjà de plaisir le bougre ! Ah il n'avait pas perdu de temps… Par chance, les sièges dissimuleraient astucieusement Haizaki, si jamais il se laissait aller à faire sa petite affaire dans le bus…

Et puis au pire, quoi ? Quelqu'un allait le voir et proposer de se joindre à lui pour l'aider à se finir ? Tant mieux, au contraire ! Oui, Haizaki ne présumait vraiment de rien… et surtout pas de son propre pouvoir. Pas qu'il soit d'un tempérament spécialement exhibitionniste à la base, mais la perspective qu'on puisse le reluquer en toute impunité ne le dérangeait pas le moins du monde… Ah ça, ce n'était pas les complexes ou la pudeur qui l'étouffaient !

Mais tout à coup, le car freina des quatre fers et Haizaki manqua de finir par terre suite à cet arrêt un peu trop brutal et « Kise » en profita pour se faire la malle sous l'un des sièges… Adieu petit ange parti trop tôt ! Haizaki pesta. Il espérait VRAIMENT que le bus s'était stoppé pour de bonnes raisons, ou sinon, ça allait chier ! Parce que si c'était juste pour éviter d'écraser une innocente âme en balade, ça n'allait pas le faire DU TOUT !

D'autant qu'à cause de ça, son petit réconfort phallique avait filé à l'anglaise, hors de sa portée au meilleur moment ! Et voici donc que le jeune homme s'apprêtait à hausser le ton – aka gueuler comme un sagouin en l'insultant copieusement – pour faire entendre au pauvre chauffeur tout le (mal) bien qu'il pensait de lui, lorsque brusquement, les portes du véhicule s'ouvrirent pour laisser monter à son bord… Ledit KISE RYOTA !

EN FUCKING PERSONNE !

Tout d'abord, Haizaki crut à une hallucination et il se frotta les yeux.

Puis, comme l'illusion ne disparaissait toujours pas, il les écarquilla, menaçant de les expulser de leur orbite.

Mais toujours rien.

Ou plutôt si, quelque chose : Kise ! Kise se trouvait encore et toujours là ! Il était donc bien réel !

Mais comment ? Et surtout, pourquoi ?

PAR QUELLE SORCELLERIE !?

Haizaki en resta bouche bée. Avec le filet de salive qui va bien et coule au coin des lèvres et tout…

D'autant que le magnifique blond se dirigeait justement vers lui à présent… chemise blanche transparente et trempée collée au corps. Autant dire que pas grand-chose ne lui était caché… contrairement à lui qui choisit en revanche de se planquer COURAGEUSEMENT derrière les sièges pour mieux pouvoir observer sans être observé en retour.

En toute discrétion.

Mais qu'est-ce que l'objet actuel de tous ses fantasmes fabriquait ici ? Déjà, toutes les filles de sa classe se retournaient sur son passage en gloussant et en chuchotant, semblant deviser de plans sur la façon de le mettre dans leur lit… Même quelques mecs aussi lui jetèrent des œillades non dénudées d'un intérêt certain… Sauf que cela semblait glisser sur lui comme la bave de l'escargot n'atteint pas l'oie blanche. Ou un truc du genre. Presque comme si… Kise ne remarquait rien. Oh, de par son métier, il devait avoir l'habitude des regards plein de convoitise. C'était un peu son quotidien, après tout. Alors à force, il n'y faisait certainement même plus gaffe. Et comme les bonnes surprises – de même que les mauvaises – n'arrivent jamais seules, Kise vint s'asseoir sur le siège situé dans la rangée devant la sienne !

Les emmerdes, ça vole en escadrille, sauf qu'intérieurement, Haizaki exultait.

Ooooh ouiii, il jubilait même !

C'était forcément la PROVIDENCE qui lui envoyait Kise après des SEMAINES de disette sexuelle ! Pas qu'il n'ait pas eu plus d'une occasion de tremper son biscuit, mais ça le branchait de moins en moins dernièrement pour une raison qu'il ne parvenait pas à identifier… Sa dernière copine en date s'était d'ailleurs allègrement moquée de lui au sujet de son soudain manque de libido, prétextant qu'il était sans doute « amoureux » et que c'était la cause de cette pénurie d'appétit physique. Lui en revanche, ne voyait pas le rapport.

Haha la bonne blague ! Amoureux, Haizaki Shogo ? Et puis quoi encore ? Il ne l'avait été qu'une seule fois et plus jamais depuis. Et ça commençait à dater en plus. Or là, ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait pu ressentir à l'époque. Quelle connerie… Mais bref, Kise s'installa à la cool avec quelques-uns de ses camarades masculins sur la rangée de siège pile devant la sienne. Comme par hasard. Enfin, pas que ça le dérange, bien au contraire même, cependant puisqu'Haizaki se trouvait à présent aux premières loges… pourtant il doutait que le blondin partage son engouement.

C'est pourquoi, au départ, il opta pour rester caché le plus longtemps possible, afin de pouvoir se repaître de cette vision angélique, que dis-je, DIVINE autant que faire se pouvait. Malheureusement pour lui, les trois crétins possédaient une grande gueule. Qui débitait beaucoup de conneries à la minute. Des choses qu'Haizaki ne pouvait pas laisser passer en qualité de CHAD du bahut.

BAD Chad plus précisément, mais Chad quand même !

Mais toutes ces inepties eurent au moins le mérite de lui apprendre une information de la plus HAUTE importance : Kise, LE Kise Ryota était encore… puceau.

Vierge.

Pur.

Immaculé.

Alléluia.

God save the Queen, touça touça…

Il pouvait presque voir un petit halo doré flotter au-dessus de la tête de l'Eurasien et cela lui donna l'envie soudaine de devenir pieu, de se convertir au Kisianisme…

Que Ryota devienne son prophète et qu'il puisse l'absoudre de ses pêchers.

Ou alors… l'inverse.

Oh oui, plutôt l'inverse totale, même.

Haizaki ressentait à présent le désir IRREPRESSIBLE de SOUILLER le blondinet.

Dans toutes les positions.

ET plusieurs fois d'affilée.

Alors, il ne put s'empêcher de faire connaître sa présence et son avis, par la même occasion. Se penchant en avant pour passer la tête entre la barrière de sièges qui le séparait de sa PROIE, le Grand Méchant Loup débarqua toutes crocs dehors dans la bergerie. Et sans montrer patte blanche encore. Sauf qu'au lieu de jeter son dévolu sur les brebis égarées pour se remplir la panse, c'était le berger qu'il projetait de dévorer cette fois.

A commencer par son GROS bâton…

Ces messieurs avaient besoin de se ses conseils avisés de séducteur hors pair. Son intervention ou plutôt, son cours magistral, ne fut pas au goût de Kise, mais peu importait. Parce qu'il savait que commencer par se mettre les potes du renard dans la poche, l'air de rien, constituait le meilleur moyen de se rapprocher de celui sur qui il avait jeté son dévolu. Haizaki aimait chasser. Surtout les filles qui n'avaient pas froid aux yeux. Mais en réalité, il tenait davantage du charognard et préférait donc faire office de « voiture balai ». Par conséquent, ce qu'il appréciait le plus, c'était quand une chienne dévergondée venait se jeter volontairement entre ses griffes. S'offrir en sacrifice.

A part qu'avec Kise, un tel scénario avait à peu près autant de chance de se produire qu'une tempête de neige au Sahara en plein mois d'août. Haizaki allait donc devoir taire ses vieux réflexes et réveiller le prédateur qui sommeillait en lui. Maître Renard se démarque par sa ruse, Kise n'allait donc pas lui tomber tout cuit dans la gueule et au petit jeu du plus malin, Haizaki risquait de rester sur la touche. D'autant qu'il ne pouvait pas non plus forcer délibérément le blond… Enfin si, techniquement, il pourrait sûrement l'obliger à plier physiquement. A se soumettre par la force.

Mais quel intérêt ?

Non, ce serait nettement plus gratifiant que Kise succombe de lui-même. Battre Kise sur le terrain, il fallait se faire une raison, c'était complètement hors de sa portée. Jamais il n'y parviendrait. Si tant est qu'il l'y recroise un jour, d'ailleurs. Cela dit… le battre au sexe, ça, c'était réalisable. « Le battre au sexe » ? Que Diable était-ce censé vouloir signifier ? Uniquement le faire céder ? Hmm… peut-être bien.

Seul Haizaki le savait.

Malgré tout, une chose demeurait certaine.

Haizaki allait tout mettre en œuvre pour arriver à ses fins.

Malheureusement, il partait avec un handicap de taille : le temps lui était compté.

La durée du séjour, ni plus, ni moins.

Pas de seconde chance possible.

Aucun essai supplémentaire ne lui serait accordé.

Alors, quand ils descendirent du bus et que Dame Providence décida une fois de plus de s'en mêler en les réunissant sous le même toit, Haizaki sourit tout comme la chance semblait lui sourire également, en fixant le ciel…

Et que le ciel, justement, lui en soit témoin.

Parce qu'avant la fin du voyage, il aurait ajouté Kise Ryota à sa collection d'amants, à son tableau de chasse, tel un rare Pokémon légendaire shiny !


Mais encore une fois, pas question de l'y contraindre.

Il n'y avait aucune fierté ni même satisfaction à en tirer.

Tandis que si Haizaki parvenait à séduire Kise, alors là par contre, ce serait le jackpot. Il pourrait s'en servir contre lui toute sa vie. Le lui rappeler à la moindre occasion et s'il ne le recroisait jamais et bien, cela lui ferait une anecdote glorieuse à raconter dans les bars ! Un de ces contes urbains qui se transmet de génération en génération. Une victoire – la plus belle de toutes - à entériner dans son C.V.

Entre casser la gueule du blond ou lui casser le cul, pour Haizaki Shogo, LA QUESTION ELLE ETAIT VITE REPONDUE !

Il avait choisi son camp et d'après le natté, la bonne réussite de ce plan passait par occuper le plus possible le champ visuel ainsi que l'espace vital de sa dulcinée. De cette manière, Kise ne serait plus capable de penser à quelqu'un d'autre que lui. Et oui, cela pouvait s'apparenter à une forme alambiquée de harcèlement. Imposer ainsi à l'autre sa présence. Avec ou sans son accord. Parce qu'à force de faire partie du décor en s'immisçant – non, en s'INCRUSTANT tenacement, même - dans le paysage en toute occasion, Haizaki espérait accéder au cœur de Kise. Intégrer son esprit. Afin que puisse germer l'idée que le brun constituerait un potentiel partenaire sexuel… tout à fait acceptable.

Haizaki croyait dur comme fer en sa stratégie.

Non, dur comme l'acier, même ! De l'acier trempé ! Ou encore mieux : le sacro-saint diamant, réputé indestructible !

Sauf que bien vite, cette tactique de génie montra ses limites. Haizaki ne pouvait se rappeler aux bons souvenirs de Kise, que lorsque leurs classes respectives rentraient d'excursion le soir. Son temps d'écran/de présence était donc aussi réduit qu'une peau de chagrin. Ou qu'une peau de léopard face à une cougar. Et je ne parle pas de l'animal, bien entendu, mais des femmes d'âge mûr qui sont fans de ce motif ô combien distingué ! Hmm… Haizaki devait donc trouver un moyen pour s'insérer davantage dans l'entourage immédiat de sa proie. Aussi, l'idée de faire chanter sa prof - et là encore, je ne parle pas de lui faire pousser la chansonnette - lui parut être la solution idéale pour remédier à ce problème.

C'est que… voyez-vous, Miss Kawakami traînait quelques bails sombres. Du genre… qui l'avaient conduit à demander sa mutation dans un établissement de troisième zone, sans la moindre renommée pour échapper à ses vieux démons… Apparemment, les parents de l'un de ses anciens élèves la menaçaient de porter plainte quant à un obscur accident qui serait arrivé à leur rejeton et dont ils la tenaient pour responsable. Elle en avait expliqué tous les tenants et les aboutissants à Haizaki une fois, mais le brun ne s'était pas embêté à tout retenir. Il s'en foutait bien. Et même de l'innocence présumée ou avérée de sa chère enseignante. Non, tout ce qui comptait pour lui était que grâce à ces précieuses informations, il possédait lui aussi une raison légitime de lui imposer son propre chantage…

Parce qu'il se trouvait également que… sa chère professeur principale se prostituait sur son temps libre, n'ayons pas peur des mots… Enfin, pas toujours. Mais si le client y mettait le prix… ce petit bonus devenait totalement envisageable, disons-le sans détour. Profitant donc de ce renseignement tous sauf anodin qu'il était le seul à connaître, (Comment ? Pourquoi ? Je vous laisse en tirer les conclusions qui s'imposent…) Haizaki était allée la voir et lui avait annoncé de but en blanc qu'afin que son petit secret honteux continue à être bien gardé, il serait dans son intérêt de faire amie-ami avec le prof de Kise.

De se rapprocher de lui. Pour que leurs deux classes puissent passer davantage de temps ensemble. Qu'ils effectuent les mêmes sorties, les mêmes visites, aux mêmes endroits et aux mêmes moments. De manière totalement FORTUITE, bien entendu ! Sans quoi, il la balancerait en pâture aux comités de parents d'élèves moralisateurs et même au rectorat, dès leur retour à Fukuoka. Et aussitôt, tous les ennuis que cette pauvre Sadayo espérait avoir laissés derrière elle, la rattraperaient.

Implacablement.

Mais c'était ce qu'il en coûtait de désobéir à Haizaki.

Le cruel Haizaki…

Celui qui faisait la loi et inspirait la crainte dans le lycée de Fukuda.

Et aux alentours.

Sa réputation de mauvais garçon au coup de poing facile, n'était plus à faire.

Cette requête passa comme une lettre à la poste. Mouais pas tout à fait quand même, mais pour ainsi dire quoi. Au départ, Kawakami-sensei tenta bien de protester. Aller chauffer un vieux garçon célibataire vivant encore chez sa mère et ses quinze chats, ne correspondait pas vraiment à sa définition du glamour… Mais plutôt à une corvée infernale. Sauf qu'à bien y réfléchir, elle avait déjà eu des clients encore moins désirables alors… et puis, il n'était pas nécessairement question de coucher avec. Juste de l'aguicher un peu et faire mine de « sympathiser » afin que les deux classes dont ils avaient la charge respective puissent avoir les mêmes emplois du temps, ce qui leur permettrait de se mêler davantage.

Et notre délinquant national remarqua qu'il n'était pas le seul à souhaiter que les deux groupes puissent se mélanger davantage… Il n'y avait qu'à voir avec quels yeux de merlans frits les garçons de Kaijo miraient les filles de Fukuda. A croire qu'ils n'avaient jamais eu la chance d'apercevoir ne serait-ce que le moindre bout de téton mal couvert, même par accident. Et encore moins l'ombre rebondie d'une poitrine à la fermeté juvénile, défiant les lois de la gravité terrestre… Ah encore une fois, le charme des filles de la campagne avait fait son office. Plus accessibles, plus exotiques aussi…

Hélas, Kise y paraissait totalement hermétique. Et cela comprenait également son charme à lui.

Ah pour ça, le garçon aux yeux de chat ressemblait bien aux pimbêches de sa classe !

Mais à la limite, Haizaki ne pouvait pas en vouloir aux poules de Kaijo de rester insensibles, lorsque le coq de leur basse-cour était si beau…

Et désirable.

Et bandant.

A vous en filer des crampes à la queue.

Et aux doigts également, à force de vous palucher sans répit.

Tard le soir, de préférence, en pensant à lui, le visage étouffé dans l'oreiller. De même que vos gémissements digne d'une bête sauvage en plein rut.

En tout cas, rien n'y faisait, malgré l'infaillible stratégie mise en place. Car plus Haizaki se rapprochait physiquement, plus il cherchait à se montrer tactile et plus Kise s'éloignait pour le fuir. Même ses mains baladeuses, d'ordinaire si habiles, semblaient glisser sur le blond, ne trouvant aucune prise ! Quelle déception… avoir été contraint à déployer de tels efforts pour faire chou blanc au final…

Au final ?

Hmm… peut-être pas.

Il restait encore deux jours à Haizaki pour agir et faire ses preuves. Le temps avait filé à une vitesse… à peu près aussi rapidement que Kise quand il tentait de lui échapper. Ou de se cacher. Ou de se fondre dans la masse. Mais où qu'il se trouve et quel que soit son talent pour le sprint, Haizaki finissait toujours par lui tomber dessus, telle la misère sur le monde. Ou un agent du Trésor Public.

Inévitable, imparable.

De toute évidence, ils étaient passés maître dans la pratique du jeu du chat et de la souris. Enfin, sauf que ce n'était pas vraiment un jeu pour l'un d'entre eux. Mais lequel… ? Aux yeux pervertis d'Haizaki, cela tenait du rituel amoureux, au même titre que les regards obscènes et les paroles salaces qu'il lançait constamment en direction de sa proie. Alors que pour Kise… il en allait de son intégrité… anale. Qu'il tenait visiblement à préserver coûte que coûte, la destinant quelqu'un d'autre que le loup.

Et il commençait à en avoir MARRE de trouver ce prédateur sur ses talons, où qu'il se rende ! De pouvoir sentir son souffle chaud et humide dans sa nuque… ses halètements… dégoûtants… Kise se serait bien passé de susciter un tel intérêt et surtout de ce type, de la part de son éternel rival. Rien que d'y penser… ça lui filait une incontrôlable nausée ! Comme si Haizaki avait la moindre chance de parvenir à le séduire !

C'était juste… totalement improbable.

Au point d'en devenir risible.

Comment pouvait-il seulement y croire ?

Le loup devait vraiment arrêter de prendre ses rêves, enfin ici ses fantasmes malsains, pour des réalités !

Alors… au bout d'un moment, Kise arrêta d'essayer de se barrer systèmatiquement. Ça ne servait à rien. Ce n'était pas productif, au contraire, cela s'avérait épuisant pour lui. De toute façon, après demain, à l'heure du retour à Tokyo, il serait débarrassé de lui.

Et pour de bon cette fois.

Enfin.

Autant juste prendre son mal en patience et continuer à serrer les dents, de la même manière qu'il serrait instinctivement les fesses dès qu'Haizaki rôdait dans les parages. Tout simplement. Et cela finirait par passer.

Par s'arranger.

Par se solutionner automatiquement.

Ils arrivèrent sur l'île aux cascades, dont Haizaki ne s'était pas embarrassé à retenir le nom. Pour quoi faire ? Ce n'était pas comme s'il y retournerait un jour ! Non, Kise était sa priorité. La seule chose qui devait occuper son cerveau. Entièrement dévoué à son entreprise de conquête, Haizaki s'était naturellement porté volontaire pour faire du bouche-à-bouche au mannequin. A peu près au même titre que les trois quarts des élèves présents, en fait. Mais sa candidature n'avait pas remporté les suffrages du blond… comme il fallait s'y attendre de la part de quelqu'un d'aussi exigeant que Kise.

Ou peut-être était-ce JUSTE parce que Kise ne pouvait accessoirement pas le blairer.

Hein.

Je dis ça, j'dis rien.

C'est simplement une piste… Libre à Haizaki de l'explorer ou non.

Ce qu'il décida de ne pas faire, évidemment.

Puisque déjà, le renard – qui s'était enfui en direction des bois - avait de nouveau l'indécrottable loup collé au train. Il roula des yeux, d'exaspération. Mais il préféra ne rien dire. Car vous voulez savoir le plus triste dans tout cela ? C'est que Kise avait fini par s'habituer à cette présence imposée et étouffante. Yosuke avait assimilé Haizaki à un toutou fidèle ne quittant pas son maître d'une semelle et il ne croyait pas si bien dire. La comparaison n'aurait pas pu être plus appropriée, même.

A un moment, Haizaki était parvenu à remonter au niveau de l'objet de ses fantasmes nocturnes (et diurnes, également, ne soyons pas tatillons…) les plus débridés et alors que la situation semblait s'être finalement un peu apaisée entre eux, un gros serpent du genre cobra agressif s'était dressé sur leur route. Bien-sûr, Kise n'avait rien remarqué. Quand bien même le vilain reptile se situait pour ainsi dire sous ses pieds… Mais il était comme ça le top model, pas très observateur et un peu tête en l'air ! Surtout quand il s'agissait de regarder plus loin que son propre nombril… Or, ce trait de caractère contribuait également à son charme et plaisait à Haizaki.

Ouais… c'était plutôt mignon, il fallait bien l'avouer, ce petit côté ravi de la crèche… et ce sourire émerveillé qui brillait comme un soleil. Hélas, Kise paraissait trop subjugué par le minuscule félin qu'il venait de découvrir et qu'il tentait à présent d'apprivoiser, (aka : le corrompre avec un morceau de sandwich au poulet…) pour se soucier du perfide rampant qui ne demandait qu'à planter ses crochets dans la chair tendre de son mollet. Comme Haizaki, finalement. Oh oui… lui aussi aimerait pourvoir mordre dans une cuisse tentatrice, pendant que sa tête se trouverait prisonnière entre les jambes du blond…

Un bien beau collier s'il en était… au même titre que certaines femmes aimaient porter des perles. Mais afin de secourir son ancien coéquipier, Haizaki n'eut d'autre choix que de commettre un geste malheureux. En effet, il poussa sans sommation ce dernier dans un genre de… tranchée qui se situait sur le bord de la route, l'éjectant littéralement. Pas de bol pour lui, ni même pour Kise, car il s'avéra que le fossé regorgeait de… ronces acérées. Voici que la situation était soudainement devenue… bien épineuse, au grand désarroi d'Haizaki.

Et puisque par-dessus le marché Kise portait un short…

ADIEU A TOUT JAMAIS MES CHANCES DE DANSER LE TANGO DU DIABLE AVEC LUI !

Oui, ce fut peu ou prou ce que pensa Haizaki en cet instant fatidique.

Et il fallait bien avouer que son intuition fut la bonne.

Parce que pratiquement aussitôt, Kise se mit à brailler comme s'il subissait une sodomie à sec. (Ça viendrait en temps voulu, ça aussi…) Ah le blond avait la voix qui portait, c'était le moins que l'on puisse dire… Il fit d'ailleurs fuir toute la faune qui vivait paisiblement sa meilleure vie aux alentours. Haizaki, lui… s'imaginait déjà bientôt entendre un tout autre genre de vocalises au volume pourtant similaire… dans un tout autre contexte… Alors s'il devait perdre l'ouïe, autant que ce soit à but purement récréatif… Tentant en vain de s'excuser pour l'inciter à baisser les enceintes, Haizaki proposa sa main à Kise, afin de le relever de sa chute forcée mais ce dernier la déclina sans surprise.

Non, il la repoussa froidement même sans sourcilier. Bon, c'est qu'il ne devait pas avoir si mal que ça pour refuser son aide (pas) totalement désintéressée. C'est que mine de rien, la racaille de Fukuda venait pourtant de lui sauver la vie et pas un merci, pas même l'ombre d'une petite pipe de gratitude, rien ! Nada ! Wallou ! Non mais quel pleurnichard ce mannequin La Redoute… ok, il saignait un peu des jambes, mais les blessures avaient l'air parfaitement superficielles à première vue. Pas de quoi en faire fondre en larmes et crier à l'attentat terroriste, non plus !

Hélas, Haizaki commençait à savoir de source sûre que Kise était du genre… rancunier. Et ce malheureux incident ne fit pas exception, alimentant davantage la haine et le mépris que Kise éprouvait à son égard. Bingo, cela ne loupa guère, il se fit bien traiter de tous les noms d'oiseaux du dictionnaire. Kise en inventa même quelques-uns au passage, avant que l'as de Kaijo ne termine par dire à quel point il l'EXECRAIT.

Viscéralement.

On a connu plus engageant en guise de préliminaires…

Sauf qu'Haizaki n'était pas du genre à se laisser démonter aussi facilement.

Kise le détestait ?

Très bien, rien de nouveau sous le soleil en somme.

Certes, il n'affichait aucun progrès mais au moins, il ne reculait pas. De toute façon, à partir du moment où la personne que tu convoites te hait, l'avantage c'est que tu ne peux qu'avancer puisque tu es déjà au plus bas.

Oui, Haizaki savait se montrer extrêmement pragmatique lorsque les circonstances l'exigeaient. Il ne prit donc pas ombrage de la virulence de Kise à son encontre et continua à les suivre, lui et son petit groupe, se contentant juste de garder ses distances. Il essaya même de les dissuader d'aller piquer une tête dans la flotte, parce qu'au gré de ses propres pérégrinations dans la luxuriante jungle insulaire, il tomba malencontreusement nez à nez avec le prof de Kaijo, la tête entre les genoux, en train de rendre à la nature son repas de midi et sûrement celui de la veille, par la même occasion. Hmm… un sourire narquois se dessina sur le visage du garçon aux tresses africaines.

Kawakami-sensei n'y était pas allée de main morte avec son collègue enseignant hier soir… Elle avait dû le faire picoler plus que de raison. C'est qu'elle tenait bien l'alcool, la bougresse. Haizaki avait déjà pu le vérifier par lui-même. Amèrement. Dans quel contexte ? Ahaha, c'est un secret que vous n'avez pas besoin de connaître, croyez-le ou non. En tous cat la connaissant, elle avait sûrement dégainé une bouteille de l'alcool le plus fort qu'elle sur lequel elle avait pu mettre la main, afin de se débarrasser de son comparse masculin, sans doute trop pressant à son goût. Comme Haizaki la comprenait… Il en faut du courage pour dépuceler un type de quarante annuités passées ! Bon, à part si le type en question se nommait Kise Ryota, mais Haizaki avait toutes les peines du monde à croire que le mannequin puisse rester vierge aussi longtemps… Ça se bousculait déjà au portillon, alors…

Ce qui se bouscula également sous ses yeux, mais pour sortir de l'eau cette fois, furent les quatre larrons sur lesquels une pluie de vomi s'abattit sans crier gare. Ou plutôt si, une bonne âme avait bien tenté de les mettre en garde, mais comme d'habitude, personne n'avait daigné l'écouter… Tant pis pour eux, ils ne pouvaient s'en prendre qu'à leur vanité. Ça le fit bien marrer d'ailleurs de les voir détaler de la sorte ! Comme des lapins ! Bien fait pour eux !

Après ce regrettable incident, le quatuor de Kaijo eut bien du mal à pouvoir regarder à nouveau Tanaka droit dans le blanc des yeux, sans que cela ne lui évoque son traumatisme précédent. Ce n'est pas tous les jours en effet, que l'on a le PRIVILEGE de se faire dégobiller dessus par son prof principal passablement aviné ! Haizaki se souvenait qu'après cet incident, ils avaient fini par rentrer à l'auberge où il avait VAGUEMENT été l'auteur d'une tentative de faufilade sous la même douche que Kise. Comprenez-le aussi, il devait IMPERATIVEMENT passer à la vitesse supérieure étant donné le peu de temps qui restait à sa disposition pour conclure…

Et après ça, le trou noir.

Il s'était réveillé seul et nu sous l'eau devenue gelée.

Mais à en croire la douleur vive qu'il ressentait au niveau de son entrejambe… nul doute que Kise avait dû user d'arguments physiques pour le garder à distance. Alors comme ça, même le blondinet un peu chochotte sur les bords était capable de se montrer violent ? Kise maîtrisait donc quelques bases d'auto-défense ? Bon à savoir. Voici qui changeait même complètement la donne et excitait d'autant plus son bourreau… Haizaki adorait qu'on puisse lui résister… physiquement.

Surtout pendant l'acte.

Oh ne vous méprenez pas, le consentement demeurait important pour lui et il n'était donc pas question de se passer de celui de Kise. Mais une fois dans le feu de l'action, par contre… Haizaki n'était jamais opposé à des rapports de force. Et oui que voulez-vous, le dégénéré capillaire se sentait plus maso que sado. Même s'il l'était un peu aussi, il devait bien se l'avouer. Hmm… il n'avait d'ailleurs aucun mal à se représenter Kise, toutes griffes dehors, lui lacérant le dos pendant qu'ils lutteraient pour la dominance… Tout en essayant désespérément de contenir et d'encaisser des coups de reins déchaînés, beaucoup trop profonds.

Haizaki avait tellement hâte d'y être…

Putain ouais, ça allait être génial !

D'habitude, il n'aimait pas trop quand ses conquêtes d'un soir faisaient leur mijaurée. Mais avec Kise… tout prenait une saveur différente.

Et si c'était ça, finalement, l'amour… ?

Attention, je ne parle pas « d'aimer » quelqu'un. Mais plutôt du sentiment amoureux.

Parce que oui, il existe une différence.

Et Haizaki avait l'impression de l'avoir enfin compris...


La nuit passa à une allure toute aussi dingue que le séjour et Haizaki constata non sans une pointe de mélancolie qu'il n'ait eu besoin de se masturber que trois fois avant de trouver le sommeil contrairement au reste du séjour. Moyenne en baisse…

Et non pas moyenne en baiSe, hélas…

Il allait lui falloir faire un peu mieux que cela ce soir avec Kise.

Oui parce que, tonight IS the night !

Pas le choix, c'était la dernière nuit possiblement à deux qu'il leur restait à passer avant séparation, puis retour au bercail. Plus décidé que jamais à marquer le panier de la victoire, Haizaki se leva avec une remarquable… boursoufflure très localisée, signe de sa détermination indéfectible. Or, avec un tel barreau, il aurait sans mal pu se présenter à l'examen d'avocat… Mais la bonne nouvelle à retenir, c'était que bientôt, il allaitenfin pouvoir quitter le trou à rat dans lequel il avait dormi pendant plusieurs jours. Kawakami plaisantait à peine lorsqu'elle avait dit qu'on lui trouverait bien une ARMOIRE A BALAI en guise de tanière, étant donné que MÔSSIEUR Haizaki ne souhaitait pas se mêler à la plèbe.

Pas tout à fait le cas, mais on n'en était quand même pas très loin… Accomplir un geste aussi simple et basique que juste se retourner de l'autre côté du futon pouvait se révéler des plus périlleux pour tous les membres un peu trop grands du jeune homme. Puisqu'en effet, aussitôt une surface dure venait les accueillir. Son futon était situé entre deux murs très rapprochés, à cause du manque de place. Il y avait de quoi se sentir à l'étroit, comme dans un cercueil en somme, mais par chance, Haizaki ne souffrait d'aucune claustrophobie. Et puis ici au moins, il avait la paix. Il n'avait qu'à se montrer légèrement précautionneux. Pas de quoi en faire un drame. Bon restait tout de même la question de savoir comment lui et Kise allaient faire pour tenir à deux dans cette minuscule « pièce »… Piècette… ? Mais heureusement, Haizaki n'était jamais à court d'imagination lorsqu'il s'agissait d'histoires de… positionnement.

Il allait se faire un plaisir de le plier.

Comme une chaise de camping.

Rowi…

Mais pour l'heure, il devait se dépêcher de le rejoindre. Aka taper l'incruste durant leur sortie libre, leurs deux profs ayant décidé d'un commun accord de les laisser disposer de leur ultime journée comme bon leur semblait. Kise et ses potes, ainsi que quelques nénettes de Kaijo, avaient donc opté pour mettre le cap sur la plage. Oh, pas n'importe laquelle, puisqu'il devait s'agir d'une plage autorisant la baignade et bizarrement, un tel endroit ne se trouvait pas sous les sabots d'un coquillage dans le coin, contrairement aux apparences. Sortant de son placard après y avoir été mis par manque de place (LOUL), Haizaki les suivit donc (en profitant pour reluquer le boule de son rival jusqu'à s'en graver une image mentale), encore une fois, à distance, dans le but clairement avoué de se faire oublier tout d'abord. Kise avait eu toute la nuit pour se calmer, mais le connaissant, cela n'avait pas dû lui suffire, alors Haizaki préférait se montrer prudent, plutôt que de risquer de foutre définitivement en l'air ses maigres chances restantes.

Et en parlant de chance justement, le petit groupe eut le bonheur de trouver un petit bras de mer inoccupé. Se baigner y était toujours prohibé, mais au moins ici, ils se trouvaient à l'abri des regards indiscrets (hormis celui du lupin en vadrouille…) et l'exposition solaire y était parfaite. S'il s'était retrouvé seul avec Kise, Haizaki se serait sûrement adonné aux joies simples et accessibles du naturisme, cependant, mieux valait ménager son petit effet. Car justement, l'effet n'en serait que décuplé lorsqu'il dévoilerait son corps, dans toute sa glorieuse virilité, ce soir, à Kise. Pas que lui et le blond ne se soient jamais vus nus, (bah pas plus tard qu'hier dans les douches, d'ailleurs…) mais la finalité ultime serait bien différente que juste se délester de sa crasse avec du savon.

Kise avait revêtu pour l'occasion son slipounet le plus… minimaliste.

Et l'œil averti d'Haizaki reconnut immédiatement celui de la publicité. Sans doute ce modèle lui avait-il été ensuite offert par la marque, en guise de remerciements… Si bien que quand le garçon aux cheveux d'or se dénuda, un ange passa, puis le Paradis tout entier. Tous les regards se figèrent sur lui. Certains envieux, d'autres carrément admirateurs. Kise possédait une beauté ravageuse, bien-sûr, rien de nouveau sous le soleil, mais pas de n'importe quel type. Non. Sa beauté à lui, était universelle, touchant tous les sexes, tous les âges et toutes les ethnies, ainsi que chaque catégorie socio-professionnelle.

Sans exception.

Faire autant l'unanimité était extrêmement rare, mais Kise parvenait à attirer toutes sortes de gens. A la manière de l'étoile la plus brillante du cosmos. Cependant, ne dit-on pas aussi qu'un astre ne brûle jamais aussi fort que quand il est sur le point de mourir ? Un jour – bientôt - la beauté de Kise se flétrirait, se fanant comme une fleur fragile et délicate. Il ne connaîtrait sûrement pas les honneurs de vieillir dignement. Joliment. A moins de prendre une retraite anticipée. Mais tous ceux qui fréquentaient ce milieu si difficile et exigeant avaient tendance à prendre l'âge trop vite, trop tôt.

Prématurément.

Et Kise n'échapperait sans doute pas à ce sort peu enviable.

Sa fraîcheur vivifiante ne tarderait pas disparaître pour laisser place aux ténèbres…

Haizaki secoua la tête, préférant ne pas y penser. Normalement, il aurait dû s'en réjouir. Savourer à l'avance le futur funeste qui attendait son nigaud de rival. Mais… l'objectif du jour ou plutôt la concrétisation de celui-ci, l'accaparait tout entier.

Heureusement, dès qu'il serait rentré dans Kise, tout le reste rentrerait également, mais dans l'ordre cette fois. Aussi, se proposa t-il fort généreusement d'enduire tout le corps de rêve de sa Némésis d'une substance blanchâtre grasse et poisseuse … je parle bien entendu de… crème solaire. Initiative qui fut saluée par le principal intéressé avec un mépris désormais devenu habituel. Et un refus cinglant.

Accompagné d'une réalisation.

Celle qu'Haizaki en voulait réellement à son cul et pas pour le botter cette fois.

Ah ça, on pouvait dire sans se tromper que le natté en prit pour son grade ! Et pour pas un rond, en plus !

Kise n'y alla pas avec le dos de la cuillère de la main morte…

Non, il exposa à nouveau à quel point il DETESTAIT son rival et ce qu'il pensait réellement de lui, en tant que petit-ami/amant potentiel. C'est-à-dire… que du mal. Haizaki n'était de toute évidence pas assez bien pour Kise, de l'unique avis de ce dernier. Et Kise avait beau avoir le brun sur le dos depuis qu'il était monté dans ce satané bus, ce n'était pas demain la veille (ni même ce soir…) qu'il s'adonnerait aux joies de faire la bête à deux dos avec son ex-tortionnaire.

Kise était un prince.

Haizaki un mécréant.

Un manant.

Un sans le sou à l'apparence jugée négligée.

Tout le contraire du nouveau prétendant qui entra presque aussitôt en compétition, comme pour mieux narguer Haizaki à propos de ce qu'il ne serait jamais aux yeux de son rival.

Blond, baraqué, bronzé et surtout… Américain.

Le gars en question – un certain Ryan – possédait la dégaine type du surfeur Californien, tels qu'on se le représente dans les téléfilms pour midinettes en chaleur. Sauf que celui-ci ne semblait pas courir après les chattes, mais plutôt après les…

QUEUES… de chats… ? ( ?)

En tout cas, il semblait fortement intéressé par les neuf queues du mythique Kitsune.

Enfin, surtout l'une d'entre elles en particulier.

Et ça, ça avait le don de foutre Haizaki méchamment en rogne !

Ça faisait des JOURS maintenant qu'il travaillait Kise au CORPS et le premier connard à la mâchoire carrée qui débarquait, menaçait de ruiner tous ses efforts ! Il n'y avait qu'à voir la façon dont Kise se dandinait à son contact… gloussant comme une poulette arriérée, pour comprendre que les velléités d'accouplement d'Haizaki semblaient bien compromises.

Ouais, pas de doute, ce gars plaisait à Kise.

Et pas qu'un peu.

Entre lui et Haizaki, c'était le jour et la nuit.

Rien, mais alors rien à voir.

De près, comme de loin d'ailleurs.

Deux salles, deux ambiances.

Et Kise avait fait son choix, ne se gênant pas pour éjecter le Big Bad Wolf de la scène ET de l'intrigue principale, sans le moindre regret !

Mais que serait un bon téléfilm pour gamines pré-pubères sans un triangle amoureux digne de ce nom ? Et ça tombait bien, parce qu'Haizaki n'était pas du genre à abandonner… Surtout pas après avoir passé des jours entiers à pister et traquer sa proie… Lorsqu'il se donnait du mal pour obtenir quelque chose, Haizaki voulait être certain de repartir avec. Sinon, quel intérêt ?

Or, Kise n'échappait pas à cette règle, à ce code de conduite qu'il s'était fixé.

Alors ce n'était pas le premier Ken peroxydé qui allait lui faire peur !

Tout n'était pas encore joué. Il y avait encore moyen de produire un coup d'éclat, qui n'en serait que d'autant plus resplendissant une fois qu'il aurait supplanté son nouveau rival.

En réalité, les choses sérieuses venaient seulement de débuter.

Il était donc temps pour lui de pénétrer dans l'arène à son tour.

Et ce fut d'ailleurs son concurrent qui alla le faire quérir !

Quel abruti…

Hmm… et pourtant, ce type… il paraissait indéniablement expérimenté.

Largement plus âgé qu'eux, pour commencer.

Il avait probablement compris ce qui se tramait au premier coup d'œil et il demandait maintenant à affronter directement Haizaki, afin de terrasser le dragon qui gardait le donjon de la princesse Kise.

Et vous savez quoi ? Haizaki Shogo n'était pas homme à décliner un duel.

Et encore moins un duel à MORT.

Son honneur en dépendait. De plus, s'il voulait marquer des points auprès de Kise, c'était l'occasion parfaite. Ah il allait faire mordre la poussière à ce « Rat-Y-Âne » comme il se devait, histoire de l'évincer pour de bon dans le cœur de son promis.

Faisant craquer ses phalanges au préalable comme pour se mettre en condition, Haizaki ôta son teddy aux couleurs de l'équipe de basket de Fukuda. D'ailleurs, son blouson allait de paire avec ce qu'il portait en dessous : sa tenue de sport de compétition. On pouvait dire qu'il avait eu du nez en quelque sorte, en choisissant de la porter, telle son armure de chevalier. Kise soupira d'exaspération. Il n'avait aucune envie que le brun turbulent se joigne à eux, mais Ryan avait raison : il leur manquait un joueur MASCULIN et puisqu'Haizaki était là et qu'il ne servait à rien… à part lui gâcher l'existence… autant lui conférer une certaine utilité bienvenue.

Mais juste le temps d'un match…

Le blond tint cependant à prendre quelques précautions avant que l'adversaire du jour ne fasse son entrée sur leur terrain improvisé.

Dans l'arène au sol sablonneux.

« Je te préviens… pas de coup foireux cette fois, parce que je ne le tolèrerai pas. Nous sommes déjà assez gentils de te permettre de te joindre à nous, alors ne pourris pas tout ! »

« Bah quoi ? Tu ne fais pas assez confiance à ton nouveau prince charmant ? T'as peur que je te l'abime ? » Souffla t-il en attrapant la jugulaire de Kise pour mieux le rapprocher de lui.

« Je te connais c'est tout, alors je ne me force pas à me répéter ! Parce que je ne te le dirai qu'une seule fois : tu n'as pas intérêt à jouer au con ! Dans ton propre intérêt… » Répliqua le sévère renard, en s'arrachant à son étreinte.

« Sinon, quoi ? » Il l'attrapa à nouveau par le bras, insistant, mais Kise s'en dégagea aussi sec. « Qu'est-ce que tu vas me faire ? Me frapper ? T'es pas assez balèze physiquement pour ça… alors n't'emballe pas trop, poussin. »

« Je vois que tu as la mémoire courte. Mon soit disant 'manque de force' n'a pourtant pas été un obstacle hier, quand il a été question de t'assommer sous la douche… »

« Hmm… alors c'était bien toi le responsable hein ? Je m'en doutais. J'ignore comment tu as fait, quoique j'ai ma petite idée sur la question, mais… Si jamais il te prenait encore l'envie de me taper dessus à l'avenir… »

Cette fois, son bras s'enroula sournoisement autour de la hanche de Kise pour l'attirer de manière brusque contre lui.

Avec de la poigne.

« … Sache que… j'adore ça… » Susurra chaudement le loup, droit dans le creux de son oreille, lui envoyant des frissons dans tout le corps. « Donc, ne te prive surtout pas Bébé… »

Kise trouva la force de le repousser une fois de plus, mais à en juger les adorables rougeurs faciales qu'il arborait, le message était clair et parfaitement bien passé. Haizaki l'énervait TELLEMENT quand il s'y mettait ! Grrr… Ce mec était juste impossible à gérer ! Mais vous savez quoi ? Kise comptait bien lui rendre la monnaie de sa pièce et lui en donner pour son argent, si l'autre comptait le chatouiller d'un peu trop près. Ok, il pouvait lui laisser le bénéfice du doute, uniquement cette fois. Parce que… peut-être… Peut-être qu'Haizaki parviendrait à se contenir en public. A éviter le scandale. Kise l'espérait sincèrement. Après tout, le loup avait une réputation à tenir non… ? Et ce genre de débordements pourrait lui porter préjudice…

Sauf que Kise n'avait pas très bien compris de quelle réputation il s'agissait.

Or, là, c'était l'honneur de mâle alpha d'Haizaki qui était en jeu.

Chez les loups, seul le mâle dominant possède le droit de s'accoupler avec la femelle dominante de la meute. Si bien que lorsqu'un rival aux hormones un peu trop en ébullition tenter de VOLER sa place, le combat est inévitable et l'Alpha impose ses privilèges durement gagnés, par la force.

Le gugus en question s'était désapé à la vitesse de la lumière, prenant un malin plaisir à exhiber ses muscles massifs tels une mise en garde, visiblement prêt à en découdre. Pffff… mais c'était juste de la gonflette pour Haizaki. Ça ne prouvait rien quant à sa force réelle. Sauf que ce corps de rêve ne laissait pas Kise indifférent… Son prince par intérim l'invita même à venir toucher et Kise tâta généreusement la bête avec entrain.

« Waaaoooouuuh tu as l'air pas mal sportif ! Qu'est-ce que tu pratiques ? »

« La muscu, principalement. Oh et… accessoirement, je suis joueur de baseball pro. En ligue nationale. »

Heu… depuis quand les batteurs étaient-ils des body builders, adeptes du culturisme… ?

« Naaaaaaaaaaaan ? » Lâcha Kise, faussement surpris.

Il fallait toujours que le blond en fasse des caisses quand un mec recueillait son approbation…

« Regarde, si tu ne me crois pas. Tape mon nom sur Google. »

Et il se pencha pour le murmurer à l'oreille de Kise, qui répondit pour un nouveau gloussement débile.

Sale bâtard…

Il ne perdait rien pour attendre cet enfoiré de première…

Haizaki n'aimait pas tellement qu'on vienne lui couper l'herbe sous le pied et récolter les fruits de SES efforts, juste sous son nez. Parce que c'était LUI qui avait mis Kise en condition, depuis des jours, le travaillant inlassablement au corps pour le rendre réceptif à une partie de jambes en l'air !

De quel droit ce type débarquait-il pour lui souffler SA proie !?

« Ryan Steels ? Ah oui, en effet t'es hyper connu ! » S'extasia t-il.

Kise jubilait à présent comme s'il venait de tirer le premier prix d'une tombola.

Enfin, c'était plutôt lui qui allait se faire tirer, au train où filaient les choses…

« Moi et mes pote ici présents, en fait. » Précisa Riz-Anne, un franc sourire ravi aux lèvres. « On joue ensemble pour les Giants de San Francisco, mais c'est moi la star de l'équipe. Le batteur vedette. » Continua à se vanter le morceau de barbaque dopé aux stéroïdes.

Haizaki secoua la tête avec dédain. Non mais depuis quand Kise s'intéressait-il au BASEBALL, putain !? Ce sport de gonzesses… D'ailleurs, y avait-il encore des gens qui y jouaient SERIEUSEMENT ? En mode « professionnel » ? Non parce que… dans l'imaginaire persistant d'Haizaki, les battes de baseball s'assimilaient plutôt à l'arme de prédilection des malfrats, en premier lieu. Il avait d'ailleurs conservé de mauvais souvenirs liés à la douloureuse rencontre nocturne entre son front et l'une d'elles… lors d'un guet-apens organisé par une équipe de basket rivale de la sienne, il n'y a pas si longtemps que ça…

« Tu me feras une démonstration ? » Sourit Kise, en papillonnant des paupières, admiratif.

« Avec plaisir. J'ai toujours une batte à disposition, qui traîne au fond du coffre de ma caisse. »

Ladite caisse ? Une magnifique MASERATI cabriolet ROUGE PETARD qui devait valoir plus qu'une vie entière de labeur, basé sur le salaire la mère d'Haizaki… Garée à seulement quelques mètres de là. Sûrement une bagnole de location. Le délinquant voyait mal comment ce type, aussi riche et populaire soit-il, aurait pu la faire transporter au Japon…

Quoique…

Or, si Kise n'avait pas déjà été conquis à ce stade, cette information aurait sans doute fait basculer la balance en sa faveur.

Lui, matérialiste ?

Mais pas du tout ! Admettons juste… qu'il aimait les belles choses, autant que les belles personnes ! Il n'y avait rien de mal à cela, pas vrai ?

« Et si on vérifiait plutôt comment tu te débrouilles au football de plage ? Je crois que dans ton pays de Yankees, on dit plutôt « Soccer », d'ailleurs ? Vous autres les ricains, vous ne faites décidément jamais rien comme tout le monde, toujours à vous démarquer… en mal. » Le provoqua sciemment Haizaki.

« Haizaki, j'espère que je n'aurai pas besoin de te rappeler à l'ordre… » Tenta Kise en lui lançant un regard aiguisé comme un poignard.

Pour toute réponse, Haizaki se lécha le pouce en un geste prédatorial…

Le pire était donc à craindre.


Et cela ne loupa pas.

Après avoir fait en sorte d'incapaciter les (faire-valoir) copains de Monsieur-J'ai-Une-Grosse-Batte-Au-Fond-De-Mon-Coffre-Et-De-Mon-Caleçon-Aussi en dérobant leurs techniques, Haizaki pensa se retrouver enfin seul face à son rival.

Cependant, c'était bien mal connaître Kise que de l'éliminer prématurément de l'équation. Le blond avait bien évidemment pris le parti de son nouveau crush, en se positionnant sans hésiter dans son équipe. Il lui servit d'ailleurs de beaux ballons, exécutant des passes d'une précision chirurgicale. Du caviar. Et à deux contre un… fatalement, Haizaki essuya une branlée monumentale. Et à défaut de poussière, ce fut du sable qu'il mordit et non qu'il fit mordre. Et voici que déjà, Kise fêtait sa victoire, accroché au bras de son Amerloque, tout sourire. Pfff… si seulement duel en un contre un il y avait eu !

Haizaki aurait sans aucun doute écrasé ce misérable Jason heu… Ryan à plate couture ! Mais non, au lieu de ce déroulement idyllique, il avait fallu que Kise s'en mêle. Lui et son ridiculement minime slip de bain. Qui avait déconcentré Haizaki durant toute la partie. Oh, il ne disait pas cela dans l'espoir de se dédouaner de sa performance lamentable hein ! Cependant… si le mannequin n'avait pas passé le plus clair de leur match à tortiller du cul PILE sous son nez, disons que le résultat final aurait SÛREMENT pris une toute autre tournure…

En sa faveur.

Mais au lieu de cela, Haizaki s'était salement fait humilier…

Et il n'aimait pas trop beaucoup ça…

Sa fierté de mâle était en jeu, plus encore que le délectable fessier de Kise.

Que le blondin choisisse son camp, autre que le sien, ça ne le surprenait pas vraiment, mais … Haizaki n'avait pas dit son dernier mot pour autant. Et il s'agirait de ne pas l'enterrer trop vite parce qu'au contraire, la véritable chasse venait seulement de débuter. Jusqu'ici, ce n'était qu'un échauffement, mais l'arrivée de ce rival avait précipité les choses.

Pour le meilleur, finalement.

Après cette bataille rangée, Kise partit s'isoler quelques instants en compagnie de son champion fraîchement couronnée et Haizaki préféra ne pas leur emboîter le pas cette fois. A quoi bon, à part compromettre encore un peu plus ses chances, voire même se griller définitivement ? Non, à la lumière de cette cuisante défaite, mieux valait opter pour un repli stratégique en attendant de mettre en place un nouveau plan d'action plus efficace. Apprendre de ses erreurs, c'est la clé à la guerre, comme en amour. Or, selon toutes probabilités, Haizaki avait commis un délit d'excès de zèle et de confiance en ses propres capacités. Mais il comptait bien se rattraper en corrigeant le tir. De toute façon, tant qu'il ne perdait pas de vue Yankee et le renard, Haizaki savait qu'il restait virtuellement dans la course.

L'après-midi passa donc tranquillement, principalement rythmée entre parties de foot et autres siestes au soleil. Sans la moindre frasque à déplorer de la part du loup, bizarrement.

Mais ce n'était pas pour autant qu'Haizaki, dont les oreilles ne traînaient décidément jamais bien loin de Kise, avait dit son dernier mot. Puisqu'en effet, il put entendre le réceptacle malheureux de tous ses désirs actuels, se confier à ses trois comparses. Apparemment, avant de le quitter, son prince charmant l'avait convié à rendez-vous galant ce soir… au bar du village. On avait connu plus romantique comme place de ralliement. Le bar en question, se situait à environ dix ou quinze de kilomètres de leur lieu de villégiature. Pas si loin sur le papier, mais l'atteindre représentait tout de même une sacrée trotte, lorsqu'on disposait uniquement de ses petits petons pour tout moyen de locomotion. Par dépit, Kise avait donc fait une croix sur la promesse de sa petite… sauterie. De toute façon, quand bien même il serait déterminé à faire la route à pied, jamais l'incorruptible Tanaka ne permettrait qu'il quitte l'enceinte de l'auberge…

Ce maudit prof était pire qu'un maton !

Et je parle de ceux qui surveillent des prisonniers, hein...

Pauvre homme, il avait de toute évidence raté sa vocation première… quoiqu'encadrer des élèves indisciplinés est sans doute la profession qui s'en rapproche le plus sur le papier…

Heureusement, comme je le disais un peu plus tôt, toutes ces informations à la valeur indéniable, n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Car d'après le célèbre conte du « Petit Chaperon Rouge », si le Grand Méchant Loup est pourvu de si grandes écoutilles, c'est pour mieux entendre « son » enfant…

Aka sa proie du moment...

Soit Kise, en l'espèce.

Alors comme ça… le BG de Kaijo voulait faire le mur ?

Cela tombait bien, parce que c'était justement l'une des (nombreuses) spécialités du brun.

Et justement, le soir-même, tandis qu'ils venaient à peine de finir de manger et de prendre leur douche, Haizaki décida de passer à l'offensive. Chacun avait regagné sagement sa chambre, Kise partageant la sienne avec Yosuke. Ken les avait rejoints étant donné que son colocataire Rouquemoute l'en avait délogé, afin d'inviter sa nouvelle petite amie Miss Bouche-à-Bouche à y passer la nuit en sa compagnie. Bon… ce n'était certainement pas pour jouer à la belotte (contrairement à eux présentement…) et la bonne nouvelle à retenir, c'était qu'au moins l'un d'eux allait pouvoir tenir leur pari idiot ! Tant mieux d'un côté, Poil de Carotte le méritait. Il avait bien mené sa barque en l'espace d'à peine une seule journée, mine de rien. Vêtus de leurs plus beaux (immondes) pyjamas (celui de Kise était en soie CHINOISE svp !) les trois célibataires endurcis s'étaient donc assis en tailleur, en cercle, au centre de la pièce pour jouer aux cartes.

Quand tout à coup, on frappa à leur porte.

Bizarre, ils n'attendaient pourtant pas de visite. Kise était même plutôt content qu'Haizaki l'ait enfin lâché… et ce n'était pas tellement son genre de s'annoncer avant de faire son entrée…

A moins qu'il ne s'agisse de Tanaka, le surveillant en chef, qui les envoyait déjà se pieuter ? Mais il était à peine vingt heure trente !

Quel SCANDALE !

Kise haussa un sourcil circonspect avant de lancer de manière suffisamment sonore et claire :

« Entrez ! »

Non mais. Il n'allait quand même pas faire l'effort de lever son royal fessier afin d'ouvrir au roturier qui osait les déranger ! Et puis quoi encore ?

Et là, SUUUUURPRIIIIIIISE BITCH !

Pile quand il croyait s'être ENFIN débarrassé de lui…

Haizaki.

Sur le pas de leur porte.

Avec une cocotte du genre pas farouche savamment glissée sous chacun de ses deux bras.

Etrangement… Kise sentit une pointe de jalousie le piquer.

Comment ? Pourquoi ?

Pas qu'il ne soit pas capable de draguer lui aussi… mais… après avoir passé des jours ENTIERS à le harceler, force était de constater qu'Haizaki passait tout aussi vite, mais à autre chose… Et honnêtement ? Ça l'énervait. Ça le blessait dans sa fierté.

Après, les deux demoiselles n'étaient pas nécessairement en cause. Si ça se trouvait, elles étaient même très distinguées et cultivées. Ne jugeons pas trop vite en ne se basant uniquement que sur l'apparence.

Ouaiiiiiiiis naaaaan, aucune chance !

Pas quand on connaissait les goûts d'Haizaki en la matière. Ses filles, il les aimait vulgaires et outrageantes. Du genre à écarter les cuisses pour lui encore plus vite que chez le gynéco, pendant une visite de contrôle. Le blond fronça des sourcils, accueillant donc les trois intrus avec une méfiance toute légitime.

D'autant qu'Haizaki engagea les hostilités sans attendre :

« Hey les nazes, ça gaze ? »

Tiens, une rime…

Plutôt culottée, cette méthode d'introduction.

« Ouais, comme en quarante ! » Répondit Yosuke sur le même ton, fier de sa vanne.

Ah l'humour… Certains iraient jusqu'à affirmer qu'il est comme le café : meilleur, très noir.

« Et toi ? » Questionna le petit brun plus pour la forme, que par réel intérêt.

Haizaki se gratta la joue, minaudant au maximum, alors qu'il se donnait la peine de pénétrer dans la tanière des trois puceaux sauvages, avec ses prises de chasse toujours coincées sous le bras en guise d'offrande.

Sûrement pour mieux endormir leur vigilance…

« Pas trop mal. En fait… je me demandais si vous seriez capables de disons… me rendre un petit service... »

« Comment ça ? » Mordit à l'hameçon Ken.

« C'est que… je suis un peu embêté… Figurez-vous que j'avais promis à Natacha… » Fixe la blonde à sa droite. « … Et à Eva. » Désigne ensuite la brune à sa gauche, d'un coup de menton. « … de leur enseigner quelques traditions typiquement Japonaises. Mais manque de bol, j'ai pas du tout eu le temps de m'occuper d'elles de tout le séjour. J'avais mieux à faire, vous comprenez… » Fixe Kise cette fois. « Et ce soir non plus, parce qu'il se trouve que j'ai déjà quelque chose de prévu. Alors je me disais… que deux garçons malins et gentils tels que vous, seraient peut-être partants pour enseigner les bases de notre si belle culture aux deux étudiantes étrangères de ma classe… ? Ce serait quand même dommage qu'elles rentrent en Russie sans avoir rien appris auprès des locaux… »

Il lâcha alors ses deux compagnes et il s'approcha des garçons, se penchant vers eux comme pour mieux achever de les convaincre :

« Ne vous inquiétez pas les gars… Je me suis déjà occupé de les mettre 'à niveau' concernant le volet sexuel de nos pratiques… Aucune pression pour vous de ce côté-là, elles se sont révélées être de super élèves, très appliquées ! Je suis d'ailleurs certain qu'elles sauront vous remercier comme il se doit de leur consacrer de votre temps, en vous enseignant celles qui ont cours en Russie… J'estime que c'est un échange de bons procédés, qu'en dites-vous ? Le partage des cultures, c'est essentiel. »

Kise se sentit brusquement estomaqué.

Non mais… il se prenait pour leur proxénète cet espèce d'instable capillaire !?

L'ex-Miracle se sentait pris d'une irrépressible envie de frapper. Mais pas à la porte, lui.

Heureusement, il n'y avait aucune chance pour que ses deux amis répondent aux sirènes du port d'Alexandrie et fassent naufrager les papillons de sa jeunesse, tel un lundi au soleil, chose que l'on n'aura jamais…

Mais chaque fois, c'était pareil…

« Et… elles comprennent le Japonais, au moins ? »

« Pas tout, rassurez-vous. Seulement l'essentiel. Mais je suis certain que vous trouverez bien un moyen efficace de communiquer… Je vous fais entièrement confiance là-dessus, il existe certains langages universels... »

« Et sinon, juste par curiosité : ça va durer longtemps ce que tu as à faire ? »

« Sans doute jusqu'au petit matin, du moins, je l'espère. Alors… puis-je confier ces deux ouailles innocentes à votre virile protection jusque-là ou dois-je solliciter quelqu'un d'autre ? »

Oh le bordel…

Kise se souvenait mieux que personne que son rival savait se montrer perfide, mais alors cette façon de passer la pommade, c'était totalement inédit, même pour lui…

Non, ce n'était plus de la pommade à ce niveau-là d'application, mais carrément de la VASELINE.

Pour mieux pouvoir les emmancher.

En toute quiétude.

Et ces deux idiots étaient bien capables de se précipiter dans ses filets sans la moindre appréhension quant à leur futur sort…

« C-c'est d'accord ! » S'écria Ken à s'en époumoner.

« Ouais ! Tu peux compter sur nous pour nous occuper d'elles comme il se doit ! » Le soutint Yosuke en se levant, droit comme un « i » !

Le regard de Kise passa de l'un à l'autre, paniqué.

MAIS QUELS IRRECUPERABLES ABRUTIS !

Ça sentait, non, ça empestait même, le piège à plein nez ! Il faudrait vraiment avoir le COVID et être privé de l'odorat pour ne rien détecter !

« Ecoutez les gars, je ne crois pas que ce soit une si brillante idée… On ne sait même pas ce qu'il compte aller faire, ni si ces filles sont consentantes ! Ou si elles savent ce qui les attend ! » Tenta donc de les raisonner le chef du petit gang.

Mais déjà, les deux nanas en question avaient rejoint leurs nouveaux gardes du corps en gloussant. Haizaki en profita pour toiser Kise d'encore plus haut, bombant le torse en signe de supériorité.

« Qu'est-ce qu'il y a Ryota ? Ai-je l'air de les avoir forcées à me suivre jusqu'ici ? Je t'arrête tout de suite, il s'agit simplement de deux gentilles filles généreuses et respectables, motivées à l'idée de découvrir une nouvelle culture, tout en ayant l'occasion de transmettre la leur. »

Grand rictus mauvais.

« La seule chose qui risque de se transmettre dans ce baisodrome en devenir, ce sont des IST… » Cracha Kise, amer.

Mais le loup se garda bien de répondre à la provocation.

Du moins, pas frontalement.

« … Serais-tu jaloux de tes deux chanceux camarades, par hasard ? Parce que je n'ai amené aucune femelle pour toi, tandis qu'eux vont enfin pouvoir tirer leur coup après tant d'années d'abstinence ? Je te croyais davantage du genre à te réjouir du bonheur des autres… Et qu'en est-il de la sacro-sainte solidarité masculine, dans tout ça ? »

Il en profita pour s'accroupir au niveau de Kise et passer un bras autour de son cou, tandis qu'il lui glissait à l'oreille :

« Va t'habiller. Toi et moi, on a mieux à faire que de d'assister à une séance de dépucelage express. On sort en ville ce soir. »

« Quoi !? »

« Tu m'as très bien entendu. A moins que tu n'aies déjà plus envie de revoir ton prince ricain… Auquel cas, tu noteras que moi ça ne me dérange pas de rester ici, hein. Mais on devra migrer vers ma chambre… parce que je ne suis pas certain que tu tiennes à regarder tes potes se lancer leur premier cours de spéléologie vaginale. Enfin, t'es p't'être dev'nu voyeur avec le temps, qu'est-ce que j'en sais… ? Et qui suis-je pour te juger, après tout ? »

Alors là, Kise s'attendait à tout sauf à ça. Qu'Haizaki vienne spontanément lui proposer de l'aider à rejoindre Ryan… Mouaiiiiiiiis, ça cachait encore quelque chose de pas très net cette soudaine générosité... Kise sentait venir l'entourloupe à des kilomètres à la ronde. Foi de renard, ça puait l'embrouille ! Et puis, ça n'avait aucun sens qu'Haizaki se soit donné autant de mal à essayer de le mettre dans son lit, si c'était pour abandonner aussi facilement et face au premier rival venu. Ou alors… avait-il finalement compris que ses chances de conclure avec lui étaient proches de la chaleur dégagée par une attaque du Chevalier d'or de la constellation du Verseau ? Peut-être n'avait-il tout simplement pas digéré sa petite défaite de l'après-midi…

Kise plissa les yeux, cherchant à déchiffrer l'énigmatique expression faciale du loup, dans le but d'y déceler la moindre trace d'un piège quelconque.

Mais rien.

Il soupira brièvement avant de se lever. Repoussant une fois de plus Haizaki qui s'était positionné en équilibre sur ses talons et tomba donc à la renverse par terre.

A vrai dire, Kise n'avait pas prévu de draguer qui que ce soit durant son séjour à Okinawa et par conséquent, sa garde-robe ne comportait que des pièces… loin d'être dédiées à une potentielle entreprise de séduction. La patience du loup avait ses limites cependant. Lui, avait d'ailleurs jeté son dévolu sur une tenue sobre. Jean noir et T-shirt (moulants, détail qui fait toute la différence) rouge hémoglobine aux manches retroussées pour mieux découvrir ses bras musclés. Sans oublier les sneakers montantes de rigueur, à l'effigie une célèbre marque américaine portant le nom de la déesse Grecque de la victoire. Mais si, vous savez, celle avec la virgule. Constatant que Kise ne s'en sortait pas avec la pile de fringues qu'il avait emportée, Haizaki décida de se charger lui-même du relooking du renard.

Il plongea donc les mains et le regard dans l'amas informe de tissu froissé et…

NON MAIS QUE FOUTAIT UN PULL A COL ROULE DANS SA VALISE EN CETTE SAISON !?

Et pourquoi pas des après-ski aussi !? Au point où il en était, Haizaki s'attendait presque à en trouver une paire dans les affaires du blond…

Kise n'allait tout de même pas être obligé de sortir avec son uniforme de lycéen sur le dos !? Nan, ce serait beaucoup trop habillé pour l'endroit où ils avaient prévu de se rendre… Après avoir rapidement passé en revue toutes les fringues dont disposait Kise, Haizaki opta pour un marcel blanc, une chemise à carreaux beiges, rouges et noirs inspiration Burberry qu'il laissa ouverte sur le blond et pour terminer, un bermuda camel. Assorti de chaussettes blanches montantes et de baskets noires comme les siennes. De toute manière, Kise était tellement beau et attirant qu'un rien l'habillait, même les couleurs neutres qui auraient paru fades sur n'importe quel autre…

Ç'en était même injuste…

Bon… Il avait bien essayé de choisir également le BOXER que le blond porterait en fouillant dans ses sous-vêtements, avec l'espoir d'y trouver un STRING, mais Kise l'en avait rapidement dissuadé.

Tant pis.

Haizaki était conscient qu'il ne devait pas pousser sa chance trop loin…

Kise enfila ses vêtements devant tous les autres convives présents, mais l'immense majorité d'entre eux était présentement… plus occupée à faire autre chose que disons, le mater.

A part Haizaki, bien évidemment…

Haizaki qui, pour l'occasion, avait défait ses excentriques nattes africaines dignes d'un dealer du Bronx, ayant juste rassemblé ses tifs en une banale queue de cheval. Ah, c'était mieux. Enfin, Kise se surprit à constater que l'autre garçon ressemblait vaguement à quelque chose maintenant qu'il avait viré le poulpe mort qui lui servait de coiffure !

« Bon les gars, je compte sur vous pour faire découvrir aux filles les merveilles du Japon et les aider à parfaire leur usage de la langue ! »

Et on savait très bien de quel type de pratique linguale il désignait en priorité…

Après ces ultimes recommandations, les deux adolescents se faufilèrent dans le couloir, hors de la chambre, afin de mettre au point leur plan d'attaque. Kise attrapa même le poignet (mais pas la main directement, faut pas déconner non plus…) d'Haizaki pour le forcer à ralentir et lui faire part de ses craintes.

« Attends, attends… et… Tanaka ? Il va péter une durite s'il s'aperçoit qu'on a invité des filles dans notre chambre et que j'en ai profité pour me faire la malle par la même occasion… »

« T'en fais pas pour ça. Tu me prends pour un débutant ou quoi ? Je t'ai dit que j'avais l'habitude de ce genre de petites escapades. Et je me suis personnellement assuré que ton sensei envahissant ne soit vienne pas nous mettre des bâtons dans les roues. »

« Et… puis-je t'interroger sur la manière dont tu t'y es pris au juste ? » Se méfia à nouveau Kise.

« Simplement en m'arrangeant pour lui faire croire qu'il allait pouvoir le mettre dans une brune. Son bâton, quoi. »

« Pardon ? » S'indigna la star de Kaijo, de plus en plus larguée.

Haizaki roula des yeux, exaspéré. Kise était toujours aussi long à la détente. Il fallait espérer qu'il en serait tout autrement une fois en position horizontale.

Ou doggy style, selon l'humeur du moment.

« Ma prof, crétin ! Je lui ai demandé de le tenir occupé en le faisant semblant de l'allumer pour l'inciter à picoler comme un trou. Voilà, t'es content ? »

Kise se cacha les yeux par réflexe. Il avait l'impression de voir la scène. Et il ne souhaitait à personne une telle ABOMINATION. En tout cas, une chose était certaine à présent, bien qu'elle n'ait jamais été sujette à de quelconques doutes : Haizaki ne possédait pas le moindre compas moral.

« Mais c'est pas vrai… t'es diabolique, en fait ! C'est quoi ton deuxième prénom, Machiavel !? »

Pauvre homme, n'empêche… Tanaka allait être bien déçu… Mais bon. Kawakami avait l'habitude de gérer ainsi les clients les plus… tactiles. Sa technique était infaillible, létale, et la seule chose que Tanaka risquait de tâter effectivement cette nuit, c'était son oreiller…

« Dis pas n'importe quoi et dépêche-toi plutôt de me suivre. Tu ne voudrais quand même pas être en retard à ton dépucelage ? Ça reviendrait au même qu'être à la bourre à son propre mariage… ça fait mauvais genre… »

« … »

Bon, là, il y avait DEFINITIVEMENT baleine sous gravillon. Haizaki lui cachait quelque chose. Il ne pouvait pas être réellement aussi ENJOUE à l'idée que le blond lui passe sous le nez… Impossible. Pas après la crise de virilisme mal placé qu'il leur avait jouée cet après-midi… Il s'était clairement senti menacé par Ryan, Kise en était persuadé. Or, voici que maintenant, il faisait comme si de rien n'était ?

A d'autres.

Plus que jamais, la réserve était donc d'actualité.

Et d'ailleurs, par quels moyens allaient-ils se rendre au bar ? Ce n'était pas la porte à côté…

Et puis aussi… comment Haizaki était-il au courant de tout cela !? Du lieu de rendez-vous ? De l'heure ? Des circonstances !?

Putain de merde, il l'avait encore épié… Kise ne savait pas de quelle façon et il s'en moquait bien, mais cette simple perspective suffisait à le mettre en rogne.

Et à lui donner envie de HURLER.

Décidément, c'était plus fort que lui.

Haizaki ne pouvait pas s'en empêcher.

A croire que Kise était… son obsession du moment.

Oui, carrément.

Pour son plus grand malheur.

Et pourtant, voici que le loup se mettait à jouer les gentils confidents tout à coup ! Quelle mouche l'avait piqué !?

Autant en avoir le cœur net tout de suite.

« Je ne comprends pas. Qu'est-ce que tu as à gagner en m'aidant de la sorte ? »

« Rien du tout, je le fais par pure bonté d'âme. Mais si tu tiens tant que cela à me rembourser cette dette… »

D'un geste vif, Haizaki le plaqua contre le mur d'un couloir, le faisant trembler sous sur leur poids. Kise s'immobilisa, se tendant de surprise.

« Tu sais très bien ce que je veux… »

« Oui et toi, tu sais très bien ce que je ne veux pas. » Répliqua Kise, bien décidé à ne pas se laisser intimider. « Et c'est non négociable, au cas où tu te poserais la question. » Ajouta t-il, histoire de bien enfoncer le dernier clou dans le cercueil des sentiments d'Haizaki à son égard.

« Dommage… J'étais prêt à recevoir un paiement en nature de ta part… »

Il se lécha les babines tel un carnivore face à une grosse côtelette et Kise ne put réprimer une moue de dégoût.

Quel écervelé… s'il estimait sincèrement avoir la moindre chance…

Alors il se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'au cul…

« Et pourquoi pas un versement en liquide, tant que tu y es !? »

Après avoir débité cette réplique cinglante, Kise se dégagea une nouvelle fois , plus glissant qu'une limace contorsionniste et il reprit la tête de l'expédition. Ils passèrent prudemment devant la chambre de Tanaka, chambre qui se trouvait COMME PAR HASARD (ou pas) devant l'unique escalier menant au rez de chaussée. Le passage obligé, en somme. Et comme la porte était entrouverte, Kise ne put s'empêcher d'y zyeuter un coup… Or, ce qu'il aperçut restera imprimé en lui pour toujours. Son prof, vêtu d'un seul caleçon à cœurs, cravate nouée autour de la tête en train de faire la danse du singe devant une Kawakami qui devait être proche de mourir d'embarras…

Oh Seigneur…

Voici une vision d'horreur supplémentaire dont il se serait allègrement privé… Comme si subir le rentre dedans insistant d'Haizaki depuis des jours ne suffisait pas à l'équation… Bon ok, il venait seulement de le réaliser cet après-midi. Mais tout de même. Cela ne justifiait aucune indulgence de sa part.

Une fois leur curiosité maladive satisfaite, (ou traumatisée à vie…) les deux évadés passèrent donc en quatrième vitesse devant les quartiers de leurs geôliers, sans s'attarder outre mesure.

Arrivés en bas et plus précisément dehors, Kise arrêta Haizaki d'une main sur l'épaule, essoufflé.

« Et maintenant ? »

« Attends-moi là, le temps que j'aille cherche ton carrosse Cendrillon… Mais je te garantis que celui-ci ne se retransformera pas en citrouille après minuit ! »

« Ah non ? En Gremlins peut-être alors… »

« Qui sait… ? »

Sur ces bonnes (et mystérieuses) paroles, Haizaki le planta sur le porche de l'ancien Love Hotel. Espérons que Kise n'ait pas le temps de prendre racines… Heureusement, ce ne fut pas le cas puisque le cocher revint assez rapidement aux rênes d'un... sémillant scooter rose bonbon.

Awi.

Ah d'accord.

Non mais où est-ce qu'il était allé dégoter un truc aussi improbable encore ?

L'as du larcin avait encore frappé.

Il l'avait fauché à Barbie Fashion Victime ou quoi ?

« Non, simplement emprunté. » Assura t-il en brandissant les clés de l'engin, comme s'il était parvenu à lire dans les pensées de son blond.

Il tenta d'ailleurs bien d'expliquer à Kise comment il avait fait, mais ce dernier s'en tamponnait les amygdales avec du céleri-rave. (Oui, je sais, c'est vachement précis comme image.) Car avec Haizaki, c'était toujours la même chose : moins Kise en savait et mieux il se portait ! Le Kitsune grimpa donc derrière lui un peu à contrecœur, mais il n'avait pas le choix s'il désirait retrouver rapidement son prétendant, sans avoir besoin de se taper un sprint sur une route mal éclairée, bordée de falaises potentiellement mortelles. Ou de faire du stop dans la nuit noire…

Ah ils avaient l'air malins deux grands gaillards comme eux agglutinés sur ce bolide de fillette… Qui allait à deux à l'heure, en plus. Mais bon, par chance, dans la pénombre, on les distinguait à peine. Malheureusement, il n'y avait aucun porte-bagage auquel se tenir, contrairement à un vélo. Kise fut donc contraint de… s'accrocher à Haizaki. De loin. En tenant du bout des doigts le bout de son T-shirt. Oh bon sang… c'était pire que tout ce à quoi Kise avait pu s'imaginer. Il y avait même un sticker « Hello Kitty » fièrement collé sur le guidon…

Adieu crédibilité…

Le blond avait l'étrange sensation d'avoir été libéré par le féroce dragon censé gardé sa tour… Dragon qui l'emmenait à présent sur son dos rejoindre son prince… Leur course effrénée fut de courte durée, puisqu'assez vite ils atteignirent le point d'extraction, implanté au cœur d'un petit village de pêcheur lui-même situé au pied de l'océan. Attends, ça a des pieds, un océan ? Bon ben au bord, quoi. L'été et ses nombreux festivals s'annonçait, alors les rues s'étaient parées pour l'occasion de lampions colorés, conférant au lieu une atmosphère féérique et intimiste. Mais Kise n'était pas là pour enfiler des perles de culture et admirer le décor, non, il était plutôt venu pour se faire enfiler, lui !

Et il ne repartirait d'ici qu'en boitillant, foi de Ryota !

Haizaki descendit de leur vaillant destrier le premier et il lui tendit la main pour l'aider à son tour, mais bien entendu, Kise refusa de la saisir. Qui sait ce qu'il avait fait avec cette même main, durant le reste de leur séjour ? Surtout en pensant à lui, tard le soir, dans la chaleur de son futon ? Brrr… rien que d'y penser, Kise manqua de régurgiter son dîner… Il se leva donc SEUL et ils se pénétrèrent dans l'unique bar que comportait le village.

En fait de bar… il s'agissait plutôt d'une cabane de pêche retapée avec des guirlandes lumineuses et quelques tables. L'endroit était franchement miteux, mais dans la pénombre, il parvenait à faire illusion. Kise s'installa dans un coin et Haizaki prit place face à lui. Ils restèrent ainsi à se regarder dans le blanc des yeux en silence. Enfin non, seul Haizaki fixait son compagnon. Kise, lui, avait les prunelles rivées vers l'entrée. Et pour cause : il espérait voir bientôt son prince charmant franchir les portes de l'établissement. Le truc, c'est qu'ils ne s'étaient pas donné d'heure fixe, ballot hein ?

Mais la nuit était encore jeune…

« Tu veux boire quelque chose ? » Proposa Haizaki, mielleux.

« J'ai pas pris d'argent. » Le rabroua aussi sec Kise.

« J'en ai, moi. »

« Cool pour toi, je suppose. »

« Nan, t'as pas compris. Si tu veux, je pourr-… »

« Te fatigue pas, Haizaki. J'suis pas tombé de la dernière pluie et j'ai parfaitement bien capté que t'allais proposer de me payer un verre. Mais c'est un non catégorique. Alors garde ton fric. » Le coupa le jaune.

« Et en quel honneur ? »

Ah son visage venait de se crisper légèrement. Cette fois pourtant, Kise reporta son attention sur lui. Pas facile d'accepter qu'on est moins intéressant qu'une vulgaire porte…

« Parce que je ne veux rien te devoir. Tout simplement. »

« C'est déjà trop tard pour ça, j'te signale ! » Vociféra Haizaki, en tapant du poing sur la table pour se conférer davantage d'autorité.

Oh tiens. Chassez le naturel et il revient en taxi, on dirait… Comme Kise s'il s'entêtait à se la jouer inaccessible… Et avec quel argent ? Parce qu'Haizaki n'aurait aucun remord à l'abandonner ici, en le laissant rentrer à pied. Hélas, il semblerait que Kise allait donc devoir y mettre du sien. Mieux valait amadouer le loup avant qu'il ne se change en garou… D'un côté, ça lui ferait passer le temps plus vite également…

« Bon d'accord. Commande-moi un verre. Ce que tu veux, excepté de l'alcool. »

« Même pas une toute petite bière de rien du tout ? »

« Non ! Et pour toi non plus, d'ailleurs ! Je tiens à ce que tu nous ramènes en un seul morceau. »

Ce serait quand même con de finir encastrés dans un poteau téléphonique à cause d'un tout petit excès. Bien qu'en réalité, Kise avait bon espoir que son Ryan se charge de le raccompagner après leur torride nuit d'amour, mais il ne pouvait présumer de rien étant donné que pour le moment, son prince n'avait toujours pas daigné le rejoindre.

« Hmpff… tu fais grave chier Ryota ! » Maugréa le chauffeur du soir.

« Peut-être, mais c'est comme ça. »

Et vous savez le plus fou dans toute cette histoire ? C'est qu'Haizaki lui obéit (presque) sans broncher.

Brave cabot. Un véritable clébard à sa mémère… Leur verre les occupa bien quelques précieuses minutes, seulement voilà… une fois vide… le temps recommença à s'égrener trop lentement au goût de Kise. Normal, tout paraît toujours plus long lorsqu'on ne fait rien. Il devait donc trouver de quoi s'occuper l'esprit. Haizaki sembla le comprendre, puisqu'il prit une profonde inspiration pour parler et Kise interrompit immédiatement son geste, d'un index autoritaire qui vint se poser sur les lèvres de l'affable brun.

« Au cas où ce ne serait toujours pas clair pour toi : sache que je n'ai aucune envie de discuter non plus. Et surtout pas avec toi. Alors économise ta salive en continuant à te taire, ce que tu as à dire ne m'intéresse pas le moins du monde. Reprends plutôt une boisson si tu tiens tant que cela à faire usage de ta bouche. »

Intérieurement, Haizkai bouillonnait. Il serra du poing sous la table, cherchant à se contenir et à se calmer. Comment Kise osait-il lui parler ainsi ? Après tous les risques qu'il avait pris pour sa petite personne ? Quel putain d'ingrat… Mais ça n'étonnait pas franchement le brun. Kise avait toujours été comme ça : à se conduire comme une princesse capricieuse, qui n'hésite pas à faire tourner sa cour d'adorateurs en bourrique, au gré de ses envies du moment.

Sauf que Kise se plantait sur toute la ligne s'il considérait Haizaki comme l'un de ses nombreux laquais et en particulier, s'il espérait que celui-ci allait accepter son nouveau statut. Parce que le dangereux ex-argenté n'avait rien d'un vulgaire valet de chambre.

Et Kise allait vite le comprendre, quitte à devoir en faire l'amère expérience…

« Tu ferais mieux de t'adresser à moi sur un autre ton, si tu ne veux pas que je m'énerve… »

« Ah oui ? Et tu comptes m'faire quoi ? » Le provoqua Kise, pas impressionné pour un sou.

Mais qu'il explose, à la fin ! Kise ne demandait que cela ! Qu'Haizaki montre son véritable visage ! Car ce déguisement d'agneau docile ne lui seyait pas du tout !

Le loup caché sous une peau de mouton se pencha alors vers l'objet de ses pensées et il susurra d'une voix glauque :

« Je pourrai t'attraper par les cheveux et te traîner jusqu'aux chiottes pour t'obliger à me sucer de force, par exemple. T'enfoncer ma queue dans le gosier jusqu'à ce que tu t'étouffes avec. Alors, qu'est-ce que tu en dis, ça te branche d'essayer ? »

OULA.

DANGER.

Haizaki ne plaisantait plus.

Le ton employé était franchement inquiétant. A vous en tordre l'estomac d'angoisse et à vous faire trembler davantage qu'une victime du Titanic plongée dans les eaux sombres et glaciales de l'océan depuis des heures…

Mais une fois de plus, Kise ne se laissa pas démonter. Ça ferait bien trop plaisir à son assaillant de le voir ployer devant lui. Au contraire donc, l'ex-Miracle lui tint tête comme lui seul savait si bien le faire, se payant même le luxe de soutenir son regard de fou, injecté de sang, sans détourner les yeux.

« C'est toi que j'aimerai bien voir essayer de mettre ces menaces à exécution. Après tout, on sait très bien tous les deux que tu n'as que d'la gueule. »

Laisser Haizaki avoir de l'emprise.

En se laissant intimider.

C'était le meilleur moyen de perdre le combat qu'ils se livraient sur et en dehors du parquet depuis de nombreuses années.

Or, comme chacun le sait, le Grand Méchant Loup n'existe que dans les contes et ce n'est qu'à partir du moment où l'on commence à y croire et à lui donner du crédit, qu'il vient pour vous dévorer.

Les deux garçons, ou plutôt les deux adversaires, se fixèrent donc sans cligner des paupières une seule fois. Se jaugeant, se toisant, s'évaluant. Leur bataille de regard dura ainsi plusieurs secondes sans le moindre vainqueur, ni perdant. Aucun des deux ne voulait offrir à l'autre le plaisir de courber l'échine, ne serait-ce que d'un seul tout petit millimètre. La tension était palpable, à couper à la tronçonneuse, même…

Et là, au bout d'un certain temps ou plutôt d'un temps certain, l'impensable se produisit.

Les deux canidés éclatèrent de rire en même temps.

« Abrutiiiii, j'ai failli croire que t'étais sérieux ! » Ricana Kise en lui donnant un petit coup de coude pour la forme.

AH MAIS QUEL HUMOOOOOUR SUBTIL ET DE BON GOÛT, JUUUUUUUUURE ! Effectivement, il y a de quoi se taper son meilleur fou rire, quand quelqu'un menace de vous faire sauter les plombages par la force d'un viol buccal…

BRUTAL.

Alala… qu'est-ce qu'on se marrait ! Dommage que leurs verres respectifs soient déjà vides, parce que ça aurait clairement été une bonne occasion de trinquer comme deux beaufs' en s'auto-congratulant dans leur bêtise crasse…

« Tu peux parler, toi ! Non mais c'était quoi cette poker face de fou !? » Reprit Haizaki.

« En tant que mannequin, je suis habitué à devoir conserver la même expression faciale des heures durant, lorsque cela est nécessaire pour les besoins d'un shooting. J'ai donc très tôt du apprendre à garder les muscles de mon visage figés. »

« J'trouve ça dément. Tu m'montreras ta technique ? »

« Non, parce qu'il ne faudrait tout de même pas oublier que je ne peux toujours pas t'encadrer. Et quoi que tu fasses ce soir, ce n'est pas près de changer. » Sourit Kise, poliment hypocrite.

Le tout, déblatéré avec une sincérité et un naturel déconcertants.

Insultants…

Décidément, quel charmant charmeur…

Pour toute réponse, Haizaki haussa des épaules.

« Tant pis, c'est d'bonne guerre je suppose. Au moins, j'aurai essayé. Par contre… »

Il parcourut la pièce du regard, la scannant sommairement comme à la recherche de quelque chose susceptible d'attirer son attention.

« … Je commence à me faire chier sévère, là. Pas toi ? Si tu ne veux pas d'une conversation avec moi, ce que je peux parfaitement comprendre à ce stade, on pourrait au moins trouver un truc pour nous occuper, le temps que ton mec daigne pointer ses fesses en ce modeste lieu. »

« Continue, tu m'intéresses… Qu'est-ce que tu proposes au juste ? »

Le regard d'Haizaki venait justement de se poser sur deux jeunes femmes à peine plus âgées qu'eux, assises au comptoir. Et quand je dis « à peine », elles devaient être en première année de fac ou deuxième, grand max. Deux brunettes. Japonaises. Elles ne semblaient pas à leur place dans un endroit pareil, pauvresses… Tu m'étonnes, entourées de bouseux mal rasé et bedonnants, à la quarantaine bien entamée. Et ça, c'était pour les plus jeunes d'entre eux, hein.

A nouveau un sourire de prédateur s'étendit sur les joues d'Haizaki.

Mais Kise le ramena bien vite sur Terre lorsqu'il réalisa ce que son comparse avait en tête.

« Si c'est ça ton idée de génie pour passer le temps, alors je te laisse seul sur ce coup. »

« Quoi !? Mais enfin, pourquoi ? »

« Parce que ça ne m'intéresse pas et que tu n'as absolument pas besoin de moi pour parvenir à tes fins, en plus. »

Encore, il aurait été question de Ken ou de Yosuke, Kise aurait compris la nécessité de leur mettre le pied à l'étrier mais en l'occurrence, Haizaki n'avait d'ordinaire aucun mal à trouver preneuse de son matos personnel… Le côté bad boy potentiellement dangereux et violent, sûrement…

Ça faisait toujours son petit effet, chez certaines filles… encore aujourd'hui.

« Ouais, mais elles sont deux ! Et ce sera tout de suite moins marrant sans toi ! »

« Peut-être, mais je doute que Ryan soit ravi de me trouver en train de courtiser une fille, quand il arrivera… Et puis, ça peut être intéressant de devoir composer avec ta situation d'infériorité numérique… »

« T'es chiant. Tu l'sais ça ? Espèce de sale empêcheur de baiser en rond… »

« Si tu tiens tant que ça à y aller, je ne voudrai surtout pas de t'en priver. Vis ta vie, mon grand. Ne te gêne surtout pas pour moi. »

« Et comme ça, tu me lâcheras peut-être enfin la grappe ! » Ajouta mentalement le blond.

Non parce qu'à deux, elles allaient lui durer un petit moment. Et peut-être même l'épuiser, avec un peu de chance. Le vider complètement de tout fluide corporel, jusqu'à la panne sèche.

« Naaaan… tant pis, elles ne sont même pas si belles que ça à bien y regarder… Et puis j'ai aucune envie de te laisser te morfondre tout seul. Parce que tu sais… je commence sérieusement à croire que ton amoureux t'a oublié... »

Suite à ces mots blessants, mais sans doute véridiques, Kise se mit à jouer distraitement avec la paille de feu son diabolo-grenadine. Haizaki avait sûrement raison… et ils n'allaient pas rester à camper là pour l'attendre toute la nuit. Car plus les minutes s'écoulaient et moins il y croyait… Son prince charmant un peu trop parfait pour être totalement honnête avait probablement changé d'avis…

Remarquant bien son regard de cocker abandonné par Brigitte Bardot, Haizaki se décida à intervenir. Il soupira. Pourquoi ça l'emmerdait à ce point de voir Kise dans le mal ? Il aurait dû s'en réjouir plutôt, non ? Se foutre allègrement de son facies et même se montrer ouvertement soulagé que l'Amerloque n'ait pas rejoué la grande scène du Débarquement pour venir le sauter…

« Bon, ça y est, j'en ai ma claque de te voir tirer la gueule comme si ton poisson rouge venait de mourir écrasé par un trente-trois tonnes ! Viens avec moi ! »

Et avant même que Kise n'ait pu formuler la moindre protestation, Haizaki le releva de son tabouret avec une force surhumaine en le chopant par le bras. Ensuite, il le conduisit jusqu'à… une borne d'arcade bien connue du doré et pour cause puisqu'il s'agissait de…

Dance Dance Revolution.

Et celle-ci datait bien de Mathusalem, au bas mot. Elle devait même être plus ancienne que ce village… Les couleurs du marquage au sol étaient délavées, baveuses. Elles avaient perdu de leur éclat d'antan. Même l'écran était couvert de poussière et tiens, une toile d'araignée VIEILLE, elle aussi, avait élu domicile dans le coin en bas à gauche. Kise n'était même pas certain qu'une telle antiquité fonctionne encore. A supposer qu'elle ait même déjà fonctionné un jour, bien entendu…

En l'an de grâce 1985, peut-être… ? Ou à un moment dans les années 2000 ?

Le Kitsune ne put cependant pas s'empêcher d'esquisser un sourire ingénu, qui venait du fond du cœur et dont la pureté manqua de troubler Haizaki.

Mais manqua seulement.

« Tu te rappelles ? Il y avait une borne de ce genre à côté du collège à l'époque… »

« Tu m'étonnes si je m'en souviens ! J'y ai passé des après-midi e-n-t-i-è-r-e-s à essayer d'apprendre et de retenir de nouvelles chorégraphies ! Je me demande si elle existe toujours, d'ailleurs… » Gloussa Kise, dont les prunelles venaient de s'illuminer par nostalgie.

« Je crois même me souvenir que t'étais plutôt bon… »

« Je me défendais. Toi aussi, non ? »

« Bah… c'est super facile, suffit de copier le mec qui danse à côté de toi si tu perds le fil. Y a rien d'bien compliqué. »

« Oh, vraiment ? Ça te dirait qu'on vérifie ta petite théorie, genre maintenant… ? »

« Serais-tu en train de me défier…? »

« Apparemment ! »

De toute façon, c'était ça ou le billard pour se divertir un tant soit peu. Et Kise ne tenait pas spécialement à ce qu'Haizaki puisse se retrouver dans son dos, armé d'une longue canne phallique par-dessus le marché…

« Ok mais… tu commences à me connaître et tu sais que je ne fais jamais rien qui ne me rapporte pas quelque chose… »

« C'est bien ce qu'il me semblait et pourtant tu m'as amené ici… Alors je te le demande à nouveau : pour quelle raison ? Tu espères peut-être que te laisserai passer après Ryan ou que tu seras autorisé à regarder, à défaut de participer ? »

« Hmm… tu sais comment marche la hiérarchie chez les loups, Ryota ? » Répondit énigmatiquement Shogo.

« Les loups ? Quel rapport avec nous ? » Pause de quelques secondes. « Heu… non, je l'ignore. »

« C'est très simple : l'Alpha est le premier à avoir le droit de se nourrir, avant tous les autres, ce qui lui permet de ne manger que les meilleurs morceaux. »

Waouh… passionnant…

« Oui, et ? » S'impatienta le blond, ne comprenant toujours pas où son camarade voulait en venir.

« Est-ce que tu penses VRAIMENT que j'accepterai les restes d'un autre ? Que je me farderai les morceaux les moins nobles ? Ceux dont il n'a pas voulu ? Maintenant, dis-moi : est-ce que… d'après toi, je ressemble à une poubelle de table ? »

Il sourit et entreprit d'allumer la borne.

« … Alors si je devais faire de toi mon festin, crois-moi, je ne passerai certainement pas en second. Ce serait plutôt à lui de faire la queue bien gentiment et d'attendre que j'ai terminé… » Menaça le lupin.

Difficile d'avoir réellement peur… Car c'était l'une des choses les plus ridicules qu'il avait entendues de sa vie. Et le pire, c'est qu'Haizaki semblait tout à fait certain de cette affirmation.

Et constant dans son sérieux.

Quel gros nul…

« A ce que je vois, tu es vraiment à fond dans ton trip de mâle PSEUDO dominant… »

Il appuya volontairement sur le mot qui faisait mal, comme pour lui montrer qu'il ne se laisserait pas impressionner.

« Et mon avis à moi, qu'est-ce que tu en fais ? »

« Tu es la proie, tu n'as pas à le donner. »

« Ben vooooooooooyons… »

S'il espérait le convaincre ou même le séduire ainsi… ahaha la bonne blague…

Paie ton argument… et le respect qui va avec…

Mais le blondinet aurait pu s'en douter tout seul. Pour Haizaki, il était clair depuis le début que Kise n'était qu'un vulgaire jouet. Une sorte de… trophée. Qu'on exhibe pour rendre les autres jaloux.

Oui, c'était bien tout ce qu'il représentait pour son rival.

Et cela aurait dû le rassurer. Voire même l'amuser, seulement ce n'était pas le cas… Non qu'il se sente insulté, enfin si quand même un peu d'être traité comme une marchandise, mais c'était presque quelque chose de banal avec Haizaki. En fait, ce qui le gênait le plus, c'est qu'à une époque pas si lointaine… il aurait sans doute adoré que le loup fasse de lui son quatre heures gourmand. Ou tente sa chance, du moins. Sauf que ce n'était jamais arrivé et qu'il était trop tard à présent. Kise était passé à autre chose et il ressentait surtout de l'animosité envers le brun, pour toutes les humiliations qu'il lui avait fait subir.

« Et bien sache que je vais tout de même le faire : si je gagne cette partie, on dit que tu me lâches pour de bon, d'accord ? »

« Ça me va ! » Au moins, il était sûr maintenant que Kise allait tout donner contre lui ! « Et si c'est moi le vainqueur ? J'ai le droit de demander tout ce que je veux ? »

« Tu peux toujours essayer, ça n'coûte rien. »

« Mais tu assumeras ? Je veux dire, jusqu'au bout ? Parce que j'suis pas certain que tu auras les couilles de le faire… »

« Enonce plutôt tes conditions, au lieu de tourner autour du pot en me essayant de me provoquer sans avoir l'air d'y toucher. »

« Ok, tu l'auras voulu. Si jamais je venais à remporter la victoire, je te veux dans mon lit, ce soir. Et ce ne sera pas pour pioncer… Ou contre un mur, j'ai pas encore décidé... »

Oi, avec une telle… franchise, pas sûr que Kise accepte !

Mais puisque c'était la seule manière de se débarrasser de lui pour de bon, le renard n'allait sans doute pas laisser filer une telle occasion en or ! Occasion qui ne se représenterait pas… Il tendit donc la main à son adversaire et ce dernier la considéra quelques instant avant de la serrer.

Le pacte fut scellé.

Et en vrai, quelle que soit l'issue, Haizaki restait tout de même gagnant sur toute la ligne, puisqu'en effet, il était passé de « zéro négociation » possible à « tu pourras me ken salement si tu me surpasses. »

Or comme chacun le sait, l'envie de baiser donne des ailes. (Comme le Redbull.)

Même quand tu es une enclume qui ne sait pas voler.

Il n'y a rien de plus fort dans la vie.

Ou si peu de choses, qu'elles peuvent se compter sur les doigts d'une seule main.

En tout cas, on peut remarquer que se défier faisait déjà partie de leurs préliminaires en ce temps-là. Un peu comme jouer au basket entre Kagami et Aomine…

Les deux participants prirent donc place chacun sur son tapis de danse et Haizaki alluma la machine, glissant quelques pièces dans sa fente, dans l'espoir de pouvoir glisser quelque chose de plus conséquent dans un autre type de fente, un peu plus tard dans la soirée…

La pression sur leurs épaules était donc GRANDE pour chacun d'eux.

Un choix réduit des chansons disponibles défila sur l'écran, confirmant par ailleurs le grand âge de la borne. Rien de bien inspirant à première vue, jusqu'à ce qu'Haizaki tombe sur LA chanson adéquate !

BAD

De Michael Jackson.

Oui, voilà un titre qui lui parlait et dont le rythme était plus inspirant que les insipides bluettes pop japonaises proposées par le jeu…

Kise haussa des épaules de son côté. Ce n'était pas les paroles d'une chanson qui allaient changer quoi que ce soit à l'issue de leur petit duel. Bien qu'avec un titre aussi évocateur, Haizaki aurait l'avantage de se sentir dans son élément… Mouais ok, ça lui donnait un léger coup de pouce en apparence, mais il en fallait plus pour que Kise perde. Roulant de la tête pour faire craquer les os de sa nuque, Haizaki s'échauffa comme il le pouvait. Kise fit de même, sans quitter l'écran des yeux. Il ne voudrait surtout pas rater le top départ…

Ah, your butt is mine, gon' tell you right, ah.

Ah ben d'accord ça commençait bien, tiens…

Trop même, pour que ce soit un hasard… Littéralement la première phrase, quoi.

Kise toussota pour marquer sa désapprobation.

Mais la chanson continua malgré le manque d'entrain du blond.

Just show your face in broad daylight, ah
I'm tellin' you on who I feel, ah
Gonna hurt your mind, don't shoot to kill

Shamone, ah, shamone
Lay it on me, ah, alright

Ah, I'm givin' you on count to three, ah
Just show your stuff or let it be, ah
I'm tellin' you, just watch your mouth, ah
I know your game, what you're about

Du peu de la chorégraphie originale dont se souvenait Kise, celle proposée par le jeu semblait similaire. Et restait donc assez technique, bien que le rythme de la chanson en lui-même soit plutôt facile à suivre. Les gestes étaient compliqués à reproduire, mais le blond s'accrochait. Il n'avait aucune envie de perdre. Il ne pouvait juste pas se le permettre, c'était aussi simple que ça.

Well, they say the sky's the limit
And to me that's really true, ah
But, my friend, you have seen nothin'
Just wait 'til I get through

Because I'm bad, I'm bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
Shamone, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
Who's bad ?

Kise commençait sérieusement à avoir du mal à suivre. Il jeta un coup d'œil discret à Haizaki qui lui, assurait comme une bête. Hmm… peut-être que le jaune n'aurait pas dû lui laisser le choix de la chanson. Voici qui ne jouait pas en sa faveur… Les mouvements de Kise étaient plus sensuels, plus amples et souples, tandis que ceux d'Haizaki étaient plus masculins et affirmés. A l'écran, les « PERFECT » défilaient, d'un côté comme de l'autre. Ce serait donc à celui qui lâcherait prise le premier. Plus que jamais, Kise comprit qu'il devait rester concentré… Car la moindre erreur serait fatale à ce niveau de maîtrise.

The word is out, you're doin' it wrong, ah
Gon' lock you up before too long, ah
Your lyin' eyes gon' tell you right, ah
So listen up, don't make a fight, ah
Your talk is cheap, you're not a man, ah
You're throwin' stones to hide your hands

Well, they say the sky's the limit
And to me that's really true, ah
But, my friend, you have seen nothin'
Just wait 'til I get through

La cadence s'intensifia brusquement. Comme si le jeu accélérait dans ses consignes. Les flèches colorées s'affichaient dans tous les sens, parfois contradictoires et le tapis clignotait à présent comme une guirlande de Noël épileptique. Les quelques badauds présents ce soir là – y compris les deux minettes précédemment repérées par Haizaki, s'étaient pressés autour d'eux pour assister au battle de danse du siècle.

Because I'm bad, I'm bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
Who's bad?

We can change the world tomorrow
This could be a better place, ah
If you don't like what I'm sayin'
Then won't you slap my face?

Bordel de merde, Kise se sentait fatigué tout à coup. Ses pas de danse s'avéraient moins précis, plus approximatifs et l'écran le gratifiait de rouge pour sanctionner ses erreurs. Quant à Haizaki, il était toujours aussi à l'aise, l'enfoiré… Peut-être parce qu'il lui volait ses techniques et les retournait contre le renard… Le sourire qu'il exhibait ne laissait rien présager de bon quant à ce qui attendait Kise. Et Kise en avait parfaitement conscience. Il donnait tout pour ne pas se laisser distancer et revenir au score mais… Cela semblait peine perdue puisqu'Haizaki enchainait les « PERFECT » avec une facilité déconcertante, presque admirable, si seulement l'enjeu n'avait pas été aussi crucial.

Il était en train de gagner ce salop.

Et il le savait pertinemment.

La trop grande peur de perdre de Kise avait fini par causer sa perte, justement… Comme il fallait s'y attendre…

Il craquait, purement et simplement.

Et Haizaki en profitait pour le distancer… en le clouant sur place.

Because I'm bad, I'm bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now (hoo, hoo)
Just to tell you once again (hoo)

Ça y est. Son pire cauchemar était en train de prendre vie sous ses yeux. Il perdait face à Haizaki et il n'y avait rien que Kise puisse faire pour combler son retard à présent que cette maudite chanson, non, marche funeste même, touchait à sa fin. L'écart s'était creusé entre eux. En même temps que sa future tombe.

Haizaki regarda en sa direction pour voir comment il s'en sortait ou plutôt pour savourer la victoire éclatante qui se profilait. Il devait jubiler là où Kise n'en menait pas large…

« … »

Mais alors que tout semblait perdu et son sort scellé…

L'impensable, l'impossible à anticiper, se produisit.

Haizaki sauta sur le tapis de Kise, délaissant le sien. La sanction fut inévitable, son score dégringola, tandis que celui du renard ne faisait qu'augmenter ! Bien placé devant lui, Haizaki indiquait les mouvements à effectuer et Kise n'avait juste qu'à le suivre pour les reproduire. C'était dans ce genre de cas que son talent pour la copie se révélait aussi utile qu'imparable.

Mais… Pourquoi Haizaki avait-il lâché l'affaire à un moment pareil, alors que la victoire lui tendait les bras et avec elle, le cul de Kise ?

Le renard ne comprenait pas, mais il serait toujours temps d'interroger le loup ultérieurement.

Pour le moment, il devait profiter de l'aide providentielle d'Haizaki pour remonter combler la distance les séparant au score ! A moins qu'il ne s'agisse encore d'une énième stratégie malintentionnée du brun pour lui montrer que même avec son concours, Kise ne parviendrait pas à rattraper l'écart creusé. Que même en ne jouant plus, que même avec tous les efforts du monde, il était trop tard car Haizaki avait déjà gagné, sans même être allé jusqu'au bout de la chanson…

Because I'm bad, I'm bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now (hoo, hoo)
Just to tell you once again (hoo)

You know I'm bad, I'm bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it, you know it (really, really bad)
You know, you know (bad, bad)
You know, shamone (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again

You know I'm smooth, I'm bad, you know it (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad, really, really bad)
You know, you know, you know it, come on (bad, bad, really, really bad)
And the whole world has to answer right now (hoo)
Just to tell you once again (hoo)

You know I'm bad, I'm bad, you know it (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, you know, woo (bad, bad, really, really bad)
You know I'm bad, I'm bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
Who's bad?

Enfin, la chanson se termina.

Et ce calvaire aussi s'acheva, par la même occasion.

Kise frissonnait, il n'arrivait pour ainsi dire plus à tenir sur ses jambes. Tous ses membres tremblaient. Il avait bien fait d'ôter sa chemise et de l'attacher autour de sa taille avant de se mettre à danser, car elle aurait certainement freiné et contraint l'amplitude de ses déplacements. Mais tandis qu'Haizaki se retournait vers lui, Kise le poussa brusquement contre la borne que son dos heurta.

« Pourquoi t'as fait ça, abruti ? Tu… as perdu exprès ! »

Pour l'humilier encore davantage et lui rappeler que sans lui, Kise n'aurait jamais réussi à le vaincre, grâce à ses seules capacités ?

Aïe… Kise était en colère…

Des larmes de rage commençaient d'ailleurs à poindre dans ses beaux yeux de biche.

« C'était pour te moquer de moi, hein !? »

QUOI !?

Paaaaaaaaaaaardon !?

Bien-sûr que non, c'était même tout le contraire !

Oh…

Evidemment…

Ça faisait sens, après tout. A peine assis au bar, Kise avait affirmé le détester cordialement. C'était comme avec le serpent tout à l'heure : immédiatement, Kise avait pris ombrage de l'intervention d'Haizaki, lui prêtant les pires intentions…

Quelle misère…

Jamais Haizaki ne gagnerait, que ce soit sur le terrain, lors d'un jeu en apparence banal ou en amour…

« … Ouais, t'as raison. Je voulais te faire du mal. C'est encore plus jouissif pour moi que potentiellement arriver à te baiser… » Ricana Haizaki, dans l'unique but de blesser encore davantage l'ego déjà bien égratigné de Kise.

Voilà, les mots qui font mal furent lâchés.

Après avoir été dûment improvisés.

« Et si j'ai pris tous ces risques insensés pour te conduire ici, c'était seulement pour assister au plus près à ta débâcle. Te regarder chialer toutes les larmes de ton stupide corps trop sexy, quand tu réaliseras enfin que ton connard d'Américain n'a jamais eu l'intention de venir. Ou mieux, qu'il a une toute petite bite et sera donc incapable de te sauter comme la chienne en chaleur que tu es ! »

Jamais…

Non, jamais Kise ne changerait d'avis à son sujet.

C'était trop tard.

Même quand Haizaki s'appliquait. Même quand il faisait des efforts.

Alors autant y aller à fond.

Donner à Kise ce qu'il désirait au plus profond de lui-même.

Être le méchant de l'histoire.

Si ça pouvait l'aider à se consoler de la non-venue de son prince charmant…

Oh mais Kise ne comptait pas le frapper. Il ne lui ferait pas ce plaisir. Parce que cela reviendrait à le toucher. Et puis ça risquerait d'exciter le brun. Mais tandis qu'il s'apprêtait à lui débiter une réplique bien sentie, à nouveau l'impensable eut lieu, pour la seconde fois de la soirée, puisque ce fut le moment que choisit Ken, heu nan, Ryan, pour faire son entrée dans le bar !

HERE COMES A NEW CHALLENGER !

Enfin.

Les yeux de Kise s'agrandirent de surprise. Mais ce n'était rien en comparaison avec ceux d'Haizaki…

Extraordinaire.

Alors là, ils étaient sur le cul !

Enfin, façon de parler mais vous avez compris l'image quoi…

Kise n'en revenait pas. Mais cela ne l'empêcha guère de lâcher Haizaki qu'il tenait toujours par le col de son T-shirt. Son visage s'illumina à nouveau et Shogo comprit que jamais lui ne réussirait à lui faire décrocher un tel sourire…

« Ryan ! »

Kise se précipita à sa rencontre, se remettant à faire des manières. Haizaki fronça des sourcils, lui. Ce n'était pas prévu dans ses plans, ça. Mais d'un autre côté, tant que le brun se trouvait là, l'autre ne pourrait rien tenter. Hélas, il sembla instantanément le comprendre, puisque Kise fut aussitôt accueilli par un tendre baiser sur la joue de sa part. Et il en profita pour se pencher et lui murmurer quelque chose à voix basse.

Inaudible pour Haizaki.

Kise hocha la tête en signe d'accord, puis il se tourna vers Haizaki, qu'il avait momentanément laissé sur le carreau.

« Hmm… Ryan veut m'emmener quelque part… »

A la seconde même où ces mots furent innocemment (ou pas) prononcés, la main d'Haizaki se porta à sa poche de jean pour y tâter ses clés de scooter. Mais Kise l'en empêcha.

« Non. » Asséna t-il en secouant la tête à la négative. « Je suis navré, mais tu ne viens pas avec nous. Va donc draguer les deux nanas qui t'attendent au comptoir ou alors rentre directement, fais c'que tu veux, je m'en tape comme de mon premier ballon de basket, mais tu n'as pas à intérêt à me suivre sur le chemin. »

« Attends ! »

Il devait le retenir ou du moins, essayer. Parce qu'il s'en voudrait toute sa vie s'il arrivait malheur à Kise par sa faute ! Ce type, ils ne le connaissaient pas après tout. Qui sait quelles étaient ses véritables intentions ?

« Où comptez-vous aller ? »

« J'en sais rien précisément… Ryan a parlé d'une rave party dans le coin. Apparemment, ses potes sont déjà sur place et il a fait un détour pour venir me chercher. »

Ça, c'était une très mauvaise nouvelle. Du genre qui ne lui plaisait pas du tout. Laisser Kise seul avec le premier inconnu venu, ça ne l'enchantait guère. Mais d'un autre côté… Kise était assez grand pour se démerder seul et se défendre. Mine de rien, il était même déjà majeur, contrairement à lui et n'avait donc pas besoin de sa protection. Alors s'il avait envie d'aller se faire tringler par un copain de l'Oncle Sam, grand bien lui en fasse !

Ce n'était pas son problème !

Et qu'il ne vienne pas se plaindre demain, quand on l'aurait retrouvé inconscient ou même pire au fond de la mer !

Ouais nan, Haizaki exagérait carrément là. Un truc pareil ne pouvait pas réellement se produire dans la vraie vie.

« Ryota… »

« Quoi, tu vas essayer de me faire la morale ? Hahaha ! T'es bien la dernière personne que j'écouterai ! »

« J'allais juste te dire de faire attention et de rester prudent, mais si tu le prends comme ça… alors tu peux crever la gueule ouverte, j'en aurai rien à foutre… »

Wow… c'était sorti de manière plus violente que dans son esprit…

Kise eut un sourire nerveux.

« T'es simplement jaloux… mais je comprends, tu sais. Je le serai certainement aussi à ta place… Penser que la personne que je rêve de me taper, en préfère un autre, rencontré à peine quelques heures avant et lui fait déjà plus confiance qu'à moi… Ouep, moi aussi je le prendrai hyper mal… »

Ah il voulait jouer à ça cette sale petite p*te !? Qu'à cela ne tienne alors ! Haizaki souhaitait simplement le mettre en garde à la base, ressentant une inquiétude sincère. Mais puisque Kise avait décidé de l'exclure et de se payer sa tronche en prime, Haizaki ne voyait pas pourquoi il éprouverait une quelconque forme de pitié pour le pas si naïf blondinet à la langue de vipère.

Parce qu'indéniablement, Haizaki n'était pas le seul à savoir appuyer là où ça faisait mal.

Kise se débrouillait parfaitement bien dans propre son genre, beaucoup plus subtil et sournois.

« A demain Shogo… Bizarrement, j'ai le sentiment que je me sentirai bien plus léger lorsqu'on se reverra… Un peu comme si… j'aurai perdu quelque chose d'ici là… » Le nargua t-il jusqu'au bout.

Et il fallut rassembler tout son contrôle à Haizaki pour raison garder…

Mais Kise ne s'attarda pas une fois son poison distillé. Il se dépêcha plutôt de rejoindre son homme et ils grimpèrent dans sa superbe voiture de luxe, disparaissant dans la nuit noire en laissant l'éternel rival éconduit derrière eux sans un regard pour lui.

De rage, Haizaki frappa dans un mur, s'éclatant le poing au passage.

Il avait besoin de se calmer. Se faire souffler l'objet de ses pensées juste sous le nez était profondément insultant. Il avait suffi que ce maudit Ricain claque des doigts pour que Kise se jette à ses pieds ! Quand bien même il l'avait allègrement fait poireauté dans l'incertitude pendant une bonne partie de la soirée. C'était à n'y rien comprendre, le gars s'en tirait comme une fleur et avec les honneurs, là où Haizaki avait complètement merdé de son côté. Pourtant, il s'était imaginé gagner des points en volant au secours de Kise lors de leur partie de DDR. Mais rien ne s'était passé comme prévu… et son acte d'altruisme avait fini par se retourner contre lui.

A cause de sa fierté et de son incapacité à exprimer ses sentiments sans avoir recours à la violence et à la coercition au préalable… Il aurait simplement suffi qu'Haizaki dise à Kise pour quelle raison il l'avait fait, la véritable raison qui l'avait poussé à agir ainsi… Parce que le brun ne voulait pas le forcer dans le fond. Mais Haizaki devait accepter que jamais son ancien camarade ne s'offrirait à lui. Pas de manière volontaire, en tout cas. Avec un cran d'arrêt sous la gorge, peut-être, et encore, rien de sûr…

Oui, Haizaki le dégoûtait à ce point. Et dire qu'il ne s'était rendu compte de rien jusqu'ici. Pour lui, il ne s'agissait que d'un jeu entre eux. Histoire de pimenter les choses. Mais Kise avait toujours été sérieux. Depuis le début. Il ne pouvait pas le supporter. Rien n'y faisait. L'ex-argenté ne l'attirait pas. Et plus Kise faisait preuve de panache dans ses affirmations, plus Haizaki répondait avec véhémence.

Et disproportion.

Finissant même par se demander s'il préférerait lui mettre un coup de queue ou de latte…

C'était mauvais, juste mauvais d'en arriver à de tels extrêmes…

Regagnant le comptoir, Haizaki ruminait autour d'un verre de whisky pour lequel on ne lui avait même pas demandé à voir sa carte d'identité, qu'il n'avait de toute façon pas amenée avec lui. Dire qu'il avait promis à Kise de ne pas boire. Implicitement, en tout cas. Mais ça n'avait plus la moindre importance puisque Kise était parti… avec un autre.

Kise l'avait abandonné à son sort, sans se soucier de lui.

Après tous les efforts qu'Haizaki avait fournis…

Si c'était pas malheureux…

Lui, l'était par contre.

Et il n'y a rien de meilleur que de l'alcool fort dans ce cas pour noyer son chagrin.

Parce que là… il avait juste envie de tout casser.

De tout cramer.

De foutre le feu et de rigoler comme un possédé en regardant ce village misérable partir en fumée !

Tout ça à cause de ce foutu mannequin à deux yens !

Cette sale petite tchouin…

Ohhhh mais elle n'allait pas s'en tirer à si bon compte… ce serait trop facile.

Non, son impardonnable attitude appelait Haizaki de sa main vengeresse…

Kise méritait une bonne punition…

Il se tourna donc, l'air de rien, vers l'une des deux créatures féminines toujours accoudés au comptoir verni.

« Dis-moi ma jolie, est-ce que tu connaîtrais un endroit pour faire la fête dans les parages ? Un endroit qui bouge, où on peut danser jusqu'au petit matin ? »

« N-non, désolée… » Rougit la fille en question.

Haizaki leva les yeux au ciel. C'était bien sa veine tiens, les malheurs continuaient à s'accumuler.

Ou pas.

Puisque quasiment à la seconde même, sa compagne prit la parole à son tour :

« Mais moi, je sais ! » Sourit-elle, enjouée.

Haizaki lui retourna son sourire et il se pencha vers elle, attentif et carnassier.

« Je t'écoute ma beauté, explique-moi tout… »


Sauf qu'en fait d'explications, la nana se retrouva assise sur la selle de son scooter, accrochée à lui tandis qu'ils fonçaient sur la petite route qui suivait la mer.

Haizaki n'avait qu'une hâte : arriver à destination et faire payer Kise.

Il ne savait pas encore exactement comment, mais rien qu'en l'empêchant de se faire troncher déjà, semblait être une solution toute à fait acceptable ET accessible.

Et puis une fois qu'il se serait personnellement chargé de la castration de Raille-Ane, Haizaki pourrait récompenser sa charmante indic… en nature. Bon, il n'avait pas très bien compris son prénom, mais peu importait. De toute façon, il ne comptait pas le prononcer une seule fois pendant qu'il serait en train de la motoculter. D'ailleurs, Shogo avait pris la décision de l'appeler « Ryota » le moment fatidique venu. Ouais, nonobstant le fait que qu'elle ne soit pas un mec… Dans le noir, ça pourrait faire illusion.

Après tout, Kise avait bien demandé à Haizaki de ne pas le « suivre sur la route », mais il n'avait en aucun cas interdit de le « suivre à l'intérieur ».

Intérieur de ce qui ressemblait fortement à une ancienne usine désafectée.

Kise, de son côté, était arrivé depuis un moment déjà à bon port, sous l'égide de son prétendant…

Une rave party techno s'y déroulait effectivement, mais pas de n'importe quel genre, puisqu'à l'entrée, on les invita lui et Ryan à se mettre au body painting. Fluorescent dans le noir. Son compagnon traça des peintures de guerre sur son visage, façon Vietnam, tandis qu'il dessina délicatement un petit cœur tout choupi sur la joue du blond, avant de poser ses lèvres dessus à nouveau.

Kise se sentait en apesanteur sur un nuage !

La musique battait son plein, la foule dansait dans la fosse et il y avait fort à parier que tous types de substances illicites circulaient librement dans l'enceinte de ce qui fut auparavant une fabrique de textile florissante… D'après Ryan, les Américains avaient fait fermer l'endroit dans les années cinquante, après la seconde guerre mondiale pour établir l'une de leurs bases militaires non loin de là.

Décidément, ces saletés d'Amerloques se croyaient comme chez eux, ici !

C'est ce que pensa Haizaki en entendant également cette histoire de la bouche de sa belle.

Et comme l'entrée ne se faisait qu'au prix d'une petite peinture tribale… Haizaki n'hésita pas une seule seconde. Il tomba le T-shirt, le temps que son accompagnatrice ait dessiné quelque chose sur son torse de sportif. La demoiselle ne s'embarrassa pas de la moindre gêne et elle pressa ses mains sur chaque pectoral pour y inscrire son empreinte.

Haizaki fit de même sur elle, enfin, par-dessus son soutien-gorge quoi, puisqu'elle avait fait le choix de l'imiter. Mais contrairement à lui, elle ne remit pas immédiatement son haut, préférant laisser son opulente poitrine en proie aux regards masculins de tous bords… D'ailleurs, elle faussa rapidement compagnie à Haizaki, ce dernier ne lui témoignant que peu d'intérêt, trop occupé qu'il était à passer la salle principale au peigne fin dans l'espoir de localiser son lâcheur de service…

Hélas pour lui, les fêtards s'étaient répartis sur plusieurs niveaux, plusieurs étages, agglutinés en une marée humaine informe, au sein de laquelle même le désir de vengeance d'Haizaki ne parvenait pas à faire office de boussole pour le guider jusqu'à sa proie. SES proies, même. Rapidement, il perdit la notion du temps, en même temps que son sens de l'orientation, se noyant dans la masse…

Kise, quant à lui, vivait sa meilleure vie, enlaçant Ryan en se trémoussant sur la piste. La sensation de liberté qui l'envahissait en cet instant était sans commune mesure avec tout ce qu'il avait pu ressentir jusque-là. Comme s'il venait enfin de briser les chaînes qui le retenaient sur la terre ferme…

Il avait l'impression de voler.

De flotter.

De s'élever au-dessus des mortels. Loin de la réalité, loin des malheurs.

Loin de tout…

Ryan avait collé son bassin au sien et ce que Kise sentait enfler contre lui, le faisait saliver d'avance. Sa première fois promettait tout simplement d'être mémorable. Le cadre et le mec étaient parfaits… Son prince sortit quelque chose de sa poche durant leur corps à corps enfiévré et il chuchota :

« Embrasse-moi mon ange, tu vas adorer… »

Sans se méfier une seule seconde, Kise obéit.

Aussitôt, la langue de Ryan s'insinua dans sa bouche et avec elle, autre chose également. Une petite forme allongée, comme celle d'une gélule ou d'un comprimé.

« Avale… » Souffla son aîné.

Et encore une fois, mis en confiance, Kise obtempéra sans protester.

« Qu'est-ce que c'était ? »

« Juste quelque chose qui va te faire te sentir encore mieux, ne t'inquiète pas. »

Et là, pas besoin d'être un intellectuel comme Midorima ou Akashi pour comprendre que l'autre garçon faisait allusion à de la drogue… Mais pour quoi faire ? Kise était déjà amplement réceptif…

Le blond gémit, loin de se laisser échauder par l'attitude suspecte de son prince pas si charmant…

Les effets de la pilule du bonheur ne tardèrent cependant pas à se manifester… Kise avait la tête qui tournait, l'impression de quitter son corps engourdi peu à peu, le rendant extrêmement vulnérable…

A la merci de Ryan…

Haizaki, de son côté, n'avait toujours pas flairé la trace de Kise.

Tu parles d'un fin limier…

Il avait la désagréable sensation de chercher depuis des heures, sans succès… Pour rien. La musique assourdissante résonnait dans ses oreilles et bourdonnait dans son cerveau. S'il ne développait pas des acouphènes après cette soirée d'enfer et EN Enfer, ce serait un miracle… Lassé de fendre la foule dans l'espoir de retrouver son ancien coéquipier, Haizaki décida de sortir quelques instants pour s'aérer l'esprit. Juste le temps de se remettre d'aplomb pour ensuite pouvoir reprendre sa chasse du bon pied…

Il sortit donc prendre l'air frais du soir sur l'un des balcons du premier étage et taxa une clope à une jolie donzelle peu habillée…

Putain, ça faisait du bien.

Dès que la première bouffée de nicotine emplit ses poumons, il se sentir instantanément mieux.

Comme par magie.

Mais de la magie vaudou, alors.

Bordel, ça lui brûlait la gorge, mais qu'est-ce que c'était BON…

Il ferma les yeux. Pour se reposer un peu…

C'est alors que son ouïe capta par hasard une conversation intéressante, qui avait lieu juste sous ses pieds, au rez-de-chaussée…

« Tu crois que Ryan en a encore pour longtemps… ? »

Des types parlaient en anglais en dessous de lui.

Ça ne pouvait pas être une coïncidence…

Haizaki rouvrit les yeux et il alla s'appuyer contre la rambarde, se penchant pour mieux écouter et surtout, voir. Et ce qu'il aperçut leva tout doute potentiel.

Un groupe de trois grands gaillards.

Il les avait déjà rencontrés auparavant…

Des potes du fameux Ricain qui lui avait dérobé Kise…

Quelle chance de les retrouver ici, comme par hasard ! Cela voulait dire que leur acolyte n'était certainement pas très loin…

Heureusement, ils ne paraissaient pas avoir remarqué le lupin. Il put donc les espionner à cœur joie…

Et en apprendre plus sur ses adversaires…

« Non, il ne devrait plus tarder maintenant. Avec la dose de cheval qu'il a filé à Blondie, on va pouvoir en profiter toute la nuit… »

Quoi ?

Pardon… ?

Ils parlaient de Kise là, non ? « Blondie », c'était forcément lui !

Le choc s'empara du garçon à la chevelure noire de jais.

Merde, d'ici, Haizaki ne parvenait pas à tout décrypter… Et il n'était pas non plus aidé par son déplorable niveau d'anglais…

« … Il a intérêt à le faire tourner quand il aura fini… »

« Patience, on va se tous pouvoir se le taper. Ryan nous l'a assuré. »

« Tu peux pas savoir comme il me tarde se souiller sa mignonne petite gueule d'ange ! D'habitude, les bridés, c'est pas trop mon truc, mais celui-ci a un truc en plus… »

« … Macaque Japonais… belle salope… »

Haizaki n'interceptait que des bribes de mots ou de phrases dans le meilleur des cas, mais malgré tout, il comprit l'essentiel : Kise était actuellement en grand danger ! Ces types avaient prévu de lui passer dessus à tour de rôle, apparemment… Putain, quel comportement de lâches ! A vomir ! Même Haizaki n'aurait pas osé… Tu parles d'un prince de conte de fées : il prévoyait surtout de transformer Kise en cuve à foutre pour lui et ses bros, oui ! Merde, la racaille en chef de Fukuda devait faire quelque chose. Mais quoi ? Le temps lui était compté pour agir ! Sans réfléchir, il eut à peine le réflexe d'écraser sa clope au moment de se précipiter une nouvelle fois à l'intérieur. Le loup devait absolument mettre le grappin sur le renard, avant qu'un autre carnivore encore plus féroce ne s'en charge…

La boule au ventre et le cœur battant à cent à l'heure, Haizaki reprit ses recherches. Mais toujours pas la moindre trace de Kise ! Ça commençait à devenir franchement inquiétant… Et s'il était déjà trop tard ? La panique et la peur étaient en train de le gagner insidieusement…

Il aurait pourtant d'y s'en foutre ! Se convaincre que c'était bien fait et que Kise méritait ce qui lui pendait au nez, en faisant preuve d'une telle imprudence fatale !

Cependant, il n'y arrivait pas…

Au lieu de ça, il se sentait responsable des mésaventures qui guettaient le blond. Coupable de ne pas avoir su le retenir auprès de lui, alors que depuis le début, il ne le sentait pas ce satané bouffeur de burgers… Et ce n'était pas qu'une question de jalousie éculée…

Allez… Réfléchis Shogo… Calme-toi… tu n'aideras personne comme ça…

S'ils s'étaient déjà occupés de Kise, la bande à Basile ne serait pas en train de faire le guet ou le piquet de grève devant l'entrée. Il y avait donc encore de l'espoir ! Mais putain, Haizaki avait le sentiment d'avoir déjà fouillé partout ! Quelle sensation frustrante ! Si seulement Kise l'avait écouté ! Ah l'imbécile, il s'était mis de beaux draps tout seul, par excès d'orgueil ! Et en plus, il faisait une chaleur à crever là-dedans ! Avec toute cette foule de shootés formant un groupe compact, Haizaki avait du mal à respirer et à progresser. Il décida donc de battre en retraite dans les toilettes, juste histoire de se passer un peu d'eau fraîche sur le visage pour mieux repartir chasser ensuite…

Etrangement, les chiottes étaient désespérément vides…

Mais ce fut grâce à cela justement qu'il le repéra…

Ryan.

Devant lui.

En train de pisser OKLM dans un urinoir en sifflotant gaiement.

Haizaki fronça des sourcils et il se dirigea vers lui d'un air mauvais.

Enfin, Dame Chance semblait lui sourire…

Oh mais ne vous méprenez pas. Il n'était pas venu régler un antécédent avec Ryan. Ni même pour défendre l'honneur sur le point d'être bafoué de Kise. Non, l'Alpha désirait simplement marquer son territoire…

Et en parlant de pipi, on restait dans le thème…

Il lui tardait de vérifier si le Californien en avait autant dans le slibard que le suggéraient ses muscles difformes dignes d'un bœuf élevé aux anabolisants…

D'un pas décidé, il combla l'espace qui le séparait de son rival et d'un coup sec, sans crier gare, il abattit la tête de Ryan contre le mur carrelé, avant de l'enfoncer… dans l'urinoir.

Le malheureux américain n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait comme déjà, une déferlante de violence le submergeait impitoyablement.

Qui avait dit qu'Haizaki Shogo était un mauvais perdant… ?

« Où est Ryota sale enfoiré ? » Le somma t-il de répondre…

avant de s'apercevoir qu'il l'avait assommé sur le coup…

Oupsyyy !

C'était vraiment ballot, mais dès qu'il était question de Kise, Haizaki avait du mal à contrôler sa force…

Ça promettait au pieu… mais le moment était malvenu pour se soucier de ce genre de considérations. Sinon, c'est qu'il ne vaudrait pas mieux que Ronald le clown de fast food et les autres membres de son cirque raciste…

A présent, le bôôôôô Ryan se vidait donc de son sang par les narines, dans sa propre pisse… (sûrement dans les traces de celle des autres mecs qui étaient passés avant lui…)

Charmant… Voilà qui promettait un réveil tonitruant d'ici quelques heures… Et d'ailleurs, en parlant de cela, Haizaki ne disposait pas de beaucoup de temps pour mettre les voiles, de préférence avant que quelqu'un ne se décide à faire irruption sur la scène de crime ! Il ferait donc mieux de se tailler, fissa ! Mais dans la précipitation, une idée germa soudainement dans son cerveau malade. Parce qu'en effet, se contenter de lui péter la gueule n'était pas une sentence suffisante pour avoir osé envisager de violer Kise…

Haizaki jeta donc son dévolu sur les clés de bagnole du blond platine, qu'il trouva assez facilement fourrées dans la poche arrière de son futal. Qu'il n'avait même pas eu le temps de remonter avant de se faire marave, pauvre chou… Mais bien loin de s'appesantir sur son sort pourtant bien mérité, Haizaki fit plutôt le choix salvateur de déguerpir en quatrième vitesse.

Par chance, il savait très précisément où était garée la voiture de l'autre empaffé et pour cause, puisque le brun l'avait aperçue en arrivant à son tour. A ce moment-là, elle paraissait le narguer nonchalamment d'ailleurs… Mais à présent, abandonnée sur ce parking désert sans la moindre surveillance, elle faisait tout de suite moins la fière.

Et oui, on parlait bien d'une voiture, soit un objet inanimé.

Et dépourvu d'âme.

Oui, oui...

Ce qui n'empêchait absolument pas Haizaki d'avoir envie de la défoncer autant que la gueule de son proprio. Bon, à la différence près qu'elle était déjà rouge, elle. Et pas des suites d'une malencontreuse effusion de sang. Non, il s'agissait de sa couleur naturelle. Contrairement une fois encore, à son possesseur qui se teignait les tifs pour se donner un style.

Bon ok, Haizaki n'allait pas trop s'engager sur ce terrain (glissant) là… faisant lui-même subir toutes sortes de dingueries à ses cheveux…

Mais bref, s'il se souvenait bien des précédentes paroles de Flash Gordon et ses potes les crevards, ces messieurs se baladaient toujours avec une batte de baseball à portée de main. Batte dont il n'osait imaginer l'usage qu'en aurait fait le club des minables sur Kise… Enfin, il fallait bien admettre que dans le cas présent, cette drôle de lubie arrangeait plutôt bien les affaires de notre Shogo national. Parce qu'il comptait également faire subir son terrible courroux à cette pauvre caisse innocente, qui n'avait vraiment rien demandé de tel… Et l'assistance d'une batte serait donc la bienvenue…

Ah ouais nan, Haizaki ne faisait pas dans la dentelle.

Jamais.

Et là, il avait très, très hâte de régler son compte à cette voiture, maintenant qu'il s'était occupé de son possesseur. Il se croyait carrément dans un stage bonus de « Street Fighter II »… ou plutôt, dans « Street of Rage », mais quoiqu'il en soit, on ne va pas chipoter : ça restait tout de même une histoire de rue… Il contourna donc la voiture en petites foulées et dégaina les clés pour ouvrir le coffre. Il devait faire vite, encore une fois, Ryan et ses copains risquaient de débarquer incessamment sous peu pour lui jouer le remake de « Pearl Harbor ».

Enfin, ils pouvaient toujours essayer, remarque… Haizaki saurait les recevoir. Oh que oui… Ces chiens galleux ne faisaient pas peur au loup… Les bastons, c'était un peu son quotidien… Il s'employa donc à ouvrir le coffre. Hmm… peut-être aurait-il plutôt du grimper dans la Maserati et la précipiter dans le ravin le plus proche ? Naaaan… cogner dessus serait tellement plus jouissif ! Et une fois qu'il aurait bien défoncé ce tas de ferraille rutilant, il retournerait chercher Kise qui était sûrement encore en train de danser sans se douter du drama auquel il avait échappé…

Ah le coup du dragon colérique qui finit par sauver lui-même la princesse, tout ça parce que son chevalier servant prévoyait de la faire participer (de force) à un gang-bang impliquant le reste de la garde royale, avouez que ce n'était pas banal…

Mais jamais ô grand jamais, Haizaki n'aurait pu deviner ce qu'il allait trouver au fond de ce putain de coffre…

En plus de tout l'attirail de baseball, bien entendu…


Et voilà, c'est finito pour aujourd'hui ! (Oui, je sais, je suis vilaine de vous laisser sur une telle fin de chapitre...)

25000 mots et des brouettes pour vous faire l'économie des 35000+ qui nous pendaient au nez... Il a bien fallu que je tranche dans le vif...

As always, reviews are appreciated.

En ce qui concerne les sacro-saintes notes :

- A votre avis, qu'est-ce qu'Haizaki a bien pu découvrir caché dans le coffre ?

- Mais où est (Charlie) Kise ?

- On a rencontré Maman!Zaki, YEAY ! "Akane" de son petit nom. Qui ne lui a pas été donné par hasard, puisqu'il désigne en Japonais une teinte rouge ou... une pomme. Une pomme ? Du rouge ? Ca ne vous rappelle rien ? On reste dans le thème du Grand Méchant Loup... ;)

- Evidemment j'étais OBLIGEE de faire danser Haizaki et Kise-chou sur "Bad" de Michael Jackson...

- Kise, champion de DDR ? C'est canon ! (Bon... même s'il s'est un peu chié dans ce chapitre...)

- RAVE PARTY TEEN WOLFESQUE évidemment pour les connaisseurs ! Le coup des peintures phosphorescentes, j'avais adoré à l'époque...

- Non, je n'ai rien contre nos amis Américains, rassurez-vous ! Mais il me fallait des "méchants" et dans KnB Nash et sa clique assurent déjà ce rôle, donc je n'ai fait que conserver la même origine commune.

- A priori, le prochain chapitre (et dernier de cette triade...) devrait marquer une grosse avancée sur le plan de la relation ZaKise... Patience, donc.

Comme d'hab, n'hésitez pas à me faire part de vos envies, vos attentes, vos théories...

Des bisous et merci de m'avoir lue !