Hi girlz !
Pour le premier anniversaire tout pile au jour près de cette fanfic, il était important pour moi de poster afin de marquer le coup !
C'est donc chose faite et woooow, nous en sommes donc à plus de vingt chapitres FOUTREMENT LONG en un an !
J'espère pouvoir continuer à tenir ce rythme en 2023 également !
Merci pour vos lectures et vos encouragements que ce soit en reviews ou par MP, je vous aime fort !
Sur ce, place à la suite... avec tiens donc, un nouveau flashback sauvage qui apparaît !?
ENJOY !
Aomine et Kagami avaient pris leurs aises chez Kise et Haizaki. Enfin, chez le fils Robinson quoi. Tant mieux, Kise appréciait leur présence et d'autant plus aujourd'hui pour être honnête. Car il flottait dans l'air… quelque chose d'un peu âpre… Comme un malaise insidieux, une noirceur persistante… Et cette aura obscure provenait d'Haizaki. Indéniablement. Le brun dissimulait sa mauvaise humeur derrière un visage fermé. Il parlait peu. Vraiment très peu. Mais Kise pouvait sentir cette lourde pression quasi muette sans se tromper. Peut-être que Kagami et Aomine aussi ? Non… pour eux, Haizaki devait arborer son air habituel. Sauf que Kise, lui, commençait à suffisamment connaître son ex-rival pour décrypter ses expressions faciales. Cela devenait d'ailleurs de plus en plus facile avec le temps, d'autant que Kise avait le sentiment qu'ils s'étaient beaucoup rapprochés tous les deux, dernièrement.
Kagami et Aomine restèrent en leur compagnie toute la matinée. Personne ne reparla des événements houleux (voire même honteux, selon les versions…) de la veille, ni de la manière dont leur petite soirée avait bien failli salement déraper… Les trois jeunes hommes ne firent rien de particulièrement notable ensemble, se contentant juste de squatter le magnifique sofa blanc du salon, avec la télévision allumée en fond sonore, parfois sans même parler, tels deux gros chats paresseux en quête d'un peu de chaleur humaine. Mais leur présence avait le don de rassurer Kise. Car tant que les deux fauves seraient dans les parages, la confrontation tant redoutée avec Haizaki s'en trouverait d'autant repoussée. Du moins, cela se déroulerait ainsi dans un monde parfait.
Kise savait pourtant bien que lui et sa Némésis allaient devoir discuter sérieusement un jour – surtout avec tout ce qui s'était dit hier… - mais pour le moment, il ne s'en sentait pas la force. Et puis qu'allait-il bien pouvoir ajouter ? Après tout, le renard n'avait pris aucune décision bien tranchée pour le moment. Mais ce court répit salvateur n'allait pas tarder à toucher à sa fin, comme Kagami leur annonça que lui et Aomine prendraient congé après le déjeuner. Déjeuner préparé par ses soins en guise de remerciements, bien évidemment.
Haizaki ne s'était pas franchement mêlé à leur petit comité durant la matinée. Cela pouvait aisément se comprendre, puisqu'en effet, il n'était pas ami avec Kagami et encore moins avec Aomine. Même si la relation entre les deux mâles alpha avait progressé dans le bon sens, celle-ci restait assez tendue, malgré leurs efforts respectifs. On n'efface pas dix années d'inimitié en un claquement de doigts et Kise était très bien placé pour le savoir… Tout juste ces deux-là en étaient-ils parvenus à l'étape où ils commençaient à peine à se tolérer.
A peu près quoi.
Et c'était déjà beaucoup, mine de rien.
Kagami, en revanche – bien qu'il n'ait pas exactement eu la meilleure première impression concernant Haizaki lui non plus – se montrait sans surprise bien plus sociable que sa moitié envers le loup. Plus sensible ou du moins, plus avenant que son compagnon, le tigre avait immédiatement compris que sa bonne entente avec Haizaki constituait un élément important aux yeux de Kise. Le repas se déroula sans encombre, dans la jovialité générale même. Enfin… Haizaki – qui avait enfin émergé de sa salle de sport après y avoir majoritairement passé la matinée enfermé – faisait quand même encore un peu de boudin dans son coin. Disons que s'il ne s'avérait pas des plus bavards, au moins, il leur faisait l'honneur de sa participation au repas. C'était déjà mieux que rien. Sauf qu'au moment d'attaquer le dessert – le fameux cheesecake au chocolat blanc de Kagami – l'ancien natté se leva soudainement.
Kise, qui était alors tranquillement en train de pronostiquer sur la saison actuelle de NBA avec Aomine, tiqua.
Et pour cause : Haizaki venait brusquement de sortir de table…
« J'peux savoir où tu vas comme ça ? On n'a même pas encore attaqué le dessert… »
Pour toute réponse, Haizaki lui asséna un magnifique doigt d'honneur bien senti.
Ah oui d'accord, on en était là…
Carrément.
Vraiment pas très causant le brun caractériel aujourd'hui !
« Shogo ! » Gronda Kise, en se levant à son tour comme pour se donner plus de voix.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Tu tiens vraiment à ce qu'on lave notre linge sale devant tes potes, t'es bien sûr de toi ? »
« … »
Kise resta coi, se contentant de froncer des sourcils. Il détestait quand Haizaki se comportait de la sorte.
Comme s'il se sentait tout puissant.
Comme s'il était le seul à décider.
A imposer ses choix.
… A défaut que le blond ne formule clairement les siens…
Mais cela ne constituait malgré tout pas une excuse recevable.
De quel droit se conduisait-il tel le dernier des gougnafiers, quand il serait largement préférable qu'il apprenne à réfréner ses élans de susceptibilité ?
« Ce ne sont pas tes oignons de toute façon, je ne vois pas pourquoi je devrai systématiquement te dire où je vais alors que… je ne représente rien pour toi, je ne suis qu'un simple colocataire. J'ai donc le droit de déambuler comme bon me semble et sans avoir de comptes à te rendre ! »
Aka l'art et la manière de dire « Je ne suis pas ton mec et c'est toi qui l'as voulu, donc lâche-moi la grappe ! »
Mais bien décidé à ne pas se laisser humilier, ni même manquer de respect devant ses amis, Kise reprit la parole. Haizaki voulait jouer au plus malin avec lui et avoir le dernier mot ? Même pas en rêve !
« Tu vas chez elle, c'est ça ? Je vous ai entendus discuter tout à l'heure, sauf que t'es mécano, pas plombier aux dernières nouvelles. Ou bien tu m'as caché que tu possédais également cette corde à ton arc et dans ce cas, alors tu devrais plutôt mettre à profit ce talent pour aller réparer la tuyauterie de notre ancien appart' de Compton, afin que l'on puisse y retourner au plus vite… »
« Compton !? » Répéta Aomine, en manquant de s'étouffer sur sa part de gâteau fraîchement distribuée par son chéri.
Mais c'était hyper mal famé par là-bas ! Voire même carrément dangereux ! Et c'était donc dans cet endroit de malheur que vivait Kise, avec Haizaki, auparavant !?
Kagami lui tapota gentiment dans le dos pour faire passer la bouchée avalée de travers.
« Pourquoi tu tiens tant que ça à retourner dans c'trou à rats !? Le luxe du plus grand et bel appart' de tout Downtown Los Angeles ne te convient plus ? J'te rappelle que t'avais même pas ta propre chambre à Compton ! »
AH PARCE QU'EN PLUS ILS PIONCAIENT ENSEMBLE LA-BAS !?
Mais ça n'allait pas DU TOUT ça !
C'était tout bonnement INADMISSIBLE !
Aomine se sentait tout à coup pousser une mentalité de vieux réac', ascendant « Père-la-Morale » !
Comment ces deux-là, qui n'étaient même pas MARIES, osaient-ils partager la même couche !? (Heuuu comme hier, tu veux dire Aho ?) Bon, il ignorait que par galanterie, Haizaki avait laissé sa chambre à Kise… mais en même temps, personne ne lui disait jamais rien, à lui. Après, à voir sa réaction, on comprenait facilement pourquoi. Même si Aomine était intimement persuadé que Kagami était au courant de ces informations et qu'il les lui avait sciemment cachées. Encore une fois, inutile de s'en demander la raison…
« So what ? D'accord, c'était plutôt spartiate niveau confort, mais au moins, c'était chez NOUS ! »
« Dire que Viv' nous héberge à titre gracieux en ce actuellement, mais toi par contre, tu n'as pas le moindre scrupule à cracher sur son hospitalité… J'arrive pas à le croire… » Lâcha Haizaki, sur un ton faussement affligé.
« Oh je t'en prie… moi je lui crache peut-être dessus, mais toi c'est DEDANS à en croire Daikicchi… » Pensa Kise, avec une furieuse envie de lui balancer ces propos à la figure.
Heureusement, il parvint miraculeusement à se contenir, serrant poings et mâchoire pour ne rien laisser filtrer. Car il possédait une idée très nette de ce qui se tramait entre eux et ce, avant même qu'Aomine n'y mette son grain de sel. D'ailleurs, il avait même déjà posé la question à Haizaki, dès lors qu'ils s'étaient installés ici en catastrophe. Mais le brun avait réussi à esquiver et Kise avait laissé tomber de son côté, craignant bien trop d'affronter la réponse qui risquait d'être formulée.
« En tout cas, elle serait très déçue si elle t'entendait… Elle qui a une si grande estime de toi… »
Mais Kise n'en voulait pas, lui ! Il n'avait rien demandé à cette foutue sorcière qui prenait, il le savait, un malin plaisir à se dresser entre Haizaki et lui !
« J'apprécierai qu'à l'avenir, tu t'abstiennes de parler de moi avec cette bonne femme… Et pas uniquement dans mon dos. Tout le temps. Je ne veux plus qu'elle ait mon nom à la bouche. Jamais. Quel que soit le contexte. »
Le ton de Kise était calme, résolu. Mais autoritaire.
« Cette 'bonne femme', comme tu le dis si bien, n'a eu de cesse de faire preuve d'une générosité sans limite envers nous ! Et c'est en la traitant de cette manière-là que tu la remercies !? » S'indigna Haizaki, prenant clairement et bien… la défense de sa… patronne.
Sa copine.
Son amie.
Sa maîtresse.
Peu importait son statut, au final.
Parce qu'en cet instant, Kise se mit vraiment à voir rouge.
« Oh mais je suis certain qu'à toi seul, tu la remercies déjà bien assez pour nous deux ! » Répliqua Kise, bras croisés sur son torse et air hautain.
Visiblement affecté par un tel sous-entendu, Haizaki fronça des sourcils.
« Et qu'est-ce que tu insinues là, au juste ? Vas-y, dis-nous le fond de ta pensée, si tu l'oses ! Je suis persuadé qu'Aomine et Kagami ont très envie de savoir eux aussi ! »
« Heu non… pas des masses, en fait, ça ira… » Glissa Aomine à vous basse, tout juste remis de sa tentative d'obstruction gutturale.
Sympa le déjeuner qui se transformait en petite prise d'otage !
Et comme si cela ne suffisait guère, pas moyen de se barrer pour les laisser régler leurs comptes !
Non seulement ce ne serait pas très discret, mais en plus, Kagami serrait le bras de son homme pour le maintenir cloué à sa chaise. L'homme en question, hein, pas son bras. Impossible de s'échapper, donc. Mais pourquoi il l'en empêchait d'ailleurs, ce maudit tigre !? Hmm… il voulait sûrement s'assurer que Kise n'allait pas s'écrouler suite à sa confrontation avec Haizaki et quand bien même ce serait le cas, le tigre était du genre à vouloir être présent pour pouvoir ramasser son ami à la petite cuillère si besoin… Awww brave Kagami, too pure for this world !
…
Bon…
Quitte à devoir assister au drama, que Tigrou se rende utile et aille lui préparer du pop corn, au moins !
« Alors ? Qu'est-ce que tu attends pour exposer en détails et à tout le monde ici présent la véritable raison de ta haine injustifiée envers Miss Robinson ? »
Kise préféra se murer dans le silence. Il avait trop à perdre sur ce coup. Et aucune certitude, même si les preuves commençaient à s'accumuler, couplées à son intuition qui ne le trompait que rarement. Cependant, il doutait de pouvoir affronter la réponse d'Haizaki à la question fatidique qu'il mourrait pourtant d'envie de lui poser. Enfin, à supposer que ce dernier ne lui mente pas comme il avait promis d'arrêter de le faire il y a quelques jours de cela…
« Bah alors ? T'es vachement moins bavard tout à coup ! »
Bon, Haizaki ne lui laissait pas le choix avec ses attaques frontales incessantes, qui confinaient presque au harcèlement…
« Ecoute… » Soupira Kise en détournant le regard. « Je n'ai juste aucune envie que tu me laisses, est-ce que c'est si difficile que ça à comprendre ? A concevoir ? »
Wow… niveau honnêteté brutale, ça se posait là !
Or, ça coûtait au renard de reconnaître cela mais… bon déjà, pour commencer, c'était vrai, mais surtout et paradoxalement, cet aveu représentait une parfaite diversion pour éviter de trop avoir à se mettre à nu. Un peu comme quand on offre un doigt pour éviter d'avoir à donner son bras tout entier… faire mine de se découvrir, juste très légèrement, pour garder le reste, le plus incriminant, bien dissimulé en retour.
« C'est bon, j'en ai pas pour trois heures non plus. » Tenta de couper court Haizaki. « Et puis, tu as Kaga et Aho pour te tenir compagnie en mon absence. »
« Ouais enfin, c'est qu'on aimerait bien pouvoir enfin s'barrer, nous… » Marmonna Aomine avant de se prendre un coup de coude dans les côtes de la part de son cher et tendre. Ce qui l'obligea à reformuler sa pensée avec un peu plus de diplomatie. « … Heu j'veux dire, on ne voudrait SURTOUT PAS abuser de votre FANTASTIQUE accueil hein ! »
« Ah, tu vois ? Ils sont sur le départ eux aussi. »
Haizaki soupira et passa une main dans ses beaux cheveux d'encre.
« Ok. Dans ce cas, donne-moi DEUX bonnes raisons de rester avec toi, plutôt que d'aller chez Miss Robinson. »
Kise cligna des yeux, ne s'attendant pas à une telle demande de la part d'Haizaki. Mais… Maître Renard semblait être parvenu à attendrir le Grand Méchant Loup, du moins, partiellement. Alors à lui de montrer qu'il était le plus malin des deux à l'aide des bons arguments. Autant dire que Kise n'avait pas intérêt à se louper.
Here we go…
« Tu veux des raisons ? De bonnes raisons ? Mais aucun problème ! » Mentit Kise, obligé de devoir tout miser sur son sens de l'improvisation. A supposer qu'il en possède un. « Tout d'abord, et comme tu le sais déjà, je pars après-demain aux Maldives. » Et pour le prouver, le blond dégaina son téléphone portable, qui afficha immédiatement le mail de confirmation envoyé par son agence. Billets d'avion à l'appui. « Ce qui veut donc dire… que nous allons être séparés et que je ne te verrai pas pendant plusieurs jours. »
Bon… Choisir, puis invoquer cette raison-là… c'était peu ou prou confesser qu'Haizaki allait lui manquer… Il faudrait vraiment être idiot pour ne pas le comprendre ainsi… Kise espérait donc que le garçon aux cheveux longs remarquerait l'EFFORT que cela représentait pour le Golden Boy de mettre ainsi sa fierté de côté en se livrant ainsi et qu'un tel aveu ne passerait pas inaperçu. Surtout s'il avait le pouvoir d'émouvoir même ne serait-ce que très légèrement Haizaki.
« Ok, ça fait UN argument recevable. » Fit Haizaki en levant un doigt pour compter en direct. « Et donc, le second ? »
Merde, vite, trouver autre chose et rapidement ! Kise paniqua intérieurement, même s'il n'en laissa rien paraître. Mais quand on panique, on balance des conneries, le premier truc qui vous passe par la tête, sans réfléchir.
Et ce fut ce qui se produisit.
« … I-il y a ce film qui passe en ce moment au cinéma et que j'ai très envie de voir ! »
Merde ! Pourquoi il avait dit ça !?
« Hein ? Depuis quand t'es féru de cinéma, toi ? Et ça n'peut pas attendre ton retour de shooting… ? »
« N-non ! Parce que j'ai peur qu'il ne soit plus à l'affiche quand je reviendrai ! »
« Heu… » Grimaça Haizaki, pas convaincu. Mais pas décidé à se laisser enfler sans réagir non plus. « C'est quoi le film en question ? »
HAHAHAH !
…
Erm… la colle…
Ultime !
Mince… qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir trouver à répondre à ça !?
Fermant les yeux pour mieux se concentrer, Kise se mordit la lèvre inférieure.
Il était foutu s'il ne trouvait pas quelque chose, n'importe quoi !
Alors, encore une fois, il parla plus vite que son ombre.
« King… » Ouaiiiiiis, ça commençait bien, ça ! Il y a toujours un film avec le mot « King » dedans ! « Kong… ? » Oiiiiii moins bien ça par contre…
« King Kong ? » Répéta Haizaki, incrédule.
« … Hein ? C'est quoi l'rapport avec la capitale de la Chine !? » S'exclama Aomine, la bouche pleine de gâteau.
« Mais non idiot ! 'King Kong', pas 'Hong Kong' ! » Le corrigea Kagami. « En plus, tout l'monde sait qu'la capitale de la Chine, c'est Bogota ! »
« N'importe quoi triple buse ! Hong Kong, c'est un gorille géant ! » S'enfonça Aomine.
« Nan, nan, tu confonds avec ping-pong ! » Insista son homme.
Décidément, pas un pour rattraper l'autre intellectuellement parlant…
Kise soupira, mais préféra les laisser à leur débat niveau petite section de maternelle… Il reporta donc son attention sur Haizaki et opta pour maintenir son mensonge. Il était trop tard pour reculer de toute façon et trouver autre chose. Avec suffisamment d'aplomb, ça pouvait passer…
« Ouiiii, s'il te plaît ! Comme c'est un vieux film, j'suis pas sûr qu'on puisse le voir partout et qu'il reste encore très longtemps disponible… »
« Mais… y a vraiment b'soin d'se déplacer jusqu'au ciné juste pour ça… ? »
« Carrément ! C-c'est parce qu'il s'agit d'un remaster ! Avec une toute nouvelle qualité d'image et des effets spéciaux plus modernes ! » S'excita Kise, surjouant à fond la carte du fanboy émérite.
Bon sang… Manquerait plus qu'aucun cinoche du coin ne le diffuse… Nan, il y en avait forcément un, après tout, il s'agissait d'un CLASSIQUE du grand écran, au même titre que je sais pas moi… « Autant en Emporte le Vent ! » Arrrghhh zut, pourquoi n'avait-il pas pensé à ce film-là en premier, justement ? Parce qu'en ce moment, Kise s'identifiait davantage à Scarlett O'Hara la flamboyante indécise qu'à un grand singe en cavale…
M'enfin, de là à dire qu'Haizaki s'apparentait à Rhett Butler… Ouais, nan, disons que la ressemblance n'était pas des plus frappantes ! Quoiqu'avec une petite moustache… Mais bref, ce n'était pas le sujet du moment ! Kise espérait vraiment avoir convaincu son homologue. Et pour s'en assurer, il rajouta une couche de vernis super-résistant, aka « un regard de chaton perdu ». Personne ne pouvait s'y montrer insensible, pas même le Big Bad Wolf…
« Alors dis, tu veux bien m'accompagner ? »
« Raaah c'est d'accord… »
OUAIIIIIIS !
Au fond de lui, Kise exultait. Finalement, il s'en était bien sorti pour improviser des arguments au pied levé.
« Mais tu fais chier… »
C'est ça, bien-sûr, c'était LUI qui faisait chier et non pas Haizaki avec tous ses secrets, couplés à un manque certain de coopération… Cependant, Kise n'en avait que faire. Tout ce qui comptait pour lui était de passer avant Miss Robinson. Qu'Haizaki fasse de lui sa priorité.
Après leur bref affrontement verbal, les deux canidés reprirent place à table. Et Haizaki accepta même du dessert, le savourant tranquillement. Ils n'étaient pas passés loin du drame, pourtant… Mais les esprits semblaient s'être apaisés. Car en effet, il n'existe aucune tension qu'une bonne part de cheesecake maison ne puisse résoudre. Plonger sa cuillère dans la mousse moelleuse et aérienne possédait des vertus cathartiques indéniables. Faire péter son taux de diabète aussi.
Une fois leur copieuse collation sucrée engloutie, Kise raccompagna ses deux invités à la porte de l'appartement. Il salua une dernière fois Kagami, avant qu'Aomine ne fasse signe à ce dernier d'aller l'attendre en bas de l'immeuble. Apparemment, lui et le renard avaient encore des choses à se dire… à l'abri des oreilles indiscrètes…
« On n'est vraiment pas passés loin du désastre hier soir… J'arrive pas à croire que… j'ai pu me laisser séduire par la proposition d'Haizaki et trouver que c'était une bonne idée… »
Ah ça, c'était bien du Aomine tout craché de rejeter la faute sur autrui pour ne pas avoir à se remettre en question. Evidemment que la faute en revenait exclusivement à Haizaki.
« Mais… j'dois quand même bien admettre que s'il n'avait pas mis son grain de sel dans nos affaires, moi et Tai on n'aurait probablement toujours pas couché ensemble à l'heure qu'il est. »
« Et tu oublies de dire que vous ne seriez pas non plus en couple. »
« Ouais, y a ça aussi. » Le bleu fixa le bout de ses baskets avant de reprendre : « Dis… tu crois qu'il avait tout calculé ? Qu'il savait que ça se terminerait de cette façon-là ? »
« Qui sait ? Haizaki n'était certainement pas le plus comploteur d'entre nous au collège, ni l'esprit le plus brillant. Il avait plutôt tendance à compter uniquement sur ses muscles et n'hésitait pas à passer en force… mais ça a pu changer… Comme tout le reste. Il m'a souvent répété que beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts et qu'il n'était plus le même qu'avant. »
« Raison de plus pour ne pas lui faire confiance. Parce que si en plus de la force brute maintenant, il possède un cerveau… » Il soupira. « Tu crois… qu'il serait allé jusqu'au bout, si on ne l'avait pas arrêté au bon moment ? »
« Sans doute. C'est pas le genre de gars à s'embarrasser de remords. Et quand il a décidé d'un truc, en général, il fait ce qu'il faut pour le mener à bien. » Ne démentit pas Kise.
« J'aime vraiment pas le fait de te laisser habiter seul avec lui… Parce que d'après ce que tu viens de me dire, tu n'as fait que confirmer ce que je savais déjà : ce gars-là est prêt à toutes les extrémités pour atteindre son objectif. »
« T'as peur qu'il exerce une mauvaise influence sur moi ? » Gloussa Kise, légèrement attendri par l'inquiétude de son ami.
« Comme si ça n'était jamais arrivé précédemment… »
Ah, ça.
Kise n'avait aucun besoin qu'on lui rappelle ses errements du passé…
Oh, mais il était jeune à l'époque des faits. Inexpérimenté et à fond sur Haizaki… ahaha… en quoi était-ce différent de maintenant, au final me direz-vous ? Non… ça n'avait rien à voir. Kise voyait clair dans son jeu à présent et il ne se laisserait plus avoir.
« Merci, mais je sais ce que j'ai à faire. »
« Si tu l'dis. Sois prudent, quand même et n'oublie pas que les contes de fées, ça n'existe pas. Qu'Haizaki soit tombé sur toi, à l'autre bout du monde et au moment où tu en avais le plus besoin, n'en est pas un, ok ? Et ce n'est certainement pas un hasard non plus, alors ne te laisse pas berner par ses beaux discours ou son joli minois musclé. Fais attention à toi Kise et surtout… garde en tête que ma porte ou celle de Tai te sera toujours ouverte et qu'il n'y a rien de honteux à revenir habiter avec nous ou à solliciter notre aide. »
Hmm… Aomine semblait sincère et le connaissant, il l'était même très probablement. Sans arrière-pensée. Mais pour Kise, revenir sous son giron après avoir tenté l'aventure auprès du prédateur ultime, ce serait… comme un aveu de faiblesse. Un aveu d'échec. Cuisant. Le basané avait raison de conseiller à Kise de rester sur ses gardes, en se méfiant d'Haizaki. Leurs retrouvailles « fortuites » étaient trop belles pour être vraies et le seul fruit du hasard. Kise le savait, mais il refusait d'y penser ou même de le concevoir. Parce que cela… impliquerait trop de choses. Des choses graves et potentiellement nocives pour lui… Voire carrément dangereuses.
Aomine prit finalement congés sur ces dernières sages recommandations.
En tout cas, force était de constater que la panthère avait mis de l'eau dans son vin et chose encore plus rare, dans son discours également. Aurait-il enfin compris qu'il devait s'abstenir de tout jugement, s'il ne souhaitait pas braquer Kise ? Se montrer plus subtil et moins agressif, avait tendance à mieux aider ses idées à passer. Et à faire leur petit bonhomme de chemin dans la caboche de son meilleur ami.
Kise s'écroula dans le sofa blanc moelleux.
Où était passé Haizaki ? Serait-il retourné faire du sport ? A moins qu'il n'ait trouvé refuge dans sa chambre, afin de fomenter son plan secret de conquête du monde… On pouvait tout imaginer venant de lui… L'ex-natté était tellement imprévisible. Mais même si Kise se refusait présentement à le diaboliser autant que lui, le blond devait cependant reconnaître qu'Aomine avait raison à propos d'Haizaki, sur un point en particulier : oui, il avait bel et bien exercé une terrible influence sur Kise au temps du collège... et cette emprise passée ne jouait pas vraiment en sa faveur…
Mais Kise était naïf à cette époque, n'est-ce pas ?
Rien à voir avec aujourd'hui.
… Prétend celui qui s'est laissé embarqué dans non pas un, mais deux plans à quatre ET une violation de domicile, en l'espace de seulement quelques semaines de vie commune…
Hmm…
Time for a trip down to Memory Lane…
« Bon sang, c'qu'il fait chauuuuuud ! On crève la gueule ouverte ! » Se plaignait Kise, tentant tant bien que mal de s'éventer à l'aide de… son cahier de maths.
Et ce n'était déjà pas si mal d'être parvenu à lui trouver une utilité, même détournée de son rôle premier, étant donné que le Kitsune ne l'ouvrait jamais pour le consulter. Réviser ? Kézako ? Pour quoi faire ? Très peu pour lui, en tout cas ! Ce n'était certainement pas ce qui allait lui assurer un avenir ! Sans surprise, le blondin n'était guère porté sur les études. Enfin… il y avait bien une matière qui recueillait tout de même un tant soit peu son intérêt et pour laquelle il fournissait même quelques efforts : l'anglais.
Pas qu'il trouve l'apprentissage des langues particulièrement passionnant, mais si l'adolescent tenait à se lancer à l'internationale dans le mannequinat un jour, il s'agissait d'un élément à ne pas négliger. Bon ok, les agents artistiques servaient à ça aussi, en temps normal. A négocier et à décrypter les contrats proposés, même ceux en provenance de l'étranger, mais… ne serait-ce que pour s'orienter seul dans un autre pays, Kise avait besoin de maîtriser quelques bases et autres rudiments essentiels. Ça pourrait lui être utile pour l'empêcher de se faire enlever et ôter un organe par inadvertance...
« Stranger = danger ! » Comme on dit…
« Ça va, on a compris putain. Arrête de l'répéter, ça m'file encore plus chaud ! » Le houspilla son compagnon du jour.
Qui n'était autre qu'Haizaki Shogo.
Soit le collégien le plus bagarreur des environs.
Du moins, telle était sa réputation et elle devait bien être fondée sur quelque chose de tangible, genre des faits irréfutables, tels que des notes d'hôpital salées pour lui et/ou ses adversaires.
Quel miracle d'ailleurs, qu'il ne se soit pas encore fait expulser, mais d'après ce que Kise en avait compris, c'était sa place de titulaire dans la prestigieuse équipe de basket de Teiko qui lui sauvait continuellement le derche. Pour le moment, en tout cas. Mais cet état de grâce risquait de ne pas durer, puisqu'en effet, sa place n'était autre qu'un siège éjectable et elle ne suffirait pas toujours à le mettre à l'abri. L'argenté ferait donc mieux de se ressaisir, une bonne fois pour toutes, au lieu de compter uniquement sur ce passe-droit éphémère. Cependant, la menace de renvoi qui planait sur Haizaki semblait être le cadet de ses soucis et aucun changement de sa part ne figurait au programme immédiat…
« Mais j'en ai marreuuuuuuh ! On était même mieux en classe, c'est dire ! Au moins, il y avait un peu de vent… »
Le « vent » en question, provenait du ventilateur de plafond fraichement (dans tous les sens du terme…) installé dans toutes les salles de cours. Pour une fois que l'administration du bahut avait eu une bonne idée et fait preuve d'initiative ! (avec un peu de budget pour mener son office à bien…) Jamais Kise l'élève moyen par excellence, n'aurait cru admettre une telle chose, mais les faits, indéniables, étaient pourtant là : oui, il se sentait (physiquement) MIEUX et il était même pressé d'y trouver refuge à nouveau dès demain, grâce au confort rudimentaire conféré par la ventilation.
« Merde, j'ai l'impression que je pourrai faire en combustion spontanée rien qu'en te regardant suer à côté de moi ! T'as qu'à rentrer te mettre au frais chez toi, au lieu de me rebattre les oreilles avec cette histoire de canicule ! »
« Tu rigoles ou quoi ? Chez moi, y a pas la clim' ! Ni quoi que ce soit d'autre qui ressemble de près ou de loin à un instrument pour brasser de l'air, même chaud, snif ! »
Les deux garçons rentraient ensemble de leur entraînement de basket. A vrai, c'était devenu plutôt fréquent, dernièrement. Presque comme une routine secrète. Car il se trouvait que même si notre duo de collégien habitait des quartiers différents, ils avaient au moins une ligne de métro en commun. Et depuis leur petite sortie à la fête foraine, le loup et le renard s'étaient pour ainsi dire… rapprochés.
En quelque sorte.
Trèèèèèèèèès légèrement, hein, ne vous emballez pas non plus !
De l'avis d'Haizaki, tout du moins…
De son côté, Kise s'était bien gardé d'en avertir ses parents. Il fallait dire que fréquenter Haizaki avec les casseroles – réelles ou supposées - que se traînait le gris, risquait fort de ne pas recueillir l'adhésion parentale. Pourtant, Kise n'avait – à ce stade – absolument pas à se plaindre de la compagnie de l'argenté. Au contraire même. Par trois ou quatre fois déjà, Haizaki lui avait sauvé la mise en le soustrayant à quelques fans féminines acharnées. Ce gars connaissait tous les raccourcis et toutes les sorties secrètes du collège – même celles qui n'étaient répertoriées nulle part – nécessaires pour s'enfuir à la hâte sans se faire intercepter. Le loup lui avait raconté que cette bonne connaissance de la topographie des lieux était vitale pour lui, car il n'était pas rare que des délinquants énervés viennent l'attendre à la sortie du collège pour le tabasser…
« Et comment ça s'fait ? »
« Ben… disons que mes parents sont très occupés par leur travail. Ils bossent beaucoup tous les deux, avec des horaires pas possibles ! Ils ont très peu de temps libre alors… ils n'ont pas franchement eu l'occasion d'aller acheter un ventilateur au moment de l'annonce de la vague de la chaleur et résultat, maintenant, c'est trop tard ! A croire que tous les habitants du Japon se sont passés le mot pour se ruer dessus ! Du coup, l'entièreté des stocks a été dévalisée et plus rien n'est disponible à la vente, ni même à la commande. » Déplora l'Eurasien.
Les rayons avaient donc subi un pillage en règle de la part des badauds, façon razzia de P.Q. lors du confinement, en somme…
« Oh je vois, mauvais timing quoi… L'erreur classique. »
« Ouais, mais qui se paie cash ! Quel manque de bol n'empêche… Me voici donc condamné à prendre trois douches froides par jour jusqu'à la fin du mois ! Gnaaa jamais ma belle peau de lait si satinée et délicate ne le supportera ! »
C'est que le calcaire, ça dessèche sacrément l'épiderme mine de rien… Et puis, Midorima lui avait expliqué des choses inquiétantes à propos d'un obscur machin répondant au doux nom alambiqué de « film hydrolipidique de la peau »… Apparemment, il était important de le préserver afin d'éviter un vieillissement prématuré de la couche cutanée externe… Ou un truc comme ça.
« A ce point-là ? Elle va durer aussi longtemps que ça cette satanée chaleur ? »
« A minima, oui ! D'après les estimations les plus pessimistes de certains météorologues, ça pourrait même continuer une bonne partie de l'été ! »
« Quoi !? Mais tu peux pas rester comme ça aussi longtemps ! Tu tiendras jamais ! Regarde-toi : t'es en train de fondre sur place comme une bougie de cire allumée depuis trop longtemps ! Ou un bonhomme de neige en vacances sur le mont Etna ! »
Et Kise de lui faire ses plus beaux yeux de faon abandonné par sa mère ! De toute évidence, il se sentait touché qu'Haizaki s'inquiète de son sort. Ce qui ne manqua pas d'occasionner quelques rougissements accablants de la part de l'argenté… Rougissements qu'il s'empressa d'ailleurs de chasser.
« … Enfin, pas que j'en ai quoi que ce soit à foutre, hein ! »
Puis, il s'arrêta soudainement. Sans prévenir et sans crier gare.
« … Au fait, j'en conclus que tes vieux, ils quittent tard ce soir également ? »
Changement de sujet brutal, sans transition aucune…
« Heu ouais, à priori. Comme d'hab quoi ! »
« Hmm… Ecoute, tu vas devoir rentrer sans moi finalement, j'viens d'me rappeler que… j'ai oublié un truc important au collège… Faut qu'j'y r'tourne. »
« Maintenant ? Tout de suite ? Mais… ça ne peut pas attendre demain ? »
« Non. Comme je viens de te le dire, il s'agit d'un truc vraiment important. Alors à plus ! »
Hein, mais de quoi est-il question pour que ce soit aussi urgent ? Et surtout, que ça ne puisse pas attendre, au point de se soustraire à sa compagnie de la sorte ?
Cependant, sans autre forme de procès ou de cérémonie, Haizaki le planta là.
Sans justification aucune.
Au ben d'accord. Au moins, ça avait le mérite d'être clair !
Mais Kise se sentait soudainement intrigué : qu'est-ce qui pouvait bien être plus important que le privilège de profiter de son éblouissante compagnie ? A part la destruction imminente – or, par « imminente », il sous-entendait en réalité « immédiate » et « inévitable » - du monde, le blond à la modestie légendaire ne voyait vraiment pas ! Et ce n'était pas faute de chercher pourtant !
C'est que Kise n'avait pas tellement l'habitude de se faire planter de la sorte, un peu comme si, tout à coup, Haizaki avait ressenti le besoin absolu et impérieux de se débarrer de lui. Non mais, quelle mouche avait bien pu le piquer ? Le Gémeau détestait ne pas être au centre de l'attention !
Surtout celle d'Haizaki !
Il rentra donc en vitesse, tout penaud et des interrogations plein la tête…
« Raaaaah j'en peux PLUS de cette fichue CANICOULE ! » S'égosilla Ryoko.
L'aînée de la fratrie Kise déambulait sous les yeux de sa soeur dans le plus simple appareil : débardeur (sans soutien-gorge) et petite culotte. Aussitôt avait-elle regagné l'appartement familial qu'elle s'était débarrassée sans remord de ses vêtements encombrants et souillés par la sueur. Suffoquer et macérer dans ses propres fluides corporels au beau milieu de cette terrible vague de chaleur ? Très peu pour elle !
« On dit 'canicule', pas 'canicoule'. » Lui rappela sa cadette en daignant à peine relever le nez de son passionnant bouquin de maths.
Ses lunettes à la monture épaisse lui glissaient d'ailleurs sur les joues, à cause de la sueur. A croire qu'elle s'était tartiné le visage de savon liquide, tant Irumi luisait elle aussi.
Ryoko alla s'affaler dans le canapé. Brrr… le cuir lui colla au dos ! C'était tellement désagréable de se sentir toute poisseuse !
« Pour ta bonne information, sache que je transpire tellement là que ça se transforme d'office en caniCOULE ! Le mot 'canicule' n'est plus assez fort pour décrire mon ressenti, à ce stade ! Ne vois-tu pas que je SOUFFRE !? »
« Et bien dans ce cas continue à souffrir, mais en silence, je te prie. J'essaie de réviser là, puisque tu ne sembles pas l'avoir remarqué. »
Mais l'égocentrique Ryoko était-elle en capacité de remarquer quoi que ce soit qui ne la concerne pas directement ? Telle était la véritable question.
« Bah va l'faire ailleurs, le salon n'est pas un endroit pour étudier ! » La rabroua sa sœur, avant de lui balancer l'un des oreillers du canapé en pleine poire.
Ça lui apprendrait à se plaindre à cette sale petite intello irrespectueuse de l'autorité sororale, tiens !
« Ça, je le sais bien figure-toi. Je serai bien allée me mettre au frais à la bibliothèque, mais elle est fermée pour travaux de réaménagements, alors je n'ai pas d'autre choix que de rester ici, à subir ta tyrannie. Et il est hors de question que je retourner cuire à l'étouffée dans notre chambre… déjà que je suis obligée de la partager avec toi toutes les nuits… Il n'y a que dans le salon que la fenêtre est assez grande et proche pour que je sente un peu d'air pour ventiler mes cellules grises ! »
Tu m'étonnes, John ! Irumi était littéralement COLLEE à ladite fenêtre, bloquant ainsi toute circulation potentielle de fraîcheur extérieure.
Oui, « potentielle », étant le mot clé.
« Mais ferme-là cette fenêtre aussi ! T'es chiante, tu fais rentrer de l'air chaud idiote ! »
« Je préfère encore faire rentrer de l'air chaud comme tu dis, que pas d'air du tout ! » Répliqua l'intellectuelle de la famille, bien décidée à ne pas céder aux invectives de sa diva de grande sœur.
« Grrr… si seulement cette foutue bibli était ouverte ! Je t'y aurai même accompagnée, tiens ! Au moins, là-bas, il y a la clim' en temps normal ! »
« Ah cela m'étonnait aussi que tu proposes une telle chose sans la moindre arrière-pensée… »
Se rendre à la bibliothèque, prendre la peine de se déplacer jusqu'à un endroit aussi austère uniquement dans le but de se cultiver un peu et d'élargir le champ de ses connaissances académiques… ? Très peu pour Ryoko ! A quoi bon se retourner le cerveau pour essayer d'apprendre quelque chose, alors que Dame Nature lui avait conféré une beauté souveraine, lui permettant déjà de palier à tous ses problèmes ! A part pour choper une bonne migraine carabinée qui amoindrirait d'autant son pouvoir de séduction, Ryoko n'en voyait pas l'intérêt. Car l'avantage lorsque l'on est beau et charmant, c'est que ce sont les autres qui réfléchissent et se démènent donc pour trouver des solutions à votre place ! C'était ainsi que le monde tournait et Ryoko ne comptait aucunement bouleverser l'ordre naturel des choses !
« Désolée ma cocotte, mais on ne prend pas toutes et tous plaisir à se faire des nœuds au cerveau comme toi ! Et tu le saurais, si tu fréquentais un peu plus tes pairs ! »
« Non merci, je préfère largement la compagnie des animaux. L'espèce humaine est inévitablement vouée à l'extinction et si tu veux mon avis, tu en es d'ailleurs la preuve vivante : totalement dépourvue de toute capacité d'adaptation et donc, du moindre potentiel évolutif. Alors, autant me faire l'économie de toute tentative de socialisation inutile et futile, en me consacrant intégralement à des activités plus productives. »
« Ben voyons ! Je suis au contraire le fruit le plus avancé de cette soit disant « évolution » dont tu loues tant les mérites ! Et à juste titre, d'ailleurs ! Car je suis le résultat d'une drastique sélection naturelle et génétique, étalée sur plusieurs générations ! L'incarnation de la beauté poussée à son paroxysme, m'assurant survie et protection future de la part de la société ! Toutes les portes me sont d'ores et déjà ouvertes et ce, sans avoir besoin de lever le petit doigt : juste parce que je suis incroyablement séduisante. C'est là toute l'injustice de la nature humaine, chère petite sœur ! Toi, tu devras te battre toute ta vie pour réclamer ton dû, tandis que moi, je n'ai simplement qu'à me laisser vivre et à faire ce que je sais faire de mieux sans avoir à fournir le moindre effort, être belle, pour aussitôt voir tous mes besoins être comblés par autrui ! »
« Oh mais réjouis toi tant que tu le peux, soeurette, car tu es peut-être au sommet de la chaîne alimentaire pour le moment, mais je suis au regret de t'annoncer que cela ne durera pas. La beauté, contrairement à l'intellect, n'est qu'éphémère et ne peut suivre qu'une pente descendante. Alors à ta place, je commencerai déjà à économiser en prévision d'opérations de chirurgie esthétique futures. Ou à investir dans une bonne crème anti-ride sans attendre, si tu ne possèdes hélas pas le budget nécessaire à l'entretien de cette beauté toute relative qui semble pourtant être ton seul atout viable. »
Oui, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs (aussi, soyons fous !) les lecteurs : je vous présente une discussion NORMALE entre deux collégiennes… banales.
Ou presque.
« … Vous savez que vous faites grave flipper, toutes les deux… ? Non mais sérieusement, hein. On dirait deux psychopathes qui tentent maladroitement de tenir une conversation, à propos de la meilleure façon de zigouiller quelqu'un sans s'faire gauler… » Intervint une troisième voix. Voix appartenant à Kise, qui assistait bien malgré lui à leur petit débat idéologique depuis le début.
Il avait malheureusement l'habitude d'assister aux disputes plus en ou moins enflammées ayant cours entre ses deux sœurs chéries et se retrouvait bien souvent malgré lui arbitre involontaire lorsqu'il s'agissait de les départager. Certes, il avait fait valoir son désaccord, mais il eut la présence d'esprit de se replonger instantanément dans les pages de son magazine de mode. Sinon, les deux démones risquaient encore de le solliciter avec leurs chamailleries de gamines.
Il ne leur donnait pas plus de deux minutes d'ailleurs à ce rythme, si elles continuaient sur leur lancée.
Ah dur, dur d'être (un bébé) le petit dernier et unique garçon de la couvée !
Il adorait ses deux grandes sœurs, mais qu'est-ce qu'elles piaillaient quand elles s'y mettaient… (il pouvait parler lui…) Pour un oui ou pour un non, telles deux poules constamment en train de jaqueter, de caqueter et autres gloussements de pondeuses. Tout bonnement épuisantes. Heureusement pour lui, le bruit de la sonnette retentit dans le salon. Tiens, bizarre, ils n'attendaient pourtant pas de visite… Les trois larrons se fixèrent donc en chiens de faïence ou de fusil, comme vous préférez, s'interrogeant mutuellement du regard.
Qui allait se dévouer pour être le dindon de la farce (on reste dans le thème de la basse-cour au moins) ? Celui qui se lèverait pour ouvrir la porte d'entrée ? Irumi soupira et roula des yeux, cédant la première au jeu du combat de regards. Son frère et sa sœur constituaient quand même une belle bande de flemmards patentés…
« Viens par-là Ryry, je vais te vernir les ongles des pieds ! » Sourit Ryoko, savourant sa victoire, puisqu'Irumi avait décidé de se lever. « Tu vas voir, avec cette chaleur, ça va sécher en un rien de temps ! »
Ah oui.
C'est que le culte de beauté chez Ryoko se manifestait également par toutes sortes de démonstrations externes. Il ne s'agissait pas pour elle que d'une philosophie ou d'un état d'esprit et bien souvent hélas (ou pas, dépendant des situations…) Kise se retrouvait à jouer les Barbies de luxe (ou les « cobayes » dans le pire des cas…) pour sa sœur, qui s'improvisait alors une vocation d'esthéticienne. Autant, ça pouvait être sympa lorsqu'il recevait des massages d'huiles essentielles et autres masques de beauté censés rendre sa peau plus douce, lisse et souple, autant même s'il commençait à avoir l'habitude de se laisser maquiller avant les shootings, les lubies de son aînée en la matière étaient d'un tout autre niveau… Elle semblait particulièrement adorer exercer ses talents ou plutôt… essayer de les développer sur lui, aussi improbables (et parfois dangereuses…) ses idées pour le rendre encore plus beau, fussent-elles.
Pas facile d'être l'unique héritier mâle de la famille et le cadet par-dessus le marché !
Irumi, quant à elle, avait dû sentir le coup fourré arriver et avait donc logiquement choisi de quitter le navire avant que le Capitaine Crochet ne décide de se faire la main (celle qu'il lui restait, du moins…) sur elle aussi. Elle se traîna mollement jusqu'à la porte d'entrée et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle l'ouvrit de découvrir sur le pas de leur appartement un adolescent de sexe masculin aux cheveux couleur argent ébouriffés. Les deux se jaugèrent bien au moins… oula, dix secondes rendez-vous compte, avant de prononcer ne serait-ce qu'un seul mot ! On n'est jamais trop prudent avec les inconnus, après tout… et Irumi ne le connaissait pas ce garçon.
« Oui, c'est pour quoi ? »
Ah d'accord, même pas un « bonjour » quoi. La base pourtant ! Irumi ne fit ainsi que confirmer les reproches de sa sœur vis-à-vis de son comportement réputé un peu… sauvage et guère sociable.
L'adolescent (de peu ou prou son âge, rappelons-le.) la fixa en retour, haussant un sourcil.
C'était quoi cette folle encore ?
Avec ses lunettes rondes façon et ses longs cheveux noirs séparés en deux tresses, elle ressemblait à un mix improbable entre Harry Potter et Mercredi Addams…
« Heu… j'viens voir Pugsley… » Tenta Haizaki. Nan, définitivement, Kise ne pouvait pas être « L'Oncle Fétide ».
Mouais. Il aurait peut-être dû commencer par s'assurer que Kise habitait bien ici avant de formuler une telle requête à cette fille bizarre, dont le visage était étrangement inexpressif…
« Oh Ry-chan. C'est toujours pour Ry-chan de toute façon. »
« Heu ouais… ? »
« Je vais la chercher. » Répondit la nana.
Hein, quoi ? Comment ça, « LA » chercher ? Depuis quand Kise était-il devenu une gonzesse ? Bon d'accord, le renard n'avait jamais exactement été un parangon de la virilité, mais… Haizaki commença à se demander s'il se trouvait à la bonne adresse… Et puis, elle ne l'invitait même pas à entrer ? Ou à minima, à boire un verre d'eau ? Sérieusement ? Alors qu'il faisait au moins CINQUANTE degrés dans ce maudit couloir !? Non, elle se contenta simplement de lui claquer la porte à la gueule, comme pour s'assurer qu'il ne profiterait pas qu'elle ait le dos tourné pour se faufiler à l'intérieur de l'appartement…
« Non mais j'hallucine, c'est quoi cette dégénérée putain… ? »
Et en parlant de « dégénérée », Haizaki ne se trouvait malheureusement pas au bout de ses peines, ni même de ses surprises…
Puisque ce fut à la seconde sœur d'entrer en scène ! Mais elle n'avait rien d'une Morticia celle-ci…
Elle ouvrit la porte – toujours en tenue d'Eve moderne – et wow, elle était immense pour une nana. Et à plus forte raison pour une collégienne. Plus grande que lui encore, alors qu'il toisait pourtant déjà le mètre soixante-quinze en classe de quatrième. (Oui, elle avait redoublé et aurait même dû faire sa première rentrée au lycée en fin d'année normalement. Ceci expliquant sans doute sa grande taille.)
« Salut ! »
Celle-ci semblait bien plus enjouée et polie que sa sœur, déjà.
Même si son accueil reflétait la tenue qu'elle portait : spartiate.
Cette demoiselle-là faisait dans l'économie, visiblement.
Et à tous les niveaux.
Dont celui de la quantité de tissu porté... Et il fallait dire à la décharge du « pauvre » Haizaki que la poitrine fort généreuse de la demoiselle se trouvait, comme c'est pratique, pile à hauteur d'oeil humain, notamment à cause de la différence de taille assez prononcée entre eux.
« Arrête de mater ses seins, arrête de mater ses seins, pour l'amour de Dieu ! Ça va finir par se voir, gros bêta ! Redresse la tête et dépêche-toi de la regarder droit dans les yeux avant qu'elle ne s'aperçoive de quelque chose ! » S'intima t-il.
Tellement pas discret…
Et pour ne rien arranger, il fallait que la principale concernée soit le portrait CRACHE de Kise, mais avec des nichons. Or, bien qu'Haizaki ne se soit jamais posé la question de savoir à quoi ressemblerait une version féminine du pétillant blond, il venait tout de même d'obtenir la réponse de manière totalement fortuite.
La jeune fille le jaugea de haut en bas, puis de bas en haut, avant de décréter :
« Je sais pourquoi tu es là, pas la peine de me le dire. »
« Ah bon ? » S'en étonna Haizaki, qui tenait toujours son gros carton dans les bras.
« Ouep. Et ça n'va pas l'faire. Du tout. Vois-tu, je ne sors pas avec les mecs plus jeunes que moi, ils sont trop gamins… »
« QUOI ?! » S'étouffa à moitié le lupin.
« Ben ouais, c'est pas pour ça que t'es v'nu ? Pour me demander d'être ta copine ? J'vois pourtant à ton uniforme que toi aussi tu étudies à Teiko. T'as sûrement déjà dû m'croiser dans les couloirs et tu te seras entiché de mon joli minois direct, avoue-le ! C'est quelque chose que je peux totalement comprendre, hein. Je veux dire, t'inquiète, y a pas d'mal et tout mais c'est juste pas réciproque, dommage ! Tu devras donc te contenter de continuer à m'admirer de loin… »
Puis, elle se pencha en avant, dévoilant davantage les deux ballons de baudruche rebondis et rebondissant qui lui faisaient office de poitrine et elle lui glissa d'un air entendu :
« … Par contre, ma sœur Irumi, celle qui t'a ouvert, elle, ça ne la dérange pas les mecs qui ont encore du lait qui leur sort par les trous de nez quand on presse dessus… Par conséquent, tu devrais plutôt tenter ta chance avec elle, d'autant que justement, Irumi n'a personne en ce moment, ça tombe bien ! »
…
What the fuck… ? Cette tarée était vraiment en train d'essayer de le brancher avec Sally la Sorcière !?
Alors, ça ressemblait à ça d'avoir des grandes sœurs ? Wow… Haizaki était bien content de n'avoir qu'un seul petit frère et de posséder un certain écart d'âge avec lui, en plus.
« Nan, y a erreur sur mes intentions meuf, j'suis pas v'nu pour ça du tout ! En fait, j'voulais savoir si Ki… heu… Ryota était là… ? »
« Ryota ? Vraiment ? Wow depuis quand des garçons débarquent-ils à la maison pour voir mon lilbror ? Serait-il soudainement devenu plus populaire que moi ? Et pourquoi personne ne m'a prévenue à ce sujet ? »
Encore, Haizaki aurait été un fille, Ryoko aurait compris la raison de sa visite mais là…
Mystère et boule puante…
Oh, mais siiiii attendez !
« Aaaaaaaah je vois, ça y est ! N'en dis pas plus ! Tu dois faire partie de la même équipe de basket, c'est bien cela ? »
« En effet, mais c'est pas l'sujet là. Bon, j'peux l'voir du coup oui ou merde ? » S'impatienta le gris.
Haizaki, la politesse et la galanterie… aka le pire Threesome ever de l'histoire de l'humanité ET de la fanfiction réunies… L'auberge du cul tourné, même !
« Oui, je vais le chercher… » Acquiesça Ryoko, qui ne s'attendait cependant pas un tel langage fleuri. Avant de se mettre à hurler elle-même comme une poissonnière : « Ryotaaaaaaaaaaaaa amène ton charmant petit cul, y a quelqu'un qui veut t'voir ! »
« Hein ? Moi ? Pourquoi ? » Lança une voix masculine depuis l'intérieur de l'appartement.
« Et c'est un gars en plus ! » Précisa sa charitable grande sœur.
Mais pas assez charitable apparemment, pour se rappeler de l'identité du « crush » de son petit frère adoré…
Petit frère qui prit donc le relais de Ryoko et aussitôt, s'empourpra face à Haizaki.
« H-hey… je ne m'attendais pas à te voir ici… et dire que ma sœur t'a ouvert à moitié à poil… raaaah j'suis désolé ! L-les Européens ont des mœurs différentes de celles qui ont cours ici, j'espère que ça n't'a pas trop choqu-… »
« … Et sinon, est-ce que j'peux ENFIN entrer stp ? C'est putain de lourd ce bordel et je commence à avoir des crampes aux poignets ! Et je précise à toutes fins utiles, que c'est pas à force de me branler hein, au cas où un doute subsisterait. » Le coupa Haizkai, non sans avoir fait un mouvement de tête en direction de son ENORME carton.
« O-oui, bien-sûr… »
Bien que toujours interloqué, le blond se poussa pour le laisser pénétrer dans l'appartement.
« C'est par où ta chambre ? »
Cette fois, Kise devint aussi rouge qu'une tomate trop cuite.
S-sa chambre ? Haizaki voulait directement aller dans sa chambre ? Wow il ne perdait pas d'temps ! M-mais… ! C'était vachement intime ça !
« C'est la dernière porte au bout du couloir, viens, je vais te montrer. »
Haizaki regarda tout autour de lui.
Pas mal. Spacieux, confortable, bien décoré et avec goût.
Les parents de Kise avaient l'air plutôt friqués.
Pas étonnant qu'ils ressemblent tous à des princes, s'ils vivaient comme tels.
Ce que ne manqua pas de lui confirmer la photo de famille récente qui trônait fièrement sur la commode du salon.
Tous des beaux gosses y compris les parents de Kise. Preuve supplémentaire que les gens magnifiques ne peuvent pondre qu'une progéniture toute aussi magnifique.
Ouais enfin… p't'être pas la binoclarde là… Difficile de croire qu'elle soit du même sang que les deux autres têtes blondes, d'ailleurs ! Mais bon, ça existe les ratés… ! Surtout après avoir accouché d'un premier chef d'œuvre, difficile de faire aussi bien… En tout cas, force était de constater que leurs géniteurs s'étaient admirablement bien rattrapés ensuite avec Kise. Nan parce qu'il fallait quand même bien admettre qu'il était charmant ce garçon, malgré son côté geignard ! Haizaki le suivit donc docilement sans broncher, sous le regard perçant des deux gardiennes du blondinet.
Et ça pouvait faire peur de se sentir… épié de la sorte.
Mais Haizaki n'en avait que faire, en vrai. Il était habitué à attirer les regards et pas toujours (voire même jamais…) les plus bienveillants. Arrivés devant la fameuse pièce, Kise lui ouvrit la porte, ben oui, forcément, Haizaki avait toujours les mains prises et l'argenté entra le premier.
La chambre de Kise était comme on pouvait s'y attendre de sa part : un authentique lieu de culte, un TEMPLE dédié à sa propre gloire personnelle ! Il y avait des photos de lui… partout. Absolument PARTOUT. Aucun coin, ni même morceau de mur vierge n'avait été épargné. Paie ton narcissisme !
… Ça devait être sacrément bizarre de se taper une queue ici… Soit littéralement se masturber sur soi-même…
Hmm… Mais le blond devait bien posséder quelques « matériaux » pour l'assister dans l'astiquage en règle de son rubis cabochon… Sûrement bien (mal) planqués sous son lit, comme chez quatre-vingt quinze pour cent des mecs de leur âge. Qu'est-ce qui pouvait bien faire bander le mannequin, en dehors de lui-même bien entendu ? Sans doute des trucs sans imagination, à base de mecs banals qui attrapent des filles toutes aussi peu notables, en position du Missionnaire…
A la papa.
Ouais, le truc hyper chiant et redondant, quoi… totalement prévisible de la part d'un gentil garçon bien élevé comme Kise Ryota.
BOOOOOOOOORIIIIIIIIIIING !
… Mais bref, là n'était pas le sujet du jour ! Haizaki posa ENFIN son carton par terre et il se mit à étudier le plafond avec une attention toute particulière. Kise pencha la tête sur le côté, toujours aussi dubitatif. Qu'est-ce que c'était que tout ce cirque ? Et surtout, qu'est-ce qui justifiait qu'Haizaki avait-il cru bon de débarquer chez lui au beau milieu de la soirée ?
Bon d'accord, le soleil n'était pas encore couché et la fratrie n'avait même pas dîné (personne ne voulant se charger de préparer le repas…) mais… Rougissant un peu plus (si c'était encore possible…), Kise ferma bien la porte derrière lui et s'y adossa. Le lupin s'accroupit alors et il extirpa son contenu mystérieux du carton : un VENTILATEUR DE PLAFOND ! (oui, c'est bien le terme précis, ceux qui jouent à Scriblio SAVENT !)
« Donne-moi un coup d'main, on va l'installer. »
« Quoi ? Pardon ? Plaît-il ? Quand tu dis 'on', c'est sous-entendu : toi et moi ? J-j'dois faire quoi exactement ? » Balbutia Kise, qui n'en revenait toujours pas de ce qu'Haizaki avait dégoté spécialement pour lui.
Est-ce que cela voudrait dire que l'argenté commençait à apprécier son camarade ? Finalement, le travailler au corps depuis des semaines commençait à porter ses fruits !
« T'aurais pas un escabeau ? »
« Nan, désolé… »
« Ok pas grave, on va se dépatouiller sans. T'as qu'à m'porter sur tes épaules ! »
« Hein ? »
« Ben ouais, j'ai b'soin qu'tu m'soulèves pour atteindre le plafond crétin ! »
Lui, SOULEVER Haizaki… ? Instantanément, les pensées les plus SALES et cochonnes envahirent son esprit. Kise avait plutôt cru que ce serait l'inverse si un jour l'un des deux devait… faire office de levier ou de marche-pied, disons. Mais de manière assez étrange… cette perspective inattendue ne lui déplaisait pas.
« O-ok ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Kise s'accroupit à son tour pour que… erm… et bien… Haizaki puisse lui grimper dessus. En toute amitié, bien-sûr ! Et wow, il était plutôt léger tout compte fait, ce qui étonna Kise. Enfin, c'était soit ça, soit le goupil s'avérait en réalité plus fort physiquement qu'il ne l'avait jusqu'alors supputé. Ce qui était possible aussi, remarquez…
« M-mais j'préfère t'prév'nir : mon surnom, c'est pas franchement Bob le Bricoleur ! »
« Nan, sans dec' ? J'l'aurai pas d'viné, tiens ! »
C'est vrai que Kise avait plutôt l'air du genre à avoir peur de se casser un ongle… mais ne dit-on pas qu'il ne faut jamais juger un livre à sa couverture ? Même si, ici, le livre en question ressemblait étrangement à un magazine de mode… Hmm… Ils auraient peut-être mieux fait d'attendre le retour du père de Kise… Quoique… rien ne garantissait qu'il soit davantage bricolo que son délicat fiston. Haizaki décida donc de s'en charger lui-même et il fut à deux doigts de jouer à « mes couilles sur ton front » avec son camarade de basket, vu la position adoptée…
Et vous savez quoi ? Ils ne s'en sortirent même pas trop mal finalement ! Sans doute parce qu'Haizaki avait bien dû démonter le ventilo pour l'amener jusqu'ici et qu'il savait donc à peu près comment s'y prendre pour le rebrancher. Et ouais. Mine de rien, ça aide de mettre la main à la pâte.
« Et voilà. »
Kise appuya sur l'interrupteur qui commandait la lumière et il tira sur la petite cordelette accrochée au plafond pour tester leur œuvre conjointe. Effectivement, les hélices de l'appareil se mirent à tourner, brassant rapidement l'air. Le blondin soupira de bonheur. Ça faisait un bien FOU ! Il avait moins l'impression de vivre dans un four à présent… et incroyable, mais vrai : il le devait à Haizaki… Un peu plus et le Kitsune se pendrait au cou de l'Okami pour le remercier, cependant, pas sûr qu'une telle initiative soit au goût de l'argenté…
… Argenté qui n'écoutait d'ailleurs que d'une oreille les exultations vocales de son compagnon, trop occupé qu'il était à regarder à travers l'entrebâillement de la porte mal fermée de la chambre…
… Porte qui donnait sur le couloir et… la chambre d'en face. Mal poussée elle aussi…
… Dévoilant ainsi Ryoko en train de se changer.
N'était-ce pas la preuve que toute bonne action finit par se voir récompensée ? Parfois de manière improbable mais… Haizaki ne regrettait pas d'avoir fait le déplacement pour se voir honoré de la sorte…
Elle était bien gironde, n'empêche, la « storasister »…. Pas étonnant qu'elle mène déjà de front une carrière florissante de mannequin… Quoique de l'avis personnel d'Haizaki, Ryoko devrait sans l'ombre d'un doute plutôt s'orienter vers des publicités pour la lingerie. Exclusivement.
Ne disait-on pas fort à propos : « Aide-toi, le sexe t'aidera ! »
Ou un truc du genre…
Enfin presque, car il était question d'une histoire de « ciel » dans l'expression originale…
Et en parlant de ciel, il allait finir par lui tomber sur la tête s'il continuait à mater comme ça la grande sœur du renardeau. C'est qu'Haizaki Shogo n'était ni connu pour sa discrétion, ni pour sa subtilité… N'empêche, Kise avait de la chance de vivre ici et de côtoyer tous les jours pareille déesse… Il y avait de quoi devenir hétéro, même pour le gay le plus endurci (ou amolli… ? Ahaha surtout entre les jambes !) et surtout, développer un « sister complex » bien senti ! Et en un temps record !
« Haizakicchi ? » L'interpella alors Kise, conscient que l'attention du gris lui avait échappé.
« Heu ouais… ? »
« Merci encore ! Tu viens littéralement de me SAUVER la viiiie ! »
« Quoi ? N'exagère pas non plus hein… j'ai rien fait de spécial… c'est pas comme si je venais de te faire don d'un organe… »
Ou d'un ORGAsmE !
« Nan, c'est encore MIEUX qu'ça ! »
Et de lui sauter au cou, ce qu'entre nous, Haizaki craignait dès l'instant où il avait posé son premier gros orteil sur le sol de l'appartement. Et vas-y que je te fais un gros câlin bien dégoulinant de sueur…
… Mais même comme ça, Kise sentait bon la rose.
Sale bâtard.
Se tendant sur place tel un string coincé entre les fesses d'un hippopotame obèse, Haizaki se figea, incapable de repousser son assaillant. Tous les poils imaginaires de son corps imberbe se dressèrent face à la menace. Bordel, il le savait pourtant que ça lui pendait au nez ! Maudit Kise et ses débordements d'affection inopinés ! Déjà qu'à chaque panier ou victoire de leur club, l'Eurasien avait du mal à garder ses mains pour lui, c'était couru d'avance qu'il allait… lui courir dans les bras justement !
Mais passée la surprise, (et le dégoût ?) Haizaki parvint à le repousser. Doucement (malgré tout), mais fermement.
« P'tain, j'comprends qu'tu sois content et qu't'aies besoin d'laisser exploser ta joie, mais… sérieux, fais pas des trucs comme ça, c'est réservé aux tarlouzes de prendre d'autres mecs dans leurs bras… »
Awi d'accord.
Paie ton homophobie ordinaire.
Non mais on ne sait jamais hein.
Des fois que ça puisse se refiler et s'attraper ce genre de TARES !
Oui, le mot qui fâche était lâché !
Kise fronça des sourcils et fit la moue. Une moue adorable, absolument impossible à prendre au sérieux. On aurait dit un koala ronchon qu'on aurait privé d'eucalyptus !
« Mais heuuuu ça n'avait rien de gay venant de ma part, je t'assure ! »
Bon, d'accord… peut-être un chouia quand même, dans son cas… Mais là, Kise avait agi sans la moindre arrière-pensée !
« C'est une façon parfaitement saine et VIRILE d'exprimer ma gratitude envers autrui, loin des considération de genre et de sexe. Et nonobstant qu'en l'occurence, cet autrui soit un garçon ! »
« Ouais, ouais, baaaah si tu tiens tant qu'ça à m'remercier, va plutôt dire à ta grande sœur que j'ai redoublé, tu veux bien… ? »
« Hein ? Mais pour quoi faire ? Tu veux qu'elle te prenne pour plus idiot que tu ne l'es réellement ? J'vois pas l'intérêt… »
« Nan, pas plus bête. Juste plus VIEUX, tu comprends la nuance ? »
Bah là comme ça, au pied levé, non, pas trop à vrai dire…
Mais Kise ne possédait pas toutes les données nécessaires à la bonne appréhension de la requête d'Haizaki, puisqu'il n'avait pas assisté à leur précédente conversation sur le seuil de l'appart'. Celle au travers de laquelle Ryoko avait fait part de son désintérêt le plus total envers les garçons plus jeunes qu'elle. En vérité, ce n'était pas si stupide comme plan : se montrer vaguement gentil avec le petit frère dans l'espoir de pécho la sœur aînée…
D'ailleurs… ça ne lui SAUTAIT (c'était le cas de le dire…) aux yeux que maintenant, mais Kise était vraiment le portrait craché de sa grande sœur. C'était bien simple : avec une perruque blonde longue, une jupette courte de collégienne et un soutien-gorge rembourré, l'illusion serait parfaite. Oh et sans oublier la sacro-sainte petite culotte en coton blanc et les chaussettes montantes…
Ouais, là, Haizaki ne ressentirait aucun problème avec le fait que Kise puisse vouloir se coller à lui.
Bon, d'accord, le blond possédait un service trois pièces là où sa sœur n'était dotée que d'un simple studio… Sauf qu'un trou reste un trou. Or, une bite n'a pas d'œil. Oui, l'imagerie est charmante, je vous l'accorde ! Mais ça tombe bien, car ne dit-on pas fort justement que « l'amour rend aveugle… ? » Enfin, dans le cas présent, le sexe risquait bien de lui rendre la vue, mais c'était un risque qu'Haizaki se sentait prêt à prendre.
Ouep, il était donc bien à CA de demander à Kise de se travestir devant lui, à l'aide de vêtements allègrement piochés dans le dressing de Ryoko…
Fort heureusement (pour tout le monde) il s'abstint de formuler un tel souhait. Mais bon. Idée à garder dans un coin de sa tête au cas où. D'autant que de telles manigances avaient déjà vu le jour par le passé… Combien de fois s'était-il retrouvé à brancher la cadette dans le but de séduire la grande sœur ? Et plus la ressemblance était frappante, plus il lui arrivait de se contenter du lot de consolation et de laisser tomber sa proie principale…
En vérité, Kise pourrait très bien faire l'affaire. Le fait qu'il soit un gars ne constituait pas un problème… tant qu'il se grimait en fille. Fallait voir à pas déconner non plus hein. Se taper un autre mec sous couvert de tromperie sur la marchandise, ok, mais en sauter un sans la moindre excuse pour entretenir son hétérosexualité, pas moyen.
En tout cas, Kise serait vraiment mignon avec une jupe…
Haizaki n'en démordait pas. Déjà qu'en short de sport, il était canon. Avec ses longues et fines jambes graciles, comme celles d'une gazelle…
Et encore une fois : no homo, bro !
Chill.
Et en parlant de « chill », toutes ces émotions et autres réalisations lui avait collé une terrible envie de se tirer sur la nouille.
Haizaki ferait donc mieux de s'y aller pour mettre ses menaces de masturbation intempestives à exécution.
De préférence, loin du principal concerné…
Des fois qu'il soit tenté de craquer.
Sait-on jamais…
Kise avait pu passer une bonne nuit relativement… fraîche. Enfin, « venteuse » serait un terme plus approprié. Ryoko et Irumi avaient également « planté leur tente » dans sa chambre le temps d'une soirée. Comprenez qu'elles avaient déroulé leurs futons sur ses terres afin de pouvoir profiter également de l'air balayé par les puissantes hélices.
Et ce fut donc tout guilleret que Kise déboula dans sa salle de classe…
… Avant de déchanter immédiatement.
Il faisait anormalement chaud, là, non… ?
Et pour cause : point de refroidissement possible.
Puisque le ventilateur avait disparu, ne laissant derrière lui qu'un tas de fils dénudés pendouillant misérablement du plafond.
Volatilisé.
Envolé.
Kise eut à peine le temps de poser son royal fessier derrière son pupitre que déjà, son professeur principal leur faisait la morale. Dès le matin. Sans préambule. Ça piquait un peu quand même, on n'allait pas se le cacher…
Des termes tels que « larcin inadmissible et honteux » ou encore « dégradation de matériel appartenant à la communauté » furent proférés.
Apparemment, leur prof attendait que le coupable se dénonce…
Parce que oui, à ses yeux – et à ceux du proviseur, également – le voleur ne pouvait être qu'un élève.
Et il semblerait que celui qui avait commis ce crime ferait bien de restituer le ventilateur s'il ne voulait pas essuyer des poursuites… judiciaires. Ouep, carrément. Le gros mot qui fâche et qui tâche. Les collégiens se jetèrent tous ses regards à la fois interloqués et accusateurs.
Mais qu'allait-il se passer si, disons, personne ne se dénonçait à la fin du temps imparti, c'est-à-dire vingt-quatre heures, me demanderez-vous… ? Et bien, d'après ce que le cerveau encore somnolant de Kise en avait compris, toute leur classe serait collée chaque jour jusqu'à ce que le ventilateur retrouve sa place originelle. Et je ne parle évidemment pas de son carton d'emballage, mais bel et bien de la dalle de plafond à laquelle il avait été sauvagement arraché…
Week-ends compris hein, la punition.
Ben oui parce que ce ne serait pas drôle, ni même suffisant, sinon.
Ah ben c'est qu'il fallait enfoncer le clou et étouffer toute forme de rébellion dans l'œuf. Quoi de mieux en effet que d'empiéter sur les jours de repos de ces jeunes délinquants en devenir, afin de les mater comme il se devait… ?
Et puis, cela allait forcer les élèves à mettre à contribution leurs talents insoupçonnés de détectives…
Ohhh la bonne vieille délation comme au temps du régime de Vichy !
Il n'y a que ça de vrai !
Or, Kise avait beau ne pas être sorti de la cuisse de Jupiter, (mais plutôt de celle de Vénus…) il ne lui fallut que quelques secondes (bon d'accord… « minutes » plutôt…) pour identifier le principal suspect du délit.
Haizaki !
Maiiiiiiiiis oui bien-sûr !
Oh le con... il n'aurait pas pu faucher l'objet du délit AILLEURS que dans la classe du blond !?
Quel génie !
Parce que... c'était forcément lui, enfin disons… à quatre-vingt dix-neuf virgule neuf pour cent ! (Mais pas du tout Kise, qu'est-ce qui te fait dire ça ? Et comment en es-tu arrivé à une telle conclusion aussi hasardeuse d'abord… ? Bon ok, je ne trompe que moi en laissant planer ce pseudo suspense, c'est ça ?)
Sous le choc de cette réalisation improbable, Kise lâcha un petit cri aigu, si bien que tous ses camarades + le prof se tournèrent vers lui.
Heureusement, il parvint à tenir sa langue, du moins, le temps de la matinée.
Mais dès lors que la sonnerie tonitruante annonçant le déjeuner résonna dans les couloirs de l'établissement, le blond se leva en trombes et il fila tel la flèche de Cupidon vers un adepte de l'adultère, jusqu'à sa proie. Qui n'était pas un cœur à prendre.
Haizaki, en train de conter fleurette à une quelconque fille à gros poumons, comme à son habitude.
Ça commençait à devenir malsain cette fixette sur les poitrine rebondies… Sa mère ne l'avait-elle point suffisamment allaité lorsqu'il était bébé pour qu'il cherche ainsi à combler un manque ? Toujours était-il que Kise l'attrapa par le bras et le traîna à l'écart, malgré les véhémentes protestations du joli cœur de service.
« Gnaaaa j'arrive pas à croire que tu aies pu faire çaaaaa ! C'est super graaaaave ! »
« Oi du calme, c'est pas c'que tu t'imagines ! Je te jure que j'allais lui dire qu'elle avait coincé sa jupe dans sa culotte ! »
« Hein… ? »
« Ben ouais, c'est pas d'ça dont tu parles ? Je la reluquais juste un peu avant, mais dans tous les cas, j'allais finir par la prévenir ! »
« Mais nan... Mais je m'en fous de ça gros cochon ! Même si c'est pas bien du tout et que tu devrais avoir honte de ton comportement ! Les filles, il faut les respecter ! Enfin bref, je parlais du ventilateur ! »
« Bah quoi l'ventilo ? Qu'est-ce qu'il a l'ventilo ? M'dis pas qu'il ne marche déjà plus !? »
« Non, il fonctionne parfaitement bien mais c'est pas la question ! Je sais qu'tu l'as VOLE ! » Cria Kise, un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
Et en le secouant comme un cocotier avare en noix de coco, en prime !
…
Haizaki fronça des sourcils. Heureusement qu'à cette heure de la journée, les couloirs étaient déserts et que le réfectoire se trouvait pris d'assaut. Parce que si cette conversation était tombée dans les oreilles d'un sourd mal intentionné, l'argenté pourrait avoir de gros ennuis… Enfin, vous avez saisi l'idée générale quoi. Bon sang… Kise refusait de se retrouver accusé de complicité ou même de se faire coller par la faute du loup ! Pas question de le couvrir, mais dans un cas comme dans l'autre, il risquait également d'essuyer quelques dommages collatéraux.
« Alors tu vas aller l'remettre à sa place avant qu'il ne nous arrive des bricoles ! »
« Tu oserais me dénoncer, Sunshine ? » Ricana Haizaki, amusé.
Depuis quand Kise pensait pouvoir exercer la moindre autorité sur lui… ?
« … J'aimerai autant ne pas avoir à le faire. Mais il est hors de question que moi ou quelqu'un d'autre se fasse punir à ta place ! »
« Drôle de manière de me remercier, quand même. J'te rappelle que ce petit « emprunt temporaire », je l'ai effectué pour toi à la base ! »
« Emprunt temporaire… ? » Elle était bonne celle-là, tiens ! Qui donc Haizaki pensait-il pouvoir tromper avec son petit discours parfaitement calibré ? Certainement pas Kise en tout cas. Le blondinet avait beau ressembler à une bonne poire, cela ne signifiait pas pour autant qu'il en était bel et bien une et rien ne justifiait l'excuse d'Haizaki. Quelles qu'aient pu être ses intentions sur le moment. Peut-être que oui, il comptait rendre l'objet de son larcin à un moment donné et peut-être également que Kise aurait dû se renseigner sur la provenance exacte de ce cadeau AVANT de l'accepter mais… sa naïveté confondante tenait davantage de la foi en l'humanité. Le genre de foi qui refuse de voir le mal chez autrui et lorsque l'on daigne vous offrir un présent, la bienséance veut que vous taisiez tout sentiment de suspicion malvenu et surtout, malpoli.
« Sauf que je ne me souviens pas t'avoir demandé quoi que ce soit ! » Se défendit à son tour le renard.
« Oh je vois c'que c'est, en réalité, tu n'es qu'un sale ingrat… »
Quoi ? Non ! Ce n'était pas ça du tout ! Kise soupira, les paumes appuyées contre les épaules d'Haizaki pour le maintenir en place, sans doute de peur qu'il n'en profite pour tenter de se dérober.
« Ecoute… si on rapporte en cachette le ventilateur et qu'on le rebranche en vitesse, personne n'en sera rien. CQFD. Et plus important encore, personne n'essuiera de punition injustifiée non plus. Il est encore temps, allez, viens. »
« Où ça ? »
« Chez moi. On va profiter de la pause déj' pour se faufiler discrètement hors de l'établissement, rentrer à l'appart et remettre le ventilo à se place, ni vus, ni connus, ni reconnus, ni entendus. »
« Non. » Protesta Haizaki, en se soustrayant à cette quasi-étreinte forcée.
« Comment ça, 'non' !? »
« Je me suis suffisamment cassé le cul à décrocher ce truc et en plus, il pèse une tonne ! Et c'est pas pour sauter l'heure du repas que je me le suis traîné à travers toute la ville ! Alors si tu veux le restituer, démerde-toi tout seul ! Moi, j'ai déjà fait ma part ! » Se dédouana complètement le coupable.
Kise vit rouge, mais il préféra néanmoins prendre sur lui. Il écarquilla les yeux, à la fois énervé et choqué par un tel discours. Sauf que la surprise l'emporta sur la colère. Parce que, let's face it : il ne pouvait pas contraindre Haizaki à le suivre et à l'aider.
Malheureusement, en solitaire, cette entreprise était vouée à l'échec…
Et puis, cette histoire de vol allait finir par s'ébruiter, surtout si Kise se retrouvait collé jusqu'à sa majorité. Ses sœurs allaient en avoir vent tôt ou tard… et faire le lien. Elles n'étaient pas stupides, surtout Irumi, et se douteraient bien que ce ventilateur providentiel n'était pas tombé du ciel, mais plutôt du plafond d'une salle de classe. Celle de leur petit frère, qui plus est et... raaaaah Haizaki n'aurait pas pu piquer le ventilateur de SA propre salle de cours, à la place !?
Ouais, nan, ça aurait été tellement cramé… Il n'était pas si étonnant qu'Haizaki le lâche de toute manière, le gris agissait toujours ainsi : dès que ça commençait à sentir le roussi pour sa pomme, il se défilait. Courageux, mais pas téméraire, comme on dit ! Sauf qu'encore une fois, Kise n'avait aucune idée de comment se démontait ce satané ventilo de la discorde ! Ni de comment le rebrancher ensuite. Son entreprise teintée d'honnêteté était donc vouée à l'échec.
Il avait besoin d'aide.
De l'aide… il pourrait en demander s'il le souhaitait vraiment. A ses chers camarades du club de basket, par exemple. Aomine et Kuroko accepteraient sûrement de voler à son secours. De même que cet asocial de Midorima. Y compris Murasakibara, bien qu'il serait sans doute un peu plus difficile à convaincre.
Mais tout ça, ce serait trop facile.
Et même si cela partait d'une bonne intention à la base, le véritable malfaiteur s'en sortirait… comme une fleur. (ça rime.) Or, au fond de lui, Kise ne pouvait pas laisser cela se produire. Ce ne serait pas équitable. Il voulait qu'Haizaki assume et répare lui-même sa faute. Que l'argenté prouve qu'il était une bonne personne au final, capable de reconnaître ses erreurs et de faire amende honorable…
Parce que…
Commencer à éprouver des sentiments pour la pire raclure à avoir jamais foulé la surface de la Terre, (oui, Kise, toujours dans l'exagération…) c'était quand même pas le sommet du fun…
Il était donc essentiel que ce soit Haizaki lui-même qui soit à l'origine de son propre rachat.
« D'accord, j'ai compris. T'as raison. Je vais me débrouiller seul, c'est pas grave… »
Tête basse, yeux de cocker larmoyants, Kise rompit le contact physique entre eux et il passa devant Haizaki lentement, trèèèèèès lentement, presque au ralenti, dans l'espoir que l'autre adolescent remarque son désarroi et le prenne en pitié.
Puis se ravise.
Hélas, le miracle tant attendu n'eut pas lieu.
Son impeccable (sur)jeu d'acteur ne parvint pas à attendrir Haizaki.
Parce que... devoir sacrifier la cantine pour les beaux yeux de Kise ? Et puis quoi encore !?
Son estomac l'emportait sur le blond.
La mort dans l'âme, Kise erra un moment dans les couloirs. Hmm… Peut-être qu'Haizaki allait finir par changer d'avis en réalisant à quel point cette affaire comptait pour le goupil. Après tout, ils avaient encore jusqu'à ce soir/demain matin pour rendre l'objet dérobé.Ca leur laissaient quand même un peu de marge...
Mais le blondinet n'avait plus faim en tout cas. Cette conversation stérile avec Haizaki lui avait coupé l'appétit, déçu qu'il était par l'attitude irresponsable du lupin… Et en cours l'après-midi, le résultat ne fut pas plus probant. Il n'arriva pas à se concentrer davantage. Ni même à l'entraînement de basket, le soir. Ce qui n'échappa pas à l'œil expert d'un certain capitaine d'équipe…
Kise s'était dépêché de quitter les vestiaires.
Quant à Haizaki, il avait déjà disparu, n'éprouvant toujours pas le moindre remord envers les innocents qui allaient se retrouver punis par sa faute. Kise y compris. Alors qu'à la base, il avait quand même agi de la sorte dans l'intérêt du blond. Mais allez comprendre sa logique…
Cependant, un événement pour le moins inattendu eut lieu, susceptible de rebattre les cartes. Puisqu'effectivement, en sortant, Kise tomba nez-à-nez avec… une bande de gars de sa classe, qui semblaient avoir encerclé quelqu'un. Se cachant dans l'angle d'un mur, Kise écouta attentivement la conversation. « Voir sans être vu », la devise préférée et salvatrice de tout bon espion qui se respecte. (et tient à rester en vie, surtout…)
« Pas la peine de nier, on sait qu'c'est toi qui as fait l'coup ! » Hurla un brun aux cheveux courts, avant de taper du poing rageusement sur le mur de béton situé derrière…
Haizaki…!
Alors c'était lui le malheureux que ces types avaient coincé…
Mais pourquoi !?
« Avant de m'accuser de quoi que ce soit, dis-moi plutôt où sont les preuves de ce que tu avances, connard. Et je te conseille de faire très attention aux mots que tu vas employer, si tu ne veux pas que je t'éclate la gueule sur le bitume… » Répondit l'argenté avec sa légendaire courtoisie caractéristique.
« Quelqu'un t'a vu en train de faucher le ventilo de notre classe ! » Mentit un rouquin.
Prêcher le faux pour savoir le vrai.
Classique.
Et tellement prévisible.
« Ben voyons… tu crois vraiment que si j'avais réellement volé ce putain de ventilo, j'aurai pris le risque de me faire choper par le premier clampin venu… ? » Bien-sûr que non… C'était ridicule… Haizaki savait se montrer bien plus prudent que ça. « Alors dis-moi plutôt… la véritable raison selon laquelle tu es persuadé que c'est moi qui ai fait le coup. »
Haizaki n'était pas dupe. Il était loin d'être un cerveau, mais… il voyait clair dans le jeu des gens.
La plupart du temps, du moins.
Et Teiko avait beau ne pas spécialement être un collège de bourges… Le blond savait qu'il était hors de question que des élèves aisés paient pour la petite frappe du quartier. Pourtant, Kise ne s'attendait pas à ce qu'il allait entendre…
« T'es le plus pauvre ici. On le sait tous. Tu vis dans une cité délabrée, rongée par la délinquance, t'as pas d'père, y a que ta mère qui enchaîne les petits boulots minables pour tenter de subvenir un tant soit peu à vos besoins. Et elle a deux bouches ingrates à nourrir en plus de la sienne, cette brave femme. Deux parasites. Pas étonnant que tu sois obligé de voler pour t'offrir un peu de confort basique... D'autant que nous, on est déjà tous équipés dans nos foyers… on n'avait donc aucun intérêt à piquer ce fichu truc encombrant. »
Cette fois, ce fut au tour d'Haizaki de voir rouge. Le mec avait lâché sa bombe tellement normalement. Tranquille. Sans se soucier de l'impact de ses paroles.
Mais le pire restait encore à venir…
« T'insinues quoi là au juste ? Vas-y, montre que t'as les couilles d'assumer jusqu'au bout… »
Ou en langage Haizakiesque : « Donne-moi une bonne raison de te mettre sur le coin de la gueule. »
Histoire d'être sûr d'avoir bien compris afin de ne pas déclencher une baston pour rien. Haizaki serra cependant le poing en préparation des termes qui allaient inévitablement suivre.
« Que t'es un sale petit bâtard ! Et un jour, les services sociaux vont finir par vous enlever, toi et ton frère, à ta pute de mère Aïnou, qui a pondu deux gosses pour pouvoir vivre aux crochets de la société, deux chiards avec deux pères différents, qui se sont barrés comme des lâches après l'avoir engrossée ! Et à cause de tes conneries, on va tous se faire punir pendant que tu t'en sors comme un prince ! Ou plutôt, comme l'assisté que t'as toujours été ! » Cracha finalement le rouquin.
…
Ah ouais.
Ça se posait là niveau agressivité gratuite et refoulée.
Haizaki était décidément très apprécié dans les parages…
Discours beaucoup moins diplomate que son pote brun, mais le sens global restait le même.
Rien de très sympathique, en somme…
Mais Haizaki était malheureusement habitué à entendre ce genre de… critiques dès que quelqu'un avait vent de ses origines Aïnous. Enfin, bien souvent, disons. Le racisme galopant auquel devait faire face cette communauté ancestrale poussait la plupart de ses membres à taire leur appartenance à cette ethnie.
Sauf qu'Haizaki avait très tôt été élevé dans les respect des traditions et de la culture du peuple dont était issu sa mère. Les Aïnous, une société majoritairement matriarcale. Polyandrique et polygamique, ce qui signifiait que les femmes avaient le droit d'épouser légalement plusieurs hommes en même temps et qu'elles étaient les cheffes du foyer. Oui, elle avait eu deux hommes. S'était mariée aux deux, en effet. Mais pas en même temps. Bien que si cela avait été possible chronologiquement parlant, elle l'aurait sans doute fait et cela aurait également été accepté par les deux géniteurs et principaux concernés. Mœurs difficiles à comprendre et surtout à tolérer, pour des Japonais pure souche, essentiellement tournés vers l'autorité patriarcale et la monogamie.
« T'aurais jamais dû dire ça mec… Parce que c'est ta connasse de mère qui va bientôt regretter de t'avoir mis au monde, après ce que je compte te mettre… »
Serrant la mâchoire tel un loup dangereux prêt à grogner, Haizaki s'élança furieusement vers le roux, poing (fermé) en avant.
Terrifié par la scène, Kise savait qu'il devait interrompre cette bagarre au plus vite. Mais encore une fois, seul, il ne pourrait rien accomplir, ou en tout cas, pas grand chose. De toute façon, il n'était pas physiquement assez solide pour se battre aux côtés d'Haizaki ou même prendre sa défense. Mais tandis qu'il effectuait un demi-tour hâtif pour aller chercher de l'aide, il se cogna contre quelqu'un dans sa course. D'habitude, c'était plutôt à lui qu'on faisait du rentre dedans et non l'inverse, alors il manqua de rester sur le carreau, légèrement sonné.
Relevant cependant la tête pour identifier son interlocuteur, il hoqueta de surprise en le reconnaissant.
« Ni-Nijimura-senpai !? » Haleta Kise.
Wow… il avait vraiment des abdos en béton armé. Ce n'était pas seulement dû au basket, mais plutôt à sa pratique assidue des arts martiaux. Kise avait entendu Akashi dire que la famille de Nijimura possédait un dojo de Karaté et que le brun pratiquait ce sport de combat depuis son plus jeune âge. Pas étonnant soit l'un des seuls capables à pouvoir coller de telles branlées à l'indiscipliné de service… Aka Haizaki, bien entendu.
« Qu'est-ce qui se passe Kise ? Je me suis permis de te suivre après l'entraînement, parce que tu n'avais pas l'air de ton assiette aujourd'hui. »
…
Le blond ne nia pas, se contentant de baisser la tête. Alors comme ça, son aîné avait remarqué qu'il n'allait pas bien ? Sacré sens de l'observation… Il n'était pas leur capitaine pour rien.
« Tu peux tout me dire, tu sais. Si tu as des ennuis, tu dois m'en parler. »
Apparemment, il ne laissait pas le choix au blond et son ton presque paternaliste et étrangement mature pour son âge, était plutôt engageant. Prompt à attirer les confidences.
Sauf que Kise n'était pas le seul concerné et il doutait qu'Haizaki apprécie l'intervention du brun. Cela posait un authentique cas de conscience au blond. D'un côté, s'il avouait tout à Nijimura, Haizaki allait inévitablement de lui en vouloir. Et Kise ne voulait pas se mettre à dos le gris.
Mais de l'autre, Haizaki était clairement en danger actuellement.
Ils étaient quand même cinq contre un, possédant l'avantage du nombre.
Et bien que pour Haizaki il s'agissait d'un mardi comme un autre en termes de baston pure, il n'en demeurait pas moins qu'il risquait d'y laisser des plumes au passage.
Ou quelques dents, au pire des cas.
Et puis, il y avait cette histoire de ventilateur volé que Kise ne comptait pas non plus lui cacher. Qui sait, Nijimura semblait exercer une forme d'autorité naturelle sur Haizaki, alors peut-être parviendrait-il à le convaincre là où Kise avait échoué ?
Oui, Kise se sentait partagé, mais dans l'intérêt d'Haizaki, il devait trancher et dire la vérité.
Il fit donc un topo rapide de la situation à Nijimura, dans les grandes lignes, sans trop en dire, mais sans omettre non plus la moindre information cruciale. Le capitaine l'écouta attentivement, bras croisés sur son torse et sans l'interrompre, avant de se mettre à secouer la tête à la fin du discours de son kohai.
« Bon sang… quel abruti ! Toujours à agir de manière irréfléchie et à s'attirer les pires ennuis à cause de sa trop grande gueule ! » Regretta le plus âgé, guère plus surpris que ça par l'attitude stupide de sa tête brûlée préférée, cependant.
Haizaki possédait en effet une fâcheuse tendance à provoquer autrui, alors même que lui ne savait justement pas ignorer les provocations… Anticiper en provoquant d'abord, pour mieux être provoqué en retour et ainsi avoir une excuse pour se jeter dans la mêlée, tel semblait être son leitmotiv.
Légitime défense.
Ou du moins, une façon tordue de l'invoquer.
Contre toute attente, Nijimura tint immédiatement à rassurer Kise et à le conforter sur son choix, en tapotant affectueusement la tête du plus jeune. Son visage se décrispa aussitôt, redevenant plus doux. De même que le ton employé.
« Enfin… fondamentalement, c'est pas un mauvais bougre. Il a juste besoin qu'on lui fixe des limites, c'est tout. Et qu'on lui colle une petite soufflante derrière les oreilles de temps en temps, quand il les outrepasse. Mais sinon, il est plutôt ok, globalement. Tu as donc bien fait de m'en parler. Et ne t'inquiète pas : je vais m'assurer personnellement qu'il remette en place ce fichu ventilateur de la discorde, sans faire d'histoire et sans te citer non plus. Ainsi, il ne t'en voudra pas. Je trouverai bien quelque chose pour lui faire croire que j'ai deviné tout seul sa culpabilité, sans que personne n'ait eu besoin de me mettre sur la voie. »
Wow… Honnêtement, Kise ne s'attendait pas à ce que le fier capitaine de son équipe se montre aussi gentil et compréhensif. Hmm… Il prenait vraiment son rôle de guide très à cœur !
Ça…
… Ou autre chose, qu'à l'époque, Kise ne soupçonnait même pas en regardant Nijimura foncer auprès d'Haizaki.…
Toujours les mêmes…
C'était inlassablement toujours les mêmes têtes qui revenaient.
Ceux qui faisaient chier Haizaki.
Nijimura avait fini par les repérer avec le temps.
Ce groupe d'élèves en particulier. Cinq garçons, tous en quatrième comme lui, mais pas dans la même classe. Ils avaient le don de tourner autour d'Haizaki tels des vautours qui se disputaient la même carcasse décharnée. Délaissée par des prédateurs autrement plus forts et féroces qu'eux.
Or, taper sur Haizaki, c'était la solution de facilité.
Certes, il se défendait plutôt bien, montrant qu'il n'avait pas durement acquis son statut de racaille par hasard, mais extérioriser leur animosité sur le solitaire argenté était comme une seconde nature pour ces fils à papa. Parce que oui, eux, ils savaient ce que ça faisait d'avoir un père. Un père riche et toujours disposé à tirer sa si chère progéniture du pétrin, quand le besoin s'en faisait sentir. Tout le contraire d'Haizaki, le bouc-émissaire parfait en somme. Haizaki, qui avait toujours appris à se débrouiller seul, sans la tutelle d'une figure paternelle bienveillante et qui ne pouvait donc compter que sur lui-même.
Enfin, pas tout à fait…
Car lui, était là.
Bel et bien présent.
Dommage qu'Haizaki ne le voit pas ou plutôt, soit trop occupé à refuser son aide pour… l'accepter justement. Sûrement par fierté. Ou pour ne pas lui être redevable. Parce que c'était ainsi que la plupart des choses marchaient, il ne fallait pas se leurrer. Les gens offrent rarement leur aide gratuitement. Pourtant, c'était bien le cas de Nijimura. En fait, et ainsi qu'il l'avait déjà confié à Akashi, il se sentait proche d'Haizaki.
En effet, lui aussi avait vrillé lors de son entrée au collège.
Genre, salement.
Délinquance, pugilats, décoloration des tifs et gueule déformée par les coups reçus, tel était son quotidien.
Heureusement, il possédait une famille très présente et sa petite crise identitaire typiquement de l'adolescence lui était passée aussi vite qu'elle était venue. En revanche, Haizaki, lui, n'avait pas la chance d'être aussi entouré... Le Karaté l'avait bien aidé aussi. L'apprentissage de la discipline, tout ça. Le fait de se voir confier une telle force qui ne doit surtout pas être utilisée à mauvais escient, également.
Mais aujourd'hui, les circonstances étaient différentes.
Car Nijimura semblait bien décidé à faire usage de ses techniques dévastatrices sur ces sales petits cons.
Qui osaient menacer et emmerder SON kohai favori.
Oui… Il ne s'agissait d'un secret pour personne (ou alors uniquement pour les esprits les plus naïfs) que Nijimura nourrissait un faible plus que prononcé envers Haizaki.
Ainsi donc, il vola au secours du rebelle sans cause, qui ne fut pas difficile à localiser grâce aux indications de Kise.
Et il n'eut vraiment pas besoin de faire grand-chose.
Sa simple présence, comme souvent, suffit à dissuader les types qui maintenaient fermement Haizaki et avaient d'ailleurs commencé à le tabasser, une fois maîtrisé de la sorte. La véritable force n'a pas besoin de se montrer : elle se sait, elle se sent. Nijimura en imposait naturellement. Ses talents de karatéka accompli étaient en effet bien connus de tous et personne ne tenait à le chatouiller d'un peu trop près, de peur d'essuyer un malencontreux coup de tatane… Le genre de coup qui a le pouvoir de te foutre K.O. direct. Ou de compromettre ta capacité à assurer une descendance, selon l'humeur du moment de Monsieur « Ceinture Noire » Nijimura.
Le « Club des Cinq » relâcha aussitôt Haizaki et s'envola vers d'autres ciiiiiieux en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire « Basketball », bien conscients des risques qu'ils prenaient pour leur intégrité physique s'ils avaient choisi de défier Nijimura et son protégé.
Oui, c'était dire le genre d'autorité qu'il avait.
Et son étendue aussi.
Haizaki se releva le plus dignement possible, essuyant sa lèvre fendue d'un revers de la main. Mais Nijimura proposa une autre alternative plus hygiénique, sous la forme d'un mouchoir propre en tissu.
Qu'Haizaki refusa sans aucune forme de cérémonie ou de politesse même feinte, repoussant la main tendue vers lui.
« Sois pas con Haizaki ! » Insista cependant le brun, habitué au comportement fuyant de son kohai.
Et de lui tapoter le mouchoir en question sur la bouche, sans lui laisser le loisir de protester. Le blanc se teinta de rouge. Absorbant le sang encore frais.
« Qu'est-ce qu'ils te voulaient encore ? »
« Rien. » Mentit Haizaki. « Tu sais très bien qu'ils n'ont besoin d'aucune raison particulière pour me tomber dessus quand ça leur chante. »
« Et qui a commencé cette fois ? Lequel d'entre vous a lancé les hostilités ? »
« Ksss… Qu'est-ce que ça peut faire au final… ? »
Comme il fallait s'y attendre, Haizaki jouait les durs à cuire et se murait évasivement dans des phrases toutes faites. Si bien que Nijimura préférait encore le silence à la défiance dont faisait continuellement preuve le loup à son égard.
« T'es bien sûr de n'avoir rien fait pour t'attirer leurs foudres… ? » Insista Nijimura, plus que déterminé à obtenir le fin mot de cette sordide histoire.
Pas question pour autant de trahir la confiance de que Kise avait placée en lui, en balançant le pot aux roses par mégarde. Ce serait mieux pour tout le monde qu'Haizaki avoue de lui-même.
« A quoi bon répondre ? Même si je dis non, tu ne me croiras pas. De toute façon, c'est bien simple : personne ne me croit jamais. C'est comme ça. »
Il ne s'agissait pas d'une plainte, ni même d'un reproche contrairement aux apparences, mais plutôt d'un constat objectif et amer.
« Et noooooon, c'est là que tu te trompes justement Haizaki. Je n'ai aucune raison de remettre ta parole en doute et c'est pourquoi j'aimerai tant que tu me fasses assez confiance ! Que tu te sentes libre de me raconter tout ce qui te passe par la tête. Sans pression. »
Hmm… ça ne ressemblait pas tellement à Nijimura de se montrer aussi… conciliant et amical… Presque… doux. Il devait vraiment être inquiet pour ne pas l'accuser frontalement de s'être montré imprudent. D'ordinaire, il lui aurait plutôt reproché de se laisser pousser à bout trop facilement…
« Crache le morceau, Shitymura. Ça n'te va pas du tout d'jouer les fervents adeptes de la non-violence. Et encore moins les médiateurs slash 'grand-frère bienveillant.' » Lâcha Haizaki sans la moindre considération.
Ni filtre.
Ah le sale petit…
Nijimura serra les dents et son visage se crispa instantanément. Pourtant, il n'était pas en train de jouer un jeu, là ! Il se conduisait de manière totalement sincère !
« Putain, t'as la mémoire courte ou un Alzheimer précoce ? C'est quoi ton excuse pour continuer à mal me parler espèce de crétin ingrat, alors que je viens tout juste de te sauver les miches ? » Rappela fort à propos le capitaine.
« Je n't'avais rien demandé à c'que j'sache ! » Vociféra aussitôt Haizaki.
… Avant de réaliser qu'il venait d'invoquer la même défense que Kise précédemment, faisant de lui aussi un vulgaire ingrat, au même titre que le renard.
Et d'ailleurs, à ce propos…
« Est-ce que par hasard, ça aurait un rapport avec le ventilateur qui a mystérieusement disparu de la classe de Cinquième B ? »
Immédiatement interloqué, l'instable délinquant releva la tête. Ouais, c'était bien ce qu'Haizaki pensait et cette question, d'apparence anodine, le conforta dans son intuition.
Quelqu'un avait vendu la mèche.
Et ce quelqu'un n'était bien-sûr autre que…
« Laisse-moi deviner : c'est cette petite fiotte de Ryota qui est venue pleurnicher dans tes jupons et qui en a profité pour me balancer au passage ? »
« Désolé de te décevoir, mais ça n'a strictement aucun rapport avec lui. » Démentit Nijimura avec aplomb. « Figure-toi que j'ai simplement des oreilles moi aussi et qu'il m'arrive régulièrement de les laisser traîner au détour des couloirs. Enfin, pas de manière littérale, mais tu comprends l'idée générale quoi. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai su où te trouver et avec qui. »
« Et donc, t'en penses quoi ? »
« Au sujet de la question que je viens de te poser ? Hmm… Honnêtement ? Au risque de te paraître con et/ou de te décevoir, au choix, j'reste persuadé que c'est pas toi qui as fait l'coup. »
« Et puis-je savoir sur quoi tu te bases pour en être aussi certain ? » S'étonna Haizaki, qui s'attendait à tout, sauf à une telle réponse. A une telle marque de confiance de la part de son capitaine, qui avait pourtant une liste de raisons longue comme le bras de Murasakibara de douter de lui.
« Je l'sais, c'est tout. Ça n's'explique pas, pas plus que ça ne repose sur une quelconque forme de logique. Je le ressens juste en mon for intérieur et j'ai pour principe de toujours me fier à mon instinct… » Expliqua t-il en haussant des épaules, non sans une certaine nonchalance.
Et ça, c'était la stricte vérité.
La seule qui comptait.
Il ne cherchait pas à se mettre Haizaki dans la poche par quelque manœuvre malhonnête. Ni à le faire avouer en l'amadouant faussement, lui faisant croire qu'il était de son côté, par exemple.
Même Kise, qui en avait confié la protection à Nijimura, semblait convaincu qu'Haizaki était à l'origine de ce larcin et pour parler en toute franchise : tout ou presque accusait effectivement le gris. Des preuves difficilement réfutables s'accumulaient contre lui. Mais Nijimura n'en avait cure parce qu'il avait décidé de faire le pari fou de soutenir Haizaki et de s'investir personnellement pour prouver l'innocence de son jeune coéquipier. Or, n'était-ce pas justement à sa capacité à avoir une foi inébranlable en son équipe que l'on reconnaissait un bon capitaine ?
« Et mon petit doigt me dit que les véritables coupables n'ont pas encore eu le temps de filer bien loin… »
« Tu crois que… ? » Comprit le loup, sans avoir le temps néanmoins de clore sa phrase.
« Affirmatif. Allez viens, on a encore le temps de les rattraper et de leur asséner un bon Mawashi-geri ou deux, histoire de les "convaincre" de coopérer ! »
« Coopérer » ? Oh le bel euphémisme… leur extorquer des informations de gré ou de force, mais préférablement de force, semblait être un terme bien plus approprié.
Sur ces bonnes paroles, le senpai s'élança vers le crépuscule, suivi de son fidèle Robin… heu kohai !
Quelle ne fut pas la surprise (décidément, Kise est très souvent surpris par le cours des événements dans ce chapitre !) du renard en arrivant en salle de classe le lendemain matin… de retrouver le ventilateur à sa place !
Ça alors, incroyable !
Et c'était également à n'y rien comprendre !
Il avait passé la nuit à se ronger les sangs. Ou plutôt, les ongles, jusqu'au sang par anxiété.
Car jamais Haizaki ni même Nijimura n'étaient repassés par chez lui la veille pour récupérer le ventilo volé ! Mais alors… d'où provenait celui qui se trouvait encore dans sa chambre !? Appartenait-il réellement à Haizaki ? Et si tel était le cas… pour quelle raison ce maudit décoloré n'avait-il pas nié au moment où Kise l'avait accusé du larcin !?
Encore un mystère et malheureusement, contrairement à son cher et estimé senpai, Kise ne se sentait pas l'âme d'un détective, lui… Il manquait cruellement de patience et de force de conviction. Non et puis, le seul sujet qui passionnait réellement Kise, c'était lui-même. A la simple idée de devoir mener l'enquête et (faire semblant de) s'intéresser à quelqu'un d'autre, le blond se sentait accablé par une intense fatigue ! Non, décidément, il ne comprenait pas comment Kuroko pouvait accepter de se mettre en retrait, soit disant dans l'intérêt de l'équipe.
Certes, ils avaient déjà eu une conversation à cœur ouvert à propos de la nature profonde de Kuroko. (C'est canon dans l'oeuvre originale.) Celle d'être une ombre Mais Kise ne comprenait toujours pas qu'on puisse évoluer exclusivement au service d'autrui, sans jamais chercher la gloire, la reconnaissance ou bien juste la lumière des projecteurs, dans son cas. Il s'agissait d'un OBSCUR (c'est dans le thème…) concept qui le dépassait et qu'il ne faisait d'ailleurs aucun effort pour assimiler, ni même ne serait-ce qu'envisager de son côté.
Pourtant…
Haizaki donnerait presque envie qu'on s'intéresse à lui…
Mais Kise se sentait-il seulement prêt à consentir à un tel sacrifice… ?
Apprendre à connaître l'autre…
Et se mettre volontairement en retrait...
On parlait d'un véritable investissement, là. Quelque chose de sérieux, se traduisant en temps ET en énergie. Sans aucune garantie de pouvoir récolter quoi que ce soit en retour. Or, Kise n'aimait pas vivre dangereusement. Au contraire même : il adorait le fait que sa vie soit réglée comme du papier à musique. Peut-être pas autant que Midorima le total control freak (qui notait et prévoyait carrément même ses sessions de branlette dans son agenda, d'après Aomine…), non, il n'en était pas encore là mais… Kise appréciait aussi la vie de mannequin pour cela. Et d'une certaine manière, le collège également… Tout y était chronométré, millimétré, comme sur du papier à musique. Ainsi se déroulait la partition vitale de Kise Ryota.
Bénéficier de plannings précis qui ne laissaient aucune place au hasard. Toujours savoir où il serait, quand et avec qui. Et ce qu'il y ferait. Cette simple routine avait un effet rassurant pour lui. Ses parents l'avaient élevé ainsi : à être sage. Le futur gendre idéal dont rêveraient bientôt toutes les mamans Japonaises pour leurs filles. Sa future image de marque. C'était son crédo et ce, depuis son plus jeune âge car on l'avait préparé, non formaté même, pour se conformer à cette image bien propre sur elle et sans (mauvaise) surprise à la clé.
Alors… à la pause déjeuner, Kise fonça dans les couloirs, telle une flèche tirée par Cupidon en personne, à la recherche non pas d'un cœur esseulé à prendre, mais d'Haizaki.
Pourvu que le gris accepte ses excuses.
Sincères.
Pourvu qu'il accepte encore de lui parler après ce regrettable incident, alors même que Kise avait osé douter de lui…
Par chance, Haizaki ne semblait pas rancunier. (Noooooooooon, pas du tout allons ! Hahaha si tu savais mon pauvre chaton !) Du moins, pas encore.
Leur insolite « amitié » (si tant est que l'on puisse qualifier leur relation de la sorte.) reprit donc son cours comme si de rien n'était.
Et ce fut ainsi que quelques jours plus tard… Lors de la pause déj' habituelle…
…
« Hey Kise, on comptait tous aller au Game Center avec les gars de l'équipe, après l'entraînement. Y aura p't'être même Midorima cette fois, ça t'dit d'venir ? Apparemment, ils ont installé un nouveau jeu de tir en coop' avec des zombies trop méga gore ! »
Le Game Center hein ? La salle d'arcade près du bahut, quoi. Kise la fréquentait assidument depuis qu'ils y avaient placé une borne de « Dance Dance Evolution ». Sans surprise, il était extrêmement doué pour copier les mouvements imposés par la machine et rares étaient ceux pouvant lutter contre lui.
D'ordinaire, Kise aurait accepté cette invitation de la part d'Aomine sans une once d'hésitation, mais… pour ce soir, il avait d'autres plans…
« Désolé, j'peux pas aujourd'hui, j'regrette. J'ai déjà quelque chose de prévu ! »
« Un shooting… ? » Tenta le basané.
« Nope ! On va se balader avec Haizakicchi, ohhh sans rien faire de spécial, juste traîner en ville ! » Annonça le blond, un sourire contagieux accroché aux lèvres.
Aussitôt, le visage d'habitude avenant et amical de l'as des Miracle, sembla se fermer.
« Tu devrais arrêter de sortir avec lui aussi souvent. »
« Hein ? »
D'où ça sortait, ça ?
Une réponse aussi solennelle de la part de son camarade l'étonna. Encore une fois, ce n'était pas le genre d'Aomine et de plus, Kise croyait encore naïvement qu'Haizaki était apprécié au sein de l'équipe. Que tout le monde s'aimait bien et s'entendait bien.
Seulement en apparence, de toute évidence…
A sa décharge, le blond venait tout juste de faire ses débuts sur le parquet, il ne faisait même pas encore partie des titulaires, mais… Bon, d'accord, il avait bien remarqué qu'Aomine et les autres Skittles n'invitaient pratiquement jamais le loup gris à se joindre à leur petit groupe – contrairement à lui, par exemple – mais… cela ne l'avait jamais frappé jusqu'ici. Après tout, ils faisaient de même avec leur capitaine et la plupart des autres gars de la team. Haizaki ne constituait donc pas une exception et Kise avait déjà aperçu la tête argentée plusieurs fois dans le sillage des chevelures colorées. Leurs relations ne pouvaient donc pas être aussi mauvaises que cela. En tout cas, impossible de le remarquer sur le terrain. Haizaki recevait des passes au même titre que les autres. Pas plus, pas moins. Il n'y avait aucun clivage visible pour un œil non initié.
« Et pour quelle raison ? » Insista donc Kise.
« Parce que ce n'est pas une bonne fréquentation pour toi, voilà tout. »
« Tu peux détailler ta pensée… ? Parce que, sans vouloir t'offenser, j'ai du mal à comprendre comment tu peux savoir ce qui est bien pour moi ou non Aominecchi... »
Mieux que lui-même, en l'occurence.
« Il est instable. Violent par nature. Et il traite les filles comme des objets… »
« C'est leur problème si elles acceptent de se laisser considérer ainsi aussi ! » Haussa des épaules le blond.
Ouch, c'était méchant ça ! Enfin, pas vraiment… Il avait deux sœurs, il était quand même bien placé pour savoir de quoi il parlait et surtout pour savoir que, parfois, certaines filles appréciaient de se faire rudoyer un peu. Et alors ? Il n'y avait aucun mal à cela. Haizaki ne serait certainement pas aussi populaire auprès de la gent féminine s'il les obligeait à quoi que ce soit. Et s'il ne se comportait pas comme un mufle également. Ouais, cela semblait leur plaire et tant qu'elles étaient consentantes, Kise ou même Aomine, personne n'avait son mot à dire.
« J'crois qu't'as pas très bien compris… »
« Apparemment non. Mais il paraît que je suis parfois long à la détente, alors tu vas te faire un devoir et un plaisir de me l'expliquer, n'est-ce pas ? »
« Ce que j'essaie de te dire, c'est qu'Haizaki pourrait à terme, exercer une mauvaise influence sur toi. »
« Mauvaise dans quel sens ? »
Dans le sens 'pas bien', Kise !
Mais concrètement, ça ne voulait rien dire, c'était beaucoup trop vaste comme concept…
Et il ne kiffait pas tellement qu'Aomine puisse émettre des jugements à l'emporte-pièce sur… sa capacité à juger autrui, justement.
« Sois plus précis steuplé. »
« C'est loin d'être un enfant de chœur, tu sais très bien de quoi je parle. Un jour, tu vas te retrouver entraîné dans l'un de ses sales coups, sans avoir rien demandé et il sera trop tard le temps que tu t'en rendes compte. Alors ce jour-là, ne viens surtout pas pleurer en disant que personne n'a essayé de te mettre en garde ! »
Mais qu'est-ce que c'était supposé vouloir dire, ça, encore ?
Kise estimait mieux connaître Haizaki qu'Aomine.
Plus intimement.
Certes, il était déjà arrivé qu'un groupe de types énervés leur tombe dessus au détour d'une rue.
Plusieurs fois, même.
Sauf que pour commencer, ce n'était pas la majorité du temps mais surtout, Haizaki ne faisait rien pour cela ! Kise le savait, puisque lors de leurs virées en ville sans le sou, lui et le gris se baladaient simplement, sans emmerder personne. La plupart du temps, ils ne faisaient réellement rien de spécial, se posant juste sur un bout de pelouse. Ou sur un banc, selon la météo. Parfois, sans même échanger la moindre parole. Profitant simplement de la compagnie et de la présence silencieuse l'un de l'autre. Sans éprouver le besoin d'obtenir davantage.
…
Bon ok, ce n'était pas tout à fait vrai, puisque souvent, la majorité du temps même, Kise faisait la conversation. Seul. Il parlait dans le vent. Il meublait le silence environnant. Enfin le « silence »… les bruits urbains, quoi. Mais bizarrement, jamais Haizaki ne lui demandait jamais de la fermer. Il semblait même… l'écouter. Kise était ainsi : un authentique moulin à paroles, adorant partager des anecdotes de shooting (cela avait bien changé depuis…) et balancer tout ce qui lui passait par la tête, avec une indéfectible joie de vivre communicative. Or, Haizaki semblait tolérer et même s'accommoder de ses piaillements incessants. Ou tout du moins, il ne s'en plaignait pas.
Enfin bref, tout cela pour dire que Kise ne comprenait pas où Aomine voulait en venir avec ses mises en garde…
« Ca tombe bien, parce que ce n'est pas mon genre. » Fit le renard en se levant pour fuir la panthère intrusive.
La pause repas se termina donc.
Prématurément
Et cette conversation aussi.
Suite à cela, l'après-midi passa lenteeeeeeeeeeeement.
URGH.
Il faisait si CHAUD encore !
Kise n'avait vraiment pas la tête à se concentrer sur ses leçons.
Il rêvassait, regard tourné vers la fenêtre donnant sur la cour de récré.
En fait, il n'avait qu'une hâte : retrouver Haizaki.
Et ne rien faire.
Ensemble.
Même lorsqu'il se retrouvait involontairement embarqué au beau milieu d'une baston, le loup faisait toujours en sorte de le protéger. De lui permettre de fuir. Kise ne risquait rien avec Haizaki. Aomine était simplement jaloux, car le blond était moins collé à ses basques depuis qu'il s'était rapproché d'Haizaki, fatalement. Et le basané n'était pas d'un tempérament très partageur. Il aimait que Kise s'extasie sur ses performances comme une groupie. Que Kise le suive partout à la manière d'un chiot fidèle et débordant d'affection. Ou qu'il le copie, l'imite. Le singe.
Normal qu'il réagisse ainsi maintenant qu'il n'était plus le centre d'intérêt privilégié de son fanboy !
Sauf que… c'était là que se situait la différence entre les deux collégiens.
Haizaki n'avait pas besoin de faire quoi que ce soit de particulier, ni du tout même, pour être cool.
C'était simplement en lui. Ce qui se dégageait de sa personne.
Un état d'esprit.
Un mode de vie naturel.
Là où Aomine se donnait du mal, par opposition, et cultivait une attitude bien spécifique.
A la sortie du collège, donc, Haizaki et Kise s'étaient donnés rendez-vous comme bien souvent ces derniers temps.
Encore une fois, ils n'avaient rien prévu, se laissant juste porter par leurs grands panards.
Mais bon sang, il faisait encore horriblement CHAUD !
Kise était en nage.
Sa chemise d'été lui collait désagréablement à la peau.
Il se sentait tout poisseux et cela le rendait irritable !
Haizaki avait dit qu'il pouvait garder son ventilo jusqu'à la fin de la saison et Kise mourait donc d'envie de rentrer chez lui pour se coller en dessous ! Mais… d'un autre côté… il ne voulait pas écourter sa balade, ou plutôt son « errance » avec Haizaki…
« T'as soif ? » Demanda soudainement le bagarreur.
« Hu ? Non, pas tellement… j'aurai plutôt envie d'une glace, à vrai dire ! »
« Sauf que ce serait oublier un peu trop facilement que toi et moi, on n'a pas un rond. »
Pas faux...
Au moins, on pouvait trouver des fontaines à eau publiques un peu partout dans Tokyo… en libre accès et gratuites. Mais des glaces… c'était peine perdue pour deux paniers percés comme eux ! Pourtant, Kise en avait une de ces envies raaaaah ! Une glace au sel de mer, bien désaltérante et rafraîchissante ! Comme celles qu'ils avaient l'habitude de consommer avec les autres Miracles…
« P'tain c'est malin, tu m'as donné envie aussi maintenant… » Pesta le délinquant. « Fais chier… »
« Attends… p't'être qu'en faisant nos fonds de poches et en se cotisant ensemble… »
Il ne fallait pas désespérer aussi vite. Après tout, ils allaient peut-être avoir une bonne surprise !
…
… Ou pas.
« Waaaaaah, non mais c'est une plaisanterie !? A nous deux, on n'a même pas de quoi s'acheter ne serait-ce QU'UNE SEULE glace ! » Pleurnicha Kise, en recomptant le tas de piécettes qu'ils étaient misérablement parvenus à constituer.
Tu parles d'un magot !
Haizaki se gratta la barbichette (imberbe).
« Hmm… dans ce cas… on va devoir improviser une autre stratégie pour réunir le reste de la somme manquante. Mais par chance, j'ai un super plan ! Viens par-là. »
Par chance… ?
Pas tout à fait, non.
Il guida Kise un peu à l'écart des passants, dans une ruelle déserte, en l'attrapant par le poignet. Le blond ne lutta pas et il se laissa totalement faire, quoiqu'un peu interloqué. Qu'est-ce qu'Haizaki pouvait bien avoir en tête… ?
« T'as tes affaires de sport de rechange dans ton sac ? Les mêmes qu'hier à l'entraînement ? »
« Heu ouais… pourquoi ? »
« Parce que. Fais-moi confiance, on va bientôt en avoir besoin. »
Et avant même que Kise n'ait eu le temps de prononcer « QUOI » (feur…), il se retrouva sans crier gare avec le pantalon baissé sur les chevilles !
« AAAAAAAAAH ! Mais qu'est-ce que tu fabriques Haizakicchi !? » S'empourpra le Kitsune.
« J'essaie de te rendre un peu plus présentable pour ce qui va suivre… »
Il pointa alors du doigt un groupe de trois filles, des lycéennes, apparemment, à en juger par leur taille et leur uniforme. Elles étaient en train de discuter près d'un arrêt de bus, à seulement quelques mètres d'eux. A quel moment Haizaki les avait-il repérées ? Et surtout, que leur voulait-il ? Mystère ! Mais le plus mystérieux restait tout de même cette histoire de le rendre « présentable »…
Et cela ne disait franchement rien qui vaille à Kise !
Car pour la gouverne du loup, il fallait savoir que le renard était TOUJOURS présentable ! Naturellement ! Même au saut du lit et après une nuit blanche ! Non, deux même !
« Tu vois ce groupe de nanas ? C'est par elles que viendra notre salut ! »
Heu mais… comment ça !?
Mais Haizaki était trop occupé à lui ÔTER carrément son pantalon pour deviner son interrogation mentale. Il lui enfila ensuite son short de sport, OKLM, tellement MINUSCULE qu'on aurait pu croire que Kise s'était trompé en empruntant celui de l'une de ses sœurs à la place du sien ! Méticuleux, Haizaki remonta ensuite bien les chaussettes blanches de Kise juste en dessous de ses genoux pour mettre en valeur ses longues jambes si fines et gracieuses de mannequin. Toujours aussi dubitatif, mais néanmoins inerte, Kise s'accrochait tant bien que mal à lui pour ne pas perdre l'équilibre, le rouge aux joues…
« Parfait… suis-moi. » Décréta Haizaki, satisfait du résultat.
« Hey… ? Je dois faire quoi au juste ? »
« Rien de spécial, t'en fais pas. Contente-toi d'être comme d'habitude : charmant et naturel. »
Charmant… ? Vraiment ? Haizaki le trouvait charmant ?
Kise lui emboîta donc le pas et le grisé lui passa un bras autour du cou en se dirigeant vers les filles.
« Hé Nee-chan ! » Les harangua t-il pour attirer leur attention.
Les trois filles interrompirent leur dialogue enjoué pour reporter et bien, leur attention, sur eux.
Kise tirait nerveusement sur son short pour se couvrir les cuisses, semblant soudain réaliser combien il était court…
« Moi et mon pote, on se demandait si… vous pouviez nous dépanner d'un peu de cash ? Vous voyez, on crève de chaud et on TUERAIT pour une bonne glace… »
Les nanas échangèrent des regards interrogateurs comme pour se concerter.
« Oh… et vous ai-je dit que mon super copain Ryota ici présent était… top model… ? »
Sourire carnassier.
« Ah bon, c'est vrai ? » Demanda la brunette à frange et cheveux longs détachés.
« Et c'est quoi son p'tit nom, pour que je le Google ? » Poursuivit sa copine à la queue de cheval, intriguée à son tour.
« Ryota. Kise Ryota. »
« Ohhh ! Mais c'est vrai dis donc ! » Sourit-elle en montrant son téléphone à ses amies.
Affichant des photos de Kise.
« Mais… il est carrément mieux en vrai ! »
« Beaucoup plus sexy aussi… » Lâcha la petite brune à lunettes qui était restée muette jusqu'ici.
Sur un ton gourmand.
« Clair… » Confirma Haizaki en se mettant tout à coup…
… A lui peloter le cul.
Généreusement.
Kise se tendit.
Est-ce que ça faisait partie du plan, ça aussi… ?
Devinant ses réticences, Haizaki lui lança alors un regard qui voulait dire : « c'est la partie cruciale, même ! » Alors naïvement, Kise ne protesta pas et il le laissa malaxer l'une de ses jolies rondeurs.
ARGH !
Par contre, le lupin ferait mieux d'arrêter et vite, parce que… ça commençait à lui faire de l'effet !
Et son short était EXTRA moulant. Autant dire qu'il ne cachait pas grand-chose… et se mettre à bander pour si peu risquait de ne pas passer inaperçu.
…
…
…
… Pourquoi est-ce que ça lui faisant autant d'effet, d'ailleurs ?
Ce n'était pas normal !
Haizaki était juste en train de le tripoter un peu, par-dessus ses vêtements en plus. Ça ne devrait pas… l'émoustiller autant. Ou était-ce parce qu'ils se trouvaient en public… ? Devant des filles plus âgées ? Matures ? Et mignonnes ?
Ouais, sans doute, c'était la seule explication valable.
Et vas-y que je te gratifie même d'une tape sur le cul ! Plat de la main qui rebondit et claque, de surcroît. Kise se mordit la lèvre inférieure, étouffant in extremis un couinement fort malvenu… Haizaki pourrait croire (à tort… ?) que la situation l'excitait sinon…
« On peut prendre une photo ? »
Question purement rhétorique, car sans leur laisser le temps de répondre, les filles se postèrent de chaque côté de Kise et Haizaki s'effaça. Les demoiselles gloussaient comme des dindes… et Haizaki proposa en bon proxénète de prendre ladite photo avec le portable de celle à lunettes. Kise s'efforça de sourire, il avait l'habitude des fangirls enjouées mais… pas aussi tactiles. Il se sentait mal à l'aise en leur présence, surtout lorsqu'une fois le cliché pris, celle avec la queue de cheval commença à lui caresser les cuisses.
Wow.
Elles n'avaient pas froid aux yeux ces gonzesses-là…
« Tu as les cuisses si fermes et musclées ! Tu dois être très sportif ! »
Puis, ce fut au tour de sa copine de s'extasier et de tâter…
« Et la peau si douce ! On dirait du velours ! »
OLA.
Leurs mains montaient un peu haut là non !?
MAYDAY.
« T'es sûr que t'es qu'au collège ? Tu fais vachement plus mature… » Fit la fille à la frange, en se léchant les babines…
« Combien d'années de taule on risque à ton avis pour détournement de mineur ? » Répondit sa copine à lunettes.
« Attends, laisse-moi le Googler ça aussi, c'est bon à savoir… » Proposa la geekette de la bande.
Kise lança un regard de détresse à son compagnon, qui s'empressa alors de le séparer de ses encombrantes groupies.
Ouf ! Il s'en était fallu de peu !
« Ouais bon, ça suffit les filles. Vous avez assez tâté la marchandise, faudrait songer à allonger la monnaie maintenant… »
Awww… comme il était chou de prendre sa défense ! Haizaki savait se montrer si attentionné !
Ou pas, si l'on y réfléchissait bien. Et pour cause, c'était en effet lui qui l'avait envoyé pour ainsi dire se prostituer auprès de nanas plus âgées et pas très nettes…
…
Ok, dès qu'il serait rentré, il le brûlerait pour de bon ce maudit short définitivement trop court et échancré…
… Sentiment qui ne fut que renforcé par la façon dont le caissier grisonnant de la petite épicerie où Haizaki le mena ensuite, le mata sans vergogne également au moment de payer son dû.
Brrr… décidément, le renard avait croisé la route de tous les pervers du coin aujourd'hui !
Mais Haizaki avait insisté pour qu'ils achètent leurs glaces dans ce konbini là, en particulier, grâce à l'argent offert de bon cœur par le trio de diablesses. Kise n'était pas certain de comprendre ce qui avait motivé le choix de ce lieu. La boutique était minuscule, étriquée, coincée entre deux barres d'immeubles peu avenantes et très sombre à l'intérieur. Sans compter que les rayons étaient mal agencés et manquaient cruellement de choix et de diversité… Malgré tout, Kise trouva son bonheur plutôt facilement, pressé qu'il était de déguerpir. Heureusement, il n'aurait pas à s'attarder dans cet endroit sinistre…
… Contrairement à Haizaki qui mit quelques temps avant de sortir et de le rejoindre.
Kise lui tendit alors sa part du butin, mais au lieu de la saisir immédiatement, le gris se pencha plutôt pour lécher UN PEU TROP SENSUELLEMENT la glace de Kise – déjà déballée et à moitié dégustée - à la place… BAISER INDIRECT ! Kise se figea sur place quelques instants et le début d'érection que les filles avaient calmé grâce à leurs sales paluches, revint à la charge aussi sec. Zut, le blond s'en voulait de se montrer aussi réactif mais…
« Hé ! »
Par chance, il parvint à se ressaisir rapidement, tirant sur son T-shirt pour couvrir au maximum la partie incriminée en éloignant sa glace – ou plutôt ce qu'il en restait – du voleur de service…
… Et d'ailleurs, en parlant dudit voleur…
Haizaki attrapa enfin sa glace, mais fit sciemment le choix de ne pas la déguster immédiatement. A la place, il sortit… Une cartouche ENTIERE de cigarettes neuve et encore emballée de sous sa veste d'uniforme.
Kise cligna des yeux.
D'où ça venait ça encore ? A quel moment Haizaki était-il passé en caisse et surtout, avec quel argent ?
Sans compter que la vente de tabac était très réglementée par ici et strictement interdite aux mineurs…
« Quoi ? »
« … »
« Tes rétines vont finir par exploser à force de me fixer comme ça… t'es vraiment pas discret… »
« Ces clopes, elles… »
Comment poser la question de manière diplomatique et sans risquer de froisser Haizaki, hmm ?
« … J'les ai chouravées, ouais. »
QUOOOOOOOOOOOOOOOOIIIII !?
La mâchoire de Kise manqua de se décrocher sous le choc de cette révélation. Alors, ses soupçons s'avéraient bel et bien fondés, même s'il n'avait pas osé les formuler concrètement. Il frissonna et détourna le regard, profondément affecté.
« T'en veux une ? Ou carrément un paquet entier pour le ramener chez toi ? »
« Non merci… »
Au fond de lui, Kise se sentait déçu… Mais subsistait une dernière interrogation et il voulait en avoir le cœur net.
« Alors… c'était ça ton but depuis le début, n'est-ce pas ? C'est pour cette raison que tu as insisté pour qu'on entre dans ce magasin-là en particulier… »
« D'après toi… ? »
« Ouais. Ça semble parfaitement logique. J'ai remarqué que le caissier était seul, il n'a aucun autre employé avec lui et il est vieux. Il a pris vachement de temps à scanner nos deux articles et à me rendre la monnaie quand il a recompté ce qu'il nous devait. J'en conclus donc qu'il n'a pas une très bonne vue non plus… sans compter qu'il n'y a aucune caméra de surveillance à l'intérieur, ni antivol sur les articles. Mais tout ça, tu le savais déjà, non ? Parce qu'il me semble évident que tu n'en étais pas à ton coup d'essai. »
Sans compter que le garçon aux cheveux d'or avait constitué une diversion tout à fait louable pendant qu'Haizaki passait à l'action de son côté…
« T'es foutrement observateur, tu l'sais ça ? Mais… j'imagine que c'est normal quand on possède le talent de copier les autres. Ça demande un sacré sens du détail… Par contre, tu oublies une donnée essentielle : je savais également que le patron de ce bouiboui a un faible pour les collégiennes courtes vêtues… Faible qui peut également s'étendre aux collégiens d'ailleurs, vu qu'il est miro comme une taupe ! »
…
Trompé, manipulé, offert en pâture à toutes sortes de pervers patentés, le blond serra les poings et les dents. Il n'aimait pas du tout ce qui était en train de se passer… Les autres… ceux qui avaient accusé Haizaki de vol, n'étaient finalement pas si loin du compte alors… Mais presque aussitôt, Haizaki le rapprocha de lui en ceinturant possessivement sa taille, comme pour mieux le faire vaciller dans ses convictions.
« Roooh fais pas la gueule, Ryota... Allez quoi, c'était qu'un tout petit larcin de rien du tout ! »
Si ça se trouvait… même le ventilo n'appartenait pas à Haizaki et n'était donc pas un emprunt… Certes, il ne provenait pas de l'école, mais qui pouvait assurer au renard que le loup ne l'avait pas dérobé ailleurs, puisque cela semblait être dans ses prérogatives ?
Et puis… quel intérêt de l'envoyer pour ainsi dire tapiner auprès de filles plus âgées ET d'un vieillard libidineux, si depuis le départ, Haizaki était en capacité de simplement voler ce qu'il désirait… ?
Kise devrait se sentir humilié en cet instant, sauf que…
« Dis Ryota… t'es bien le cadet de ta famille, hein ? Les deux nanas que j'ai vues chez toi la dernière fois, tes sœurs, elles sont nées avant toi, non ? »
« En effet, mais qu'est-ce que… »
CA VIENT FOUTRE DANS LA CONVERSATION… ?
« Tu ne vois pas que j'essaie d'être en colère contre toi, là !? » Pensa très fort le jaune.
Mais Haizaki le coupa.
« Moi, tu vois… je suis l'aîné. J'ai qu'un seul petit frère avec lequel j'ai un gros écart d'âge. Alors, je suis censé donner l'exemple. Bientôt, ce sera moi l'homme de la maison… Il faudra donc que je sois irréprochable. Sauf que moi, j'en ai pas envie. Donc, en attendant que ce jour fatidique arrive, j'ai décidé de n'en faire qu'à ma tête jusque là. Profiter du peu de liberté qu'il me reste encore. Et puis, y pas que ça… c'est pas le seul problème qui survient avec le fait d'être le grand-frère… On était bien avant, ma mère, Ryuji et moi. Rien que tous les trois… mais… il a fallu que Matt se pointe et foute tout en l'air. Il a compromis l'équilibre… Au départ, ce n'était qu'un bébé, c'était donc normal qu'il soit entièrement dépendant de ma mère et de son père… et qu'il accapare totalement leur attention, mais même en grandissant, ça ne s'est jamais arrêté. Il… Matt… » Il s'arrêta pour reprendre sa respiration et fixa le sol. « Il me les a volés. A l'instant même où il est né, il a pris ma place. Il a pris tout ce qui m'appartenait. Je venais de devenir frère. Logiquement, j'aurai dû me sentir heureux et entouré. Mais au lieu de ça, je suis soudainement devenir très seul. Abandonné. Ma mère n'était plus en couple avec mon géniteur… » Il avait du mal à dire le mot « père ». « Alors… c'était normal, maintenant qu'elle avait un bébé avec son nouveau compagnon, qu'elle s'occupe moins de moi et qu'elle fasse de Matt sa priorité. Peut-être même qu'elle regrettait de m'avoir fait, va savoir… C'est pour ça que j'me demande… c'que tes sœurs ont bien pu ressentir, elles, quand tu es venu au monde… » Le loup d'argent frissonna. « Mais c'est p't'être que moi le grand frère indigne, celui qui n'est pas fait pour l'être... Parce que me concernant… j'arrive pas à m'empêcher d'être jaloux, c'est plus fort que moi, c'est pour ça que j'ai commencé à voler tout ce que je pouvais. D'abord des techniques, puis c'est allé crescendo. Crois-moi, déposséder les gens de ce qui leur appartient, il n'y a rien de plus jouissif comme sentiment. Et récupérer, non, voler même... leur attention… »
Hmm… C'était sans doute la raison pour laquelle Haizaki été venu picorer son esquimau tout à l'heure, quand bien même il possédait déjà sa propre glace encore intacte. Piquer dans l'assiette des autres, rend la nourriture instantanément meilleure, paraît-il…
« Sans compter que… bien souvent, c'est le seul moyen d'obtenir ce que je désire. Ce n'est pourtant pas de ma faute, je n'ai pas fixé les règles, Ryota… Pourquoi les autres ont le d'avoir et de posséder tout ce qu'ils veulent et moi non ? Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours dû me priver. Et avec la naissance de Yamato, j'ai dû apprendre en plus à partager le peu dont je disposais. Tout ça parce que... ma famille est pauvre… ? Parce que j'suis pas né au bon endroit ? Nan, hors de question, c'est pas juste ! »
C'était donc ce qui avait poussé Haizaki à se faire justice lui-même…
« Alors maintenant c'est simple : je vois, je veux, je ne demande même plus… je prends. Je ne m'embarrasse plus de détails insipides et moraux. »
Etait-ce réellement aussi facile qu'Haizaki le clamait ?
Même si le Suédois devait s'avouer touché par le discours de son camarade et qu'il comprenait ce qui l'avait mené à commettre de tels délits, Kise avait du mal à le croire, lui qui avait été élevé dans le respect de l'autorité et des lois. Haizaki risquait gros avec ce genre d'attitude. Mais les risques qu'il prenait devaient être soigneusement calculés. Après tout… Kise n'y avait vu que du feu jusqu'ici. Haizaki avait élevé le larcin au rang d'art. Hmm… mais…
« D'accord, c'est bien joli tout ça, mais est-ce que tu avais vraiment besoin de voler TOUS ces paquets de cigarettes d'un coup… ? »
« Non ! Absolument pas et c'est ça l'plus beau dans l'histoire ! »
« Alors… tu devrais aller rendre le surplus… »
« Et puis quoi encore ? Tu veux que j'finisse en maison d'redressement !? »
Mouais, pas le meilleur plan en effet. Haizaki ne le pouvait tout simplement pas. Il était déjà beaucoup trop tard pour cela.
« Non, je… »
Il soupira.
Au fond de son cœur, terré comme une bête sombre, une part de lui dont il n'était pas fier, se révélait envieuse. Et trouvait ce talent pour le vol indéniablement cool… Sûrement le goût de l'interdit… La perspective de flirter avec le danger… Avec Haizaki, Kise avait toujours l'impression de faire des choses qui sortaient de l'ordinaire et de repousser ses limites. Comme tout à l'heure, par exemple. Le blond était loin d'être timide, mais il préférait rester à l'écart des filles d'habitude. Or, il avait osé accoster ces lycéennes et leur avait même en quelque sorte… extorqué de l'argent sous l'impulsion de l'argenté. Kise n'était pas dupe. Haizaki s'était servi de lui et de son physique avantageux mais… ça lui était égal. Son geste avait été étrangement libérateur. Lorsqu'il se trouvait dans son sillage, le gentil mannequin se sentait galvanisé. Pris dans un tourbillon d'énergie irrésistible. Presque comme… de la rivalité. Mais différente de celle qu'il éprouvait envers Aomine, par exemple.
Avec Haizaki, il pouvait se laisser aller.
Pas besoin de jouer un rôle.
Il pouvait laisser ses pires instincts parler et prendre le dessus. S'autoriser le pire.
Haizaki ne le jugerait pas.
Peut-être… que c'était le Japonais pur souche qui avait raison.
Peut-être que Kise devrait se servir de cette soupape lui aussi pour évacuer la pression. Cette continuelle pression à être sage et parfait.
Irréprochable.
Il se redressa soudainement et confia sa glace à moitié fondue à Haizaki, avec détermination.
« Je vais l'faire aussi ! »
« Hein ? Faire quoi au juste ? »
« Voler un truc. Non, non, pas simplement un truc. La même chose que toi, sinon, ce ne serait pas amusant, ni même comparable. Je vais te prouver que j'en suis capable. De faire aussi bien que toi. »
Aussi bien que lui ? Mais ! Il n'y avait rien de bien dans le fait de voler !
« Attends, t'es pas sérieux !? Hey, reviens ici tout de suite ! On va dire que je t'ai influencé après ! »
Bien-sûr que non, Haizaki ne lui avait rien demandé. Il n'avait même pas tenté de le convaincre, ni de le séduire par moult arguments fallacieux… Ça n'avait rien à voir avec lui, d'ailleurs…
« Pas du tout… Tu ne m'as incité à rien. Je le fais pour moi. Pour me confronter à toi et voir si je peux y arriver moi aussi ! »
Il en ressentait le besoin, c'est tout.
Alors sur ces bons mots, il retroussa ses manches, prêt à en découdre !
« Oi Ryotaaa ! J'te préviens, si tu t'fais gauler, compte pas sur moi pour venir te sauver les fesses, quand bien même elles sont moulées dans un short scandaleusement court et bandant ! »
Mais déjà, le renard ne l'écoutait plus. Il avait filé dans une petite rue pour de changer à nouveau et remettre son pantalon. Plus discret face à ce vieux pervers, parce que sinon, avec son mini-shorty (pléonasme), il risquait de se faire griller de suite, à peine le seuil de la boutique franchi ! Y retourner seul l'angoissait mais d'un autre côté, dans cette tenue, il ne se ferait pas remarquer. Après tout, Papy-Hentai n'avait à aucun moment regardé son visage, aucun risque donc, qu'il le reconnaisse sans son short.
Une fois à l'intérieur, le jaune se mua en véritable ninja, faisant ainsi honneur à une partie de ses origines ! Pas facile pour lui de se montrer furtif, alors qu'il avait plutôt l'habitude d'attirer tous les regards, mais le défi était intéressant à relever pour une fois ! Devoir combattre sa véritable nature, bruyante et voyante… et se fondre dans la peau d'un cambrioleur de l'ombre. C'était… une expérience étrangement excitante de devoir prétendre être quelqu'un d'autre… de devoir combattre son moi intérieur…
Sa conscience, sa bonne morale... ou Jimmy Cricket, dans le cas où vous appelleriez Pinocchio.
Il se dirigea donc vers le rayon où le tabac se trouvait en libre-accès alors que jamais cela n'aurait dû être le cas. N'importe qui pouvait se servir, même les enfants… et il piqua une cartouche au hasard, la glissant comme Haizaki à l'intérieur de sa veste. Brrr… il crevait de chaud en dessous, mais obligé de la remettre sinon… de quoi se serait-il servi pour planquer son butin !?
Merde, il se redressa un tout petit peu trop vite pour ne pas avoir l'air suspect. Il aurait sûrement dû glaner quelques conseils auprès d'Haizaki le roi de la cambriole mais… trop de fierté. Et de précipitation aussi.
Trop tard maintenant, surtout.
Il était seul à présent, ne pouvant compter que sur lui-même pour se sortir de ce guêpier dans lequel il s'était fourré de son plein gré. Dehors, il aperçut Haizaki regarder à travers la porte-vitrée du magasin. Il l'observait alors Kise, ravi d'avoir un spectateur, sut qu'il ne devait surtout pas décevoir son public !
« Reste naturel Ryota et tout ira bien ! » Se somma mentalement l'ado.
Courage…
Personne ne l'avait vu. (Hormis Haizaki.)
Il n'y avait aucune raison que cela se passe mal.
Ne restait plus qu'à passer devant le Cerbère qui gardait la sortie. Sans se faire remarquer. Kise marcha donc d'un air décidé, regardant droit devant lui comme s'il se trouvait sur un podium lors d'un défilé.
Un,
Deux,
Trois,
Quatre.
CATWALK !
« Respire… »
Plus suspect comme démarche, tu meurs ! Mais au moins s'était-il retenu de balancer des hanches ahem…
Soudain, Haizaki l'intercepta à la sortie et aussitôt il le plaqua contre lui, le faisant passablement sursauter. Passant à nouveau le bras autour de son épaule, il se pencha pour lui murmurer à son oreille :
« Règle numéro 1, la plus importante, quand on vient de commettre un vol : marcher normalement pour quitter les lieux du crime. Quoi qu'il arrive, ne cours surtout pas, même si c'est tentant : ce serait grillé direct que tu essaies de t'enfuir parce que t'as quelque chose à te reprocher… »
Le sang battait encore furieusement dans ses tempes et il s'était retenu de respirer tout du long, alors son visage affichait encore de belles rougeurs par manque d'oxygène… Sa démarche était mal assurée, ses mains moites et tremblantes, il tenait sa veste fermement rabattue pour ne pas révéler le pot aux roses… Son cœur allait sûrement lâcher à cause de toutes ces émotions… angoisse et excitation se mêlaient en un poison puissant dans son corps…
L'adrénaline…
Il devait se calmer…
Mais ce sentiment de liberté était si… fort.
Alors c'était ça qu'Haizaki éprouvait lors de ses larcins ? Ce sentiment… toute puissance ? Cette impression d'invincibilité ?
Une fois suffisamment éloignés, Haizaki le félicita, ne tarissant pas d'éloges sur son petit tour de passe-passe. Kise se sentit bizarrement flatté et presque… fier de son énorme bêtise. Haizaki se trouvait si proche de lui que le goupil pouvait sentir son odeur… mélange épicé de déodorant bon marché, de sueur légèrement acide et de tabac… une telle proximité l'émoustillait, mais ce n'était rien par rapport au fait que, dans un élan visant à l'encourager, Haizaki déposa brièvement un léger baiser sur ses lèvres…
Un smack.
Juste comme ça, au détour d'une phrase. Comme si c'était un geste parfaitement normal… et Kise ne réagit pas. Ça n'avait duré qu'une ou deux secondes à tout casser, alors peut-être l'avait-il simplement rêvé… Sans doute Haizaki avait-il dérapé sans faire exprès pendant qu'ils avançaient…
Oui, c'était forcément le cas. Haizaki n'avait pas réellement pu vouloir l'embrasser…
Les deux coéquipiers continuèrent donc leur petit bonhomme de chemin le plus naturellement possible, sans se précipiter, sans marcher trop vite pour ne pas paraître suspects, ainsi qu'Haizaki l'avait recommandé. Une fois hors de portée, ils se réfugièrent à l'entrée d'un square peu fréquenté pour déballer la prise de Kise.
« … Des clopes au menthol… ? Sérieusement… ? Tu pouvais pas chourer mieux qu'ça ? » Ricana Haizaki, moqueur.
Enfin, pour un premier essai, ce n'était déjà pas si mal... Kise n'avait pas choisi l'objet le plus facile à exfiltrer. Il fallait bien lui reconnaître ça, mais force était de constater qu'il avait eu les yeux plus gros que le ventre... et un peu de malchance, aussi.
« Tsss j'aurai bien voulu t'y voir, toi, la première fois que t'as piqué un truc ! Je parie que c'était un truc bien plus petit ! Moi au moins, j'ai visé haut directement ! » Se défendit Kise, en essayant de lui refourguer la cartouche fraîchement dérobée.
« T'as surtout chopé au vol (lol c'est le cas de le dire…) le premier objet qui passait, oui ! On m'la fait pas, à moi ! Bah tu t'les gardes pour la peine, moi j'en veux pas, c'est un coup à s'attraper un cancer des poumons ces saloperies ! »
« Mais j'en fais quoi au juste ? Si j'les ramène à la maison et que ma mère les trouve, elle va me zigouiller ! Ou… ou pire encore ! ME PRIVER DE SORTIE JUSQU'A MA MAJORITE ! »
« C'est pas mon problème ! La prochaine fois, tu feras gaffe à c'que tu tires ! »
Et de lui lancer la cartouche comme s'il s'agissait d'un ballon de basket.
'Prochaine fois… ?' Quelle prochaine fois ? Parce qu'Haizaki se figurait que Kise aurait peut-être envie de recommencer à jouer les hors la loi de pacotille juste pour l'impressionner et recevoir un nouveau baiser… volé… ?
ALORS LA !
… Erm, il avait tapé dans le mille…
Recevoir des compliments de la part d'Haizaki réchauffait le cœur de Kise. Pourtant, il était habitué à en entendre en permanence, mais… jamais venant du gris. C'était… différent. Le ressenti final n'était pas le même. Même au basket, le délinquant ne le remerciait jamais après une passe réussie ou un panier marqué. Mais cette fois… Kise avait l'impression de compter, enfin. D'exister aux yeux d'Haizaki et de mériter enfin ses éloges.
Oui, Kise avait envie de ressentir cela encore une fois…
D'être important et apprécié par l'autre garçon.
Lorsque le blondin rentra ce soir-là, il se précipita dans sa chambre pour cacher son larcin.
Sous son lit. Ça aidait d'en avoir un qui était du modèle occidental… Il y avait pas mal de place en dessous, contrairement à un futon posé à même le sol. Une fois débarrassé de son encombrant et surtout incriminant paquet, Kise alla dîner en compagnie de ses sœurs. Comme bien souvent, ses parents n'étaient pas encore rentrés, alors un premier service était effectué et ses géniteurs prendraient le suivant.
Aka les restes, s'il y en avait encore. Pendant tout le repas, il resta silencieux. Pensif. Réalisant la portée de ce qu'il avait fait. Ses genoux tremblaient sous la table au fur et à mesure que la pression retombait. Merde… pour quelle raison s'était-il laissé entraîner là-dedans ? Non, pas laissé entraîner… Haizaki n'avait même pas cherché à lui monter le bourrichon. Kise avait sauté à pieds joints tout seul dans le monde de la petite délinquance. Oh mais… ce n'était rien de grave, pas vrai ? Et puis surtout, cela ne se reproduirait pas…
Ouais, non, il ne trompait personne et surtout pas lui-même en prétendant cela…
Voler, c'était comme une drogue dont on veut à nouveau ressentir les effets. Se sentir au-dessus des autres, plus malin, plus rapide. Kise comprenait ce qu'Haizaki aimait là-dedans. Posséder. Sans se faire prendre soi-même. Ça lui avait plu bien plus qu'il ne voulait l'admettre…
Vivre dangereusement, au dessus des lois et flirter avec l'interdit…
Voir le sourire d'Haizaki.
Entendre son enthousiasme.
Oui, Kise se sentait fier de lui, alors que ça devrait être tout l'inverse !
Il n'avait pas très faim, ayant plutôt l'étrange impression d'être repu, alors il écourta son dîner et alla se réfugier dans sa chambre, sous le regard inquiet de ses sœurs. Ça ne lui ressemblait pas de sauter un repas après une journée de cours bien remplie, surtout avec un entraînement de basket pour la clôturer.
Une fois à l'abri de sa chambre, Kise se laissa aller à déballer la cartouche.
Hmm… Il avait goûté à la clope à l'occasion de sa sortie à la fête foraine avec Haizaki, mais il n'avait pas retouché au tabac depuis. Beurk, quelle infamie ! Dire qu'il allait devoir fumer tout ça… il ferait bien de s'y mettre tout de suite alors ! Attrapant une tige entre ses doigts agiles, il l'alluma à l'aide du briquet qui se trouvait toujours dans sa table de chevet. Pourquoi en possédait-il un alors qu'il était non-fumeur ? Il ne se souvenait même plus comment il l'avait obtenu. Sûrement le cadeau d'un sponsor après un shooting. Ils aimaient bien refiler ce genre de goodies en général et ne s'encombraient pas trop de savoir si le type qui les recevait était mineur…
Il commença à fumer lentement pour ne pas s'étouffer et il ouvrit la fenêtre pour que la fumée s'évapore plus vite.
Il toussa un peu.
Bordel, Haizaki avait raison… c'était immonde ce goût de menthe glacée mêlée à un arrière-goût prononcé de tabac froid…
Impossible qu'il arrive à tout fumer.
Ça le faisait chier, mais il allait devoir jeter ce qui restait à la poubelle. Même un seul paquet, Kise ne savait déjà pas comment il allait faire pour le terminer en entier…
Quel gâchis.
Enfin bref…
« Ryo-chan ? »
Il sursauta. On venait de frapper à sa porte. Rapidement, il se dépêcha de balancer sa cigarette à demi entamée par la fenêtre et de dissiper la fumée en la balayant de la main.
« En-entrez ! »
C'était Irumi.
La jeune fille aux nattes style Laura Ingalls pénétra dans son antre, une assiette contenant une part de gâteau de riz à la main.
« Tu as à peine mangé, ce n'est pas raisonnable alors que tu nous fais une poussée de croissance dernièrement. » Le houspilla son aînée.
« Oh... c'est rien, je n'avais juste pas faim ce soir... mais merci pour le gâteau, je le mangerai peut-être un peu plus tard dans la soirée. »
« Hmm... » Fit-elle, dubitative. « Ryoko croit que c'est parce que tu es amoureux. » Lâcha t-elle sans prévenir.
QUOIIIIIIIIIIIII !?
Pardon, lui, amoureux !? Mais de qui !?
« N'importe quoi ! »
Tu parles d'un argument lol...
« Pourtant, c'est bien connu que lorsqu'on est amoureux, on a des papillons dans le ventre dès qu'on aperçoit la personne de nos rêves, à tel point qu'on en perd l'appétit... »
Heu ouais, et donc... ? En quoi cela le concernait-il présentement... ?
« Et... Yukino-chan t'a vu avec ce garçon en ville tout à l'heure. Celui qui était venu à la maison l'autre jour. »
ARGH !
Yukino, aka la meilleure amie de Ryoko depuis la maternelle...
« Tu passes beaucoup de temps avec lui ces derniers temps. »
Encore une fois, oui et alors ? Kise n'aimait pas beaucoup ce que sa grande-sœur chérie était en train d'insinuer...
« Il te plaît, n'est-ce pas ? »
Oh merde, est-ce qu'il allait vraiment avoir cette conversation avec Irumi... ? Après Ryoko... Mais la brune était moins compréhensive que la blonde hélas et Kise avait beau l'adorer de manière égale, il se voyait mal lui confier ses peines de cœur...
« Irumi écoute, ce n'est pas c'que tu cr... »
« Ce n'est pas grave s'il s'agit d'un garçon. Il faudra juste faire attention pendant l'accouplement, mais cela reste possible, même entre deux mâles. »
...
Putain.
C'était justement CA qu'il voulait éviter !
Le cours tant redouté sur l'anatomie de la part de sa big sista !
« Le scrotum ne peut s'auto-lubrifier, contrairement au vagin, mais c'est une étape à ne pas négliger pour autant. En cas d'érection, il recommandé dans le cadre d'un rapport anal de... »
En parlant d'érection, cela lui rappelait celle qu'il avait eue lorsqu'Haizaki l'avait touché tout à l'heure...
« STOP ! Ça suffit ! J-je... je ne veux pas savoir ! Enfin, j'veux dire, je sais déjà de toute façon... Je suis déjà au courant voilà ! »
« Ah bon... » Fit-elle, un peu déçue. On voyait qu'elle avait potassé exprès le sujet pour pouvoir l'exposer à son petit frère dans le but qu'il ne se blesse pas mais... dommage, apparemment, elle n'aurait pas l'occasion d'étaler ses connaissances, ni même de partager ses conclusions avec lui...
Snif.
Quel gâchis. Tant de recherches à but scientifique effectuées pour rien !
Recherches pour le moins étendues, d'ailleurs...
« Puis-je au moins te conseiller une bonne pommade contre les hémorroïdes ? Crois-moi, tu en auras sûrement besoin dans un futur proche... »
« NON ! Et puis, ne me parle pas de tout ça ! Je te rappelle que je n'ai que treize ans ! Je... je n'pense pas encore à ce genre de trucs ! »
« Et bien tu devrais d'ores et déjà commencer à t'y intéresser et à les planifier ! Une sodomie mal exécutée comporte des risques élevés de fissures anales et d'incontinen-... »
« AAAAAAAAAAAAHHHHH ! »
Cela se confirmait donc. Sa sœur était belle et bien une psychopathe et pour couronner le tout, elle adorait visiblement le torturer.
En cherchant à le dégoûter.
« J-je t'ai dit que je n'avais pas besoin que tu me fasses un cours d'éducation sexuelle Irumi ! J'en ai déjà eu un en classe cette année ! »
« Oui mais... on vous apprend ce qui se passe entre les mâles et les femelles, pas entre partenaires du même sexe. Et crois-moi, la théorie est très différente. La pratique aussi d'ailleurs ! Pourquoi ne veux-tu pas avoir cette conversation avec moi ? Je ne comprends vraiment pas tes réticences. »
« Et toi, pourquoi ne comprends-tu pas justement pourquoi je ne veux pas avoir cette conversation avec toi... ? Je peux te retourner la question moi aussi ! »
Non mais c'est vrai quoi ! Ce n'était pas à sa sœur de lui faire un cours sur le sexe entre hommes !
Tellement embarrassant !
La brunette remonta ses lunettes rondes sur son nez, s'apprêtant à répliquer mais... aussitôt, une drôle d'odeur vint chatouiller ses narines sensibles.
« ... tu fumes... ? »
MINCE ! MANQUAIT PLUS QUE CAAAA !
La clope, il l'avait complètement oubliée !
Kise s'empourpra de honte et il se hâta de fermer la fenêtre.
« C-ça vient de dehors ! Quelqu'un doit fumer en bas de l'immeuble ! »
« Hmm... non... c'est toi... qui sens comme ça... » Affirma t-elle en se mettant à le renifler comme un chien policier.
« C-c'est parce qu'Haizaki fume ! Et comme on est souvent ensemble lui et moi, l'odeur finit par s'imprégner dans mes cheveux et mes vêtements ! Inévitablement ! »
Magnifique défense de la part du numéro 8 de Teiko !
Comment allait riposter son adversaire ?
Hmm... Elle ne croyait pas un traître mot de ce qu'il venait de dire, c'était certain... et pourtant... elle ne fit aucun commentaire, choisissant plutôt de battre en retraite.
« Ne laisse pas traîner ton assiette sous ton lit pendant des jours, une fois que tu auras fini de manger ton gâteau, comme cela est déjà arrivé l'été dernier. Car bien que nous habitions au dernier étage, cela avait attiré tout un essaim de fourmis enragées... et nous savons tous à quel point tu adores les insectes, alors si tu veux éviter d'en retrouver encore toute une colonie sous tes draps, tu ferais mieux de suivre ce simple conseil d'hygiène basique. Oh et tu es de corvée de vaisselle ce soir, pour la peine. »
Mouaif... Il s'en tirait bien, finalement.
Dès que sa sœur quitta la chambre, Kise verrouilla sa porte puis il se jeta sur son paquet de clopes pour en extirper une seconde. Il avait besoin de fumer, là, tout de suite. Cette discussion avec Irumi et la perspective qu'elle puisse tout découvrir et le rapporter aux parents, l'avait incroyablement stressé. Or, c'est bien connu, fumer aide à évacuer le stress...
Et ce qui n'aurait dû rester qu'un incident, qu'un shot d'adrénaline, devint peu à peu une addiction pour Kise...
La cigarette ?
Nan.
Ce serait beaucoup trop simple...
Passer du temps avec Haizaki... lire l'admiration dans ses prunelles... repousser sans cesse ses limites. Faire des conneries... Il faut bien que jeunesse se passe et passe entre les mailles du filet par la même occasion.
Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus.
Quelques jours plus tard – ce devait être un jeudi, jour d'entraînement – Haizaki n'était pas présent. Il séchait.
Quelle surprise, n'est-ce pas ?
Kise faisait des tours de gymnase pour s'échauffer, mais alors qu'il passait près d'une des fenêtres, un bruit attira son attention... Comme si quelqu'un tapait sur le carreau. Ou balançait des cailloux contre la vitre... Sans doute le vent qui cognait ? Néanmoins, le vacarme – irrégulier – s'intensifia au fur et à mesure que le blond s'approchait de sa source. Naïvement, Kise se pencha au-dessus du verre transparent pour voir ce qui se tramait derrière et...
Haizaki !?
Mais que faisait-il ici ? Pourquoi n'entrait-il pas ?
Hmm... Il essaya bien de parler, mais derrière le verre épais, Kise ne l'entendait pas distinctement.
Enfin, ça n'avait pas d'importance, puisqu'il existait d'autres moyens de communiquer que par la parole. Et pour se faire comprendre, Haizaki souffla sur la vitre. La condensation engendra de la buée et en apercevant son renard, Haizaki dessina un cœur sur la vitre du bout de ses doigts. Le message était clair.
L'invitation, aussi.
Kise se stoppa dans sa course et il fit un signe de la main à son admirateur pas si secret.
Signe de l'attendre.
Il arrivait tout de suite et...
« Kise-kun ? » Interrogea Kuroko, qui s'était arrêté à sa hauteur.
Le blond sursauta. Bon sang, mais depuis combien de temps était-il planqué à côté de lui !? Argh ça n'avait pas d'importance, mais décidément, jamais l'Eurasien ne se ferait à la présence ou plutôt au manque de présence du fantôme...
« Kurokocchi ! Pourquoi tu t'es mis à me suivre tout à coup !? »
« Te suivre ? Tout à coup ? Mais cela fait dix bonnes minutes que je cours à côté de toi. »
Plus transparent, tu meurs ! A se demander s'il ne le faisait pas un peu exprès d'ailleurs...
« Oui et bien va courir à côté d'Aominecchi maintenant ! Moi, je m'en vais ! »
« Pour aller où ? L'entraînement n'a même pas encore commencé. »
Avant d'apercevoir à son tour la trogne de son complice.
Et de comprendre instantanément.
« Oh. »
Il reporta son attention vers le jaune.
« Nijimura-senpai ne va pas être content s'il apprend que tu as séché l'entraînement avec Haizaki-kun. »
« Et bien t'es pas obligé de lui dire ! »
« Et s'il le demande ? »
« Hmm... tu n'auras qu'à lui raconter que je me suis senti mal tout à coup ! Ouais, voilà, c'est ça, que je suis malade ! »
« Quel genre de maladie... ? »
« On s'en fout, ça n'a aucune importance, tant que c'est suffisamment grave pour qu'il avale ce bobard ! »
« D'accord. Dans ce cas, je vais lui dire que tu as attrapé un cancer des testicules fulgurant. »
« ... Peut-être pas aussi grave, quand même. »
« Mais cela justifierait pourtant que tu n'arrives plus à courir, Kise-kun. » Se justifia Kuroko.
« Je suis sûr que tu vas trouver une autre maladie qui peut tout aussi bien l'expliquer. Et en étant autrement crédible, celle-ci ! » Sourit-il en tapotant l'épaule du bleuet.
Sans lui laisser l'opportunité de répondre, le malade imaginaire sortit discrètement par l'issue de secours. Il avait laissé ses affaires dans les vestiaires, mais tant pis. Il repasserait les prendre plus tard, de toute façon, elles étaient bien à l'abri dans son casier. Tout enjoué qu'il était, il trottina docilement vers Haizaki, sourire aux lèvres. Qu'allaient-ils faire aujourd'hui ? Baaaah ça n'avait pas d'importance, au final ! Tant qu'ils étaient ensemble et que ça pouvait lui valoir un autre smooch de la part du beau loup d'argent... hihi
Peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.
Il aurait s'agit d'un cours obligatoire, Kise l'aurait séché de la même manière pour être avec Haizaki...
Haizaki qui se tenait recroquevillé dans un coin en attendant que Kise le rejoigne...
C'est qu'il ne voudrait pas risquer de faire attraper par le chien de garde dénommé Nijimerda... Bizarre d'ailleurs que son senpai ne soit pas actuellement en train d'arpenter le quartier dans le but de le retrouver et de le trainer de force à l'entraînement par la peau des balloches, s'il fallait en passer par-là...
Mais normalement, ils avaient un match de qualification samedi, soit dans deux jours, contre un autre collège réputé méga balèze, alors Nijimura devait assumer ses fonctions de capitaine auprès de son équipe. Il n'avait donc clairement pas le temps de se lancer aux trousses de son kohai désobéissant.
« Hey ! » L'accueillit chaleureusement Haizaki. « J'irai bien me manger une petite glace, pas toi ? »
« Quoi, t'as d'l'argent aujourd'hui ? Désolé, mais j'ai pas mon short court sur moi cette fois... » Sourit Kise, amusé.
Ils étaient contents de se voir. Simplement contents d'être réunis.
Ensemble.
« Pas grave. On n'a qu'à... retourner à l'épicerie habituelle et tu sais... simplement se servir. Sans repasser par la caisse. On peut piocher des glaces à l'unité dans le grand congélo. En plus, ça tombe bien : j'ai plus d'clopes. J'suis à sec. J'en profiterai pour en retaxer au passage aussi. »
« Pardon ? Ne m'dis pas que tu as déjà tout fumé ahaha ! »
« Nan, pas moi, je les ai revendues à la pièce à des types de ma cité pour des meilleurs bénéfices... »
« Et même avec ça, t'arrives à être fauché ? »
« Faut croire. Ou peut-être que... »
Il fixa intensément Kise, d'un regard qui en disait long.
Hmm...
Ce fric, il l'avait sur lui. Obligé.
Et pourtant...
Il était bel et bien en train de proposer à Kise exactement ce que le jaune pensait.
L'excitation...
L'adrénaline...
Le grand frisson...
L'appel du Grand Méchant Loup...
Ça allait finir par leur retomber dessus un jour.
D'autant que cet insolite petit manège – qui avait pris la forme de défi : celui de voler toujours plus volumineux et toujours plus quantitatif – durait depuis quelques semaines déjà entre eux.
Un jeu. Ce n'était qu'un jeu presque innocent pour les deux adolescents en mal de sensations fortes.
Ils ne faisaient rien de fondamentalement mal, pas vrai ? Hmm... tous ces objets insensés qu'ils s'amusaient à dérober, ce n'était que du matériel finalement. Ça ne valait pas grand-chose, ce n'était que des bricoles sans grande valeur, empruntés à une petite épicerie de quartier... Ca ne manquerait à personne. Ce n'était pas non plus cela qui allait faire faire faillite à Pépé-Hentai...
Alors que pour eux... c'était une façon de jouer avec le feu et de... flirter sans en avoir l'air. Commettre des frasques ensemble les avait rapprochés plus efficacement que n'importe quel rendez-vous galant. Il s'agissait presque d'un rituel de séduction, par lequel le mâle cherche à impressionner sa femelle. Sauf que comme l'avait dit Irumi, il était question de deux mâles ici et alors quoi ? Qu'est-ce que cela changeait au final ? Deux mâles de la même espèce étaient-il condamnés à être des rivaux et se mettre sur la gueule ?
Bien-sûr que non.
Chez certains animaux, les mâles forment même des hordes qui chassent ensemble les femelles pour ensuite se les partager, dans le but de gagner en efficacité.
Et Maître Renard avait envie de se glisser dans la peau du Grand Méchant Loup pour une fois...
Under his skin...
Dans l'espoir que le loup l'ait dans la peau à son tour...
Et voilà, c'est finito el burrito pour aujourd'hui !
Environ 26000 mots...
Ce sera donc, comme vous l'avez compris, un chapitre double.
J'espère être parvenue à expliquer assez sommairement les motivations de Kise. Si ce n'est pas le cas ou que cela vous a paru un peu précipité, pas d'inquiétude : ce sera davantage développé dans le prochain chapitre :)
Marrant car... je viens de découvrir la fable de La Fontaine "Le loup et le renard" et... fait totalement indépendant de mon plein gré, ce qu'elle raconte ressemble beaucoup à ce chapitre ahaha mais j'y ferai référence plus en profondeur lors de la seconde partie.
En ce qui concerne les références du chapitre, je n'en aurai qu'une seule à citer. Et si vous connaissez bien cette série culte, elle vous aura sans doute sauté aux yeux : Buffy et Faith. Certaines citations sont d'ailleurs issues directement et sans retouche de dialogues que nos deux Tueuses ont pu avoir. Notamment el famoso "Je vois, je veux, je prends."
Funfact : Kise a le même MBTI que Buffy et Haizaki que Faith...
Hasard ? Je ne pense pas !
Bon sang, pourquoi a t-il fallu que Buffy se tape Spike et non Faith, sérieux...? Ca aurait eu tellement plus de sens au final comme ça ! D'autant que Buffy finit par avoir une aventure lesbi avec une random Tueuse dans les comics alors que allô quoiiiiiiiii vous aviez Faith qui était prête à l'emploi pour ça déjà !
Je vous invite à revoir la série, vous comprendrez ce que je veux dire, mais la tension sexuelle entre ces deux-là crève littéralement le plafond. D'ailleurs, Eliza Dushku a avoué en interview qu'elle avait joué Faith comme si son personnage avait un crush sur Buffy. Et bien ça se sent VACHEMENT...
Bref, sur ce, je vous laisse et à bientôt je l'espère pour la suite.
Qui risque de mal tourner...
Oui, mais pour lequel de nos deux loustics...?
Merci encore de m'avoir lue :)
