Cet OS a été écrit lors des 24h du FoF. Attention, les personnages parlent de suicide tout au long du texte. Prenez soin de vous...


Thème : Demain n'arrivera jamais

Et si demain n'arrivait jamais ?

« Y as-tu déjà pensé Shizu-chan ? Ton minuscule cerveau a-t-il déjà émis cette hypothèse ? »

Izaya affichait un affreux sourire tout en regardant le blond qui se tenait à plusieurs mètres de lui. Ils se trouvaient sur le toit de l'école après une journée de cours bien ennuyeuse. Izaya marchait sur le rebord, sans aucune crainte.

Il jeta un regard vers le bas. Il n'avait jamais eu le vertige. Il aimait les hauteurs. Surtout celle où la chute serait fatale. Si Shizu-chan perdait son sang-froid et venait à le pousser, Izaya n'aurait aucune chance de s'en sortir. L'adrénaline que cette idée lui procurait dépassait largement sa peur de mourir. Même si, pour l'instant, le blond ne semblait pas disposer à bouger. Il le regardait avec un air sombre, les sourcils froncés, comme s'il se demandait s'il allait réellement continuer à l'écouter. Izaya imaginait que c'était déjà un exploit qu'il ait réussi à mener Shizu-chan jusqu'ici, grâce à une petite taquinerie de rien du tout.

« Tu sais, reprit-il d'une voix narquoise, ça risque de t'arriver assez vite avec ton mode de vie. Toutes ces cigarettes que tu fumes... Et puis, cette violence... Tu crois que ton corps le supportera encore longtemps ?

— Ferme là !

— Oh allez Shizu-chan... Ne me dis pas que tu n'y as jamais songé. Ne trouves-tu pas ça fascinant d'y réfléchir ? Demain n'arrivera jamais. Quelle phrase terrifiante, non ? »

Shizu-chan resta de marbre, au grand agacement d'Izaya. Etait-il donc aussi bête ? Ne pouvait-il pas saisir l'importance de la vie ? Izaya, lui, y songeait souvent. Encore plus depuis le suicide d'un de leurs camarades de classe. Il avait sauté de ce toit deux semaines auparavant. Depuis, plus personne n'était autorisé à venir ici jusqu'à ce que les grillages de sécurité soient installés. Enfin, ce n'était pas comme s'il se préoccupait réellement de ce genre d'interdiction.

Alors qu'il pensait bien connaître la psychologie humaine, Izaya devait bien reconnaître qu'il ne l'avait pas vu venir. Il avait côtoyé l'autre garçon sans se rendre compte qu'il était sur le point de craquer. Qu'avait-il dû ressentir en se tenant sur ce bord ? Avait-il regardé le vide sous lui ? Avait-il eu peur ? Ou, au contraire, s'était-il senti soulagé en sautant ? Izaya n'arrivait pas à saisir les émotions qui avaient dû s'emparer de lui à ce moment-là.

« As-tu déjà pensé à en finir, Shizu-chan ? Penses-tu être assez humain pour ça ? »

Izaya put voir les poings du blond se contracter. Ah, il était enfin en colère. Pourtant, il n'avançait toujours pas vers lui.

« Et toi, sale puce ? »

La question le prit complètement au dépourvu. Pourquoi fallait-il que Shizu-chan se montre toujours aussi imprévisible ? Il détesta le silence qui s'installa entre eux. D'habitude, c'était lui qui les créait et il les gérait à la perfection, mais là... il ne savait pas quoi lui répondre. Il laissa échapper un petit rire méprisant pour se donner du temps. Mais il savait qu'il ne pouvait pas laisser le silence triompher. Shizu-chan ne pouvait pas prendre le dessus. Il afficha alors un sourire tordu avant de lui répondre.

« J'y ai souvent pensé. Et si je sautais ? Et si cette vie se terminait ? Serais-tu heureux Shizu-chan ? »

Izaya se demandait s'il aurait le cran de répondre oui. Prouverait-il, à nouveau, qu'il n'était qu'un monstre ? Mais Shizu-chan ne lui répondit même pas. Son regard était indéchiffrable. Izaya ne supportait pas ça. Pourquoi Shizu-chan parvenait-il à le déstabiliser de la sorte ?

Il recula de quelques pas. Ses talons frôlaient le vide. C'était une sensation enivrante. Il ne voulait pas mourir, pas vraiment. Il souhaitait surtout... tester Shizu-chan. Il ne lui avouerait jamais qu'il rêvait régulièrement de mort depuis le suicide de leur camarade de classe. Izaya faisait si souvent ce rêve... celui de se jeter dans le vide. Mais à chaque fois... à chaque fois, Shizu-chan le rattrapait. Ses bras chauds et protecteurs l'entouraient tandis qu'il lui chuchotait : « Je ne veux pas que tu meures. » Cette phrase l'avait touché.

Il se sentait si stupide. Aimer Shizu-chan causerait sa perte, il le savait. Parce que le blond ne l'aimerait jamais en retour. Et parce qu'Izaya n'arriverait jamais à lâcher prise pour autant. Sauter serait libérateur. Mais Izaya ne le ferait pas parce qu'il savait que Shizu-chan ne le rattraperait pas.

« Veux-tu que je saute ? Veux-tu que je meure ? Dis oui, Shizu-chan, et qui sait ? Peut-être que je t'écouterai pour une fois. »

Il voulait le provoquer. Le provoquer d'une manière différente pour une fois. Etait-il à ce point désespéré ? Il savait, pourtant, qu'il n'entendrait jamais la phrase de son rêve.

« Tu es encore plus cinglé que ce que je ne croyais. »

La voix de Shizu-chan était remplie de colère. Il le regardait avec cette aura meurtrière qui fascinait tant Izaya.

« Je ne te laisserai pas me mettre ton suicide sur le dos, sale puce de merde ! »

Bien sûr, c'était tout ce qui comptait pour Shizu-chan, qu'on le laisse tranquille. Sa vie était déjà assez compliquée comme ça. Si Izaya venait à mourir à cause de lui, ce ne serait qu'une nuisance de plus. Izaya tenta de rester de marbre alors que ces pensées défilaient dans sa tête.

« J'ai pas le temps pour ces conneries. T'es vraiment pénible ! »

Sur ces mots, Shizu-chan s'avança enfin vers lui, d'un pas énervé. Izaya se tendit, prêt à sortir son couteau à ton instant. Mais avant qu'il n'ait eu le temps de sortir sa lame, le blond lui attrapa le bras et le fit redescendre du rebord, le ramenant sur la surface plate du toit. Son geste fut tellement brusque qu'Izaya trébucha. Il sera tombé par terre si Shizu-chan ne le tenait pas encore. Sa prise était serrée, mais étrangement, elle n'était pas aussi douloureuse qu'Izaya ne l'aurait cru. Le brun releva alors les yeux pour croiser le regard de Shizu-chan. Jamais il ne l'avait vu avec un air aussi sérieux.

« Ne fais plus jamais ça, gronda-t-il alors. Que tu sois sérieux ou non, ne propose plus jamais de te suicider devant moi, putain ! »

Izaya pouvait sentir son souffle sur son visage. C'était la première fois qu'ils étaient aussi proches. Son cœur se mit à battre plus fort. Il voulait tant lui dire... Aime-moi et je te promets de ne plus le faire. Mais il se trouva tellement pathétique qu'il préféra se cacher derrière une couche de mépris.

« Comme si un monstre comme toi pouvait être touché par quelque chose d'aussi humain que le suicide. »

Avant de comprendre ce qu'il lui arrivait, Izaya ressentit une immense douleur à la tête et au dos. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que Shizu-chan l'avait brutalement balancé à terre.

« Je te déteste ! s'éleva la voix du blond au-dessus de lui. Garde tes coups tordus pour quelqu'un d'autre et fous-moi la paix ! »

Izaya, encore sonné, entendit alors une porte claquer. Ah... Shizu-chan était définitivement parti. Le brun se redressa alors péniblement en position assise et passa une main dans ses cheveux. Il ne fut pas vraiment surpris d'y voir du sang lorsqu'il la retira. Shizu-chan n'y avait pas été de main morte. Mais ça n'avait pas d'importance... Ses doigts frôlèrent alors le bras que le blond lui avait tenu. Il l'avait éloigné du bord.

Un maigre sourire s'afficha sur son visage. Shizu-chan n'était pas indifférent à son sort. Il ne serait sans doute pas là pour le rattraper s'il sautait, mais tant qu'il était là pour l'empêcher de le faire, ce n'était pas si mal... Izaya n'avait pas besoin de son amour, tant qu'il avait son attention... Et aussi longtemps qu'il saurait se satisfaire de ça, tout irait bien.

D'un geste tremblant, il finit par se redresser et quitta à son tour ce toit qui avait déjà vécu assez drame comme ça...