Thème : Epine

Désillusion

Les heures s'écoulaient lentement. Izaya regardait l'horloge, l'esprit ailleurs. Ce n'était pas normal. Il était ici depuis de nombreuses heures, pourquoi personne n'était encore venu le voir ? Son agression avait dû être annoncée aux informations. On l'avait quand même poignardé en pleine rue. Il ne fallait pas être un génie pour savoir dans quel hôpital il se trouvait désormais. Il était en position de faiblesse. Sa blessure lui faisait encore mal. Il pouvait à peine se déplacer. Si l'on venait à l'attaquer, il aurait du mal à se défendre. C'était donc le moment idéal pour ses ennemis. Pourtant, personne ne s'était encore présenté à sa chambre. Et il ne comprenait pas.

Izaya commençait à s'ennuyer. Il avait marqué tant de vies. Pourquoi personne ne venait lui rendre la pareille ? Surtout lui... Cet idiot de Shizu-chan. Lui qui rêvait de le tuer depuis si longtemps ratait l'occasion idéale ! Ce qui prouvait encore son incapacité à raisonner normalement. Est-ce que, dans le fond, ça devrait réellement le surprendre ? Non, bien sûr que non. Alors pourquoi espérait-il toujours entendre le bruit de ses pas ? Ah... Même s'il était dans une fâcheuse position, il ne pouvait nier le fait que ce serait amusant de voir le protozoaire débarquer dans sa chambre. Izaya aimerait tant pouvoir analyser les réactions de ce foutu monstre. Mais, comme toujours, Shizu-chan ne faisait jamais ce qu'il voulait.

Les minutes ne cessaient de s'écouler. Il devrait se reposer un peu. Récupérer pour pouvoir partir au plus vite. Il n'aimait pas être ici. Il n'aimait se sentir démuni. Il voulait retrouver l'extérieur et prouver à ses agresseurs qu'il en fallait plus que ça pour le terrasser. Mais il n'y arrivait pas. Parce que son esprit ne le laissait pas en paix. Il n'y avait rien à faire, il l'attendait. Il l'attendait désespérément. Qu'est-ce qu'il faisait ? Avait-il vu les informations au moins ? Izaya soupira. Il en mettait du temps quand même ! Peut-être qu'il devrait lui envoyer un message pour le prévenir. Non, c'était ridicule. Il n'allait quand même pas s'abaisser à ça. Même s'il en mourait d'envie. Il voulait tant le voir. Ce sentiment dépassait leur rivalité. Ça avait toujours dépassé leur rivalité.

Izaya ne pouvait rien y faire. Shizuo était, pour lui, comme une épine dans le pied. Il lui faisait mal, il le ralentissait dans ses objectifs ultimes. Il devrait juste la retirer, l'arracher de sa peau, puis la lancer au loin et ne plus y penser. Mais il ne pouvait s'y résoudre. Alors, au lieu de se montrer raisonnable, il gardait cette épine. Il la chérissait presque. Parce que, malgré la douleur, au moins, elle était attachée à lui.

Izaya haïssait plus que tout Shizu-chan, mais jamais il ne pourrait couper ce lien entre eux. Il ne pourrait jamais l'ignorer. Parce que l'épine s'enfonçait de plus en plus en lui au fur et à mesure qu'il avançait dans sa vie.

Il avait cru que l'inverse était vrai aussi. Que lui aussi était une épine dans le pied de Shizu-chan. Après tout, c'était bien pour ça que le protozoaire le poursuivait à chaque fois qu'il le voyait, non ? L'ancien barman n'avait jamais pu se montrer indifférent face à lui. Alors pourquoi ne venait-il pas aujourd'hui ? Son ennemi ultime était à l'hôpital, il pouvait même mourir – bon pas vraiment, mais ça, Shizu-chan ne pouvait pas le savoir. D'autres personnes avaient réussi là où le protozoaire avait toujours échoué. Ce dernier devrait être en colère. Il devrait débarquer ici pour voir son état de ses propres yeux et finir le travail. Izaya était son épine et on ne pouvait ignorer son épine ! Est-ce que Shizu-chan était à ce point indifférent à la douleur que l'informateur était censé lui provoquer ?

Izaya ressentit un étrange sentiment à cette pensée. Shizu-chan était supposé le détester, le haïr tellement fort qu'il ne pourrait jamais laisser passer une telle occasion. Mais, au final, il n'était pas là... Personne n'était là... Peut-être qu'il n'était pas aussi important qu'il le pensait. Peut-être qu'il était loin d'être une épine dans l'existence de Shizu-chan. Ce dernier le voyait sans doute uniquement comme un misérable insecte. Emmerdant, dérangeant, qu'il devait à tout prix écraser, mais ça s'arrêtait là. Quand il ne le voyait pas, il ne pensait pas à lui. Son existence n'avait aucune importance...

Izaya ferma les yeux un instant. Un sourire mauvais se dessina sur son visage. C'était n'importe quoi. Comme s'il allait se laisser abattre par Shizu-chan. Qu'il ne vienne pas, qu'est-ce que ça pouvait lui faire ? Izaya n'avait pas besoin de lui dans sa vie ! Il n'avait pas besoin de lui... Son esprit s'égara. Pourquoi... ? Pourquoi fallait-il qu'il se mette dans cet état-là pour Shizu-chan ? Ce sale protozoaire ne le méritait pas. Izaya savait qu'il finirait par passer au-dessus de tout ça. Quand il sortirait de cet hôpital, il n'y aurait plus aucune trace de cette blessure. Mais en attendant... il était difficile de la cacher. Son épine l'avait encore blessé. Mais, cette fois-ci, ça n'avait rien de plaisant. Son corps ne saignait pas. Le sang coulait à l'intérieur de lui. Et c'était pire que tout.

La solitude l'entourait, plus que jamais. Il était seul. Seul dans cette chambre, seul dans sa vie. Tous les échanges qu'il avait avec ses chers humains n'avaient, au final, aucune saveur, aucune substance. Parce qu'il avait beau faire tout ce qu'il voulait pour entrer dans la vie des autres, au final, il n'avait aucune importance pour eux. Le silence qui régnait dans sa chambre d'hôpital se chargeait bien de le lui rappeler. Et ça faisait mal. Mais, comme toujours, c'était le protozoaire qui sortait du lot. Encore lui.

L'absence de Shizu-chan le touchait beaucoup trop. Son indifférence se révélait être plus coupante que ses coups. Et ça, c'était une vérité à laquelle il ne s'était pas attendue... Il faudrait vivre avec, désormais, et surtout, tout faire pour la camoufler. Mais, en attendant, il ne pouvait que se laisser submerger par elle. Et il savait déjà qu'il n'avait aucune échappatoire. Parce que, malgré toute sa souffrance, il continuait à aimer son épine. Il ne la retirerait pas. Il n'y arriverait jamais. Il était condamné à la garder et à tout faire pour avoir son attention.

Il était foutu, mais qu'importe ? Il ne changerait pas. Mais, en revanche, il ferait tout pour faire souffrir Shizu-chan autant que lui. S'il n'était toujours pas une épine pour lui, il ferait tout pour le devenir. Shizu-chan ne pourrait plus jamais l'ignorer. Et ça, Izaya ferait tout pour s'en assurer.

Un ricanement s'échappa de sa gorge. Oh ça oui, Shizu-chan allait souffrir. Et ce ne serait que justice. Il allait payer son indifférence et Izaya s'en réjouissait d'avance...