Attention, ce texte contient de la violence physique et psychologique. La relation entre Shizuo et Izaya est toxique, il n'y a rien de romantique ici. Faites attention à vous.


Thème : chaos

Amour haineux

Un bruit de verre brisé résonna dans l'appartement. Izaya regarda son miroir – désormais en milles morceaux – et soupira.

« Tu sais combien il m'a coûté, au moins ?

—Je m'en fiche ! hurla Shizuo. Je n'arrive pas à croire que tu aies recommencé !

—Oh, il y a tellement de choses que ton petit cerveau ne peut anticiper, Shizu-chan. Mais ne t'en fais pas, ça va aller.

—Ferme-là ! »

Sans faire attention au sang qui coulait de sa main, Shizuo s'avança vers lui. Izaya ne recula pas. Il afficha, au contraire, un sourire mesquin.

« Tu avais dit que tu ne jouerais plus avec la vie des gens !

—Je n'ai jamais dit ça, Shizu-chan. J'ai juste dit que je comprenais ta colère. »

Son sourire se fit plus mauvais, alors que Shizuo laissait éclater sa rage.

« Sale puce de merde ! On parle de suicide ! Ça t'amuse ?!

—Ha ha, oui, ces gens sont fascinants. Mais c'est leur choix, tu sais. Et si tu n'as toujours pas compris ça, eh bien... c'est que tu es encore bête que je ne le croyais, Shizu-chan. »

Shizuo vit rouge. Izaya avait beau l'insulter quotidiennement, ses mots le brûlaient un peu plus, à chaque fois. Sans réfléchir, il attrapa alors Izaya par le devant de sa chemise et le repoussa de toutes ses forces. Le brun frappa, avec violence, l'un des murs du salon, avant de glisser au sol. Shizuo respira fortement. Il était tellement en colère ! La puce le mettait toujours en rogne ! Ils étaient en couple depuis plus de six mois pourtant, ce sentiment n'était jamais parti. Leur relation était même beaucoup plus chaotique qu'avant. Ils passaient leur temps à se battre, puis à se réconcilier. Devenant chaque jour, de plus en plus violents l'un envers l'autre. Même lors de leur réconciliation.

Mais ce n'était rien. Ce n'était qu'une routine entre eux. Shizuo s'énervait. Izaya lui disait des phrases méchantes. La plupart du temps, Shizuo s'en prenait au mobilier. L'appartement d'Izaya avait déjà bien souffert depuis qu'il était venu s'y installer. D'autrefois, Shizuo parvenait à toucher Izaya, qui était beaucoup moins agile dans un espace clos. Mais, à nouveau, ce n'était pas grave. Izaya finissait toujours par se relever. Toujours... sauf aujourd'hui...

Alors que les minutes défilaient, Izaya ne bougeait toujours pas. Shizuo sentit aussitôt sa rage s'évanouir.

« Izaya ? »

Aucune réponse. Shizuo s'avança vers lui et se baissa rapidement. Il mit une main sur son visage, pour dégager ses cheveux et se figea d'horreur lorsqu'il vit ses doigts se couvrir de sang. Non... Non, tout, mais pas ça... Ce n'était pas ce qu'il voulait... Il... Il ne voulait pas le pousser aussi fort... C'était juste... Non... Non...

D'un geste précipité, il sortit son téléphone et composa le numéro de Shinra. Sans même laisser le temps à son ami de parler, il lui ordonna de venir. Ce n'était pas possible. Il fallait qu'il vienne sauver Izaya. Il... Shizuo ne pouvait quand même pas l'avoir... Il n'arrivait même pas à terminer sa phrase.

Dans un état second, il maintint sa main contre la blessure d'Izaya et attendit. Il ne pouvait faire que ça. Et lorsque Shinra arriva enfin, il se sentit défaillir. Un bourdonnement lui remplissait les oreilles. Il n'arrivait même pas à comprendre les questions que son ami lui posait. D'un pas chancelant, il l'aida à déplacer Izaya sur le fauteuil, après que Shinra ait immobilisé sa tête. Puis, il s'éloigna pour se laisser tomber sur un divan plus éloigné. Il prit son visage entre ses mains – des mains recouvertes du sang de son amant. Il ne voulait pas voir Shinra soigner Izaya. Mais qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?! Ce n'était pas censé arriver.

Il aimait Izaya. Il l'aimait sincèrement, comme jamais il n'avait aimé personne. Il avait été tellement heureux lorsqu'ils s'étaient enfin avoué leur amour. Shizuo avait eu ce dont il rêvait depuis si longtemps... une véritable relation amoureuse... Mais ils n'avaient même pas tenu une semaine avant de se disputer à nouveau. La violence appelait la violence. Aucun d'eux ne parvenait à lâcher prise. Ils se battaient sans relâche. Shizuo avec ses poings, Izaya avec ses mots. Ils le regrettaient toujours après. Ils s'excusaient. Se pardonnaient. Leur lien était bien trop fusionnel pour qu'il en soit autrement. Cependant... Shizuo ne l'avait jamais blessé aussi fort...

Ce n'était pas comme ça qu'un couple devait fonctionner. Il le savait. Il ne devrait pas se mettre en colère aussi fort. Mais il n'y arrivait pas. Izaya avait toujours fait ressortir ce qu'il y avait de pire en lui. Et leur amour n'y changeait rien. Ça devenait même de pire en pire. Et pourtant, au milieu de tout ce chaos, Shizuo ne l'avait jamais aimé aussi fort. Son cœur battait douloureusement contre sa poitrine. Il lui avait fait du mal. Il avait été trop loin.

Une main se posant sur son épaule lui fit relever la tête. Il croisa le regard de Shinra. Pour une fois, il n'y avait rien de malicieux dans ses yeux. Les craintes de Shizuo augmentèrent.

« Izaya va bien, soupira alors Shinra. Enfin, aussi bien qu'on puisse l'espérer. Il se réveillera bientôt.

—... Merci Shinra.

—Ne me remercie pas. »

La voix du médecin illégal se fit plus froide.

« Il est temps que cela cesse, rajoute-t-il. Combien de fois vais-je devoir réparer tes dégâts ?

—Quoi ? De quoi tu parles, c'est la première fois que-

—Bien sûr que non ! Izaya est déjà venu me voir plusieurs fois après vos bagarres. Ce n'est plus comme avant Shizuo. Vous êtes ensemble maintenant. Il est beaucoup plus vulnérable à tes coups. »

Shizuo se sentit sonné. Izaya était allé plusieurs fois chez Shinra ? Mais... il n'avait rien remarqué... Comment... comment était-ce possible... ?

« Tu n'as pas l'air de comprendre. Un jour, tu vas aller trop loin et je ne pourrai pas le sauver.

—Non ! Jamais je ne ferai une chose pareille ! réagit aussitôt Shizuo. Pour qui est-ce que tu me prends ?!

—Pour quelqu'un qui ne sait pas se contrôler.

—Ce n'est pas ça ! Izaya m'insulte toujours ! Mais je ne veux pas ! Je ne veux pas le blesser...

—Vous êtes aussi irresponsables l'un que l'autre. Vous n'êtes plus au lycée. Ce n'est plus un jeu ! »

Son regard glacial figea Shizuo. Shinra finit par soupirer, tout en se pinçant l'arrête du nez.

« Pense-y. Et réagis en conséquence. Avant qu'il ne soit trop tard. »

Sur ces mots, il quitta l'appartement. Le bruit que fit la porte en se refermant fut comme un électrochoc pour Shizuo. Son regard tomba alors sur le corps allongé de la puce. Un large bandage recouvrait le haut de sa tête. Il était tellement pâle. Shizuo sentit la culpabilité l'étouffer. Il finit par s'asseoir à ses côtés et prit l'une de ses mains dans les siennes.

« Je suis désolé, souffla-t-il. Je... Je suis tellement désolé. »

Mais quel genre de monstre était-il ? Shinra avait raison. Il ne faisait que tout détruire sur son passage. Il avait cru qu'il avait droit au bonheur, lui aussi, mais au final... Il ne le méritait pas. Il ne pouvait pas s'engager dans ce genre de relation. Plus jamais, il ne voulait faire du mal à Izaya...

Leur amour... Leur amour n'était pas assez fort... ou bien, il était trop fort, au contraire... Shizuo ne savait pas. Mais tout ce qu'il en ressortait, c'était du chaos, de la destruction. Ça ne pouvait pas continuer... Shizuo ne voulait pas découvrir jusqu'à quel point, il pouvait aller... jusqu'à quel point, il pouvait le blesser...

Effaré, il veilla sur Izaya tout le reste de la soirée. Lorsqu'enfin le brun ouvrit les yeux, le soulagement s'empara de son corps.

« Shizu-chan ? »

La voix d'Izaya était faible, mais il était bel et bien réveillé. Shizuo lui serra la main.

« Je suis désolé, souffla-t-il à nouveau. J'ai été trop loin, je... je te demande pardon. »

Izaya ne lui répondit pas tout de suite. D'un geste lent, il se mit en position assise et toucha du bout des doigts son bandage. Il se sentait épuisé. Shizu-chan ne l'avait pas raté.

« J'ai appelé Shinra, lui apprit alors Shizuo. Et il m'a dit... il m'a dit pour toutes les fois où il avait dû te soigner. Pourquoi me l'as-tu caché ? »

Izaya afficha un sourire fatigué.

« Pourquoi te l'aurais-je dit ? Ça n'a pas d'importance.

—Ça en a pour moi, répliqua l'ancien barman avec colère. Je refuse de faire ça à nouveau. Ça ne peut pas continuer comme ça !

—Oh et tu proposes quoi au juste ? siffla l'informateur. Des séances de méditation ?

—Non. C'est terminé entre nous. Je m'en vais. »

Les yeux d'Izaya s'élargirent. Pardon ? Non, il n'en était pas question.

« Tu ne vas nulle part, lui répondit-il aussitôt.

—Tu ne comprends pas ! s'énerva Shizuo. Ça va recommencer ! Encore et encore, putain ! Je t'ai poussé, je t'ai blessé ! Tu réalises, au moins, que ce n'est pas normal ?!

—Ça m'est égal.

—Pardon ?! »

Shizuo n'en revenait pas. Izaya se rendait-il compte des conneries qu'il débitait ?!

« Mais qu'est-ce que tu croyais, Shizu-chan ? se moqua le brun. Que j'ai oublié qui tu étais en sortant avec toi ? J'ai toujours su ce qu'il en était. Je connaissais les risques.

—Alors pourquoi tu... pourquoi tu restes ? »

Shizuo ne comprenait pas. Ça n'avait aucun sens. Absolument aucun. Pourtant, face à lui, Izaya souriait toujours, comme si la situation ne l'atteignait pas du tout. Il tendit même une main vers lui et passa ses doigts dans ses cheveux, avec affection.

« Je t'aime pour ce que tu es, Shizu-chan, un monstre. N'essaye pas de jouer aux humains, ça ne te va pas. Hmm ? »

Shizuo se figea, tandis que les gestes d'Izaya se firent plus doux.

« Et toi, tu dois m'aimer pour ce que je suis, reprit Izaya. Un simple observateur de l'humanité. Je ne vais jamais te demander de changer. Et tu ne le feras pas non plus. Parce qu'on s'aime comme ça. Parce qu'on se hait comme ça. Et c'est tout ce qui compte.

—... Je risque de te tuer un jour... »

Izaya sourit d'un air mauvais en entendant cette phrase.

« Ne me sous-estime pas, Shizu-chan. Ce ne sont pas tes coups qui me tueront.

—Qu'est-ce que c'est alors ? »

Shizuo se sentait tellement perdu. Il n'arrivait pas à le comprendre. Avait-il seulement su le faire un jour ? Le regard d'Izaya se fit alors plus lointain. Son sourire se fana.

« Je peux supporter ta violence, mais pas ton absence. »

Sa voix n'était qu'un murmure. Pourtant, Shizuo comprit parfaitement ses mots. Ils furent aussi efficaces qu'un coup de poignard dans son cœur.

« Izaya-

—Ne dis rien, Shizu-chan, le coupa ce dernier. Surtout, ne dis rien. »

Izaya fit glisser ses doigts le long de sa joue, puis les posa sur ses lèvres. Ses yeux semblaient si tristes. Shizuo ne savait pas comment gérer ces révélations. Il n'y comprenait plus rien. Il se sentait complètement dévasté. Mais, au-delà de tout ça, un sentiment persistait. Il voyait qu'Izaya avait besoin de lui. Il ne pouvait pas le laisser tomber.

Il s'approcha alors de lui et l'enlaça. Non. Il ne l'abandonnerait pas. Pas si ça signifiait qu'Izaya en mourrait. Il avait tellement peur de recommencer à lui faire du mal, mais partir était bien trop difficile. Il pouvait pas... Il n'y arriverait pas... pas après cette phrase horrible... Ils étaient devenus bien trop dépendants l'un de l'autre pour ça. Et Izaya... Izaya avait douloureusement raison... Ils s'aimaient pour ce qu'ils étaient. Et ils étaient bien les seuls.

Dans cette relation chaotique, Shizuo aurait voulu se promettre de ne plus jamais faire de mal à Izaya. Mais il savait déjà que c'était impossible. Parce que leur haine finissait toujours par être plus forte que leur amour...


C'est une thématique qui mériterait d'être développée en plus d'une heure d'écriture. Je le ferai peut-être un jour.

Merci de m'avoir lue !