Thème : heure
Silence glaçant
Izaya observait la pluie tomber à travers la fenêtre. L'obscurité régnait dans son appartement. Mais Izaya ne s'était pas levé pour allumer la lumière. Ça n'avait pas d'importance. Il ne se rendait même pas compte de la pénombre dans laquelle il était plongé. Son corps était figé. La tension était présente dans chacun de ses muscles. Il attendait. Il guettait le moindre bruit. Mais il n'y avait rien. Son appartement restait désespérément silencieux. Seul le bruit de la pluie tapant contre sa vitre résonnait dans ce lieu si vide.
Ce n'était pas possible. Il allait forcément revenir. Il revenait toujours, non ? Même après toutes leurs disputes. Shizu-chan disait sans cesse qu'il était toxique pour lui, mais ça ne durait qu'un temps. Ce n'était pas la première fois qu'il claquait la porte de son appartement en criant que c'était terminé. Mais les autres fois, il était revenu rapidement. Toujours. Inlassablement. Shizu-chan savait bien, dans le fond, qu'Izaya ne pouvait pas supporter son absence. Ce n'étaient pas de vraies ruptures. L'ancien barman avait juste besoin de s'aérer l'esprit pendant une heure ou deux. C'était tout. Il n'avait jamais dépassé ce délai. Jamais. Jusqu'à cette semaine.
Cent quarante-quatre heures... Il était parti depuis cent quarante-quatre heures, à présent. Pourquoi mettait-il autant de temps ? Qu'est-ce que cette dispute avait eu de plus que les autres ? Izaya ne savait pas. Il ne comprenait pas. Il avait agi comme d'habitude. Il avait encore manipulé des gens, c'est vrai. Mais Shizu-chan avait toujours su à quoi s'attendre avec lui. Alors pourquoi est-ce que cette fois-ci avait été la fois de trop ?
Non... Izaya refusait toujours d'y croire. Malgré toutes ces heures qui avaient défilé... Shizuo allait revenir. Izaya gardait les yeux rivés sur la rue qu'il pouvait apercevoir en contre-bas. De là où il était, il ne pouvait pas le rater. Dès que Shizu-chan s'approcherait de son appartement, Izaya le verrait. Mais les jours – non les heures ! – les heures s'étaient écoulées, sans aucun signe de sa présence. Izaya n'avait quitté que de rares fois sa place, seulement quand c'était indispensable. La veille, il s'était même endormi là, appuyé contre la fenêtre. Il attendait juste son retour.
Après les premières quarante-huit heures, Izaya avait même mis son ego de côté. Il avait enfin tenté d'appeler Shizuo. Sans réponse. Il lui avait laissé un message. Puis deux, puis cinq, puis dix. Puis il avait cessé de compter. Shizuo ne le rappelait pas. Pris d'un doute, Izaya avait traîné sur ses forums et chats habituels pour en savoir plus. Il avait même joint Shinra, pour être sûr qu'il ne lui était rien arrivé. Mais lorsque son ami lui avait confirmé que Shizuo allait bien et qu'il devait arrêter de le harceler, Izaya lui avait raccroché au nez. Comme si Shinra pouvait se permettre de juger qui que ce soit en la matière ! En désespoir de cause, Izaya avait rappelé Shizuo juste après. Il s'était même excusé. Il lui avait demandé de revenir pour qu'au moins ils en discutent. Mais Shizu-chan était resté tout aussi silencieux.
Sans doute avait-il besoin de plus de temps que d'habitude. Izaya pouvait lui laisser de l'espace. Il en était capable, oui. C'était bien pour ça qu'il ne s'était pas encore précipité chez le blond. Mais là... Ce n'était pas... Il ne voulait pas y croire. Shizu-chan ne l'aurait jamais abandonné comme ça !
La peur monta en lui, alors que l'aiguille, traîtresse, continuait d'avancer sur l'horloge. Izaya se répétait ces phrases en boucle, comme un mantra : Shizu-chan va revenir. Shizu-chan va revenir. Shizu-chan va revenir...
Son téléphone vibra alors, le faisant sursauter. Izaya sauta aussitôt dessus. Ses yeux balayèrent rapidement les mots qui s'affichaient. Ce n'était pas lui... Comme toutes les autres fois où son téléphone avait vibré... Ce n'était jamais lui. Quand ce n'était pas Shiki qui s'inquiétait de son retard, c'était Shinra qui venait aux nouvelles. Izaya ne leur répondait pas. Qu'ils le laissent tranquille !
Son regard commençait à se troubler. Les heures l'étouffaient, rampant sur son corps. Les doigts tremblant, il ramena son téléphone auprès de son oreille. Il ne tenait plus. Il céda alors, une fois de plus. Il tenta d'appeler Shizuo. Mais il ne peut même pas espérer quoi que ce soit. Il fut basculé aussitôt sur sa messagerie. La douleur dans sa poitrine se fit plus forte. Il n'en pouvait plus. Ça ne pouvait pas durer.
« Shizu-chan, murmura-t-il d'une voix faible. Reviens... Je... Je ne peux pas vivre sans toi... S'il te plaît... J'ai besoin de toi... Ne me laisse pas seul... »
Sa gorge se noua. Il était incapable de continuer. Il mit péniblement fin à l'appel. L'écran de son téléphone lui paraissait si flou à travers ses yeux humides. Il attendait maintenant, le cœur battant. Ses doigts serraient tellement fort son téléphone que ses phalanges en devenaient blanches. Shizu-chan allait le rappeler. Il allait forcément le rappeler après ça.
Mais les minutes continuaient à s'écouler dans un silence glaçant. Une heure de plus venait de s'écouler.
Shizu-chan était parti depuis cent quarante-cinq heures, à présent. La réalité le gagnait peu à peu. Shizuo ne l'appellerait pas en retour. Il ne passerait plus la porte de son appartement. C'était fini. Shizu-chan l'avait laissé tomber... Non ! Ça le rendait fou ! Izaya refusait d'y penser. Parce qu'il restait un espoir. Il en restait toujours un ! Il ne voulait pas être rationnel ! Il ne pouvait pas regarder la vérité en face !
Il essayait de se duper lui-même, encore et encore. Mais le temps, lui, ne se laissait pas avoir. Les secondes s'enchaînaient, devenant des minutes, puis des heures, puis des jours.
Et au milieu de ces chiffres qui défilaient, les ténèbres de la solitude se mirent à ronger Izaya, jusqu'à le dévorer tout entier...
