Et voici un deuxième OS toujours écrit lors de la dernière Nuit du FoF. À nouveau, un tout grand merci, Moira-chan, pour tes encouragements, ton soutien et ton avis en avant-première ! :)


Thème : héritage

Un tout nouveau rôle

Izaya marchait dans le parc d'un pas assuré, comme s'il savait parfaitement ce qu'il faisait. Après tout, il était doué pour faire croire aux autres exactement ce qu'il voulait. Même si, là... Il avait eu beau jouer tant de rôles dans sa vie, analyser sous tous les angles possibles les interactions humaines, il ne se sentait malgré tout pas à sa place à ses côtés. Il jeta un regard discret à l'homme à sa gauche. Shizu-chan... Izaya le connaissait bien, pourtant. En ignorant ces derniers mois, il avait toujours su comment agir avec lui. Quand ils se haïssaient, les choses étaient si simples. Les règles étaient claires. Mais à présent... Izaya ne l'avouerait jamais à voix haute, mais il ne savait pas comment agir avec lui dans cette toute nouvelle dynamique. C'était comme s'il lui manquait des données. Il n'avait jamais été en couple avec qui que ce soit. Et être avec Shizu-chan, c'était... c'était déconcertant. Et probablement éphémère aussi, on n'allait pas se mentir. Clairement, Izaya ne s'attendait pas à ce que son histoire fonctionne. À un moment ou à un autre, Shizu-chan allait fatalement se lasser de lui, le haïr à nouveau comme avant et le jeter sans états d'âme. Shizu-chan était si entier. S'il était passé de la haine à l'amour, Izaya se doutait bien que l'inverse pouvait également se produire.

Mais, en attendant... Izaya avait quand même bien envie d'en profiter. De profiter de cette chaleur dont il n'avait jamais osé rêver. Même si le fait que Shizu-chan était plus à l'aise que lui dans cette relation était très frustrant. Encore maintenant, il le surprenait en prenant si facilement sa main entre ses doigts chauds. Comme si ça allait de soi. Izaya n'en disait rien, évidemment, mais il avait presque l'impression que sa peau le brûlait. Pourquoi fallait-il que Shizu-chan parvienne à le déstabiliser avec autant d'aisance ? À chaque fois qu'ils se voyaient, c'était pareil. Izaya espérait au moins que ce maudit Shizu-chan ne s'en rendait pas compte. Mais il allait falloir qu'Izaya reprenne le dessus. Il ne pouvait pas laisser cette dynamique s'installer. Il était Izaya Orihara tout de même ! Pas une lycéenne en manque d'amour !

Loin de se douter de ses préoccupations, Shizuo finit par s'asseoir sur un banc du parc. De mauvaise grâce, Izaya s'installa à ses côtés, constatant que le blond avait précautionneusement gardé sa main dans la sienne. C'était si ridicule... Izaya laissa alors perdre son regard sur les autres personnes dans le parc, pour tenter de reprendre le contrôle de ses pensées. Une part de lui n'aimait pas l'état dans lequel le mettait sans cesse Shizu-chan. Ce dernier agissait comme si Izaya comptait pour lui. Comme s'il méritait de recevoir de la douceur et même de... de l'amour... Et ça, c'était... c'était insupportable ! Parce que c'était tout ce qu'Izaya avait toujours désiré au fond de lui. Shizu-chan était si cruel de lui faire miroiter toute cette tendresse alors qu'il allait forcément le laisser tomber ! Izaya savait qu'il serait plus raisonnable de mettre lui-même fin à leur relation avant qu'il ne soit trop tard. Mais il était assez lucide également pour comprendre qu'il était déjà trop tard. Dès qu'il avait croisé le regard de Shizu-chan, il avait été trop tard, d'ailleurs. Et maintenant... Comment pourrait-il se passer de ça ? De toute cette attention ?

Izaya frissonna en sentant Shizuo caresser sa paume. Pourquoi fallait-il que ça le fasse autant fondre ? Ce n'était pas juste ! Il fallait vraiment qu'il reprenne le contrôle de la situation ! Il se tourna alors vers le blond, prêt à lui lancer la première pique qui lui passerait par la tête. Sauf qu'il s'aperçut à ce moment-là que ce dernier fixait une fillette qui jouait au ballon avec son père, un peu plus loin. Izaya sut immédiatement ce qui se passait dans le petit cerveau de Shizu-chan. Un large sourire s'afficha sur son visage. C'était tout ce dont il avait besoin pour avoir de nouveau le dessus dans leur relation !

« Tu aimerais être à sa place, Shizu-chan ? demanda-t-il, un brin de malveillance perceptible dans sa voix. Tu penses que tu pourrais faire un bon père ? »

Shizuo tourna son regard vers lui et fronça les sourcils.

« Ne commence pas, puce ! gronda-t-il.

—Allons, ne me dis pas que tu n'y as jamais pensé. Tu le voudrais tant, n'est-ce pas ? Mais je me demande ce que tu ferais si ton enfant héritait de ta force. Tu te détestes tant à cause d'elle, alors serais-tu capable d'aimer ton enfant s'il était comme toi ? »

Les yeux d'Izaya se firent pétillants. Il revenait enfin dans sa zone de confort. Il savait exactement quoi dire pour pousser Shizuo dans ses retranchements. Peut-être arriverait-il même à l'énerver assez pour qu'ils se lancent dans une course-poursuite endiablée qui leur ressemblait bien plus que ces petites balades dans le parc. Mais, face à lui, le visage de Shizuo resta étrangement calme. Ce dernier sembla même songeur un moment, avant de lui répondre.

« Ta question est stupide. Bien sûr que je l'aimerais. Et s'il hérite de ton intelligence, peu importe qu'il ait ma force ou non, tout ira bien pour lui. »

Izaya manqua d'avaler sa salive de travers en entendant ces mots. Pardon ? Heureusement pour lui, il parvint rapidement à se ressaisir. Il n'allait pas se laisser abattre aussi facilement ! Toujours dans son rôle confortable de puce désagréable, il afficha, à nouveau, un terrible sourire.

« Oh, vraiment, Shizu-chan ? Tu accepterais donc que ton enfant me ressemble ? »

Shizuo soupira. Il semblait même ennuyé par toutes ses questions.

« Ça me semble évident, déclara-t-il ensuite d'une voix sans appel. Puisque j'en veux un avec toi. »

Izaya ouvrit grand les yeux. De quoi... ? C'était... quoi ? D'accord, il savait que Shizu-chan était imprévisible, mais quand même... Là, ça dépassait tout ce qu'il aurait pu imaginer... Son coeur – ce sale traître – se mit à battre avec force tout contre sa cage thoracique.

« Combien de fois est-ce que je vais devoir te dire que je ne vais pas partir ? s'agaça alors Shizuo, en voyant sa réaction. J'ai déjà vu le pire de toi. Tu ne pourras pas me faire fuir, alors arrête de faire ton cinéma pour essayer de me repousser. »

Izaya n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait... Depuis quand... Depuis quand Shizuo lisait-il aussi facilement en lui ? Il n'aimait vraiment pas ça. Se sentir aussi... vulnérable... Maudit Shizu-chan ! Il l'empêchait clairement de se glisser de nouveau dans sa zone de confort. Au bout d'un moment – bien trop long à son goût – Izaya se força à afficher un visage neutre et décida d'ignorer purement et simplement ses dernières phrases.

« Idiot, finit-il par souffler. On ne peut pas avoir d'enfant ensemble, je dois vraiment te le rappeler ? »

Shizuo ne lui répondit pas. À la place, il resserra doucement ses doigts sur les siens. Est-ce qu'il était réellement en train d'essayer de le rassurer ?! Izaya avait envie d'arracher sa main de cette étreinte et de s'en aller, mais... mais Shizu-chan était définitivement sa faiblesse. Même s'il détestait se sentir aussi fragile, Izaya savait aussi qu'il n'y avait qu'avec Shizuo qu'il pouvait accepter de l'être. Et... peut-être qu'au fond... ce geste était tout ce dont il avait besoin en cet instant...

« Ce n'est pas forcément impossible, lui dit alors Shizuo. Mais on n'a pas besoin d'en discuter maintenant. Je te l'ai déjà dit. On y va à ton rythme. Ça me va très bien. »

Izaya avait envie de le traiter de menteur. Mais il savait déjà que des yeux si doux ne pouvaient pas mentir. Izaya se sentit défaillir. Ses barrières si précieuses étaient toutes en train de s'effondrer. Pourquoi fallait-il que Shizu-chan soit aussi attentionné une fois en couple ? Il le traitait d'une façon si belle... Izaya ne le méritait clairement pas. Mais c'était si plaisant... Même s'il ne pouvait pas totalement lui faire confiance pour rester avec lui, Izaya voulait profiter de chaque instant passé avec lui. Seulement... seulement ça lui faisait peur, en même temps. Il ne connaissait rien de ce nouveau rôle. Il n'avait aucun repère. Malgré tout, la présence de Shizuo était si réconfortante et ses paroles si assurées qu'Izaya... qu'Izaya avait juste envie de le croire.

Lentement, il posa alors sa tête sur l'épaule de Shizuo. Il inspira ensuite profondément, avant de regarder à son tour cette petite fille qui jouait toujours avec son père. Sans qu'il ne puisse le contrôler, son esprit se mit à rêver à un avenir qu'il n'aurait jamais cru envisager un jour... Et Izaya devait bien reconnaitre que ce n'était sans doute pas si mal que ça, dans le fond...