Chapitre 1 : Macabre découverte.
Macabre. Thorin ne trouvait pas d'autre mots pour qualifier ce qu'il venait de découvrir. Petit à petit, il sentit le sang quitter son visage, alors qu'il s'efforçait de ne pas tourner le dos à une telle horreur. Sa respiration se fit un peu plus courte, les poils de sa nuque se redressant tandis qu'il avançait, arme au poing, suivit par 14 personnes, dont certaines ne savaient même pas se défendre lors de simples combats basiques. L'inquiétude lui serra le cœur. Si ce qui avait causé cela était toujours dans les parages, il ne donnait pas chère de leurs vies, tout chef des armées qu'il était. Il du cependant prendre garde à ne pas laisser son visage le trahir. Ses compagnons de routes contaient temps sur lui qu'à la moindre perte de confiance de sa part, ils auraient tôt fait de ne plus croire en leur quête qui ne ressemblait déjà que trop à une mission suicide.
Tentant vainement de calmer les violents battements de son cœur, le nain se sentit soudain tiraillé par deux devoirs tout aussi importants à ses yeux l'un que l'autre. Sa raison lui hurlait de partir sur le champ pour mettre le plus de distances possible entre ce village et ses amis, les écartant ainsi du risque de mort imminente qui planait au dessus de leurs têtes, mais son âme lui dictait de fouillé les décombres, espérant, sans doutes à tord, retrouver un ou des survivants. Il observa rapidement les membres de sa compagnie et comprit immédiatement à leurs regards que la première chose à laquelle il avait pensé n'était pas envisageable. Il n'était visiblement pas le seul à être animé par un désir violent d'aider les vivants, s'il y en avait encore. Le roi sous la montagne se redressa et détailla tout ce qu'il voyait, cherchant le moindre indice, le moindre signe pouvant lui redonner espoir à ce sujet.
Tout autours d'eux se tenaient des dizaines de maisons aux pierres noircies par le feu, qui semblait s'être éteint de lui-même au bout de quelques heures. Les portes d'entrées, pour celles qui n'avaient pas été brulées, étaient en partie sorties de leurs gonds, laissant entrevoir un intérieur plongé dans les ténèbres qu'ils craignaient d'approcher. Une horrible puanteur s'élevait dans l'air, de relents de pourritures et de chairs calcinées, cet effroyable mélange que l'on avait tendance à appeler odeur de mort, donnant la nausée et piquant les yeux. Une fine pluie commençait à rendre le sol boueux et glissant, agrandissant aussi leurs sensations de mal être profonds. Le vent sifflant dans les fenêtres brisées semblait porter en son sein la plainte douloureuse des morts, longue litanie inquiétante et incessante, leurs donnant des sueurs froides. L'air, glacé, raidissait leurs doigts et engourdissait leurs corps, anéantissant petit à petit toute défense pleinement efficace.
Un hurlement d'effroi déchira le lourd silence qui s'était installés entre eux sans qu'ils ne s'en rendent compte. Ori, le cadet de la compagnie après Bilbo, avait trébuché dans quelque chose de mou et poisseux. Reconnaissant une petite poupée de tissu, il la prit délicatement entre ses mains à la peau tannée par le soleil. Ce fut que lorsque le son d'une chute lui parvient qu'il se rendit compte qu'un bout de la poupée était retombée sur le sol. Sans vraiment réfléchir, il le regarda, masse claire parmi la poussière et les cendres. Quand il saisi enfin que ce qu'il voyait n'était pas un bout de la poupée et qu'il comprit ce qu'était la chose, il ne put retenir un hurlement. Etalée par terre, une petite main blanche gisait, pleine d'égratignures et de sang séché. Juste une main, sans le reste du corps. Déchiquetée au niveau du poignet, elle portait des marques de dents, comme si le reste de l'enfant avait été dévoré sans pitié. Entourant cette forme claire, une marre de sang. L'horreur s'abattit alors sur la compagnie. Agité de frissons violents, certains sentirent que le malheur qui avait déferlé en ces lieux était loin, très loin de ce à quoi ils avaient pensés au départ.
Rapidement, Thorin divisa la compagnie en deux groupes. L'un, contenant les plus sensibles mais aussi les plus vaillants guerriers, resterait à l'extérieurs tendit que l'autre, composé du reste et guidé par le roi, explorerait l'intérieur des maisons à la recherche d'informations sur ce qu'il s'était passé. Après l'épisode de la poupée, ils n'espéraient plus aucun survivant. Avec difficultés, tous tentèrent de contenir leurs tremblements. Aucun n'avait peur de la mort. Mais la vision de corps de femmes et d'enfants torturés et mutilés mettait à mal leurs forces mentales. Chez eux, naines et petits nains étaient aussi précieux que rares, ils étaient donc toujours mis à l'abri de tout danger extérieur à celui de la mine ou de la forge.
Prenant une grande inspiration qu'il regretta presque aussitôt à cause de l'odeur de mort saturant l'air, le chef entra en premier dans la maison, arme en avant. Ce qu'il vit de la première pièce lui suffit à comprendre que rien n'était à espérer dans cet habitat. Partout, des meubles, ou plutôt ce qu'il en restait, éparpillés, brisés, griffés par quelque chose qu'aucun ne parvint à identifier. Du sang colorait les murs brulés, autrefois crème et tachait le plancher clair. Bien des objets gisaient sur le sol, fracassés sans aucune pitié. Mais le pire fut sans aucun doute les membres, ou morceaux de corps abandonnés, déchirés, parfois dépouillés de peau ou de muscles, voir les deux. Il ne restait, pour certains, que des os ronger quelquefois ouverts pour permettre l'accès à la moelle. Titubant, tous sortirent rapidement et beaucoup durent prendre appui sur ce qui n'était pas effondré par terre. Thorin, qui se trouvait assis sur un bloc de pierre, tentait vainement de chasser le poids qui comprimait sa poitrine, l'empêchant de respiré convenablement. Le paysage dansait devant ses yeux, la sueur coulait le long de son visage, et son cœur cognant violement dans sa poitrine semblait vouloir en sortir. Il avait souvent été qualifié de nain courageux, peu être un peu téméraire. Il avait été habitué à tuer ses ennemis, à la vision de morts, de temps à autre décapités. Mais ça… c'était au-delà de tout. Il se sentait mal, mal pour tous ses gens qui avait du souffrir atrocement, mal pour ces amis qu'il avait entrainé la dedans. Cependant, plus les secondes, les minutes passaient, plus ce mal être ce transformait en une colère difficilement contrôlable, le faisant trembler et serrer les dents. L'adrénaline parcourait son corps, il pouvait entendre le sang battre contre ses tempes. Ils les vengeraient. Tous. Même si cela devait prendre des années, attendre qu'il soit redevenu roi, jamais il n'oublierait. Jamais il ne pardonnerait. Ils les vengeraient tous, jusqu'au dernier. Poussé par la rage, le nain se releva et entreprit de visiter toutes les maisons, voulant marquer au fer rouge dans son esprit ce que pouvait faire les monstres, ce qu'il leurs rendraient au centuple une fois qu'il les aurait retrouvés.
Chaque pièce fut attentivement regardée, chaque restes de personnes sortit et enterrés comme il se devait. Toutes les portes furent remises en place, des tissus furent tendus devant les entrées pour lesquelles ils n'avaient pus en trouver. Sur les murs extérieurs, une rune naine fut peinte, souhaitant aux familles décimées une douce vie auprès des Valars. Cela leurs prit toute une nuit plus une journée. Le vent semblait s'être adouci, et la pluie, petit à petit, s'était retirée pour laisser place à un doux soleil, comme si les éléments avaient voulus les remercier de ce qu'ils avaient accomplis. Le temps vint de s'occuper de la dernière maison se trouvant face à l'ouest.
Etrangement, Thorin fut envahi par la certitude absolue que dans celle-ci, tout serait différent. Doucement, il actionna la poignée de la seule porte fermée du village. Bien qu'elle ne lui opposa aucune résistance, elle s'ouvrit dans un grincement de fin du monde. Lorsqu'il entra dans la demeure de pierre grise, il découvrit avec stupeur que tout les meublent avaient été remis à leurs place, divers objets pour la plupart cassés posé dessus, les tableaux aux toiles déchirées raccrochés aux murs, parfois à l'envers. Au centre de la pièce, des corps, entiers. Une femme à droite, un homme à gauche et une petite fille au centre. Tous trois avaient été allongés proprement, leurs blessures recouvertes de fleurs des champs et, sur leurs paupières fermées, des roses, rouges pour les adultes, blanche pour l'enfant. Un sourire paisible animait leurs visages griffés par endroit et leurs doigts avaient été entremêlés les uns aux autres.
Alors que le roi s'avançait, sans buts précis, vers l'unique famille qui ne semblait pas vraiment avoir vécu la même tragédie que toutes les autres, un bruit de pas à l'étage attira son attention. Le plus silencieusement possible, il monta les escaliers de bois, très lentement. Une porte blanche interdisait l'accès au premier niveau de la maison. Il l'ouvrit sans le moindre bruit. Rien. La pièce était vide. Ce ne fut qu'en observant attentivement les murs puis le plafond qu'il découvrit une trappe, invisible si l'on ne cherchait pas quelque chose de précis. S'équipant d'une chaise qui trainait dans un coin, il monta dessus et tira délicatement le fil qui permettait de descendre le panneau, il découvrit qu'un second escalier descendait du grenier une fois la trappe ouverte. D'autres bruits lui indiquèrent que ce qu'il cherchait se trouvait là, Juste au dessus de lui. Il gravit les marches précautionneusement, et arriva dans une petite chambre à l'aspect confortable, qui ne semblait pas avoir été touché par l'attaque. Un peu de poussière si était accumulée, mais la présence de fleur fraiches dans un vase bizarrement vide d'eau prouvait que quelqu'un y vivait. Ce quelqu'un était assis sur un lit propre récemment refait. Ce quelqu'un le regardait, l'air intrigué, mais pas le moins du monde effrayée. Ce quelqu'un était une femme, petite, environ 1m50, aux longs cheveux noirs emmêlés et crasseux. Elle portait des vêtements déchirés, tachés de sang, de poussière et de boue. La peau de ses bras était recouverte par endroit du même mélange nauséabond, tout comme celle de son visage. Elle avait de longs doigts fins mais ouvert pour certains. Thorin pouvait distinguer sa maigreur au travers de ses habits dans lesquels elle flottait mais qui semblaient avoir été faits pour elles. Sa figure comportait quelques égratignures, mais rien de sérieux. Ses lèvres étaient gercées et fendues, ses joues creuses. Mais, dans ce portrait triste et laids, il y eu une chose qu'il trouva magnifique. Deux yeux en formes d'amande. Deux superbe émeraudes vainées d'or….
Un grand merci à Edenlight, NineH et Cismet pour leurs reviews.
