Chapitre 6 : Premières réactions

Me revoilà ! Je suis désolée pour le retard, j'ai eu du mal à le taper ce chapitre ! Pas beaucoup de dialogues, mais on en apprend pas mal ! Donc je vous laisse lire tout ça ! J'attends vos réactions à la fin !

Merci pour vos reviews et de continuer à me lire malgré mon manque de ponctualité,

Angedescieux

Chapitre 6 : Premières réactions

Remus/Sirius

- Pauvre Hermione, être réunie avec Rogue…- lâcha Sirius en frissonnant de dégoût.- Je sais pas comme elle va assumer ça : la différence d'âge, et puis… c'est Rogue quoi !

Remus sourit. C'est vrai qu'elle allait sans doute être celle qui aurait le plus de difficultés. Harry n'était pas mal lotit non plus à ce niveau : il devinait l'héritier Malfoy plus que borné et il était certain qu'Harry aurait beaucoup moins de mal que le blond à accepter ce qui lui tombait dessus. Il avait l'habitude de ne pas décider quoi que ce soit dans sa vie alors que le blondinet avait toujours eu ce qu'il voulait.

Mais dans un autre sens, il n'était pas si dissemblable d'Harry que ça : il était l'héritier Malfoy, même s'il nageait dans l'opulence, son destin à lui aussi était déjà tout tracé. Il n'avait pas vraiment d'existence personnelle. Et Harry devait souvent avoir cette impression : être perçu comme le Survivant, celui qui allait combattre Voldemort, et non pas Harry, seulement Harry.

Finalement, peut-être ce sort n'était pas une si mauvaise chose que ça pour eux. Restait à voir comment deux adolescents échauffés par six ans de haine mutuelle allaient réagir.

Il regarda Sirius. Il avait plus de chance mais ça ne voulait pas dire que ce serait plus facile. La preuve, ils n'avaient toujours pas abordé le seul sujet qui comptait : pourquoi ils étaient là, le sort de rencontre les avait réunis, eux, tous les deux.

- Imagine que tu te sois retrouvé avec lui…- lâcha Remus.

Il fallait engager le sujet d'une manière ou d'une autre. Même si c'était par un moyen détourné digne d'un esprit serpentard.

L'expression horrifiée de Sirius s'accentua et il sembla pendant un bref instant se figurer une telle chose.

- Faut croire que je ne suis pas destiné à Rogue, Merlin merci.- répliqua Sirius, soulagé et amusé.

La respiration du loup garou se bloqua dans sa gorge. Il lui fallut toute sa volonté pour ne pas dévisager son vis-à-vis. Il ne pouvait pas avoir dit ça…

Sa gorge était sèche et il sentait le sang battre furieusement dans ses tempes.

- Faut croire, oui.- se força t-il à répondre d'une voix neutre presque indifférente, presque ennuyée.

Le silence revint au cœur du feu crépitant. Cette odeur de bois les plongeait directement dans leurs années passées à Poudlard. Comme un retour dans le temps, comme si cette longue séparation n'avait jamais eu lieu, comme si leur amitié n'avait souffert d'aucune parenthèse. Ils étaient de retour à Poudlard et déjà alors, Remus était amoureux de Sirius.

RSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRSRS

Hermione/Rogue

Ça n'était pas possible ! Il devait y avoir une erreur ! Elle ne pouvait PAS être destinée à Rogue ! C'était impossible !

La Gryffondore eut la brusque envie de refermer cet infâme manuscrit, d'effacer cette odieuse information de son esprit et ne plus jamais remettre de sa vie les pieds dans une bibliothèque.

Immédiatement, la bibliothèque s'effaça laisser place à un parc fort semblable à celui de Poudlard. Sauf que là, il n'y avait personne. C'était exactement ce dont elle avait besoin : se retrouver en pleine nature et marcher jusqu'à l'épuisement, pour se réveiller dans son lit, loin de ce cauchemar.

Non…Pourquoi lui ?! Bordel ils avaient au moins vingt ans de différence ! Et il était odieux ! Sans doute un des hommes les plus horripilants qu'il lui avait été donné de croiser.

Il devait y avoir une erreur, c'était la seule raison possible. N'importe qui de sensé aurait compris en les voyant tous les deux beurk… qu'il y avait un problème ! Ils étaient profondément incompatibles, ça sautait aux yeux, non ?

La Gryffondore se laissa errer entre les arbres, plus ou moins rassurée de ne pas se trouver dans une forêt réelle et aussi pleine de créatures peu réceptives que l'était la Forêt Interdite.

Elle ne regardait même pas ce qui l'entourait, se contentant d'un minimum d'attention pour s'assurer d'où elle marchait. Elle aurait tellement aimé retourner en arrière, se restreindre, être indifférente et ne pas lui hurler dessus comme elle l'avait fait, car elle était certaine que c'était cette énième dispute qui avait déclenché le sort de rencontre lancé par Dumbledore.

Mais elle ne pouvait alors pas savoir qu'harry et Malfoy n'avaient pas sciemment disparu pour aller s'entretuer tranquillement dans un coin. Oh et puis c'était de la faute de Rogue tout de même ! Il faisait tout pour provoquer Harry et faire perdre des points à Gryffondore ! C'était un professeur profondément injuste et pour elle ces deux mots ne devraient jamais rien avoir rien à faire ensemble.

Un professeur devait uniquement pousser ses élèves à donner le meilleur d'eux-mêmes, leur donner l'envie d'apprendre, leur enseigner la curiosité qui amène à la connaissance. Rogue était tout sauf cela : partial, rancunier, mauvais, pas du tout pédagogue et il agissait comme s'il souhaitait dégoûter à tout jamais tout élève maladroit en potions.

Et pourtant, c'était une matière tellement intéressante ! Si ça n'avait été Rogue, elle se serait certainement rendue avec plaisir à ce cours.

Mais non, il était glacial, obtus et fermé à tout. Il n'acceptait pas qu'elle, une Gryffondore, puisse se débrouiller et avoir des connaissances approfondies en potions ! Pourquoi ne voulait-il pas partager son savoir ? Il était maître des potions, il devait vraiment en savoir un rayon pour mériter cette haute qualification !

Il se contentait pourtant de donner ses cours, sans se soucier le moins du monde de susciter un quelconque intérêt pour sa matière chez ses élèves… Comme s'il se plaisait à perpétuer la réputation de ses cours, renforcer l'idée de torture par son visage non avenant, ses expressions glaciales et ses yeux sans vie…

Hermione s'arrêta tout à coup : elle avait dû l'observer d'assez près pour en tirer toutes ces conclusions. Elle se rendit compte qu'elle avait en fait cherché à savoir pourquoi Rogue était si peu extraverti, pourquoi il se plaisait à terroriser ses élèves…

Et le fait qu'elle n'avait bien entendu rien trouvé avait sans doute accru sa curiosité et son attention.

« Oh non Hermione, tu ne peux pas avoir fait ça… Tu ne peux pas t'intéresser à Rogue de quelque manière que ce soit ! »

Non, ce n'était pas ça, bien sûr, elle s'était juste sentie ulcérée dans sa qualité d'étudiante et avait cherché la petite bête, la faille. Elle ne se souciait aucunement d'une éventuelle blessure dans le passé de cet homme ténébreux, bien sûr que non…

Et puis elle avait cours avec lui depuis six ans, il était normal qu'elle en soit arrivé à de telles conclusions sur son professeur ! Six ans, ce n'était rien !

Toujours immobile parmi les pins, elle se fit la remarque qu'elle n'avait pas réfléchi ainsi à propos d'autres professeurs qu'elle côtoyait depuis la même durée. McGonagall par exemple. Elle était aussi stricte que Rogue. Mais pas de favoritisme. Elle ne s'était à aucun moment demandé pourquoi elle ne souriait que très rarement ou pourquoi elle avait décidé de devenir animagus…

Alors qu'elle avait pour ainsi dire beaucoup réfléchi au sujet de Rogue : son rôle d'espion, son camp réel, sa haine pour Harry, combien il était insupportable avec elle et combien il l'ignorait avec un sourire méprisant alors que sa main restait désespérément dans les airs, à attendre en vain qu'il l'autorise à donner la bonne réponse.

La gorge d'Hermione se noua. Elle avait toujours accordé beaucoup trop d'importance à ce genre de détails, avait toujours pris comme douloureux ce mépris qu'elle ne se rappelait pas avoir provoqué. Elle avait toujours travaillé pour créer les meilleures potions et ne récolter qu'une profonde indifférence.

Elle n'aurait pas dû prendre cela trop à cœur. Ce n'était qu'un cours, qu'un stupide enseignant, ce n'était que Rogue, le seul qui refusait de reconnaître ouvertement ses qualités et ses facultés. Pendant six ans, les potions avaient été la seule matière qui ne lui avait apporté aucun plaisir, aucune gratification, aucune récompense à la mesure de ses efforts. Pas même un regard appréciateur ou un minimum de fierté. Le néant. Et le néant était vraiment insupportable.

HRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHR

Harry/Drago

Harry contempla le livre ouvert qui venait de lui livrer les réponses qu'il cherchait. Le sort de rencontre. Mais enfin, de quoi se mêlait Dumby ?! Il n'avait pas le droit ! Que lui était-il passé par la tête ?! Il avait toujours contredit tous ceux qui le disaient sénile et fou mais là il avait bien envie de les suivre dans leurs insultes !

En fait, le Gryffondor se sentait anéanti. Il était bloqué dans une espèce de salle sur demande avec son pire ennemi. Il leva ses yeux hypnotisés par l'ouvrage maudit à la recherche du blondinet. Il le vit un peu plus loin, toujours occupé à ses recherches.

Il devait lui montrer ce qu'il venait de lire et lui révéler l'horrible réalité : personne n'avait réussi à briser le sort de rencontre. Pire, personne ne l'avait vraiment voulu. Ce n'était pas possible. Etaient-ils les premiers à se détester à être soumis au sort de rencontre ? Ca semblait étrange. Même si Dumby avait l'esprit particulièrement tordu pour penser à les réunir tous les deux, ce sort existait depuis des siècles et des siècles.

Harry avait l'habitude de ne pas être comme les autres, mais cette fois c'était tout de même un peu gros.

Vraiment, il ne comprenait pas ce à quoi Dumby avait pensé ! Rogue et Hermione ! C'était contraire à toute éthique ! Et Malfoy et lui, c'était du suicide ! Il comprenait parfaitement qu'il ait pris la précaution de les isoler, parce que de la manière dont ils étaient partis les dégâts risquaient d'être conséquents.

Il pensa tout à coup aux airs plus que surpris qu'avaient affiché Remus et Sirius à l'annonce de Dumby. Ils savaient donc de quoi il retournait. Deux âmes sœurs. Peut-être que sur ce coup-là Dumby avait eu du flair.

Imaginer son parrain en couple avec Remus ne le dérangeait pas du tout. Et même, il trouvait qu'ils allaient particulièrement bien ensemble. Le séducteur invétéré et le timide mystérieux. Se pouvait-il qu'il se soit déjà passé quelque chose entre eux ?

Non, probablement non. Il ne connaissait pas grand-chose du passé des maraudeurs mais il n'avait jamais rien perçu qui aurait pu indiquer une quelconque relation plus qu'amicale entre eux.

Mais pour Rogue et Malfoy, Dumby avait vraiment perdu la tête ! Des âmes sœurs ! Des âmes détestables oui ! Imaginer qu'Hermione puisse être destinée à cet espion méprisable ! Dumby avait dû se tromper dans ses calculs !

Hermione méritait beaucoup mieux que Rogue ! Comment cette vieille chauve-souris pourrait être capable de la rendre heureuse ?! Impensable ! Impossible ! Totalement irréel ! Rogue ne la méritait pas ; en fait, il ne méritait personne. Et l'âme sœur d'Hermione ne pouvait être que quelqu'un de profondément sincère, qui sache comprendre son amour de la connaissance et qui la fasse rire !

Bon, il ne savait pas ce qu'Hermione attendait d'un homme au plus profond d'elle-même, mais six ans d'amitié lui avaient appris que ces qualités étaient nécessaires. Rogue n'avait pas DU TOUT le sens de l'humour, la méprisait alors qu'elle s'échinait à être la meilleure et était tout sauf limpide, c'est-à-dire fourbe et calculateur.

Qu'est-ce qui avait poussé Dumbledore à les soumettre au sort de rencontre tous les deux ? Voyait-il quelque chose qu'eux ne percevaient pas ? Non, non, non, ça ne pouvait être qu'une erreur d'interprétation. Rogue ne pouvait pas être l'âme sœur d'Hermione tout comme Malfoy ne pouvait PAS être la sienne.

Harry préférait ne pas penser à ça. Peut-être que si Dumbledore s'était trompé sur la personne le sort de rencontre ne fonctionnerait pas ? Il voulait bien trouver son âme sœur, mais pas Malfoy. Ils se détestaient, comment aurait-il pu y avoir une once d'amour, de tendresse, de quelque sentiment positif que ce soit entre eux ? Ca n'avait aucun sens. Ce n'était pas la haine et le mépris qui réunissait deux êtres.

Rassuré par ce raisonnement, Harry replongea dans le livre, à la recherche de quelque chose à propos d' « erreur sur la personne destinée ».

HDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHD

Remus/Sirius

Ils avaient quitté la quiétude du feu d'un commun accord implicite. Remus avait regardé par le vitrail en souhaitant y voir le parc, comme au temps de leurs études. La salle sur demande avait accédé à sa fantaisie et il contemplait à présent la Forêt interdite encore rousse par endroits, presque chauve à cette période de l'année. De temps en temps, une nuée d'oiseaux s'en envolait au loin, comme s'ils avaient été dérangés par une créature inconnue.

Remus entendait vaguement Sirius s'affairer derrière lui, aménageant la pièce à sa guise. Le loup garou ne pouvait s'empêcher de sourire en le voyant si préoccupé de la décoration. En temps normal, il aurait sans doute trouvé amusant d'avoir à disposition une salle semblable à celle-là. Mais la raison pour laquelle ils étaient ici ne cessait de tourner en boucle dans sa tête : le sort de rencontre les avait réunis.

Remus n'arrivait tout simplement pas à y croire. Le sort de rencontre avait vu clair en lui. Mais pour Sirius ?

En fait, ce genre de questions était superflu. Ce sort ne prenait en compte aucun sentiment : il lisait juste dans le jeu des âmes. C'était un sort très beau en fin de compte. Mais Sirius l'accepterait-il ?

Pour lui, la question ne se posait pas. Même après toutes ces années, il n'avait pas réussi à effacer ce qu'il ressentait pour Sirius. C'était resté là, toujours. Malgré la mort de James et Lily, malgré Azkaban et ces treize années de solitude. Et malgré ces années de silence où il avait injustement douté de Sirius.

Il était inexcusable et n'arriverait jamais à dire à Sirius combien il s'en voulait, combien ces soupçons l'avaient rongé et continuaient leur affaire sous la forme du remord. Tout avait indiqué et accusé l'animagus pendant toutes ces années, mais il aurait dû savoir au fond de lui-même que jamais Sirius n'aurait pu trahir James, son frère de cœur.

Mais il s'était laissé porter par le désespoir et avait honte d'avoir profité de cette accusation pour se dire qu'il ne devait pas continuer à aimer Sirius, qu'il n'était pas quelqu'un de bien. Rien que d'y repenser, il se sentait terriblement lâche d'avoir saisi ce prétexte au vol au lieu de continuer à croire en la sincérité et la loyauté de Sirius. Au lieu de le soutenir, il avait été extrêmement égoïste, voulant oublier tout ce qu'il ressentait et qui lui faisait si mal.

Ayant perçu le regard triste de son ami, Sirius cessa son manège pour aménager des plantes dans la salle de bain.

- Qu'est-ce qu'il y a ?-demanda t-il en s'approchant.

Il regarda par-dessus l'épaule de Remus, en s'attendant à voir à travers la fenêtre la cause de sa tristesse. Mais il ne vit rien. L'herbe du parc n'était foulée par aucun intrus. Et pourtant, il ne rêvait pas la mélancolie qui, il le savait, voilait légèrement les yeux ambrés du lycanthrope.

Celui-ci tenta un sourire mais réussit seulement à faire une pauvre grimace.

- Rien.- marmonna t-il en fermant son esprit et ses yeux pour ne pas se laisser envahir par l'odeur si enivrante de l'animagus, odeur qui lui faisait perdre la tête depuis plus de quinze ans.

Il ne vit pas le froncement de sourcils de Sirius ni la manière dont celui-ci le dévisageait ;

- Tu t'inquiètes pour les autres ?

Remus ne put retenir un soupir : ne pouvait-il pas cesser de penser aux autres ?! Etait-ce si horrible qu'ils soient tous les deux là, réunis ?

- Oui, oui, c'est ça. J'espère que ça ne se passera pas trop mal pour Harry et Hermione…

- Tu sais Remus, même maintenant je sais reconnaître quand tu mens.

Le loup garou ouvrit les yeux. Sirius le regardait avec un petit sourire indéfinissable.

- Quoi !- fit-il, agacé d'avoir été percé à jour.

Sirius le connaissait toujours aussi bien après tant d'années. Et lui il avait l'impression de ne jamais vraiment savoir ce que celui-ci pensait.

- A quoi tu penses ?-demanda sérieusement le brun.

Remus le sonda du regard puis finit par revenir par la fenêtre :

- A ma stupidité.

Sirius haussa un sourcil:

- Rem', si toi tu es stupide, je suis quoi moi ?

Le lycanthrope ne put s'empêcher de sourire :

- Je ne sais pas, je n'ai jamais réussi à le définir.

- Ca veut dire que je suis unique ?- le taquina l'autre.

- Oui, tu es un cas particulièrement singulier.

Et il le pensait. Pas que Sirius était stupide, bien au contraire d'ailleurs. Il était unique, pour lui. Personne ne pouvait lui être comparé et c'était dur à vivre, en sachant que jamais personne ne pourrait réunir autant de choses et de qualités pour le faire craquer comme le faisait Sirius.

- Rem', sincèrement, qu'est-ce que tu as ?

- Je n'ai pas vraiment envie d'en parler Sirius.- répondit le professeur de DCFM en faisant la moue.

Le brun croisa les bras avec une expression boudeuse.

- Je déteste quand tu fais ça.

- Quand je fais quoi ?

- Tu contournes le problème, tu refuses de me parler. Tu ne faisais jamais ça avant. T'as développé ça depuis quelques années et j'aime pas ça.

- C'est peut-être que tu ne posais pas les bonnes questions.- murmura Remus avec amertume, avant qu'il puisse s'en empêcher.

Le regard de Sirius se fit interrogateur mais Remus resta obstinément tourné vers la fenêtre. Ce n'était pas la bonne manière d'aborder le sujet mais il faudrait le faire tôt ou tard et cette attente le mettait sur les nerfs.

- Tu veux pas arrêter de parler à mi-mots ? Je ne suis pas aussi subtil que toi et tu le sais.

La voix de Sirius était légèrement agacée, mais sans aucun reproche. En fait, il n'avait jamais été capable de cacher quelque chose à Sirius. Heureusement, ou pas, Sirius n'avait jamais demandé quelque chose qui aurait pu le mettre dans l'embarras. Il n'aurait pas mis longtemps à lui avouer qu'il était amoureux de lui si Sirius avait voulu savoir.

Le jeune professeur soupira et revint s'asseoir face au feu. Il se massa les temps quelque secondes et finit par lâcher d'une voix faible :

- Très bien, qu'est-ce que tu veux savoir ?

Sirius eut un pincement de cœur en voyant son ami ainsi : il semblait vieux et fatigué. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas vu ses yeux si particuliers pétiller de joie ou de malice. Les années semblaient peser sur ses épaules comme un fardeau que personne ne voulait soulager ou que Remus tenait à garder. Pourquoi ?

L'animagus s'approcha et s'assit à côté de Remus :

- Tu…tu es triste d'être ici ?-demanda t-il à voix basse.

Il sentit Remus se crisper à côté de lui.

- Non…et toi ?

Sa voix était légèrement tremblante mais l'animagus feignit de n'avoir rien entendu.

- Non plus. On va pouvoir parler comme ça.

- On parle déjà en temps normal.- remarqua faiblement le loup garou.

- Pas des choses importantes.

Cette fois, Remus tressaillit. Il se tourna vers Sirius er vit qu'il lui souriait doucement. Sa gorge se noua et il s'empressa de détourner la tête pour ancrer à nouveau son regard dans les flammes.

Si Sirius lui souriait ainsi, il serait incapable de se concentrer, de rester impassible et de garder la tête froide comme il se forçait à le faire à chaque fois qu'il voyait Sirius, pour ne pas le regretter plus tard, pour ne rien laisser passer.

- Et quelles sont ces choses réellement importantes ?

- Tu n'as pas l'intention de m'aider à ce que je vois…

Olala, de quoi Sirius voulait-il parler ?! Non, il ne voulait pas l'aider, en aucun cas ! Sirius pouvait aborder n'importe quel sujet même si ses mots étaient pleins d'ambigüité.

Il ne put que le fui faire un sourire d'excuse.

- T'es chiant quand tu t'y mets…- grogna Sirius en lui donnant un léger coup d'épaule.- Bref, Rem'…qu'est-ce que tu as fait pendant toutes ces années ?

Le loup garou le dévisagea un instant avec une expression douloureuse sur le visage.

- Pas grand-chose…A vrai dire, je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir vécu ces années… C'est loin. Et j'aimerais bien les oublier.

Sirius ne dit rien. Il contemplait à présent lui aussi le feu.

- En fait, j'ai seulement l'impression d'avoir commencé à revivre quand Dumbledore m'a proposé le poste de DCFM il y a quatre ans. Ça m'a sauvé je pense…

- De quoi ?- demanda Sirius dans un murmure.

- Des souvenirs, de la douleur, de la solitude.

Les mots de Remus étaient emprunts d'une intense tristesse et Sirius eut envie de le serrer dans ses bras. Mais il ne le fit pas. Il se sentait encore proche de Remus, mais ce n'était pas forcément réciproque.

Remus ferma les yeux. Il ne voulait pas entendre Sirius lui dire à quel point ces années avaient été bien plus horribles pour lui et qu'il n'était pas à plaindre comparé à son « séjour » à Azkaban.

L'isolement du lycanthrope n'avait pas été si différent en fait. Il n'avait pas été concrètement privé de sa liberté comme Sirius, il avait juste perdu toute raison de vivre. Il avait tout perdu d'un seul coup : Lily et James, et puis Sirius. Au même moment, il était entré dans la vie active et avait réalisé encore une fois combien sa condition était mal vue. On le voyait comme une créature qui pouvait d'un instant à l'autre avoir la fantaisie de dévorer un hypothétique collègue.

L'offre de Dumbledore avait réellement été une bénédiction que Remus n'espérait plus. Son ancien directeur le connaissait bien et avait totalement confiance en sa maîtrise du loup en lui.

Et puis il avait alors rencontré Harry qui ressemblait tellement physiquement à son père mais possédait aussi des qualités de Lily. Ces yeux verts et cette tignasse brune indomptable lui avaient manqué et il avait failli craquer en voyant quel jeune homme était devenu le fils de ses amis. Il l'avait alors aidé, sans révéler ce lien à Harry, sans vraiment savoir pourquoi.

Il ne voulait pas s'imposer dans la vie déjà bien compliqué du jeune homme. Il n'avait pu s'empêcher de sourire quand Hermione lui avait révélé avoir compris pour sa lycanthropie, comme un fantôme de Lily.

Et Sirius s'était évadé. L'angoisse l'avait envahi. Il avait peur des reproches, de vérifier que l'animagus avait réellement trahi ses amis. Il avait toujours gardé un infime espoir malgré tout et un intense soulagement s'était emparé de lui lorsque Sirius avait révélé la traîtrise de Peter dans la Cabane Hurlante. Il n'avait pu qu'éprouver une immense compassion et peine face à l'apparence proche de la folie de Sirius. Il n'aurait pas supporté de le voir rester dans cet état.

Heureusement, la rencontre avec harry lui avait redonné un peu de vie. Et il avait refoulé la douleur éprouvée en se rendant compte que lui n'était pas capable de rendre Sirius heureux ou le lui rendre le sourire de ses années à Poudlard.

- Moi aussi j'aimerais ne plus y penser.- murmura tout à coup Sirius qui avait lui aussi été plongé dans ses pensées.- Tu sais, je n'ai même pas réussi à t'en vouloir…

Remus se mit à trembler et s'enfonça plus profondément dans le canapé, ramenant ses jambes à lui et les entourant de ses bras. Il enfouit sa tête dans ses genoux.

- Ne parle pas de ça.- dit-il, la voix cassée.

Sirius inspira profondément : Remus avait l'air si fragile. Il avait l'impression d'être réellement revenu au temps de leurs études. Remus n'était aussi pas aussi triste et fatigué. Mais il était déjà si émotif et lui, il n'avait jamais pu rester indifférent à ses larmes…

- Remus, il faut qu'on en parle.- déclara t-il d'une voix douce mais ferme.

Il vit les jointures de son ami devenir blanches à force d'enserrer son propre corps. Malgré tout ce qu'ils avaient vécu depuis qu'ils se connaissaient, il ne l'avait jamais vu dans un tel état de détresse. Et il n'arrivait pas à comprendre comment lui-même pouvait rester si calme.

- Je ne t'en veux pas, c'est vrai. Tout m'accusait même si ce n'était pas vrai. Je ne sais pas comment j'aurais réagi si ça avait été toi.

- Tu ne comprends rien.- entendit-il Remus murmurer, la voix brisée.

- Qu'est-ce que je ne comprends pas ?- demanda t-il de cette voix si calme qui l'étonnait lui-même.

Remus releva brusquement la tête. Ses traits étaient tirés par la douleur.

- Comment peux-tu dire ça ?! Je t'ai trahi de la manière la plus ignoble qui soit ! J'ai cru, j'ai voulu croire que tu avais réellement tué tes amis ! Les amis sont sensés faire confiance aux autres ! Vous, vous m'avez toujours soutenu et moi, à la première épreuve, j'ai été incapable de réagir comme un véritable ami ! Comment peux-tu ne pas m'en vouloir ?!- cria t-il.

Sirius se figea. Remus s'en voulait infiniment. Alors que lui l'avait pardonné depuis longtemps, il avait gardé ça pour lui pendant toutes ces années. Pourquoi ne lui en voulait-il pas ? Il n'en savait rien. Mais la vision de Remus aussi secoué lui déchirait le cœur. IL s'approcha de lui pour le serrer dans ses bras mais il vit la panique s'emparer du lycanthrope :

- Ne me touche pas ! Laisse-moi tranquille ! Je ne mérite pas que tu ne m'en veuilles pas !

Il le repoussait confusément et maladroitement mais Sirius ne dit rien et finit par vaincre sa faiblesse. A peine avait-il renfermé ses bras autour du corps tremblant qu'il sentit les sanglots de Remus. Il le serra contre lui intensément, et Remus s'accrocha à lui comme si ça vie en dépendait.

Remus ne put résister à ça, sentir ses bras autour de lui sans aucune rancœur, c'était bien plus qu'il n'était capable de supporter. Il s'en voulait de pleurer mais les lares coulaient en dépit de sa volonté. Il ne maîtrisait plus rien et s'accrochait à ce corps aimé, à cet amour, la seule chose dont il était certain.

Sirius ferma les yeux. Il avait agi instinctivement mais maintenant il ne savait pas quoi faire ni quoi dire. Sentir Remus pleurer contre son épaule était une sensation des plus douloureuses. Et il en connaissait un rayon sur la douleur. Celle-là était pire que tout puisqu'elle ne le touchait pas physiquement ni mentalement. C'était la douleur de Remus, et ça le prenait aux tripes.

Il sentait son front contre son épaule, le corps toujours secoué de sursauts incontrôlables/

- Rem', arrête de pleurer, s'il te plait…- murmura t-il d'une voix à peine audible.- Moony, s'il te plait, ne pleure plus…plus jamais.

Il avait parlé d'une voix si douce, sans vraiment réfléchir à ce qu'il disait. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne supportait pas de voir Remus pleurer.

Il caressa distraitement les cheveux châtains à la base de la nuque, là où il y avait un duvet si doux. Ce geste apaisa peu à peu le loup garou qui finit par retrouver une respiration normale.

Sirius continua son geste, de peur que Remus ne se remette à pleurer. Il sentit bientôt un souffle profond et régulier dans son cou, le chatouillant. Il sourit : il s'était endormi dans ses bras.

Avec une infinie délicatesse, il éloigna le corps abandonné contre lui et l'allongea sur le canapé. Le visage de Remus était strié de larmes mais il semblait paisible. Sirius soupira en se disant que s'il avait vu en face ces yeux ambrés pleurer, il en aurait été pétrifié.

Il fit apparaître une légère couverture et rajouta une bûche au feu. Le bois crépita en répandant cette odeur sauvage qu'il aimait tant. Un léger soupir attira de nouveau son attention sur le canapé : il se retourna à temps pour voir Remus se blottir contre les coussins dans son sommeil.

Une ombre triste passa sur le visage de l'animagus : que gardait encore Remus au fond de lui depuis si longtemps ? Il s'était tu pendant toutes ces années et lui n'avait rien vu. Il connaissait bien mal son ami. Quels sue soient les poids que le loup garou portait encore seul sur ses épaules, il ferait tout pour l'aider à se sentir mieux et moins seul.

Et voilà !! J'ai mis longtemps pour celui-là ! Il est plus long que les précédents donc bon, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop !

A bientôt j'espère,

Angedescieux