Chapitre 7 : Premiers pas

Harry/Drago

Harry referma un nouveau livre sur un nouvel échec. Il n'avait rien trouvé qui aurait pu correspondre à l'« erreur sur la personne destinée ». Et ce foutu bouquin qui le narguait sur la table, grand ouvert, ce putain de bouquin qui lui avait appris ce qu'était le sort de rencontre.

Sa vie était définitivement fichue. Bordel, il ne voulait pas être l'âme sœur de Malfoy, c'était si difficile à comprendre ? Dumbledore avait sérieusement besoin de changer de lunettes : il ne voyait pas qu'ils se détestaient, que Rogue et Hermione se détestaient aussi ?!

Il lâcha un soupir à fendre l'âme et se leva pour cherche un nouveau bouquin, même si ses espoirs s'amenuisaient à chaque nouvelle lecture. Il retrouva l'étagère où il avait pris les livres précédents mais celle-ci était vide. Malfoy avait dû prendre les bouquins restants.

Assez peu motivé, ce qui n'avait rien d'étonnant étant donné la situation, il s'approcha du Serpentard qui ne leva pas les yeux même s'il l'avait attendu arriver.

- T'as trouvé quelque chose ?- demanda Harry d'une voix lasse.

Malfoy grogna :

- Ces bouquins sont nuls. Il n'y a rien là-dedans.

- T'as déjà lu cette pile là ou pas ?- poursuivit le brun encore plus blasé qu'avant en désignant une montagne d'ouvrages de tailles diverses.

- Nan.

- Je vais les lire alors.- déclara Harry comme s'il s'apprêtait à se jeter dans un puits sans fond.

Il prit les deux premiers de la pile et regarda Malfoy qui n'avait pas bougé.

- Pourquoi tu n'utilises pas un sort de lecture rapide ?- demanda le Gryffondor d'une voix éteinte.

Drago laissa échapper un soupir exaspéré :

- Parce que s'il n'y a pas de solution à l'idée « géniale » de Dumby Merlin faites que ce ne soit pas le cas je préfèrerais m'en rendre compte le plus tard possible !

- Ah.- réussit à lâcher Harry au bout d'un moment.- C'est une bonne raison.

Drago leva enfin les yeux vers l'autre garçon. Celui-ci semblait assez étrange, son visage n'affichait aucune expression particulière ou connue.

- Potter, ce n'est pas en restant planté là que les recherches avanceront.- déclara t-il sans avoir la force de mettre du sarcasme dans sa voix pour achever le Gryffondor.

Le brun resserra sa prise sur les deux ouvrages et partit sans un mot vers son fauteuil. Le Serpentard le regarda faire. Il n'avait jamais vu Potter dans un état semblable, aussi peu expressif, aussi peu réactif, aussi peu vivant.

Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale à cette pensée et Drago se força à détourner le regard. Il s'en fichait éperdument de l'état mental de Potty. Il y avait bien plus urgent, à savoir trouver une porte de sortie dans cet énorme merdier.

En baissant les yeux, il vit que le Gryffondor avait laissé un ouvrage ouvert sur la table. Il se pencha et découvrit à son tour les mots qui avaient plongé Harry dans cet étrange état.

HDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDHDH

Hermione/Rogue

La forêt avait disparu de son esprit alors qu'elle parvenait à ces conclusions déstabilisantes sur Rogue. Elle avait vraiment besoin d'un endroit confortable pour faire le point avec elle-même. Comprendre pourquoi elle avait, sans vraiment s'en rendre compte, accordé tant d'importance au mépris et à l'indifférence de Rogue.

Un recoin près d'une fenêtre se matérialisa dans une pièce aux contours imprécis. Le rebord était tapissé d'épais coussins et le soleil s'y déversait obliquement, comme dans une douce journée de printemps.

Epuisée, Hermione s'y réfugia, regardant à travers les vitraux, sans voir à travers eux ou ne sachant pas ce qu'elle voulait y trouver.

Elle voulait fermer les yeux et disparaître du monde. En un sens, c'était déjà le cas puisque Dumbledore les avait isolés des autres. Mais elle ne voulait pas être là, avec Rogue.

Elle entendit des pas s'approcher mais ne bougea pas d'un pouce. Voir Rogue était bien la dernière chose dont elle avait besoin en se sentant si faible et si abattue.

Rogue s'arrêta à deux mètres de la fenêtre, le visage impénétrable. Il contempla les traits défaits et si transparents de son étudiante. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été face à une situation si embarrassante et compliquée.

Sa colère s'était peu à peu évanouie sous la réflexion. Bien sûr, il savait ce qu'était le sort de rencontre et ce qu'il signifiait. Il n'arrivait pourtant pas à y croire. Hermione Granger. S'il s'était attendu à ça !

Il avait essayé de calmer son esprit et de réfléchir avec cohérence. Il n'y avait qu'un moyen de sortir de cet isolement forcé : le sort de rencontre devait prendre effet.

Manifestement, la Gryffondore savait à présent de quoi il retournait. Et ça n'avait pas l'air de l'enchanter. Même si cette réaction était blessante pour son égo, il pouvait comprendre : il était son professeur, elle avait vingt ans de moins que lui et ils n'étaient pas particulièrement proches.

« Et la faute à qui, hein ? »

« Oh, toi. Ça doit faire un bon moment que t'es pas venue m'emmerder… »

« Trop aimable. »

« Tu croyais tout de même pas que j'allais t'accueillir à bras ouverts. T'es vraiment naïve, vraiment pas serpentarde comme conscience ! »

« Faut bien de quoi équilibrer ta personnalité tordue ! »

« Tu sais ce qu'elle te dit la personnalité ? »

« Ouais, je sais. Bon alors, qu'est-ce que tu vas faire ? »

« Rien. »

« Génial, t'as pas plus palpitant ? On ne va jamais sortir de là à ce rythme… »

« Albus a intérêt à faire attention à ce qu'il mangera quand je sortirai d'ici…Je ne sais pas encore ce que je vais lui faire subir mais il ne l'oubliera pas de si tôt ! Trop dur de ne pas se mêler de la vie privée des autres hein ?! Quel vieillard décrépi…Je te jure, je vais le… »

« Oui, oui fantastique. En attendant bouge-toi les fesses. »

« Tu sais, ce n'est pas parce que t'es ma conscience que je ne perçois pas le sarcasme. »

« Sans blague ! Tu m'en vois ravie Sevy ! Maintenant il serait temps de mettre tes neurones à fonctionner. »

« Arrête avec ce surnom débile, j'ai pas quatre ans. »

« Nan, t'as dix fois plus. »

« Merci de me le rappeler. »

« Oh mais de rien. »

« Soupir »

« Bon, tu vas faire quelque chose oui ou non ? »

« Mais bordel, qu'est-ce que tu veux que je fasse ?! J'en veux pas moi de cette Gryffondore insupportable ! T'as vu comment elle a osé m'insulter dans le bureau d'Albus ?! Jamais, au grand jamais personne ne m'avait parlé sur ce ton ! »

« Justement. »

« Quoi justement ? »

« Tu n'espères tout de même pas que je vais te le dire ! »

« Tu m'énerves. »

« Quoi, il est tout de même temps que tu saches te connaître ! Sevy t'as quarante balais ! T'es plus un adolescent boutonneux, agis comme un homme merde ! »

« Arrête de m'appeler Sevy, dernière fois. »

« Ouh je tremble. Aller, sois adulte un peu. »

« Oh et tu suggères quoi ? Que dis-tu d'un truc du genre : eh bien Miss Granger, puisque la compatibilité de nos âme a été mise à jour par le crétin fini qui sert de directeur à cette école qui court à sa perte avec un pareil abruti, bref, que diriez-vous de vous débarrasser de cette affaire au plus vite ? Passons à la chambre qu'on en finisse ! »

« T'es vraiment un vieux dégoûtant. »

« Quoi, c'est ce qui va se passer je te signale. »

« Et mademoiselle délicatesse, tu connais ? »

« Roooo…toujours à s'empêtrer avec ces stupidités. De la délicatesse, et pourquoi pas du romantisme tant qu'on y est ? »

« Ce serait pas de refus ! »

« Pitié je vais vomir. »

« Tu fais chier Sevy. Peut-être que t'es habitué à aller assouvir tes besoins à droite à gauche mais là c'est différent ! Bordel, c'est le sort de rencontre, tu crois que tu vas régler ça en la foutant dans ton lit ? Et faudrait qu'elle veuille déjà ! »

« …elle ne voudra jamais. »

« Oh, oh, serait-ce du défaitisme que je perçois là ? »

« Arrête. Je suis sérieux là. »

« Bien, alors tu vas pouvoir réfléchir à cette situation comme il se doit. »

« Ca va pas être du gâteau. »

« Peut-être. Tu crois que Dumby aurait choisi le sort de rencontre si ça avait été facile ? »

« Pff…Je vais vraiment lui faire la peau ! »

« Tsss, tsss. Respect le vieux Sevy, tu lui dois ton âme. »

« Ouais bah ce n'est pas une raison pour faire mumuse avec. Vraiment, qu'est-ce qui m'a pris d'aller le voir ce jour là ! »

« Roooo, ne dis pas n'importe quoi. Je sais que tu ne le penses pas. »

« Mouais. Mais il est allé trop loin. »

« Sans doute. Aller, occupe toi d'elle. C'est toi l'adulte responsable ici. Enfin, même si elle n'est pas d'accord avec ça… »

« C'est ça, moque toi. N'empêche, elle a pas peur cette gamine. Défier ainsi son prof… »

« Ah bah tu vois que tu lui reconnais des qualités ! »

« J'ai pas dit que c'en était une. »

« Mais oui, bien sûr. Sevy, je suis ta conscience, je sais que tu ne peux pas résister à quelqu'un qui te tient tête ! »

« Tu m'énerves ! Dégage, ça doit faire un bon bout de temps que je suis planté là comme un débile à rien faire ! »

« Alléluia, Merlin soit loué, Sevy a décidé d'agir ! »

« ARRETE DE M'APPELER COMME CA ! »

« Hihi… »

« Pff, conscience de mes deux. »

« Moi aussi je t'aime. »

« Chut, je réfléchis ! »

« Ok, chef ! »

Hermione n'avait pas bougé et avait presque réussi à oublier la présence de son professeur non loin d'elle, lorsqu'il se mit à parler d'une voix ferme mais dénuée du mépris habituel qui lui était réservé :

- Vous savez de quoi il retourne alors ?

La Gryffondore mit longtemps à réagir mais Rogue ne s'en formalisa pas. Il attendit sans un mot. Il la vit acquiescer au bout d'un moment.

- Cela vous répugne ?

La question avait fusé si brusquement de ses lèvres qu'il ne s'en était même pas rendu compte. Merlin, pourquoi avait-il demandé ça ?! Rien qu'à son sursaut, il avait bien vu qu'elle non plus ne s'attendait pas du tout à cette question.

Et puis, elle parla d'une voix dénuée d'émotion qui lui fit presque froid dans le dos :

- Si le sort de rencontre en a décidé ainsi, je n'ai pas mon mot à dire. Je ferais ce que je devrais faire.

Rogue fronça les sourcils : elle n'avait pas saisi l'essentiel du sort de rencontre pour dire cela. Merlin, il allait devoir lui expliquer.

- Miss Granger, si vous ne le voulez pas, ça ne marchera pas.

Hermione cessa d'écouter d'une oreille distraite ce que disait Rogue. Elle se redressa et toisa le professeur de potions d'un regard impénétrable, comme si ce sort avait effacé la distance qui s'imposait entre un professeur et son élève.

- Vous ne pouvez pas feindre avec le sort de rencontre. Il lit dans les âmes.

Hermione ferma les yeux et soupira :

- Avez-vous la moindre idée de ce que vous me demandez ?

- Je ne vous demande rien, j'énonce les faits…- répliqua Rogue en reprenant sa voix cassante.

La Gryffondore lui lança un regard mauvais :

- J'ai bien l'impression que nous ne sortirons pas de si tôt d'ici.- lâcha t-elle en se levant.- Il va falloir aménager confortablement cet endroit pour les années à venir…

- Les années ?!- fit Rogue en fronçant derechef les sourcils.

- Oui, vous avez raison. Des années entières ne suffiraient pas pour que je vous apprécie. Peut-être bien que nous mourrons ici finalement.- poursuivit-elle en faisant mine de réfléchir.

- Cessez cela tout de suite ! Vous êtes en colère ? Parfait !

- Oh, feriez-vous preuve d'empathie professeur Rogue ? Non, non, je dois me faire des idées !

Rogue inspira fortement pour garder son calme. Elle devait faire exprès de le provoquer ainsi, elle ne pouvait pas posséder le don de le foutre en pétard rien qu'en parlant ! Et en plus elle continuait !

- Vous savez quoi professeur ? D'ailleurs pourquoi je vous appelle comme ça ? On ne sortira jamais d'ici, je n'aurais plus jamais à supporter vos cours de potions alors pourquoi s'empêtrer de ce titre ridicule ?

- Je vous interdis de critiquer mes cours.- déclara Rogue en faisant preuve d'un grand self-control.

- Et pourquoi ça ? Vous êtes trop sensible aux critiques pour tolérer les réclamations peut-être ?! Oh pitié, sensible, c'est bien la dernière chose que vous soyez !

Cette fois, Rogue ne se maîtrisa pas et attrapa le bras de la Gryffondore pour la faire cesser. Il se rapprocha dangereusement d'elle mais n'eut pas la satisfaction de lire de la peur dans son regard. Il n'y avait que du défi pur et dur. Cette lueur qui lui permettait de le provoquer encore alors qu'il la maîtrisait physiquement :

- Tant que vous ne serez pas capable d'admettre que vous avez une conduite méprisable envers vos élèves, je crains que nous soyons obligés de rester ici pour un très long moment.

Les yeux de Rogue se firent plus sombres. Ils s'affrontèrent un moment du regard et Rogue finit par lâcher son bras.

- Ne croyez pas que vous pouvez vous permettre de critiquer autrui. Vous ne savez rien de moi.- siffla t-il sans la quitter des yeux.

Hermione plissa les lèvres pour répliquer mais Rogue la planta là sans lui en laisser le temps.

HRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHRHR

Remus/Sirius

Il était réveillé depuis un petit moment déjà et regardait le feu crépiter dans la cheminée. Il n'avait pas entendu un bruit autour de lui mais Sirius devait forcément être dans les parages, quelque part.

Remus s'était efforcé de ne pas bouger sur le canapé, pour ne pas attirer son attention. Lui parler était bien la dernière chose dont il avait envie. Et par-dessus tout, parler de ce qui venait de se passer.

Il avait craqué. Et bien sûr, il s'en voulait. Non seulement parce qu'il n'avait pas été capable de se contrôler mais parce qu'il ne parvenait pas à s'ôter de la tête les impressions que lui avait laissé l'étreinte réconfortante de Sirius.

Ses bras autour de lui. Leurs cœurs pulsant à l'unisson, mais pas pour les mêmes raisons. La panique de Sirius et sa propre détresse.

Il ne se sentait pas prêt à parler de ces années de silence, d'éloignement, de suspicion. Sa propre traîtrise à l'unique chose que lui offrirait jamais Sirius : une amitié sincère et dévouée qui n'avait presque jamais failli pendant leurs années à Poudlard.

Dès qu'il essayait de justifier sa conduite dans le fait de vouloir réprimer son amour pour Sirius, son égoïsme lui sautait aux yeux comme la plus terrible des accusations.

Sirius avait vécu un calvaire, le quotidien avec les détraqueurs lui gelant les entrailles et aspirant à chaque fois un peu plus de vie. Un enfer de cauchemars, de hurlements de douleur et de folie. Et sans doute, la torture morale d'avoir été abandonné de tous, d'être considéré comme un dangereux criminel alors qu'il était innocent.

A côté de ça, que valait la souffrance de cet amour impossible ? Rien, un soupçon, un souffle d'air.

Il faillit sursauter en entendant du bruit derrière lui et ferma instinctivement les yeux alors qu'il sentait la présence contourner le canapé. Il perçut clairement le son des vêtements se froissant, à travers ses sens aiguisés de loup-garou. Sirius devait être maintenant accroupi face à lui, tout près.

Même sa grande maîtrise de lui-même ne pouvait empêcher son cœur de battre plus rapidement à cette idée. Il se fit violence pour ne pas retenir son souffle et poursuivre la respiration du sommeil.

Une seconde s'écoula, deux et puis :

- Rem', je sais non seulement quand tu mens mais aussi quand tu fais semblant de dormir.- murmura la voix profonde de l'animagus juste à côté de son visage.

Le loup garou fut incapable de retenir un sourire avant de grogner, en ouvrant les yeux :

- C'est très déconseillé de mettre de mauvaise humeur un loup garou au réveil…

Sirius souriait, et quel sourire !

- Vraiment ? Il va falloir que je vérifie ça alors…- fit-il d'une voix sensuelle et aguicheuse.

Remus plissa les yeux :

- C'est très féroce…et affamé.

Les yeux de l'animagus pétillèrent et Remus dut se retenir de déglutir.

- Ca tombe bien c'est l'heure de manger. Un elfe a apporté le repas il y a cinq minutes.

- Dumbledore a pensé à tout.- soupira Remus en s'étirant.

- On dirait bien oui.- fit Sirius, légèrement troublé.

- Merci pour la couverture.- dit Remus en se levant et en évitant de regarder l'autre Gryffondor.

- Oh. De rien. Aller, je meure de faim !

Les deux hommes sortirent du salon pour aller dans la petite salle à manger qu'ils avaient aménagée en arrivant. Remus se sentit apaisé par les couleurs chatoyantes et chaleureuses. La table en bois sombre accueillait présentement un service en argent et des plats recouverts par des cloches.

Ils s'assirent en silence, Sirius en bout de table et Remus à sa gauche, en face d'une grande fenêtre à travers laquelle on pouvait voir le soleil se coucher.

L'elfe avait apporté de la nourriture en abondance. Avec un sourire, ils commencèrent à manger, avec la sensation d'être redevenus des élèves, d'être à nouveau à Poudlard, pour de vrai.

- Tu crois que cette fenêtre est réelle ?- demanda pensivement Remus.

Sirius regarda la fenêtre un instant :

- Tu veux dire, est-ce que c'est vraiment le coucher du soleil ?

L'autre hocha la tête.

- Je ne sais pas. Je suppose qu'elle montre ce que l'on veut voir. Le temps est normalement le même dans la salle sur demande mais rien ne dit que Dumby ne l'a pas modifié. C'est la septième année pour Harry, Hermione et Malfoy. Dumbledore est peut-être malin mais pas inconscient pour leur faire délibérément manquer des cours.

- Hum…oui.

Ils ne parlèrent que de choses insignifiantes pendant tout le repas et Remus fut reconnaissant à Sirius pour son tact. Même s'il savait qu'il ne pourrait pas y échapper bien longtemps.

Un peu plus tard, alors que la lune trônait en face de la fenêtre du salon, la conversation prit une tournure que Remus n'aurait pas imaginée :

- Qu'est-ce que tu penses de Tonks ?- demanda Sirius, l'air de rien, confortablement installé dans un fauteuil.

Remus ne détourna même pas le regard des flammes et répondit sans se douter de la question piège que l'animagus jetait là aussi innocemment.

- C'est une excellente auror, très douée pour son âge.

- Je ne parlais pas de son job…

Cette fois, le loup garou releva la tête et rencontra le regard pénétrant de Sirius. Il ne put s'empêcher de sourire avec amusement.

- Oh. Bah, pas grand-chose…

- Aller Rem', t'as pas vu comment elle te regarde ?

- Si. Enfin…

- Enfin quoi ? Ca ne te fait rien ?

- C'est agréable, c'est sûr.- admit le loup garou en riant intérieurement face au fait que Sirius ne sache pas pour lui.

- Et ?

- Bon, qu'est-ce que tu veux savoir ? Tu ne vas pas tourner autour du pot toute la soirée !

- Comme tu voudras. Il s'est passé quelque chose avec elle ?

Remus se redressa et regarda fixement le brun en se demandant quel effet aurait sur lui la « révélation » qui allait venir.

- Sirius, dis-moi, avec combien de personnes suis-je sorti à Poudlard ?

- Ne change pas de sujet, réponds !

- Je ne change pas, tu vas comprendre. Alors ?

- Bah…aucune à ma connaissance.- répondit Sirius après un instant de réflexion.

- Pourquoi à ton avis ?

- Bah je n'en sais rien, tu n'étais du genre à t'afficher comme James ou moi.

- Très juste.

- Donc tu es sorti avec des gens ?- hésita Sirius.

Remus hocha la tête.

- Qui ça ?-demanda le brun.- Je ne connais aucune Gryffondore qui aurait gardé le silence en sortant avec un Maraudeur !

- Peut-être que ce n'était pas une Gryffondore, ni une tout court…

L'information mit une seconde à parvenir au cerveau de Sirius qui ouvrit démesurément les yeux :

- Oh…Ohhhh ! Eh bien, tu caches bien ton jeu !

Remus se mit à rire :

- Il n'y a pas de jeu, je suis discret, c'est tout !

- Ca c'est sûr ! Donc je suppose que Tonks n'a pas une chance ?

- Elle est adorable mais non. Je lui ai déjà dit, et je suppose qu'elle se fera une raison.- déclara doucement et sincèrement le loup garou.

- Tu n'es pas corruptible, alors ?- demanda Sirius avec un sourire en coin.

- Même pas avec la plus grosse cargaison du meilleur chocolat du monde !

Sirius éclata de rire :

- Tu n'es toujours pas guéri ? Ahaha, Remus et le chocolat, une grande histoire d'amour !

- Arrête de m'en parler, ça me donne envie.- fit Remus avec une moue adorable.

- Je crois que l'elfe a apporté tout à l'heure quelque chose qui ressemble à du chocolat…- remarqua pensivement Sirius, un doigt sur le menton, un sourire jouant sur ses lèvres.

- Où ça ?- demanda avidement le loup garou, les yeux pétillants à l'annonce de la friandise.- J'ai rien vu.

- Normal, je l'ai mis sous cadenas pour le protéger d'un loup garou chocolatophile.

- Sirius ! Où l'as-tu planqué ?

- Je m'en rappelle plus je crois !

Remus se rapprocha de Sirius et se mit à genoux à côté du fauteuil, en lui faisant des yeux de chien battu.

- Eh ! C'est mon expression ça ! Tu me l'as piquée !

- J'apprends du maître.- répliqua le loup garou avec un sourire malicieux.- Sirius…

- Ca sert à rien de me regarder comme ça, je suis immunisé !- déclara Sirius en croisant les bras sur sa poitrine.

Remus fit alors sa petite moue implorante, le menton appuyé sur l'accoudoir du fauteuil.

-Ahhh ! Pas ça ! Rem' tu triches !

- Siri…dis-moi où il est. S'il te plaiiiiit !

- Arg, je ne peux pas lutter contre ce regard ! Dans l'armoire en ébène, troisième étagère.

- Ouaiiiissss !

Remus se leva d'un bond et disparut comme une flèche. Une minute plus tard, il réapparut avec une énorme plaquette de chocolat noir. Il se laissa tomber dans le canapé, coupa un morceau et mit la sucrerie dans sa bouche. Il se mit à savourer sa douceur avec un soupir de bien-être, en fermant les yeux de délectation.

La pomme d'Adam de Sirius descendit alors que l'animagus peinait à résister à cette vision assez alléchante. Surtout après ce que Remus venait de lui avouer. En plus du sort de rencontre. Et le chocolat. Les images qui se fermaient dans sa tête incluaient une grande quantité de chocolat liquide, ingrédient qui semblait parfaitement s'allier avec le corps nu d'un certain loup garou.

Une seconde plus tard, Remus sentit le canapé s'affaisser à côté de lui. Il ouvrit paresseusement les yeux et tomba sur le regard plein de convoitise de Sirius. Se méprenant sur sa signification, il esquissa un sourire :

- Sirius Black aurait-il envie de chocolat ?

- Entre autres choses, oui…

« Erreur dans le système, Remus Lupin, veuillez redémarrer votre cerveau ! »

Sirius avait les pupilles dilatées et un sourire carnassier qui ne lui disait rien qui vaille. Remus fit son possible pour ne pas se mettre à trembler, hypnotisé par le regard incroyable de son ami.

- Entre autres ?- balbutia t-il.

Sirius hocha lentement la tête.

- Hum hum et il serait possible que ces choses soient susceptibles de t'intéresser…

- Ah bon ?

- Mais oui mon cher Lupin.

Il s'était rapproché lentement et Remus en avait oublié le chocolat (c'est dire !).

- Sirius, tu crois que le sort de rencontre peut influencer et forcer à faire ce que l'on ne veut pas ?- demanda le loup garou d'une toute petite voix.

L'animagus fronça légèrement les sourcils mais son expression se détendit à nouveau.

- Je ne pense pas, non. Il est sensé révéler certaines choses, disons…

- Hum. Et ces choses…té déplaisent ?

- Pas vraiment non. Au contraire.

- Oh…

- Et toi, ça te gêne ?- demanda le brun.

Remus fit la grimace. Il n'aimait pas vraiment cette conversation à mi-mots et cette ambigüité. Et il ne tenait pas non plus à avouer ses sentiments sur un ton aussi badin. Et il voulait être certain de comprendre ce qui se passait là.

- Non Sirius, ça ne me gêne pas d'être lié à toi.- répondit-il avec un timide sourire.

L'animagus sourit à son tour mais n'était plus très certain de ce qu'il voulait faire à présent. Il ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise face à la réponse de Remus même si elle le réjouissait. Il ne se sentait pas vraiment dans son élément en parlant de but en blanc. Les mots concrets avaient ce pouvoir effrayant que l'allusion tempérait.

- Rem' j'étais sincère quand j'ai dit tout à l'heure que j'avais oublié ce qui s'est passé. Je sais que tu ne veux pas en parler mais il le faut. Tu ne peux pas garder des choses aussi douloureuses pour toi tout seul.

Il vit clairement que Remus s'était renfermé mais il ne lui laissa pas la chance de fuir.

- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? Ca fait quatre ans maintenant et il y a tous ces non-dits entre nous. Et ta souffrance.

Remus lui jeta un regard d'animal blessé mais ne dit rien.

- Rem', je n'ai pas réussi à t'en vouloir une seule seconde. Mais que faut-il pour que tu puisses te pardonner toi-même ?

- Je ne peux pas.- lâcha Remus dans un souffle.

- Peut-être, mais tu dois. Ça va te bouffer. Si je dois utiliser le sort de rencontre comme argument, je n'hésiterais pas.- déclara durement le brun.

- Quoi ?- fit Remus sans comprendre.

- Je te suis destiné comme tu m'es destiné. Je ne te laisserais pas dépérir à cause de moi ni à cause de personne. Je te protègerai, même si c'est contre toi-même.

Encore une fois, le loup garou luttait pour retenir ses larmes. Il n'avait jamais entendu une telle détermination dans la voix de Sirius. Pourquoi ce sort était-il à double tranchant ?!

- Tu ne dois pas te sentir obligé. Il existe sans doute un moyen d'échapper à ce sort.- déclara Remus d'une voix lointaine, sans regarder l'autre homme à côté de lui.

Un soupir de colère échappa à Sirius et il fit son possible pour maîtriser sa voix :

- Tu ne peux pas dire les choses clairement une bonne fois pour toutes ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Cette chose qui nous a éloignés peu à peu et que tu ne voulais pas dire !

Remus ferma les yeux de dépit : il avait toujours espéré que Sirius ne se rendrait compte de rien, qu'il ne remarquerait pas cette distance nouvelle qu'il s'imposait pour être capable de résister, pour ne pas succomber à ses sentiments.

- Je ne veux pas que tu sois emprisonné avec moi contre ta volonté.- articula t-il à voix basse.

- Je ne me sens pas emprisonné.

- Ça viendra.

- Arrête !- s'énerva soudainement Sirius.

Remus sursauta et le regarda sans comprendre :

- Qu'est-ce qui te permets de dire ce que moi je pense ! Arrête de faire ça ! Tout ce que je te dis te passe en travers ! Tu ne m'écoutes pas, tu restes fixé sur cette idée que le sort de rencontre m'enchaîne à toi contre mon gré !

Remus le regarda sans rien dire. Il semblait imperméable à tout ce que Sirius pourrait dire. Il était impensable qu'il ne se sente pas obligé de dire de telles choses.

- Bordel Remus, est-ce si difficile de croire que j'ai envie d'être avec toi, sort de rencontre ou pas ?!- s'exclama t-il en se mettant à genoux sur le canapé et en attrapant les mains froides de Remus dans les siennes.- Que j'ai toujours voulu être avec toi… ?- ajouta t-il plus faiblement mais sans détacher son regard du sien.

Remus tremblait. Il le regarda et déglutit péniblement :

- Quoi ?- croassa t-il.

- J'ai toujours eu envie de tout faire pour te protéger, pour que tu ne souffres pas trop de ta lycanthropie, pour que personne ne vienne te faire du mal. Je sais que j'ai échoué mais ce sentiment est toujours là…- avoua Sirius à voix basse.- Tu ne vas pas bien et je ne sais plus quoi faire pour que cela change. Parle-moi Remus…

Le loup garou ferma les yeux et se força à respirer normalement. La chaleur du brun irradiait entre ses mains et se diffusait dans son propre corps.

- Ce n'est pas de ta faute Sirius… Tu n'as pas à faire tout cela.

- Mais j'en ai envie. Je ne veux plus que tu souffres, je veux être avec toi Remus, maintenant, demain et tous les jours qui suivront.

- Je…Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?- balbutia Remus.- Tu ne peux pas ressentir ça…

- Et pourquoi ça ?- répliqua Sirius en maîtrisant son énervement.

- Je…Tu pourrais avoir tellement mieux, tu ne mérites pas ce que je suis, ce que je suis devenu. Regarde moi Sirius, que pourrais-je t'offrir ?- demanda t-il d'une voix faible et triste.

Sirius le regarda, toujours agenouillé près de lui. Le regard de Remus était tellement douloureux… Sans réfléchir, il se redressa et se pencha, déposant doucement ses lèvres sur celles du lycanthrope.

- Tes lèvres d'abord.- murmura t-il après s'être éloigné, contempla le visage bouleversé de Remus.- Et puis, ton cœur, si tu le veux bien…

Il plongea dans les yeux d'ambre, cette couleur si fascinante, si incroyable qu'il n'avait jamais vue chez personne d'autre, trait à moitié révélé de l'état de Remus. Le soir de la pleine lune, ils étaient d'un jaune doré saisissant et hypnotique, qui attirait autant Patmol que Sirius.

Mais ce soir-là, les beaux yeux de Remus étaient remplis de larmes et celui-ci luttait manifestement pour les retenir. Ses lèvres tremblaient et Sirius eut à nouveau envie de les capturer entre les siennes.

- Je…c'est vrai ?- demanda alors Remis dans un murmure.

Le brun hocha la tête :

- Aussi vrai que je m'appelle Sirius Black. Je peux ?- demanda t-il en fixant avec envie les lèvres qui s'étiraient à présent dans un timide sourire.

Sans détacher son regard du sien, Remus acquiesça lentement, en ayant du mal à croire que cela était bien en train de lui arriver, que Sirius Black lui demandait réellement la permission de l'embrasser.

Sirius s'approcha lentement et l'embrassa avec une infinie douceur et une tendresse qu'il n'aurait jamais espérées. Remus laissa échapper un soupir de bonheur en se disant que le brun n'agissait jamais comme prévu et que le présent dépassait en intensité tout ce à quoi il avait déjà pu rêver.

Il sentit les mains du beau Sirius Black venir caresser son visage et sa barbe naissante. En tremblant, le lycanthrope osa alors bouger er répondre au baiser de son maintenant plus si meilleur ami que ça, timidement d'abord. Mais quand il entendit un soupir heureux répondre au sien, il ouvrit les yeux et croisa le regard brûlant de l'animagus.

- Je suis encore en train de dormir, c'est ça ?- demanda Remus avec un sourire niais.

- Oh oui, et comme je suis super balèze, je me suis insidieusement introduit dans ton rêve pour te faire subir les pires tortures.

- Ce genre de torture ?

- Oui et beaucoup d'autres bien plus terribles… Mais je peux arrêter si tu veux.

- Non, non, surtout pas !- s'exclama précipitamment le loup garou avant de faire la moue.- Tu vois les choses poufsouffles que tu me fais dire ?!

Sirius changea de position sur le canapé, de manière à surplomber légèrement le lycanthrope :

- Oh oui mon Moony, dis-moi encore plein de choses poufsouffles…- souffla t-il dans son oreille avec une voix gentiment moqueuse.

Les bras de Remus enserrèrent sa taille, faisant légèrement frissonner le brun de plaisir.

- Méchant.- murmura Remus en boudant.

- Oh oui, je peux être très méchant…- poursuivit Sirius en traçant la mâchoire du châtain du bout du nez.- Très, très méchant…- ajouta t-il dans un murmure, alors qu'il s'approchait dangereusement de l'oreille de Remus.

Celui-ci ne put que frémir lorsque le vilain animagus entreprit de sucer de manière follement sensuelle et délectable le lobe si doux et délicieux, lui infligeant d'électrisantes petites morsures qui envoyèrent des frissons de plaisir dans tout le corps de la pauvre victime.

- Siri…- murmura ladite victime d'une voix rauque.

- Hum ?

- C'est pour de vrai, hein ? Ce n'est pas à cause de ce sort ?

L'animagus s'éloigna pour pouvoir dévisager le loup garou :

- Le sort de rencontre n'a pas le pouvoir de susciter des sentiments. Ils étaient déjà là.- déclara t-il sérieusement.

Remus lui offrit un petit sourire.

- Depuis bien longtemps ils sont là, Remus.- ajouta Sirius avec un regard intense.

Le loup garou resta un instant interdit mais ne put que sourire de bonheur :

- Il va falloir que je remercie Albus alors.- dit-il en attirant à lui le corps tant attendu.

Voilà la fin de ce looooong chapitre !! Le plus long depuis le début, pour vous récompenser de cette longue attente ! J'espère que ça vous a plu !

Merci encore de me lire,

A bientôt,

Angedescieux