Chapitre VIII : Eté 1992

Ce début de vacances avait été terriblement ennuyeux pour le jeune garçon. Il avait retrouvé sa bibliothèque adorée mais depuis le temps, Théodore avait fini par avoir lu trois ou quatre fois chaque livre, même ceux concernant la magie noire. Il s'était donc mit à errer dans le manoir comme une âme en peine, flânant dans chaque pièce comme s'il ne connaissait pas par cœur les moindres recoins. Alors qu'il pénétrait dans la chambre de sa mère, son cœur se serra et il dû prendre sur lui pour ne pas ressasser ses mauvais souvenirs et ne pas éclater en sanglot.

La douleur concernant la perte de sa mère était toujours bien présente et le jeune Nott n'en parlait jamais avec son père, pas plus qu'il n'en parlait à l'école par peur de s'effondrer devant tout le monde.

Descendant au salon, il trouva son père occupé à lire le journal dans son fauteuil favori. Théodore tenta d'attirer son attention, en ouvrant et en fouillant bruyamment dans les tiroirs du buffet.

-Cesse ce vacarme ! le réprimanda son père, sèchement.

-Je m'ennuie…répondit le jeune garçon de son habituelle voix posée.

-Et bien va faire un tour dehors, j'en ai assez de te voir déambuler dans cette maison, toute la journée…

Théodore poussa un soupir mais obéit. La famille Nott avait de nombreuses terres aux alentours mais elle n'avait aucun intérêt pour le jeune garçon. S'asseyant dans l'herbe, il se mit à rêvasser un long moment en regardant le ciel. Commençant à avoir un peu froid, il se leva et sorti de la propriété en empruntant un petit sentier caché par des arbustes. Marchant une dizaine de minutes, le jeune garçon arriva enfin à l'endroit où était enterré sa mère.

Cela faisait un moment qu'il n'y avait pas été à cause de sa scolarité à Poudlard. Juste après le décès de sa mère, Théodore avait pris l'habitude de s'y rendre tous les jours, se sauvant parfois en pleins milieu du repas, pour y verser de nombreuses larmes. L'endroit, même s'il pouvait paraitre un peu sinistre surtout la nuit, l'apaisait et le rassurait.

Alors que la nuit commençait à tomber, Théodore décida de rentrer au manoir. Il y trouva son père en train de préparer le dîner.

-Va mettre la table…lui ordonna celui-ci, tout en remuant un ragoût de pomme de terre.

Toujours aussi docile, le jeune Nott obéit sans broncher.

-Où est Tinky ? Questionna-t-il soudain, en remarquant l'absence de leur vieil elfe de maison.

-Il est mort…répondit son père, d'un ton monocorde.

Le jeune garçon poussa un petit soupir. Même si son père lui avait mainte fois répété que les elfes de maison, n'étaient que des esclaves nés pour servir, Théodore connaissait le vieil elfe depuis tout petit et avait fini par s'y attacher.

Le repas se fit en silence comme d'habitude et après avoir débarrassé la table, Théodore monta dans sa chambre où il tourna en rond un moment avait de décrété qu'il était fatigué et de se mettre au lit.

Le lendemain ses occupations ne changèrent guère hormis le fait qu'il s'était mis dans la tête de rendre l'extérieur du manoir un peu plus présentable et avait entrepris de débarrasser la façade extérieure de toutes les mauvaises plantes qui s'y agrippaient. Cependant, le jeune Nott avait omis un détail. Les plantes étaient vivantes et ne se laissaient pas déloger aussi facilement. Tandis qu'il avait le dos tourné, une des plantes le prit par surprise et avec ses longues tiges remplies de petites dents, le mordit à la nuque.

Théodore hurla de surprise et de douleur, tandis que son père accourait et neutralisa la plante d'un coup de baguette.

-Rentre à l'intérieur…

Encore sous le choc, le jeune garçon obéit tout en se faisant vertement réprimander :

-Tu es vraiment inconscient ! Tu ne sais donc pas qu'elles sont vénéneuses ?

-Non…murmura-t-il au bord des larmes.

- A quoi ça te sert de lire tout ce qu'il te passe sous la main, si tu n'es pas capable de mettre tes connaissances à profit ?

Le jeune Nott ne répondit pas, les yeux fixés au sol. Alors qu'il n'osait pas bouger, planté au milieu du salon, son père farfouillait dans une des étagères de la cuisine. Il en ressorti une petite fiole contenant un liquide ambré.

-Assieds-toi…

Théodore s'assit tandis que son père lui donnait la fiole en lui disant :

-Bois ça, c'est un antidote…Et retire ta chemise, j'aimerai voir si elle t'a beaucoup mordu…

Le jeune Nott grimaça en buvant la potion qui avait un goût infect. Après l'avoir ausculté quelques minutes, Richard Nott déclara :

-Un onguent n'est peut-être pas nécessaire mais je ne veux pas prendre de risque, même si ça t'apprendra à être un peu plus vigilant…

Théodore le vit se lever une seconde fois pour aller chercher un petit pot qui avait une forte odeur. Tandis qu'il appliquait l'onguent sur sa nuque endolorie, le jeune garçon ne put réprimer un gémissement.

-Cesse de faire le délicat…

Le jeune Nott serra les dents et se tint tranquille. Il n'avait jamais été spécialement douillet mais il devait admettre que son paternel n'était pas particulièrement doux et que certains soins étaient plus agréables que d'autre.

-Tu devrais aller te mettre au lit, mon garçon…l'antidote risque de te donner quelques vertiges et maux de tête.

Une fois au lit, Théodore somnolait pendant un bon moment, quand les maux de tête commencèrent à apparaitre. A l'heure du dîner, il fut incapable de descendre. De toute façon, l'antidote lui avait coupé l'appétit. En pleins milieu de la nuit, des douleurs à la nuque le réveillèrent brutalement. Le jeune garçon grimaça de douleur en se tournant et en se retournant dans son lit.

Sa nuque contractée, le réveilla au petit matin. Il resta un moment au lit mais incapable de se rendormir, il fut contraint de se lever. En passant devant le grand miroir qui se trouvait dans le couloir, Théodore poussa un petit soupir en observant son reflet. Il était très pâle, plus que d'habitude et de grands cernes s'étalaient sous ses yeux un peu vitreux.

Descendant les escaliers, il se rendit dans la cuisine, et prépara son petit déjeuner en ronchonnant, profitant d'être seul. Son père ne supportait pas de l'entendre se plaindre, ce que Théodore ne faisait que très rarement.

Alors qu'il était attablé, seul, et mâchonnait ses toasts, son père descendit à son tour et le questionna :

-Qu'est-ce que tu fais déjà debout ? Il est à peine 7h30…

-Je n'arrivais plus à dormir, ma nuque me fait mal…expliqua-t-il d'une petite voix.

Il sursauta lorsque son père appuya un peu fort sur sa nuque pour voir si l'antidote et l'onguent avait fait effet.

-Elle est simplement un peu contracté c'est tout…Il n'y a rien d'alarmant. Tu resteras tranquille quelques jours…

Le jeune garçon passa donc le reste de ses vacances à lire ou rêvasser, allongé sur le dos, fixant le plafond. Fin aout, il reçut la liste de ses fournitures scolaires de deuxième année. Théodore se faisait toujours une joie de se rendre sur le Chemin de Traverse, son père un peu moins.

Après être passé chez l'apothicaire, le père et le fils Nott avaient prévus de se rendre chez Fleury et Bott mais une longue file d'attente avait découragé Richard qui avait dit à son fils :

-Vas-y tout seul, j'ai quelques courses à faire Allée des Embrumes, je reviendrais te chercher…

Surpris et curieux, Théodore se glissa dans la file et attendit un long moment avant de pouvoir pénétrer dans le magasin. Jetant un coup d'œil à sa liste, il constata qu'il devait se procurer tous les livres de Gilderoy Lockhart. Regardant un peu autour de lui, le jeune garçon comprit rapidement la raison du remue-ménage qui se faisait dans la librairie. Le célèbre auteur était présent et se trouvait assis à une table pour dédicacer ses ouvrages. La foule qui se trouvait à l'intérieur commença à oppresser le jeune Nott, qui se faufila jusqu'au comptoir pour régler ses achats et sortir le plus vite possible.

Soulagé, Théodore se retrouva enfin dehors. Il attendit un moment son père devant la librairie, quand enfin il l'aperçut, portant une vieille malle ainsi qu'une bourse qui semblait remplie.

-Tu as tout ce qu'il te faut, mon garçon ?

Le jeune homme hocha la tête et tous deux rentrèrent au manoir en transplanant.