Chapitre XVII : Eté 1994

Assis près de la fenêtre, dans la chambre de sa mère, Théodore observait le ciel qui ce jour là était d'un bleu limpide. Le jeune garçon qui venait de fêter ses 14 ans récemment, avait toujours été de nature rêveuse, au plus grand dam de son père. Celui-ci lui avait fait mainte réflexion à ce propos mais le jeune Nott n'avait jamais rien fait pour y remédier. Il préférait milles fois se perdre dans ses pensées plutôt que d'écouter les discours élitistes que son père semblait prôner, lors des grandes réceptions auxquels ils se rendaient en famille, lorsque sa mère était encore vivante.

La seule chose que Théodore ne regrettait pas depuis la mort de sa mère, c'était ces ennuyeuses soirées. Son père avait tout simplement cessé de s'y rendre, même si depuis quelques temps, il désertait le manoir. Intrigué, le jeune garçon l'avait questionné à ce propos mais n'avait jamais obtenu aucune réponse.

Sortant de sa rêverie, l'héritier Nott se leva de sa chaise et quitta la chambre de sa mère. Il avait gardé l'habitude d'errer, telle une âme en peine dans le manoir quand il s'ennuyait. Comme à son habitude, il s'était jeté sur ses devoirs de vacances dès la première semaine et n'avait plus d'autres occupations. Alors qu'il s'apprêtait à se rendre dans le jardin, son père se mit à crier :

-Théodore, il y a du courrier pour toi !

Curieux et impatient, le jeune garçon descendit précipitamment les nombreux escaliers et fit irruption dans le salon. Il reconnut immédiatement la chouette que Mrs Zabini utilisait pour écrire à son fils.

-Qui est-ce ? Questionna son père, suspicieux en le voyant ouvrir sa lettre le sourire aux lèvres.

-Un ami…répondit vaguement Théodore en se rendant au salon.

S'installant dans un des nombreux fauteuils il déplia la lettre et lut :

Cher Teddy,

(Excuse-moi pour ce surnom mais admet que ton prénom est long à écrire…)

J'espère que tu passes de passionnantes vacances dans ton manoir perdu au fin fond de la campagne. Si ce n'est pas le cas, je peux peut-être y remédier. Ma mère, grâce à son nouveau mari (qui sera probablement mort avant la fin de l'année, ne nous le cachons pas…) a réussi à obtenir plusieurs places pour la Coupe de Monde de Quidditch. Je sais que tu n'aimes pas tellement le Quidditch mais je me disais que c'était peut-être une bonne occasion pour nous revoir avant la rentré pourrais même passer quelques jours chez moi, si ton père est d'accord. J'attend ta réponse avec impatience !

Amitiés,

B.Z

Théodore fut à la fois surpris et ému par la lettre de son ami. Pour la première fois de sa vie, lui qui était très casanier et assez renfermé sur lui-même, éprouvait le désir de quitter le manoir familial pour passer quelques jours en compagnie de Blaise. Cependant, comme celui-ci l'avait soulevé, il restait un obstacle majeur avant qu'il ne puisse réellement faire sa valise pour rejoindre son ami, il lui fallait à tout prix l'accord de son père.

Inspirant profondément, le jeune Nott prit son courage à deux mains et se dirigea vers la cuisine où son père lisait le journal :

-Est-ce que je peux te demander quelque chose ?

-Je t'écoute…

-La mère de mon ami a obtenue des places pour la Coupe du Monde de Quidditch et ils m'ont invités à venir passer quelques jours chez eux…

-Qui est-ce ton ami ? Questionna son père, en levant les yeux de la Gazette du Sorcier.

-Blaise Zabini, il est dans la même année que moi à Serpentard…

-Sa mère est assez connue pour ses frasques sentimentales, c'est ça ?

-Oui…murmura Théodore en sentant le vent tourner.

-Je suis navré, Théodore, mais tu n'iras pas…

-Mais pourquoi ? Ils sont de Sang-Pur et…

-Nous n'en savons rien ! Je ne veux pas que tu ailles chez de parfaits inconnus !

Le jeune garçon savait pertinemment qu'il était inutile de discuter avec son père, que sa décision était prise et qu'il ne reviendrait pas dessus, mais l'héritier Nott pouvait se montrer très entêté quand il désirait ardemment quelque chose.

-On les a certainement déjà croisé à ces stupides soirées mondaines auxquelles tu me forçais à aller ! Puis qu'est-ce que ça peut te faire que j'aille chez eux ? Tu dis toujours que je traîne dans tes jambes ! rétorqua-t-il d'un ton sec, se laissant emporter par la colère et la frustration.

-Il est inutile de discuter mon garçon, je ne reviendrais pas sur ma décision, j'ai des choses plus importantes à régler…File, maintenant ! répliqua son père sur le même ton en se massant le bras gauche, ce qu'il faisait depuis le début de l'été.

Cependant, trop en colère pour y prêter attention, Théodore sorti précipitemment de la cuisine et monta bruyamment les escaliers pour se rendre dans sa chambre. Le jeune garçon bouda un long moment dans sa chambre, ce qu'il n'avait pas l'habitude de faire, trop bien élevé pour s'offusquer à la moindre contrariété. Quand sa colère se fut un peu calmée, il s'installa à son bureau pour répondre à son ami :

Cher Blaise,

(Je ne t'ai pas encore trouvé de surnom ridicule et je dois bien avouer que ton prénom est plus court à écrire que le mien…).

Plaisanterie à part, je regrette de t'annonçer que mon père m'a contraint à décliner ta proposition. Ne cherche pas à comprendre, moi-même après quatorze ans passé en sa compagnie, je ne le comprend pas. J'espère que tu t'amuseras quand même. Je retourne à mes mornes occupations en attendant impatiemment de re tevoir à la rentrée.

Avec toute mon amitié (estime toi chanceux, rares sont les gens qui peuvent se vanter de la posséder)

T.N

Après avoir soigneusement plié sa lettre, le jeune Nott se rendit à la cave où Héraclès avait élu domicile. Sortant dans le jardin, son hibou sur l'épaule, Théodore le regarda s'envoler, puis rentra à l'intérieur bien décidé à continuer à broyer du noir dans sa chambre. Néanmoins, à mi-chemin il croisa son paternel qui lui demanda avec suspicion :

-Où était-tu ?

-A la cave…J'ai au moins la politesse de répondre à mon ami pour l'informer que mon aimable père a refusé que je vienne chez lui…

En prononçant ces mots, Théodore sut immédiatement qu'il venait de dépasser les limites.

-Arrête ça tout de suite, Théodore ! Je ne pense pas t'avoir éduqué aussi misérablement ! Tu te comportes comme un gamin capricieux ! Je mets ça sur le compte de la colère, mais ça sera mon dernier avertissement, je te préviens…

Le jeune garçon n'eu pas l'audace de répondre et monta s'enfermer dans sa chambre. Lorsque l'heure du dîner arriva, le jeune Nott fut tenté de sauter celui-ci mais son estomac grondait et il savait pertinemment que s'il ne mangeait pas, il risquait de se sentir mal. Théodore avait toujours eu une morphologie très fine et avait quelques difficulté à prendre du poids, même s'il n'avait aucun problème avec la nourriture. Dans son cas, sauter les repas n'étaient pas conseillé…

Descendant les escaliers avec nonchalance, il se rendit à la cuisine et s'installa en bout de table à sa place habituelle. Son père, qui n'avait jamais voulu reprendre d'elfe de maison, sans qu'il ne sache pourquoi, cuisinait tous les jours. Lorsqu'il posa une marmite de ragout de pomme de terre, Théodore ne pû s'empêcher de lui faire une remarque désobligeante :

-Il n'y a pas autres choses ? J'en ai assez de toujours manger la même chose…

Son géniteur lui lança un regard noir et répliqua sèchement :

-Si cela ne te plait pas, tu t'occuperas toi-même des repas dorénavant…

Pendant toute la durée du repas, l'adolescent fit profil bas. La remarque qui lui avait échappé avait pour unique but de faire comprendre à son père qu'il lui en voulait toujours. Il se fichait bien de manger du ragout de pomme de terre tous les soirs et s'estimait heureux que son père ne se débrouille pas trop mal en cuisine. Le jeune garçon aurait été incapable de faire cuir un œuf correctement…

Le lendemain, la journée fut tout aussi morose, comme l'était l'humeur de Théodore. Comme à son habitude, il avait errer un moment dans le manoir, puis avait fini par s'installer dans le salon avec son livre préféré. A l'autre bout de la pièce, son père écrivait une lettre. Alors que la cohabitation entre les deux derniers membres de la famille Nott, réunit dans une même pièce, se déroulait relativement bien, comparé à la veille, un grand coup se fit entendre dans la porte d'entrée du manoir. Théodore releva le nez de son livre en sursautant et lança un regard inquiet à son père. Jamais personne ne venait leur rendre visite.

-Brigade des Aurors, nous avons l'ordre du Ministère d'effectuer une perquisition ici, veuillez ouvrir…S'exclama soudain une voix de l'autre côté de la porte.

-Qu'est-ce qu'ils font ici ? Qu'est-ce qu'ils cherchent ? demanda l'adolescent, inquiet.

-Ne pose pas de question et file dans ta chambre ! Lui ordonna sèchement son père, sa baguette à la main en se levant de son fauteuil et en s'approchant de la porte avec précaution.

Théodore obéit et monta rapidement les escaliers, oubliant son livre dans la précipitation. Cependant, il ne s'enferma pas dans sa chambre comme le lui avait demandé son père, mais se dissimula derrière une armoire. L'adolescent en avait assez que son père ne réponde jamais à ses questions et avait décidé d'écouter ce que diraient les Aurors, si jamais ils venaient fouiller l'étage supérieur du manoir. Le jeune Nott savait depuis bien longtemps que son père avait été au service d'un puissant Mage noir et que le manoir regorgeait d'objets de magie noir en tout genre.

Il attendit un long moment, avant d'entendre enfin des bruits de pas dans l'escalier. Toujours dissimulé derrière l'armoire, il observa deux Aurors fouiller la chambre de son père. Le troisième était resté dans le couloir, probablement pour donner l'alerte en cas de danger. Cela faisait un moment que le jeune garçon était accroupis et il commençait à avoir des crampes douloureuses. Il tenta de changer de position discrètement, mais accidentellement, il fit tomber un cadre qui était accroché juste derrière lui.

-Qui est là ? demanda l'Auror en pointant sa baguette magique sur l'armoire.

Théodore retint un moment sa respiration en réfléchissant à toute vitesse. Il valait mieux qu'il dévoile sa cachette maintenant, il n'aurait à faire face qu'à un seul Auror. La perspective de se retrouver devant trois personnes entraînés à faire face à toute sorte de danger ne le séduisait guère, sans compter qu'il ne pouvait même pas se défendre en cas d'attaque, n'ayant pas le droit d'utiliser la magie en dehors de l'école. Se redressant doucement, il sortit de sa cachette, en colère contre lui-même.

-On écoute aux portes, mon garçon ? Je ne suis pas certain que ton père serait ravi de l'apprendre…

Le regard fuyant, le jeune Nott ne répondit rien et se précipita dans sa chambre. Il fit les cents pas en attendant que les Aurors aient terminés de fouiller le manoir. La nuit commençait à tomber et le manoir était extrêmement silencieux, plus que d'habitude. Alors qu'il commençait à s'interroger et à paniquer par la même occasion, la voix de son père retentit, le faisant sursauter brusquement :

-Descend tout de suite, j'ai deux mots à te dire !

Théodore descendit avec appréhension et se rendit près de son père, qui était assis dans son habituel fauteuil, comme si rien ne s'était passé.

-L'un des Aurors m'a dit qu'il t'avait surpris en train d'écouter aux portes. Est-ce que c'est vrai ?

Baissant honteusement les yeux au sol, le jeune garçon fut surpris de sa propre audace lorsqu'il répondit dans un murmure :

-Non…

-D'abord insolent et maintenant menteur ! Tu fais un bien beau tableau…

Théodore avait toujours été un mauvais menteur et il ne savait même pas pourquoi il avait tenté cette fois-ci. Dire la vérité lui aurait peut-être éviter de passer un mauvais quart d'heure…

Se tortillant nerveusement, il attendit la sentence que son père allait prononçer. Jamais il n'avait été corrigé par des coups ou à l'aide de la magie, mais il devait bien admettre qu'en deux jours il s'était montré particulièrement irrespectueux, plus qu'il ne l'avait jamais été auparavant…

Un sort fusa sur le canapé où il était assis avant que les Aurors n'arrivent, réduisant en cendre son livre qui s'y trouvait toujours.

-En espérant que cela te serve de leçon pour la prochaine fois…Lui dit simplement son père d'un ton glacial.

Le regard du jeune garçon resta un moment figé sur le tas de cendre. Brusquement, il sentit les larmes emplirent ses yeux clairs et tourna précipitamment les talons, pour remonter dans sa chambre. Se recroquevillant sur lui-même, le nez enfoui dans son oreiller, il laissa silencieusement couler ses larmes. Pour d'autres, cette réaction aurait paru légèrement exagéré mais pas pour le jeune Nott. Depuis la mort de sa mère, Théodore se montrait très matérialiste, s'attachant ainsi plus aux objets qu'aux personnes et plus particulièrement à ses livres qu'il chérissait plus que tout.

La fin des vacances fut tout aussi morose et le seul jour où le jeune garçon était parvenu à se débarrasser de son air mélancolique, était celui où il s'était rendu sur le Chemin de Traverse, chercher ses fournitures scolaires. Pour faire enrager son père, il était resté des heures chez Fleury and Bott et avait acheté de nombreux livres en plus.

-Tu as tout ce qu'il te faut ? lui demanda son géniteur, de son habituel ton sec.

Théodore jeta un dernier coup d'œil à sa liste et constata avec étonnement qu'on leur demandait d'apporter une tenue de soirée, alors que ça n'avait pas été le cas pour les années précédentes…

-Oui, mais il me faut aussi une tenue de soirée…

-Une tenue de soirée ? Depuis quand Poudlard demande une tenue de soirée dans ses fournitures scolaires ? Inutile d'en acheter une, nous en avons pleins les armoires, tu devrais pouvoir dénicher quelque chose à ton goût et à ta taille…

Sur ces mots, il tendit le bras à son fils et transplana dans le jardin du manoir.