Résumé: "— Vous allez pas continuer votre cinéma comme ça ?!
— Chut! Tu vas nous faire repérer !
— C'est moi qui vais nous faire repérer ? T'as raison, le style idole en mode incognito c'est super discret !
Kenma, installé à ses côtés, casquette et capuche sur la tête, le visage dissimulé derrière une paire de lunette noire et un masque, haussa si fort les sourcils que Kuroo put le déceler même derrière tout son attirail
— Tu comptes boire comment avec ton masque là ?
Le blond sorti une paille métallique de son sac, la planta dans sa boisson et passa l'autre bout sous son masque.
— Super discret... échappa le brun, blasé, roulant des yeux."
Chapitre 55: Breaking point
Tetsurō soupira. Il tenta de contenir tout ce qu'il avait à dire, se contentant de faire tourner sa touillette dans son latte. Il leva les yeux, prêt à tenter d'initier une conversation, mais ce dont il fut témoin ne put rester sous silence :
— Vous allez pas continuer votre cinéma comme ça ?!
— Chut! Tu vas nous faire repérer !
— C'est moi qui vais nous faire repérer ? T'as raison, le style idole en mode incognito c'est super discret !
Kenma, installé à ses côtés, casquette et capuche sur la tête, le visage dissimulé derrière une paire de lunette noire et un masque, haussa si fort les sourcils que Kuroo put le déceler même derrière tout son attirail.
— Tu comptes boire comment avec ton masque là ?
Le blond sorti une paille métallique de son sac, la planta dans sa boisson et passa l'autre bout sous son masque.
— Super discret... échappa le brun, blasé, roulant des yeux.
Le "face reveal" officiel de Kenma avait eu l'effet escompter : il avait balayé, voir atomisé, les discussions sur la révélation de son secondaire. En toute franchise, les premières réactions avaient été plutôt positives. Souvent dans ce genre de situation, le contrecoup était assez violent, la plupart des gens assez déçus de découvrir que dernière leur idole se trouvait en réalité un ado geek tout à fait banale. Ça n'avait pas été le cas ici. Il avait établi depuis un moment que la communauté la plus assidue de Kenma était bienveillante et toujours prête à lui apporter son soutien. Elle avait prouvé sa valeur une fois encore, accueillant la révélation avec enthousiasme. Du reste, les rares piques acides venant de l'extérieur avaient d'une part été assez rares, ou noyés sous les commentaires positifs. Un grand nombre de ses fans avaient déjà une idée d'à quoi il pouvait ressembler après le tournois d'OFL, la plupart n'étaient donc pas tombés de haut. Et puis soyons clair, malgré l'attention qu'il s'était attiré ces derniers mois, il n'était pas non plus une star internationale connue de tous, la population générale n'en avait donc absolument rien à faire de savoir quelle tête il pouvait bien avoir. C'est bien ce qu'il avait essayé de lui faire comprendre lorsqu'il avait suggéré la sortie.
Kenma avait déjà du mal avec les espaces publics avant tout cela, la situation actuelle n'avait donc pas amélioré les choses. Mais Kuroo n'avaient pas décidé de commencer à vivre à l'abri de tout regard : au diable tout cela, s'il ne pouvait plus aller prendre un café avec ses partenaires, où allait le monde ?! Son monde plus précisément.
— Mais arrête !
— Quoi ? Ça marche !
— Excellente idée, intervint Keiji à mi-voix, commençant à utiliser la stratégie de Kenma pour boire.
Keiji avait lui aussi de jouer les super stars incognito. Quoique dans son cas, le tout ressemblait plutôt à un espion très maladroit parti en mission de repérage.
— Kenma je peux comprendre, mais Keiji, c'est quoi le délire là ?
— Je ne souhaite pas être identifié non plus!
— Identi... pff, mais personne ne va nous identifier, on s'est assis dans ce rabicoin pour ça ! Et puis au pire quoi ? Les gens nous connaissent avec Kōtarō et on se fait pas harceler par les paparazzi non plus. Kōtarō tu fais quoi là ? T'y mets pas non plus!
Le désigné était plié en deux, la tête planquée sous la table.
— On passe pour une bande d'ahuris là !
— J'ai mal au ventre, couina ce dernier.
— Oh... mince, encore ? Tu veux un truc ? Je vais voir si j'ai un truc sur moi, attends.
— C'est justement parce que les gens peuvent vous identifier que j'essaye de garder l'anonymat, répliqua Keiji.
— Mais au pire c'est quoi le problème, les gens vont s'apercevoir que Kenma à des bombes dans son entourage, une de plus, c'est pas ça qui va les déstabiliser.
Le compliment, très peu dissimulé, réussit à faire sourire le brun, mais il se reprit rapidement.
— Le problème c'est que reconnaitre Kenma est une chose, connaitre sa... situation amoureuse en est une autre.
— On est assis pour prendre un café, on est pas en train de se rouler des palots ! Et puis au pire c'est quoi le problème ?
— J'ai pas non plus envie de révéler mon orientation ni mon statut.
A vrai dire, cela arrangeait également Kuroo que la chose ne soit pas connue du grand publique. Mais il ne comptait pas aller dans leur sens non plus, quitte à trouver des arguments abracadabrants.
— T'as raison, les gens t'ont vu et ils se sont dit "pour sûr, voilà un homme 100% hétérosexuel" !
— Ça veut dire quoi ça ? Peut-être que la plupart des gens n'ont pas les mêmes stéréotypes régressifs que toi ! répliqua Kenma.
— Quoi ? Rien à voir !
— Explique-toi alors ?
— Tu vas avoir du mal à argumenter là, intervint Kōtarō, la tête toujours sous la table.
— J'ai pas besoin d'argumenter ; babe t'es sûr que ça va ?
— Chut ! Pas en public ! Le réprimandèrent Keiji et Kenma d'une même voix.
— Non ça va pas ! Je me tue à vous le dire !
— On va passer à la pharmacie en rentrant...
— Kō, c'est toi qu'a décidé de prendre du lait, tu sais que tu le digères pas !
— Non c'est pas ça!
— Bah ça doit pas aider non plus, babe.
— Mais chut!
— Mais quoi ya personne là ! Et puis même, les gens savent déjà pour moi et Kōtarō.
— Justement, autant rester sous les radars...
— Pff... Et puis je vous jure que la plupart des gens ne se disent rien du tout quand ils voient quatre gars prendre un café ! Par contre quand deux d'entre eux ressemblent à une idole en cavale avec son garde du corps, ça attire l'attention !
— Bonne idée, je peux toujours me faire passer pour ton garde du corps, s'enthousiasma Keiji.
— Personne va croire ça ! Qu'est-ce que je ferais avec un garde du corps ?
— Ils risquent plus de croire ça qu'autre chose ! répliqua Kuroo.
— Mon secondaire est public, les gens doivent se douter que j'ai un alpha.
— Et c'est moi qui ai des stéréotypes régressifs ?
— C'est pas régressif si ya des lois qui régissent ça !
— Va dire ça à Nishinoya et Asahi!
— Woh, super ton argument, ça change rien !
— Wouah, bravo! Et puis même, les subs ça existe.
— Les gens le savent pas forcément !
— Stop, vous me faites mal à la tête, se lamenta Kōtarō.
Ils se turent.
— On est au japon, on est quand même connu pour être discret et... je sais pas, respecter l'espace d'autrui.
— De quoi tu parles ? Les gens vivent les uns sur les autres, et un des problèmes majeurs que l'on a c'est les vieux gars qui prennent des photos de sous-vêtements en scred.
— … Au moins ils sont discrets...
— T'es un tordu...
— J'essaye d'être positif !
— Je vois pas ce qu'il peut y avoir de positif là ?!
— Je dis pas que c'est bien, je remarque... l'exécution.
— L'exécution ? C'est justement ça qui m'inquiètes !
— Hey.
Ils se turent tous et tournèrent la tête, découvrant qui venait d'arriver à leur hauteur.
— Shimizu-san, Yachi !
Les deux jeunes femmes leur firent un salut de la main, qu'ils leur rendirent.
— Euh... comment vous allez ? demanda Kenma, quelque peu pris de cours. Il retira ses lunettes de soleil pour s'adresser à elles. Oh, vous voulez vous installer ?
Yachi déclina l'invitation poliment :
— Nous allions repartir quand on vous a vu, je voulais simplement passer vous saluer.
— Oh... d'accord.
Le silence retomba.
— Je voulais te recontacter bientôt, maintenant que le tournoi est passé et... avec les derniers changements, je voulais revoir avec toi si on pouvait refaire de nouveaux designs et... réfléchir sur d'autres projets.
— J'en serais ravie.
Un sourire tendre s'étendit sur les lèvres de la blonde. Ses mains restèrent un moment en l'air. Finalement, ses mouvements se délièrent pour former une nouvelle phrase.
— Merci pour le message.
Kuroo jeta un regard discret à Kenma, il ne voyait pas de quel message elle voulait parler. Il vit Kōtarō et Keiji en faire de même ; eux aussi ne devaient pas être plus renseignés que lui.
Kenma et Yachi maintinrent le contact visuel. Le blond hocha la tête. Après quelques instants de flottement, les mains de Kenma s'animèrent.
— Tu m'as donné du courage.
Les lèvres de Yachi s'étirèrent davantage.
— Toi aussi. Tu me donnes du courage.
Ses paroles semblèrent profondément toucher Kenma. Il hocha la tête, ne sachant plus quoi dire.
Yachi fut la première à briser le contact visuel, tournant les yeux vers la brune à ses côtés. Elle passa son bras autour du sien, les deux se souriant tendrement.
— Nous devons vous laisser, notre séance commence bientôt, annonça Shimizu, avant de se pencher pour les saluer.
Les quatre autres lui rendirent son salut.
— On se revoit bientôt.
— Oui, à bientôt...
Elles tournèrent les talons et s'éloignèrent. Une fois qu'elles eurent complètement disparu de leur champ de vision, Kuroo tourna les yeux vers le blond.
— Quel message ?
Kenma ne lui répondit pas de suite, faisant mine de ranger ce qui se trouvait devant lui pour garder contenance. Kōtarō et Keiji le regardèrent faire, eux aussi curieux de connaitre la réponse.
— Je... je lui ai juste envoyé un message après que la vidéo soit sortie.
— La vidéo ?
— Celle de Yamaguchi.
— Oh...
Le blond soupira. Il rangea ses lunettes de soleil dans son sac, et retira son masque. Il sortit sa paille de sa boisson et porta le mug à ses lèvres.
— Qu'est-ce que tu fais ? le pressa Keiji.
Kenma ne répondit pas, le regard tourné au loin. Il reposa sa tasse et un sourire s'étira de nouveau sur ses lèvres.
— J'avais oublié pourquoi j'ai choisi de faire ça... aussi. Je me suis promis d'arrêter de me planquer... j'avais juste besoin de me rappeler pourquoi.
Ils lui sourirent, mais ne répondirent rien. Ils n'avaient pas besoin de plus d'explications. Keiji baissa à son tour son masque et remonta ses lunettes de soleil dans ses cheveux.
La douceur de ce moment les enlaça.
Kuroo tourna finalement les yeux vers Kōtarō, droit comme un piqué sur son fauteuil, le visage vidé, blanc comme neige.
— Euh... Kō, ça va?
Ce dernier respira profondément.
— Je... wouah... j'aurais pas dû boire autant de café... je... je reviens, dit-il prestement avant de se lever d'un bon, se ruant vers les toilettes.
Les trois autres le regardèrent partir, inquiets.
— Faut vraiment qu'il arrête de bouffer des trucs qu'il peut pas digérer.
-/-
Tetsurō soupira.
Encore.
Il soupirait énormément ces derniers temps.
Malgré toutes les montagnes russes qu'avaient été son quotidien ces derniers jours, derniers mois même, son quotidien n'avait pas franchement changé, et soyons clair, il n'était pas bien grandiose non plus, enfermer dans son placard enterré sous Noribishi institut.
Tetsurō baissa les yeux sur l'énorme caisse qu'il avait ramenée près de son bureau en début de semaine. S'y entassait une pile de dossiers enfermer dans de vieux classeurs, ou de vieilles enveloppes dont le papier avait jauni avec le temps. L'écriture au feutre à l'avant de la caisse avait presque disparu, mais on pouvait vaguement discerner les mots "Divers 1994". Il soupira : plus que deux décennies et il serait... presque à jour. À ce rythme, il n'était pas près de mettre les pieds à la surface pour commencer le stage que Suzuki lui avait promis... Il ne se laissa pas abattre pour autant, mué d'une résilience qu'il ne se connaissait pas posséder, il plongea sa main dans la caisse, en ressortant un classeur jaune canari. En le soulevant, quelque chose s'échappa de l'intérieur pour venir s'échouer à ses pieds. Il fronça les sourcils, pas bien sûr de reconnaitre de quoi il s'agissait. Il s'en saisit, et passa l'objet sous la lumière de sa lampe de bureau : il s'agissait d'une vieille disquette Sony. Dessus était inscrit "rapport médicale, dossier 3456AJ8". Il haussa un sourcil : voilà qu'après avoir écumé des centaines de vieux cahiers de laboratoire et classeurs papier, il tombait enfin sur un peu de technologie. Voilà quelque chose qui allait peut-être lui faciliter la vie !
Il se pencha, détaillant sa tour d'ordinateur : il n'était pas de prime jeunesse, certes, mais pas assez pour qu'il y ait toujours un lecteur de disquette. Il soupira, détaillant une nouvelle fois la disquette. Il se leva, quittant son placard à balais pour rejoindre le bureau de Yutaka-san. L'homme releva lentement la tête en l'entendant toquer contre la porte ouverte. Il ne dit rien et se contenta de le regarder d'un air vide. Tetsurō se pencha pour le saluer poliment, et après quelques secondes de flottement, il introduit sa question :
— Je... j'avance dans l'encodage et je commence à tomber sur des disquettes.
Silence. Yukata-san baissa de nouveau les yeux sur son ordinateur et recommença à taper léthargiquement sur son clavier.
— Euh... je... Il y a un moyen de les lire ? Pour que je puisse encoder ce qu'il s'y trouve.
Yukata-san continua de taper. Finalement, il échappa en long soupire, et... continua de taper. Il ne put obtenir sa réponse qu'après de longues secondes d'attente.
— Toutes les données ont dû être enregistrées sur papier. Il faut les encoder en priorité.
Ok...
Il hocha la tête. Après encore quelques instants de flottement, il offrit un nouveau salut de la tête et regagna son bureau. Il tourna la disquette entre ses doigts une nouvelle fois, et la rangea dans la petite encoche à cet effet à l'avant du classeur jeune canari. Il s'encouragea mentalement et s'attela à parcourir les informations papier. Il haussa un sourcil en découvrant qu'il s'agissait d'un compte rendu assez bref concernant la phase I d'un essai clinique. Il tourna les pages rapidement, surpris de tomber sur de telle informations. Jusqu'alors, il n'avait eu à encoder que des informations concernant les comptes rendus journaliers des chercheurs travaillant sur les essais en laboratoire. Il n'était pas bien sûr que ce dossier soit supposé se retrouver entre ses mains...
Il haussa les épaules : il n'était pas assez payé pour pouvoir se poser plus de questions. Il n'était d'ailleurs pas payé du tout. Il décida donc de commencer à encoder ce qu'il avait sous la main.
Après quelques recherches, il retrouva l'accès pour l'encodage de telles données. Le formulaire sur la plateforme était différent de ceux qu'il avait rencontrés jusqu'alors, mais rien de bien compliqué pour que cela soit au-dessus de ses capacités. Il créa donc une nouvelle section et rentra les informations d'identification du dossier indiqué : "3456AJ8". Alors qu'il allait valider, le logiciel lui indiqua que le numéro de dossier existait déjà dans la base de données. Tetsurō relu une nouvelle fois le numéro ; sûr qu'il s'agissait du bon. Intrigué, il rechercha dans la base de données l'identification en question : en effet, le dossier existait déjà. Il cliqua dessus, détaillant les informations déjà rentrées. Il s'agissait en effet du même dossier, reprenant les informations sur la phase I de la... Dehydrataze-prolystatine, peu importe. Il se souvenait vaguement avoir vu passer ce nom quelque part. De nombreuses cases étaient encore vides, il se résigna donc à les remplir. Malgré sa bonne fois, le logiciel refusa les nouvelles entrées, lui indiquant de la saisie était bloqué. Il soupira. Il n'avait jamais eu à encoder ce genre d'informations, autant qu'il ne s'y acharne pas trop. Il délaissa le classeur et en saisit un nouveau, bleu nuit cette fois-ci : "Juin 1995". Diable que son quotidien était inintéressant. Son regard tomba sur l'heure indiquée sur l'ordinateur : 16h40. Plus qu'une bonne heure, et il serait enfin libéré de ce calvaire.
Il soupira, pour la millième fois de la journée, et commença à taper.
À la seconde où le dernier formulaire fut rempli et que l'horloge de son ordinateur passa à 18h, il éteignit l'ordinateur et quitta son placard. Pas question qu'il y reste une seconde de plus ! Ce ne fut qu'une fois arrivé dehors qu'il se rendit compte qu'il n'avait aucune idée de comment il était censé rentrer. Kenma venait le chercher la plupart du temps, mais il n'avait pas eu de nouvelles du blond de la journée.
Alors qu'il tapait un message, il entendit une voiture ralentir. En relevant les yeux, il constata qu'il s'agissait de celle de son partenaire. Une fois le véhicule arrêté à sa hauteur, un sourire lui échappa quand il reconnut qui était assis au volant de la voiture. Il ouvrit la portière et s'installa côté passager.
— Hey.
Keiji lui sourit à son tour.
— Hey.
Il se pencha pour l'embrasser, mais au moment où leurs lèvres allaient se rencontrer, Keiji le repoussa doucement.
— Il y a quelqu'un, murmura le brun.
Kuroo se retourna, paniqué. Il se détendit instantanément en reconnaissant la jeune femme face à lui.
— Oh, t'en fait pas, c'est Miwa, dit-il , saluant cette dernière de la main.
Un sourire entendu s'esquissa sur les lèvres de cette dernière alors qu'elle saluait à son tour.
— La sœur ainée de Kageyama-san? demanda Keiji, saluant lui aussi brièvement.
— Yep... Je sais pas comment elle fait, mais elle me grille tout le temps.
Keiji haussa un sourcil :
— Ce n'est pas non plus comme si tu t'évertuais à vouloir rester discret.
— Qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire ça ?
— Rien du tout, simple observation.
Ce fut au tour de Kuroo de lever un sourcil :
— T'as changé depuis que tu fais garde du corps de star, tu sais.
La remarque prit de court le brun qui pouffa, levant les yeux au ciel. Kuroo profita de ce moment d'inattention pour se pencher. Hors de question que cette voiture redémarre avant qu'il ait eu son bisou ! Le brun accueillit son baiser avec ferveur. Il se sépara finalement de lui pour reprendre le volant.
— Du coup, comment ça se fait que ce soit toi qui viennes me chercher ?
— Qu'est-ce que cela est sensé vouloir dire ça ?
Tetsurō sourit, et répéta:
— Rien du tout, simple observation.
Cela arracha un sourire à son partenaire. Après quelques secondes de battement, il finit par préciser:
— Kenma avait des entretiens à terminer.
— Des entretiens ?
— Hum... Les entretiens d'embauche.
— Ah oui, pour le monteur.
— Hmm...
Malgré ses premières appréhensions, Kenma avait finalement décidé de prendre les devants, surfant autant que possible sur son regain de popularité. Il avait passé les dernières semaines à trouver comment il pouvait améliorer sa chaine, varier les contenus, entretenir un peu plus sérieusement sa chaine you tube qu'il utilisait jusque-là pour publier les rediffusions de ses lives. S'il n'était pas en stream, il était occupé à monter les vidéos pour les rendre plus digérables et plus impactant, Yuji ne pouvant plus suffire seule à s'occuper de tout cela. Il avait rencontré de nouveau Yachi pour revoir toutes les visuelles. Tetsurō et ses partenaires lui avaient conseillé de trouver de nouvelle tête à qui il pourrait déléguer un peu de travail, il était donc assez ravi d'entendre que le blond avait pris leur conseil en considération. La "Appelpie corp" comme ils aimaient à l'appeler, était sur le point de s'agrandir.
— Et Kō, ça va? Il devait aller chez le médecin.
Le brun soupira.
— Ça va, le médecin n'a rien trouvé de particulier, il lui a juste fait une prescription et lui conseil un régime simple le temps que son système digestif se remette.
— Hum, on va bouffer du riz quoi. C'est pas trop mal finalement, ça nous changera du poulet frit, faut qu'on se calme dessus... J'ai l'impression de bouffer que ça en ce moment.
Keiji détourna les yeux de la route, lui jetant un regard coupable.
— Quoi?
— Je dois passer récupérer une commande au Karayama.
— Encore! Mais on a déjà commandé ya deux jours !
— La commande vient d'en haut, tenta de se défendre Keiji.
La réalité était qu'il ne savait pas ce qu'ils mettaient dans leur sauce, où avec quelle horreur ils nourrissaient leur poulet, mais il était tous devenu addict.
— Mais Kō va pas pouvoir en manger.
— Ils font du poulet blanc aussi...
— C'est cruel ça.
Keiji ne répondit pas.
— Bon, bah vas pour le Karayama... mais faut vraiment qu'on fasse une cure de désintox de ce truc !
— Hmm...
Tous deux n'avaient pas l'air particulièrement déterminer à faire quoi que ce soit pour réellement y remédier.
Tetsurō prit enfin conscience de son environnement, constatant qu'ils n'étaient pas du tout sur le chemin de la maison, ni même du Karayama.
— On va où ?
Le brun soupira :
— Je dois juste passer déposer quelque chose à Tsubaki, elle doit bientôt avoir terminé sa journée.
Cela arracha un sourire à Tetsurō. La sœur de son partenaire était certes charmante, mais il se réjouissait plutôt à l'idée de voir Sugawara, puisque les deux maintenant étaient en quelque sorte un "package deal".
— Cool ! Faut que tu lui ramènes quoi ?
Keiji grimaça :
— Les clés de la maison grise.
— Oh... elle en a besoin ?
La question sembla indisposer Keiji au plus haut point, qui reprit les traits d'un adolescent prépubescent, perdant par la même occasion son élocution élégante:
— J'en sais rien! Et je veux pas savoir!
Prit de court, Kuroo éclata de rire. Il pouvait néanmoins comprendre le fait que penser à la sexualité de sa sœur ainée n'était pas forcément agréable.
— J'ai juste oublié de lui ramener après la dernière fois, c'est normalement elle qui les garde.
— Ok, ok, répondit son amoureux, tentant de camoufler ses rires autant qu'il le put.
Keiji lui jeta un regard en biais, mais n'ajouta rien de plus.
Ils finirent par quitter le périphérique pour de nouveau rentrer en ville. Après quelques minutes, ils finirent par se garer. Ils surent qu'ils n'étaient plus bien loin lorsque des petites voix fluettes d'enfant commencèrent à leur parvenir. Ils croisèrent enfin certains parents accompagnés de leur bambin, ils n'étaient plus très loin.
Ils arrivèrent enfin aux abords de la garderie, la porte de l'accueil était ouverte, une maman attendait patiemment dans le hall. Ils la saluèrent poliment en entrant à leur tour. Kuroo sourit en tournant les yeux, trouvant son ami. Sugawara était agenouillé face à un petit garçon, lui signant quelque chose avant de l'aider à enfiler son manteau. Une fois cela fait, il lui prit la main pour l'accompagner jusqu'à l'entrer. Le regard du petit garçon s'illumina en reconnaissant sa maman et il se jeta dans ses bras. Sugawara salua poliment la maman, et cette dernière repartit. Sugawara se rendit finalement compte de leur présence. Tout d'abord pris de court, il finit par échapper un sourire :
— Kuroo, Akaashi, qu'est-ce que vous faites là ?
— Keiji doit voir sa sœur, répondit le brun pour lui.
— Oh, elle est au fond, lui indiqua Sugawara.
Keiji hocha la tête, il se déchaussa et rentra en chaussette dans l'établissement, naviguant sur les lieux sans problème. L'attention de Sugawara se dirigea de nouveau vers Kuroo, ils se sourirent, bêtement content de se retrouver.
— Reste pas là, rentre, lui dit l'argenté, en lui donnant une paire de claquettes à sa taille.
Kuroo se déchaussa, enfila les claquettes et le suivit à l'intérieur. Une poignée d'enfants étaient encore présents, installés sur de petites tables, occupés à dessiner, où jouant dans un coin.
— Je m'attendais pas à vous voir là, dit finalement l'argenté.
— Moi non plus, surprise j'imagine. Comme ça je peux te voir dans ton environnement naturel.
Sugawara pouffa à sa remarque. Il échappa un sourire, ses yeux ne quittant pas les enfants sous sa surveillance.
— Je sais pas si on peut appeler ça mon environnement naturel.
— Plus que le seven-eleven, même si tes talents de personnal shopper son impressionnant.
— Pff, si tu le dit; Eh Sochiro!
En suivant le regard de son ami, Tetsurō découvrit qu'il s'adressait à un enfant dans le fond de la pièce. Le fameux Sochiro avait été pris en flagrant délit de vol de poupée. La petite fille à qui il essayait de la retirer ne comptait pas le laisser faire.
— Ne la prends pas des mains comme ça, si tu veux jouer, il faut que tu demandes.
— Mais je lui ai déjà dit ! Elle m'écoute pas ! se plaignit l'enfant. Donne-moi Ayumi!
— Sochiro, pas comme ça, tu sais bien qu'elle ne va pas te comprendre comme ça.
Le gamin soupira. Il lâcha prise. Ayumi revint à ses poupées, continuant le jeu que Sochiro avait interrompu. Le petit garçon releva les yeux, vexé, mais Sugawara insista du regard. L'enfant soupira, mais finalement tapa gentiment sur l'épaule de sa camarade. Cette dernière releva les yeux, et Sochiro lui signa "Est-ce que je peux avoir une pour jouer?". "Avec moi?", signa en retour la petite fille. Sochiro hocha la tête et sa requête fut accueillie par un sourire, Ayumi lui tendit l'une des poupées pour qu'ils jouent ensemble, réglant définitivement le conflit.
— Wouah, quel talent de négociateur.
— Hmm, j'ai lu les bouquins de l'école de police de Daichi, à croire que ça m'a aidé.
La remarque amusa Kuroo:
— Il a pas peur que tu le remplaces sur le terrain ? À ce rythme on va t'appeler pour les prises d'otages.
— Si, il en dort pas la nuit.
— Pas facile de vivre dans ton ombre.
Les deux explosèrent de rire en chœur.
Ils discutèrent encore quelques minutes légèrement, avant que le silence ne retombe. Kuroo avait une question qui lui brulait les lèvres, mais il ne savait pas vraiment si cela était le moment, où l'endroit, pour aborder la chose. Son regard trouva finalement Keiji, discutant toujours avec sa sœur ainée au fond de la pièce. Tetsurō inspira profondément, ce qui attira le regard de l'argenté.
— Je me demandais juste...
— Hmm?
— T'as des nouvelles de Yamaguchi ?
La question prit de court Sugawara. Il sourit faiblement et s'adossa au mur.
— Oui.
— Il va bien ?
— Ça va.
Kuroo hocha la tête, n'osant pas poser plus de question.
— Ça va... ça l'a juste... ça a juste fait remonter un tas de choses, qu'il n'avait jamais eu le temps avant de... prendre le temps de.. De gérer.
— Hmm...
— Mais ça va, t'en fait pas.
— Ok... c'est juste que sa petite tête de teigne commence à me manquer.
— Pff, t'inquiètes, il va pas tarder à refaire surface. Mais avec ça et... le grabuge que ça a créé, c'est pas facile.
— Je comprends.
Le silence s'étendit entre eux quelques secondes.
— Merci, d'ailleurs.
— Pour ?
— D'avoir été là pour lui.
— C'est normal, enfin, même si on a pas fait grand-chose.
— Ça a suffi.
Kuroo hocha vaguement la tête.
— Il... m'avait dit qu'il pensait que Bokuto avait compris quelque chose.
— Oh, hum... Il s'en doutait, mais pas... pas tout quoi.
— Hmm...
Sugawara tourna les yeux vers lui. Un sourire tendre lui échappa.
— Mais vraiment, t'inquiètes pas.
— Je... m'en fait pas... Juste... J'espère que ça va... Même si je sais qu'il est coriace. Et je sais qu'il a Tsukki, et un grand frère qui ferait tout pour lui.
La remarque arracha un sourire à Sugawara: un sourire tendre, empreint d'une vulnérabilité poignante.
— Si tu le vois, dis-lui qu'on pense à lui. Et qu'il me manque quand même.
— Je veillerais à ce que le message lui parvienne.
— Merci.
Ils se sourirent. Mais le moment fut brutalement interrompu lorsqu'un cri d'enfant leur parvint. Sugawara tourna la tête, découvrant qu'une petite était en train d'écrire au feutre sur le visage de sa camarade qui hurlait en tentant de se débattre.
— Hey! Aiko!
Il se précipita sur les gamines pour résoudre le conflit.
À ce moment-là, Keiji retraversa la pièce pour le rejoindre. Kuroo capta enfin de regard de Tsubaki au fond de la pièce, qui avait l'air épuisée. Il lui fit un geste de la main, lui offrant un sourire compatissant. Cette dernière lui rendit à son tour un sourire, le saluant à son tour.
— Suga, on va y aller, je te laisse à tes négociations.
— Oh, ok, à plus, on se voit au CAPE, lui répondit ce dernier, une poignée de feutre à la main que les gamines en furie essayaient de lui reprendre.
Sur ce, ils repartirent. Le Kuriyama et ses bouchées de poulet diaboliques les attendaient toujours après tout. Kuroo se promit tout de même de revenir plus souvent s'il en avait l'occasion, sur qu'il ne se lacerait jamais de voir Sugawara jouer les négociateurs de crises.
-/-
— Mais bouge! On peut pas rester là! râla Kenma.
Il essaya de reprendre la manette des mains de Kōtarō mais ce dernier se décala assez pour lui en empêcher.
— Si on y va on va se faire buter, l'autre dingue est derrière la porte là ! Avec son hachoir !
— Mais non il est parti ! Mais si on reste là, il va nous trouver grosse buse !
La remarque fit pouffer Tetsurō, ce qui le sortie assez du jeu pour se libérer de la paralysie terrorisée qui l'avait envahi depuis qu'ils s'étaient fait poursuivre jusqu'au fond de cette cave. Il baissa les yeux sur la fenêtre de chat, ne réussissant qu'à déchiffrer quelques-uns des messages défilant à toute vitesse.
C'était la première fois depuis le "face reveal", que Kenma, Kōtarō et lui-même avaient repris les soirées horreur, et le public avait l'air particulièrement ravi de les retrouver tous les trois. Certes, Kuroo savait qu'il regretterait le lendemain son manque de sommeil, et que le jeu le hanterait un bon moment encore, mais cela valait largement le coup.
Kenma et Kōtarō continuaient de se chamailler à côté. Ce fut finalement le blond qui ressortit vainqueur de la bataille, ayant réussi à récupérer la manette.
— J'te jure, allez, on bouge.
Kenma ressortit de leur cachette et remonta doucement les marches du grenier.
— Attention, attention, attention ! couina Kōtarō.
— Chut!
Son partenaire se tut immédiatement. Il se recroquevilla sur lui-même et remonta son sweat shirt jusqu'en dessous de ses yeux.
Kenma ouvrit lentement la porte, sondant les alentours. La voie était libre. Ils se retrouvèrent dans un couloir ; leur personnage haletait de peur, et le parquet craquait à chaque pas. Des bruits leur parvinrent de la cuisine, qui n'était plus qu'à quelque mettre d'eux.
— C'est lui bordel, casse-toi!
En effet, il s'agissait sans nulle équivoque de la voix de leur ravisseur, qui parlait à voix haute pour les intimider, leur comptant avec joie comment il allait les découper en morceau pour les mettre dans son ragoût. Kōtarō couina de peur, Tetsurō n'en menait pas large non plus. Kenma lui attendait patiemment, réfléchissant à une diversion pour qu'ils puissent avancer sans se faire repérer. Ils sursautèrent tous lorsqu'une sonnerie de téléphone retentit dans le jeu. Ils entendirent leur kidnappeur jurer, et finalement répondre à l'appel.
— Ok, c'est maintenant ; on y va, dit Kenma avant de discrètement passer devant la porte de la cuisine.
— Cours, cours !
Le blond s'exécuta, et ils réussirent à rejoindre l'arrière de la maison. Ils étaient arrivés dans un grand salon. Ils étaient trop à découvert à leur goût. La caméra fit un 360°, Kenma tentant de trouver une sortie. En haut de l'écran, la mission indiquait toujours "Fuir".
— Là, là ya une porte ! s'exclama finalement Kōtarō.
— Où ça ?
— Au fond, là !
Kenma finit par trouver la porte qu'il lui désignait et se jeta dessus.
— Oh yes bordel, on va pouvoir se casser !
L'enthousiasme de Kōtarō retomba franchement lorsque le blond annonça :
— Merde elle est fermée !
La mission changea, indiquant maintenant "Trouver la clé pour s'enfuir".
— Merde, elle est où cette clé ?
— Regarde dans la pièce, ya plein de meubles, indiqua Tetsurō.
Le blond hocha la tête, commençant à ouvrir tous les placards autour de lui pour tenter d'y trouver la clé. Alors qu'il faisait un tour de caméra pour détailler la pièce, il commenta :
— En vrai elle est pas mal la baraque, c'est sympa les poutres comme ça!
— C'est vraiment pas le moment là !
— Ça va, ça va! Non mais regarde, ya même une baie vitrée avec une petite véranda, c'est pas dégueu.
Kuroo éclata de rire nerveusement.
Ils avaient passé de nombreuses heures ces derniers jours à regarder les annonces de maisons et d'appartement à vendre. Maintenant que Kenma avait définitivement décidé d'y investir une partie de l'argent qu'il avait reçu, il n'avait pas arrêté d'écumer les sites d'agence immobilière. À croire que cela lui était monté à la tête.
— Comment tu peux penser à ça maintenant ! Ya des bras et des torses humains accrochés au mur et tu penses à ça !
— Mais si on fait abstraction, franchement, c'est pas dégueu!
— Tu crains, on va finir en décoration si on se bouge pas!
— Ça va, ça va, il est toujours au téléphone.
Kuroo pouffa et finit par délaisser l'écran principal pour se tourner vers la fenêtre de chat.
— Oh, le chat dit que la clé est dans le...
— Pas de backseat! le coupa Kenma.
Le brun fit la moue, sachant pertinemment à présent que la clé se trouvait dans le premier tiroir du buffet près de la porte qui les avait vus arriver. Il continua donc de lire les messages, trop frustré de voir ses compères partir dans la direction opposée à leur but sans qu'il ne puisse rien dire.
Au bout d'un moment, l'un des messages attira son attention :
Y_Gucci-bae : ça fait plaisir de vous revoir jouer ensemble !
Kuroo ne put s'empêcher de sourire en reconnaissant qui se cachait derrière ce pseudo ridicule :
— Ya Yama dans le chat! s'exclama-t-il avec enthousiasme.
— Sérieux?
— Oui!
Kuroo commença à faire de grands gestes à la caméra, souriant béatement.
— Oh coucou! salua à son tour Kōtarō. Tu nous manques!
— Oui j'avoue!
Y_Gucci-bae : Moi aussi vous me manquez !
Tetsurō et Kōtarō s'avancèrent pour faire des cœurs à la caméra.
— Yo! Je vois plus l'écran, bougez-vous!
— Roh, ça va, dit Kōtarō en se reculant, t'as fait l'agent immobilier pendant trois plombes et on peut même pas dire coucou!
— Rabat-joie!
— T'as même pas fait coucou!
— C'est vraiment pas le moment de...
Ils entendirent le parquet craquer derrière eux.
— Merde... c'est moi où on l'entend plus parler au téléphone...
"Petit, petit, petit, viens par ici" dit une voix sinistre.
— Merde, merde, merde! Faut qu'on aille se planquer!
— Mais où ?! Ya nulle part ici!
"Sous la table" lut malgré lui Kuroo dans le chat.
La porte s'ouvrit brusquement, le psychopathe n'était plus qu'à quelques pas d'eux.
— Sous la table, sous la table! s'exclama Tetsurō.
Kenma courut vers la table en question pour se cacher en dessous, mais il était déjà trop tard.
Leur assaillant les avait attrapés par la jambe alors qu'ils tentaient de se cacher. Ils se firent violemment tirer hors de la table et virent un hachoir s'abattre sur eux.
— Eh merde, lâcha Kenma, blasé.
La scéne suivante fut très peu ragoutante, puisqu'il s'agissait d'une cinématique montrant leur attaquant chantonnant en préparant un ragoût, leur corps complètement démembré au milieu de la cuisine. "Game over" apparut à l'écran.
— Bordel vous faites plus ça !
— On aurait pu s'en sortir si tu t'étais dépêché !
Ils se retrouvèrent de nouveau dans la cave.
— Si t'es pas content, vas-y toi !
— Non, couina Kōtarō, vas-y toi, dit-il en tendant la manette au brun.
— Pourquoi moi ?
— T'as pas joué depuis super longtemps !
— Et alors ? Non !
— Vas-y Ji, prend la manette, trancha Kenma.
Tetsurō le regarda, tentant d'implorer sa clémence, mais sa décision était sans appel. Alors il déglutit difficilement, et prit les commandes, espérant qu'ils ne finissent pas cette fois en ragoût.
-/-
Tetsurō s'assit de nouveau à son bureau. La lumière de l'écran commençait déjà à lui brûler la rétine. Il soupira, frottant ses yeux pour se défaire de cette sensation désagréable. Il regarda l'heure : 13h. Il soupira. Il avait passé sa pause déjeunée sur la petite cour, lieu de rendez-vous avec Hanamaki et Matsukawa, dont la compagnie était l'une des seules choses le maintenant encore à la surface. Ça et les quelques minutes de soleil auquel il avait maigrement le droit par jour. Le printemps était là, les arbres reprenaient leurs feuillages, les fleurs courraient sur les pelouses et les rayons du soleil baignaient l'air d'une douceur infinie. Un peu de répit avant qu'il ne se remette à flotter en continu et que l'air redevienne chaud humide insupportable ! Un véritable moment suspendu et Kuroo était là, au fond de son trou à rats. Pourquoi s'infligeait-il cela au juste ? Quel code d'honneur suivait-il au juste ? Pas le sien en tout cas !
Mué d'une résilience désespérée, il fouilla dans la caisse posée à ses pieds : il en avait pratiquement terminé avec " Divers 1994", qui lui avait pris bien plus de temps que prévu tant le tout avait été mal organisé. Ne restait plus qu'une vielle pochette, où il trouva deux rapports consignant les entrées dans le stock chimique... Qu'est-ce que ce truc faisait là? Devait-il réellement s'en occuper ? Il soupira et continua de fouiller la caisse, découvrant une nouvelle disquette emballée dans une enveloppe vierge : le tout devenait déconnant, qui avait géré ces foutues archives en 1994 ! Aucune éthique de travail ! S'entendre penser cela le démoralisa davantage : il était biochimiste bordel, pas archiviste, il fallait qu'il s'en rappelle avant de sombrer complètement.
Démunie, il se leva, partant avec ses trouvailles pour le bureau de Yukata-san. La porte était déjà lorsqu'il arriva devant le bureau. Il attendit que son supérieur relève le regard pour lui offrit un mouvement de tête poli.
— Je suis de nouveau tomber sur une disquette, et sur ça...
Yukata-san tendit mollement la main, et Kuroo lui remit ce qu'il lui avait apporté. Son supérieur fronça les sourcils, passablement irrité en trouvant les deux feuilles de rapport ; sans plus de cérémonie il les déchira pour les mettre à la poubelle : voilà qui réglait le problème.
Il retourna la disquette, la détaillant attentivement. Il ouvrit le premier tiroir de son bureau, récupéra une petite clé et se leva pour déverrouiller la boite à clé installée près de son bureau. Il récupéra l'une d'elle portant un petit tag orange et ouvrit le dernier tiroir de son bureau, où il balança la disquette. Malgré lui, Kuroo aperçut ce qui se trouvait déjà dans le tiroir en question. Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils en y apercevant un classeur jaune canari.
Yukata-san referma le tiroir à clé et rangea la clé dans la boite, qu'il referma également. Il lui fit un geste de la main pour lui indiquer qu'il n'avait plus rien à faire ici. Kuroo ne demanda rien de plus et repartit : au moins il en avait définitivement fini avec ce "Divers 1994". De retour dans son bureau, il jeta tout de même en coup d'œil dans la caisse : le classeur jaune avait effectivement disparu. Alors qu'il retournait les dossiers empilés sur son bureau pour tenter de retrouver le classeur en question, son téléphone sonna.
Il s'agissait d'un appel de Kenma.
— Allô, ça va ?
— Bah oui ça va, pourquoi ça irait pas ?
— Parce qu'on est en pleine journée, que je bosse et que tu m'appelles de but en blanc comme ça.
— Pfff, tu bosses, ça va, soit reconnaissant que je te sorte de la déprime de ton placard à balais.
Kuroo pouffa malgré lui.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— Je regarde les baraques, y'en a une pas mal, je voulais voir ce que t'en penses. Je t'envoie le lien.
Quelques secondes après, son téléphone vibra. Il ouvrit le lien.
— Mais c'est plus une baraque, c'est un manoir le truc là, c'est immense !
— Et alors, on va pas se plaindre d'avoir trop de place.
— Vas-y la facture d'électricité !
— Hum... j'y avais pas pensé... De toute façon ça va pas être petit, il nous faut bien quatre chambres anyway.
— Mais yen a huit là dans ton château !
— ...On peut changer au moins.
— Pff... après c'est tes sous mais bon. Et pour les chambres, si c'est pour les vacances où je sais pas quoi, on n'a pas besoin d'autant de chambres, deux ça passe.
— Que deux?
— Bah ça va on peut peut-être supporter de partager la même chambre quelques jours par an non?
— Pff... oui... mais...
— Mais?
— Mais regarde ! Ya la véranda avec la vue sur la mer et tout !
Kuroo roula des yeux: la voilà donc la raison. Kenma ne voulait pas acheter un manoir (soit dit en passant bien hors de son budget) pour le bling bling de la chose, mais bien parce que le salon d'été ressemblait vaguement à celui d'un jeu (un jeu où ils s'étaient fait découper en morceau au passage) qui l'avait fait craquer.
— Sérieux ? demanda Kuroo, rigolant franchement.
— Mais j'aime bien !
— Je suis sûr que ya des tas de baraques avec des vérandas qui ne font pas la superficie de Versailles!
— T'es vraiment un rabat-joie!
L'agacement du blond le fit ricaner.
— Et celle-là ?
— Qu'est-ce que... C'est encore un manoir ça! Et c'est en Californie?! La Californie?
— Ça nous fait un pied à terre.
— En Californie?
— J'sais pas, San Franscico, ça a pas l'air trop mal non ?
Kuroo commençait à franchement perdre le fil.
— Mais regarde! Elle est trop belle!
La maison avait en effet son charme, construit dans un style victorien colonial, aux grandes fenêtres en bow window et aux briques ocre, entouré d'un charmant jardin.
— On dirait la baraque dans Charmed un peu.
— C'est la même rue...
Le brun éclata de rire.
— Je veux pas te décevoir, mais il va un peu manquer dans le budget pour que tu puisses te l'offrir.
— T'es vraiment un rabat-joie vas-y!
— Mais vas-y, si tu veux, achète donc la baraque de Charmed si c'est ton rêve ! ricana Kuroo.
— Bon, tu fais chier, je raccroche, je vais continuer à chercher.
— Ok, ok, t'aime !
— Tu pues.
Et il raccrocha.
Il continua à lui envoyer tout un tas d'annonces durant tout l'après-midi. Heureusement, les propositions commençaient à se faire un peu plus abordables. Kuroo passa son après-midi à jouer les experts en immobilier plutôt que d'encoder ce foutu mois de janvier 1995.
-/-
— Tu es sûr que ça va aller ? demanda une nouvelle fois Keiji, planté au milieu des sacs que Kenma avait ramené dans le salon.
Kuroo lui sourit et s'avança vers lui, prenant ses mains dans les siennes.
— Ça va aller t'inquiètes.
Son amoureux hocha vaguement la tête, peu convaincu par cet argumentaire, il fallait l'avouer, très pauvre.
— On y peut rien, je préfère rester ici au cas où, on a pas besoin de tous y aller.
Kenma démarqua de nouveau dans le salon, ouvrant son sac posé aux pieds de Keiji pour y fourrer sa nintendo, avant de repartir précipitamment dans sa chambre.
— Il faut combien de temps pour y aller déjà ?
— Six heures environ.
— Ish, vous ne pouviez pas choisir plus près ?
— J'ai bien peur de ne pas y être pour grand-chose.
— Oh plaint toi va, aller regarder des baraques en bord de mer c'est vraiment terrible, intervint Kenma qui avait intercepté lors discussion.
— Je ne me plains pas, il est vrai que ce n'est pas la porte à côté.
— C'est toujours plus près de la Californie, plaisanta Kuroo.
L'intervention fit sourire le brun face à lui.
— Vous avez rendez-vous quand ?
— On en a deux en fin d'aprem aujourd'hui et j'ai réussi à négocier pour en avoir une demain matin aussi, du coup faut qu'on bouge là, allez ! pressa Kenma.
Keiji leva les yeux au ciel, mais ne fit aucun commentaire. Il se pencha pour l'embrasser et récupéra quelques sacs.
— Ok c'est bon, on a tout, dit Kenma qui avait l'air bien agité.
Il s'avança vers Kuroo, l'attrapa par le col de son T-shirt pour l'embrasser et se retourna presque aussitôt.
— On vous fait des vidéos de toute façon, conclut-il avant de passer la porte d'entrée.
— Ok, faites attention à vous sur la route !
Keiji hocha la tête, posa un dernier baiser sur sa joue et passa à son tour la porte d'entrée.
Kuroo resta encore planté au milieu du salon, attendant d'entendre la voiture quitter le garage. Une fois qu'il entendit la porte électrique se refermer, il s'approcha de la fenêtre pour voir la voiture de Kenma disparaitre au bout de la rue. La maison retomba dans le silence. Il se rendit dans la cuisine pour remplir la bouilloire d'eau et la posa sur le feu. Il inspira profondément, savourant le calme du petit-matin, le chant des oiseaux au dehors se mêlant au ploplotement de l'eau. Une fois que la bouilloire commença à siffler, il éteignit le feu, versa l'eau dans le mug qu'il avait préparé plutôt et servit un verre d'eau avant d'y plonger un cachet effervescent. Il ramena le tout sur un petit plateau et se dirigea vers la grande chambre.
Une petite voix lui répondit lorsqu'il toqua à la porte.
Il entrouvrit doucement, passant d'abord sa tête. Kōtarō attrapa son regard immédiatement, sa tête à peine visible sous le tas d'oreillers et de couverture empilée sur le lit.
— Hey, tu te sens comment ?
— Bof...
Kuroo s'avança dans la pièce. Il posa son plateau sur la table de chevet et s'assit tout près de son amoureux.
— T'es encore brulant, remarqua-t-il après avoir passé sa main sur le front de son grand malade.
— Hum... j'ai encore la tête qui tourne.
— Tiens.
Il lui tendit le verre d'eau, le cachet ayant fini de s'y dissoudre.
— Merci...
Kōtarō se redressa, s'adossant à la tête de lit avant de prendre le verre. Il avala le tout d'une traite et lui tendit le contenant vide. Kuroo le détailla du regard, il n'avait pas l'air plus en forme que la veille.
— Désolé, c'est nul, marmonna son partenaire.
— C'est pas ta faute si t'es malade babe.
— Ouais mais c'est nul quand même... T'aurais pu y aller tu sais...
— J'allais pas te laisser seul Kō.
— Mais...
— Mais rien, allez. Ils m'ont dit qu'ils feraient des vidéos de toute façon.
— Hum... C'est où déjà ?
— À côté de Wakasa.
— C'est quelle préfecture ça ?
— Fukui.
Kōtarō hocha lentement la tête.
— Hum... en vrai je sais pas pourquoi je demande, je sais même pas où c'est.
Il récupéra son téléphone et s'allongea de nouveau tout en pianotant.
— Ah... c'est au-dessus de Kyoto ok...
Kuroo se laissa basculer en arrière pour s'allonger à ses côtés, posant le regard sur son téléphone.
— C'est pas dégeu, commenta Kōtarō en faisant défiler les photos.
Kuroo hocha vaguement la tête.
— Tu devrais pas t'approcher trop de moi, on sait pas si c'est contagieux ! dit Kōtarō en dissimulant son visage sous la couette.
Il avait pris un ton juvénile pour lui parler, ce qui fit sourire le brun.
— M'en fout, rétorqua Kuroo, avant d'embrasser sa tempe brulante.
— Non, tu vas être malade !
— M'en fout, répéta Kuroo avant de caler sa tête dans le cou de son amoureux.
— Je t'aurais prévenu, râla Kōtarō, malgré tout ravi de se faire câliner.
Ils restèrent ainsi, blottis l'un contre l'autre un long moment. Kōtarō finit par gigoter, jurant à voix basse.
— J'ai méga mal au ventre bordel...
— Les médocs devraient aider... Tu veux une bouillotte ?
Son partenaire hocha vivement la tête.
— Je veux bien ouais...
— Ok... je reviens, prévint Kuroo en se relevant.
— Babe ?
— Humm ?
— Tu peux prendre ton ordi aussi ?
— Pourquoi faire ?
— … regarder la danse des oiseaux.
Tetsurō pouffa malgré lui en entendant le nom du film, couronné grand favori par son amoureux qui ne se lassait jamais de redécouvrir les parades nuptiales des oiseaux du paradis.
— Ok, je reviens avec ça.
— Prends les gâteaux aussi !
— Si t'as mal au ventre je suis pas sûr que ça soit ouf babe.
Ce dernier lui fit son meilleur regard de petit chiot abandonné, et il lui céda immédiatement.
-/-
— Regarde la vue bordel ! s'exclama Kenma en tournant la caméra vers la baie vitrée.
Par la fenêtre, on pouvait voir la végétation sauvage, qui avaient commencé à s'éveiller avec le printemps, s'étendant jusqu'à se fondre avec le bleu de la mer, tout au fond du paysage.
— J'avoue c'est ouf !
— Et regarde !
Le blond releva la caméra, révélant la charpente en bois claire. Kuroo roula des yeux, échappant malgré tout un sourire. C'était certes charmant, mais quelque chose clochait.
— Tu m'as pas montré l'extérieur de la maison... et c'est bizarre, mais t'as quand même passé beaucoup de portes.
— Hmm, ah non, pas encore, répondit Kenma évasivement.
Le blond continua d'avancer dans la pièce, tentant de détourner son attention en lui pointant tout un tas de détails insignifiant. Il finit par retourner dans le hall d'entrée. On entendit une porte coulisser et Keiji apparut dans le champ de la caméra. Ce dernier fit un salut à la caméra et s'approcha.
— J'avais pas vu cette porte, ya quoi ?
— Les chambres.
— Bah montre-moi !
— Après, après, on n'a pas fini là !
Il vit Keiji hausser un sourcil, lui aussi amuser.
— Ya combien de chambres Kenma ?
— Ce qu'il faut.
Hmm, il avait tout de même le sentiment qu'il lui cachait quelque chose.
— Kenma ?
— Hmm.
La caméra passa de nouveau devant Keiji, et ce dernier lui montra un chiffre des mains.
— Six ! Kenma !
— Quoi ?!
Il se doutait bien qu'il n'avait pas abandonné ses histoires de manoir comme ça!
— Pourquoi six ?
— C'est pas ma faute si yen a six, elles sont pas si grandes que ça en plus, répondit le blond, tournant son téléphone pour que Keiji ne puisse plus le trahir.
— Ça fait combien de mètres carrés ?
— Je sais pas, pas beaucoup plus que la maison à Tokyo je pense...
— 500, répondit Keiji dans son dos.
— 500 !
— Traitre, murmura Kenma à l'adresse de son partenaire.
Tetsurō se releva du canapé pour aller à la cuisine, posant la bouilloire sur le feu.
— Mais t'as pas l'impression que c'est un peu gigantesque ? Une tuile à chauffer ça !
— On s'en fout si on vient l'été ! Et puis c'est mes tunes je fais ce que je veux.
Kuroo éclata de rire malgré lui. Oui, ce n'était pas son argent, et il n'allait pas se plaindre de devoir partir en vacances dans un manoir. Mais sa fascination pour la chose avait de quoi amuser.
— Six chambres !
— On a des amis, ça fait toujours de la place.
— Hmm, bien sûr.
— Et puis c'est pas tant que ça !
— C'est pas tant que ça ? Vraiment.
Il récupéra la bouilloire, et prit deux tasses dans le placard. Alors qu'il commençait à verser l'eau, Kenma continua son argumentaire.
— Et puis on est déjà quatre, deux de plus c'est pas énorme. Enfin une, si on compte une grande chambre qu'on peut partager. Bref, c'est pas beaucoup.
— C'est trop déjà, tu penses pas ?
— Non je pense pas! Ça peut servir de bureau aussi, ou de bibliothèque.
— Il me semble avoir déjà vu deux pièces pouvant faire bureau, intervint Keiji.
— Keiji !
Tetsurō et Keiji rirent en chœur.
En réalité, il n'avait pas vraiment de problème avec cela, Kenma pouvait bien faire ce qu'il lui chantait, mais le pousser dans ses retranchements pour justifier la chose était amusant.
— Et puis on sait pas, si on a des enfants, faut bien qu'on les case quelque part.
Tetsurō sursauta, manquant de s'ébouillanter au passage. Il écarquilla les yeux, profondément surpris. Il n'avait jamais pensé à cela. Enfin, si, mais pas depuis un moment. Il ne s'attendait vraiment pas à cette remarque, surtout de la part de Kenma.
Maintenant qu'il y pensait, il avait peut-être dit cela pour plaisanter, mais il était vrai qu'ils n'en avaient jamais discuté. En même temps, cela ne faisait peut-être pas assez longtemps qu'ils étaient ensemble pour en parler... Mais ils étaient partenaires à présent, cela allait un jour venir sur le tapis... Il... Bordel il n'avait jamais réalisé que dans la configuration actuelle, ils pouvaient même facilement avoir des enfants biologiques... Potentiellement en tout cas. La réalisation était sidérante, et il s'en trouva profondément abasourdi.
— Ji ?
La voix de Kenma le ramena à lui, et il dut s'empresser de trouver une réponse sans révéler son trouble :
— Tu comptes les laisser dans le froid en hiver ?
— C'est quoi cet argument ?
— C'est toi t'as dit que tu chaufferais pas l'hiver !
— Mais si je vais chauffer l'hiver si on est là !
— Ah bah tu m'as dit le contraire !
— Mais –il souffla- et puis ya un jour où on aura quatre salaires, tu vas peux être pouvoir payer l'électricité non ?
— De ton manoir ?
— De notre manoir.
Tetsurō explosa de rire malgré lui.
— Mais regarde la vue même là, et la cuisine, s'exclama le blond, tournant le téléphone si rapidement qu'il ne put distinguer quoi que ce soit.
Kuroo sourit tendrement.
— Kenma, je dis ça pour t'embêter, si tu veux un manoir, achète un manoir.
— Merci. Bon, il est un peu... hors budget, mais pas tant que ça... Si je gagne de nouveau l'année prochaine, on est bon.
— Si t'as envie, fais-le. Mais après, moi j'aimais bien la deuxième d'hier aussi, elle était charmante.
Kenma passa la caméra en mode frontal.
— Hmm... Elle était un peu petite non? C'était plus une genre de cabine... Et puis la vue était moins sympa.
— Au oui, la vue sur le parc privé gigantesque était plutôt dégueu c'est vrai, répondit-il sarcastiquement.
Kenma roula des yeux.
— Non mais, pense à Kōtarō.
— Qu'est-ce qu'il vient faire là ? Il a dit qu'il aimait bien la deuxième hier aussi.
— Non mais il dit ça mais... Tu sais, il a grandi dans une baraque deux fois plus grande que ça. Là il ronge son frein, mais il ne va pas pouvoir tenir longtemps, il a besoin de place... Comme un golden retriver.
La remarque fit pouffer Tetsurō. Il entendit Keiji en faire de même. Kenma échappa un sourire, ravi de sa plaisanterie.
— Comment il va d'ailleurs ? demanda Keiji en passant dans le champ de la caméra.
— Hmm... bof. Je lui ai donné ses médocs, ça va, mais il est super fatigué quoi...
Ses deux partenaires furent soucieux de l'apprendre.
— J'ai essayé d'aller le voir tout à l'heure pour qu'il voit la maison, mais il dormait, je voulais pas le réveiller.
— On va prendre plein de photos de toute façon. Et on revient bientôt, on devrait être là en fin de journée.
— Ok... Bon, mais en attendant, tu m'as pas montré toutes ses chambres.
— Ok, ok, attends, déjà tu vas voir, y en a une qu'est un peu plus grande que les autres, et elle donne aussi sur la mer et...
Kuroo sourit pour lui-même, ravi d'entendre son partenaire lui montrer la maison de ses rêves avec tant d'enthousiasme.
-/-
— Babe ?
Aucune réponse.
Kuroo entrouvrit doucement la porte. Il ne tenait pas à réveiller Kōtarō, mais il commençait à s'inquiéter. Cela faisait près de quinze heures qu'il dormait, il n'avait pas donné signe de vie depuis un moment.
— Babe?
Un long gémissement lui parvint. Il sourit, rassuré.
— T'as faim, je te fais un truc ?
Nouveau râle. Il prit cela pour un oui.
— Ok, je fais ça, je reviens.
Lorsqu'il revint une demi-heure plus tard, Kōtarō n'avait pas bougé. L'air régnant dans la pièce était pesant, si lourd qu'il en était presque irrespirable.
— Babe ?
Il lui répondit par un long râle.
— Tu devrais manger, ça te ferait du bien. Bois la soupe aussi, faut que tu t'hydrates.
Un long soupir lui répondit.
— Ok, je te le pose là en attendant, dit-il en posant le plateau sur la table de chevet.
Silence.
Kuroo hésita. Finalement il passa une main dans ses cheveux, humide de sueur, et se redressa, décidant de le laisser aller à son rythme.
— Je laisse la porte ouverte pour aérer. Je suis dans le salon, appel-moi si t'as besoin.
Et il quitta la pièce.
Trois heures s'étaient écoulées lorsque Tetsurō émergea de nouveau. La tête étourdie de sommeil, il eut du mal à revenir à lui. La télévision était toujours allumée. Il regarda l'heure, et se leva pour aller vérifier dans quel état Kōtarō était.
La porte était restée entre ouverte, mais l'atmosphère dans la pièce était toujours aussi pesante, imprégnée d'une odeur à la fois âcre et doucereuse. Le plateau était toujours sur la table de chevet, Kōtarō n'y avait pas touché. Une sensation lourde s'abattit sur Tetsurō, piqué d'une angoisse qu'il ne s'expliquait pas encore.
— Babe ?
Il ne lui répondit pas.
Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il entendit sa respiration : elle était profonde, mais rapide, agitée de soubresaut haletant et de sifflement aigu.
Paniqué, il se précipita vers le lit.
— Kōtarō ?
Il posa une main sur son épaule pour le faire gentiment basculer sur le dos. Kōtarō avait les yeux ouverts, mais son regard était lointain, fiévreux. Son regard se focalisa de nouveau en le voyant, il ouvrit la bouche pour parler, mais un simple filet de voix étriqué lui échappa. Son souffle s'agita.
— Kō, Kō, ça va, qu'est-ce qu'il t'arrive ? s'empressa de demander son partenaire, le redressant pour pouvoir l'occulter autant qu'il le pouvait.
Le regard de Kōtarō se fit de nouveau lointain.
Impuissant et paniqué, il prit son visage dans ses mains, essayant de capter de nouveau son attention.
— Kō qu'...
Il se tut.
Il venait de reconnaitre ce regard. Il reconnaissait cette odeur.
Il n'avait pas l'air malade, pas vraiment... plutôt.
Non. Ce n'était pas possible.
Si c'était vraiment cela, quelque chose clochait sérieusement.
Tetsurō chercha frénétiquement autour de lui, cherchant une solution, de quoi focaliser son esprit pour qu'il fasse quelque chose.
— Ok babe, ok, ça va aller, je... ça va aller, lui murmura-t-il
Il le reposa doucement en position allongé.
— Ça va aller, ça va aller, répéta-t-il.
Il sortit à toute vitesse de la chambre et partit récupérer son téléphone dans le salon. Il tremblait tellement qu'il peina à le déverrouiller. Il paniqua, ne retrouvant plus sa liste de contact, ni même le clavier pour pouvoir composer un numéro. Il ouvrit les messages et appela le dernier numéro qu'il avait contacté.
— Tetsurō ? lui répondit Keiji.
— Keiji! couina-t-il, la voix nouée de détresse.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? s'empressa de demander le brun, soucieux. Attends, je te mets en haut-parleur. C'est Tetsurō.
— J'ai entendu, lui parvint la voix de Kenma. Qu'est-ce qui se passe ?
— Je... je sais pas vraiment, c'est Kōtarō.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il a ?
— Je... je sais pas... il a du mal à respirer et il a l'air... je sais pas, on dirait comme... mais c'est pas possible c'est pas ça, c'est pas possible...
— Quoi, Ji, comme quoi ?
— Comme... enfin je sais pas, mais on dirait comme quand...
— Comme quand quoi ?
— Comme s'il était rentré en cycle, je... c'est pas possible enfin... mais je le reconnais, c'est pareil.
Le silence lui répondit.
— Kenma ? Keiji ?
— Tu es sûr ? demanda gravement Keiji.
— Oui ! Enfin, non. Je sais pas.
— Tu as appelé une ambulance ?
— Pas encore, je... j'ai paniqué, je vous ai appelé et...
— Ok, ok, Tetsurō, appel l'ambulance, répondit calmement, mais fermement Kenma. Explique la situation. Ça va aller, il est surement pas en danger immédiat, mais appel l'ambulance le plus vite possible.
— Ok...
— Je vais raccrocher, mais on arrive bientôt, d'accord ? On arrive. On vous rejoint à l'hôpital.
Kuroo sentit son cœur se soulever en entendant ce mot.
Il hocha la tête.
— D'accord ?
— D'accord.
— Ok, on arrive vite.
Et il raccrocha. Kuroo ne prit même pas le temps de reprendre son souffle et tapa à toute vitesse le numéro.
"119, service des pompier et ambulance, bonjour"
-Fin du chapitre-
… Vous vous attendiez à un chapitre tout mignon, n'est-ce pas ? Le nom ne vous a vraiment pas mis la puce à l'oreille ?
C'est bien mal me connaitre.
J'espère quand même que ce chapitre vous aura plu.
Prochain chapitre: " La montée des eaux"
"1,2,3,4,5...
Tetsurō comptait les secondes qui défilaient, le regard fixé sur la pendule accrochée face à lui, sa respiration se synchronisant naturellement au décompte. Il avait l'impression d'avoir été plongé sous l'eau, sombrant lentement dans les profondeurs, regardant la réalité à la surface devenir de plus en plus lointaine.
Kōtarō avait été admis aux urgences il y a de cela plus d'une heure. Il avait tenu sa main sur tout le trajet dans l'ambulance, lui parlant tendrement alors que son corps tremblait de panique en voyant son regard se faire de plus en plus lointain. En arrivant, ils l'avaient séparé de lui, l'avaient emmené loin de lui, le laissant derrière, seul."
See ya
