Chapitre 10 : Protéger et Espérer
Résumé : Jarod, Mlle Parker et John poursuivis par les nettoyeurs du Centre, trouvent refuge dans une petite auberge abandonnée près de Paris. Ils élaborent alors un plan minutieux afin de revenir à Blue Cove. Parallèlement, les deux jeunes amants forgent des projets ensemble. Pendant ce temps et dans le secret, John met en place un plan de secours connu que de lui seul pour protéger ses amis. Quelques jours plus tard, Mlle Parker et Jarod apprennent la triste nouvelle.
Aéroport, Paris-Charles-de-Gaulle, France
À l'aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, Mlle Parker et John cherchaient sans relâche le caméléon comme s'ils espéraient le voir apparaître comme par enchantement. Sur cette fausse joie, l'ami décida de signaler la disparition de Jarod à la sécurité. Il s'approcha d'un agent. De son côté, face à la grande baie vitrée, la jeune femme, triste comme le ciel noir, était anéantie par l'idée de ne plus revoir Jarod. Les bras pendaient le long de son corps, elle regardait passer les avions. Était-il dans celui-là ou bien dans celui-ci ? Où avait-il était capturé par le Centre ? Elle réfléchissait à la façon qu'elle aurait de proposer à son amant de lui faire un bébé ! Et comment réagirait-il ? Il était vrai que la situation était devenue un peu chaotique ces derniers jours, mais rien d'irrémédiable. Et surtout, depuis la fameuse conversation avec John, elle avait pris conscience qu'elle avait envie d'être mère, un jour. C'était quelque chose dont elle n'avait jamais envisager, jusqu'à aujourd'hui. Et puis elle n'était plus toute seule et ce qu'elle voulait vivre avec le caméléon était l'étape suivante de leur relation. Une main à peine tremblante la fit tressaillir alors qu'elle fermait ses paupières. Elle inspira doucement avant de se retourner vers lui. Ce n'était pas lui.
« Parker, j'ai dû signaler la disparition de Jarod à la sécurité. Regardez, c'est le sac qu'il a laissé derrière lui lors de sa traque. Ce sont ses affaires, déclara-t-il en le lui tendant.
- Donnez-le-moi, elle le récupéra d'un geste las, le portant jusqu'à ses narines sentant son odeur.
- Parker, je sais à quel point Jarod est important pour vous. Mais nous devons faire face à la réalité, il n'est plus ici. Nous devrions rentrer à l'appartement et réfléchir à la meilleure façon de procéder.
- Non, je refuse de partir d'ici tant que je ne saurais pas où il se trouve. Je ne peux pas l'abandonner. Je ne peux pas vivre sans lui.
- Je comprends votre douleur, je la ressens aussi. Je vous en prie, on doit partir, on n'est pas en sécurité ici, ça grousille de Nettoyeurs. Nous devons retourner à l'appartement et évaluer la situation. Allons-y, Parker !
- D'accord, rentrons. Mais je ne peux pas m'empêcher de craindre le pire pour Jarod. »
Appartement quartier résidentiel Paris, France
Alors que tous deux regagnaient le logement, le silence régnait entre eux, et ce, durant tout le trajet. Mlle Parker pour qui l'absence de Jarod se faisait cruellement ressentir, avait du mal à surmonter son chagrin, elle vérifia son téléphone portable croyant qu'il l'appellerait, se mordillant la lèvre à plusieurs reprises. Elle qui d'habitude, son intuition ne la quittait jamais, avait le sentiment que cette fois-ci, elle l'avait perdu, elle n'était plus connecté à lui. Pourtant, instinctivement, avant même d'atteindre le couloir qui l'amena jusqu'à son domicile, elle sortit son arme le pointant vers l'inconnu. Et plus elle avançait et plus elle sentait une présence qui avait pris possession des lieux. Son cœur s'accéléra au rythme de ses pas. La porte d'entrée étant entrouverte, elle se dirigea vers le salon. « Restez derrière moi, John. On ne sait jamais ce qui nous attend. » Celui-ci hocha la tête, restant en retrait tandis qu'elle gagnait du terrain avec prudence, son regard inquiet balaya la pièce. Elle souffla, clignant lentement des yeux, ce n'était pas une illusion, hébétée, mais néanmoins rassurée d'apercevoir une silhouette familière. « Jarod ? » Il se retourna nonchalamment, un sourire lumineux égayait son visage. « Surprise ! Je suis rentré. » La surprise céda sa place au soulagement. Une chaleur intense s'empara de sa poitrine alors qu'elle lâcha son arme pour se précipiter vers lui, le serrant dans ses bras avec une force inattendue profitant de l'embrasser encore et encore. Elle était heureuse de le savoir ici, en sécurité et auprès d'elle.
« Tu es là, tu es revenu. Je ne savais pas où tu étais. J'ai eu si peur, elle était émue et ses larmes ruisselaient sur ses joues.
- Je suis désolé de t'avoir inquiétée, mais je suis là maintenant. Tout va bien, il la serra contre lui, déposant un doux baiser sur son front.
- Raconte-moi tout, Jarod. Que s'est-il passé ? »
Jarod expliqua qu'il s'était retrouvé face aux Nettoyeurs à l'aéroport et qu'il avait bénéficié de l'aide de Sam pour échapper à sa capture. Sur l'instant, il avait cru à un piège. Il lui devait beaucoup. Suspendue à ses paroles, elle écouta le caméléon avec attention. Elle était reconnaissante et pleine de gratitude, se rendant compte à quel point Jarod avait été en danger et combien de personnes étaient désormais impliquées pour les aider. « J'ai une dette envers lui. Sam a risqué sa vie pour moi. » Elle lui répondit : « Ne t'en fais pas, Jarod. Nous trouverons un moyen de les remercier tous le moment venu. »
John qui jusqu'ici avait fait preuve de courtoisie et de discrétion pour laisser au couple le temps et le bonheur de se retrouver, observa par la fenêtre les allées et venues de l'extérieur. Tout à coup, il remarqua une voiture aux vitres teintées portant l'emblème du Centre. Son visage se crispa aussitôt. Mlle Parker et Jarod, qui étaient en train de se câliner sur le canapé, sursautèrent en entendant les cris de leur ami. Ils se levèrent précipitamment et le rejoignirent.
« Parker ! Jarod ! Nous avons un problème. Les Nettoyeurs sont à nos trousses. Leur voiture est en bas. Nous devons partir avant qu'ils ne nous trouvent ici, il pointa du doigt le véhicule.
- Très bien, nous devons trouver un endroit sûr où nous cacher. John, as-tu une idée ?
- Oui, j'ai repéré un petit hôtel non loin d'ici. Nous pouvons nous y rendre et prendre deux chambres. Une pour vous deux, payable en liquide, et une pour moi. Cela devrait nous donner un peu de répit. Prenez vos affaires !
- Et si nous sommes suivis ? demanda-t-elle.
- Ne vous inquiétez pas, on va prendre des précautions. On va devoir également changer de voiture. Nous devrions être en sécurité, du moins pour cette nuit.
- Merci John. » avait remercié le caméléon. Puis, ils ramassèrent rapidement quelques affaires essentielles et sortirent de chez eux.
Hôtel-chambre de Jarod et Mlle Parker, Paris
L'hôtel dans lequel le trio s'était exilé était soudainement devenu leur refuge temporaire, autrement dit, un havre de paix dans ce petit moment d'urgence. John, Mlle Parker et Jarod avaient pu trouver deux chambres libres, une pour les amoureux et une pour John, payée en liquide afin d'éviter d'attirer l'attention sur eux. L'épuisement et la tension se faisaient sentir, mais malgré tout, ils étaient toujours libres. Dans leur chambre, le couple était assis sur le bord du lit, leurs mains se joignant presque timidement l'une à l'autre. La jeune femme, en dépit des circonstances, souhaitait parler de leur avenir. Ce qui interloqua Jarod. Elle qui d'ordinaire ne pensait jamais à leur futur. Elle prit une profonde inspiration et essaya de trouver les mots justes pour exprimer ses sentiments tentant de lui faire comprendre ses aspirations sans les lui révéler directement toutefois la peur l'empêchait de s'ouvrir complètement.
« Jarod, je... Depuis quelque temps, déjà, je pense à nous. Je ne veux pas que notre relation reste figée dans ce rôle d'amants maudits. Je veux plus que ça, je veux que nous ayons une chance de vivre notre rêve.
- Notre rêve ? Je l'ai déjà devant moi. Je crois que ce qui s'est passé ces dernières semaines nous a un peu chamboulés.
- Peut-être. Où tout simplement que ça nous a ouvert les yeux sur ce que l'on veut vraiment.
- J'ai toujours su, moi, ce que je voulais. On devrait en discuter quand la situation sera plus calme. Parker, tu sais, prendre des décisions sur l'instant et sur un coup de tête n'est pas forcément la meilleure façon d'agir. » il l'embrassa avant de s'écrouler de fatigue.
Hôtel-chambre de John, Paris
Du côté de John, ce dernier venait de prendre une douche bien froide, il s'était placé devant la fenêtre. Ailleurs, il s'était éloigné de la triste réalité. Celle où malheureusement, il était pris entre deux feux : son amour naissant pour la Miss et son amitié avec le caméléon. Il ne pouvait ignorer ni l'attirance ni le désir qu'il éprouvait pour la demoiselle. Il se questionnait sur la légitimité de ces sentiments. Était-il en droit d'aimer celle qui était autrefois sa cible ? Était-il en droit d'aimer la femme d'un autre ? Celle de son ami ? Il soupira de désespoir. Une partie de lui s'accrochait à cette idée, tandis qu'une autre se battait contre. « Qu'est-ce qui m'arrive ? Pourquoi je pense à elle de cette manière ? Je ne peux pas me permettre d'être amoureux d'elle. Et pourtant, je le suis. Non, je dois me ressaisir et trouver une solution pour nous tous, pour elle, pour Jarod, et pour moi-même. » Et tout en luttant contre ce qu'il ressentait, il saisit son téléphone portable et commença à chercher un lieu où ils pourraient être en sécurité. Ses doigts parcouraient l'écran tandis qu'une larme coulait de son œil.
Hôtel-chambre de Jarod et Mlle Parker, Paris
À l'hôtel de Paris, le lendemain matin, de très bonne heure, John toqua doucement à la porte du couple. Il paraissait essoufflé et fatigué. Il entendit de l'autre côté son ami le caméléon lui ordonner d'entrer. Il tombait à pic. Il avait fait monter le petit-déjeuner autant qu'il se joignait à eux. Il accepta avec grand plaisir. Jarod remarqua ses traits tirés et ses yeux rouges. Autour d'une bonne tasse de café fumante, John avoua avoir très peu dormi et pour cause, il l'a une excellente nouvelle.
« J'ai trouvé un refuge, un endroit parfait où on pourrait être à l'abri. C'est une petite auberge abandonnée dans un village proche de Paris. Et j'ai la voiture, elle est juste en bas. On part quand vous êtes prêt.
- Merci, John. Tu penses vraiment à tout, avait-il dit en lui serrant la main.
- Oui. Merci pour tout John !
- Ne me remerciez pas. C'est le moins que je puisse faire pour des amis. Cependant, il faudra s'arrêter dans un supermarché si vous voulez manger ce soir.
- Alors mettons-nous en route ! Il n'y a pas de temps à perdre. »
Auberge, Montchevreuil, France
L'auberge abandonnée dont avait parlé l'ami était située dans le pittoresque village de Montchevreuil, à moins de deux heures de route de Paris. Nichée au cœur d'une vallée verdoyante, elle semblait s'être figée dans le temps. Lorsque le trio était arrivé devant celle-ci, ils avaient été frappés par son apparence extérieure délabrée, néanmoins charmante. La façade en pierre grise était recouverte de lierre sauvage, c'était presque romantique. Ils franchissaient les portes d'entrée en bois usées. L'intérieur qui avait témoigné autrefois d'une splendeur passée et la pièce principale, autrefois un salon cordial et chaleureux, était maintenant envahie par la poussière et les toiles d'araignée. Les meubles d'époque étaient défraîchis, mais certains détails d'antan, comme un magnifique lustre en cristal, attestaient de la grandeur du lieu. Les escaliers en bois grinçants les invitaient à explorer les étages supérieurs. Chaque marche craquait sous leur poids. Les jolies chambres qui jadis avaient été accueillantes et douillettes, étaient dépourvues de toute vie, les rideaux tirés, créaient une ambiance fantomatique. Dans la cour extérieure, un jardin avait été repeuplé par la nature. Des roses grimpantes avaient pris possession des treillis en fer forgé, ajoutant une touche de beauté sauvage à l'endroit. Une petite fontaine en pierre, était recouverte de mousse et d'herbes folles qui rappelait les jours où l'auberge était le lieu de rassemblement des villageois. Malgré son état de décrépitude, elle dégageait une certaine allure du genre magique. C'était comme si les murs étaient encore imprégnés par les rires et les conversations des convives du bon vieux temps. « Je sais, ce n'est pas du luxe mais au moins ici nous serons tranquilles pour une quinzaine de jours. Le temps que les choses se tassent. » le trio se regardait avec des moues de dégoût puis éclata de rire.
Alors que pendant quelques heures, ils s'étaient activé à rendre les lieux beaucoup plus agréables et vivables, et ce, tout en s'amusant, ils savaient qu'il était venu le moment de passer aux choses sérieuses : l'élaboration d'un plan détaillé pour leur retour à Blue Cove sans mettre leur vie ou celle de leurs amis en danger.
« Alors, quel est ce plan B dont tu parlais, Jarod ? Comment allons-nous faciliter notre retour à Blue Cove ? avait demandé John.
- C'est un plan mûrement réfléchi, n'est-ce pas, Parker ? Notre meilleure chance est de nous créer de fausses identités pour nous permettre de rentrer aux États-Unis sans attirer le mauvais œil, répondit Jarod tout fier.
- D'accord. Tu sais comment tu vas t'y prendre ? Parce que j'ai des contacts qui peuvent nous fournir de nouveaux passeports et de faux documents d'identification. Nous les utiliserons pour voyager discrètement.
- Et une fois là-bas ? Comment allons-nous réunir les preuves nécessaires pour exposer les agissements du Centre ? s'inquiéta la Miss.
- Nous devons nous mettre en relation avec des alliés potentiels à l'intérieur même du Centre. Des personnes qui seraient prêtes à collaborer avec nous et à nous fournir tous renseignements utiles. Pour cela, on va établir une liste, proposa le caméléon.
- On pourrait commencer par Sydney, il est au courant de leurs pratiques douteuses. Puis il y a Broots et Sam. On peut aussi faire appel à Ethan. Jarod, je suis convaincue que l'on peut trouver facilement des alliés.
- Mon amour, je ne sais pas si Sydney sera en mesure de nous aider. Quoiqu'on entreprenne, nous devrons être prudents. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être repérés.
- Je vais m'assurer que nos mouvements soient le plus invisible possible. On va agir dans l'ombre. Ne vous inquiétez pas, je vais faire le nécessaire. Vous, vous vous occupez de récolter toutes informations et moi, je me charge de vous protéger.
- John, vous avez déjà risqué votre vie pour nous. Nous ne pouvons pas vous demander de faire plus, Mlle Parker était touchée par sa gentillesse et sa prévenance.
- Je ne peux pas rester les bras croisés alors que vous vous battez seuls. C'est mon choix de vous aider. Je suis prêt à tout pour vous protéger, tous les deux.
- Résumons la situation. Mettre ce plan en action, réunir des preuves, trouver des alliés et exposer le Centre pour ce qu'il est.
- Chouette le programme ! s'exclama-t-elle en entrelaçant ses doigts avec ceux de Jarod. Nous y parviendrons. Nous ne pouvons plus fuir, il est désormais temps de faire face à nos ennemis quels qu'ils soient.
- Je sais que vous en êtes capables tous les deux. Je crois en vous mes amis. Maintenant, préparons-nous. Nous avons un long chemin à parcourir, mais ensemble, nous pouvons y arriver. »
Appartement quartier résidentiel Paris, France
Les nettoyeurs avaient investi l'appartement de Jarod et Mlle Parker depuis la veille, passant la nuit et la journée à le fouiller méthodiquement. Leurs gestes étaient précis et rapides. Dans l'air, planait un sentiment de menace. Willy, l'un d'eux, s'était emparé d'une photo encadrée du couple. Il l'observait attentivement, son regard oscillait entre curiosité et froideur. Il semblait y avoir quelque chose de particulier dans cette image, quelque chose qui attisait son intérêt. Mais quoi ? Les autres nettoyeurs, affairés autour de lui, n'osaient pour le moins du monde interrompre sa contemplation. Ils savaient que Willy était un homme calme et réfléchi, mais sa réaction face à cette photo était étrange. Ils attendaient, silencieux, que ce dernier ne leur révèle la nature de leur recherche. Soudain, Willy se tourna vers eux, ses yeux brûlant d'une lueur de détermination implacable. Son visage était marqué par une certaine dureté, mais aussi par une pointe d'exaltation. « Il nous faut Parker ! Retrouvez-la ! »
Auberge, Montchevreuil, France
À l'auberge, Jarod, Mlle Parker et John s'étaient retrouvés autour d'une table en bois pour discuter de ce petit dispositif portable qui leur avait été confié et dont ils ont réalisé qu'il était une pièce importante du puzzle lié aux actions passées et à venir du Centre. La Miss, soucieuse, ne pouvait plus rester assise, elle avait besoin de faire quelques pas. Elle se leva de sa chaise et tourna en rond. Elle craignait que les Nettoyeurs ne mettent la main sur la clé USB, pensant qu'elle était toujours à l'appartement. « Si les Nettoyeurs mettent la main dessus tout sera perdu ! Nous serons en grand danger. » Jarod réfléchissait un instant, puis un sourire malicieux se dessina sur son visage. Il glissa sa main dans la poche de sa veste en cuir et en ressortit la clé USB tant convoitée. Et d'un ton triomphant s'écria :
« C'est de ça dont tu parles ? Ne t'en fais pas, Parker. Elle est avec moi, en sûreté.
- Tu ne cesseras jamais de me surprendre, toi ! Mlle Parker et John étonnés échangeaient un regard complice.
- Tu m'impressionnes, Jarod, vraiment. Je t'ai sous-estimé. C'est une erreur que je ne commettrais plus.
- Nous devons la mettre en lieu sûr. Nous devons nous assurer que personne ne puisse tomber dessus.
- Tu as raison, Parker. Il faut trouver un moyen de la protéger et de l'utiliser à notre avantage.
- Cette clé est notre meilleure chance de faire tomber le Centre une fois pour toutes, avait déclaré John. Alors ne la gâchons pas ! »
Deux jours plus tard, Mlle Parker qui venait de prendre sa douche, sortit de la salle d'eau en peignoir. Avec une serviette-éponge, elle sécha ses cheveux. Alors qu'elle passait devant la chambre, la porte entrouverte, elle entendit des voix étouffées. Intriguée, elle ralentit et s'approcha doucement, s'immobilisa sur place pour écouter leur conversation.
« Jarod. Je te vois toujours en train de dessiner. Pourquoi ?
- Ça me fait beaucoup de bien. Ça me permet d'extérioriser ce que je ressens.
- Jarod, à un moment donné, il va bien falloir que tu lui en parles.
- Je ne suis pas sûr que ce soit le bon moment.
- Tu sais, elle pourrait te surprendre.
- Je le suis déjà chaque jour. Tu sais, John, j'ai toujours rêvé d'être père. D'avoir une famille à moi, de partager cet amour avec un enfant. Il faut être réaliste, ça ne se fera jamais. C'est ainsi, en attendant ces mots Mlle Parker avait ressenti sa peine, celle qui l'habitait depuis son plus jeune âge.
- C'est un désir profondément ancré en toi. C'est compréhensible. Après tout, tu n'as jamais connu ta famille. Tu dois avoir confiance en l'avenir, Jarod. Les choses peuvent évoluer, et je suis sûr que le moment venu, tu seras un père incroyable.
- Je ne sais pas si nous aurons cette chance. Avec ce qu'il se passe ces derniers temps, avoir un enfant maintenant serait de la folie.
- Jarod, tu n'as aucun contrôle sur les évènements quels qui soient. Tous les deux, vous avez déjà assez souffert. Si avoir un bébé peut vous rendre heureux alors il n'y a pas à hésiter. Il est temps de laisser la peur s'en aller.
- Oui, si seulement Parker pensait la même chose que toi, elle avait les larmes aux yeux.
- Eh bien, quelque chose me dit que tu seras père plus tôt que tu ne le crois ! » avait-il dit alors qu'il s'était retourné pour regarder la Miss tandis qu'elle lui faisait signe de se taire. Elle tourna les talons et s'en alla.
Le soir venu, alors que Jarod se trouvait dans la chambre allongé sur le lit, elle se faufila silencieusement vers la salle de bain. Devant le miroir, elle fixa son image, repensant aux paroles de son amant puis comprenant que c'était le moment de faire un choix. Celui qu'elle avait déjà fait quelques jours plus tôt. Tout en ouvrant le tiroir de l'armoire à pharmacie. Elle sortit sa plaquette de pilule, déposée à l'intérieur dès leur arrivée. Elle la regarda une toute dernière fois. Cette plaquette qu'elle tenait entre ses doigts. Cette contraception qu'elle avait utilisée depuis le début de sa relation avec le jeune homme. Heureuse de sa décision et sans hésiter, d'une main ferme, avec le sourire aux lèvres, et sans dire un mot, elle la jeta à la poubelle, symbole de son choix de ne plus prendre la pilule et mettant ainsi un terme à plusieurs mois de précautions. Elle rejoignit le caméléon, qui ce dernier, l'attendait aussi docilement que chaleureusement. Il la dévora du regard tandis qu'elle se blottissait contre lui, laissant sa tête reposer sur son épaule. Elle commençait à lui parler de choses et d'autres, puis elle lui proposa de l'aider à retrouver sa famille. Jarod ne comprenait pas où elle voulait en venir. Mais il la sentait beaucoup plus légère. Quant à elle, elle voulait le surprendre, lui offrir cette nouvelle avec tout l'amour et l'espoir qui la consumait. Elle ne lui demanderait pas directement de lui faire un enfant. Non ! Elle préférait le laisser deviner. Près de lui, la jeune femme pris la main de son amant et la posa délicatement sur son ventre, un geste rempli de promesses. Ses doigts effleurèrent sa peau avec tendresse tandis que son regard azur se noyait dans les yeux bruns du caméléon. Jarod, ressentait l'excitation émanant de la Miss. Il l'a laissé prendre les devants, lui accorder l'espace nécessaire pour s'exprimer à sa manière.
« Tout va bien, Parker ?
- Tout va parfaitement bien, Jarod. Ce soir. J'ai décidé que nous allions faire quelque chose de très spécial.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ce que je veux te dire, mon amour, c'est que dans quelques mois, notre vie pourrait prendre une tournure différente. Nous ne serons peut-être plus seulement nous deux.
- Toi, Parker, tu as une idée derrière la tête. Es-tu sûre ? Es-tu vraiment sûre de ce que tu veux ?
- Oh, Jarod, j'y ai beaucoup réfléchi ces derniers temps. Notre avenir contient quelque chose de plus grand et de précieux que notre amour. C'est comme si un petit secret grandissait en moi, attendant d'être révélé, avec un large sourire, elle plaça une main sur son abdomen.
- Parker, tu es en train de dire... ? les yeux de Jarod brillaient d'une immense joie.
- Je te laisse le découvrir, Jarod. Mais une chose est sûre, je n'ai jamais rien voulu de plus que de voir une petite version de toi dans nos bras.
- C'est la plus belle chose que tu ne m'aies jamais dite, Parker.
- Jarod, notre voyage ne fait que commencer et je suis certaine que notre avenir nous réserve encore de belles surprises. » après avoir capturé doucement ses lèvres dans un baiser passionné, elle se releva, s'éloigna de lui, fermant la porte derrière elle.
Dans l'obscurité de la nuit, tandis que Jarod et Mlle Parker s'abandonnaient à la conception d'une mini version d'eux-mêmes, John s'affairait dans l'ombre, conscient de la tâche qui l'attendait. Installé dans un coin isolé de la cuisine sous une faible luminosité, il étudia les plans qu'il avait minutieusement préparés afin de protéger la vie de ses amis. Le plan secret de John était un ultime acte de bravoure, une pièce maîtresse destinée à déjouer le Centre et à permettre aux jeunes amants de poursuivre leur œuvre. Sa voix intérieure lui murmurait les détails de cette stratégie audacieuse. Tout d'abord, John savait qu'il devait tromper les Nettoyeurs, les persuader de sa disparition tragique. Il rassembla les indices nécessaires sous forme de liste prévoyant chaque élément de cette macabre mise en scène. Des photographies soigneusement sélectionnées, des empreintes laissées à des endroits stratégiques, tout concourt à créer l'illusion de sa mort. Dans son plan, John prévoyait également une explosion spectaculaire dans un entrepôt désaffecté, un événement qui semblerait anéantir certains Nettoyeurs. Il mettrait en place des dispositifs pyrotechniques habilement dissimulés, prêts à détoner au moment propice. Cette déflagration, il l'imaginait intense, créant une diversion déroutante pour ses ennemis. Tandis que les flammes dansaient dans son esprit, John ressentait le poids de la décision qu'il avait prise. Il savait que la vérité sur sa mort ne pourrait être révélée qu'après que Jarod et Mlle Parker se soient éloignés du danger. Son cœur se serrait rien qu'à l'idée de savoir que ses amis pleureraient sa perte. Seulement son plan comportait des failles, il n'était pas sans risques.
Appartement quartier résidentiel Paris, France
Environ deux semaines plus tard. Après le départ fortuit de leur ami, Jarod et Mlle Parker avaient décidé de rentrer dans leur appartement, leurs visages se décomposaient lorsqu'ils découvrirent le chaos qui régnait chez eux. Des meubles renversés, des objets brisés, tout semblait avoir été mis sens dessus dessous. Jarod choqué s'approcha de la table retournée, ramassa un cadre photo cassé. Son regard se figea en contemplant les éclats de verre éparpillés sur le sol.
« Qu'est-ce qui s'est passé ici ? C'est un véritable désastre. Regarde ça. C'était notre toute première photo, il lui tendit le cadre.
- Ça ressemble à une fouille... Ils cherchaient sûrement la clé USB.
- Et John où est-il ? Pourquoi n'a-t-il pas répondu à nos appels ?
- Je n'en ai aucune idée, Jarod. Nous n'avons pas eu de nouvelles depuis qu'il est parti. »
Le lendemain matin, Jarod feuilletait le journal local. Ses yeux s'agrandissaient à la vue d'un article en première page. Tout à coup, son visage se raidit aussitôt alors qu'il lisait les mots imprimés sur la page. Mlle Parker s'approcha doucement dernière lui, son regard inquiet fixé sur Jarod. Ce dernier leva la tête vers elle, les larmes au bord des yeux.
« Jarod, qu'est-ce que tu lis ? Tu pleures ?
- Je ne sais pas comment te le dire, Parker. Viens là, assieds-toi… John… Il est mort. Il a été tué par balle. Je suis désolé.
- Non... Ce n'est pas possible... John ne peut pas être mort, elle s'effondra, la main devant sa bouche, étouffant un cri de douleur. Les larmes commençaient à jaillir sur ses joues. Pourquoi ?
- Il y a eu une explosion dans un entrepôt... John a tout orchestré. C'était ça son plan. C'est pour ça qu'il ne nous a plus donné signe de vie. Jarod continua de lire l'article. Cette explosion a coûté la vie à certains nettoyeurs.
- Il a toujours dit qu'il voulait nous protéger.
- Et c'est ce qu'il a fait, Parker. Il y a quelque chose que je dois t'avouer... J'en savais plus sur John que je ne le disais. J'ai fait des recherches sur lui. Il y a quelques mois. Raines lui a donné l'ordre de te retrouver. Je ne sais pas pourquoi, mais il a renoncé.
- Pourquoi n'avoir rien dit ?
- Je voulais te protéger, Parker. On avait besoin de lui, de son aide et de son amitié. Et puis, il était inoffensif.
- Comment pouvais-tu en être aussi sûr ?
- John, il avait des sentiments pour toi. Il était amoureux de toi, Parker !
- Je m'en suis douté. Et parfois même ça me mettait mal à l'aise vis à vis de toi. Mais il n'y a que toi pour moi. Tu aurais dû tout de même m'en parler.
- Si j'avais eu le moindre doute sur lui ou sur sa loyauté, jamais je ne t'aurais laissé seule avec lui.
- C'est tellement injuste, Jarod. Il avait la vie devant lui. Je me sens responsable de sa mort malgré moi.
- Non, nous ne sommes pas responsables de ça. C'est une vraie tragédie. John a sacrifié sa vie pour nous. Seul le Centre est responsable de sa mort. Et John ne voudrait pas que tu te blâmes pour ce qui lui est arrivé. Mais crois-moi, nous allons les arrêter. Pour ta mère, pour Thomas, pour Sydney, pour John et pour tous ceux qui ont perdu la vie. Ils ne s'en sortiront pas indemnes. Je te le promets, Parker. »
Elle était allée sur la terrasse, son regard s'était perdu dans la vaste étendue du ciel encore bleu. Elle avait besoin de sentir la douce brise fraîche caresser son visage. Et d'avoir un moment de répit. « Parfois, le poids du monde devient trop lourd à porter. » se chuchota la Miss à elle-même. Alors qu'avec ses doigts elle s'agrippait contre la balustrade, le jeune caméléon émergea tranquillement de derrière elle, ses pas à peine audibles sur le sol carrelé.
« Parker, j'ai pensé... Il est temps pour moi de retourner à Blue Cove. Je partirais seul. Toi, tu resteras ici, c'est préférable.
- Non ! Nous sommes déjà allés beaucoup trop loin pour nous séparer maintenant.
- Parker, il y a peut-être une vie qui grandit en toi, là à l'intérieur, la main de Jarod avait atteint instinctivement le ventre de la jeune femme. Je ne supporterais pas l'idée que quoique ce soit arrive à l'un de vous. Le Centre… C'est un nid à frelons, et je ne veux plus que tu y mettes les pieds.
- Jarod, peut-être qu'il n'y a rien. Combien y a-t-il de chance de tomber enceinte au premier coup d'essai ?
- Je ne sais pas comment l'expliquer, mais je le sens. Et mon intuition me prédit que c'est une belle petite fille.
- Une fille ? Mlle Parker plaça sa main sur celle de Jarod, la tenant fermement, cette pensée la laissa rêveuse. Imagine, Jarod. Une petite fille qui aura le meilleur de nous deux. Elle sera forte, intelligente, compatissante et sensible. Notre propre petit miracle.
- Oui, je peux la voir maintenant, Parker, le regard de Jarod s'adoucit, son pouce caressant doucement le dos de la main de Mlle Parker. Notre fille, avec ta force, ton obstination, ta beauté, ma curiosité et mon génie. Elle sera parfaite ! Elle sera exceptionnelle !
- Nous la protégerons du Centre et de tout ce qui nous arrive. Elle grandira en connaissant l'amour et la liberté.
- Nous veillerons à ce qu'elle ait une vie loin des zones d'ombres que nous avons connues. Nous lui créerons un monde où elle pourra grandir sans craintes et sans peur.
- Elle aura l'opportunité de devenir qui elle veut, sans subir le poids de notre passé.
- Parker, imagine les possibilités. Une fois que nous aurons dévoilé les secrets du Centre, nous pourrons repartir de zéro. Nous pourrons être qui nous voulons, libres d'être qui nous sommes vraiment.
- Oui, Jarod. Plus de course, plus de cachette. Plus de secrets ni de mensonges.
- Mais pour cela, je dois partir seul. Sache que je reviendrai. Je reviendrai toujours et toi, tu veilleras sur notre fille. Tu protégeras notre avenir. »
Alors que Mlle Parker et Jarod poursuivaient leur conversation, la caméra, elle, faisait un panoramique vers la fenêtre, révélant une silhouette sombre qui les observait de l'extérieur. Le visage de l'intrus resta dissimulé, mais un sentiment de familiarité émanait de sa présence. L'inconnu s'appuya contre un arbre, son regard était dirigeait sur le jeune couple. Un soupçon de sourire jouait sur ses lèvres. « Jarod et Mlle Parker, les amants prédestinés. Ils ne le savent pas encore, mais leur histoire est loin d'être terminée. » Les yeux de l'homme brillaient d'une lueur vive comme celle des phares illuminés dans la nuit. Il préféra ne pas se montrer. Plus tard, peut-être. Mais alors qui était-il ? Serait-ce John ? Leur ami qui avait mis en scène sa propre disparition ? Non, c'était impossible ! Il était mort d'une balle dans la tête. Où était-ce Willy, l'un des Nettoyeur du Centre, venu pour retrouver Mlle Parker ? Alors que l'inconnu se jouissait de ce qu'il voyait, il continua de les observer avec fascination. L'avenir de Jarod et Mlle Parker était entre ses mains,
Note de fin : Cette histoire prend fin. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. Et restez à l'affût, car une suite passionnante est déjà en cours de préparation. Êtes-vous prêt à plonger encore plus profondément dans l'univers du Caméléon ? Vous voulez savoir si John et Sydney sont toujours en vie ? Que contient la clé USB ? Que deviennent Lyle, Raines et Ethan ? Si Mlle Parker et Jarod vont enfin mener la vie paisible dont ils rêvent ? Comment vont-il gérer la parentalité ? Alors rendez-vous très prochainement pour de nouvelles aventures !
