Bonjour, bonjour !
Voici le chapitre 10. Ce chapitre n'est pas très drôle. Pour rappel : la drogue et l'acool, c'est mal !
Bonne lecture !
Chapitre 10
16 mars 2002
- Avec ça, Potter, si tu ne t'en sors pas c'est que tu es un cas perdu. Outch !
Drago se frotta l'épaule, là où le poing de Hermione l'avait frappé. Il soutint son regard noir et Harry se racla la gorge.
- Merci à vous deux. Mais, peut-être qu'il n'y aura pas de convocation, dit Harry avec espoir.
- Oh si, Potter, répondit Drago. Si Pansy sent qu'il va y avoir une convocation, c'est qu'il va y en avoir une. Elle a le nez pour détecter les problèmes à des kilomètres à la ronde.
Harry entendit Hermione grogner. Ils l'ignorèrent.
On était dimanche après-midi et Harry n'en pouvait plus. Ils n'avaient pas bougé du weekend, préparant le plaidoyer de Harry avec minutie pour défendre son projet d'orphelinat. Drago leur avait été d'une grande aide, connaissant personnellement la plupart des membres du Magenmagot et surtout comment les manipuler tout en prétendant aller dans leur sens.
Harry avait toujours l'espoir que cette convocation n'ait pas lieu. Pourquoi le Magenmagot se réunirait-il pour une histoire d'orphelinat ? Ce n'étaient que des enfants et aucun Gallion ne sortirait des poches du Ministère.
« Ce sont des vieux croulants qui n'aiment pas le changement, Potter. Voilà pourquoi » avait été la réponse de Parkinson qui était passée rapidement pour voir l'avancée de leur projet le samedi matin. Elle avait également mis sa pâte au dossier.
Ron avait fait des allers et retours tout le weekend pour les nourrir et leur dire de dormir. Le roux avait appelé Molly Weasley à la rescousse et leur stock de nourriture leur suffirait pour au moins les cinq jours suivants.
Harry referma le dossier de plaidoirie avec brusquerie et se frotta les yeux. Il était épuisé. Ils n'avaient dormi que quelques heures la nuit dernière et son esprit était embrouillé par des textes de lois, des arguments et l'odeur de Drago. Tout ce qu'il voulait, c'était s'effondrer dans son lit et ne se réveiller que tard le lendemain.
La cheminée crépita pour la énième fois de la journée et Ron en sortit. Sa chemise froissée, son pantalon couvert de suie et sa mine revêche montraient qu'il était aussi fatigué qu'eux.
- Désolé les amis, mais il est plus de 15 h et je souhaiterais passer un moment avec ma douce, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
- Quelque chose de prévu, Weasley ?
- En effet. Hermione m'a fait promettre qu'on irait visiter le musée des Sciences à Londres, alors c'est ce qu'on va faire.
Drago se mit à rire.
- Toi, dans un musée ?
Le roux rougit mais prit la main de Hermione pour l'aider à se lever. La cheminée bruissa à leur départ.
Harry bailla en posant ses lunettes sur la table basse. Il s'allongea dans son canapé et gémit de plaisir. Son dos était en compote.
- Je vais rentrer aussi.
Harry hocha la tête. Il se releva et rejoignit Drago qui était déjà devant la cheminée. Il déposa un léger baiser sur ses lèvres.
- Tu ne dis pas bonjour, ni au revoir. Il va falloir perdre cette habitude Monsieur Malefoy, marmonna Harry qui avait enfoui son nez dans le cou de Drago.
Il sentait si bon…
- J'ai d'autres idées en tête qu'un simple baiser d'au revoir, Potter, et tu es bien trop fatigué pour ça. Alors oust ! va te coucher.
Harry grommela des paroles inintelligibles mais retourna se coucher sur son canapé. Un instant plus tard, la cheminée se réactiva.
Avec cette histoire de Magenmagot, Harry et Drago n'avaient pas pu se poser et discuter de ce dont chacun voulait de l'autre.
Harry voulait de la stabilité, de la sécurité. Une personne qui l'accepterait avec ses qualités comme ses défauts et qui le verrait comme Harry, et non pas comme Harry Potter. Drago lui avait fait comprendre à demi-mot qu'il acceptait Harry et se fichait de Harry Potter.
Quant à ses qualités et ses défauts… Drago ne savait pas tout. Son passé de camé et de suicidaire. S'il voulait établir une relation saine, il savait qu'il devrait lui en parler.
Mais si Drago ne voulait plus de lui ensuite ? Et si son passé était trop lourd à porter ? Son passé dépressif, mais aussi le reste ? Harry repensa aux cauchemars qui étaient toujours présents, ses réveils angoissés après lesquels il ne savait plus qui il était ni où il était.
Sans parler de ses fuites de magie. Elles s'étaient espacées avec la thérapie qu'il suivait et sa formation d'auror qui lui avait appris à se contrôler. Mais elles existaient toujours. Dans ces moments, même Kreattur ne l'approchait pas. À sa sortie de Sainte-Mangouste, il avait détruit son salon trois fois en deux semaines avant que Ron et Hermione ne l'entrainent voir un psychomage.
C'est là qu'il avait revu le docteur Williamson pour la première fois en dehors de sa chambre d'isolement. Les débuts avaient été difficiles.
Il fallait qu'il lui parle. Vraiment. Mais encore une fois, tout son courage s'était envolé. Il ne voulait pas que leur histoire qui venait à peine de commencer ne se finisse déjà. Mais il ne voulait pas non plus que leur relation se base sur des omissions.
Harry laissa un râle lui échapper et se tira les cheveux. Bon sang, ce que c'était compliqué !
Et Drago, que voulait-il ? La même chose que lui ? Du sexe ? Le souvenir du vendredi soir le fit rougir. C'était tout nouveau pour lui. Il avait fui les contacts physiques avec Ginny. Ils avaient fait quelques trucs mais toujours dans le noir et jamais jusqu'au bout. Enfin, lorsqu'il arrivait à bander.
Harry attrapa un coussin et le posa sur sa tête, mortifié. Pauvre Ginny…
D'après ce qu'il savait, le sexe était indissociable d'une relation. Mais s'il était mauvais ? Et si, comme Ginny, il n'arrivait pas à bander ? Non, ça pas possible. Sa réaction avait été on ne peut plus claire vendredi. Il désirait Drago.
Mais, et si Drago voyait ses cicatrices et s'enfuyait en courant ? Il n'en avait pas beaucoup, mais l'une d'elle était particulièrement impressionnante.
Et ce satané Magenmagot ! Si son projet était refusé, son âme d'orphelin souffrirait le martyr. Ces enfants avaient le droit au bonheur, à une éducation, quel que soit le milieu d'où ils venaient.
Qu'avait dit Arthur ? Que pour les sorciers, ces enfants étaient de la mauvaise graine qu'il ne fallait pas approcher. Que si leurs parents les avaient abandonnés, c'est qu'il y avait une raison.
Harry n'était pas d'accord du tout. Si un enfant était couvé d'amour avec des limites justes et une bonne éducation, seul le meilleur pourrait en ressortir.
On aurait cru entendre Dumbledore.
Et si Drago n'aimait pas le sexe avec lui ?Iil préférait peut-être les personnes plus expérimentées. Et d'après Hermione, la maitresse des ragots du trio, il l'était, expérimenté. Décidément, le sexe devenait une obsession.
Mais c'était important tout de même ! Salamèche acquiesça. Oui c'était très, très important.
Et ces pauvres enfants qui vivaient dans la rue, sans manger pendant plusieurs jours, obligés de fouiller dans les poubelles pour se nourrir. Il avait connu la faim…
Mais, une minute ! Et si Drago jouait ? Et s'il voulait juste se taper le héros Harry Potter ? Et s'il voulait se taper Harry Potter et l'empêcher de faire son orphelinat pour que les enfants meurent de faim ? Non, là, ça devenait n'importe quoi. Il fallait se recentrer un peu.
Harry retira le coussin de dessus sa tête et calla sa nuque avec. Il soupira de contentement.
Il était vraiment confortable ce canapé. Ne manquait plus qu'un câlin d'un certain blond et ç'aurait été parfait. D'ailleurs, ils ne s'étaient jamais fait de câlin…
Pour éviter de réorienter ses pensées sur le sexe, il se focalisa sur son futur orphelinat.
Les chambres seraient individualisées, pour que tous les enfants aient leur intimité. Le sol serait fait de parquet sombre et de murs clairs, les fenêtres immenses pour faire passer la lumière. Le rez-de-chaussée serait consacré aux cours et au réfectoire ainsi qu'aux espaces détente. Les espaces verts seraient immenses – avec un terrain de Quidditch, bien entendu – avec une grande forêt, pour avoir un lien avec la nature.
Harry opina pour lui-même. C'était important de respecter la nature.
Il s'imagina dans le réfectoire, plein de bruits et de rires d'enfants racontant leurs journées aux éducateurs. Les tables seraient pour quatre à huit personnes et posées sans ordre, pour permettre aux enfants de les bouger en fonction de leurs affinités. Là encore, les fenêtres seraient immenses, pour laisser passer la lumière et un chat se glisserait le long de ses jambes.
L'écho d'une musique retentissait à ses oreilles, douce mais mélancolique. Le décor s'effaça peu à peu, laissant une pièce terne, sans vie. Un petit garçon était attablé seul, devant une assiette vide. Il avait de petites lunettes rondes et les cheveux en bataille, comme lui.
La musique se fit plus intense et la douce voix de sa mère entama une comptine. Le petit garçon, toujours seul à sa table se mit à pleurer et appeler sa maman.
- Maman…
Harry grogna dans son canapé, chassa son début de rêve et s'endormit.
•
- Deux ans de liberté et tu m'as tué.
- Sirius…
- Nous ne connaitrons jamais notre fils par ta faute.
- Rémus, non…
- Vous n'êtes qu'un lâche Potter, incapable de vous rendre lorsqu'il l'aurait fallu.
- Professeur, arrêtez…
- Mes parents… Tu as pensé à eux ?
- Colin, pardonne-moi…
- Tu ne mérites aucun pardon !
- Je… non… S'il-vous-plait, laissez-moi tranquille !
- Harry, rejoins-nous. Ta mère t'attend.
- Papa… Tu me manques…
- Alors, viens avec moi, mon fils.
- Mais… Non ! Ron, Hermione… et Drago…
Harry suffoqua, les pieds vissés dans un sol inexistant. Son père lui tourna le dos et marcha mais il fut incapable de le suivre.
- Papa ! PAPA !
Il hurla.
Harry ouvrit les yeux, la respiration coupée. Il tenta de tousser, la gorge brûlante, mais le manque d'oxygène l'en empêcha. Il se débâtit et roula du canapé pour se retrouver sur le sol. Le choc débloqua sa trachée et il put enfin respirer.
Toussant, crachotant et pleurant, il invoqua un verre d'eau et le but pour apaiser sa gorge irritée.
Ce cauchemar… Ça faisait des mois qu'il ne l'avait pas fait. Il paraissait si réel. Toutes ces personnes qui étaient mortes qui l'insultaient alors que lui, ne demandait que le pardon. Pardon qu'il ne méritait pas, c'était lui qui avait tué ces personnes. Indirectement certes, mais lui seul était responsable. Tant de familles en deuil, tant de vies gâchées par sa faute.
Tel un automate, il se leva, mit des chaussures et transplana dans le centre de Londres. Déconnecté de la réalité, la tête accaparée par son cauchemar, il se rendit à une supérette et acheta une bouteille de Whisky. Il se rendit ensuite sur une esplanade, là où il achetait sa drogue avant. Le dealer avait changé mais pas les pilules.
Au loin, une église sonna dix-sept heures.
De retour chez lui, il se déshabilla, ne gardant que son caleçon et posa sa bouteille et ses comprimés sur la table basse.
Il voulait juste oublier. Oublier ses morts, ses deuils inachevés, ses questions si futiles sur Drago et ce qu'ils allaient devenir alors que rien n'avait commencé. Il voulait oublier ce petit garçon si seul et la voix de ses parents qui voulaient l'avoir près de lui.
Il s'était lancé dans un projet idyllique que son pays n'accepterait jamais, enchainé à des traditions et des pensées que même une guerre sanglante n'avait pas effacés.
Ces morts n'avaient servi à rien. Le pays était toujours intolérant, toujours corrompu par ces idées que seuls les méritants arrivaient à faire quelque chose. Mais lui ne valait rien. Il avait survécu au sortilège de mort et avait tué un être humain. Seule la vie l'avait rendu célèbre. Pas ses actes. Il ne manquait – ne manquerait – à personne.
Il n'était personne. Pas aussi intelligent que Hermione, pas aussi dévoué que Ron, pas aussi entier que Ginny, pas aussi déterminé que Drago. Juste… personne.
Il ouvrit la bouteille et but à même le goulot. Il grimaça. Ça faisait longtemps. Il avala deux comprimés à l'aide de la boisson et attendit.
Il voulait juste oublier. Oublier le mal qu'il avait fait, oublier qui il était, oublier sa vie, son passé, sa maison glauque, les journalistes, les enfants qu'il n'aurait jamais, l'absence de ses parents.
Il sentit sa mâchoire se contracter et sa bouche s'assécher. Il but un peu plus de Whisky pour apaiser sa soif et s'allongea sur le canapé. Le tissu lui parut magnifiquement confortable. Son si fidèle canapé.
Les lambeaux de son cauchemar s'effacèrent et une béatitude euphorique l'envahit. Son monde redevint coloré, joyeux et il rit.
Pourquoi s'était-il privé de tout ça pendant deux ans ? C'était tellement bon !
Il rit encore et la bouteille de Whisky y passa. Il finit par se rendormir.
•
- Harry ! Merlin, Harry, réveille-toi !
Harry grogna et leva le bras pour chasser le bruit. Son cœur battait toujours très vite et il se sentait poisseux de sueur. Son bras retomba mollement sur son ventre et rebondit, lui provoquant un gloussement. Il releva le bras et le refit tomber plusieurs fois puis caressa la peau de son ventre. Si douce…
- Dans quel état, t'es-tu mis…
Il ouvrit un œil et décolla sa langue de son palais. Il tendit le bras et attrapa la bouteille de Whisky pour la porter à sa bouche. Rien ne tomba. Vide… La bouteille fut arrachée de sa main mais la sensation de froid resta sur sa peau. Il regarda sa main, ébahi. Il toucha sa paume avec un de ses doigts.
- Froid…
Il repartit dans une hilarité non contrôlée. Un truc atterrit dans sa main, froid lui aussi. Whisky ? Il le porta à ses lèvres et savoura l'eau fraiche dans sa bouche en refermant les yeux. Merlin, c'était bon !
- Encore !
Il sentit le verre s'alourdir et rebut.
- Granger ! Weasley !
À bout de forces, son bras retomba et le verre d'eau glissa sur son corps. Il frissonna en sentant le reste du liquide couler sur lui. La sensation lui rappela un glaçon qu'un amant aurait pu glisser sur son corps. Drago… Il gémit.
- … Whisky et des pilules bleues, je ne sais pas ce que c'est.
- Recule, on arrive.
- Chut ! fit Harry.
Les mots embêtaient son fantasme de glaçons avec un certain blond.
L'eau descendit sur ses côtes et le chatouilla. Il rit encore et se tortilla. Il glissa du canapé et se retrouva par terre, sur le ventre, le nez dans le tapis. Ses doigts frôlèrent les poils doux et il les caressa comme un amant aurait caressé un corps.
Il éternua d'un coup, des poussières étant rentrées dans son nez. Il se mordit la langue.
- Oh… Harry. Qu'est-ce que tu as encore fait ?
- Encore ? Comment ça encore ?
- Plus tard Malefoy.
Extatique face aux poils de tapis, Harry ne fit pas attention aux personnes qui s'approchèrent de lui.
- Il faut le monter.
- Est-ce qu'il va perdre conscience ?
« Assommez-le ! Il doit perdre conscience, sinon on y passera tous ! »
La même voix…
- Peut-être. Tu sais combien il en a pris ?
- Non.
C'était la même voix que quand il avait voulu mourir.
La même odeur de bois et de rose que ce jour-là l'envahit et il se sentit décoller du sol. Instinctivement, ses bras s'enroulèrent autour d'un cou et il toucha les cheveux les plus doux qu'il n'ait jamais rencontrés. L'odeur de bois lui fit penser à…
- Drago.
- Oui, c'est moi Harry, on va aller te mettre au lit.
Encore cette voix. Drago ? Donc, c'était lui qui…
Pas penser ! Pas penser ! Profiter de la liberté et des cheveux tout doux sous ses doigts. Il gloussa un peu et bailla. Pendant un instant, il se demanda comment il pouvait dormir autant. La pensée partit aussi vite qu'elle était venue. Puis ce fut le trou noir.
