Inquiet et un peu effrayé, Obi Wan contempla son maître pleurer. C'était de vraies larmes, qui coulaient sur les joues, et se faisaient délayer par la pluie. Son maître, si fort, si fier… Il ne l'avait jamais vu pleurer. Ils avaient vécu des moments difficiles, des blessures douloureuses, mais malgré ça, même si elles avaient parfois menacé, jamais elles n'avaient dépassé ses cils.

Interdit, le jeune homme se demandait que faire. Devait-il l'ignorer, par respect, par pudeur ? Ou au contraire, aller le réconforter ? Cette seconde solution lui semblait bien plus humaine, mais aussi bien plus gênante. Comment allait-il s'y prendre ? Il se sentait ridicule, et cela l'empêchait de prendre une décision.

Son regard glissa sur Maître Ue, et de là, sa pensée le ramena aux jardins du Temple.

"Trouve de la joie dans ta vie. La tristesse ne vaut pas qu'on s'y attarde."

Il voulait réconforter son Maître. Chasser de lui la tristesse, qu'il retrouve cette joie tranquille à laquelle il était habitué. Il ne devait pas laisser la peur du ridicule le paralyser. Alors il fit un pas, puis deux, et finalement, entoura les épaules du vieux Jedi de ses bras. Qui Gon serra son bras, inspira profondément, et se reprit.

"Je suis désolé, Obi Wan, je ne sais pas ce qui s'est passé…

— Aucune excuse n'est nécessaire, Maître."

Maître Jinn n'insista pas, mais il s'interrogea néanmoins. Que s'était-il passé ? Il s'était senti submergé, une énorme vague de chagrin s'était écrasée sur lui, et il n'avait pas eu d'autre choix que d'évacuer cet excès d'eau. Il avait le sentiment qu'il avait pleuré aujourd'hui pour toutes les fois où il s'était retenu, où il était resté stoïque. Il se sentait à la fois vidé et rasséréné. Il sourit bravement à son padawan.

"Il est temps de rappeler Maître Yoda."

Sur sa couchette de fortune, Maître Asa "dormait" encore. Elle était toujours aussi inerte, la peau beaucoup trop pâle, couleur de cendre, les lèvres exsangues. On ne distinguait absolument aucune respiration, c'était vraiment dérangeant. Par acquis de conscience, Qui Gon chercha un pouls. Rien. Il se mordit la lèvre. Il espérait que Yoda avait raison. Il craignait qu'elle ne fut réellement morte. Il frissonna. Il la connaissait peu. Bien sûr, chaque décès de Jedi était triste. Mais il avait envie de mieux connaître Maître Ue. Il soupira et s'empara du communicateur.

"Maître Jinn, répondit aussitôt Yoda.

— Maître Yoda, salua Qui Gon en retour.

Il y eût un silence. Que pouvaient-ils se dire ? Il n'y avait rien de nouveau à propos des négociations, ni à propos de Maître Ue. Mais le troll le surprit.

— Des nouvelles des némoïdiens avez-vous ?

Les némoïdiens ? Ils étaient le dernier de ses soucis, actuellement !

— Aucune.

Il était épuisé et n'avait plus tout à fait les idées claires, mais il avait du mal à saisir le rapport.

— Vous pensez qu'ils sont derrière cette attaque ?

Yoda ne répondit pas, mais laissa échapper un grognement dubitatif.

— A leurs méthodes ça ressemble. Jamais de front ils n'attaqueront.

— Ils auraient fait appel à un chasseur de primes ?

Et donc, ils auraient mis une récompense sur la tête d'Asa. Mais pourquoi ? Il lui manquait trop d'éléments de réponses. Mais il fallait bien reconnaître que cette attaque, subite et précise, ressemblait tout à fait à une stratégie de chasseur de primes. Pourquoi Asa ? Et comment avaient-ils su qu'elle serait là ? Depuis des années, Asa se terrait dans le Temple, et à sa première sortie, elle était attaquée ? Était-ce vraiment le fait de la Fédération du Commerce, qui ignorait a-priori à quelle négociateur ils auraient affaire ?

— Très prudent tu dois être, souffla Yoda. Si tu peux, enquêter, tu dois. Mais la protection de Maître Ue ta priorité reste.

— Ça m'aiderait si vous m'en disiez plus, osa Qui Gon.

Il soupçonnait le Maître d'en savoir beaucoup plus que ce qu'il ne révélait.

— Trop longue histoire, c'est. Mais la Fédération tout pour mettre la main sur Maître Ue fera.

— Nous devrions la ramener au Temple. Puis nous reviendrons et mènerons ces négociations nous-même.

Yoda renifla bruyamment.

— La même Maître Ue que moi rencontré tu as ?

Qui Gon saisit aussitôt le sous-entendu. Qui obligerait Maître Ue à abandonner un projet qu'elle avait entreprit n'était pas né.

— Qui Gon.

Maître Jinn se redressa, surpris. Il était excessivement rare que Maître Yoda utilise les prénoms de ses chevaliers !

— Bien, elle va aller. La veiller, tu dois. Quelques jours de repos, prenez. Aucune inquiétude pour sa santé tu dois avoir.

Qui Gon jeta un coup d'œil sur la blessée et pinça les lèvres. Il n'en n'était pas aussi certain, mais que pouvait-il répondre ?

— Oui, Maître", soupira-t-il à nouveau.

Il éteignit le communicateur.

Obi Wan méditait, assis en tailleur à même le sol, à côté d'Asa. Qui Gon lui faisait confiance. Au moindre changement, son padawan l'avertirait. Il décida de trouver Administrateur. Il fronça les sourcils. Il semblait qu'Asa l'avait baptisé. C'était à la fois amusant et un peu contrariant. A l'image de celle qui avait pris cette initiative, donc. Il ne put retenir un petit rire s'échapper de ses lèvres. Dire qu'il se considérait comme un peu rebelle… Il songea aux sueurs froides qu'Asa avait dû donner au Conseil. Mais il se souvint également que quelques semaines auparavant, il ignorait tout de son existence, et qu'elle vivait cachée, recluse. Elle savait se montrer discrète. Quel genre de vie menait-elle ? Comment était-elle arrivée au Temple ? Autant de questions qu'il faudrait lui poser. Plus tard. S'il en avait l'occasion. Il chassa cette pensée noire de son esprit.

"Administrateur ?

L'insecte se retourna et lui fit face.

— Maître Jinn ?
— Maître Ue se repose. Elle aura besoin de diverses choses à son réveil.
— Nous les fournirons.

Qui Gon énuméra : de la nourriture, de l'eau, des draps, une robe… Mais cette liste ne faisait que retarder l'inévitable question.

— Connaissez-vous l'attaquant ?

Bien que son visage reste totalement inexpressif, le jedi put lire la frustration et la colère qui s'emparaient du neftien.
— Nous n'avons jamais donné l'autorisation à cette créature de venir ici. Il n'était pas attendu, il n'est pas le bienvenu. Nos soldats sont à sa recherche.
Qui Gon ne voulait pas mettre en doute les qualités des guerriers neftiens, mais il avait de gros doutes sur leur capacité à retrouver un chasseur de prime aussi agile. Il approuva toutefois ;

— Merci pour votre aide."

Administrateur s'inclina et attendit en silence que Qui Gon poursuive le dialogue.
Mais celui-ci n'avait plus rien à dire. Il s'inclina donc en retour et revint, en traînant les pieds, car il n'en n'avait nulle envie, dans la maisonnette où étaient restés Asa et Obi Wan.

Obi Wan méditait toujours, et Asa n'avait pas bougé. Qui Gon soupira. Il pressentait que le temps allait lui paraître long. Pour l'instant, le plus sage était sans doute de suivre l'exemple de son padawan. Il s'installa dos au mur, et tenta de méditer. La plupart du temps, il en était capable même dans les pires situations. Mais aujourd'hui, trop de pensées parasites encombraient son cerveau. Il abandonna après une dizaines de tentatives.

Il se releva pour constater que deux autres matelas de fortune avaient été apportés, ainsi que du linge, des jarres d'eau et deux assiettes de petits pains ronds. Il fut contrarié de n'avoir rien entendu, rien perçu. Il evait être plus fatigué qu'il ne l'avait pensé. Il s'installa avec Obi Wan à côté du lit d'Asa, et ensemble, ils burent un peu, et mangèrent. Ils furent repus en deux bouchées. Les pains étaient terriblement denses et dépourvus de goût.

"Croyez-vous que nous devrions tenter de faire boire Maître Ue ? Il fait terriblement chaud, ou nous n'avons aucun matériel médical pour l'hydrater…
La question d'Ob Wan était légitime, et Qui Gon prit une seconde pour réfléchir.

— Je suppose que oui, mais je ne veux pas la faire avaler, elle risque de s'étouffer.

— Je sais comment faire."

Le chevalier observa son padawan choisir un tissu le plus propre possible et l'humecter. Il approuva silencieusement la méthode, et le laissa faire. Il glissa quelques gouttes entre les lèvres de la blessée, qui n'eût aucune réaction. Il réitéra son geste de nombreuses fois, avant de changer de chiffon pour cette fois laver succinctement Asa. Avec délicatesse et application, il essuya son visage, ses bras, puis ses jambes. Qui Gon se dit qu'il voyait là les capacités que son padawan avait développées au contact des initiés et apprécia ce moment plein de sérénité. Ce fut un bâillement du jeune qui le ramena à la réalité.

"Couche-toi, Obi Wan, et je vais monter la garde. Je te réveillerai dans quelques heures, et nous échangerons.
Le padawan ne protesta pas, et traîna son matelas à l'autre bout de la pièce. Qui Gon installa le sien prêt du lit d'Asa, et une très loongue nuit commença.