Chapitre 4 : Mister Fantasmagorisco-mystique

Kuroo resta un long moment planté devant la porte du « Fukuro café », le regard braqué sur la pancarte, plus pour se contenir que pour l'amour de la contemplation. Il avait parfaitement conscience que de l'extérieur cela pouvait paraitre bien étrange de le voir immobile devant la porte, le dos droit et les bras tendus pour soutenir l'écharpe qui s'y trouvait posée. Il se décida enfin, inspira un grand coup, serra les fesses et s'habilla du masque le plus confiant dont il disposait. Il entra à l'intérieur, et se dirigea d'un pas assuré en direction du bar. Cependant, la cadence de son pas décéléra quand il commença à décrire l'individu se trouvant derrière : un jeune homme grand et bien battit- assez pour passer l'hiver en tout cas- des cheveux très courts et un visage reflétant au choix un apaisement d'une sagesse monastique ou un blase cosmique. Un sentiment de confusion étrange envahit le brun : après tout, il n'avait vu qu'une fois ce bel inconnu, et son esprit tordu aurait pu distordre le souvenir qu'il en avait. Cela lui était arrivé par le passé : une rencontre des plus charmantes tard dans la nuit, qui s'était avérée bien moins charmante quand il avait dû le retrouver lors d'un rendez-vous sobre et en plein jour…. Peut-être n'était-il pas si fantasmagorisco-mystique que cela?

Non, non c'était idiot ! Kuroo n'était certes pas des plus physionomistes, mais il n'était pas non plus dénué d'une aire visuelle et d'une mémoire fonctionnelle. En plus Akaashi-san avait les cheveux beaucoup plus longs, et il n'était pas si grand ! Voilà !

… Après il aurait pu se rendre chez le coiffeur et être actuellement sur un escabeau ? Non !

— Bonjour, bienvenue au Fukuro café, que puis-je faire pour vous ?

Kuroo fut totalement pris de court, son esprit avait bien trop pris de place pour qu'il s'aperçoive qu'il était enfin arrivé devant le bar, et qu'il fallait maintenant qu'il redevienne un être normé socialement.

— Euh… Bonjour.

Voilà, c'est bien, continu.

— Bonjour.

Silence.

— Akaashi-san ? échappa le brun sans vraiment avoir pris le temps de préparer une phrase complète dans sa tête.

Le jeune homme ne sembla pas plus que cela interpellé par l'interaction étrange qu'il était en train d'avoir. Il le détailla de haut en bas, sans pour autant sembler lui porter l'ombre d'un jugement, et reprit la parole d'une voix égale :

— Il est en pause pour le moment.

— Oh…

— Il est au fond là-bas, face à la fenêtre.

Kuroo se tourna dans la direction indiquée. Il échappa un sourire et son cœur bondit légèrement quand il reconnut la silhouette. Il était aussi rassuré de constater que oui, il avait une mémoire tout à fait fonctionnelle, et que le fantasmagorico-mystique n'était pas une totale invention de son esprit malade. Il remercia le barista d'une inclinaison de la tête et se dirigea vers la table du bel inconnu (plus si inconnu d'ailleurs, il fallait que cela lui rentre dans le crâne). À chaque pas le rapprochant de lui, un sentiment d'euphorie cafouillis montait en lui, sentiment infantile mais terriblement enivrant. C'était un savant mélange entre la joie que l'on ressentait en rejoignant ses copains dans la cour de récréer, la tension bouillante et éthérée de rencontrer sa star favorite et un je-ne-sais-quoi de premier rendez-vous.

Akaashi n'avait pas encore relevé la tête de son livre. Kuroo s'apprêtait à l'interpeller mais renonça, soudainement déstabilisé par le titre dudit livre, qui n'était autre que : « JENSEITS VON GUT UND BÖSE : VORSPIEL EINER PHILOSOPHIE DER ZUKUNFT » (sans les majuscules, mais Kuroo eut la très nette impression qu'on lui criait en allemand dessus quand il déchiffra ce qu'il était écrit).

— Oh… Kuroo-san. Ravis de vous revoir.

La voix profonde et caressante d'Akaashi suffit à sortir Kuroo de son atterrement.

— Akaashi-san.

Il ne put s'empêcher d'échapper un sourire. Il resta planter là un moment.

— Euh, je suis venue te rapporter ton écharpe, sortit finalement Kuroo d'une traite, sans même se soucier de la familiarité de son langage.

Le brun en face de lui ne sembla cependant pas s'en offusquer. Il hocha la tête et tendit les bras pour la récupérer. Une fois l'étoffe en main, Kuroo le vit agiter discrètement les narines, mais aucun traits de son visage ne trahit la nature de son jugement (ou s'il y avait jugement d'ailleurs). Avant même que Kuroo n'ait pu commencer à suranalyser cette étrange occurrence, Akaashi reprit la parole :

— J'ai encore un peu de temps avant de devoir reprendre le travail. Te joindrais-tu à moi Kuroo-san ?

Le concerné dut se mordre l'intérieur des joues pour ne pas laisser échapper un sourire benêt en entendant la familiarité s'introduire dans l'élégante élocution du brun.

— Avec plaisir.

Akaashi hocha la tête et lui présenta la chaise en face de lui. Kuroo ne perdit pas de temps et s'y installa.

— Je me permets de te couper dans ta lecture alors, quelle qu'elle soit.

— Oh ! Nietzsche, l'informa Akaashi.

— Oh mais oui, Nietzsche et son fameux « Jenuseitsu van gutu unda boissu »

Kuroo avait tenté son meilleur accent allemand, mais au moment où les mots sortirent de sa bouche il sut, sans l'ombre d'un doute, qu'il venait de faire insulte à tous les germanophones de la planète. Cependant, cela eut le mérite de surprendre Akaashi qui échappa même un rire, qui, bien que cela fut à son insu, ravit profondément le brun.

— Je vois que Monsieur est connaisseur, le taquina Akaashi.

— Oui, j'ai d'ailleurs particulièrement apprécié son œuvre « Ja nein Ich bin eine Kartoffel danke schön» du grand art.

Il vit le brun en face de lui se retenir d'exploser bruyamment de rire, mais il ne put cependant s'empêcher d'échapper un sourire amusé et quelque peu moqueur.

— Un chef-d'œuvre en effet.

— N'est-ce pas ?

Les deux jeunes hommes échangèrent un regard amusé, et un peu complice déjà.

— Et sinon, tu passes souvent ton temps libre à lire de la philosophie en allemand.

— Cela m'arrive en effet…

— Étonnant ? Et pourquoi t'infliges-tu cela alors ?

— Principalement pour les cours. Mais j'aime à le voir comme un loisir aussi.

— Mes condoléances…

Akaashi leva les yeux au ciel mais ne le contredit pas, un sourire amusé toujours dessiné sur ses lèvres.

— J'en conclus donc que tu n'es pas un fan de la littérature germanique.

— Fan non, je dois avouer que je n'y connais rien… Peut-être que si on me faisait la lecture je pourrais apprécier.

Kuroo ne put retenir un sourire malicieux de s'immiscer sur ses lèvres, et sa cavalerie lui fut récompensée quand il vit une lueur tout aussi malicieuse s'éveiller dans le regard de son vis-à-vis, mais il n'intervint pas. Le jeu en resterait là pour le moment.

— Sinon… T'aventures-tu à lire dans d'autres langues encore Akaashi-san ?

— Oh oui -il sembla réfléchir- anglais bien sûr… français aussi, italien, espagnol, et je commence à me mettre au grec…

Si Kuroo n'était pas assis, il en serait certainement tombé par terre. Sa stupéfaction et son honnête surprise firent presque rougir le brun face à lui.

— Mais… Tu parles toutes ces langues ? Genre… couramment ?

— Plus ou moins, annonça Akaashi comme s'il n'était pas du tout 1, 2, 3… Sextulingue ? Septulingue ? Y avait-il seulement un mot pour ça ?

Kuroo fut en panne d'humour, complètement soufflé.

— Bon, du coup je n'ai plus qu'à m'y mettre, tu pourrais me le prêter du coup ? demanda Kuroo en désignant l'ouvrage posé sur la table.

— Avec joie.

— En échange je pourrais te prêter « Guri to Guro », c'est vraiment une œuvre passionnante !

Akaashi fut pris de cours et échappa un rire discret.

— Oh je n'en doute pas.

— Et moi qui étais fière de mon baragouin vaguement anglais…

— Certes, mais c'est ma spécialité après tout…

— Ça n'en est pas moins impressionnant !

Akaashi le salua de la tête pour le remercier du compliment, luttant durement pour ne rien laisser paraitre du doux pétillement que la flatterie lui procurait.

— Je me suis fait une connaissance en cours, Chris, qui parle allemand ! Attends un peu et nous pourrons peut-être tenir nos prochaines conversations dans la langue de Goethe.

— Je m'en réjouis d'avance Kuroo-san.

Akaashi avait fini par détendre sa posture et tenait à présent son menton dans la paume de sa main gauche avec nonchalance, et ses yeux toujours piqués d'amusement commençaient à sérieusement déstabiliser Kuroo. Il s'empressa de reprendre la parole pour éviter de trop se laisser glisser :

— Après, avec mon histoire de bagage, j'ai aussi appris deux-trois notions de russe !

— Oh oui ! D'ailleurs, comment cela s'est-il passé ?

Kuroo se lança alors dans la description de ses aventures plus ou moins épiques (qu'il romança un chouïa pour maintenir l'attention de son public). Plus ses mots se déroulaient, et plus il sentait Akaashi s'ouvrir à lui. Kuroo ne put s'empêcher de mémoriser chaque infime détail qui accrochait à son regard : la façon qu'il avait de battre lentement des cils lorsqu'il écoutait, le pétillement de son regard, la grâce de ses gestes, le mouvement de ses doigts quand il replaçait une mèche d'ébènes derrière son oreille, la courbe discrète de son sourire, la tessiture de sa voix, la façon qu'il avait de joindre ses mains quand il prenait la parole… Et son odeur, son odeur qui semblait grandir chaque seconde autour de lui. Il la connaissait déjà, pour avoir passé plusieurs jours à son contact, mais elle semblait s'être étoffée, cette fragrance des forêts de pin sous un orage hivernal, de lilas et de mousse fraiche.

Ils continuèrent à discuter, sans vraiment que Kuroo ne puisse vraiment dire de quoi, puis, tout naturellement, le silence retomba. Akaashi leva les yeux vers la pendule, et croisa du regard ses collègues au bar.

— Je dois y retourner, annonça-t-il finalement.

Cependant, aucun d'eux n'esquissa un seul mouvement pendant plusieurs secondes. Kuroo dut mentalement se rappeler à l'ordre pour finalement lui répondre :

— Ok, je te laisse retourner bosser alors. Merci pour l'écharpe.

Akaashi, qui s'était redressé, inclina la tête pour accepter ses remerciements. Sur ses lèvres pendait un sourire que Kuroo ne l'avait pas vu quitter depuis un moment et qui faisait ploploter quelque chose dans sa poitrine, comme un bouillon placé des heures à feu doux.

— À bientôt. Kuroo aurait voulu que cela sonne avec détermination, mais sa voix avait plutôt pris les intonations d'une interrogation.

— Oui. À bientôt…

Le brun échappa un sourire, qu'il tenta de dissimuler (plus ou moins bien) lorsqu'il récupéra ses affaires pour se couvrir. Les deux jeunes hommes se séparèrent l'un de l'autre enfin, se saluant d'un léger mouvement de main. Quand Kuroo détourna le regard pour sortir et reprendre son chemin, il lui sembla que la gravité s'était faite moins pesante et que l'atmosphère était infiniment plus douce.

-/-

Nobuyuki Kai n'était pas de nature à juger hâtivement les gens, ou à juger quoique ce soit d'ailleurs. Pour une question d'éthique certes, mais également car c'était une activité qui demandait beaucoup d'énergie pour très peu de rendement. Cependant, il dut s'avouer que l'envie se fit sentir quand il vit se pointer devant le café un jeune homme. Tout allé bien jusque-là, mais les questions commencèrent à surgir dans son esprit quand, alors que plusieurs minutes venaient de s'écouler, ledit jeune homme n'avait toujours pas bougé, planté comme un piquet devant la porte d'entrée. Il se demanda même s'il ne devait pas sortir pour lui venir en aide, mais se ravisa très vite. Après tout, il était dans son droit et ne semblait pas particulièrement en détresse. Kai s'efforça de ne pas paraitre trop surpris quand l'individu pénétra enfin à l'intérieur. Il ne céda pas quand il le vit s'approcher du comptoir, un certain trouble au fond du regard. La tâche devint plus compliquée lorsque ce dernier lui demanda maladroitement si Akaashi-san était là. Il lui indiqua où se trouvait son collègue, et l'étrange garçon suivit ses indications sans même commander.

Kai resta ainsi, droit devant la caisse, en se concentrant autant que possible pour que son attention ne se tourne pas trop vers la scène qui était en train de se dérouler sous ses yeux. Il ne versait pas particulièrement dans le voyeurisme, mais l'événement avait de quoi attiser la curiosité.

— Yo !

Kai fut brutalement sorti de ses pensées par son collègue qui venait d'arriver.

— Komi-san, le saluât-il alors que le châtain passait derrière le bar tout en enfilant son tablier. Aussitôt, il reporta son attention vers le fond de la pièce.

Son acolyte suivit son regard :

— C'est qui ce gars ?

— Et pourquoi Akaashi sourit comme ça ? C'est flippant !

Le troisième partit, un jeune homme blond et élancé venait tout juste d'arriver lui aussi et c'était interposé entre ses deux collègues pour s'affaler sur le bar, d'où il pouvait toiser les deux zoziaux du fond de la pièce.

— Konoha-san, moins fort !

— Quoi ? Je dis juste ce qu'il en est, c'est qui ce type ?

— Je ne sais pas, il est venu voir Akaashi-san, annonça Kai à voix basse.

Konoha haussa un sourcil :

— Pourquoi faire ?

— Lui rendre son écharpe je crois…

Ses deux collègues se tournèrent vers lui d'un même mouvement, semblant tous deux tout aussi perplexes.

— Son écharpe ? insista Komi.

— Qu'est-ce qu'il foutait avec son écharpe ?!

Kai haussa les épaules, et décida de se trouver une activité pour échapper à la conversation qu'il sentait venir à grands pas et à laquelle il n'avait pas forcément envie de participer.

— Konoha ! Arrête de les regarder comme ça ! chuchota le châtain en tirant sur le bras du concerné.

— Des clients viennent de rentrer, observa Kai en regardant le blond.

Ce dernier comprit le message. Il leva les yeux et fit claquer sa langue, mais se saisit tout de même de son calepin avant de rejoindre la table où s'étaient installés les nouveaux arrivants, leur sortant son sourire le plus ardant, mais néanmoins très faux. Alors qu'il était en train de revenir avec les commandes, il se figea. Un son des plus improbable venait de leur parvenir. En croisant le regard de son collègue, il constata que la surprise était partagée. Le blond se dépêcha de retourner derrière le bar, il saisit Komi par le bras, l'amena à lui et lui murmura :

— Je suis dingue ou il vient de rire !

Le châtain lui paraissait encore trop sous le choc pour parler.

— C'est pas net…

— Ya clairement un truc qui se passe…

Kai ne répondit rien, même s'il n'en pensait pas moins.

— Mais il en a pas assez déjà ? s'insurgea le blond.

La remarque fit pouffer Komi, qui hocha la tête en signe d'accord.

Ainsi plusieurs minutes s'étirèrent, et chacune d'entre elles troublait de plus en plus le public clandestin de cette scène inexpliquée. Le paroxysme de l'improbable fut atteint lorsque les deux jeunes hommes durent se séparer, échangeant un signe d'au revoir avec une intensité dans le regard qui ne dupait personne. Une fois le mystérieux jeune homme disparu, Akaashi récupéra ses affaires et retourna au bar. Il avait repris les traits neutres et presque froids que chacun lui connaissait d'ordinaire. Il reprit ses activités comme si de rien n'était. Quand il comprit enfin que quelque chose clochait il focalisa finalement son attention sur eux :

— Il se passe quelque chose ? demanda-t-il d'une voix posée.

— Oui gars, oui, clairement il se passe quelque chose ! intervint Konoha, insistant sur chaque mot avec un dramatique qui lui était propre.

Akaashi fronça les sourcils.

— Je vais apporter les commandes, annonça Kai, fuyant ainsi les lieux.

— C'était qui ? demanda Komi, plus posément que son collègue, mais tout de même intrigué.

Akaashi tourna ses yeux vers la sortie, puis revint vers eux, son visage ne reflétant aucune émotion.

— Personne.

Konoha faillit s'étouffer :

— Mais Akaashi, on a des yeux, clairement c'était pas « personne », il insista sur le dernier mot mimant des guillemets sans lésiner sur l'exagération du geste.

Akaashi se ferma ostensiblement.

— Full poker face, murmura Komi, presque effrayé.

— Je ne vois pas où tu veux en venir.

— Pff, mais arrête ! Je te juge pas ni rien, mais clairement ya un truc !

Kai apparut de nouveau.

— Tu leur en as parlé ? demanda Komi à voix basse, réellement concerné.

— Komi ! le réprimanda le blond.

— Quoi je demande ! Du coup ?

Kai fit demi-tour et repartit.

À ces mots Akaashi se renfrogna :

— Non. Je ne vois pas pourquoi. On ne s'est vu qu'une seule fois. Deux maintenant. Je ne le connais pas, donc je ne vois pas pourquoi.

— Tu leur caches ? se scandalisa Komi.

— Non ! répondit fermement Akaashi. Je n'ai rien à cacher.

La voix du brun s'était faite grondante.

— Alors pourquoi tu caches son odeur ? intervint le blond. T'arrêtes pas de frotter tes poignets sur cette malheureuse écharpe, ça va finir par empester !

Akaashi retroussa le nez, exprimant un manifeste déconfort.

— C'est juste que…

Il tendit l'écharpe sous leur nez. Les deux jeunes hommes prirent instantanément la même expression.

— C'est quoi tout cet adoucissant, ça me pète le nez bordel !

Le brun acquiesça.

— Voilà. Je n'ai rien à cacher.

— N'empêche que ya pas rien.

— Si.

La réponse se voulait ferme en sans appel.

— Arrête ! Tu souriais comme un dingue, alors que normalement… Bah normalement tu fais cette tête plutôt.

Konoha désigna le brun qui affichait une mine profondément agacée et blasée.

Kai revint, mais cette fois il ne put éviter d'être pris à partie.

— Kai ! On est pas dingue ! Dis-lui que tu penses pareil !

Silence.

— Je suis désolé Akaashi-san. Mais je pense qu'ils ont raison.

Le brun était vaincu.

Il ferma les paupières et inspira profondément. Quand il ouvrit de nouveau les yeux, la froideur de ses traits s'était un peu dissipée, et on pouvait y lire maintenant une certaine vulnérabilité.

— Je comprends pas, intervint Komi, c'est pas grave non ? Il a quand même l'air de te plaire, et lui aussi a pas l'air désintéressé non plus. Et puis ils….

— C'est plus compliqué que cela, le coupa brusquement Akaashi. Il ne se passera rien. On ne se connaît pas. Il est certes charmant, mais c'est tout et ça en reste là.

— Mais, il te courtisait clairement là !

Akaashi regarda le blond dans les yeux, sa dureté vacilla légèrement :

— Je ne suis pas certain qu'il s'en soit aperçu, ou qu'il en comprenne les tenants et les aboutissants - il sembla se reprendre- même, on ne se recroisera peut-être jamais, je ne vois pas pourquoi je m'en embarrasserais.

Akaashi voulut reprendre le travail pour échapper à la conversation.

— Il sait quand même où tu travailles, marmonna Komi.

Konoha fronça les sourcils. Ce qui avait commencé comme étant une simple taquinerie prenait une tournure beaucoup plus sérieuse, et la réaction de son ami commençait à le rendre plus perplexe qu'il ne l'était déjà. La comédie avait assez duré. Sans plus de cérémonie, il se dirigea vers Akaashi, lui retira la tasse qu'il était en train de nettoyer des mains, lui saisit par le bras et l'entraina à sa suite. Ce ne fut que lorsqu'ils furent tous les deux seul sans la réserve qu'il fit volte-face.

— Bon allez arrête ton cirque ! Au début c'était rigolo, voyant comment tu réagis ç'a l'est moins, commença le blond d'une voix autoritaire, oh et puis merde arrête avec tes phéromones tu vas enfumer tout le café !

Le brun grimaça, ne lâchant rien de son entêtement, mais Konoha sentit son aura se faire moins pesante. Il soupira.

— C'est quoi le problème ?

Sa voix s'était attendrie, et cela suffit à faire faillir les défenses du brun.

— Rien.

Le blond leva les yeux au ciel, posa les mains sur ses hanches et toisa le brun d'un regard très peu impressionné.

— Ça a l'air. J'ai pas fait la remarque devant tout le monde, mais s'il est revenu avec ton écharpe, c'est que tu la lui as confiée !

Akaashi détourna les yeux, visiblement gêné.

— 'Kaashi. On sait tous les deux très bien ce que ça implique. Pourquoi t'as fait ça s'il t'intéresse pas ?

Aucune réponse.

— 'Kaashi ?

L'intéressé soupira avant d'avouer, à voix basse :

— C'était juste pour le protéger.

Les yeux de Konoha manquèrent de sortir de leur orbite :

— Pardon ? Juste le protéger !

— Comme tu es dramatique. Oui, il était complètement pommé, il allait passer par un endroit… bref, je ne pouvais décemment pas le laisser partir sans rien faire.

— Je te vois pas imprégner mes fringues à chaque fois que je quitte le boulot tard ?

— Ça ne signifierait pas du tout la même chose et tu le sais.

— Et là non ?

— Non. Il ne l'a surement pas remarqué d'ailleurs. C'est un bêta né hors meute, je suis même pas sûr qu'il ait deviné mon sexe secondaire et…

— Pas difficile à trouver pourtant, une telle tête de mule, commenta Konoha. Et c'est pas beaucoup mieux de faire ça dans son dos.

Akaashi marqua une pause, très peu amusé.

— Vas-tu cesser ? En quoi cela te concerne-t-il ?

— En rien on est d'accord mais ça m'emmerde que tu me mentes comme ça.

Les épaules d'Akaashi se détendirent.

— Je n'ai pas menti…

— Mais ?

— Peut-être que même si je ne le connais pas encore bien, j'apprécie sa compagnie… avoua finalement le brun.

— Ah !

— Mais.

— Mais ?

— Mais, ça ne tient pas qu'à moi non plus… Et puis...

— Et puis ?

— Et il n'a pas l'air coutumier de… ce genre de chose. Je ne sais pas s'il comprendrait ma situation non plus…

Konoha croisa les bras et s'adossa à une pile de carton.

— J'ai trop à perdre pour tout risquer, admit Akaashi. Surtout après ce qu'il s'est passé…

— Ok, je vois, je vois…

— Bon. Plus de remarque du coup.

— Mais !

— Pas de mais !

— Mais tu sais pas ce qu'il peut arriver !

— Si je sais : rien.

— Fais pas ton sale gosse.

— Je ne fais rien de tel.

— Juste… Te prends pas trop la tête ok. Parle-leur, déjà histoire de voir ce qu'ils en pensent ?

Il savait qu'Akaashi n'en ferait surement rien mais…

— Merci Konoha-san.

La politesse avait été adressée sur une note passive agressive qui ne passa pas inaperçue.

— Ok, ok, je m'en mêlerai plus !

Akaashi hocha la tête et le remercia, cette fois-ci sincèrement.

Malheureusement pour lui, Konoha ne tiendrait pas sa promesse.

-Fin du chapitre-

Prochain chapitre : Otto the sugar daddy

Le charmant « OTTO » hocha la tête et Kuroo rejoint le bout du comptoir. Il ne put empêcher son esprit de gamberger sur la question alors qu'il attendait sa boisson. Que pouvait-il y avoir de si drôle à appeler son collègue « OTTO » . Kuroo n'avait jamais été particulièrement fan des prénoms germanophones, mais celui-ci était tout de même bien laid. Ce ne fut que lorsqu'on l'appela pour récupérer sa boisson que la réponse lui apparut finalement :

— Otto-san… Daddy ! Sugar Daddy !

Eurêka, ses neurones avaient retrouvé la paix !

Il s'aperçut alors qu'il venait de parler à voix haute (et même de beugler) en constatant que l'entièreté des individus présents dans le café avait le regard tourné vers lui.

— Merde… Murmura le brun. Comme quoi il pouvait s'exprimer à voix basse quand il le voulait bien.

See you 😉