Résumé: Le charmant « OTTO » hocha la tête et Kuroo rejoint le bout du comptoir. Il ne put empêcher son esprit de gamberger sur la question alors qu'il attendait sa boisson. Que pouvait-il y avoir de si drôle à appeler son collègue « OTTO » . Kuroo n'avait jamais été particulièrement fan des prénoms germanophones, mais celui-ci était tout de même bien laid. Ce ne fut que lorsqu'on l'appela pour récupérer sa boisson que la réponse lui apparut finalement :
— Otto-san… Daddy ! Sugar Daddy !
Eurêka, ses neurones avaient retrouvé la paix !
Il s'aperçut alors qu'il venait de parler à voix haute (et même de beugler) en constatant que l'entièreté des individus présents dans le café avait le regard tourné vers lui.
— Merde… Murmura le brun. Comme quoi il pouvait s'exprimer à voix basse quand il le voulait bien.

Chapitre 5 : Otto the Sugar Daddy

Kuroo soupira profondément. Non il ne dormait pas, il reposait juste ses paupières ! Même si là maintenant, il aurait préféré dormir, plutôt que d'être debout (enfin assis mais éveillé) à devoir mobiliser les deux neurones qui voulaient bien répondre au rendez-vous à une heure si matinale. Au-dehors le soleil avait à peine pointé le bout de son nez. D'ordinaire, ses cours commençaient tous à une heure raisonnable, et il en était parfaitement satisfait. Alors pourquoi ? Pourquoi diable avaient-ils décidé de déplacer les cours à sept heures du matin ! Cela faisait pratiquement cinq ans que Kuroo n'avait pas dû se lever aussitôt, et cela lui était particulièrement douloureux. Il aurait bien été tenté de sécher les cours, mais le corps enseignant, qui n'était pas dupe non plus, les avait menacés de leur enlever des points sur leur note finale s'ils ne venaient pas. Par contre, niveau logistique, cela n'avait pas été bien calculé puisque la salle qu'on leur avait attribuée, minuscule et mal éclairée, arrivait à peine à faire rentrer tout le monde. De plus, Kuroo devait affronter cela seul. Chris, qui n'avait pas pris les mêmes options pouvait faire la grasse mat', pendant que lui était là, seul, à souffrir en silence. Quelle injustice ! Par chance, la seule place restante dans la salle était celle à ses côtés, et il se réjouissait déjà de ce petit bout d'environnement rien que pour lui. Il balaya du regard le reste de la pièce, commençant à reconnaitre ses collègues sans pour autant pouvoir les nommer. Il fronça les sourcils. Il ne voyait nulle part la diva agaçante. Ce pourrait-il qu'il n'ait pas entendu son réveille ? Ou pire qu'il n'ait pas eu le temps de rafraîchir sa manucure ! Quelle horreur ! Comment pouvait-il minauder et parader devant les filles en pâmoisons s'il n'avait pas la parfaite manucure assortit à son pardessus ! Kuroo pouffa, amusé par ses propres pensées.

Le karma lui fit très vite payer sa petite moquerie.

Alors que le cours s'apprêtait à commencer, la porte claqua dans le dos de Kuroo. Il se retourna vaguement, plus intrigué par le bruit que par l'individu venant d'entrée. Mais cet ordre se renversa très vite. Il eut du mal à le reconnaitre tout de suite, mais il manqua de s'étouffer de surprise quand il le reconnut : il s'agissait de la diva. Qui… bien étrangement, n'avait plus grand-chose de ce qu'il lui connaissait. Alors que d'ordinaire, il avait un style impeccable, cette fois Kuroo se demanda s'il n'était pas tout simplement venu en pyjama. Ses cheveux étaient en batailles, ses yeux cernés cachés derrière une grande paire de lunettes. Il portait un coupe-vent noir d'une élégance inexistante, un jean beaucoup trop grand pour lui, et une paire de baskets blanches usées. Ouf, lui qui pensait qu'il n'était pas du matin, il avait trouvé pire que lui. Son regard croisa celui de la diva quand ce dernier comprit où se trouvait la dernière place disponible. Il parut agacé de le constater, mais son habituel regard de condescendante méprise avait disparu. Il était juste… chiffonné, comme s'il n'avait pas eu l'énergie d'exprimer plus d'émotion. La diva s'approcha à son niveau et tira la chaise pour s'y assoir. Il retira sa veste, et Kuroo put alors découvrir le t-shirt qu'il portait en dessous, constellé de petits extraterrestres verts. Des ? Des extraterrestres verts oui. Ceux avec des têtes de ballon de baudruche et des yeux démesurés. Il jura avoir entendu la diva grogner quand il s'aperçut de son regard. Le brun détourna le regard, troublé, et il le resta jusqu'à ce que le cours commence.

Commença alors un combat perdu d'avance…

L'ennemi : un cours de biologie cellulaire disposé en anglais à 7 heures du matin.

Pour l'affronter : son niveau d'anglais qu'il avait revu à la baisse ces derniers jours, et ses deux neurones en éveils, qui ne faisaient clairement pas le poids. Il lutta quand même un bon moment. Mais alors qu'il pensait être en train de remonter la pente, apparut un graphique dont l'explication lui parut des plus nébuleuses. Il s'accrocha tout de même, et armé de son stylo, continua d'écrire. Mais les phrases disparaissaient de son esprit avant même qu'il n'ait pu les coucher sur le papier. Et peu à peu il sentit les mots l'ensevelir, le faire suffoquer, l'écrabouiller puis s'en aller.

Il finit par lâcher son stylo et échappa un discret soupire. Merde, ce n'était vraiment pas comme ça qu'il allait pouvoir avancer… S'il n'avait pas le cours qu'il n'était actuellement pas en train de prendre, comment allait-il faire pour passer l'examen ? Et ses parents qui comptaient sur lui ? Quel petit merdeux ! Vouloir se barrer à la ville comme un grand sans même assumer. Bientôt il serait à la rue voilà ! Et tout ça parce qu'il n'arrivait pas à se concentrer bordel.

Un bref grondement grave le sortit de sa spirale infernale. Il tourna le regard. Cela faisait deux fois que la diva faisait des bruits bizarres à son égard, bruit qu'il jurait n'avoir jamais entendu avant ce jour. Il croisa son regard, ne comprenant pas ce qu'il lui voulait. Il fut surpris de n'y lire aucune animosité, un vague désagrément tout au plus. Sous son regard médusé, il vit la diva rapprocher sa chaise de la sienne, ainsi que le reste de ses affaires, et incliner l'écran de son ordinateur pour qu'il lui soit visible. Kuroo resta un instant interdit. Il ne s'attendait vraiment pas à cela de la part de la diva. L'avait-il mal jugé ? Manifestement oui. Car à ce moment, il représentait à ses yeux le plus formidable être humain que la terre n'ait jamais porté. La diva n'avait rien dit, se contentant de continuer la rédaction de son cours. Kuroo remercia le jeune homme à voix basse, ce dernier réciproquant par un mouvement de tête. Kuroo s'empressa de récupérer sa feuille et de reprendre les notes. Plus il écrivait et plus il se promit de bâtir un temple à sa gloire : les notes étaient retranscrites plus ou moins en japonais et organisées parfaitement. Il ne se contentait pas de retranscrire ce qu'il entendait, il synthétisait l'information, faisait des liens avec le début du cours et organisait tout selon un code couleur que Kuroo n'eut aucun mal à décrypter. Bref, un chef-d'œuvre. Kuroo n'en revint pas de constater que bien qu'il n'ait pas l'air d'être du matin, il arrivait à solliciter assez de connexions synaptiques pour réaliser un tel travail. Et pour cela, il avait son immense respect. Il se demanda vaguement pourquoi la diva lui avait porté secours. Faisait-il si pitié que cela ? Il haussa les épaules pour lui-même : s'il attirait en effet de la pitié, peu importe tant que cela lui était profitable.

À la seconde où le cours prit fin, la diva remballa prestement ses affaires, enfila son coupe-vent et disparut avant même que Kuroo n'ait pu le remercier. Le brun baissa les yeux sur son cours, il était rare qu'il ingurgite autant d'info du premier coup, et pour cela, il se devait de remercier la diva. Il se jura de trouver un moyen de le faire plus tard…

La malédiction s'abattit de nouveau sur Kuroo le jour suivant. On leur avait annoncé dans la journée que le cours de travail dirigé de biochimie, normalement disposé le mercredi à l'heure très raisonnable de 13h, avait été déplacé le mardi matin à 7h45. C'était déjà trois quarts d'heure de gagnés par rapport au jour précédent, mais la douleur était tout de même de mise. Le scénario se répéta à peu près : Kuroo était toujours aussi décalqué, même si au final les quarante-cinq minutes avaient eu leur effet. Il y avait beaucoup moins de monde dans la salle, mais le siège à ses côtés était toujours vacant, vide du seul ami qu'il avait pu se faire et qui s'obstinait à le narguer avec ses grasse mat' à répétition. Comme le jour précédent, la porte claqua dans son dos, et il put reconnaitre la diva. Cette fois-ci, le jeune homme avait manifestement eu le temps de soigner son style, mais pas de mettre ses lentilles, comme en témoignait la grosse paire de lunettes perchée sur son nez. Il ne perçut chez lui aucune animosité, aucun agacement, juste une profonde lassitude. Il vint s'installer aux côtés de Kuroo, sans pour autant s'adresser à lui, et sans émettre de son inquiétant cette fois. Le brun prit cela pour une grande avancée, mais ne s'y attarda pas plus et focalisa son attention sur le cours. Il se laissa embarquer très vite, cette fois-ci, nul besoin d'une grande maîtrise de l'anglais, on parlait son langage : celui de la chimie. Certains souhaitaient qu'on leur parle de la pluie (et non pas du beau temps), lui voulait qu'on ne lui parle que de doubles liaisons saturées, de carbone et d'hydrogène. Il était dans son élément, et la sensation de ne pas se noyer sous la masse d'information lui arrivant dessus était des plus agréables. Pourtant il fut forcé de constater que ce n'était visiblement pas le cas de tout le monde. À côté de lui, la diva était en pleine crise de nerfs, sa prise de note était ponctuée soufflement exaspéré, ou autre marmonnement incompréhensible visiblement piqué de courroux. Le coup de grâce lui fut finalement porté lorsque la structure chimique inscrite au tableau fut effacée bien trop rapidement au goût de la diva, qui lâcha son stylo brusquement en maudissant la terre entière avant de s'affaler au fond de sa chaise en croisant les bras comme un enfant contrarié. Cette fois Kuroo ne put s'empêcher d'échapper un rire. La diva se tourna pour le fusiller du regard, mais il parut troublé en découvrant que ce dernier lui souriait, non sans moquerie certes, mais sans défi ni jugement non plus. Kuroo lui tendit les feuilles qu'il venait de rédiger pour les mettre au milieu de la table avant de se remettre à prendre le cours. La diva fit voyager de nombreuses fois son regard entre Kuroo et les feuilles qu'il venait de mettre à sa portée.

– Dépêche-toi tu vas être encore plus largué après. Lui chuchota Kuroo, sans pour autant détourner son regard du tableau.

Il sentit la diva le regarder encore un moment, mais il décida de ne pas affronter son regard. Finalement, le jeune homme à ses côtés détourna les yeux, avança les feuilles vers lui et se mit à recopier ce qu'il s'y trouvait. Il rattrapa rapidement son retard, mais continua de s'aider des notes du brun pour recopier les structures chimiques et autres formules tarabiscotées.

Bientôt la partie théorique prit fin et ils durent s'atteler à résoudre quelques exercices. Après avoir passé les dix premières minutes à travailler chacun de leur côté en silence, Kuroo vint finalement au secours de son voisin de table qui était de nouveau au bord de la crise de nerfs. Il vit qu'accepter qu'on lui vienne en aide était quelque chose de difficile à faire pour lui. Mais Kuroo ne s'en formalisa pas, et continua de lui apporter son aide sans que sa voix n'annonce aucun jugement. Il énonçait juste les faits. La diva finit par se dérider quand il s'aperçut que les explications venaient effectivement égailler sa compréhension. Sans même qu'il s'en aperçoive vraiment, il se mit lui aussi à interagir avec Kuroo, pour lui demander quelques explications çà et là, ou lui présenter son travail pour avoir sa validation. Le silence retomba finalement, et chacun retourna travailler de son côté. Cette fois, lorsque le cours prit fin, la diva ne s'enfuit pas sur le champ. Il rangea ses affaires sans se presser, et se couvrit sans hâte. Kuroo mit du temps à comprendre que son voisin prenait tout son temps pour pouvoir attirer son attention sans avoir à l'interpeller. Une fois que leurs regards se croisèrent, le châtain le salua pour le remercier, et sans rien dire, s'en alla. Kuroo le regarda faire, un peu déstabilisé par les événements. Il détourna finalement le regard, échappant un sourire. Finalement, être un individu social qui ne s'arrêtait pas si facilement sur ses préjugés avait du bon, et il en avait eu la preuve aujourd'hui.

Il étendit ses bras et commença lui aussi à ranger ses affaires. Il n'était pas particulièrement pressé, étant donné qu'il n'avait pas d'autres cours de la journée. C'est alors que son téléphone vibra dans sa poche. Un immense sourire, étrangement machiavélique, s'étendit sur ses lèvres. C'était une alerte de sa banque qui lui annonçait que le virement de sa mère venait d'être fait. Dédommagement pour l'accident du crabe. Il savait donc à présent à quoi il occuperait ses prochaines heures : reconstituer un semblant de garde-robe. Et à trouver des sous-vêtements, parce qu'il n'en pouvait plus de les laver tous les soirs pour en avoir un de propre le lendemain, un roulement sur deux caleçons, s'était très peu. Mais bientôt, le supplice prendrait fin.

Il se jeta dans le métro en direction de l'hypercentre, là surement trouverait-il le Saint-Graal. Il passa son voyage plus occupé à se demander quel nouveau style il allait adopter sans se soucier cette fois des autres passagers qui l'écrasait contre la fenêtre. Il réussit tout de même à libérer assez de place pour envoyer un snap à ses deux petites sœurs qui étaient d'ordinaire ses conseillères en style et ses partenaires de shopping. Les deux lui répondirent dans la foulée et il dut promettre de les tenir au courant de ses avancées. Il sourit et rangea le téléphone dans sa poche. Arrivé à la gare de Shibuya, ce fut la masse humaine plus que sa volonté qui le fit sortir de la rame. La première étape à laquelle il fut confronté fut de trouver quelle sortie, parmi les dix-neuf possibles, il devait emprunter pour sortir. Vraiment, entre la 13 A ou la 6 ouest, le choix était difficile. Il trancha et choisit la sortie numéro 5. Le mouvement de masse le porta comme les vagues roulant jusqu'à la rive. En atteignant enfin la surface, il fut immédiatement submergé par l'agitation ambiante. Il se demanda s'il se ferait un jour à l'atmosphère si atypique qui régnait au cœur de la ville : les immenses écrans géants comme une forêt remplaçant la ligne d'horizon, les buildings immenses et la jungle des panneaux publicitaires dans toutes les directions. Le bruit lui aussi était partout et venait de toutes les directions. Kuroo, même s'il n'était pas encore tout à fait familier de cette étendue urbaine des plus sauvages, commençait néanmoins à s'y ajuster.

Une fois l'immense carrefour traversé, il sortit son téléphone de sa poche : 10h30.

Bon, première chose à faire : trouver un endroit où prendre un café. Il était hors de question pour lui de faire quoique ce soit tant que son "caffeinomètre" était à plat. Le brun tourna alors dans une ruelle où l'affluence semblait un peu moins dense et partit en repérage. Il serait bien passé voir Akaashi-san, mais le "Fukuro coffee" n'était hélas, pas du tout sur son trajet. Il fallait donc qu'il trouve du neuf. Il laissa son regard voyager autour de lui sans pour autant ralentir le pas. Une devanture attrapa finalement son regard. Sa démarche étant plus rapide que son air visuel, il dut faire quelques pas en arrière pour détailler cette dernière: « Karasu no Caffee », le café du corbeau… Décidément, la mode devait être de donner un nom de piaf à son établissement. Il décida que cela devait être un signe et pénétra à l'intérieur.

L'endroit était somme toute des plus sympathiques. Kuroo se demanda bien qui avait eu l'audace de peindre la plupart des murs en orange, mais après quelques secondes d'habituations, cela lui parut moins choquant, presque agréable. Le brun se plaça dans la file et s'attela à détailler la carte visible au-dessus du comptoir. En baissant les yeux, son regard tomba sur l'individu se trouvant derrière le comptoir, et…il le reconnut. Kuroo fronça les sourcils. Son cerveau lui jouait-il encore des tours ? Non, impossible d'oublier le jeune homme aux cheveux argentés qui lui faisait face. Déjà parce qu'il avait un physique qui était plutôt reconnaissable, mais également parce que Kuroo ne pourrait jamais oublier son sauveur/médium ! Sans lui il n'aurait jamais su que la fragrance « réglisse et miel » lui seyait si bien. Leur regard ne s'était pas encore croisé, ce qui laissa un peu de temps à Kuroo pour réfléchir à la manière dont il allait l'aborder. Après tout, il n'était pas dit que ce dernier se souvienne de lui. Peut-être n'était-il qu'une petite brebis égarée parmi la foule d'autres brebis égarées que Sugawara-san avait secouru ! Peut-être n'était-ce pas lui, mais son jumeau: l'un travaillant au seven-eleven, l'autre dans un café à l'autre bout de la ville… Ou un sosie… Merde maintenant qu'il y pensait, cela avait finalement du sens…

— Bonjour, bienvenue au Karasu no Caffee, puis-je prendre votre commande ?

Le brun fut (une fois encore) pris de court. Comme aucune réponse ne lui parvenait, l'argenté leva les yeux. Kuroo lui sourit (un de ses sourires si typiques), et il se dit vaguement que si l'individu ne le reconnaissait pas, il allait surement lui sembler très très creepy. Ce ne fut heureusement pas le cas, le brun capta dans le regard de son vis-à-vis la seconde où il le reconnut et l'argenté lui sourit de toutes ses dents.

— Oh ! C'est toi ! Ravis de te revoir ! T'as l'air en meilleure forme que la dernière fois !

Kuroo le salua, comme s'il retrouvait un vieil ami.

— Pas difficile ! Au fait, merci encore pour la dernière fois ! Je t'en dois une !

— C'est vraiment rien ! Tu t'y fais du coup ? Tu prendras quoi ?

— Doucement, mais ça va. Un café latte s'il te plait.

— Parfait ! - Il se tourna pour s'adresser au barista-Un café latte s'teup - et tourna de nouveau son attention vers le brun- Ton nom ?

— Mon nom ?

— Pour la boisson.

— Oh ! Kuroo !

— Ok c'est noté ! il lui adressa encore une fois un ardant sourire. Ta commande arrivera au bout du comptoir !

— Ok, Merci Sug…

Les yeux du brun louchèrent sur le badge fixé au niveau de la poitrine de l'argenté. Étrangement, ce dernier n'indiquait absolument pas le nom qu'il lui connaissait. À la place était inscrit en romanji : « OTTO ». L'argenté suivit son regard et comprit finalement d'où venait le trouble de son vis-à-vis :

— Ah ! T'inquiètes, juste une blague débile entre collègues.

— Oh… Ok, à plus tard alors.

Il n'utilisa aucun nom, ne sachant pas vraiment lequel utiliser.

Le charmant « OTTO » hocha la tête et Kuroo rejoint le bout du comptoir. Il ne put empêcher son esprit de gamberger sur la question alors qu'il attendait sa boisson. Que pouvait-il y avoir de si drôle à appeler son collègue « OTTO » . Kuroo n'avait jamais été particulièrement fan des prénoms germanophones, mais celui-ci était tout de même bien laid. Ce ne fut que lorsqu'on l'appela pour récupérer sa boisson que la réponse lui apparut finalement :

— Otto-san… Daddy ! Sugar Daddy !

Eurêka, ses neurones avaient retrouvé la paix !

Il s'aperçut alors qu'il venait de parler à voix haute (et même de beugler) en constatant que l'entièreté des individus présents dans le café avait le regard tourné vers lui.

— Merde… Murmura le brun. Comme quoi il pouvait s'exprimer à voix basse quand il le voulait bien.

L'argenté, qui avait semblé tout d'abord éberlué, finit par exploser de rire.

— Chut ! On avait dit pas en public Kuroo-san.

Kuroo eut la terrible envie de disparaitre, de creuser un trou et de retrouver les entrailles de la Terre. Il se dit finalement que le meilleur moyen de surmonter sa honte, c'était de se l'approprier : il échappa un sourire malicieux et haussa suggestivement les sourcils, ce qui ne manqua pas de faire rire Sugawara-san une fois de plus. Une fois que tous eurent détourné leur attention de lui, il s'approcha de la caisse.

— Désolé pour l'affiche.

— C'est rien ! Et puis j'ai bien ri…

— Moi moins mais bon. Sinon j'avais juste, pour Otto ?

Le concerné hocha la tête, un sourire malicieux se dessinant sur ses lèvres :

— Déçu de ne pas avoir l'exclusivité de m'appeler « Otto-san » ?

— Presque !

Sugawara pouffa.

— Bon, sur ce, je vais disparaitre, je ne voudrais pas que les gens aient le temps de mémoriser mon visage.

— Je pense que c'est trop tard Kuroo-san.

— L'espoir fait vivre !

— Certes… À plus tard Kuroo-san !

Kuroo lui rendit son salut et quitta le café, ne se doutant absolument pas que ce « à plus tard » se montrerait plus à propos que ce qu'il aurait pu imaginer.

— Aah Tetsu ! Tu fais que nous montrer du basique là ! Je croyais que tu voulais changer de style !

— Grave mec, un peu d'audace !

Tetsurō leva les yeux au ciel, regrettant amèrement d'avoir accepté l'appel vidéo avec ses sœurs. Déjà, malgré qu'elles ne soient pas physiquement avec lui, elles avaient réussi à le trainer à travers les rues de Shibuya pendant une bonne heure. Il en était venu à entrer dans l'immense centre commercial de Shibuya 109, les bras déjà pas mal chargés. Il avait déjà abandonné l'idée de leur opposer une quelconque résistance. C'était plutôt simple : il n'avait pas le loisir de prendre ne serait-ce qu'une seule décision. Caméra arrière pour sélectionner les boutiques, caméra avant pour les essayages.

— Basique, basique, basique…

— Même tes calbuts sont basiques !

Kuroo haussa un sourcil.

— Ils ont besoin d'être autre chose que basique ?

— Oh oh, qui sait ?

La jeune femme fit tressauter ses sourcils de manière évocatrice.

Kasumi Kuroo (Katsu Katsu pour les intimes) était de deux ans la cadette de Tetsurō. Jeune femme libérée, indépendante et audacieuse, qui avait pour activités favorites de faire tourner la tête des garçons, et de tout faire pour emmerder son aîné. Forcé de constater qu'elle était plutôt bonne dans ce domaine, car sa méthode était effective même à des centaines de kilomètres de lui. Le rayon d'emmerdement de cette fille était décidément bien étendu.

— Tu pourrais trouver à en faire bon usage Tetsu !

Natsume Kuroo, la benjamine, elle non plus n'était pas en reste niveau emmerdement. Sous ses apparences de frêle et innocente lycéenne, se trouvait en fait un véritable démon.

— D'ailleurs, tu n'as pas trouvé de petit minois à ton goût ?

Tetsurō leur adressa un sourire des plus énigmatiques.

Il fallait qu'il soit prudent : s'il répondait négativement, ou très véhément, cela pourrait paraitre suspect. Cependant, le problème serait le même s'il éludait la question en évitant de rentrer dans son jeu. Il opta tout de même pour cette solution :

— Natsu, t'es pas censé être en cours ?

— Si… enfin non.

— Grave meuf, allume ta caméra, c'est chelou t'entendre ta voix et de pas te voir.

— Non mais ça va !

— Allume !

— Pourquoi ?

— Tu pourrais être en train de te défoncer au crack dans une ruelle, on voudrait bien savoir !

— Pas du tout dramatique ça !

— Vas y!

Tetsurō entendit sa benjamine souffler, mais elle finit par obtempérer.

Kasumi et lui découvrirent donc Natsume, dans ce qu'il semblait être une cabine de WC, en uniforme, ce qui ne laissait aucun doute quant à sa localisation géographique.

— Tu sèches encore ! s'insurgea son aîné.

— Ça va te coûter très très cher ça si tu veux pas que je le répet à la Mama.

— Ça va, ca va ! C'est les maths.

— Oh ! répondirent ses deux aînés à l'unisson.

En effet, alors que le commun des mortels avait en horreur les logarithmes et autres dérivés, Natsume elle, les adorait, et l'affection semblait réciproque. À un an et demi déjà, elle savait faire les divisions euclidiennes. Elle s'était attaquée aux équations à trois inconnues à douze ans à peu près, et à dix-sept ans maintenant, elle avait pour passetemps favori d'envoyer des critiques salées à des chercheurs en mathématique de l'université de Cambridge, ou bien d'Oxford, cela dépendait de son humeur. Il n'y avait donc aucun mal à ce qu'elle n'assiste pas à de pauvres malheureux cours de math de lycéen.

— Bon, revenons-en à nos moutons, Tetsu, ce t-shirt est nul, banal, basique, chiant.

— Ah carrément !

— Attends attends Natsu, intervint Kasumi, c'est quand même un must have, un peu comme la petite robe noire quoi !

Sa cadette échappa un petit rire mesquin :

— Tu te rappelles quand on avait fait essayer tes fringues à Tetsu ! Épique !

Kasumi échappa un rire, avant de sourire bêtement :

— Ah ouais grave, épique…

— Ta gueule ! T'es juste jalouse, elle m'allait super bien cette robe ! Ça me faisait une chute de rein d'enfer ! s'insurgea Tetsurō.

— J'avoue c'était pas mal…

— Tiens, bah voilà ! Ça m'irait bien une petite robe à fleurs, c'est pas banal ça ! plaisanta le brun.

— Désolé, je crois que nous n'avons pas de robe à ta taille….

Kuroo sursauta en entendant la voix dans son dos. Il n'eut nul besoin de se retourner pour reconnaitre l'individu qui se trouvait derrière lui.

— Daddy !

Il regretta instantanément ses mots.

— Est-ce qu'il vient d'appeler ce type « Daddy » ? murmura Kasumi.

— Oui… On aurait peut-être dû insister sur les caleçons…

Kuroo coupa le micro de son téléphone.

— J'ai dit pas en public Kuroo-san !

— Désolé, je ne peux plus m'en empêcher maintenant, lui répondit-il.

Sugawara lui adressa un clin d'œil.

— Nos chemins se croisent, de nouveau, observa le brun.

— En effet.

— Du coup, tu travailles dans tous les magasins de la ville ou dois-je m'inquiéter ?

— T'inquiéter pour ?

— Ma survie ? Otto, ça fait pas mal nom de tueur en série aussi.

Un sourire des plus diaboliques se dessina lentement sur les lèvres de l'argenté. Kuroo sentit son sang commencer à se glacer. Mais instantanément, les traits de Sugawara s'adoucir (ce qui n'en était pas moins effrayant).

— Non, c'est juste que les loyers sont astronomiques ici.

— Ah, ouais…

— Et puis, si je t'avais choisi comme victime, j'aurais quand même été un peu plus discret… ajouta l'argenté, le sourire toujours aux lèvres.

Kuroo déglutit difficilement.

— Bon - Sugawa fit claquer ses mains- voyons ce que je peux faire pour toi !

Il recula et détailla le brun de la tête aux pieds, il le fit tourner plusieurs fois sur lui-même avec un air des plus sérieux.

— Je reviens ! annonça-t-il avant de disparaitre dans un rayon adjacent.

Kuroo hocha la tête et alluma de nouveau le micro.

— C'est qui ce type ! hurla sa sœur.

— Rooh tu me pètes les tympans putain !

— Réponds !

— Rien, un type que j'arrête pas de croiser… Si ! Tu sais le gars qui m'avait aidé au seven-eleven !

— Oh ! répondirent ses sœurs en cœur.

— Mais qu'est-ce qu'il fout là ?

— Il bosse…

— Oui je me doute mais…

Kuroo n'entendit pas la fin, il coupa le son en voyant Sugawara revenir vers lui, les bras chargés de vêtements.

— Tiens !

Il lui fourra les vêtements dans les mains avant de le trainer en direction des cabines d'essayage. Avant même que son cerveau n'ait pu correctement traiter l'information, il se retrouva à l'intérieur de la cabine.

— Bah vas-y essaye !

La voix de Natsume le fit revenir à lui, il posa son téléphone sur la chaise se trouvant à l'intérieur et commença à retirer son pantalon. Il fut cependant stoppé dans son action quand les cris de terreur de ses deux sœurs lui parvinrent.

— Ah mes yeux !

— Mec, on a pas décidé d'avoir tes fesses en gros plan !

Kuroo échappa un sourire des plus malicieux et fit tomber son jean sur ses jambes avant d'approcher ses petites fesses du téléphone. Il explosa de rire en entendant un nouveau cri de dégouts :

— Ça fait plaisir !

— Allez arrêtes, épargne-nous cette vision d'horreur et dépêche-toi de te changer !

Kuroo retourna le téléphone et obtempéra, sans manquer d'échapper un petit ricanement.

Il regarda les articles face à lui, pas bien sûr de ce que cela allait donner sur lui.

— C'est bon ? demanda Kasumi après plusieurs minutes, visiblement impatiente.

Kuroo reprit le téléphone, le portant face au miroir. Instantanément une expression de surprise et d'appréciation se manifesta sur leur visage.

— Oh ! Mec ! Ça te va trop bien !

— Grave !

— Vous trouvez ?

Le brun se toura devant le miroir, lui revoyant son reflet. Il était à présent vêtu d'un pantalon cargo noir, un débardeur oversize qui certes, n'était pas des plus laids, mais laissait diablement passer les courants d'air, et d'une veste noire lui arrivait quasiment aux genoux.

— Grave ! Ça fait un peu Bad boy ! Tech wear, pas mal.

— C'est un peu ton style de base mais un peu plus recherché !

— Ça fait un peu long sur long non ?

— Non c'est stylé !

— Achète !

Il n'eut pas le loisir de douter plus longtemps car ses cadettes se mirent à chanter en cœur pour le pousser à la consommation, et elles ne s'arrêtèrent que lorsqu' il finit par céder. Après tout, ça ne lui allait pas si mal.

Quand il sortit de la cabine, Sugawara avait disparu. Il le chercha du regard un moment, avant de finalement reprendre la conversation avec ses sœurs, qui semblaient avoir été particulièrement inspirées par ce dernier essayage.

Ce ne fut que de longues heures plus tard, les bras chargés et un compte en banque sacrément amoché, qu'il ressortit de nouveau du centre commercial. Ils n'avaient pu ressortir que parce que ses sœurs avaient fini par lui lâcher la grappe. Au-dehors, le crépuscule venait de tomber, colorant le ciel d'une myriade de nuances orangées. Il n'eut cependant pas le loisir de s'adonner à la contemplation, prit dans le tumulte des passants pressés. Il se laissa porter et se dirigea vers la station de métro la plus proche. Il fut cependant vite assailli par la densité de foule et tenta de rejoindre des chemins moins empruntés. Ce fut sans compter son sens de l'orientation désastreux, qui l'obligea bien vite à sortir son téléphone afin qu'il puisse retrouver son chemin. Le fourbe le fit bifurquer moult fois, l'entrainant de plus en plus dans des ruelles étroites. Il hésita finalement quand son google map le somma de traverser ce qui semblait être l'entrée des enfers : une minuscule venelle lugubre, où seul le néon bancal d'une petite épicerie était visible. Il hésita, et finalement, gonflant le torse, s'y engagea. Tout se passa bien jusqu'à ce qu'une porte s'ouvre brusquement sur sa droite, crachant violemment à son visage l'agitation sonore et le tumulte olfactif d'une cuisine de restaurant. L'individu qui venait de sortir referma la porte derrière lui et releva le regard.

— Bordel, dites-moi que c'est une blague !

— Kuroo-san !

Devant lui ne se tenait autre que Sugawara-san, lui souriant de toutes ses dents.

— Quelle étrange coïncidence, commenta-t-il finalement, ne semblant pas le moins du monde perturbé par le fait que leurs chemins se soient croisés non pas une, ni même deux, mais bien trois fois dans la même journée.

— Oui…

Le silence s'installa furtivement. Finalement, peut-être qu'il n'était pas le seul à trouver la situation étrange. Il détalla un instant le jeune homme face à lui, dont les traits commencés à trahir une grande fatigue.

— Euh… Tu travailles aussi ici ?

— Ah non ! Pas cette fois ! J'ai un pote qui travaille ici. Je suis juste venue lui subtiliser de la bouffe. L'informa-t-il en lui désignant la poche en plastique entre ses mains.

— Habile, commenta le brun. Oh. Hum, merci pour tout à l'heure, j'ai pas eu le temps de te remercier avant de partir.

— Oh c'est rien.

L'argenté lui sourit. La journée avait dû être longue pour lui, se dit Kuroo, constatant que son sourire avait perdu de son énergie. Demeurait cependant une extrême douceur qui n'avait pas quitté la courbe de ses lèvres.

— Et toi, qu'est-ce que tu fais là Kuroo-san ?

— Oh… Je me suis pommé.

L'argenté échappa un pouffement.

— Tu vas où ?

— Je cherche le métro.

— Ok, j'y vais aussi, on peut y aller ensemble si tu veux, c'est pas à côté.

Kuroo acquiesça et ils partirent ensemble.

Les premières minutes de marches se firent en silence, avant que quelques bribes de conversation ne commencent à s'établir, pour finalement se consolider jusqu'à évincer le silence.

— Je sais pas ce qui est le plus improbable, la valise à Moscou ou cette histoire de crabe !

— Franchement j'hésite, quoique cette histoire de valise m'a permis d'apprendre un peu le russe. Sait-on jamais, peut être que cette histoire pourrait m'ouvrir les portes d'un poste à l'embrassade dans un futur plus ou moins proche.

— Certes, et puis ça pourrait toujours servir si tu te retrouves au goulag, un accident diplomatique est si vite arrivé.

Kuroo haussa un sourcil avant d'éclater de rire.

— Ça sonne étrangement comme une menace dit comme ça, remarqua le brun avec humour.

L'argenté haussa les épaules :

— Qui sait, peut-être qu'Otto se trouve être mon véritable nom, et que je suis un espion russe envoyé pour éliminer un possible terroriste qui a tenté de porter atteinte à la nation avec un crabe en état de putréfaction, suggéra Sugawara, ne lâchant pas son sourire qui soudainement paraissait des plus inquiétant.

— Est-ce qu'on t'a déjà dit que tu étais assez terrifiant ?

Sugawara sembla déstabilisé par le commentaire mais finalement explosa de rire.

— Hm, je cache en généralement bien mon jeu, même si j'ai ouï dire que je terrifiais les enfants de quatre à six ans.

— C'est précis comme tranche d'âge.

— Je travaille toujours avec précision.

— Et bien, me voilà impressionné Sugawara-san, les enfants sont après tout des créatures bien démoniaques.

— On m'appelle Von Helsing dans le métier.

Kuroo pouffa.

— Otto Von Helsing ? Désolé, je me contenterai du Sugawara si ça ne te chagrine pas.

— Juste Suga ça ira alors.

Il lui sourit, et Kuroo en fit de même.

— Pas de Daddy du coup ?

L'argenté rit à son tour.

— Suga-Daddy non ? Ça passe ?

— Suga tout court ça ira très bien.

— Bon, si je n'ai pas le choix, va pour Suga.

Le silence retomba, plus doux cette fois. La nuit était tombée. Ils avaient rejoint un quartier plus résidentiel, loin des buildings et des panneaux publicitaires. Ici, l'horizon était fait de petites cases de lumières découpées par les fenêtres des maisons et de quelques réverbères dont la lumière orangée éclairait le pavé.

— Et sinon, pour le reste, tu t'y fais ?

— Le reste ?

— Hmm

— Tu veux dire depuis la fois où tu m'as trouvé à moitié en larme au milieu d'un rayon ? Oui depuis ça va mieux. Je ne sursaute presque plus quand on m'aboie dessus.

Suga échappa un petit rire.

— Aboyé dessus ? Excuse-moi Kuroo, je n'avais pas compris que tu venais d'une région si reculée qu'il n'y avait pas de chiens, plaisanta l'argenté.

— Ahah, amusant ça ! fit Kuroo. Non, genre, des alphas.

Suga haussa un sourcil.

— Désolé si c'est trop intrusif mais, tu viens d'où exactement ?

— Oh, un bled au sud de Sapporo.

Sugawara parut un instant pensif :

— Pourtant je croyais qu'il y avait un grand clan de Sô-kita sur l'île d'Hokkaido…

Kuroo le regarda, éberlué. Sa surprise sembla troubler l'argenté plus que lui ne l'était :

— Des Sô quoi ? reprit le brun.

Sugawara s'arrêta de marcher pour lui faire face.

— Des Sô-kita, tu sais, les omégarchies ? Il y en a plus beaucoup mais je pensais que certains clans avaient subsisté.

Kuroo n'y comprenait vraiment rien, comme si on venait de lui annoncer que les extraterrestres avaient envahi la terre il y a de cela des dizaines d'années et qu'il n'en savait rien.

— Des omégarchies ?

Sugawara sembla si atterré qu'il en avait perdu l'usage de la parole.

— Euh….

— Attends, attends, juste… Je pensais pas que…

— Oui je sais, mon savoir sur tout ce qui est sexes secondaires, autres que le mien, et très limités j'avoue, le coupa Kuroo. Genre, je sais juste ce que j'en ai appris à l'école, et encore le sujet et pas très vastement abordé.

— Et… jamais parlé d'omégarchies ? Ou des autres je sais pas, comme les premiers clans de Yama-kita du Kansai ou des meutes de Sô-shi ?

Des ? Meutes de Sô-shi ?

— Euh… non.

Un long silence s'installa entre eux. L'atmosphère se détendit ostensiblement lorsque Sugawara éclata de rire.

— Je commence à remettre en doute toute mon éducation scolaire, avoua le brun, qui lui ne riait que très peu.

— Je vois pourquoi ! Mais du coup qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école chez vous ? Que les alphas sont des grands types vénères et baraqués qui ne pensent qu'à se foutre sur la gueule, et les omégas des petites choses sans défense qui ne pensent qu'à se reproduire ?

— Euh… À peu près oui…

Les rires de l'argenté redoublèrent d'intensité. Kuroo le regarda se tordre d'hilarité, comprenant bien que son manque d'éducation en était la cause, mais sans pour autant en saisir la subtilité humoristique.

— Ouf, désolé désolé ! parvint à dire l'argenté presque à bout de souffle.

— Je crois que tu vas devoir refaire mon éducation sur ce sujet Otto-san.

— Ça sonne terriblement mal comme ça, mais ça me semble nécessaire !

Sugawara s'appuya sur ses genoux pour se redresser et se remit en marche.

— Bon. Leçon, numéro 1 : tous les alphas ne savent pas aboyer.

— On me l'avait déjà dit ça…

— … Et ceux qui peuvent le faire ont parfois la politesse et le contrôle pour ne pas le faire à tout bout de champ. Par exemple moi : ce n'est pas parce que je peux le faire que je ne suis pas pour autant un être civilisé. Ceux qui t'ont aboyé dessus son juste des malappris, pour être polis.

La phrase dut repasser plusieurs fois dans la tête de Kuroo avant qu'il n'en saisisse le contenu.

Le premier préjugé que Kuroo avait sur les alphas venait de s'effondrer :

Préjugé n° 1 : Les alphas sont des forces de la nature, des Godzilla-kun bourrus et agressifs.

Bien forcé de constater que ce n'était pas forcément vrai, car Sugawara-san ne répondait à aucun de ces critères. Préjugés n° 1 : poubelle.

— Oh… j'avais pas réalisé que…

— Je le sais, ne t'en fais pas.

— Merde, quand même… Désolé.

— Pff, c'est rien, j'en ai vu d'autres. Et puis, t'as pas l'air non plus d'être bien au fait.

— Ouais… Tu me diras ça explique pourquoi tu m'as sniffé la première fois qu'on s'est rencontré.

Suga pouffa :

— Je n'avais pas réalisé que l'événement t'avait tant marqué.

— Quand même, mon premier sniffage.

— Désolé de t'avoir volé ce moment si particulier, plaisanta l'argenté.

Ils rirent cette fois-ci de concert. Ce ne fut qu'à ce moment-là que Kuroo s'aperçut qu'ils étaient arrivés à destination.

— C'est ici que nos chemins se séparent, annonça Sugawara.

— Ouais, euh… à plus tard

— Avec la chance qu'on a, ça ne risque pas d'être dans bien longtemps !

— Ouais… Ça te donnera l'occasion de continuer tes leçons du coup.

— Attends, je sais !

Suga fit glisser son sac à dos et fouilla à l'intérieur. Il sortit un petit carnet sur lequel il griffonna avant d'arracher la page pour la tendre à Kuroo. Il y était inscrit « CAPE » en lettre capitale, suivie de ce qui semblait être une adresse.

L'invitait-il à rejoindre une secte obscure ?

— C'est quoi ?

— C'est… un genre de club.

— Un genre de club ?

— Ouais, tu verras, je me dis que le meilleur moyen d'apprendre, c'est de voir comment ça se passe vraiment de l'intérieur disons.

De l'intérieur ? Pas du tout énigmatique ça comme explication

— On se retrouve le jeudi soir, à 19h30.

Kuroo regarda le bout de papier un long moment. Il ne savait pas bien ce à quoi il s'engageait en acceptant, et puis, certes Suga était un type sympathique, mais à part ça, ils ne se connaissaient pas plus que ça. Ses doutes s'apaisèrent un peu lorsqu'en relevant les yeux, il croisa le regard bienveillant de son vis-à-vis.

— Ok, merci…

— À jeudi alors ?

— Yep, à plus !

Et ils se séparèrent. Une fois dans le métro, Kuroo en profita pour taper le nom de cet étrange club sur internet, histoire de quoi il en retournait. Cependant, le résultat de la recherche le laissa plus troubler qu'autre chose :

CAPE Tokyo : Club Amateur de Pétanque Européenne.

Dans quoi s'était-il embarqué encore…

— Fin du chapitre—

Ah et bien on commence à voir du monde ! On en verra encore plus au prochain chapitre ! On commence vraiment à rentrer au cœur de l'histoire.

Prochain chapitre : CAPE

Le véritable nom caché derrière cet acronyme, nous le connaissons déjà, mais pas Kuroo. En tout cas pas encore.

« Plus il y pensait, et plus cela devenait étrange… Non, cette histoire de pétanque n'avait aucun sens… Et s'il s'agissait d'une couverture de cartel ? Sous les pistes de pétanques peut-être était-il dissimulé des tonnes de cocaïne ? Ou pire, du trafic d'armes ? Ou même d'être humain ? Méfiant, Kuroo avait tout de même décidé de se rendre jusqu'à l'adresse indiquée, rien que pour faire du repérage… »