On va enfin découvrir le point d'Alice ! Bella et Alice vont se revoir, mais les choses ne vont pas se passer tout à fait comme prévu ;)

Bonne lecture

Chapitre 5

« Ce n'est pas celui qui a les plus belles chaussures qui gagne le 100 mètres. C'est celui qui court le plus vite. »

- Alice !

Alice releva brusquement la tête et posa un regard courroucé sur Jasper. C'était la troisième fois qu'ils s'arrêtaient en plein milieu d'un morceau.

- Quoi ?

- On peut savoir ce que tu fais ?

Alice soupira, agacée. Elle faisait n'importe quoi.

- Je joue au scrabble, ça ne se voit pas ?

Jasper la regarda d'un air exaspéré, et répondit :

- Si, ça se voit, et si ce n'était pas trop te demander, est-ce qu'il serait possible que tu joues de la batterie pendant la prochaine demi-heure ? Tu auras tout le temps de finir ta partie de scrabble après la répétition.

Alice se renfrogna, mais ne répondit rien. Ce n'était pas son jour. Ils reprirent le morceau qu'ils avaient interrompu par sa faute et Alice tenta de faire le vide dans son esprit. Lorsque sa baguette lui glissa des mains, elle s'écria :

- Mais putain, c'est pas possible, merde !

De rage, elle jeta celle qu'elle tenait encore dans la main par terre. Jake la dévisagea, incrédule et amusé. Il était rare qu'Alice soit d'aussi mauvaise humeur, et il ne l'avait encore jamais vue perdre patience de la sorte. Encore moins être vulgaire ! Jasper soupira et déclara :

- Vous ne croyez pas qu'on devrait arrêter là pour aujourd'hui ?

Alice ne dit rien mais se tassa sur son siège et Jake répondit :

- Si, t'as raison, de toute façon, même si Alice ne faisait pas que de la merde, sans Leah, c'est un peu inutile d'essayer de faire quoique ce soit.

Alice lui lança un regard noir, tentant de l'intimider, mais elle échoua lamentablement. Même après la sortie qu'elle venait de faire, elle n'était pas crédible dans le rôle du « bad guy ». Jake se leva et commença à ranger sa basse. Alice alla récupérer ses baguettes, attrapa sa veste et son sac et grommela un vague « Salut » avant de quitter la pièce. Une fois dehors, elle respira l'air frais à plein poumons, soulagée d'être à l'air libre. Elle voulait rentrer chez elle et dormir. Ou peut-être regarder un dessin animé. Despicable me ? C'était sans compter sur la ténacité de Jasper. Il était vraiment pénible quand il s'y mettait.

- Héla ma belle, tu ne crois quand même pas que tu vas t'en tirer à si bon compte ?

Alice ne put retenir un petit rire. Elle était vraiment naïve d'avoir cru qu'elle pourrait rentrer chez elle regarder tranquillement un dessin animé en mangeant des popcorns. Elle ne pourrait pas échapper à Jasper aussi facilement. Ce mec était une vraie sangsue quand il avait une idée en tête. Comment avait-elle pu le supporter toutes ces années ?

- A quoi tu penses ? Tu fais une de ces têtes !

- Je me demande pourquoi toi et moi on est amis !

Jasper prit un air faussement vexé et répondit malicieusement :

- Parce que je connais tes points faibles ! Je t'offre des sushis ?

Elle ne refusait jamais des sushis. Question de principe. Et Jasper le savait très bien ! Damned, ce qu'il pouvait être hérissant ! Elle tenta tout de même une vague résistance, pour la forme :

- Et je peux savoir en quel honneur ?

- Pas en l'honneur de ta prestation de tout à l'heure en tout les cas ! Allez, fais pas ta chieuse et viens.

- Bon… ok. Mais c'est bien parce que c'est toi.

Jasper sourit, passa son bras autour de ses épaules et l'entraîna vers le métro.

Alors que le serveur s'éloignait après avoir pris leur commande, Jasper regarda Alice sérieusement et lui demanda :

- Bon, tu vas dire à Jasper ce que tu as sur le cœur ma grande ?

Alice ne put s'empêcher de lui lancer un regard moqueur.

- Tu ne peux pas t'empêcher d'avoir l'air gay ?

- Mais je suis gay, pourquoi voudrais-tu que je n'en ai pas l'air ?

- Certes…

- Et ne détourne pas le sujet, dis-moi ce qui te tracasse.

Alice le regarda avec son air le plus triste et déclara solennellement :

- Je suis dégouttée… William m'avait promis de quitter Kate pour fuir avec moi… Je croyais en lui…

Jasper la menaça de ses baguettes et Alice lui sourit de manière narquoise, contente d'elle. C'était tellement agréable d'agacer Jasper.

- Bon ok, puisque tu veux tout savoir… Je suis en colère contre moi-même.

- Pourquoi ?

- Parce que je me suis fait avoir comme une bleue vendredi dernier. Et ça m'enrage ! Comment j'ai pu être aussi conne ?

Jasper la regardait sans vraiment comprendre :

- Euh, tu ne voudrais pas être un petit peu plus explicite, parce que là, j'avoue que je ne te suis pas trop.

- Tu ne crois tout de même pas que je vais te mâcher le travail ?

- Euh… ben ce serait bien si.

- J'ai servi de plan cul !

Jasper se mit à rire. Alors celle-là, elle était bonne.

- Tu déconnes ?

- Noooooooon !

Jasper éclata franchement de rire. Alice était la championne des plans cul, et c'était vraiment trop drôle de la voir se faire prendre à son propre jeu.

- Vas te faire foutre Jasper.

- Mais avec plaisir.

Alice lui tira la langue et continua son repas sans le regarder. Lorsqu'il se fut remis de son fou rire, il reprit :

- Attends mais raconte ! Qui a réussi cet exploit ?

Alice ne répondit pas, se contentant d'engloutir un sushi.

- Bon ok. Laisse-moi deviner alors. Mmmh… Fille ou garçon ?

- Fille.

- Ah tiens, c'est marrant, vu ton humeur cette semaine, j'aurais plutôt parié sur garçon.

Alice haussa un sourcil, étonnée :

- Pourquoi tu dis ça ?

- Je suis très observateur tu sais… Je peux dire à ta tête le samedi matin si tu t'es envoyé une fille, un garçon ou les deux.

Alice laissa tomber le sushi qu'elle maintenait en équilibre précaire avec ses baguettes dans la coupelle de sauce et jura.

- Je n'ai jamais fait de plan à trois, et tu le sais très bien !

Jasper lui fit un clin d'œil en rétorquant :

- Je n'ai pas dit en même temps !

- Et je peux savoir en quoi ma tête te permet de faire ce genre de conclusions ?

- Je ne sais pas… Juste ce petit air satisfait de toi lorsque tu as ramené une fille.

Alice faillit s'étrangler avec son sushi imbibé de sauce. Jasper se mit à rire et elle le foudroya du regard. Il ne se laissa pas intimider et revint à la charge :

- Et je la connais cette charmante demoiselle qui t'a fait perdre la tête ?

Alice soupira et se résigna. De toute façon, Jasper ne la laisserait pas en paix avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire, autant s'épargner de longs moments de souffrance.

- Ben… tu vois les trois filles qui sont là tout le temps au bar quand on joue : la blonde plantureuse, la petite avec les lunettes et la belle brune timide ?

- Oui, je vois très bien… Elles trainent avec 3 mecs sacrément bien gaulés.

Alice laissa échapper un petit rire avant de poursuivre :

- Tu te souviens que tu es rentré dans la belle brune et qu'elle a renversé son verre sur moi vendredi dernier ?

- Ah oui, je me souviens, c'était très rigolo, elle avait l'air tellement désolée, la pauvre. Alors que c'était de ma faute !

- Oui, et bien, elle m'a aidée à nettoyer mon tee-shirt et puis… et puis on est sorties fumer une clope et … elle m'a raccompagnée chez moi… et…

- Et quoi ? Vas-y continue !

- Et elle m'a littéralement sauté dessus !

- Tu déconnes ? La brune qui a l'air tellement timide ?

- Oui… Je peux t'assurer que vendredi soir dans mon lit elle n'était pas timide du tout.

- Eh ben… ça alors. Je n'aurais jamais dit qu'elle était lesbienne.

- Moi non plus…

Jasper regarda attentivement Alice avant de s'étonner :

- Et donc si j'ai bien compris, elle était partie quand tu t'es réveillée ?

- Oui.

- Intéressant.

Alice lui lança un regard irrité, ce qui n'empêcha pas Jasper de continuer son interrogatoire :

- Et est-ce que tu sais comment elle s'appelle ?

- Oui.

- Et me ferais-tu l'honneur de le partager avec moi ?

- Bella.

- Bella ? Mmmh, ça lui va bien. C'est marrant, je pensais qu'elle avait un copain.

- Moi aussi. Enfin bon c'est peut-être le cas. J'en sais rien. Je m'en fous.

Jasper ne put s'empêcher de rire à nouveau :

- Si tu t'en fous, pourquoi tu fais la gueule depuis une semaine ?

- Mais tu ne te rends pas compte ? J'ai servi de plan cul à une hétéro qui voulait mettre du piment dans sa vie sexuelle. C'est dégradant.

- Si ce n'est que ça, ne t'en fais pas, tu t'en remettras, crois-moi. Mais dis-moi, c'était bien au moins ?

Alice rougit et Jasper en fut intrigué. Ils avaient l'habitude de partager les moindres détails de leur vie sexuelle et Alice faisait assez rarement preuve de timidité.

- C'était pas mal.

Elle ne développa pas.

- Et tu comptes la revoir ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Pourquoi faire ?

- Ben je ne sais pas… si tu t'es laissée draguer, c'est bien qu'elle t'attire non ?

Alice ne dit rien pendant un moment avant de répondre :

- Non.

Jasper eut un sourire en coin. C'était la première fois qu'il voyait Alice aussi perturbée par une rencontre, et c'était surtout la première fois qu'elle se laissait séduire par quelqu'un, du moins de ce qu'il savait. Il était intimement persuadé que ce n'était pas la dernière fois qu'il entendait parler de cette Bella.

Alice rentra chez elle en trainant les pieds. Elle n'avait pas envie d'aller à la gym suédoise avec Jasper. D'où il allait à la gym suédoise d'ailleurs ? C'est un truc de fille ça, la gym suédoise. Elle était fatiguée et elle aurait voulu faire une sieste. Elle posa ses clés sur le bar et alla s'écrouler sur son lit. Jasper l'avait profondément agacée avec son air de Monsieur Je sais Tout. Elle était en colère ! Elle s'était laissée avoir par cette belle brune comme une débutante. Elle n'aurait jamais dû lui proposer d'aller fumer une clope. Elle n'aurait jamais dû se laisser embrasser, et encore moins la laisser entrer chez elle. Elle n'avait pas l'intention de se laisser manipuler par cette fille et il était hors de question qu'elle la rappelle. Elle ne laissait jamais son numéro de téléphone quand elle s'en allait en douce après une nuit sans lendemain. C'était encore plus cruel de laisser croire à la personne qu'elle pouvait l'appeler, alors qu'elle ne signifiait rien d'autre qu'une nuit de sexe. Il était hors de question qu'elle se laisse avoir ! Après tout, un plan cul reste un plan cul même si c'était elle qui s'était faite manipuler. Elle soupira. Elle regarda sa montre et constata qu'il ne fallait pas qu'elle traîne. Si elle était en retard, Jasper allait venir la chercher chez elle pour être sûr qu'elle vienne… Mais quelle sangsue ce mec ! Il ne pouvait pas aller se trémousser tout seul à la gym suédoise ? Elle n'était pas d'humeur. Elle enleva son tee-shirt et en attrapa un autre dans sa penderie. Elle se dirigeait vers sa salle de bain lorsqu'on frappa à sa porte. En parlant de sangsue… Elle grommela et alla ouvrir.

Elle s'apprêtait à faire demi-tour pour laisser entrer Jasper lorsqu'elle constata que ce n'était pas son meilleur ami qui se tenait devant elle mais… Bella. Elle se figea, plongea ses yeux dans ceux de la belle brune, paniqua face à l'intensité de son regard et… lui claqua la porte au nez. Mais quelle conne ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle soit à moitié à poil ? De colère, elle jeta son tee-shirt à l'autre bout de la pièce. Merde, merde, merde. Qu'est-ce qu'elle allait faire maintenant ? Bella était de l'autre côté de la porte, se demandant probablement pourquoi elle lui avait claqué la porte au nez. Enfin, elle était probablement déjà partie depuis longtemps. Elle se figea à cette pensée. Elle ne pouvait pas la laisser partir avant de lui avoir demandé… Demandé quoi ? « Pourquoi tu t'es payée ma tête, connasse ? » Non sûrement pas. « Tu as oublié quelque chose ? », « c'était tellement bien que tu reviens même en pleine journée ? ». Non plus. Et puis merde, après tout, au point où elle en était…

Elle rouvrit la porte, et voyant que Bella se dirigeait vers les escaliers, elle s'élança dans le couloir et s'écria :

- Bella !

Celle-ci se retourna brusquement et dévisagea Alice une fois de plus, la confusion évidente sur son visage. Le claquement sonore de sa porte d'entrée fit sursauter Alice. Elle se figea. Non. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien avoir fait pour que le sort s'acharne sur elle de la sorte ? Elle se retourna et se dirigea vers sa porte pour confirmer ses soupçons. Eh oui, bien joué. Elle appuya son front contre sa porte d'entrée et laissa échapper un petit rire. Mais quelle conne.

- Alice… Qu'est-ce qu'il se passe ?

Alice frémit en entendant le son de la voix de Bella. Celle-ci était clairement perdue. Elle s'empressa de lui expliquer la situation :

- Mes clés, mon téléphone portable, le tee-shirt que j'allais mettre et mes chaussures sont à l'intérieur. Je suis enfermée dehors à moitié nue.

Bella laissa échapper un petit rire nerveux et répondit :

- Tu as un compte sur Vie de Merde ? Parce que si tu n'en as pas, tu peux peut-être t'en créer un pour l'occasion.

Alice rit de bon cœur. Elle n'avait vraiment pas de bol. Et pour couronner le tout, elle allait devoir expliquer tout ça à Jasper qui ne manquerait pas de se payer sa tête pendant au moins trois décennies. Elle regarda sa montre et demanda à Bella :

- Est-ce que tu peux me prêter ta veste ? On va aller récupérer un double de mes clés, mais il faut qu'on se dépêche.

Elles n'échangèrent que quelques mots pendant le trajet en métro, riant de la situation. Elle était en chaussettes et quasiment nue sous la veste de Bella qui était légèrement trop grande. Elle devait avouer que c'était plutôt comique.

Elle regardait Bella à la dérobée, échangeant quelques regards amusés ou timides. Elle se sentait comme une collégienne inexpérimentée, et rougissait lorsque Bella la surprenait en train de la regarder. C'était dingue l'effet que cette fille pouvait avoir sur elle. Elle était complètement déstabilisée. Et elle n'aimait pas ça.

Elle frappa à la porte de Jasper, priant intérieurement pour qu'il ne soit pas déjà parti à la gym suédoise. Celui-ci ouvrit la porte, la dévisagea de la tête aux pieds, surpris de la voir là et son regard se posa ensuite sur Bella :

- Alice, je ne m'attendais pas à te voir… habillée de la sorte… et en si charmante compagnie… Bella j'imagine ?

Bella leva des sourcils étonnés, et rougit comme une pivoine. Elle hocha la tête pour confirmer. Jasper avait l'air de s'amuser comme un fou. Il poursuivit, leur bloquant le passage :

- Tu es nue sous ta veste, Alice ? Je t'ai déjà dit cent fois que je n'étais pas intéressé !

- Ta gueule Jasper, laisse-nous entrer.

- Mais avec plaisir… Je sens que ce que tu as à me raconter va me faire beaucoup rire.

Il ne fit plus de commentaires et se contenta de lui apporter tout ce qu'elle lui demandait sans broncher. Le salaud ! Il savait qu'il allait pouvoir se moquer d'elle à n'en plus finir et gardait un silence amusé. Elle pouvait le voir à ses fossettes et à cet air sadique dans ses yeux. Il lui tendit un tee-shirt et elle le déplia devant elle.

- Tu ne vas quand même pas me forcer à mettre ça ?

Il lui fit un grand sourire innocent et répondit :

- Je ne vois vraiment pas ce qui te gène. Bella, qu'est-ce que tu en penses ? Le rose lui va bien non ?

Bella ne put s'empêcher de rire, amusée par la situation. Alice se résigna, non sans avoir lancé un regard outré à ses deux acolytes et enfila le tee-shirt « I am not gay, I just like this color ».

- Bon, j'imagine que je peux oublier la gym suédoise ? Je vous sers un thé ou un café ? Vous n'allez tout de même pas repartir si vite ?

Alice secoua la tête. Il fallait voir le bon côté des choses, elle avait au moins échappé à la gym suédoise. Après avoir lancé un regard interrogateur à Bella qui hocha la tête pour toute réponse, elle se laissa tomber sur le canapé et déclara :

- Un lapsang pour moi ! Et que ça saute. Et je veux des gâteaux avec.

Lorsqu'Alice eut fini de raconter leur mésaventure à Jasper, celui-ci se gratta la tête et lui demanda en fronçant les sourcils :

- Il y a une chose que je n'ai pas bien comprise… Pourquoi tu lui as claqué la porte au nez exactement ?

Alice rougit jusqu'aux oreilles, et Bella ne fut pas en reste. Jasper avait toujours le don de la mettre mal à l'aise. Elle lui lança un regard meurtrier et marmonna :

- Tu me revaudras ça !

Elle lui jeta un coussin à la tête. Il esquiva et prit un air choqué. Elle ne le laissa pas remuer le couteau dans la plaie et s'écria :

- Mais j'étais à moitié nue, je pensais que c'était toi à la porte… Alors j'ai paniqué !

Bella et Jasper se mirent à rire et celui-ci contra :

- Excuse-moi, mais maintenant il y a deux choses que je ne comprends pas ! La première, c'est pourquoi ça ne te dérange pas que moi, je te vois à moitié nue ? Arg, c'est dégouttant ! Et la deuxième, c'est : mais qu'est-ce qu'il t'a pris alors de rouvrir la porte sans avoir remis un tee-shirt ?

Alice rougit comme une tomate et se prit la tête entre les mains. Un jour, elle se vengerait au centuple.

- Vas mourir Jasper !

Tous les trois se mirent à rire. La situation était vraiment comique et Alice n'en revenait pas d'avoir pu agir aussi stupidement. Cela faisait deux fois qu'elle interagissait avec Bella, et cela faisait deux fois que son comportement était complètement irrationnel. Ça promettait… Lorsqu'ils eurent repris leur souffle, Bella demanda timidement :

- Vous vous connaissez depuis longtemps ? Vous avez l'air… proches.

Alice échangea un regard complice avec Jasper et répondit joyeusement :

- On se connaît depuis qu'on a 7 ans. Je lui ai sauvé la mise et il m'est éternellement redevable.

Jasper se racla la gorge et ajouta :

- Elle exagère un peu, mais oui, cela fait une vingtaine d'années que je supporte cette petite peste.

- Oh, si peu. Allez Jasper, sois sympa, raconte à Bella comment on est devenus amis ! Je pense qu'il vaut mieux que tu le fasses toi-même, je risquerais d'exagérer.

Elle lui sourit de toutes ses dents et échangea un regard malicieux avec Bella. Celle-ci semblait beaucoup s'amuser. Alice détourna les yeux, troublée et se mordit la lèvre. Jasper se lança dans son récit :

- Alice et moi faisions partie du chœur d'enfant de l'opéra quand nous étions petits.

Bella leva les sourcils et l'interrompit :

- Du chœur d'enfant ? Tu veux dire que vous chantiez à l'opéra… que vous chantiez dans des opéras ?

- Oui, exactement. Nous avions des répétitions tous les mercredis après-midi à l'opéra, et lorsqu'il y avait une production avec des enfants, nous passions une audition pour participer.

- Ouah… Eh ben…

Bella lança un regard admiratif à Alice, qui lui sourit de toutes ses dents.

- Au départ, je n'aimais pas trop Alice. C'était la chouchoute de notre chef de chœur, et comme elle était toute petite, elle avait beaucoup de succès auprès des metteurs en scène. C'était une vraie petite peste à l'époque.

Alice lui tira la langue pour toute réponse et il poursuivit :

- L'année de mes 11 ans, je me suis rendu compte de mon attirance pour les garçons, car je suis tombé amoureux d'un de nos camarades.

Alice commença à rigoler et Jasper lui lança un regard noir.

- Disons que ma déclaration ne s'est pas vraiment passée comme espéré, et que je me suis pris le premier râteau de mon existence. Le problème, c'est que le petit con est allé répandre partout que je lui avais demandé de l'embrasser. Je ne te raconte pas les quolibets que j'ai subis. J'étais mortifié. D'autant plus que je ne comprenais pas pourquoi c'était mal de ressentir ce que je ressentais.

- Euh, Jasper, je te rappelle que ce n'est pas mal.

- Oui, enfin bon, toujours est-il que c'est remonté jusqu'à notre chef de chœur qui en a parlé à mes parents et a menacé de me virer du chœur.

Jasper s'arrêta pour boire une gorgée de son thé et Bella attendit patiemment qu'il reprenne son récit.

- Pour moi, ne plus aller à l'opéra, c'était la punition ultime. C'était comme une seconde maison pour moi. Un jour, après une répétition, Alice m'a trouvé en train de pleurer dans les toilettes.

Il s'arrêta à nouveau et regarda Bella sérieusement :

- Euh, Bella, on est d'accord, tu ne racontes cette histoire à personne, sous aucun prétexte ?

Bella hocha la tête et Alice répliqua :

- Jasper tu es pathétique.

- Je t'emmerde. Je suis sensible, c'est tout. Bon et donc, Alice m'a trouvé et je lui ai raconté mes malheurs. Et là, à ma plus grande surprise, au lieu de se moquer de moi comme tout le monde, ou pire d'être dégouttée, elle a proposé qu'on fasse semblant de sortir ensemble pour éloigner les soupçons.

- A onze ans ? Mais vous êtes un peu précoces vous deux !

- Surtout Alice, moi j'étais très platonique à l'époque !

- Ouais, d'accord. C'est pas moi qui ai voulu violer un pauvre petit enfant à 11 ans !

- Et moi je compte pas ?

- Mais j'ai pas voulu te violer !

- Ah oui, et pourquoi tu me forçais à t'embrasser alors ?

- Pour qu'on soit crédibles !

- C'est ça, je suis sûre que tu étais folle amoureuse de moi !

- Dans tes rêves.

Bella se mit à rire. Alice sourit. A chaque fois qu'ils racontaient cette histoire à quelqu'un, cela finissait en pugilat. Jasper interrompit le cours de ses pensées en s'adressant à Bella :

- Et dis-moi Bella, je me demandais, les charmants garçons avec qui tu viens au bar, ils sont célibataires ?

Alice ne put retenir la remarque :

- Très subtile Jasper.

- Oh, eh, ça va hein, je me renseigne.

- Oui, ben heureusement que ce n'est pas ton métier !

Bella interrompit leur nouvelle dispute d'un air amusé et répondit :

- Il y en a un qui va se marier l'année prochaine, mais les deux autres sont célibataires.

- Ah oui, lesquels ?

- Le grand brun costaud. C'est l'ex de Rosalie.

- Rosalie ?

- La grande blonde.

- Ah oui, qu'est-ce qu'elle est canon elle !

Alice se mordit aussitôt la lèvre. Bella lui lança un regard qu'elle ne put déchiffrer et elle se mit une claque mentalement. Mais quelle conne ! Elle ne pouvait pas tenir sa langue deux minutes ? Elle n'en avait rien à cirer de la grande blonde et maintenant Bella allait penser… Elle allait penser quoi au juste ? Et d'ailleurs, pourquoi elle était venue la voir à la base ? Avec tout ce qui s'était passé, elles n'avaient pas vraiment pu discuter. Jasper la sortit de sa rêverie en lui tapant sur la cuisse :

- Alice ? ça va ?

- Oui, oui, pardon. Je vais aller faire un tour aux toilettes. Je reviens.

Elle s'enferma dans la salle de bain de Jasper et s'appuya un instant contre la porte. Elle soupira. Elle redoutait le moment où elle se retrouverait seule avec Bella. Comment devait-elle réagir ? Est-ce qu'elle devait évoquer ce qu'il s'était passé entre elle ? Faire comme si de rien n'était ? D'habitude, quand elle tombait par hasard sur un de ses coups d'un soir, elle faisait comme si de rien n'était et agissait comme avec n'importe laquelle de ses connaissances « salut, comment vas-tu ? … ». Mais elle n'avait pas croisé Bella par hasard dans la rue ou dans un bar. Bella était venue la voir chez elle. Elle devait donc avoir quelque-chose à lui dire. Et Bella n'était pas n'importe lequel de ses coups d'un soir. Elle soupira de nouveau et se passa de l'eau sur le visage.

Lorsqu'elle arriva dans le salon, elle trouva Bella et Jasper en grande conversation. Elle se racla la gorge et déclara :

- Il va falloir que j'y aille. Jasper, je te remercie pour ton magnifique tee-shirt et tes tongs trop grandes. Je te ramène tout ça la prochaine fois qu'on se voit.

- Ça marche.

- Bella ? Est-ce que tu veux … ?

Elle ne finit pas sa phrase et se dandina un peu sous l'œil attentif de Jasper. Bella se leva d'un bond et répondit :

- Oui, je te raccompagne. C'est quand même à cause de moi si tu dois sortir dans la rue habillée comme ça. C'est la moindre des choses.

Le trajet en métro parut durer des heures à Alice. Heureusement, la densité de population dans le wagon rendait impossible toute forme de conversation. Lorsqu'elles arrivèrent devant la porte de son immeuble, Alice s'arrêta et regarda Bella dans les yeux avant de lui demander :

- Est-ce que tu veux monter ?

Elle attendit anxieusement la réponse de la belle brune, sans réussir à identifier laquelle des deux options l'angoissait le plus. Bella sembla hésiter puis répondit fermement :

- Si ça ne t'embête pas.

Alice ne savait pas si ça l'embêtait ou non, elle se contenta donc d'ouvrir la porte et d'entrer dans le hall.

Elle indiqua le canapé à Bella et déclara :

- Je vais me changer, j'arrive.

Elle referma la porte de sa chambre derrière elle et se précipita vers son armoire, paniquée. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir mettre ? Quelque-chose de classe sans être trop coincé ? Quelque-chose de décontracté ? Quelque-chose de sexy ? Elle fouilla fébrilement dans ses vêtements, complètement paniquée. Quelle idée d'avoir autant de tee-shirt ! Elle fit les cent pas dans sa chambre pour tenter de se calmer et respira profondément. Mais qu'est-ce qu'elle avait à se mettre dans tous ses états aujourd'hui ? Bordel, elle ne pouvait pas agir rationnellement ? Exaspérée par son manque de sang-froid, elle attrapa un tee-shirt au hasard et l'enfila avant de sortir de sa chambre.

Elle proposa à boire à Bella qui déclina poliment et s'assit sur une chaise en face d'elle. Elle attendit que celle-ci dise quelque-chose, mais Bella semblait définitivement muette, les yeux rivés sur le sol. N'y tenant plus, elle se lança :

- Pourquoi tu es venue me voir ?

Elle se mordit la lèvre. Elle s'était exprimée de manière plus agressive qu'elle ne le souhaitait. Bella cilla, rougit et répondit :

- Je… je ne sais pas trop.

Elle s'arrêta et Alice eut envie de lui sauter dessus. Pour la taper ou pour l'embrasser, elle ne savait pas. Cette fille lui mettait les nerfs à fleur de peau, c'était insupportable. Avant qu'elle n'ait pu faire quelque-chose de stupide, Bella poursuivit :

- Je… je voulais m'excuser… d'être partie comme je l'ai fait.

- Pourquoi ?

- Je voudrais… enfin, je me demandais si tu serais d'accord pour… enfin… pour me laisser une chance d'apprendre à te connaître ?

Alice resta muette un instant. Elle ne savait pas si son cœur avait cessé de battre ou s'il battait tellement vite qu'elle ne le sentait plus. Elle se sentit rougir et se maudit d'être aussi… sensible ? Elle n'était jamais sensible, et il n'était pas question que cela commence aujourd'hui. Elle se racla la gorge pour se reprendre, tenta de cacher son trouble et finit par répondre d'un ton qu'elle voulut le plus détaché possible :

- Si ça te fait plaisir.

Son ton légèrement cassant ne parut pas gêner Bella dont le visage s'illumina d'un large sourire à sa réponse.

Alice referma la porte derrière Bella. Elle lui avait donné son numéro de téléphone et la belle brune lui avait promis de l'appeler le lendemain matin pour lui donner rendez-vous plus tard dans la journée. Dans quoi s'était-elle encore fourrée ? Elle ne pouvait pas se laisser aller à ce sentiment agréable et chaud et doux qui l'envahissait lorsqu'elle y pensait. Cette fille n'allait lui attirer que des ennuis. Cela avait déjà commencé. Elle ne la connaissait même pas qu'elle faisait déjà des folies pour elle. Elle était sortie de son appartement en soutif pour lui courir après ! Depuis quand faisait-elle des choses pareilles ?

Elle soupira, contrariée, mais se dirigea en sautillant jusqu'à son lit, attrapa son portable et appela Jasper.