Résumé du chapitre : Kuroo recroise la route de quelqu'un dont il avait perdu la trace, mais que son cœur n'a jamais oublié.
Chapitre 9 : Sérendipité
Kuroo sortit momentanément de son coma postprandial pour jeter un coup d'œil à son téléphone : 14h27. Il avait encore le temps… Son prochain cours n'était que dans plusieurs heures, et il devait encore attendre que Chris le rejoigne pour se mettre en route. Il pouvait encore profiter de l'atmosphère calme régnant à l'intérieur du O2 Ramen, le petit restaurant tenu par Nishinoya et Azumane. Les clients avaient déserté les lieux, le couple était dans la cuisine, afféré à laver les restes du dernier rush. Sugawara, dans l'embrasure de la porte ouverte, discutait jovialement avec ses amis sans pour autant mettre la main à la pâte. Sawamura, Tsukishima, Yamaguchi et lui-même, affalés sur une banquette au fond du restaurant, regardaient d'un air vague la télévision suspendue au-dessus du comptoir. Le volume était bien trop faible pour pouvoir suivre ce qu'il était dit, mais les images parlaient pour elles-mêmes. Ils laissaient les vues des côtes japonaises ensoleillées défiler devant leurs yeux, se laissant baigner par l'ambiance apaisante dégagée par les images.
— Hmm, la mer me manque, affirma plaintivement Yamaguchi tout en laissant sa tête retomber sur l'épaule de son compagnon.
Tsukishima tourna la tête comme il le put :
— On est sur une île, je vois pas comment ça peut te manquer… En plus on y était-ce week-end.
Yamaguchi fronça les sourcils :
— Où ça ?
— À côté de l'aquarium.
— Non mais c'est pas pareil ! s'écrièrent en cœur les trois autres.
— Tu vas pas comparer la baie de Tokyo avec ça ! continua Yamaguchi en désignant du doigt la télévision.
Tsukishima échappa un soupire en levant les yeux au ciel :
— Ok ok, ça va.
Le silence retomba, et leurs regards se focalisèrent de nouveau sur la télévision.
— Oh ! C'est la plage de Katsurashima ! intervint de nouveau Yamaguchi.
Il tourna son regard vers Sawamura et reprit:
— Tu te souviens quand on y allait l'été avec Suga ?
— Je me souviens surtout quand t'as failli tomber du bateau en voulant récupérer ton chapeau ! lui répondit l'interpellé, un sourire moqueur aux lèvres.
— Mais je l'aimais trop ce chapeau !
— C'est où? demanda finalement Kuroo.
— Sur une des îles d'Urato, dans la baie de Matsushima, lui répondit le plus jeune.
— Dans la préfecture de Miyagi ?
Yamaguchi et Daichi hochèrent la tête.
— Hmm, j'y suis jamais allé… Mais c'est vrai que la mer me manque aussi… Pas que je n'aime pas Tokyo, mais je pense pas que j'y passerai ma vie… En attendant j'attends les vacances dans la famille pour retrouver ma cambrousse.
— J'adorai retourner vivre là-bas, intervint Sawamura rêveusement.
Kuroo échappa un sourire.
— Pourquoi vous êtes partis du coup ? demanda-t-il.
— Pour le travail de Suga, il trouvait pas là-bas, du coup on s'est dit qu'à la capitale il aurait plus de chance de trouver.
Le brun haussa un sourcil :
— Euh, je veux pas paraitre sarcastique, mais ya pas de café ou de seven-eleven à Miyagi ?
Les trois se retournèrent d'un coup, l'air ahuri.
— Quoi ?
Ils explosèrent de rire. Euh, ok… Kuroo avait définitivement dit une connerie.
— Pff, il a pas fait quatre ans d'études pour devenir barista, dit Yamaguchi.
— Je savais pas… Il a fait quoi ?
— Licence d'enseignement, lui répondit Daichi, c'était son rêve depuis gamin.
— Cool ! Mais pourquoi il a pas fait ça du coup ?
Il sentit instantanément un froid tombé entre eux. Yamaguchi et Sawamura avaient baissé les yeux.
— Pour des conneries, lui répondit le plus jeune.
Sawamura releva le regard, posant ses yeux sur son amoureux. Il échappa un soupire, et tourna de nouveau son attention vers le brun.
— Il a jamais pu réussir le concours de recrutement.
Yamaguchi croisa les bras et s'enfonça dans la banquette.
— Mince…Pourquoi ? demanda Kuroo.
— Parce que c'est un alpha, répondit Yamaguchi amèrement.
— Hein ?
— En gros, c'est ça.
— Mais… pourquoi ?
— C'est pas un métier très associé avec… le statut d'alpha disons…
Kuroo se rappela alors l'une des premières discussions qu'il avait eues avec Sugawara : « Je cache en généralement bien mon jeu disons, même si j'ai ouï dire que je terrifiais les enfants de quatre à six ans. »
Oh…
« Mais du coup qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école chez vous ? Que les alphas sont des grands types vénères et baraqués qui ne pensent qu'à se foutre sur la gueule, et les omégas des petites choses sans défense qui ne pensent qu'à se reproduire ? »
Apparemment la mentalité n'était pas bien différente ailleurs.
— Du coup vous êtes venue ici en vous disant que la mentalité serait… plus ouverte ?
— C'est ça, confirma Daichi. J'ai facilement trouvé un boulot, mais avec mon seul salaire, on s'en sortait pas vraiment. Du coup il a commencé des petits boulots en attendant de passer le concours. Au final, même ici, c'est pas plus facile.
Kuroo tourna les yeux vers Sugawara, et sentit son cœur se serrer, attendrit par l'aura toujours aussi douce régnant autour de l'alpha.
Décidément, plus Kuroo découvrait de choses sur eux, plus il s'apercevait de la merde que pouvait leur être imposé. Et il n'était certainement pas au bout de ses surprises.
-s-
Finalement ! Gloire et bonheur, enfin vendredi ! Kuroo dut retenir un petit cri de joie quand la dernière heure de cours de la semaine arriva finalement à son terme. Il rangea ses affaires avec allégresse, essayant déjà de travailler Chris au corps pour qu'il accepte de venir boire un verre avec lui. Il n'eut pas besoin de trop insister pour que ce dernier accepte. Le regard tomba sur Oikawa au bout de la rangée qui était en train lui aussi d'organiser ses affaires.
— Oikawa, tu veux venir ?
Pas de réponse, l'intéressé semblait ne pas avoir enregistré ce qu'il venait de lui dire.
— Oikawa ?
Ce dernier releva brusquement la tête, et répondit d'un ton acerbe :
— Quoi ?
— Euh… Tu veux venir boire une bière ?
Le châtain sembla reprendre contact avec la réalité, son regard voyagea entre ses deux compères, l'air bien moins revêche qu'une seconde plus tôt :
— Ah non, désolé… J'ai des choses à faire.
Kuroo hocha la tête. Il ne détacha cependant pas de suite le regard. Cela faisait plusieurs jours que son ami se comportait étrangement. Il se demandait si tout allait bien pour lui, mais décida de respecter son jardin secret.
Les trois compères quittèrent l'amphithéâtre ensemble, Kuroo et Chris discutant jovialement tandis qu'Oikawa les suivait derrière sans pour autant participer à la conversation. Chris finit par les quitter, prétextant devoir aller quelque part avant de sortir pour la soirée.
— Tu rentres comment ?
Rien.
— Oikawa ?
Décidément.
— Euh, en voiture.
— Ok, je t'accompagne jusqu'au parking.
— Hmm, t'inquiètes ça va.
— Ok, je te laisse alors, je vais prendre le métro, à plus !
Son ami le salua vaguement de la main. Kuroo lui rendit son salut et tourna les talons. Avant qu'il n'ait pu aller bien loin, Oikawa l'interpella de nouveau.
— Oui ?
Le châtain se rapprocha, une fois à sa hauteur, il hésita quelques secondes avant de demander, étrangement gêné :
— Euh, tu pourrais me prendre les cours de la semaine prochaine ?
Kuroo haussa un sourcil.
— Oui, pas de soucis… Tu seras pas là ?
— Non… Euh, j'ai un truc à faire.
— Euh ok.
Oikawa parut soulagé, mais revêtit bien vite son aire de diva :
— Et fait un effort en écrivant, je veux pas de tes pattes de mouches immondes.
Le brun pouffa. Ah, finalement quelque chose qui lui ressemblait bien.
— Ok promis. Allez, bon week-end !
— Salut.
Et ils se séparèrent de nouveau. Kuroo se retourna à un moment donné, regardant son ami s'éloigner.
Qu'est-ce qui pouvait bien clocher chez lui ?
-s-
— Qu'est-ce qui peut bien clocher chez lui ? marmonna Kuroo pour lui-même.
— Quoi ?
Le brun releva les yeux, tombant sur le regard interrogateur de Sugawara et Yamaguchi.
Kuroo avait rejoint Yamaguchi et Tsukishima dans l'après-midi pour une petite session de shopping/promenade, au plus grand dam du blond qui avait trainé les pieds tout le long. Ils avaient finalement décidé de se rendre au « Karasu no Coffee » histoire de se poser autour d'une petite boisson et d'aller saluer leurs amis. Sugawara avait fini par délaisser le comptoir pour les rejoindre, laissant à Narita et Kageyama le soin de se démerder tout seul pour faire tourner le café (bien heureusement pour eux, l'endroit s'était bien désempli).
— Qui de quoi qui cloche ? demanda Sugawara en sirotant bien impunément la boisson de Yamaguchi.
— Rien.
L'argenté insista du regard.
— Juste, Oikawa. Je sais pas, ça fait quelques jours… qu'il est bizarre.
— Bizarre comment ?
— Tu trouves pas ?
Suga haussa les épaules.
— Je sais pas, il est soit à l'Ouest, soit vénère… Mais… Pas comme d'hab quoi… Et il fait des trucs chelous ! La dernière fois je l'ai vu faire des allées retours dans le couloir en piétinant pendant bien 30 minutes, et quand je lui ai demandé pourquoi il a juste grogné et il est partit… Et, genre, mercredi, il a passé la journée avec son échappe enroulée autour de la tête et je le voyais clairement en train de la mâchouiller. En plus l'écharpe était pas du tout assortie au reste de sa tenue, t'imagines le bordel ! Et, là il m'a demandé de lui prendre ses cours pour la semaine pro.
— Hmm, ça… T'inquiètes pas c'est rien, lui répondit Suga.
— T'es sûr ?
Les trois hochèrent la tête.
— Vraiment ? Et pourquoi il est pas venu avant-hier si tout va bien ?
— Où ?
— Bah au CAPE ?
— Rooh, c'est trop mignon, tu t'inquiètes pour lui… roucoula moqueusement Yamaguchi, Tsukishima semblait lui aussi profondément amusé.
— T'inquiètes, il va bien, il est juste pas venu parce que ça fait beaucoup d'alphas dans la même pièce, c'est pas facile à gérer dans ces moments-là, intervint Sugawara d'une voix posée.
— Ya tout le temps beaucoup d'alphas dans la même pièce, rétorqua Kuroo.
Silence. Ces trois compères le regardèrent avec insistance, comme s'il était sympathique mais néanmoins terriblement stupide.
— Roh mais c'est pas possible d'être pommé comme ça, get a clue putain, reprit le blond profondément exaspéré.
Kuroo lui aurait volontiers arraché les yeux si la voix douce de Sugawara n'était pas intervenue :
— T'inquiètes, il va bien, il est juste rentré en cycle.
Hmm, hmm, à bah oui, maintenant c'est clair !
— En cycle de quoi ?
Tsukishima rigola nerveusement. Kuroo cette fois ne put s'empêcher de lui balancer sa serviette en papier au visage.
— En cycle de conférence, poursuivit Yamaguchi, tu sais bien qu'il donne secrètement des cours pour les nouvelles recrues de la NASA, ça le met toujours dans un état pas possible!
Kuroo ne sut que répondre, profondément perplexe.
Cette fois la paire d'alpha explosa de rire en chœur.
— Ils se foutent juste de toi, le prévint Sugawara.
— Ça à l'air de bien t'amuser aussi.
— C'est un peu drôle j'avoue.
Kuroo croisa les bras.
— Il est en pré-rut, c'est pour ça qu'il agit comme ça, rien de grave. Et je pense que s'il t'a demandé de prendre ses cours, c'est qu'il rentre en rut, voilà tout, l'éclaira Sugawara.
— Oh…
Oh, oui, maintenant il voyait très bien pourquoi il était passé pour un bon gros attardé. Mais bon, pas comme s'il avait pu le deviner tout seul.
— Euh ok… Mais… ça dure longtemps ?
— Trois jours, répondit Tsukishima.
— Ah ok ça va… Pourquoi il m'a demandé toute la semaine alors, rajouta le brun, plus pour lui-même qu'autres choses.
— Eh oh, t'as déjà passé trois jours qu'à baiser, intervint Yamaguchi, ça fatigue tiens !
Ok, Kuroo ne s'attendait clairement pas à ça, et il n'était pas vraiment des plus à l'aise.
— Essaie cinq, rajouta Sugawara à mi-voix.
— Cinq ! se scandalisèrent les deux autres.
Ok, Kuroo n'avait vraiment pas envie de participer plus longtemps à cette discussion. Non pas qu'il soit particulièrement prude, mais là, euh… non.
— Ah ouais mais toi ça va c'est que deux fois non ? demanda Yamaguchi.
— Ouais pourquoi et toi ?
— Normalement une, mais l'autre dingue quatre.
— Quatre !
— L'autre dingue ? marmonna Tsukishima.
— Tu t'en étais jamais rendu compte ? reprit Yamaguchi à l'adresse de l'argenté.
— Non, je pensais que vous partiez juste beaucoup en week-end.
— Pff, t'es con.
— Au moins vous travaillez pas encore. Moi déjà dix jours par an ça me nique mes vacances.
— Ya pas de jours de congé spéciaux ?
Les trois le regardèrent, l'air ahuri.
— Bah quoi, ça existe bien pour les femmes bêta non ?
— Ah oui, mais bon déjà va pour vraiment pouvoir les prendre, yen a aussi pour les omégas, mais c'est plus pour une raison de merde que vraiment pour leur bien être… Mais alors les alphas on peut bien se gratter. Le problème c'est qu'on peut vraiment rien faire pendant cette période, tchao les congés, du coup on perd forcement plusieurs semaines de boulot par an.
— Oh… Ça craint.
— Tu l'as dit…
— Bienvenue dans notre monde.
La phrase avait été dite sans grande gravité, et la conversation reprit naturellement son cours. Cependant, Kuroo y pensa longuement.
Bienvenue dans notre monde…
-s-
Kuroo avait fait nombre de parcs d'attractions dans sa vie, il avait monté les manèges les plus vertigineusement déments qui avaient croisé sa route. Il aimait la sensation de déjouer la gravité et l'adrénaline qu'une bonne secousse pouvait provoquer. Pourtant rien, pas même la plus terrible des montagnes russes, n'aurait pu le préparer à ceci : un trajet en bus dans les quartiers suburbains de la ville. L'expérience était des plus perturbante et Kuroo avait du mal à comprendre comment il était possible d'avoir l'impression de faire un trip au milieu de la jungle africaine sur des chemins accidenté alors qu'il roulait sur une route impeccablement goudronnée.
Il avait décidé de prendre le temps d'apporter les notes de cours à Oikawa. Ce qu'il n'avait pas intuité, c'est que le fourbe habitait à plus d'une heure et demie de transport de chez lui, et que le voyage serait si… mouvementé. Arrivé devant chez son ami, il avait fini par rester planté une bonne dizaine de minutes devant la porte, sans pour autant s'annoncer. Il s'était rappelé la conversation qu'il avait eue avec ses compagnons du CAPE, et avait finalement décidé que ce n'était surement pas le bon moment pour venir déranger son ami. Il aurait bien voulu penser à cela avant se taper une heure et demie de rodéo, mais son illogisme transcendantal l'avait rattrapé. Il avait donc fini par fourrer les notes dans la boite aux lettres avant de s'en retourner. Il était remonté dans le bus, la peur au ventre. Il fut heureux cependant de découvrir une place assise encore vacante, dans le sens inverse de la marche certes, mais qui avait de très grandes chances de finir par lui sauver la vie.
À sa plus grande surprise, le voyage cette fois-ci s'avérait un peu plus calme que le premier. Kuroo laissa sa tête retomber sur la fenêtre, regardant défiler les lumières de la ville et les phares des voitures, laissant doucement la somnolence le gagner. La secousse du bus le fit sortir de son demi-sommeil lorsque ce dernier s'arrêta pour prendre des nouveaux passagers. Seul un jeune homme monta, et vint s'installer au fond du bus, dos à Kuroo. Le brun haussa un sourcil quand le bus redémarra et que le jeune homme resta planter debout, les yeux rivés sur son téléphone, ne prenant même pas la peine de se tenir à quoi que ce soit. En voilà un qui avait décidé de vivre dangereusement. Il s'en désintéressa lorsque son téléphone vibra dans sa poche. Il sourit en ouvrant le message d'Oikawa :
« Tu sais que t'aurais pu m'envoyer les notes par mail ».
Kuroo n'y avait même pas pensé… Il était vrai que cela aurait été plus arrangeant… Maintenant qu'il y pensait, il aurait pu tout simplement tout retranscrire sur un fichier Word et lui envoyer…
« C'est mon côté old school » finit-il par répondre.
« Je te vois déjà hausser les sourcils avec dédain » ajouta-t-il.
« C'est faux, pas avec dédain… je dirais plus que cela tient du mépris » lui répondit Oikawa.
Kuroo pouffa.
« Je n'en attends pas moins de toi ».
Le bus freina un peu brusquement, et le brun releva la tête, se demandant si l'intrépide face à lui avait fini par s'agripper à quelque chose. Apparemment non, l'équilibre dont il faisait preuve avait de quoi impressionner. Le regard du brun s'attarda un peu plus longtemps sur la physionomie de l'individu face à lui. Il avait sensiblement son âge, plutôt petit, noyé dans un sweat-shirt cinq fois trop grand pour lui dont les manches recouvraient pratiquement entièrement ses mains. Ses cheveux étaient retenus dans un chignon désordonné duquel dépassaient quelques mèches blondes, et la lumière du bus se réverbérait sur l'acier argenté des multiples piercings qu'il portait aux oreilles.
Le téléphone vibra de nouveau.
« Pourquoi t'as pas sonné ? Hajime m'a dit que t'étais resté planté en bas pendant un moment. »
Kuroo se sentit soudainement très con, et ne sut que dire. Et Iwaizumi l'avait vu ? Et n'avait rien fait ? … Finalement ça ne l'étonnait pas tant que cela, et il n'en tira aucune rancune.
« Je voulais pas déranger ».
Nouvelle secousse. Le brun tourna le regard en direction du blond face à lui, toujours bien en place. Il étouffa un petit rire lorsque son regard tomba sur les chaussettes dépassant ses docks : d'immondes chaussettes à canards multicolores. Il n'arrivait pas à croire qu'il y ait des êtres humains sur terre capable de porter ce genre de choses... Pourtant... il devait avouer que cela ne lui allait pas si mal.
« Oh Kuroo… Tu sais bien que tu me déranges toujours de toute façon ».
Le brun explosa de rire.
Alors qu'il s'apprêtait à répondre, le bus freina violemment et il se retrouva projeté contre le dossier de son siège. Il vit alors que le jeune homme face à lui n'avait cette fois-ci pas pu correctement prévoir le choc. Kuroo le vit basculer en arrière à toute vitesse sans rien pour le retenir. Le brun réagit dans la panique et tendit simplement son bras pour arrêter sa chute. Le bus se retrouva afin à l'arrêt au moment où le blond rentra en collision avec son bras, cela suffit à arrêter sa chute et il put se stabiliser. Leurs regards se croisèrent alors, ses yeux un instant perdu dans ceux d'une teinte noisette claire lui faisant face, tous les deux encore profondément surprit de ce qui venait de se passer. Le choc passé, l'inconnu se redressa, s'inclina pour le remercier, et décida finalement d'aller s'assoir. Sage décision après ce qu'il venait de se produire.
L'échange n'avait duré que quelques secondes, mais cela avait éveillé une sensation étrange chez Kuroo. Il tenta de s'en défaire et reprit son téléphone.
« Je te reconnais bien là. Heureux de constater que tout va bien dans ce cas ».
Le brun leva les yeux. L'inconnu avait le visage tourné vers l'extérieur, et il ne remarqua pas son regard à la dérobé.
Comme c'était étrange, cette sensation qui commençait à monter en lui… Et d'où venait-elle ?
Un peu perdu dans ses pensées, il n'entendit que tardivement que le bus venait de s'arrêter à son arrêt. Kuroo se releva promptement et s'extirpa du véhicule avant que les portes ne se referment.
Alors que le bus reprenait sa marche, il croisa dans la vitre le regard de l'inconnu.
Tout se passa en une fraction de seconde. Il fut percuté d'un coup, comme si la foudre venait de le traverser.
Il l'avait reconnu.
En une fraction de seconde, le visage de cet inconnu lui était redevenu familier, et il vit les traits de ses souvenirs, ceux d'un enfant aux yeux presque dorés et aux cheveux noir corbeau, se superposer à ceux de celui qui se tenait face à lui. Ses yeux s'écarquillent, tout comme ceux de son vis-à-vis. Son cœur accéléra si fortement qu'il en fut étourdi, ses membres s'engourdirent, et il sentit comme des arcs électriques lui traverser l'épiderme sur toute la surface de son corps. Comment ne l'avait-il pas reconnu plus tôt ? Comment ne l'avait-il pas reconnu à la seconde où leurs regards s'étaient croisés ! Comment ne l'avait-il pas reconnu alors qu'il peuplait chacun de ses souvenirs ?
Finalement il l'avait retrouvé.
Le bus s'éloigna, dévorer par la nuit, l'emportant loin de lui. Encore une fois.
— Kenma…
— Fin du chapitre 9-
Regardez donc qui voilà !
Merci beaucoup d'avoir lu ce chapitre =)
Prochain chapitre : « Jiji le chat noir »
« Le rush d'adrénaline s'essouffla, Kuroo eut l'impression que tout s'effondrait en lui. Il sentit une immense vague de déception l'engloutir.
— Merde… échappa-t-il, tournant le visage au sol, le cœur lourd de regret.
Son cœur rata un battement quand il entendit le bus freiner abruptement. »
