Chapitre 9 : À la Recherche de Jarod

Résumé : John avoue avoir été engagé par Sydney et Broots pour veiller sur la sécurité du jeune couple. Après avoir appris que son ancien mentor a fait l'objet d'une grave tentative de meurtre, Jarod prend la décision de retourner seul à Blue Cove, demandant à Mlle Parker de rester à Paris et d'utiliser leur "Plan B" au cas où. Une conversation avec John révèle à la jeune femme les intentions de Jarod de l'épouser. Elle veut le retrouver, seulement, tout ne se passe pas comme prévu.

Appartement quartier résidentiel Paris, France

La pièce était imprégnée d'une atmosphère électrique, une tension silencieuse qui semblait s'agripper aux murs. Les regards froids et inquisiteurs de Jarod et Mlle Parker étaient rivés sur John, un inconnu qui avait réussi à gagner leur confiance et à devenir leur ami en un rien de temps et dont ils ne savaient pas encore s'ils pouvaient réellement lui accorder du crédit. Les soupçons flottaient dans l'air, d'où un climat de méfiance s'était installé entre le trio. Chacun d'eux était campé sur ses positions, restant sur ses gardes, attendant que l'un l'autre ne fasse le premier pas ou ne manifeste le moindre signe de tromperie ou d'incohérence. Aucun des trois n'osait prononcer un mot. John, les mains sur ses hanches, hésitait à prendre la parole, il esquiva toute discussion, et ce, malgré une certaine prudence de sa part. Était-il en mesure de révéler la sombre vérité ou à confirmer les appréhensions du jeune couple ? Jarod qui d'ordinaire était si calme et si contrôlé ne pouvait dissimuler son malaise ou même ses craintes. Ses sourcils froncés et sa mâchoire serrée trahissaient son insatisfaction qui sommeillait en lui. Il se frotta la nuque de façon répétée observant attentivement John, cherchant dans son comportement une quelconque preuve tangible de sa loyauté ou de ses mensonges. Mlle Parker, quant à elle, était incapable de rester en place, elle se déplaça rapidement. Elle avait les yeux et les coins de la bouche abaissés, résignée face à une réalité bien trop décevante à son goût alors que son intelligence ne laissait rien passer. Elle voulait déceler la moindre petite faiblesse dans les propos de John, une faille qui divulguerait la véritable nature de ses intentions. Ce dernier se sentait acculé par les accusations absurdes, les questions incessantes et par l'absence relative de sensibilité. auxquelles il faisait face. Même les prisonniers, selon lui, avaient droit à un peu plus de considération. Sa voix tremblait de manière inconsidérée lorsqu'il tenta de s'expliquer, essayant de trouver les mots justes pour convaincre ses interlocuteurs sceptiques de sa bonne foi. Jarod pointait toujours l'arme dans sa direction, prêt à agir si besoin était. Sérieux, il s'approcha de la jeune femme et la lui tendit.

« Prends ça ! avait-il ordonné à la Miss. Tiens-le en joue pendant que je l'attache à cette chaise. Viens là, toi ! il s'adressa à leur prétendu ami. Je suis désolé, John, tu ne me laisses guère le choix.

- Jarod qu'est-ce qu'on va faire de lui ? On ne va tout de même pas le tuer au beau milieu de notre salon ? Enfin, je veux dire, on risque de tâcher notre appartement avec son sang ! Et puis comment pourrait-on expliquer sa mort ? elle faisait un pas de côté tout en le gardant sous la menace de son arme.

- Non. Rassure-toi, on ne va pas le tuer… Pas tout de suite. Mais nous on ne peut plus rester ici. On va devoir s'en aller. Tu le sais, n'est-ce pas ?

- Oui. Peu importe, Jarod. »

Après avoir mûrement réfléchi, Jarod fit un pas en avant, ses mains agiles s'emparèrent fermement de la corde qu'il sortit du petit placard près de l'entrée, afin de l'utiliser pour immobiliser l'intrus. Il se dirigea vers ce dernier, celui-ci se tenait au centre de la pièce. Il se montra assez coopératif. Ce qui surprit la jeune femme. D'un geste rapide, il poussa l'homme sur la chaise tandis qu'il entourait solidement les poignets de John, resserrant ses liens, s'assurant à ne pas lui faire de mal. Mlle Parker, elle, était en admiration devant son amant. Le sourire éclatant, elle lui offrit sur un ton chaleureux un compliment, ce qui avait fait rougir le caméléon. Une fois l'attache terminée, Jarod recula légèrement, maintenant une distance prudente entre lui et John tout en gardant un œil vigilant sur lui.

« Maintenant, John, c'est le moment de nous expliquer, déclara Jarod agacé. Comment as-tu réussi à gagner notre confiance ? Et qui es-tu réellement ? il bascula sa tête d'un côté à l'autre.

- Je comprends que vous soyez méfiants, mais je vous assure que je suis de votre côté. Je suis là pour vous protéger, pas pour vous nuire, sa peau prenait une couleur beaucoup plus vif, il était pris de bouffées de chaleur.

- Nous protéger ? Mlle Parker posa son Smith Wesson sur la table avant de croiser les bras, scrutant John avec un regard incisif. De qui ? Des Andersen ? De vous ? Du Centre ? elle émit un petit rire moqueur.

- D'accord, je vais tout vous dire, John baissa les yeux, souffla puis releva la tête. D'abord Sydney, ensuite, M. Broots m'ont contacté pour assurer votre sécurité. Ils étaient préoccupés par les menaces du Centre et ils voulaient quelqu'un de confiance pour veiller sur vous sans éveiller le moindre soupçon. Mon rôle était de vous retrouver, de vous protéger, et si nécessaire, de vous ramener… En vie !

- Sydney et Broots t'ont engagé pour nous surveiller ? Jarod arqua un sourcil. Pourquoi ?

- Il y a quelque chose que vous devez savoir. Sydney a été victime d'une tentative de meurtre. Je suis arrivé bien trop tard pour l'empêcher. Mais je vous assure que je ferai tout mon possible pour découvrir qui est derrière tout ça.

- Et les Andersen ? Qui étaient-ils ? Que sont-ils devenus et où sont-ils ? questionna le caméléon.

- Ce sont des agents infiltrés. Ils travaillent pour moi. Ils étaient chargés de vous avoir à l'œil. Ils suivaient mes ordres.

- Mais qui êtes-vous ? FBI ? ATF ? CIA ?

- Mon identité n'est pas ce qui compte.

- Jarod, qu'en penses-tu ? En ce qui me concerne, je ne sais pas si on peut lui faire confiance.

- Tu as sans doute raison Parker, mais pour l'instant, c'est l'état de Sydney qui me préoccupe.

- Je n'ai pas confiance en lui, répéta-t-elle.

- Si vous ne le faites pas, faites au moins confiance à vos amis. Écoutez. Si vous ne me croyez pas, vous pouvez vérifier mon histoire. M. Broots vous confirmera tout ce que je viens de vous dire.

- Je vais vérifier ça tout de suite. »

Après leur brève discussion, Jarod, assis devant son ordinateur, prit soin de vérifier scrupuleusement les informations fournies par John concernant l'hospitalisation de Sydney. La jeune femme soucieuse observa Jarod dans ses démarches alors qu'elle se rapprochait de lui attendant avec impatience les résultats de la recherche. Il accéda sans plus tarder au dossier médical du patient. Les mains de Mlle Parker se crispaient sur le bord de la table, bouleversée, elle était sous le choc de ce qu'elle voyait sur l'écran. Sydney avait bel et bien été admis à l'hôpital, comme l'avait affirmé John. Son état était critique. Très critique ! Il avait été victime d'une tentative de meurtre. Le jeune caméléon se leva aussitôt de sa chaise et enlaça la Miss la tenant vigoureusement dans ses bras afin de la réconforter. Après-coup, Jarod décida de libérer John de ses liens. Et en bon entendeur, il lui présenta ses excuses. Près de lui, il détacha habilement les cordes qui le retenaient. La confrontation avec ce dernier avait ouvert de toutes nouvelles perspectives pour le couple. Ils avaient désormais un allié potentiel à leur côté.

« Le Centre... Ils ont tenté de le tuer. Ces monstres ! Mais pourquoi ? demanda-t-elle.

- Vos amis ont découvert quelque chose… Ce qui a mis leurs vies en péril, il frotta ses poignets.

- C'est-à-dire ? Que savez-vous John ?

- Parker, vous le savez, du moins une partie.

- La clé USB. Oui, bien sûr ! Tout s'explique.

- Si ce que tu dis est vrai, John, alors nous avons besoin de toi pour découvrir la vérité.

- Je suis prêt à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider. Vous êtes mes amis.

- Bien. Je dois savoir ce que Sydney a découvert.

- Comment, Jarod, veux-tu t'y prendre ?

- Je viens de prendre une décision. Ça ne va pas te plaire. Je vais retourner seul à Blue Cove pour enquêter sur l'incident. C'est trop dangereux pour toi de venir avec moi, Parker.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu me chantes ?

- Parker, il ne s'agit plus de moi. Tu es en grand danger. Tu l'es depuis que tu as quitté le Centre… Pour moi. Tu sais que si Raines où Lyle te retrouve, ils te feront payer ta trahison. Je ne peux pas laisser faire ça.

- Et alors quand je t'ai suivi, je savais ce que je faisais. Et si j'ai pris ce risque, Jarod, c'est pour nous.

- Tu te rappelles de notre plan B ? On va devoir l'utiliser, il lui saisit le visage. Écoute-moi mon amour. Je veux que tu restes à Paris et que tu mettes ce plan en action dès que je te le dirai. Quand je serai aux États-Unis, je mettrai en place une fausse piste, un leurre qui attirera l'attention du Centre sur moi. Pendant ce temps, toi et John, vous vous occuperez de préparer votre fuite. Si les choses tournent mal, je veux que tu sois prête à quitter le pays !

- Quoi ? Tu veux que je parte d'ici sans toi ? Non ! C'est hors de question ! Tu oublies ça, tout de suite !

- Parker, on n'a plus le choix. On savait que ça arriverait. Ne rends pas la situation plus difficile qu'elle ne l'est déjà.

- Je peux aider à organiser cela. Je suis familier avec les procédures d'évasion et je ferai tout pour assurer votre sécurité avant tout, avait dit l'ami.

- Mais où irions-nous ? Où serions-nous en sûreté ? s'inquiéta Mlle Parker. Comment feras-tu pour me retrouver ?

- Pour des raisons de sécurité, je te donnerai les informations nécessaires quand le moment sera venu. Et je te retrouverai toujours où que tu sois.

- D'accord, Jarod. Je vais rester à Paris et mettre le plan B en action. Mais promets-moi de rester en contact et de revenir en entier, elle lui caressa les joues.

- Je te le promets, Parker. Je reviendrai. » il l'embrassa sous l'oeil attentif de John.

Dans la chambre. Jarod, attristé par le simple fait de devoir quitter la demoiselle, se tenait devant un petit sac ouvert, choisissant de manière aléatoire quelques vêtements qu'il pliait et rangeait à l'intérieur. Il reniflait, se couvrant brièvement son visage avec ses mains, son regard était marqué par une immense désolation. Saisi d'une sensation de froid qui lui parcourait l'échine, il était incapable de faire ses au revoir à la jeune femme. John se trouvait à proximité, l'air grave tandis que Mlle Parker entra dans la pièce, les yeux rougis par les pleurs. Elle scruta de la tête au pied le caméléon gravant son image dans sa mémoire. Désemparée et terrifiée à l'idée de le perdre, elle se jeta dans ses bras.

« John, je vais te confier la personne la plus précieuse à mes yeux. Veille sur Mlle Parker et assure-toi qu'il ne lui arrive rien. Elle est l'amour de ma vie alors je compte sur toi pour prendre soin d'elle.

- Jarod. Je la protégerai, tu peux me faire confiance.

- Parker, je dois y aller.

- Non, Jarod, je refuse de te laisser partir. Je ne peux pas... Je ne peux pas vivre sans toi. Je ne veux même pas y penser d'ailleurs.

- Je ne serai parti que quelques jours.

- Jarod, si je te laisse partir maintenant, j'ai l'intuition que jamais je ne te reverrai, les larmes dévalaient ses joues tandis qu'elle s'accrochait à lui désespérément. Mais Jarod la repoussa doucement.

- Parker, je t'en prie, essaie de comprendre. Je dois découvrir ce qui est arrivé à Sydney, je dois savoir ce qu'il sait. Peut-être est-ce au sujet de ma mère ou de nous. Je te promets que je reviendrai, je reviendrai toujours vers toi, il l'embrassa à mainte reprise.

- J'ai déjà perdu trop de personnes dans ma vie. Je refuse de te perdre toi aussi. elle sanglota secouant la tête, refusant de se plier à son exigence. Je t'aime Jarod.

- Eh ! Je t'aime Parker.

- Alors reste ! S'il te plaît, ne pars pas. Reste avec moi.

- Allons Parker, venez, était intervenu John. Je sais à quel point c'est dur pour vous. Mais nous devons faire confiance à Jarod, il sait ce qu'il fait. Je serai là pour vous, je veillerai sur vous en son absence. Je vous le promets. Vous ne serez pas toute seule. »

John observa la scène, conscient de la détresse de la jeune femme. Celle-ci, blême, se tourna vers John, des gouttes d'eau coulaient sans retenue. Finalement, elle accepta à regret de se séparer de son amant. Jarod, le cœur lourd, avant de se diriger vers la porte d'entrée, donna un dernier baiser à Mlle Parker, lui jeta un dernier regard et lança à John avant de franchir le seuil : « Prends grand soin d'elle, John. Protège-la ! Je compte sur toi. » avait-il dit de sa voix larmoyante. John serra les épaules de la Miss, l'entourant de son soutien alors qu'elle s'effondrait en larmes, laissant échapper toute sa peine.

Peu après le départ précipité du caméléon, Mlle Parker et John étaient restés seuls dans l'appartement. Elle gémissait, priant intérieurement son amant de faire demi-tour et de lui revenir. John, en bon ami, faisait de son mieux pour remonter le moral de la jeune femme visiblement abattue. Cependant, ses efforts semblaient vains. Fatiguée par ses sanglots, elle s'était murée dans le silence. Elle s'était installée bien tranquillement sur le canapé, un cadre avec une photo d'elle et de Jarod, où ils paraissaient heureux et amoureux, serrée tout contre sa poitrine. Elle était perdue dans ses innombrables pensées, tandis que John s'efforçait de la consoler. Rien n'y faisait. Il se plaça en face d'elle, assis sur le bord de la table basse. Il lui prit les mains, soupirant avant de prendre la parole.

« Hey, ça va aller, Jarod sait ce qu'il fait. Vous devez garder espoir. Il reviendra, j'en suis sûr.

- Ça a toujours été compliqué entre lui et moi, vous savez. C'est en partie à cause du Centre, de ses manipulations, de ses mensonges. On n'a jamais pu être vraiment ensemble.

- En partie ? Quelle était l'autre ?

- Moi ! Jusqu'à ces derniers mois, je m'étais interdit de l'aimer. Vous ai-je déjà raconté comment Jarod m'a convaincu de venir vivre ici, à Paris ? elle s'arrêta un bref instant, passant ses doigts sur la photo. C'était à Noël dernier. Peu de temps après notre retour d'Écosse. Il était venu chez-moi avec un gigantesque sapin, des décorations, des cadeaux et de la nourriture. Je venais de perdre mon père, je n'avais plus de repère, j'étais seule. Et comme toujours, il a ressenti ma peine. Il a fait en sorte que je ne sombre pas. On a passé le réveillon ensemble, puis Noël et les jours suivants. J'ai toujours gardé son cadeau. La petite boîte rouge si joliment décorée. Elle contenait deux billets d'avion, première classe, deux passeports, des brochures d'un hôtel, que Jarod avait réservé, des photos des lieux touristiques, des monuments historiques ainsi que des magasins luxueux, des restaurants, des musées… Il m'a offert le seul cadeau que je n'espérais jamais obtenir. La liberté. Et aujourd'hui, c'est cette même liberté qu'on veut nous reprendre, elle s'essuya les yeux.

- Je suis sûr qu'il y aura d'autres Noël. Jarod est intelligent, il s'en sortira toujours.

- Oui, c'est vrai, mais depuis quelques mois nous sommes devenus tous les deux vulnérables. C'est pour ça qu'on a mis au point des plans de secours. Ces fichus plans !

- Ah, parce qu'il y en a plusieurs ? Eh bien, vous voyez, il ne manque pas de ressources… Parker. Regardez ça, il lui remit un bloc.

- C'est son carnet de dessin. Il ne veut pas que je regarde ce qu'il gribouille à l'intérieur. C'est un peu comme son jardin secret.

- Peut-être que vous devriez jeter un coup d'œil. Vous comprendrez alors qu'il n'a pas l'intention de vous abandonner.

- Oh ! D'accord…Hum, voyons voir… Waouh ! Je… ses yeux s'élargissaient alors que ses doigts touchaient ses lèvres entrouvertes. Elle regarda avec tout autant d'émotions que d'attention les nombreux croquis qui représentaient des robes de mariée, des fleurs, des alliances et des paysages romantiques. C'est… C'est incroyable. Il s'en est souvenu.

- Jarod m'avait demandé de ne rien vous dire, mais il a dessiné de magnifiques croquis de mariage. Il a un vrai talent ! Il est amoureux de vous, Parker, il veut vraiment vous épouser et fonder une famille avec vous. Et si on en croit ces feuilles, il reviendra.

- Il... Il veut m'épouser ?

- Oui, il m'a confié ses sentiments, son désir de vous avoir à ses côtés en tant que sa femme. Il ne renoncera pas à vous et je peux voir à quel point vous tenez à lui. Vous avez dit qu'il s'était souvenu ? De quoi s'était-il souvenu ?

- Quand je n'étais encore qu'une adolescente, je lui avais fait part du mariage idéal. Le mariage parfait. Là, elle lui montra une esquisse de l'alliance. Voyez-vous, il a dessiné ma bague. Elle n'existe nulle part ailleurs, à part dans notre imagination tout comme la robe, elle est unique. Jamais vous ne les trouverez en boutique ou dans les catalogues. Même le bouquet de fleurs est parfait. Et ici, c'est l'endroit où je rêve de me marier… Pour être plus proche de ma mère, ce jour-là. C'est un lieu exceptionnel et Jarod sait ce que ça symbolise pour moi. Je... Je ne savais pas qu'il s'en souvenait encore après toutes ces années. Comme je ne savais pas qu'il voulait… Enfin, nous en avions parlé, bien sûr, mais j'étais réticente. Je croyais qu'il avait fait une croix dessus.

- Pourquoi avoir refusé de l'épouser ? s'intéressa-t-il.

- Ce n'était pas un refus. Avant d'être en couple avec lui, j'ai eu une relation avec un autre homme, Thomas, un ami de Jarod, un charpentier. C'était quelqu'un de très bien. Nous envisagions même de quitter Blue Cove ensemble, de partir loin, dans l'Oregon, mais... Le Centre l'a fait tuer. Une balle dans la tête, une larme coula de son œil.

- Je suis sincèrement désolé de l'apprendre. On dit qu'aimer, c'est souffrir. Je constate que c'est vrai.

- J'ai cru que jamais je ne me remettrai de sa mort. Je pensais à l'époque que Thomas était l'homme de ma vie. J'étais vraiment amoureuse de lui. C'était sincère et irréel comme un beau rêve. Avec Jarod, c'est différent. Je me sens plus vivante que jamais et notre histoire n'est pas un mirage, c'est pur et authentique.

- Ce que vous viviez avec Thomas n'avait rien à voir avec Jarod ?

- Non. Je l'ai compris quand nous étions tous les deux seuls sur cette île. En fait, je l'ai toujours su. On a qu'un seul véritable grand amour dans sa vie et le mien, c'est Jarod !

- Je comprends mieux maintenant. Vous ne voulez pas prendre de risques avec Jarod, vous ne voulez pas le perdre. Vous avez peur que l'histoire se répète.

- Je ne supporterais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Peut-être que j'ai peur de l'accepter parce que je ne peux pas imaginer ma vie sans lui. Peut-être que j'ai peur de l'aimer autant que je l'aime déjà par peur de le perdre. Pourtant, je rêve qu'un jour, il puisse tenir son petit Jarod dans ses bras. Qu'il me regarde comme il le fait toujours quand je lui annoncerai qu'il sera papa.

- Est-ce que ça veut dire que s'il revient sain et sauf, vous lui offrirez ce dont il désire ? Laissez-vous aimer, Parker. Et qui sait, peut-être qu'un jour, vous pourrez lui donner cet enfant dont vous rêvez tant.

- Pleins de petits bébés... elle était songeuse. Oui, si Jarod me revient, je lui promets que je lui donnerai une famille. Mlle Parker se tut, alors que l'idée de donner à Jarod l'enfant qu'ils désiraient tous les deux commençait à germer en elle. Puis elle se leva brusquement et se dirigea vers la porte. Je dois y aller. Je vais le retrouver à l'aéroport. Je veux qu'il sache ! »

Mlle Parker se sentit subitement pleine d'énergie, debout et droite, elle était près de la sortie, la main sur la poignée. Elle était sur le point de se précipiter à l'extérieur, pressée de retrouver Jarod à l'aéroport. Son corps était en ébullition et l'espoir brillait de nouveau dans ses yeux. Soudain, le téléphone de John, posé sur la table à ses côtés, se mit à sonner. Mlle Parker, le souffle court et le cœur battant à vive allure, se tourna instinctivement vers lui. « C'est peut-être Jarod ! Laissez-moi lui parler, s'il vous plaît. » John se saisit de son portable, jetant un coup d'œil à l'écran pour vérifier l'appelant. Il secoua la tête contrarié, puis regarda Mlle Parker avec regret. « Désolé, ce n'est pas Jarod. Ce sont les Andersen. » La jeune femme fronça les sourcils, décontenancée. Elle s'approcha aussitôt de John, collant son oreille à l'appareil afin d'entendre la conversation, ses doigts se crispaient fébrilement tandis qu'elle s'agitait dans tous les sens, l'incertitude planait juste au-dessus de sa tête à tel point que son estomac la faisait souffrir. John répondit d'une voix calme, mais écouta très attentivement. « Oui, c'est John. Qu'est-ce qui se passe ? » Et tout en tapant le talon de sa chaussure contre le parquet, elle dévisagea son ami, attendant avec anxiété les nouvelles qui se déroulaient de l'autre côté de la ligne. « Quoi ? Les Nettoyeurs sont sur les traces de Jarod ? Ils savent où il est ? Non ! Comment est-ce possible ? » Le visage de la jeune femme se décomposa lentement à mesure que les informations se dévoilaient. Son espoir initial se transforma en une angoisse profonde, elle serra les poings pour contenir ses émotions. « D'accord, merci de m'avoir averti. Je vais essayer de le prévenir. » Les mots de John pénétraient dans l'esprit de Mlle Parker, résonnant avec une gravité qui la glaça sur place. Son regard se perdit dans le vide, essayant de comprendre la situation et les actions à entreprendre.

« Qu'est-ce qui se passe ? Jarod est en danger, n'est-ce pas ?

- Oui, ils l'ont piégé. Les Nettoyeurs sont à ses trousses, et ils savent où il se trouve.

- Oh non, j'avais l'intuition que c'était une mauvaise idée. Pourquoi est-ce qu'il ne m'écoute jamais ?

- J'essaie de le joindre, mais il ne répond pas !

- Alors nous devons le retrouver avant qu'il ne soit trop tard. Si le Centre vient à le capturer il… Non, je ne veux pas y penser !

- Regardez, je viens de recevoir une photo. Vous les reconnaissez ? il lui afficha l'image sous les yeux.

- Oui. Ça, c'est Willy le chien de garde de Raines. Et lui, il travaille pour mon frère Lyle, je ne sais plus son nom. Et là, c'est Sam, mon ancien nettoyeur. On peut lui faire confiance.

- Vous en êtes sûre ?

- Comme cela semble fou de vous faire confiance ? Oui. Jamais, il ne me trahirait. Préparez-vous, nous partons immédiatement.

- Non, pas "nous" juste moi. Vous, vous restez là. Vous ne bougez pas. Ici, vous serez plus en sécurité.

- Il est hors de question que je reste ici alors que Jarod risque sa vie. Je viens avec vous !

- J'ai promis à Jarod de vous protéger. Comment suis-je censé le faire si vous refusez ne serait-ce que de m'écouter ? il l'attrapa par les épaules, la regardant droit dans les yeux. Soyez raisonnable.

- Je ne veux plus être raisonnable. Je ne suis pas plus en sécurité ici qu'ailleurs, elle prit son Smith Wesson. Et puis je sais me défendre… J'ai ceci avec moi ! Allons-y !

- Nous allons le retrouver, Parker.

- Il vaut mieux parce que s'il lui arrive la moindre chose, vous en serez responsable ! »

John acquiesça, partageant l'urgence de Mlle Parker. Ils se précipitèrent tous les deux hors de l'appartement, sautèrent dans la voiture de location de John. Ce dernier ne savait pas à quoi s'attendre. Était-il prêt à affronter les dangers qui les menaçaient ou était-il prêt à affronter la colère de la jeune femme si jamais ils arrivaient trop tard pour sauver Jarod des griffes du Centre ? Rien n'était moins sûr !

Aéroport-Terminal, Paris-Charles-de-Gaulle, France

L'aéroport était rempli d'individus pressés se dirigeant vers les portes d'embarquement. Les annonces des départs faisaient écho via les micros ce qui avait tendance à rendre les gens complètement énervés voire totalement fous. Dans un coin calme du terminal, Jarod était assis sur un siège, il s'était égaré dans ses songes. Il tenait son téléphone portable dans une main et une petite bouteille d'eau dans l'autre. Il passait en revue les photos de Mlle Parker avec un sourire béat et amoureux. Il était plongé dans ses sulfureux souvenirs, oubliant presque l'agitation qui l'entourait. Image 1 : Mlle Parker était assise à une table dans leur café habituel. Elle avait un sourire subtil aux lèvres, ses yeux étaient pétillants. La photo avait été prise sur le fait, au moment où elle tenait une tasse de café entre ses mains, l'air détendu et enjoué. On pouvait voir son contentement sur son joli minois, révélant une certaine complicité avec Jarod. Image 2 : Mlle Parker, debout, légèrement penchée en avant, les bras étendus devant elle. Son regard était fixé sur Jarod, qui se trouvait être un peu plus loin. Avec grâce, elle envoyait un baiser dans sa direction, formant le geste au-dessus de la paume de sa main et soufflant doucement dessus. On pouvait ressentir toute la tendresse, l'affection et l'amour qu'elle éprouvait pour le caméléon dans ce moment de bonheur et d'insouciance. Image 3 : dans cette magnifique photo, beaucoup plus intime, Mlle Parker était allongée sur leur lit, seule, exclusivement recouverte d'un drap léger qui laisse entrevoir sa silhouette si fine et si parfaite. Elle était à la fois sensuelle et vulnérable, reflétant une certaine nostalgie. De même qu'elle dégageait du désir et de la passion. Les jeux d'ombre et de lumière mettaient en valeur ses courbes délicates. Comme à cet instant précis il aurait voulu être à ses côtés. Être dans ses bras ou encore lui faire l'amour. Quand la reverra-t-il ?

Soudain, il releva la tête, son regard rencontra celui de Willy, un des fidèles Nettoyeurs du Centre. Ce dernier se tenait non loin de lui. À cette vision, le caméléon avait l'impression de s'étouffer, il avait du mal à respirer. La panique envahissait immédiatement le jeune homme. Il comprit que son identité venait d'être percée à jour ainsi que celle de la Miss. Ils n'étaient plus en sécurité où qu'ils allaient. Toutes ses pensées étaient pour sa compagne. L'éternelle traque avait repris. La musique en fond sonore montait progressivement en même temps que le suspense alors que Jarod se redressa, se leva d'une traite, rangea rapidement son téléphone dans sa poche se mettant à courir aussi vite que ses jambes le pouvaient, et ce, à travers tout l'aéroport. Les voyageurs, eux, se retournaient tous vers lui, étonnés et intrigués par cette course effrénée. Jarod évita habilement, dans sa hâte, les passagers, zigzaguant à travers les zones bondées. Les hommes de main de Raines, flegmatiques et avec un comportement plutôt sectaire, étaient déterminés à l'appréhender, le traquant de près, se faufilant parmi la foule. Jarod utilisa tous les moyens possibles pour échapper à ses poursuivants. Il sauta par-dessus les bagages abandonnés, glissant sous les barrières de sécurité, et s'introduisant adroitement dans les couloirs étroits de l'aéroport. L'attente avait atteint son paroxysme. Chaque coin et chaque porte représentait un potentiel d'évasion ou de prise. La musique devenait de plus en plus intense, accentuant l'impérieux de la situation. Jarod jeta des regards affolés derrière lui, sentant les Nettoyeurs se rapprocher. La panique et la peur se lisaient dans chacun de ses mouvements, néanmoins sa ténacité et sa volonté à vouloir coûte que coûte être libre et retrouver Mlle Parker resta forte. Elle était sa seule inspiration ! Jarod accéda aux portes d'embarquement, apercevant enfin une issue possible. Il serra les dents, accélérant le rythme et se lança dans une dernière poussée d'adrénaline. Les hommes aux costumes sombres étaient à peine à quelques mètres derrière lui, tendant les bras pour l'attraper. Tout à coup, le caméléon était parvenu à se hisser à travers une porte de secours, laissant les Nettoyeurs bloqués de l'autre côté. « Ouf ! Enfin, débarrassé ! » Celle-ci se referma avec un claquement, coupant court à leur poursuite. Jarod se retrouva seul de l'autre côté, reprenant lentement son souffle, réalisant à quel point il avait frôlé la capture. Le soulagement combiné à l'épuisement le gagnait peu à peu alors qu'il se préparait à continuer sa fuite, conscient que le danger n'était jamais loin. Tout à coup, un bruit de pas dans les alentours le fit sursauter, il se figea tout comme son corps tendu de vigilance. Bientôt, il se retrouva nez à nez avec Willy. Le regard de Jarod croisa le sien, c'était un homme pour le moins imposant et uniquement motivé par l'accomplissement de sa mission. Il était fier de sa prise. « Non ! Pas encore ! » pensa Jarod dans son for intérieur. Malheureusement pour lui, il fut rapidement encerclé par quatre hommes du Centre…

Aéroport, Paris-Charles-de-Gaulle, France

Mlle Parker et John se frayaient un chemin à travers l'amas de personnes, scrutant chaque visage, chaque coin et recoin à la recherche du jeune homme. Les yeux aussi inquiets que douloureux de la demoiselle papillonnaient dans l'aéroport, la gorge nouée, elle avait du mal à répondre aux questions de son ami. Elle regardait dans les parages, ici et là, faisant plusieurs tours sur elle-même. Il n'y avait pas l'ombre d'un caméléon.

« Où est-il ? Il aurait dû être là, elle faisait les cent pas de façon accélérée.

- Ne paniquez pas, Parker. Peut-être qu'il a eu un contretemps, avait-il dit d'un ton calme, néanmoins préoccupé.

- Je vais l'appeler… Mlle Parker sortit son portable et composa le numéro de Jarod, il ne décrochait pas. Il ne répond pas. C'est étrange. Jarod est toujours joignable, peu importe les circonstances, il me répond toujours. Il lui est arrivé quelque chose !

- Je vais essayer de le contacter également, il tapota nerveusement sur son propre mobile, seulement, il n'obtenait aucun résultat non plus. Je n'ai rien de mon côté. Ça ne lui ressemble pas.

- Qu'est-ce qui a pu lui arriver ? Où peut-il être ? Anxieuse, elle se mordilla sa lèvre inférieure cherchant des éclaircissements. Mais où es-tu, Jarod ?

- Ne vous inquiétez pas tout de suite, Parker. Nous devons garder notre sang-froid. Il y a sûrement une explication rationnelle à son absence. Peut-être qu'il a été retenu ailleurs ou peut-être nous sommes-nous tromper d'aéroport. Je suis sûr qu'il va bien. John, encourageant, posa une main réconfortante sur l'épaule de la Miss. Allons courage !

- Non ! Il lui est arrivé quelque chose, elle était en proie à l'angoisse et aux doutes, elle ferma ses yeux, essayant de retrouver une certaine accalmie alors qu'elle n'avait qu'une seule envie, c'était de hurler le prénom de son amant. Je le sens. Il a besoin de moi ! Et je ne peux pas rester ici à attendre sans rien faire. Nous devons le retrouver, peu importe où il se trouve. Je vous en prie !

- Restez ici ! Ne bougez surtout pas. Je vais essayer de me renseigner. Peut-être que quelqu'un l'aura aperçu. Trouver des indices, interroger les personnes, c'est tout ce que nous pouvons faire pour le moment. Mais je vous le promets, nous le retrouverons ! »

John, déconcerté, se précipita à grande vitesse dans le hall de l'installation destinée au trafic aérien public. À l'aide d'une photo du jeune caméléon, il demanda ainsi à plusieurs personnes quelles qu'elles soient des renseignements sur lui, mais les réactions et les propos auxquels il se heurta se soldaient tous par des échecs. Il était pris de tourment. « Vous êtes sûr de ne pas l'avoir vu ? Il est grand, les cheveux bruns, les yeux noisette, l'air, un peu perdu… » La personne qu'il interrogea secoua la tête et continua son chemin. John examina les environs, il était impuissant. Pendant ce temps, Mlle Parker, en retrait, se rongeait les sangs. Elle avait ses iris bleutés sur l'écran de son appareil mobile, espérant recevoir un appel. Elle savait que le Centre était capable de tout, et la disparition de Jarod lui semblait de plus en plus alarmante. À l'écart, John contemplait la Miss, elle avait le teint si pâle et ses lèvres tremblaient de peur, et pourtant, il ne l'avait jamais vue aussi belle qu'à cet instant précis. Il réalisa à quel point elle aimait son caméléon. Il se demanda si un jour lui aussi, il aurait la chance de connaître son vrai grand amour. Et s'il l'avait déjà trouvé ? Oserait-il y penser ? Peut-être était-ce le destin ? Son destin ? Le regard envieux de John se posa sur Mlle Parker, son désir de la protéger et de retrouver Jarod brûlaient en lui tandis que celle-ci, apeurée fixait ardemment son téléphone, souhaitant désespérément entendre la voix de son amant à l'autre bout du fil. « Appelle-moi, Jarod ! Appelle-moi ! Appelle-moi ! »