Résumé : « Le rush d'adrénaline s'essouffla, Kuroo eut l'impression que tout s'effondrait en lui. Il sentit une immense vague de déception l'engloutir.
— Merde… échappa-t-il, tournant le visage au sol, le cœur lourd de regret.
Son cœur rata un battement quand il entendit le bus freiner abruptement. »
Chapitre 10 : Jiji le chat noir :
Le bus s'éloigna, dévoré par la nuit, l'emportant loin de lui. Encore une fois.
Le rush d'adrénaline s'essouffla, Kuroo eut l'impression que tout s'effondrait en lui. Il sentit une immense vague de déception l'engloutir.
— Merde… échappa-t-il, tournant le visage au sol, le cœur lourd de regret.
Son cœur rata un battement quand il entendit un bruit de freinage abrupt. Il releva les yeux. Le bus venait de s'arrêter au bout de la rue. L'espoir naquit de nouveau en lui, très vite dissipé lorsqu'il constata que le véhicule s'était simplement arrêté au feu. Rien de plus.
Le feu passa au vert, le bus redémarra.
Puis freina de nouveau, les portes s'ouvrirent et quelqu'un descendit. Kuroo le reconnut instantanément. Kenma avait failli trébucher en sortant et se dirigeait maintenant à toute vitesse dans sa direction. Kuroo échappa un rire, le cœur en liesse, les larmes au bord des yeux. Il se mit à courir dans sa direction lui aussi, les jambes tremblantes, le corps secoué d'allégresse.
— Oh putain, oh bordel bordel bordel, murmura-t-il pour lui-même le souffle court, essayant toujours de retenir ses larmes de joie.
— Jiji ! lui hurla Kenma quand il fut assez près pour être entendu.
Et merde, tant pis, Kuroo explosa en larme, mais continua de courir.
Ils se rencontrèrent enfin, la collision de leur rencontre comparable à celle de la météorite ayant déclenché l'extinction des dinosaures. Kenma s'agrippa à lui, et Kuroo tourna sur lui-même, enfonçant son visage dans son cou. Ils rirent de concert, emportés par l'euphorie du moment. Jamais une étreinte ne lui avait été si douce, si émouvante. Kuroo avait de nouveau douze ans et il retrouvait son meilleur ami. Ils se séparèrent enfin, tous les deux à bout de souffle, leurs yeux ne pouvant plus se quitter. Kenma fut le premier à détourner le visage, quand leurs regards se croisèrent de nouveau, ses traits avaient repris le flegme que Kuroo leur connaissait bien. Sur un ton étrangement poli, Kenma reprit :
— Oh, Kuroo-san, cela faisait longtemps.
Kuroo pouffa :
— T'es con.
Kenma échappa un sourire.
— Tu m'as manqué Jiji.
Ledit Jiji ne put s'empêcher d'échapper un sourire infantile, il attrapa le blond par le bras pour l'amener à lui. Il le sera si fort que Kenma décolla du sol.
— Tu m'as manqué de ouf aussi.
Kuroo lâcha le blond pour le détailler d'un peu plus près.
— Regarde-toi - il attrapa une mèche de ses cheveux qui s'était échappé de son chignon durant la course- cheveux blonds, piercings, t'es devenue un véritable punk ma parole !
— Tu ressembles à un pigeon coiffé comme ça.
Kuroo haussa un sourcil avant d'éclater de rire.
— Cool merci, je préférais Jiji le chat noir, mais bon.
— Jiji le chat noir coiffé comme un pigeon.
— Ok ok, je pense que ton bus t'attend, c'était cool à plus, dit Kuroo en faisant mine de tourner les talons.
Kenma l'attrapa par la manche et l'attira à lui.
— Je rigole.
— Je sais bien…
Ils se regardèrent longtemps, planter au milieu du trottoir, comme deux grands idiots.
— Bon, dis-moi tout, qu'est-ce que tu fous là ? À Tokyo je veux dire.
— J'habite ici, lui répondit Kenma, et toi ? Je ne pensais pas te voir si loin de la cambrousse.
— Pff, je suis ici pour mon master, à Todaï.
— Oh, répondit le blond, semblant particulièrement surpris.
— T'as l'air surpris…
— C'est que je me souvenais pas de toi comme étant un grand intellectuel. De souvenir, la seule chose que tu voulais faire était de frapper dans des ballons toute la journée.
— Pff, saleté.
Kenma échappa un sourire en coin et détourna les yeux.
— Je connais juste quelques personnes qui y vont aussi.
— Vrai ?
Kenma hocha la tête.
— Cool, tu pourras me les présenter un de ces quatre, mais avant ça- Kuroo agrippa le blond par les épaules- raconte-moi tout, ça fait quoi, neuf, dix ans qu'on s'est pas vus ! On a du temps à rattraper !
Ils parlèrent un long moment, secoués de l'euphorie de leurs retrouvailles. Ils avaient fini par s'assoir sur un muret derrière l'abri bus, laissant la nuit s'écouler au rythme de leurs conversations, les rues se faisaient de plus en plus désertes, la température dégringolait peu à peu, et les phares des voitures et des bus se faisaient de moins en moins fréquents. Ce ne fut que plusieurs heures plus tard que Kuroo jeta un œil à son téléphone pour la première fois : 23h46. Kenma aperçut l'écran du téléphone et sembla brutalement revenir à la réalité :
— Il est si tard déjà ?
— Ouais, j'ai pas vu l'heure passer. T'es pressé ? Ton carrosse va se transformer en citrouille si tu rentres pas avant minuit ?
Kenma ne releva pas la blague et fouilla dans son sac à dos pour en sortir son téléphone. Il semblait avoir manqué plusieurs appels, il reçut un appel au moment où il déverrouilla le téléphone et s'éloigna pour répondre. Il raccrocha précipitamment en voyant un bus arrivé au loin. Il s'empressa de retourner auprès de Kuroo pour reprendre son sac à dos.
— Désolé, je dois y aller, c'est le dernier bus, lui indiqua-t-il précipitamment en faisant signe au chauffeur.
— Euh, ok, lui répondit le brun pris de court.
Le bus s'arrêta, et le blond s'approcha pour y monter.
— Kenma, attends !
— Oui ?
— Euh ? Je peux avoir ton numéro ou quelque chose, pour te retrouver ?
Kenma jeta un œil au bus, et avec empressement demanda :
— T'as insta ? C'est quoi ton nom dessus ?
— Euh, « Ji The black cat »
Kenma haussa vaguement un sourcil mais ne fit aucun commentaire. Il pianota sur son téléphone et releva la tête :
— Ok, je t'ai envoyé un message, je dois filer.
Les portes se refermèrent et Kuroo regarda le bus s'éloigner. Son cœur se serra en le voyant disparaitre au tournant de la route.
Il sortit son téléphone de sa poche, et ouvrit son instagram. Il haussa un sourcil en découvrant un message d'un certain « Apple pie » dans sa messagerie, mais avant qu'il n'ait pu l'ouvrir, il en reçut un second. « KodzuKen ». Il sourit et ouvrit le message.
« Désolé, je me suis trompé de compte la première fois. Je suis un peu parti précipitamment. »
« Pas de soucis » répondit Kuroo. « Ça m'a fait plaisir de te revoir » ajouta-t-il.
« Moi aussi »
« Tu m'avais manqué »
Le signe indiquant que Kenma était en train d'écrire disparut.
« J'espère qu'on pourra se revoir vite » s'empressa de répondre Kuroo.
« Moi aussi »
« Bonne nuit Kenma »
« Bonne nuit Jiji »
Kuroo échappa un sourire, le cœur débordant d'allégresse. Il rangea son téléphone dans sa poche, et tourna les talons, se mettant finalement en chemin pour retrouver son humble demeure. Plus il s'éloignait, plus il se sentait reprendre contact avec la réalité, laissant les endorphines se dissiper peu à peu, le souvenir s'ancrant profondément en lui. En espérant qu'à partir de maintenant, ils pourraient de nouveau en créer des centaines d'autres. Ensemble.
-s-
Tsukishima, bien qu'il n'y paraissait pas, n'était pas un homme bien compliqué. Il pouvait s'ajuster à toute situation et à n'importe qui à partir du moment que ceux-là s'accordaient à respecter quelques règles élémentaires :
1-respecter sa bulle personnelle et ne pas l'approcher à moins de 50 cm.
2- Ne dois en aucun cas constituer une nuisance sonore.
3- Dois constituer une source intelligible et dénuée de frivolité.
4- Pas de stupidité à sa table.
Bien obligé de constater qu'avec le temps, il en était venu à s'entourer de plus en plus d'individus faisant entorse à ces règles… L'entièreté du CAPE faisait entorse à ces règles… Diable, son propre partenaire faisait entorse à ces règles. De temps à autre, il se rappelait avec nostalgie le Yamaguchi de sa jeunesse, un être doux, timide et silencieux… Les choses avaient bien changé…
Non, Tsukishima n'était pas un homme difficile, et maintenant qu'il y pensait, il était même particulièrement flexible. Mais toute chose avait ses limites, et là, elles avaient été bien outrageusement dépassées ! Cela devait être réglé au plus vite ! Pourtant, la chose de prime abord n'avait pas paru hostile : un simple déjeuner avec son partenaire et Kuroo. Bien qu'il ne le montre pas, Tsukishima appréciait la compagnie du brun, qui une fois que l'on passait outre son penchant pour la taquinerie et son attitude bêta centrée, s'avérait être une personne non dénuée d'intérêt. Quelle erreur, quelle naïveté de sa part. Déjà, Kuroo était arrivé avec une mine immondement rayonnante. Il avait passé la première partie du repas à rigoler bêtement en pianotant sur son téléphone. Et alors qu'une accalmie était en vue, Yamaguchi avait eu l'audace de le taquiner à ce sujet. C'est alors que Kuroo leur avait livré une histoire dégoulinante de mièvrerie, leur contant ses retrouvailles ô combien escomptées avec son ami d'enfance, et ça Tsukishima n'en avait foutrement rien à faire. Il aurait pu garder cela pour lui jusqu'à leur séparation, et peut être même qui sait participer à la conversation si Yamaguchi ne s'était pas lui aussi mis à verser dans la mièvrerie. Il s'était retrouvé avec deux pies piaillant de tout leur soûl. Cette fois s'en était trop. Il serra les poings sur la table, mais ne dit rien, espérant pouvoir encore garder son calme. Il reconnecta finalement avec son environnement quand il croisa le regard ahuri de Yamaguchi face à lui. En tournant la tête, il constata que Kuroo arborait la même palette d'expression. Les deux échangèrent un regard avant de finalement exploser de rire, au plus grand étonnement du blond qui n'avait apparemment pas saisi le contenu humoristique de la situation :
— Quoi ?
— Ah bah te revoilà le vieux grincheux, railla Kuroo, on pensait t'avoir perdu.
Tsukishima, incrédule, tourna de nouveau la tête vers son partenaire.
— Mec, tu viens de lâcher un grognement de l'espace, je pense que la terre à trembler jusqu'à Beijing.
— Tu pouvais te manifester plus tôt si on t'emmerdait temps que ça.
À cet instant, le blond considéra l'idée de leur avouer que oui, ils le faisaient bien chier. Mais voyant les regards goguenards le toisant, il se ravisa. Il réajusta ses lunettes, plus pour retrouver contenance qu'autre chose, et sur un ton des plus solennels leur annonça :
— Je m'excuse, je m'en suis pas rendu compte.
— Hmm, échappa Yamaguchi, pas bien convaincu.
En tout cas, cela eut le mérite de mettre fin à la conversation, et le silence tomba enfin, au plus grand bonheur du blond.
Cependant, aussi confortable soit-il, le silence finit par lui peser. Il n'avait plus l'habitude d'une atmosphère aussi calme, et son ennui devint bientôt insupportable. De désœuvrement, il baissa les yeux sur Kuroo en train de bidouiller sur son téléphone en pleine vue sur la table. Il semblait que Kuroo était en train de voyager hasardeusement sur sa messagerie Instagram. L'un des noms que put lire le blond l'interpella… Il fronça les sourcils… Ce pouvait-il que ? Non… il avait simplement mal lu. Il vit alors Kuroo appuyer sur le message qui l'avait lui-même interpellé plus tôt. En tournant légèrement le regard, il lui sembla que Kuroo était lui aussi plus ou moins perplexe. Le brun appuya sur le nom de son expéditeur et Tsukishima reconnu instantanément le profil qui s'afficha alors. De surprise, il recracha par les narines la gorgée de bouillon qu'il venait d'ingurgiter.
— Boldel Tsukishima ! s'insurgea le brun qui venait de se prendre en pleine figure le geyser de bouillon.
Le blond ne s'en préoccupa pas le moins du monde et demanda :
— D'où tu le connais ?
— Qui ?
Le blond se contenta de lui désigner le profil avec insistance.
— Euh… bah je viens d'en parler pendant une demi-heure, c'est mon pote d'enfance, enfin mon meilleur ami d'enfance mais…
Kuroo s'était tut en voyant l'air plus qu'alertant du blond, qui se pinçait maintenant l'arête du nez avec exaspération.
— Quoi ?
— Kuroo, reprit le blond avec une voix étrangement calme.
— Oui ?
— Peux-tu lire le nombre d'abonnés s'il te plait ?
Kuroo le regarda un instant incrédule, son verre d'eau à la main. Il en prix une gorgé, et posa les yeux sur son téléphone. La gorgé d'eau n'eut pas la chance de tomber dans son œsophage et finit-elle aussi en geyser.
— Rooh mais vous êtes dégelasses, se plaint Yamaguchi.
— 1.8 millions.
— Quoi ! Yamaguchi attrapa le téléphone, et manqua de s'étouffer avec sa propre salive.
— Ton pote d'enfance c'est ApplePie ?!
Kuroo resta silencieux, d'abord parce qu'il n'en revenait pas de ce qu'il venait d'apprendre, de deux, parce qu'il ne savait pas comment répondre à la question. Il reprit son téléphone, revint sur sa messagerie, reconnut très bien le premier message de Kenma à 23h49 sur ce fameux compte, cliqua de nouveau sur le compte, toujours autant d'abonnés.
— Je présume oui.
Ses deux amis restèrent silencieux, le regardant avec insistance.
— Euh… Je suis censé savoir qui sait ?
— Il a des millions de followers, un des plus gros streamer du pays et tu vas me dire que tu ne sais pas qui c'est ? demanda posément Yamaguchi.
— Oh c'est beaucoup… mais non, je regarde pas trop les...
— Juste l'un des meilleurs gamer du pays, voire de la planète ! intervint le blond.
— Exagère pas Tsukki…
— J'exagère ? Champion du monde de « Overlord land fantasy » trois années consécutives, en solo en plus!
— Wouah… Je savais que c'était un geek, mais je pensais pas qu'il en avait fait son boulot.
— Comment tu peux rester aussi calme ? demanda le blond.
— Je ne le suis pas vraiment, j'essaye juste de garder contenance.
— Je suis… presque impressionné…
Le silence retomba. Au bout de quelques minutes, Kuroo revint finalement à lui, son regard voyagea plusieurs fois entre les deux alphas, avant qu'il ne finisse par lâcher :
— Je m'étais jamais rendu compte que vous étiez des geeks…
Son regard s'arrêta sur Tsukishima qu'il détailla avec plus d'insistance.
— Ouais… j'aurais dû m'en douter plus tôt finalement.
— Je n'ai même pas la force de répliquer…
— Attends attends ! reprit euphoriquement Yamaguchi, si tu le connais, ça veut dire que tu sais à quoi il ressemble ?
Kuroo fronça les sourcils.
— Euh… Oui…
Il vit les pupilles de ses deux compères se dilater à cette simple réponse.
— Oh… l'un des plus grands secrets de notre monde enfin révélé…
— Mais… j'ai pas de photos de lui…
— Quoi ? Rooh…
— Mais ta son insta perso non ?
— Euh oui, mais il a genre, une photo de chat.
— Merde.
— T'es vraiment inutile, ajouta le blond.
— Eh eh, si son identité est restée secrète jusque-là, je vais pas tout foutre en l'air.
Yamaguchi échappa un rire guttural et diabolique :
— Trop tard ! Je sais déjà qu'il s'appelle Kenma et qu'il a un penchant pour les chaussettes moches, rien ne m'arrêtera !
— Tu vas aller loin avec ça, marmonna Tsukishima.
— Les gars, les gars… Je suis pas près de le laisser filer maintenant, qui sait, vous pourrez peut être le rencontrer un de ces jours.
— Vraiment ?
Non, rien n'était moins sûr, mais cela eut le mérite de les faire taire et de laisser Kuroo en paix. Pour le moment.
-s-
— Et donc… Tu emmènes souvent les gens dans les lavomatiques ? demanda Kenma, en balayant l'endroit du regard.
Kuroo lui prêta un regard en coin : rien sur son visage ne laissait trahir ce qu'il pouvait ressentir à l'égard du lieu en question.
— Non, mais au moins ya personne.
Il vit le blond échapper un sourire.
Kenma et Kuroo s'étaient rejoints un peu plutôt. Kuroo avait initialement prévu d'emmener son ami tout nouvellement retrouver dans un café pour discuter paisiblement. Il avait finalement changé d'avis, déjà parce qu'il ne savait pas vraiment où aller : Le Karasu no coffe ? Pas forcément envie de tomber sur la bande qui n'aurait eu de cesse que les zieuter, voire de s'approprier la compagnie de son ami. Il avait également pensé au Fukuro, mais l'idée d'avoir Akaashi et Kenma dans la même pièce avait quelque chose d'étrangement perturbant. Il s'était dit qu'il trouverait un endroit en chemin, mais en voyant Kenma se raidir à chaque fois que quelqu'un le frôlait, il s'était dit que ce dernier n'aurait rien contre un lavomatique vide.
Kuroo échappa un sourire tendre.
— Toujours aussi asocial à ce que je vois…
Le blond haussa un sourcil :
— Juste sélectif.
— Ravis d'avoir été invité à la cour de sir Kozume Kenma.
Kenma fit rouler ses yeux.
— C'est Son Altesse Kozume Kenma.
Kuroo pouffa.
— Votre Altesse, je constate que le succès ne vous est pas monté à la tête en tout cas.
Le blond fronça les sourcils, il regarda le brun dans les yeux un long moment, surpris.
— … Comment tu sais ? demanda-t-il à demi-voix.
— Tu m'as envoyé un message avec ton compte public.
Le blond resta un moment silencieux.
— Je vois. Grande erreur de ma part.
Silence.
— Comme tu n'as pas réagi je pensais que… tu n'avais pas remarqué.
— Pour tout te dire c'est des potes qui me l'ont fait remarquer, des gros fans.
— Hmm.
— Bon, peut-être que les millions d'abonnés auraient fini par me faire tiquer.
— Hmm.
— Maintenant je sais ce que je vais faire de mes soirées : aller sur tes Lives pour écouter le doux son de ta voix. Qui sait en plus, j'y connais rien mais je vais peux être me découvrir une vocation de gamer.
— N'y compte pas trop.
Kenma avait enfoncé son cou dans son sweat-shirt. Bien qu'il n'en laissât rien paraitre, Kuroo put discerner une touche de rouge sur ses joues. Bordel il avait oublié comment ce type pouvait être adorable.
— On va pas se faire virer si on reste ici à rien faire ? demanda le blond, surement pour détourner la conversation.
— Non, je pense pas. Je crois que je suis leur principal client, et Minako-san m'aime bien maintenant je crois…
Kenma fronça les sourcils, il vérifia que le comptoir avait bel et bien déserté, avant de déclarer à voix basse :
— Ça fait un peu devanture…
— De quoi ?
— Bah… pour blanchir de l'argent.
Kenma, bien qu'ayant lui-même émis l'hypothèse ne sembla pas bien ébouriffé par le concept. Kuroo quant à lui mit plusieurs secondes à s'en remettre.
— Oh bordel… T'as raison… ça explique la Mercedes noire qui se gare devant la nuit…
Silence.
— On va peut-être y aller du coup non ? dit Kuroo. Chez moi ça te va ?
— Ça me va.
Ils sortirent du petit lavomatique et se mirent en route pour l'appartement de Kuroo. Bye bye super plans foireux, bonjour appartement miteux. Kuroo revint à lui lorsque le rire mutin du blond lui parvint :
— Pourquoi tu rigoles ?
— J'avais oublié ta capacité à te foutre dans des situations impossibles.
Kuroo voulut répliquer, mais face à une telle vérité, il ne sut comment rebondir.
— Je m'en fous… Toute façon j'ai encore une trentaine de jetons à utiliser… quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Je t'imaginais en Yakuza… Pas si mal… En plus tu fais de la chimie non ? Tu pourrais trouver facilement un bon job.
— Pff t'es con, comme si j'allais me mettre à faire de la Meth !
— Tu l'as dit, pas moi.
— Sans parler du fait que je suis pas sûr que je rentre dans leurs standards.
— Comment ça ?
— Bah je sais pas, j'imagine le yakuza genre le gars badass, ténébreux avec une aura de ouf, le stéréotype de l'alpha ultra dominant quoi, comme dans les films. Vu le nombre de fois où je me suis fait traiter de bêta pommé, pas sûr que je feat.
Kenma haussa un sourcil avant de baisser de nouveau la tête. Après quelques secondes de silences, il reprit :
— En fait historiquement les yakuzas ont commencé à s'organiser pour tenir tête aux chefs de meutes sur l'île de Kyushu, donc ce sont rarement des non-bêtas. Pour ce qui est de l'aura, je pense que ça colle pas mal.
Kuroo s'arrêta de marcher, tournant les yeux vers le blond :
— D'où tu sais ça ?
Le blond se contenta de sourire en coin d'un air énigmatique avant de commencer à pianoter sur son téléphone.
— Que je sais quoi ? Que tu as une aura de brun ténébreux ?
Kuroo sentit le sang lui monter à la tête.
— Non l'autre, les yakuzas !
— Ah, ça…
— Kenma, est-ce que t'es en train de m'apprendre que tu fais partie des Yakuzas ?
— À ton avis comment je savais que la laverie était une devanture ?
— Ohhh, c'est celle de ton boss !
Le blond leva les yeux au ciel :
— Ji, je te rappelle le « Son Altesse Kozume Kenma », à ton avis qui est le boss.
Le brun s'arrêta de marcher, jouant le drame jusqu'au bout. Son ami continua, sans lever la tête de son téléphone. Il s'arrêta finalement à quelques mètres pour l'attendre :
— C'est toi qui connais le chemin, lui fit-il remarquer.
— Ouais… t'es en train d'écrire à tes sbires pour qu'ils viennent m'enlever dans la nuit, c'est ça ?
— Évidemment, notre chimiste s'est fait attraper pendant un raid, je cherchais justement quelqu'un…
— … Kenma, tu me terrifies.
— Bien. Maintenant bouge.
Kuroo échappa un sourire et se remit à hauteur de Kenma. Ce fut à seulement quelques mètres de chez lui qu'il commença à sentir une légère sensation de panique l'envahir. Il avait enfin réalisé qu'il était en train de se diriger vers son appartement, moche, minuscule et miteux… Il n'arrivait même plus à se souvenir s'il n'avait pas laissé son caleçon sale au milieu de la pièce, ses chaussettes sur la lampe de chevet ou de la vaisselle dans l'évier… Merde, qu'est-ce qu'il allait lui proposer à boire en plus ? De l'eau, c'est cheap quand même… Oh ! Il avait de la tisane… à cette heure-là ? Une seconde, peut-être qu'il lui restait quelques sachets de thé noir qu'il avait fauché à la cafétéria de la fac ! Avait-il seulement deux tasses ? Hmm, mais il avait un petit vase… oui voilà… Mais il n'allait tout de même pas boire dans un vase ! Il n'eut plus le temps de spiraler sur la question car ils étaient enfin arrivés à destination. Kuroo ouvrit la porte, et avec une galanterie bien trop exagérée -subterfuge pour dissimuler son malaise- et il invita Kenma à rentrer. Ils gravirent les escaliers étroits pour se rendre au dernier étage.
— Bienvenue dans mon humble demeure, annonça le brun en ouvrant la porte de son appartement.
Il laissa le blond rentrer et referma la porte derrière lui. Kenma sonda un instant la petite pièce :
— Ouais je sais c'est pas ouf, mais bon le loyer et pas si cher. Exorbitant pour n'importe quel endroit de la planète, mais abordable pour Tokyo.
— Non mais c'est… cosy.
Alors qu'il allait reprendre, Kuroo vit Kenma humer l'air ambiant avant de froncer les sourcils.
— Merde déso, ça sent encore le crabe pourri c'est ça ? J'ai pas arrêté de foutre des bougies parfumées mais j'ai dû m'habituer. Merde, est-ce que mes fringues sentent pareil ?
Il entreprit de soulever son t-shirt pour le porter à son nez.
— Non, c'est juste que…
Kenma arrêta sa phrase là, semblant perdu dans ses pensées. Kuroo attendit la suite mais rien ne vint.
— Kenma ?
L'interpellé revint à lui.
— Non, rien. Et non, tu ne sens pas le crabe pourri, je t'aurais pas suivi jusqu'ici sinon.
— Charmant, et qu'est-ce que tu aurais fait de moi ?
— Je t'aurais foutu dans une des machines du lavomatique.
— Pff. Et tu m'aurais gardé prisonnier dans le tambour jusqu'à ce que j'accepte de travailler pour ton gang ?
— Hmm, bonne idée, si tu veux on peut y retourner.
— Non merci ça va aller.
Ils se turent, leurs regards se croisèrent et ils échangèrent un sourire.
Kuroo interrompit l'échange en se raclant la gorge avant de se tourner vers son meuble de cuisine. Il fut ravi de constater qu'il lui restait encore une bonne dizaine de sachets de thé.
— Je te sers un truc? Un thé ça te va ?
Kenma se contenta de hocher la tête.
Kuroo s'exécuta. Une fois la tâche accomplie, il servit les deux tasses (enfin un mugs et un verre coca-cola qu'on lui avait refilé gratos) se retourna et vint s'assoir auprès du blond qui s'était installé au sol.
— Désolé j'ai qu'une seule tasse.
Kenma haussa les épaules en guise de réponse. Il remonta ses manches jusque sur ses doigts et empoigna la tasse à deux mains, soufflant sur le breuvage pour le refroidir. Kuroo ne put s'empêcher d'échapper un sourire, attendri par l'image. Qu'il était étrange de l'avoir là, en face de lui. Sa mémoire s'était attachée au visage de son enfance, il le retrouvait maintenant sous les traits d'un adulte. Kenma avait toujours eu une aura particulière, elle semblait s'être étoffée avec le temps, devenue voluptueuse, électrisante, mais si tendre. À le voir ainsi, assis sur le sol de son minuscule appartement, habitant l'espace sans même s'en rendre compte, Kuroo ne put s'empêcher de sentir son cœur se soulever, mû d'un étrange sentiment qui n'avait pas encore de nom.
Il fut très vite sorti de sa contemplation lorsque Kenma croisa son regard.
— Qu'est-ce qu'il ya ?
— Euh rien ! Je me suis juste rappelé de quand ils nous foutaient de l'eau chaude dans le verre pas thermorésistant à la cantine et que ton verre avait explosé un jour.
— J'ai failli mourir ce jour-là, ça t'amuse ?
— Pff, mourir, tant que ça, t'exagères pas un peu ?
— Non, j'ai été terriblement blessé ce jour-là…
— Genre, t'as rien eu !
— Pas de blessure physique.
— Quoi, psychologique ? C'est pour ça que t'as fini chef de gang ?
— Exactement.
— Back story la plus nulle que j'ai jamais entendue.
— Tu diras pas la même chose quand je t'aurai fait mettre dans le tambour de la machine.
— Pff, t'es con ! lâcha Kuroo avant d'exploser de rire.
Ils se sourirent de nouveau. La chose commençait à être de plus en plus fréquente, et cela n'était pas pour déplaire à Kuroo, même si son ventre faisait des nœuds à chaque fois.
— Toute façon ça sera jamais pire que…
— La bouillie de la mort, finirent-ils en chœur.
Ils rirent de concert.
Le bouilli de la mort était le nom qu'ils avaient donné à un infâme breuvage qui leur était servi tous les matins. Le breuvage en question devait à l'origine s'apparenter à de la bouillie de riz, mais avait l'immonde consistance du vomi et l'odeur de la moisissure et du foie de poisson ayant tourné au soleil.
— C'était affreux ! Je compte même plus le nombre de plantes vertes que j'ai tué en versant mon verre dedans, fit Kuroo.
— Je me souviens encore quand tu t'es fait attraper par Imari-sensei.
— Oh, j'ai cru qu'elle allait me pendre par les pieds, elle était tellement terrifiante…
— Hmm
— Et tu te souviens quand…
Ils parlèrent un long moment ainsi, fouillant dans leurs souvenirs communs, ressortant des méandres de leur mémoire des événements oubliés, de rire, de honte, de panique et de joie. Tout remontait à la surface et retrouver ses vieux souvenirs avait quelque chose de profondément euphorisant.
— Tu sais que j'ai continué quand je suis arrivé ici, révéla Kenma au bout d'un moment.
Kuroo sembla profondément choqué par cette révélation.
— Sans déconner ? T'as continué le volleyball ?
Kenma hocha la tête.
— Ça t'étonne tant que ça ?
— Un peu ouais, je te rappelle que j'étais obligé de te trainer par la peau du cul à chaque fois pour que t'ailles à l'entrainement ! En fait t'aimer bien !
Le blond échappa un sourire et hocha les épaules.
— C'était cool au final… Et j'ai fait des bonnes rencontres grâce à ça.
— T'en fais encore du coup ? Moi j'ai arrêté en rentrant à la fac, c'est con mais bon.
— Non, j'ai arrêté à la fin de ma deuxième année de lycée.
— Oh… Pourquoi ? T'étais déjà trop occupé à dominer le monde du game ?
— Hmm, oui et puis… mon équipe n'existait plus donc bon, j'en voyais plus l'intérêt.
Kuroo fronça les sourcils :
— Genre, ils ont décidé de démembrer l'équipe, juste comme ça.
— Ouais.
— C'est con.
— Hmm.
Kuroo hocha la tête plusieurs fois, resta un long moment coincé dans ses pensées, avant de reprendre :
— Ça me rappelle qu'en arrivant ici, j'ai rencontré un gars qu'était entraineur d'une équipe de volley avant, il fait des ramens maintenant.
— Reconversion… intéressante.
— Ouais tu l'as dit. Apparemment son équipe aussi a dû être démembrée, histoire de TPO, ça l'a soûlé et il s'est barré.
Kenma sembla profondément surpris parce qu'il venait de lui annoncer.
— Quoi ? demanda le brun.
— Rien… Je pensais pas que tu connaissais ce terme.
— De quoi ?
— TPO.
— Oh… Bah pour tout te dire avant d'arriver ici je connaissais pas, mais bon, j'ai pu bien constater que c'était de la bonne grosse merde.
— Ouais.
— Ouais…
Silence. Kenma avait commencé à dessiner des ronds sur le tapis avec ses doigts. Ce ne fut que de longues secondes plus tard, le regard toujours braqué sur le tapis, qu'il reprit :
— C'est pour ça aussi que j'ai dû arrêter.
Kuroo se redressa. Il tourna son regard vers Kenma. Son visage était complètement neutre, mais la façon dont il tripotait le tapis trahissait sa nervosité. Le brun ne saisit pas de suite de quoi il en retournait.
— Pourquoi ? Genre ils avaient même pas de…
Oh…
D'équipe de bêta allait-il dire. Vieux réflexe, mauvais réflexe.
Il se tut.
Il sentit son cœur se serrer et son dos se vouter sous le poids de l'atmosphère qui avait commencé à s'alourdir. Kenma ne disait toujours rien, les yeux rivés sur le tapis. Kuroo se rapprocha de lui.
— Kenma… demanda-t-il à voix basse.
Le concerné hocha la tête.
Des centaines de petits détails lui vinrent en tête, quelques secondes, regards, phrases qu'il avait entendu plus jeune, juste avant que Kenma ne disparaisse brusquement de sa vie. La question lui brulait les lèvres, il avait peur d'avoir compris. Ou au contraire d'être totalement à côté de la plaque.
— C'est pour ça que t'as dû partir ?
Le blond s'immobilisa. Il resta silencieux, les yeux baissés. Il hocha finalement la tête. Kuroo sentit son cœur rater un battement, avant de se mettre à galoper à une allure folle, son corps bouillonnant d'un mélange de sentiment passé et présent.
— Tu te souviens que… je suis tombé malade juste avant de partir ? finit par dire Kenma.
— Oui, lui répondit le brun à voix basse.
Une, deux, trois respirations.
Kenma releva les yeux, Kuroo se trouva happer par son regard. Le visage du blond ne laissait rien paraitre de son trouble, mais Kuroo put sentir la tension tout autour d'eux s'intensifier.
— J'étais pas vraiment malade.
Kuroo ne lâcha pas son regard, et il n'eut pas besoin de formuler sa question à voix haute pour la lui transmettre. Kenma détourna les yeux.
— Je venais juste de rentrer dans mon premier cycle d'œstrus.
Silence.
— Ça veut dire que…
Kenma hocha la tête. Il inspira, avant de reprendre, ne lâchant toujours rien de son masque de marbre.
— Je suis un oméga.
Oh.
— Oh…
— Ça te dérange ?
— Quoi ? Non, bien sûr que non Kenma, évidement... Ça me rassure même.
Le blond fronça les sourcils.
— Bah ça veut dire que t'es pas un yakuza, ça me rassure de ouf.
— Pff.
Kuroo sourit. Kenma avait finalement laissé tomber son masque, et son visage s'était de nouveau ranimé. Même s'il ne l'avait pas côtoyé depuis des années, Kuroo n'avait pas mis bien longtemps à se synchroniser de nouveau sur sa fréquence, le bruit des grésillements s'était dissipé, la réception de tous ses signaux lui était redevenue claire. Alors oui, il savait que s'ouvrir ainsi n'avait pas été chose facile, et que c'était pour cela qu'il le sentait si fébrile. Le constater inonda son cœur d'un lourd tumulte d'émotions, tissé de tendresse profonde et d'empathie.
— Kenma ?
— Hm ?
— Je peux te faire un câlin ? Je sais que tes pas démesurément tactiles mais bon…
Le blond le regarda dans les yeux une seconde, avant de les détourner :
— Si c'est toi.
— Si c'est moi ?
Kenma roula des yeux, et ouvrit ses bras. Kuroo sourit et vint l'enlacer. Il ferma les paupières en sentant les mains du blond se joindre dans son dos. Il resserra sa prise autour de lui pour lui transmettre son soutien. Leurs respirations s'accordèrent à l'unisson.
— Merci… murmura Kenma au bout d'un moment.
— Pourquoi ?
— Juste… Merci.
— Tu m'as manqué tu sais… lui répondit Kuroo.
Silence. Une, deux, trois secondes.
— Toi aussi tu m'as manqué…
Ils se séparèrent finalement, la tête étourdit de tendresse. Le silence s'installa entre eux, doux, apaisé. Kuroo s'allongea au sol. Kenma le suivit. Un train traversa la gare de Nishi-nippori, le bruit ricocha autour d'eux, avant de se fondre dans le silence de la ville.
— Kenma ?
— Hmm ?
Le brun se tourna sur le flanc, calant sa tête sur son bras :
— Je comprends toujours pas pourquoi t'as dû partir… Je veux dire, c'est pas grave non ?
Kenma souffla.
— Ça a été un véritable cataclysme pour mes parents…
Kuroo fronça les sourcils.
— Ils ne m'ont jamais vraiment expliqué pourquoi mais… avec le temps je me dis qu'ils avaient dû penser que… enfin, on était au fin fond de nulle part, j'aurais été le seul à des centaines de kilomètres à la ronde. En plus, tout ne s'est pas déroulé… super bien. Surement que… Ils se sont dit que ce serait surement mieux pour moi… ailleurs.
— T'as l'air… je sais pas, de leur en vouloir un peu non ?
— Oh, je leur en ai terriblement voulu… Je leur en veux toujours, mais plus pour les mêmes raisons. Pour ça… je comprends maintenant.
— Hmm…
Kuroo se rapprocha de Kenma, et frotta son front contre son épaule pour lui communiquer son soutien. Le blond inclina sa tête de son côté, comme pour réciproquer l'action. Kuroo reprit sa position initiale.
— Mais tes parents… enfin c'est des bêtas non ? Comment ça se fait que…
Kenma échappa un rictus un tantinet taquin :
— T'es pas censé savoir comment marche la génétique ?
Kuroo grimaça puérilement.
— Non mais genre, rooh, t'as compris. Tu le sais quand t'as des non-bêtas dans ta généalogie non ?
— Pas eux… Ils ne savaient pas mais ils sont tous les deux descendant d'un grand clan de Sô-kita éteint. Il n'y avait pas eu de non-bêta dans leur famille depuis des générations… mais me voilà.
Kuroo se redressa légèrement :
— Sô-kita ? Comme les omégarchies ?
Kenma cligna plusieurs fois des yeux, réellement surpris :
— Quoi ?
— Non rien…
— Non mais quoi ?
— Je suis juste surpris que tu connaisses…
Kuroo voulut répondre toute sorte de choses taquines, mais se contenta de dire la vérité :
— Comme je l'ai dit, j'en savais pas grand-chose avant… J'ai commencé à faire mon éducation en arrivant ici.
— Je vois ça… Oui comme les omégarchies.
Kuroo hocha la tête. Son savoir s'arrêtait à peu près là sur le sujet, mais il n'avait pas forcément besoin d'en savoir plus pour le moment.
Les rayons crépusculaires filtraient à présent à travers la pièce, se réverbérant sur le verre de la petite fenêtre pour se décomposer en petites taches lumineuses tout autour d'eux.
— Je sais pas si tes parents ont bien fait… mais en tout cas, quand je vois ce que tu es devenu, ça me rassure. Je m'en fais pas trop.
— Ce que je suis devenu ? Je passe mon temps à dissimuler mon identité parce que je bosse dans un des domaines où ya le plus de discriminations contre les omégas.
— Et tu le domines complètement.
— Si on veut…
— Un véritable punk, je te reconnais bien là.
Ils sourirent.
La nuit tomberait bientôt, mais elle ne pourrait en rien défaire le tissage des liens qui s'étaient reformés entre eux ni de ceux tout nouveaux qui viendraient plus tard.
-Fin du chapitre 10-
Prochain chapitre : « Triple homicide sur un cœur désolé » :
« Il avait beau essayer de la chasser, il la connaissait bien la raison de son insomnie… Les raisons plutôt… Il ne pouvait plus vraiment se mentir maintenant, pas après cette semaine, pas après ces trois petits événements qui avaient bien foutu le bordel dans sa tête. Kuroo était d'ordinaire plutôt honnête avec ses sentiments… cette fois il s'était permis de les ignorer trop longtemps, et voilà que tout lui revenait en pleine gueule avec une violence monstrueuse…
Triple homicide contre son pauvre cœur désolé… »
Merci d'avoir lu ce chapitre =)
