Résumé du chapitre : « Magazine de mode, blog nianian… oh, forum puant le teen angst : parfait !

Yuki89 demande : « Est-il normal d'avoir plusieurs crushes en même temps ? »

« Xixi-StartDust » avait répondu : « oui, mais si tu veux aller plus loin il va falloir choisir ! ».

Kuroo continua de fixer son écran jusqu'à ce qu'il lui devienne complètement flou. Finalement il cligna des yeux et reposa son téléphone sur sa poitrine. Deux choses l'avaient chagriné dans cette phrase : le « aller plus loin » et « choisir ». Bien qu'il en comprenne parfaitement la définition, l'application lui semblait obscure.

Avait-il envie d'aller plus loin ? »

Chapitre 12 : Purgatoire

Kuroo avait durant son adolescence dû apprendre bien des choses dans un environnement qui, sans pour autant lui être hostile, ne lui offrait pas forcément le meilleur cadre pour ses recherches introspectives. Avoir 13 ans à Shakotan, petite ville pommée sur la côte ouest d'Hokkaido, n'avait pas toujours était facile à gérer. Au collège, la plus grande majorité de ses amis, des gamins de 12,13 ans commençant déjà à être bombardés d'hormones, avaient pour activité favorite de se retrouver à la récré pour se rincer l'oeil en catimini sur des modèles de catalogues de lingerie. Et oui Kuroo avait dû mentir un nombre incalculable de fois : « Hey Kuroo, et toi c'est laquelle ta préférée ? ». Question difficile quand clairement les poitrines plus ou moins opulentes des mannequins lingerie lui apparaissaient moins attrayantes que la musculature du mécanicien en couverture de « Turbo mechanic » dans la vitrine de l'échoppe au coin de sa rue. Ses parents n'avaient quant à eux jamais eu de propos pouvant lui faire craindre un quelconque rejet, mais ils ne l'avaient pas éduqué en lui parlant de ces choses-là. Avant de s'en apercevoir, il ne lui était jamais venu à l'esprit qu'un homme pouvait en aimer un autre. Il avait bien passé deux ans à fantasmer en secret sur des mécaniciens sans savoir qu'il y avait d'autres individus sur terres pouvant ressentir la même chose que lui. Sa plus grande aide sans nul doute avait été internet, qui avait eu réponse à pas mal de ses questions et l'avait amené à rencontrer tout un tas de personnes qui l'avait aidé à se trouver, à se comprendre et s'accepter. Alors dans un moment de crise existentielle comme il était en train de vivre, il se tourna vers la source d'information qui lui était venue en aide dans le passé : internet.

Et tout comme aux premiers jours de sa quête identitaire, il fit cela aux heures les plus tardives de la nuit. Certes, il devait passer son exam de biochimie le jour suivant, mais d'un autre côté cela faisait deux bonnes heures qu'il fixait le plafond en se torturant l'esprit, cela ne pouvait lui être que bénéfique.

Kuroo saisit son téléphone posé à ses côtés et lança internet. Il prit soin d'ouvrir une page en navigation privée : hors de question que les corporations qui le traçaient déjà eussent légalement le droit d'utiliser les données des recherches qu'il s'apprêtait à faire, et il ne voulait surement pas se retrouver avec de la publicité ciblée à partir de cela. Il regarda la barre de recherche un long moment, ne sachant pas réellement comment retranscrire intelligiblement ce qui lui occupé l'esprit. Finalement il expira bruyamment et tapa :

« Puis-je avoir plusieurs crushes à la fois »

Il valida et ferma les yeux, un peu honteux de ce qu'il venait de donner à manger au moteur de recherche. Bien heureusement pour lui, à la vue du nombre de résultats trouvés, il fut rassuré de constater qu'il n'avait pas été le seul à se poser cette question. Il constata bien rapidement que la plupart étaient destinés à répondre à des questionnements émanant de la gent féminine, aux vues du ton mielleux de certains articles et de l'utilisation presque exclusive du féminin.

« Glamour : les 12 types de crush que toutes les filles expériences au moins une fois dans leur vie ». Kuroo soupira, certes, aux vues du titre, l'article semblait orienté sur une lignée éditoriale maigrement intellectuelle, sexiste et tristement hétéronormée, mais Kuroo avait désespérément besoin de réponses. Il cliqua sur le lien.

« Les 12 types de crush sur des mecs que toutes les filles rencontreront forcément un jour et qui leur feront des papillons dans le ventre à un moment donné, les voici »

Ok…ça commence bien

« n°1, le crush célèbre : tu as des posters de lui partout dans ta chambre que tu regardes amoureusement avant de t'endormir et tu as déjà imaginé les moindres préparatifs de votre mariage. »

Kuroo s'arrêta un moment pour y réfléchir. Il se souvenait que pendant longtemps il avait affiché dans sa chambre une photo de l'équipe de volley qui avait remporté les Jeux olympiques de 1972, photo qu'il avait découpée dans un vieux magasine trouvé dans les affaires de son père. Mais il ne se souvenait pas avoir pensé quoique ce soit de romantique à leurs égards… Bon d'accord, il avait déjà fantasmé sur le mécano page 62 de l'édition mars 2008 de « Turbo mechanic » caché sous son oreiller, mais de là à parler de crush célèbre… Suivant !

« n°2 , le crush du boulot : le gars qui n'est pas forcément ton genre et qui d'ordinaire ne t'aurait pas intéressé, mais qui, après avoir passé neuf heures par jour en open space pendant des mois, commence maintenant à faire battre ton petit cœur. »

Kuroo fit la grimace. Certainement pas, les seules personnes pouvant répondre à cette description étaient Chris et Oikawa, et certes son cœur en frémissait rien que d'y penser, mais plus d'horreur que d'autre chose.

Il fit défiler la page et sauta directement au 4ème.

« n°4 : Le crush « je n'arrête pas de le croiser » : tu prends le bus, il est là, tu vas faire tes courses, il est là, il travaille comme par hasard dans ta boutique préférer et fait son jogging dans le même parc que quoi, coïncidence, je ne crois pas, vas y fonce »

Cette fois-ci, Kuroo eut la nette impression qu'il était plus question d'un pervers dangereux que d'un simple citoyen lambda vivant sa vie en toute innocence. Le conseil de « vas y fonce » semblait alors tout à fait raisonnable : barre-toi, change de numéro de téléphone et d'appartement avant que tu ne le croises par hasard dans ton salon habillé avec tes sous-vêtements et brandissant un couteau de cuisine. En y réfléchissant… la description correspondait étrangement à ses premières rencontres avec Sugawara… Kuroo frissonna. L'image de Sugawara en nuisette dans sa cuisine armée d'un couteau lui apparut comme abominablement terrifiante pour deux raisons bien différentes :

Il était son ami, no homo

Ce gars était flippant quand il le voulait, et Kuroo aurait raison de craindre pour sa vie dans une situation comme celle dépeinte dans son esprit.

Suivant !

« n°5 : le crush du barista : le gars qui travaille au café en bas de la rue, qui te tend ton café latte avec un petit clin d'œil. Non non, ce n'est pas parce que le café y est très bon que tu y passes tous les matins, mais bien parce qu'il te fait fondre ! »

Kuroo se figea. Merde… Il était vrai qu'Akaashi pouvait correspondre à cette description. Certes, il ne lui faisait pas de clin d'œil- ou Kuroo serait déjà mort d'une crise cardiaque à l'heure qu'il est- mais il lui adressait toujours un sourire en lui tendant son café… Un sourire à damner tous les putains de saints et à faire pâlir de jalousie les archanges… Il devait bien admettre que son cœur n'y était pas insensible. Il avala difficilement sa salive et continua sa lecture.

« n°6 , le crush inapproprié »

Beurk, quoi encore ? Un crush sur ton cousin, ton frère, un vendeur de crack ? Non, très peu pour lui.

« n°7 : le crush vénère : entre la haine et l'amour il n'y a qu'un pas… »

Kuroo échappa un petit rire. Ah, le fameux "enemy to lover", Kuroo voyait très bien… Au lycée, il avait passé pratiquement deux ans à détester le capitaine de l'équipe de basket (ces fourbes leur volaient toujours leur tranche horaire pour les entrainements) et avait fini par sortir avec pendant plusieurs mois à la fin du lycée… Que de souvenirs…

« n°8 le Fun-crush : le mec qui te fait hurler de rire à chaque une de vos rencontres, et ne dit-on pas « femme qui rit… ». En attendant cela, il n'a pas fini de vous émoustiller mesdames ! »

Kuroo rougit : surtout quand l'individu en question est foutu comme en dieu vivant… Il n'y avait rien à nier de ce côté-là. Bokuto le faisait effectivement « hurler de rire » et quant au reste de la phrase, il n'y opposerait certainement aucune résistance…

Kuroo laissa sa tête retombée dans son oreiller, désespéré par sa propre mièvrerie, et soupira bruyamment. Au bout de longues secondes, il retrouva son courage et reprit son téléphone. Il fit défiler la page jusqu'en bas, ne se sentant plus vraiment concerné par les propositions de crush lui apparaissant : non, il n'était pas près d'avoir un crush sur le mari de sa meilleure amie… Non, pas non plus sur l'ado à cheveux sale chantant dans son bar favori…

« n°12 : le crush d'enfance »

Merci Sherlock, il était déjà au courant…

« Vous aurez forcément quelques-uns, voir tous ces crushes au cours de votre vie, ils jalonneront votre parcours et qui sait parmi eux se cachera peut-être le bon ! »

Super, cela l'avançait bien ! Qu'est-ce que cela voulait dire ? Trois d'un coup au bingo « des 12 types de crush ridicules qui te feront te torturer l'esprit et te faire sentir misérable » , quelle joie ! Il avait droit à un prix spécial maintenant ?

Il soupira.

Il relut plusieurs fois le dernier paragraphe, mais à chaque fois bloqua sur les derniers mots : « parmi eux se cachera peut-être le bon »…

« Le bon »…

Ce je ne sais quoi de providentiel le mettait de plus en plus mal à l'aise, et il ne savait pas trop quoi faire de la sensation désagréablement morose que cela provoquait en lui. Dix minutes de lectures pour au final pas grand-chose, cela n'avait fait que confirmer les faits, et ne les expliquait en rien. Il appuya sur la flèche retour pour revenir à la navigation. Magazine de mode, blog nianian… oh, forum puant le teen angst : parfait !

Yuki89 demande : « Est-il normal d'avoir plusieurs crushes en même temps ? » et puis ect, ect, histoire dont il se foutait royalement, la question néanmoins, semblait tout à fait coller avec ses interrogations !

À cette question « Flexilus8516 » répondit : oui.

Bon, voilà, fin de l'histoire, si « Flexilus8516 » le disait, c'est que c'était surement vrai, hop, plus de soucis, la vie pouvait continuer. Certes, le problème n'était pas franchement réglé, mais en était-il là après tout ? Non. Bien, fin de l'histoire… Bon, d'accord, peut-être qu'une réponse moins écliptique lui serait plus bénéfique.

À la même question « Xixi-StartDust » avait répondu : « oui, mais si tu veux aller plus loin il va falloir choisir ! ».

Kuroo continua de fixer son écran jusqu'à ce qu'il devienne complètement flou. Finalement il cligna des yeux et reposa son téléphone sur sa poitrine. Deux choses l'avaient chagriné dans cette phrase : le « aller plus loin » et « choisir ». Il en comprenait complètement la définition, mais l'application lui semblait obscure.

Avait-il envie d'aller plus loin ?

Aucune réponse ne lui parvint. « Merci de ta non-participation chère conscience » se dit-il pour lui-même (ladite conscience ne daigna pas lui répondre même après cette attaque directe). Ce n'était pas parce qu'il faisait des tachycardies à répétition en présence de ces individus qu'il avait envie d'aller plus loin, non ? Cela vaudrait mieux pour sa santé physique (et psychique) en tout cas… Tiens, si demain le mécanicien de la page 62 débarquait dans sa chambre, irait-il plus loin ? Non certainement pas !

Il dut revenir sur ses dires en imaginant la scène… Peut-être que cela ne le dérangerait pas plus de cela finalement… Enfin, cela tenait du fantasme, rien de vraiment concret. Kuroo tapa sur la flèche retour. Il souffla et reposa son téléphone contre sa poitrine. « Aller plus loin ». Plus il y pensait et plus ses pensées se distordaient dans sa tête, échos muets et bruyants à la fois, se muant au final en un bourdonnement sourd et pesant. Le manque de sommeil n'arrangeait rien, emportant son esprit sur des chemins mouvants que seuls les amoureux des heures tardives peuvent connaitre, une sérénité couvrant les remous d'une tempête silencieuse. Le grand tourbillon dans sa tête finit par l'engloutir, et il sombra dans un sommeil lourd.

Il fut réveillé par le bruit de la pluie. En ouvrant les yeux, il constata qu'il était assis sur le perron d'un immeuble. Que faisait-il là déjà ? Il se releva et se retourna… Akaashi était là sous son grand parapluie. Instantanément, la pluie cessa et les rayons du soleil vinrent entourer le jeune homme comme une figure sainte. Akaashi lui fit un clin d'œil et referma le parapluie. Kuroo ne dit rien, hypnotisé. Il sentit alors la main libre d'Akaashi venir enlacer la sienne, et il le sentit passer son bras dans son dos pour l'attirer à lui. Au creux de son oreille, il murmure : « la pluie s'est arrêtée ».

Kuroo se réveilla en sursaut, se sentant au bord de l'asphyxie, son cœur tambourinant si fort contre sa cage thoracique qu'il en perdait le souffle.

« Bro, ça va ? » . Kuroo se tourna, ses yeux tombant directement sur ceux de Bokuto qui le regardait avec inquiétude. Ils étaient dans la bibliothèque universitaire, assis à une table installer entre deux grandes ailes de livres. Kuroo baissa les yeux, constatant qu'il avait dû s'endormir sur ses cahiers.

— Ouais ça va, je me suis pas rendu compte que je m'étais endormi, s'entendit-il dire.

— Bro, ça fait 20 minutes que tu baves sur tes livres.

— Merde, tu aurais dû me réveiller !

Bokuto reposa sa tête contre son poing en lui souriant.

— Nope, t'étais trop chou, j'allais pas faire ça !

Kuroo pouffa.

— Trop chou ?

Bokuto se contenta de hocher la tête. Il se recala au fond de sa chaise, souffla bruyamment et commença à s'étirer comme un gros matou.

— Mec, moi aussi j'en peux plus ça commence à me soûler… Tu sais ce qui serait cool ?

— Non ? demanda Kuroo, un sourire se dessinant déjà sur ses lèvres.

— Qu'on retourne au parc aux trampolines où on était allé !

Kuroo fronça un sourcil :

— Cette bande de cons, on va pas y retourner quand même !

— Oh ouais c'est vrai… On peut aller en ville alors… Ou alors on peut retourner à l'étang, on avait pas réussi à caresser les cygnes la dernière fois !

— Ce con nous avait filé entre les pattes !

— On y va du coup ?

— Bien sûr que oui ! Ce cygne de malheur mérite qu'on lui donne de l'amour !

Bokuto bondit de sa chaise en échappant un cri d'euphorie !

— T'es le meilleur !

Il agrippa Kuroo par le col de son sweat-shirt et l'attira à lui pour l'embrasser. Kuroo sourit dans le baiser et passa ses mains dans le cou de Bokuto.

Kuroo ouvrit les yeux, à bout de souffle, le cœur battant la chamade. Il faisait sombre tout autour de lui et cela ne fit qu'attiser son angoisse.

— Tetsu ?

La lumière l'éblouit un instant, mais il s'y habitua rapidement et tourna la tête en direction de la voix qui l'avait appelé. De l'autre côté du lit, Kenma le regardait, les yeux ensommeillés, semblant un brin inquiet.

— Ça va ? demanda le blond.

— Oui, juste un rêve…

— Un cauchemar ?

— Je sais plus…

Kenma hocha la tête. Il ajusta son oreiller et s'installa de nouveau sous la couverture.

— Viens là.

Il lui ouvrit les bras. Kuroo s'approcha pour poser sa tête contre son torse. Il entendit Kenma éteindre la lumière avant de venir l'enlacer. Il lui rendit son étreinte, déjà apaisé de le sentir tout contre lui. Kenma posa un baiser au sommet de son crâne avant de lui murmurer :

— Rendors-toi.

Kuroo ouvrit les yeux. La lueur des réverbères éclairait son appartement en rai de lumières évanescentes. Il entendit le premier train passer en gare de Nishi-nippori, faisant vibrer les structures métalliques en face de son immeuble. Il était revenu à la réalité. Pourquoi se sentait-il si désincarné dans ce cas ? Il se tourna pour faire face au plafond. Il regarda longuement dans le vide, les images de ses rêves lui revenant parfaitement, comme s'il était des souvenirs plus que des tissus de fantaisies. L'euphorie grandiose ressentie en rêve s'était oxydée au contact de la réalité et lui était devenu acide, corrosif, douloureux. Il échappa un lourd soupire, et laissa les larmes dévaler son visage.

Malgré son cruel manque de sommeil Kuroo avait pu passer son examen de biochimie sans grand encombre. Certes, il avait dû faire une sieste de cinq minutes dans les toilettes avant de retourner à sa copie, mais ce court regain d'énergie lui avait largement suffi. Heureusement pour lui, son insomnie n'avait pas eu lieu la veille de son partiel de neurophysiologie, les conséquences auraient été dans ce cas-ci bien plus fâcheuses. Il avait même fini en avance, et en bon ami qu'il était, attendait à présent Oikawa devant l'amphithéâtre. Celui-ci fit son apparition au moment où le reste des étudiants quittaient la salle d'examen, les conversations s'affairant déjà à décortiquer et comparer les réponses données par chacun. Ils se saluèrent de la main et quittèrent le bâtiment côte à côte.

-/-

— Ça s'est bien passé ? demanda Kuroo.

Oikawa prit son air de grande dame, fit claquer sa langue et répondit :

— Bien sûr que ça s'est bien passé, l'échec m'est impossible.

Kuroo haussa un sourcil, amusé :

— C'est pas ce que tu disais ya deux jours quand tu chialais devant tes fiches de révisions !

Le châtain eut l'air profondément outré par cette remarque :

— Déjà je ne « chialait » pas je te ferais remarquer, je…

— Tu ? Faisait du mélodrame ? Rien de nouveau.

— Non. Et… ta gueule.

Kuroo pouffa. Cela suffit à sortir Oikawa de son jeu de diva et il échappa un sourire.

— Bon d'accord, j'avoue que j'ai eu un moment de faiblesse. Merci de m'avoir aidé pour les révisions.

Le brun eut l'air choqué :

— Comment, le grand Oikawa Tōru, me remercier ? Non !

Le concerné roula des yeux et donna un coup de coude à son camarade.

— Après c'est moi la drama queen…

— Je ne pourrais décemment pas vous usurper le titre qui vous revient de droit mon cher.

— Merde mais t'es vraiment en forme, se plaint Oikawa. C'est d'être parti te branler en plein examen qui t'a mis de si bonne humeur ?

Kuroo manqua de s'étouffer avec sa salive.

— Quoi ? Mais pas du tout !

Oikawa haussa un sourcil, un sourire équivoque aux lèvres.

— T'es parti bien longtemps pourtant.

— De un, t'aurais dû te concentrer sur ta copie plutôt que sur mes occupations, de deux, je faisais juste une sieste.

— Une sieste ? T'as raison elle est vachement crédible ton excuse.

— J'te jure !

— Qui fait des siestes en plein partiel !

— J'avais besoin de microsommeil, et pour ta gouverne, ça a été très efficace ! J'ai juste mal dormi hier.

— Mouais… Qu'est-ce qu'y t'as tenu éveillé ?

— Pff, rien, j'ai pas arrêté de faire des rêves chelous…

— Des rêves érotiques ? C'est pour ça que t'es allé faire une « microsieste » hein ?

— Pff, mais non, t'es con…

Des rêves érotiques ? Si seulement ! Son esprit en aurait été plus tranquille. Non, non, bien pire, son cerveau avait décidé de lui servir du « domestic fluff » à toutes les sauces, bien plus difficile à s'expliquer que le bête rêve érotique.

Ils échangèrent un regard complice et le silence tomba.

Kuroo se détacha petit à petit du monde autour, ses pensées venant très vite l'accabler de mille et un questionnements.

— En vrai Kuroo, ça va ?

L'interpellé s'arrêta, surpris par le ton d'inquiétude bienveillante qu'avait pris la voix de son ami.

— Euh… Oui, pas de problème, pourquoi ?

Oikawa-la-diva refit aussitôt son apparition : il roula des yeux et croisa les bras, peu impressionné par ce qui manifestement était un mensonge.

— Mec, tu pues le stress à quinze kilomètres et tu pars dormir dans les chiottes en plein partiel, faut pas être un génie pour voir que ya quelque chose qui cloche ?

Un sourire se dessina sur les lèvres du brun, attendrit de voir le châtain s'inquiéter pour lui.

— Non, t'inquiètes, c'est juste les exams et tout qui me prennent la tête.

— Mmm, lâcha Oikawa, peu convaincu.

— J'te jure, pas de soucis.

— Ok.

Ils reprirent leur marche.

— Attends… comment ça je « pues » le stress ? questionna Kuroo en s'arrêtant de nouveau.

Oikawa le regarda comme s'il était débile profond :

— Je comprends pas quel mot tu comprends pas ?

— Puer, genre, c'est figuratif ? Jamais entendu cette expression.

— …Oh non, c'est complètement littéral, tu chlingues littéralement.

— Ok, merci de me gratifier quand même de ta compagnie.

— De rien.

Et il se remit en route.

— Non mais comment ça « littéral » ? Kuroo avait passé son nez sous sa veste : il n'avait pas plus transpiré que cela et sentait encore bon le savon.

Oikawa agita ses bras, déboussolé par le manque cruel d'intelligence de son camarade.

— T'énerve pas, je comprends pas comment je peux sentir une émotion !

Oikawa parut consterné.

— C'est pas ton émotion, c'est la réponse physiologique grosse nouille.

Kuroo resta planté au milieu du chemin, interdit… Quoi ? Et puis, « grosse nouille », on était sûr de cette insulte ?

Oikawa laissa tomber son visage entre ses mains et soupira bruyamment. Kuroo ne bougeait toujours pas. Le châtain inspira profondément, indiquant clairement qu'il faisait un effort surhumain pour lui rester sympathique.

— Je vais partir du principe que t'as juste pas recroisé les informations… Kuroo, quand tu stress tu libères du…

— Euh… du cortisol, adrénaline, norepinephrine ?

— Voilà…

Kuroo ne parut pas plus impressionné que cela.

Oikawa souffla.

— En gros ça augmente la concentration de ces hormones dans ton corps, et… ça change ton odeur, ça se reconnait.

— Ok…

— T'as pas l'air convaincue.

— Euh… bof, j'ai juste jamais remarqué… Ni entendu quelqu'un me sortir « tiens, je sens que tu fabriques plus de cortisol que d'ordinaire ».

Oikawa sembla s'agacer, mais son regard trahissait un certain amusement.

— C'est ça de trainer qu'avec des bêtas pommés toute sa vie… commenta hautainement le châtain.

— J'ai pas trop eu le choix, et vu la bonne bande que vous faites, je me suis rattrapé ! Non mais en plus vous avez un odorat surdéveloppé, tu peux pas me tacler sur ça !

Oikawa fronça les sourcils :

— Qu'est-ce que mon odorat vient faire avec ton ignorance ? Je peux quand même te tacler sur ça non ?

— Non, c'est pas juste !

— J'admets avoir un OVN plus développé que le tien, mais…

— Un quoi ?

— OVN, mais…

Oikawa ne poursuivit pas sa phrase en voyant la tête que tirait Kuroo.

— Tu sais ce que ça veut dire ?

— Onde de Vanité Negative ? Orbe Volante Noire ? Orang-outan Vilainement Néfaste ? se hasarda Kuroo.

Oikawa pouffa.

— Mais non, organe vomeronasal.

— Ah bah oui bien sûr où avais-je l'esprit !

— Je me demande toujours comment tu peux être à la fois si intelligent et idiot à la fois.

Kuroo, qui était devenu habitué à ce genre de remarque qui ne le blessait plus vraiment. Il était vrai que le système éducatif japonais avait manqué sur certains points de son éducation, se le faire rappeler sans cesse n'était pas forcément agréable, mais il avait appris à le prendre avec humour.

— Je sais, mais tu devrais faire un club avec Tsukki. Heureusement, j'ai la chance inouïe d'être en présence d'un être formidablement supérieur qui va me sortir de ma nullité crasse.

Le châtain leva les yeux aux ciels mais ne put s'empêcher d'échapper un sourire.

— C'est un organe qui permet de détecter les phéromones.

— Oh… Je savais pas… Encore une chose que j'ai pas…

— Quoi d'autre que t'as pas ? Des neurones ?

— J'allais dire ma dignité mais ça marche aussi, plaisanta Kuroo.

La remarque fit exploser de rire le châtain.

— Tout ça pour dire que j'ai peut-être un OVN plus développé que le tien, mais c'est quand même possible de le remarquer sans.

— De ? Désolé c'est le deuil de mon OVN qui me pèse, j'ai oublié le début de la conversation.

— Des changements d'odeur en réponse à une réponse physiologique provoquée par une émotion.

— Oh, oui, on avait pas plus facile comme sujet ?

— Quoi ? Comme pourquoi t'es parti te branler en plein examen ?

— Exactement, tu veux les détails ?

— Avec joie. Je t'écoute.

Kuroo sourit, amusé que le châtain l'ait suivi, mais incapable maintenant de continuer sur sa lancée sans que cela ne devienne très bizarre. Après ses lectures étranges du soir précédent, il n'était vraiment pas prêt pour ça.

— Tu disais donc… les changements d'odeurs en réponse à la réponse physiologique d'une émotion, sujet éminemment important.

— Tout à fait.

— Et tu me disais donc, que moi, pauvre bêta pommé que je suis, j'étais moi aussi doté de ce super pouvoir.

— Dans une moindre mesure oui…

— J'ignorais que tu connaissais si bien les capacités olfactives des bêtas, dit Kuroo en se voulant volontairement provocateur.

— J'ai grandi avec des bêtas Kuroo, je ne les ai pas découverts à 22 ans passés. Répondit le châtain d'un ton hautain que le brun lui connaissait bien. Et puis je te rappelle que mon partenaire est un bêta.

— Argument recevable.

— Évidemment.

Kuroo fit mine de répéter ses dires d'une moue outrageusement puérile. Étrangement c'est ce qui dérida Oikawa qui lui sourit franchement. Ils reprirent leur marche.

— Je sais que les non-bêta communiquent beaucoup euh…olfactivement, mais du coup, tu peux reconnaitre d'autres émotions ? Enfin d'autre truc quoi ? demanda Kuroo, réellement intéressé.

— Hum… Les alphas et omégas arrivent à changer l'intensité ou le genre de phéromones qu'ils libèrent… on peut à peu près faire passer toutes les infos basiques…

— Cool !

— Avec les bêtas, c'est différent, la plupart des signaux olfactifs se font non intentionnellement… Du coup la peur, le stress… l'énervement, l'attirance et…-un sourire goguenard naquit sur ses lèvres- le coïte.

Kuroo s'arrêta de nouveau, stupéfait.

— Quoi ?

Oikawa croisa les bras, ne lâchant rien de son sourire qui ne dissimulait en rien le ton égrillard de ses dires.

— Vraiment ?

Oikawa hocha la tête.

— Jusqu'à ce que le shoot hormonal se dissipe complètement. C'est pour ça que je sais que t'étais pas parti te branler pendant le partiel.

— Ah… donc tu disais juste ça pour me faire chier ?

— Yep.

— Hmm…

Kuroo resta un instant interdit. Avant qu'une moue dégoutée vienne se peindre sur ses traits.

— Ça veut dire que dès que tu croises quelqu'un tu peux savoir s'il s'est tripoté ? Ou fait tripoter ?

— Basiquement oui…

La nouvelle réjouit autant qu'elle perturba Kuroo. Ce fut sa curiosité qui s'exprima pour lui :

— Ok, du coup, dis-moi pour eux ? Kuroo désigna du regard un groupe de jeunes gens à quelques mètres d'eux.

— Je suis sous suppresseur là, ça marche pas.

— Ah tu me rassures… Ouais donc en fait tu fais genre, mais 90% du temps tu sais pas.

— Hm… Si, il faut juste que je connaisse bien l'odeur habituelle de quelqu'un pour m'en apercevoir. Comme toi par exemple.

— Ce que tu me dis me trouble au plus haut point… lui confessa Kuroo.

— Je sais, répondit Oikawa en tapotant son nez.

— Arrête ! se plaignit Kuroo en se tortillant de gène.

Oikawa ricana.

Kuroo pensa à toutes ses parties de plaisir solitaire qu'il s'était accordées lors de douches matinales avant d'aller en cours… où il était assis à côté d'Oikawa… Rien que d'y penser, il en frémissait d'horreur. Il penserait désormais à adapter ses « activités extracurriculaires » pour s'éviter ce genre d'embarrât… Il n'arrivait pas à croire qu'il lui avait fallu attendre 22 ans avant d'apprendre une information aussi cruciale…

— Bon je te laisse, je ne voudrais pas qu'Iwa-chan m'attende trop longtemps.

— Ah bah oui, que ferait-il sans toi ? fit sarcastiquement le brun.

— Il serait perdu, moi, lumière de sa vie, miel de son existence, son absolu et unique !

Kuroo roula des yeux :

— Jamais dans l'exagération.

— Jamais. Affirma Oikawa, visiblement amusé.

Son téléphone vibra dans sa main et il reprit :

— Tiens, justement, il m'écrit « où es-tu mon adoré, je me languis de toi »

— J'y crois moyen, le connaissant il a dû t'écrire en truc du genre « t'es où, bouge tes fesses Shittykawa », émit Kuroo, un rien grinçant.

— Du pareil au même ! Attends, il m'appelle -il décrocha- Oui, prunelle de mes yeux, amour de ma vie ?

Kuroo ricana en imaginant la tête que pouvait bien tirer Iwaizumi à l'autre bout du fil. La réponse, que Kuroo n'entendit pas, mais qu'il imaginait être des plus cinglante, sembla cependant ravir Oikawa. Son visage s'illumina d'un sourire juvénile et profondément sincère. Kuroo avait déjà eu l'occasion de l'apercevoir arborer une telle expression, mais le voir ainsi défait de tout son artifice avait toujours quelque chose de profondément touchant.

— Kuroo, je te laisse, à demain, dit le châtain à voix basse en posant sa main sur le micro.

Il le salua de la main et reprit la conversation en s'éloignant.

Kuroo le regarda s'éloigner, le sourire aux lèvres.

— Prunelle de mes yeux, amour de ma vie, j'te jure, murmura-t-il pour lui-même, amusé par l'absurdité grandiloquente de son ami.

Était-ce pourtant si absurde ? Exagéré certes, mais absurde… Il repensa au sourire du châtain, authentique et amoureux. Sans vraiment savoir quelle en était la raison, il sentit son propre cœur s'alourdir, et son sourire se faner. Il s'arrêta, stoppé par le flux grésillant et assourdissant des pensées traversant son esprit. Il ne pouvait finalement pas y échapper bien longtemps…

Il soupira, releva la tête, et se remit en marche.

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Le reste de la semaine défila comme un long tunnel, mais ils en avaient enfin vu le bout. À peine leur dernier examen terminé, Oikawa, Chris et lui-même s'étaient rendus au CAPE. L'ambiance y régnant était pétillante et euphorique. Même si beaucoup d'entre eux n'avaient pas subi la session d'examen universitaire, l'euphorie provoquée par cette douce délivrance leur avait profité à tous. Oikawa, Chris, Sugawara et lui-même étaient en pleine partie de Daifugō, qui malheureusement pour lui commençait à tourner au cauchemar après une bonne dizaine de rounds en temps de Daihinmin. Pour sa défense, Chris était bien trop bon à ce jeu : silencieux et observateur, il était quasiment indétrônable. Comment avait-il pu devenir aussi bon à ce jeu sans des années d'expérience ?

— Chris, combien d'années tu t'es entrainé pour devenir un tel monstre à ce jeu? plaisanta le brun.

L'interpellé s'arrêta pour réfléchir.

— Cinq, six ans.

Kuroo fut terrassé par la légèreté de sa réponse.

— On y jouait tous les jours quand j'étais à l'école.

— Vous jouiez au Daifugō aussi ? demanda Sugawara.

Kuroo ne sut dire si ce dernier était réellement intéressé ou cherchait juste à le distraire pour lui arracher sa victoire.

— Ça ne s'appelle pas pareil, mais les règles sont les mêmes…

— Oh vraiment, répondit Sugawara.

Kuroo pouvait maintenant confirmer qu'il s'agissait bien d'une stratégie de sa part. Sugawara prit la main et posa une paire de 9, lui laissant seulement trois cartes en main. Cinq pour Chris, il voyait sa victoire proche

— Oui, répondit simplement le blond, avant de poser successivement une paire de deux et un triple roi. J'ai fini.

Le reste des joueurs s'insurgèrent vocalement, Oikawa en vint même à jeter ses cartes sur la table, vexé de ce dénouement.

— Tōru ! Jette pas tes cartes on ne va pas pouvoir avoir l'ordre, remarqua Suga, tentant de reformer la main de son adversaire. Il ne perdait certainement pas le nord, il ne serait pas premier certes, mais il avait encore une place de second à conquérir.

— J'men fout, j'arrête, ça soûl, se plaignit le châtain.

Chris ne dit rien, mais Kuroo put déceler sur ses lèvres le frisson d'un sourire de victoire.

— Mais non attend, insista l'argenté en lui tendant ses cartes.

Oikawa refusa véhément, affichant une mine d'enfant boudeur. Sugawara insista, prenant sa voix la plus douce, fine technique de manipulation pour arriver à ses fins. Il ne céda que lorsque Nishinoya l'accosta en posant une main sur son épaule.

— T'es dispo à un moment la semaine prochaine, je dois aller à la mairie.

— Euh oui, mardi matin si tu veux, ils te font chier pourquoi maintenant ?

— Je sais pas, un truc de propriété, casse-pied quoi, lui répondit Noya en s'asseyant sur l'accoudoir du canapé.

Kuroo fronça les sourcils.

— Suga-mama, t'es aussi conseillé immobilier en plus de barista et vendeur, tu ne cesses de m'émerveiller !

Sugawara pouffa :

— Mais non…

— Sugawara est mon sub, affirma Noya de but en blanc en lui adressant un grand sourire.

Le brun en resta un instant médusé, il bâtit des cils, incrédule. Sub ? Sugawara et Nishinoya s'adonnaient-ils au BDSM extraconjugal ? Et apparemment la chose semblait acceptée et connue de tous… Kuroo n'en était pas à les juger, ils étaient libres de passer leurs temps libres comme bon leur semblait, cependant, il avait du mal à comprendre en quoi cela avait besoin d'être amené jusque devant l'administration tokyoïte. Peut-être que cette histoire de « propriété » n'avait finalement rien à voir avec l'immobilier ?

Kuroo fut brutalement coupé dans son monologue intérieur par Oikawa qui lui asséna un coup de pied dans le mollet :

— Oh Kuroo, t'as vraiment l'esprit mal placé ! dit-il, visiblement exaspéré.

Le brun n'en revenait pas qu'il ait deviné ce qui lui travaillait l'esprit. Les deux autres quant à eux ne semblèrent pas saisir.

— Ça veut dire alpha de substitution gros tordu, clarifia Oikawa avec toute la bienveillance dont il était humainement capable : c'est-à-dire aucune.

— Oh…

— Tu pensais à quoi ? demanda Nishinoya.

— Ah rien, mentit Kuroo.

Sugawara sembla un instant perplexe avant d'exploser de rire :

— Oh non…

— Quoi ? demanda Noya.

— Tu ferais en effet un bon Dom Noya, lança Suga avant qu'il ne soit repris d'une nouvelle salve de rires.

Noya passa lui aussi de la perplexité à l'hilarité.

— Je ne voudrais pas te faire de l'ombre Dom-daddy, lança ce dernier d'un ton suggestif.

Ils explosèrent de rire en chœur.

— Oi, oi, c'est bon, ok, je pouvais pas deviner ! tenta Kuroo pour se défendre.

— Oh… Sugawara était à bout de souffle, faut que je le raconte à Yamaguchi attends. Yama !

Misère, pas Yamaguchi. Déjà parce qu'il allait se délecter de son humiliation, mais surtout parce qu'il en ferait également part à Tsukki, ce qui doublerait, voir triplerait son humiliation.

Heureusement pour lui, Yamaguchi n'était pas à portée de voix. Il fallait maintenant qu'il détourne l'attention.

— Alors euh…Suga, comme ça tu es… un sub ?

Sugawara tourna de nouveau son attention vers lui.

— Oui, affirma ce dernier, non sans un rien d'hilarité dans la voix. Oikawa est celui d'Asahi si tu veux tout savoir.

Le châtain se contenta d'acquiescer.

— Oh…Ravis de l'apprendre… Et ça sert à quoi ?

— À contourner cette saleté de TPO, expliqua Noya.

— Comment ça ?

— Selon la TPO, les omégas sont plus ou moins placés sous tutelle d'un alpha. Si ce n'est pas leur partenaire, c'est un de leur famille, ou le chef de meute assigné au district où tu vis, précisa Nishinoya.

— Et comme on n'avait pas décidé de se faire emmerder ni par nos familles, ni par un chef alpha Sô-shi super con, no offense Suga, on a trouvé cet arrangement, termina Noya.

Kuroo en resta médusé, sidéré d'apprendre chaque jour qu'une partie de la population avait moins de droits qu'une femme du XVIIIème, ce qui ne faisait vraiment pas beaucoup. Il ne sut s'il avait envie d'exploser en larme ou d'aller coller son poing dans un mur. Noya sembla relevé la teneur de son cocktail émotionnelle :

— Ouais, je sais ça craint… Après c'est plutôt courant...

— Le mépris des droits ? demanda Kuroo sarcastiquement.

— Aussi, mais je parlais des subs, précisa Noya.

— Oh. Même si ça devrait pas être normal…

— Merci Sherlock, rétorqua Oikawa acerbe.

Kuroo ne dit rien. Il voyait bien que pour une fois, ce n'était pas contre lui qu'il était énervé. Il eut un sourire triste mais resta silencieux. Les discussions autour de lui reprirent, comme si rien de particulier ne s'était produit. Kuroo eut plus de mal à en revenir. Il finit par penser à Kenma, et à Bokuto… À tout ce qu'ils ne lui avaient jamais confié, à tout ce qu'il pouvait vivre. Il repensa au visage de Kenma quand ils en avaient parlé dans son appartement, à l'expression de Bokuto quand il lui avait refusé l'entrée du circuit de Kart. Son cœur s'alourdit. Il ne savait toujours pas bien s'il avait envie d'exploser en larme où d'aller coller son poing dans un mur, mais il commençait à pencher pour la première option. Il sortit de sa torpeur lorsqu'il sentit une main se poser sur son épaule : Noya lui souriait. Le contact visuel dura à peine quelques secondes, avant que le jeune homme aille s'assoir de nouveau sur le bras du canapé en reprenant sa discussion avec ses amis. Kuroo le regarda. Il se sentit un peu honteux d'avoir dû se faire remonter le moral par quelqu'un qui vivait directement ce genre d'injustice ordinaire quotidiennement. Leurs regards se croisèrent de nouveau. Kuroo le remercia de la tête, et Noya se contenta de lui sourire.

Ce fut à ce moment-là que Yamaguchi débarqua au pas de course :

— On devrait faire une fête ! annonça-t-il plein d'allégresse.

— Pourquoi ? demanda Tsukki qui apparemment n'avait pas été mis dans la confidence.

— La fin des exams !

La chose ne sembla pas ravir tout le monde.

— Suga ? demanda Yamaguchi, croyant trouver en l'argenté son meilleur allié.

— Euh…je sais pas…

— Quoi ! Mais pourquoi ?

— Déjà on a pas passé d'exams nous…

— Non mais on s'en fout ça fait une occasion ! En plus on le fait chaque année normalement !

— Oui, et à chaque fois ça tombe à côté de tous les anniversaires et on n'arrête pas du mois, ajouta Suga.

— Comment ça tous les anniversaires, ya que toi et Hinata, c'est pas la fin du monde !

— Et Iwaizumi, ajouta Sugawara.

— C'est à peine si je veux voir la tête de Shittykawa pour mon anniversaire, commenta l'intéressé qui venait d'arriver au niveau de son partenaire. Ce dernier tenta une contorsion étrange pour lui donner un coup de coude sans changer de position. Les autres semblèrent plus amusés qu'offensés par sa remarque.

— Oui mais… commença Sugawara.

— Oui je sais, yen a qui bosse nanana, moi aussi, et on reprend direct les cours la semaine prochaine, c'est le moment ! Tiens attends. Yamaguchi attrapa la manche d'Hinata qui passait par là pour lui soumettre son idée. Idée qui sembla ravir profondément le rouquin qui se mit à signer à toute allure en sautillant.

— Allez Kōshi, insista Sawamura qui apparemment s'était rangé du côté des mioches.

— Bon ok, ok !

— Yes ! se réjouit Yamaguchi, si Suga-daddy disait oui, c'est que c'était un positif pour tout le monde visiblement.

— On parle de quoi ? demanda Tanaka en arrivant à leur hauteur, suivit pas Asahi.

Ce fut Hinata qui répondit à sa question !

— Cool ! On fait ça où ?

— Je sais pas… ici comme d'hab ? proposa Yamaguchi.

— Non, non, c'est mort ! intervint Noya. La dernière fois les voisins m'ont fait chier pendant des semaines avec vos conneries !

Tsukishima haussa un sourcil :

— Nos conneries ? C'est toi qui as décidé d'escalader le muret pour monter sur le balcon du voisin et lui voler son chat !

— Woh Tsukki, il était super mignon ce chat ok ! Tu peux pas me juger sur ça ! Et puis j'ai été super furtif comme un ninja.

Sa démonstration manqua d'éborgner Asahi, par chance le bougre avait l'habitude et évita l'impact sans trop de mal.

— Et puis tu peux parler, reprit Nishinoya, c'est toi qui chantais du Speed à tue-tête.

Kuroo manqua de s'étouffer avec sa salive.

— Quoi ?!

Tsukki se renfrogna :

— C'est Kageyama qui avait commencé !

Kuroo n'en croyait pas ses oreilles… Tsukishima et Kageyama chantant à tue-tête de la variété des années 90… cela ne pouvait décemment pas être possible.

— C'est Sugawara qui m'a provoqué, se défendit Kageyama.

Les regards se tournèrent vers l'intéressé.

— Quoi ? Daichi voulait vous entendre chanter !

— J'avoue, mais toi aussi.

— Voilà.

— Alors, demanda à demi-voix Kuroo, particulièrement intéressé par la question.

Sugawara se pencha dans sa direction pour lui confier :

— Kageyama chante comme une casserole, mais Tsukki à une voix d'ange !

— Vraiment ?

Suga hocha la tête. Kuroo tourna son regard émerveillé vers Tsukki.

— Même pas en rêve.

— Oh chouquette, je veux tellement entendre ça !

Tsukishima sembla troublé par le petit nom, mais très vite reprit :

— Tu peux crever.

— Oh je te ferais chanter, insista Kuroo avec un sourire presque dément.

— On va entendre personne chanter si on sait pas où faire ça !

— On peut juste aller en ville ? proposa Kageyama.

— Non c'est nul ! Bon, on fait ça chez qui, Suga ?

— Moi ? Ça va pas Tadashi, ya pas de place chez nous !

— C'est vrai…

— Et pourquoi pas chez toi si tu insistes autant, proposa Suga.

— Non. Répondit simplement Tsukki.

— Si vous voulez, on peut faire ça chez moi.

Tous les regards se tournèrent vers Chris, dont l'intervention avait de quoi surprendre.

— Vraiment ? demanda Kuroo.

Chris se contenta de hocher la tête.

— T'as assez de place ?

— Je pense oui… Pour le bruit je pense qu'il n'y aura pas trop de soucis non plus.

Hinata secoua la manche de Kageyama pour qu'il lui fasse un récap de la situation. Kageyama obtempéra. La nouvelle sembla ravir le roux qui se mit à bondir d'allégresse.

— Bon bah je crois que c'est décidé alors, observa Daichi.

— On fait ça quand ?

— Samedi soir ça vous va ? proposa Chris.

Aux cris de vaillants animaux qu'ils émirent en chœur, Chris put deviner que la réponse était oui.

-Fin du chapitre-

Pour info, le Daifugo est l'équivalent du président =)

Pas grand chose dans ce chapitre... mais on commence à aller quelque part *wink wink*

Prochain chapitre : « Théorème de la géométrie sentimentale »

« — Chris… t'habite là ?

Ce dernier se contenta de hocher la tête.

— Wooh… je pensais que c'était juste un cliché que les Luxos étaient blindés de tune…

La remarque fit rire le blond. Ce fut à peu près à ce moment-là que le reste de la bande les rejoint, tous échappèrent des cris de surprise en apercevant la demeure.

— C'est une des maisons de mes parents, ils me la prêtent pour le moment, l'informa Chris.

— Une des maisons… Chris, maison aux pluriels ?

Le blond ne dit rien et se contenta d'avancer jusqu'à la porte d'entrée.

— Chris, maisons plurielles ? Chris ! »

See ya 3