Résumé : « — Chris… t'habite là ?
Ce dernier se contenta de hocher la tête.
— Wooh… je pensais que c'était juste un cliché que les Luxos étaient blindés de tune…
La remarque fit rire le blond. Ce fut à peu près à ce moment-là que le reste de la bande les rejoint, tous échappèrent des cris de surprise en apercevant la demeure.
— C'est une des maisons de mes parents, ils me la prêtent pour le moment, l'informa Chris.
— Une des maisons… Chris, maison aux pluriels ?
Le blond ne dit rien et se contenta d'avancer jusqu'à la porte d'entrée.
— Chris, maisons plurielles ? Chris ! »
Chapitre 13 : Théorème de la géométrie sentimentale
Avec près de trente-huit millions d'habitants recensés en 2016, Tokyo se trouvait première dans le classement des villes les plus peuplées du monde. Avec environ trois mille habitants au kilomètre carré, il avait fallu redoubler d'imagination pour caser tout ce petit monde-là, entasser dans de minuscules boîtes empilées jusqu'au ciel. La recherche « maison sans vis-à-vis », qui déjà s'apparentait à du grand luxe, n'était en rien un critère envisageable. Il fallait s'habituer à vivre plus ou moins dans l'intimité de ses voisins. À moins de vivre au cinquantième étage d'une tour, l'idée de ne pas avoir une vue sur d'autres êtres humains tenait de la fantaisie. Avant de déménager dans la capitale, Kuroo avait longuement sillonné les différents quartiers sur google map, et une chose était clair : à moins de vivre au milieu d'un parc, aucun moyen d'avoir plus de deux mètres carrés autour de sa propriété pour soit même, pas un coin de rue n'était gaspillé, pas un lopin de terre n'avait été retourné. Même un manoir des plus grands luxes devait se satisfaire d'une compagnie intime de constructions biscornues et grisâtres. En tout cas, c'est ce que Kuroo pensait, jusqu'à tant que Chris les guide jusque chez lui.
Kuroo avait commencé à être perplexe lorsqu'ils avaient pris le métro jusqu'à la station de Meguro. Son trouble s'était intensifié quand ils avaient changé pour un train qui les avait laissés à la station de Den-enchōfu, l'un des quartiers les plus huppés de la banlieue tokyoïte, connut pour ses villas et ses maisons extravagantes et indécemment hors de prix. Qu'est-ce qu'un étudiant d'une toute petite vingtaine d'années pouvait bien faire là ? À part vivre dans les égouts, Kuroo ne voyait pas comment ils pourraient, selon le blond, se retrouver dans un espace assez grand pour tous les accueillir… Il est vrai que les égouts sauraient leur offrir assez d'espace pour leur débauche, à condition de ne pas faire grande affaire des rongeurs autochtones. Kuroo s'était presque fait à cette idée, mais dut réévaluer ses prédictions lorsque Chris les mena jusqu'à un escalier, presque dissimulé par une épaisse verdure. Plus ils montaient, plus la théorie des égouts ne tenait plus debout. Ils passèrent devant le portique un peu décrépi d'un ancien temple, et continuèrent encore de monter. Cela faisait près de dix minutes qu'il montait sans voir le bout de l'escalier lorsque Kuroo finit par demander à bout de souffle :
— On est bientôt arrivé, ça fait bien dix minutes qu'on monte là ?
— Non, deux minutes douze, répondit Kageyama, semblant légèrement agacé de cette méprise.
— Oui, bientôt, lui répondit Chris.
Le fourbe avait l'audace de parler sans l'once d'un essoufflement dans la voix.
Kuroo était au bord de la syncope. Où était donc passée l'endurance de sa jeunesse ? Il fallait vraiment qu'il se remette au jogging. Il tourna le regard. Tout le monde autour avait l'air parfaitement confortable avec le trek qu'ils étaient en train d'accomplir, surement déjà enivré d'euphorie. Il finit par capter le regard de Tsukishima, clairement amusé de le voir dans un état si misérable. Il grogna - mimétisme de tant de temps passé en la compagnie d'alphas « béliqueux »- mais cela ne fit qu'accentuer l'amusement du blond. Kuroo lui jeta un regard noir, se redressa et regagna le début de la marche. Un temps infini se passa encore (environ quarante-cinq secondes) avant que Chris leur annonce finalement :
— On y est.
Kuroo releva la tête, et manqua de tomber à la renverse. Devant eux se tenait une magnifique demeure, mélange d'architecture japonaise traditionnelle et d'ultras modernes, se tenant fièrement au bout d'une allée illuminée de petites loupiotes. Quelques autres maisons se tenaient en haut de la colline, mais assez lointaines pour que la lumière en émanant soit presque effacé par la nuit juvénile. Chris le mena jusqu'au portail qu'il ouvrit avant de l'inviter à le suivre.
— Chris… t'habites là ?
Ce dernier se contenta de hocher la tête.
— Wooh… je pensais que c'était juste un cliché que les Luxos étaient blindés de tune…
La remarque fit rire le blond. Ce fut à peu près à ce moment-là que le reste de la bande les rejoint, tous échappèrent des cris de surprise en apercevant la demeure.
— C'est une des maisons de mes parents, ils me la prêtent pour le moment, l'informa Chris.
— Une des maisons… Chris, maison aux plurielles ?
Le blond ne dit rien et se contenta d'avancer jusqu'à la porte d'entrée.
— Chris, maisons plurielles ? Chris !
Il n'eut pas le temps d'insister plus car il fut bousculé par Yamaguchi, qui remontait l'allée à toute vitesse en hurlant de joie, une bouteille de tequila dans chaque main, suivit de près par Hinata bondissant comme un lapin de garenne sous extasie. Kuroo resta atterré un bon moment, jusqu'à ce que Daichi, ayant très certainement perçu son état de détresse profonde, lui passe un bras sur les épaules pour le guider en avant. Sugawara lui tapa gentiment dans le dos et se précipita lui aussi vers l'entrée à toute vitesse.
L'euphorie avait vite pris des tournures entropiques lorsque Chris avait entamé une rapide visite des lieux, et que Yamaguchi et Hinata avaient commencé à entamer la bouteille de tequila. Mise à part la chambre de Chris, encore quatre chambres étaient disponibles, en comptant l'immense salle de séjour, le lieu aurait de quoi tous les loger pour la nuit. Kuroo avait bien tenté de grappiller une place dans un des lits douillets, mais tous avaient été pris d'assaut avant qu'il n'ait pu y faire quoi que ce soit. N'ayant pas non plus décidé de dormir avec un des nombreux couples de son groupe d'amis, il avait décidé de se résigner et d'accepter son sort.
En redescendant les escaliers pour rejoindre le salon, où certains avaient déjà commencé à s'installer, Kuroo remarqua :
— Elle est immense cette baraque, c'est fou de trouver ça.
Suga à ses côtés hocha la tête pour appuyer ces dires.
— C'est une maison dont a hérité ma mère de ses grands-parents, dit Chris. Mes parents l'ont rénové avant ma naissance.
— Je savais pas que tu avais de la famille ici, remarqua Suga.
— Plus maintenant. Avant ma famille venait pour les vacances, mais après on était trop…hum...trop nombreux.
Kuroo, qui se demandait vaguement quand avaient bien pu avoir lieu les premières vagues d'immigration luxembourgeoise, tiqua sur la réponse :
— Vous étiez trop nombreux ?
Chris acquiesça.
— Oui, dix c'est beaucoup pour ici.
Le brun fronça les sourcils. Dix ? Il resta un moment médusé. Chris avait-il vécu dans un manoir jusqu'alors ? Lui qui pensait déjà qu'il venait d'une famille nombreuse, on était sur un tout autre niveau ! Suga lui ne sembla pas plus que cela phaser par l'affirmation. Il se contenta de répondre « oui c'est vrai », et une fois arriver en bas, rejoint rapidement les autres. Chris se tourna vers Kuroo, encore planté dans l'escalier.
— Kuroo ?
— Je sais pas pourquoi je pensais que t'étais enfant unique, maintenant je te découvre sept frères et sœurs… Je me sens con de pas avoir demandé plus tôt…
Chris se contenta de lui sourire, et précisa
— J'ai trois grands frères et une grande sœur.
— Oh, nice…
Attendez… ça fait cinq enfants ça ! Comment arrivaient-ils à se retrouver à dix dans son manoir ? Des cousins peut-être ? Ou plus morbide peut-être? La mortalité infantile serait-elle si importante dans un pays au PIB pourtant si bien portant ? Ou alors une simple erreur de traduction ?
Avant qu'il n'ait pu approfondir le sujet, ou tout simplement terminer sa phrase correctement, Chris s'était déjà fait alpaguer par Hinata et Yamaguchi qui apparemment n'en était plus à leur premier shoot de tequila. Kuroo décida donc de laisser ses questions de côté et d'aller enfin rejoindre ses amis. Ils étaient tous installés dans le salon, éparpillé en petit groupe affalé çà et là. Les voix et les rires se mêlaient à la musique passant en arrière-plan créant une atmosphère pétillante et chaleureuse qui enveloppa le brun.
— Bon ! On fait un truc ? scanda soudainement Nishinoya en escaladant le canapé.
— Grave ! s'extasia Tanaka.
— Ok mais genre quoi ? demanda Sugawara
— Un jeu à boire ! proposa Yamaguchi, tout en levant son verre déjà plein d'une mixture non identifiée.
— Non !
Kuroo fut surpris de constater que les voix de Sugawara et Daichi s'étaient jointes à la sienne sur cette dernière intervention. Ils se regardèrent tous trois, un peu surpris. Kuroo avait par le passé déjà pu constater que son métabolisme ne faisait pas le poids face à celui d'alphas surexcités, il n'avait pas forcément envie de finir au tapis dans une demi-heure, il devait en être de même pour Daichi… Sugawara cependant…
— Roooh, bouda Yamaguchi.
— On fait quoi du coup ? intervint laconiquement Kageyama, traduisant ce que venait de signer son partenaire.
Les propositions se mirent à fuser de tout bord, mais tous se turent lorsque Chris s'éclaircit la gorge pour attirer leur attention.
— J'ai acheté un jeu, annonça-t-il presque cérémonieusement.
— Oh, cool, c'est quoi ? demanda Kuroo.
Chris traversa la pièce pour récupérer une petite poche en papier posé sur le meuble télé. Il revint et le tendit au brun.
— Oh, c'est un genre de Truth or Dare, intervint Sugawara qui avait lu par-dessus l'épaule de Kuroo.
La plupart de l'assistance sembla ravie, mis à part Tsukkishima manifestement peu charmé.
— On a pas douze ans, marmonna-t-il.
— Allez Tsukki ! Ça peut être cool, vas-y.
Le blond leva les yeux aux ciels mais n'y opposa pas plus de résistance. Il se contenta de s'accroupir à côté de son partenaire. Sugawara, qui avait fini par récupérer la boîte du jeu, commença à énoncer les règles :
— Bon déjà il faut qu'on s'installe en cercle…
Chis déplaça la table basse et tous s'installèrent rapidement.
— « Début de tour : choisissait un modérateur, en cas de débat, le modérateur a toujours le dernier mot, choisissez donc consciencieusement », lut Sugawara.
— On choisit qui ?
— Chris ? proposa Kuroo.
Tous semblèrent s'accorder sur la chose, faisant ainsi honneur à leur hôte. Hinata fut le seul visiblement chagriné par la chose, mais s'en remit rapidement.
— Placer les cartes spinner et play au centre -Sugawara s'exécuta- le modérateur ouvre la partie en piochant une carte spinner désignant la personne à questionner, puis pioche une carte play et énonce la question « vérité ». Si et seulement si la personne désignée refuse, elle se voit dans l'obligation d'accepter le gage. Elle peut faire appel, dans ce cas là le modérateur prend la décision de la marche à suivre. Le tour continue avec la dernière personne interrogée. Le jeu se poursuit jusqu'à épuisement des joueurs, ou des cartes ou jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Ils pouffèrent en chœur.
— Ok Chris tu commences, et tu tires une carte spinner.
Le désigné s'exécuta et lut :
— À la personne de gauche, Kuroo donc.
Le brun hocha la tête, attendant que la sentence tombe.
Chris piocha la seconde carte, mit quelques secondes à la déchiffrer avant de lire à voix haute :
— Quand est-ce que tu as pleuré pour la dernière fois ?
— Ça commence bien, ironisa Yamaguchi.
Oui c'est sûr, surtout si on considère que la réponse était « en me levant ce matin, comme tous les autres matins depuis un moment », et Kuroo n'avait pas forcément envie de plomber l'ambiance d'entrée de jeu.
— On va pas commencer avec ça! C'est quoi le gage ?
— Laisse un autre joueur te coiffer…
À peine Kageyama avait-il terminé de retranscrire la réponse, que déjà Hinata s'était porté volontaire, bientôt rejoint par Yamaguchi, dont les motivations avaient l'air bien moins innocentes. Au plus grand désespoir de Kuroo, Yamaguchi avait pour habitude de porter plusieurs élastiques au poignet, et le brun se retrouva vite affublé de deux couettes. Ce fut au tour de Kuroo de piocher :
— Gauche, tirage de dés… Ya un dé ?
Sugawara récupéra la boîte et lui tendit le dé noir et rouge s'y trouvant.
— Trois- Kuroo échappa un sourire frôlant le machiavélique- Yamaguchi.
— Quoi ? Mais j'y suis même pas ? s'insurgea ce dernier qui s'affairait toujours à ruiner son intégrité capillaire.
— M'en fout c'est ta place c'est à toi.
— Mais…
— Modérateur ?
Chris hocha la tête. Yamaguchi souffla pour la forme et vint s'installer de nouveau à sa place.
— Allez envoie.
— Ok : Quelle est la pire chose que tu aies cachée à tes parents ?
— Ouais mais non là ça marche pas, intervint Yamaguchi.
— Bah pourquoi ?
— On a été élevé dans le même clan, intervint Sugawara.
Cela ne fit que renforcer la confusion de Kuroo.
— Les clans de Sô-Shi élèvent les enfants en collectivité, précisa Iwaizumi en face de lui.
Kuroo, ne voulant pas passer une fois encore pour le bêta pommé qu'il était, décida bien judicieusement de ne pas creuser la chose. Certes, la question aurait pu être détournée de façon plus ouverte, du genre « quelle est la pire chose que tu aies cachée aux ou à la personne représentante d'une figure parentale pendant ton développement infantile ? », mais avait-il vraiment envie de se lancer sur cette piste ? La réponse était non, bien évidemment.
— Oh… Ok… Bah du coup le gage c'est : mets quatre glaçons dans ta bouche, et garde-les jusqu'à ce qu'ils fondent.
— Quoi ? Je peux pas avoir une autre carte ? Chris ?
— Je dois avoir des glaçons, se contenta de répondre ce dernier.
— Non ! Attends !
Yamaguchi se leva pour essayer de dissuader le blond qui venait de partir dans la cuisine.
— Je savais pas que vous aviez grandi ensemble, dit Kuroo à l'adresse de l'argenté.
— Si, on se connaît depuis tout petit, répondit ce dernier en lui souriant.
— Oh, tu dois avoir plein d'histoires embarrassantes à raconter alors, il fit trémousser ses sourcils d'un air de complicité fourbe.
— Ah ah, des tonnes… Mais tout a un prix mon cher…
— Je te ramènerai toute la bouffe dont tu désires.
— Ah ! Là on parle la même langue !
Ils rirent en chœur.
— Mais je croyais que Yamaguchi était un Yama-shi, comme Hinata.
La remarque sembla faire tiquer Sugawara qui se raidit légèrement.
— Oui c'est ça, répondit Yamaguchi qui venait de revenir avec son bol de glaçon. Mais comment je fais pour poser la question si j'ai les glaçons dans la bouche ?
— Tu te démerdes, lui répondit Oikawa.
— Allez bouge, le pressa Tsukishima.
Son partenaire lui jeta un regard noir avant de finalement s'exécuter. Une fois tous les glaçons dans la bouche, il piocha la première carte et manqua d'échapper un glaçon en souriant. Il désigna Hinata du doigt, satisfait de ne pas avoir à parler pour poser la question.
— Qu'elle est la partie de ton corps que tu détestes le plus, signa Yamaguchi .
Le rouquin réfléchit à peine quelques secondes avant de répondre :
— Mes cheveux.
La réponse révolta l'assistance, qui s'insurgea et l'accabla de compliment sur la magnificence de sa chevelure. Hinata, souriant maintenant de toutes ses dents, piocha une carte. Il fit un trois et tomba sur Asahi. Le rouquin passa la carte des questions à son partenaire pour qu'il la lise à voix haute :
— Asahi-san , lequel des joueurs survivrait le plus longtemps à une attaque de zombie, et lequel mourrait en premier ?
Le concerné sembla réfléchir longuement à la question avant de répondre.
— Yuu…
— Ohhh, tu penses que je survivrais le plus longtemps ? s'émut Nishinoya.
— Bien sûr que non, tu mourrais en premier.
— Hey !
— Quoi ? Tu foncerais tête la première et tu te ferais bouffer direct.
— Ouais pas faux, lui concéda son partenaire.
— Et Ryūnosuke aurait fini pareil…
— Pas faux…
— Pour celui qui survivrait le plus longtemps… Daichi peut-être ? Ou Suga.
— Grave, les zombies auraient plus peur de lui que l'inverse remarqua Nishinoya.
— Ou Iwaizumi, proposa finalement Asahi en se tournant vers l'intéressé, tu partirais dans une ferme au milieu de nulle part avec un fusil à pompe…
— Ça colle, remarqua Daichi.
Iwaizumi échappa un rictus et hocha la tête.
La question suivante justement lui fut destinée :
— Iwaizumi, quelle est la pire excuse que tu as utilisée pour décommander un rendez-vous au dernier moment ? interrogea Asahi.
— Non mais ça marche pas, intervint Oikawa avant que son partenaire n'ait pu formuler une réponse. Il dit juste « ça me soule je viens pas » et c'est plié.
La chose sembla grandement entendue parmi le reste des joueurs, même pour le concerné.
— Ok, ok, du coup gage ? demanda Asahi en tournant le regard vers le modérateur pour s'enquérir de son verdict.
Chris hocha la tête.
— Ok… Du coup le gage c'est… que tu dois lécher… une barre de savon.
— Genre les pains de savon ? demanda Oikawa.
— Apparemment…
— D'accord, répondit Imaizumi, visiblement peu troublé par la chose.
L'hôte s'en alla quérir le plus beau de ses pains de savon qu'il possédait et le tendit au brun.
L'assistance retint son souffle alors qu'Iwaizumi considérait l'objet du défi. Il fronça les sourcils, et solennellement croqua dans la barre de savon. Tous en restèrent médusés.
— What the fuck… murmura Yamaguchi.
Noya éclata de rire, Oikawa se leva pour aller à la rencontre du "saponophage".
— Mais ça va pas recrache ! lui ordonna-t-il avec la sévérité d'une ménagère dépassée par les événements.
Iwaizumi avala, et au vu de la mine de profond dégoût qu'il afficha, bien que parfumé au pain d'épice, le savon ne semblait pas pour autant tout à fait à son goût.
— On avait dit lécher ! s'exclama Oikawa.
— Tu… veux un verre d'eau ? demanda Daichi.
— Mais non ! Ça va faire des bulles ! hurla Tanaka.
— Tiens, intervint Nishinoya en lui tendant un verre.
Iwaizumi s'empressa de l'avaler d'une traite, mais cela sembla empirer son cas.
— Mais c'est quoi ? demanda-t-il entre deux quintes de toux.
— De la vodka.
— Mais ça va pas ! s'emporta Oikawa.
— Quoi ? Au moins ça mousse pas !
— Mais t'es vraiment…
Oikawa ne put aller plus loin. Son partenaire avait attrapé son bras pour lui signifier que tout allait bien. Le châtain échappa un long grognement avant de repartir s'installer à sa place.
Une fois la commotion passée, le jeu put de nouveau reprendre. Iwaizumi, dont la voix était maintenant légèrement éraillée, dut poser sa question à son voisin de droite.
— Sawamura, quelle est la pire douleur physique que tu aies déjà ressentie ?
Bien que la question ne s'y prêtait pas forcément, Daichi échappa un rire gêné et se mit à rougir. Il leva les yeux sur Sugawara qui avait déjà réfugié son visage entre ses mains. Kuroo fit des aller-retour entre les deux, se demandant bien quelle sombre vérité était sur le point de leur être dévoilée.
— Hummm…Et bien, Kōshi m'a mordu une fois, jusqu'au sang... c'était pas vraiment agréable…
Yamaguchi ricana mesquinement en murmurant un très sympathique « Sô-shi de merde » et Sugawa dut s'affaler sur Oikawa pour aller coller une tape derrière sa petite tête de fourbe.
— Oh non, tu te souviens pas la fois une tu t'es mangé Ryū ? intervint Nishinoya.
— Oh ouais ! c'était méga violent ! ajouta ce dernier.
— Oh mais oui ! Une fois on jouait et je me suis pris Tanaka de plein fouet… Ça m'a bien sonné ça, expliqua Daichi. J'avoue c'était pas mal aussi.
Kuroo prit son sourire le plus mutin qu'il soit et murmura à l'argenté.
— Kinky... Cette histoire de Sub, puis ça… Et bien, je ne te savais pas versé dans le BDSM.
— Oh ta gueule, lui chuchota ce dernier. Bon Daichi, maintenant que tu m'as bien foutu la honte, à toi de poser la question.
L'intéressé échappa un petit rire avant de piocher sa carte.
— Chris… Combien de personnes tu as embrassées dans ta vie ?
Le blond hocha la tête mais ne répondit pas. De longues secondes s'écoulèrent en silence. Kuroo se demanda si Chris avait correctement compris la question, mais avant qu'il n'ait pu demander, son ami reprit :
— Sobre ?
— Ouais, bah dont tu te souviens quoi.
Et Chris repartit dans son calcul. Kuroo fronça les sourcils. Répondre à une équation à trois inconnus lui aurait pris moins de temps que cela !
— Trente-trois finit par répondre le blond.
— Quoi ? échappa Kuroo, réellement surpris.
— Cela te surprend ?
— Je sais pas… Je te connaissais pas un passé de Don Juan ! remarqua comiquement le brun.
— Un passé ? demanda le blond, ce qui eut l'effet immédiat de lui clouer le bec.
Chris ne s'y attarda pas plus et se saisit de ses cartes.
— Kageyama, qu'elle est la musique la plus embarrassante que tu écoutes le plus souvent.
La question sembla froisser Kageyama qui se renfrogna.
— Gage ? demanda-t-il.
— Fais un compliment à la personne de ta gauche.
Le désigné souffla et se tourna vers Hinata. Il le considéra longuement avant de lui signer :
— Tu as un joli sweat shirt.
Le compliment, certes bien peu consistant, ne sembla pas plaire du tout au rouquin.
— Il est nul ton compliment.
— Ah ouais ? Bah vas-y alors si tu peux faire mieux !
— Ok. Tu es la personne la plus formidable que j'ai rencontrée et je t'aime plus que tout au monde !
— Ah ouais et bah…
La suite de la joute non verbale échappa complètement à Kuroo, le tout ressemblant maintenant plus à un combat tout droit sorti de Naruto, plutôt qu'à une déclaration d'amour passionné.
— Bon Allez ! Arrêtez d'être gênant qu'on joue, finit par les interrompre Tsukishima.
Les deux concernés se signèrent un dernier « Je t'aime » avant de se détourner l'un de l'autre, semblant aussi énervé que s'ils s'étaient traité de moult noms d'oiseaux. Kageyama jeta brutalement le dé et fit un six. Il tourna son regard vers Tsukishima et tira la quatre play. Ce qu'il y lut le transforma instantanément, et ce fut avec un je ne sais quoi de jubilation qu'il demanda au blond :
— Est-ce que tu chantes sous la douche ? Si oui quelle était ta dernière reprise ?
Tsukishima fronça les yeux, essayant de se faire discrètement menaçant, espérant surement que cela dissuaderait son interlocuteur d'insister. Peine perdue face à Kageyama, dont le sourire jubilatoire ne fit que s'étendre.
— Si tu veux tu peux demander le gage, mais c'est que tu dois faire une démonstration de chant, reprit le brun.
— Oh oui chante chouquette ! s'exclama Kuroo.
— Tu mens, affirma le blond.
Kageyama haussa les épaules et se pencha pour lui faire lire la carte. De toute évidence, il ne mentait point. Tsukishima, vexé, mais ne voulant rien perdre de son honneur se redressa et croisa les bras.
— Je ne chante pas sous la douche.
— Tu mens, intervint Yamaguchi.
Tsukishima lui jeta un regard noir, qui n'eut pour effet que d'amuser son partenaire.
— Bien sûr qu'il ment ! scanda Kuroo.
— Parle ! ordonna Kageyama. Ou chante, c'est toi qui choisis.
Tsukishima braqua son regard sur lui et échappa un grondement grave. Kageyama haussa un sourcil sans rien lâcher de son sourire de crapule. Le blond sembla abandonner, et murmura une réponse inaudible.
— Quoi ?
— Me too… de Meghan Trainor.
Kuroo en resta un instant médusé, avant qu'il n'explose de rire, la moitié du groupe rejoint son hilarité rapidement.
— C'est quoi comme chanson ? demanda Daichi.
S'en suivit une magnifique démonstration de chant de la part de Tanaka et Nishinoya, qui finit d'achever tout le monde. Ce ne fut que de longues minutes plus tard, essoufflés d'avoir tant ri, que le jeu put enfin reprendre.
— Tiens au lieu de te foutre de ma gueule Tanaka, c'est pour toi.
— Je t'écoute « Sexy girl ».
Tsukishima soupira avant de lire sa question :
— Quelle est la chose la plus embarrassante que tu es faite pendant un rendez-vous galant ?
Tanaka se frotta le menton, réfléchissant intensément à la question.
— Hum… Ah mais oui je sais, j'ai ramené Noya, révéla-t-il en désignant l'intéressé.
— Oh ouais putain j'avais oublié !
— On avait mangé comme des gros porcs alors que c'était le milieu de l'aprem et que la meuf avait pris un expresso !
— Mais pourquoi t'as fait ça ? demanda Oikawa.
— Je sais pas… j'crois que j'avais juste pas compris que c'était un date…
— Et tu t'es dit « tiens elle m'invite à boire un café, c'est surement qu'elle veut manger de la viande séchée avec mon meilleur pote », intervint Asahi.
— J'étais juste super stressé ! Elle était super jolie ! se défendit Tanaka en se caressant le crâne.
— Super ta technique, remarqua sarcastiquement Oikawa.
— J'avoue j'avoue, pas ouf… Mon Allez à moi ! Tient d'ailleurs Oikawa, c'est pour toi.
— Balance.
— Quel est ton record de sommeil ? Genre combien d'heures d'affilée t'as dormi le plus longtemps j'imagine.
— Mais qui a écrit ces questions ? demanda Sugawara avant d'attraper la boîte de jeu pour y trouver la réponse à sa question.
— Soixante-douze heures, répondit le châtain sans hésiter.
— Quoi ?
— J'ai cru qu'il était mort, ajouta Iwaizumi.
— Et tu l'as pas réveillé ? demanda Yamaguchi.
Le concerné se contenta de hocher négativement la tête. Cela était-il vraiment étonnant venant de cet individu en particulier ? Non, pas vraiment.
— Mais qu'est ce que t'as foutu pour dormir aussi longtemps ? l'interrogea Kuroo
— C'était après ma première rut partagé, je suis tombé comme une souche et… voilà, expliqua Oikawa.
Maintenant Kuroo comprenait pourquoi il avait dû lui prendre les cours pour une semaine…
— Wooh, trois jours quand même… je crois que mon max c'est genre… Dix-huit ou vingt heures… Sinon je crève la dalle, intervint Yamaguchi.
Et dire que Kuroo pensait être refait quand il avait dormi plus de dix heures sans interruption… La jalousie commençait presque à s'immiscer en lui. Il donnerait tellement pour rester endormi vingt heures, surtout en ce moment…
— Je te dis pas comme j'étais déphasé après, commenta Oikawa. Bon Allez à moi- il piocha ses cartes- personne à ma droite, Suga c'est pour toi.
— Hmm
— Si un génie t'accordait trois vœux, quels seraient-ils ?
Sugawara se balança quelques secondes en agrippant ses genoux, le procédé semblant apparemment catalyser sa pensée.
— Je sais pas… Avoir ce putain de concours déjà -l'assistance approuva- dormir soixante douze heures peinards… Et trois je sais pas avoir un chef étoilé qui me fait la bouffe tous les jours ?
— Oh bah merci ! s'insurgea son partenaire.
— T'es un chef étoilé maintenant toi ? plaisanta l'argenté…
— Moi direct je choisis de plus avoir de rut, intervint Oikawa.
— Oh mais tellement ! répondirent en chœur Yamaguchi et Sugawara.
Pour le coup l'ensemble des alphas de l'assemblée s'accordèrent sur la chose.
— Pareil, c'est relou ! les rejoints Nishinoya, Asahi hochant vigoureusement la tête côté.
Kuroo fut tout d'abord surpris de leur réaction. Il se rappela très vite que ses sœurs qui avaient déjà tenu ce discours à propos de leurs règles… En bref, il n'était pas vraiment compétent pour débattre la question mais il pouvait comprendre.
— Bon, on y peut pas grand-chose de toute façon, conclu Sugawara en récupérant de nouvelles cartes. Kuroo ! Quel est l'endroit le plus bizarre où tu es allé pisser ? Non mais vraiment qui a écrit ça...
Alors Kuroo leur compta, à coup de détails rocambolesques et saugrenus, la fois où, alors qu'il se trouvait chez un ami pour une soirée, il s'était retrouvé face aux parents de l'ami en question alors qu'il revenait des toilettes situées dans la suite parentale. L'alcool et lui ne s'en était pourtant pas si mal sortie puisqu'il avait discuté une bonne dizaine de minutes avec eux et qu'il était reparti avec la promesse de s'en retourner avec un pot de confiture fait maison et quelques onigiris fraies. L'anecdote sembla ravir l'assistance qui n'en put plus de s'étouffer de rire.
Ce fut ensuite le tour d'Iwaizumi, qui, sans surprise, leur avait appris que la pire chose qu'il ait mangée était le savon qu'il avait croqué une demi-heure au paravent et qu'il n'arrivait pas bien à digérer visiblement.
Daichi leur révéla que son plus grand rêve était de vivre reculé à la campagne avec une meute de chiens, idée ne semblant pas particulièrement réjouir Sugawara qui ne se voyait pas partager son territoire avec une dizaine de clébards.
Tanaka avala un œuf cru, et Kageyama dut montrer une photo embarrassante. Photo qui s'était révélée plus adorable qu'embarrassante puisqu'Hinata leur avait montré une photo du brun âgé d'environ quatre ans, tout sourire et vêtu d'une salopette à dinosaures.
Si Oikawa devait partir sur une île déserte, il emporterait Iwaizumi, non pas pour le romantisme de la chose, mais plutôt parce qu'il pourrait lui construire un abri et servir plus tard de réserve à viande séchée.
Nishinoya dut appeler la sœur de Tanaka pour lui chanter inopinément l'hymne national.
Et finalement Chris révéla son immense talent de comédien en imitant Kageyama- activité qui n'avait requis l'utilisation d'aucun muscle facial, mis à part un léger froncement de sourcil.
Ce fut à ce moment-là que le jeu prit un tournant bien moins réjouissant.
— Sugawara, question pour toi, annonça Chris. Quel est ton plus grand regret ?
Le visage de l'argenté s'assombrit, et ses traits se crispèrent imperceptiblement. Il tourna furtivement les yeux vers Yamaguchi, avant de les lever au ciel.
— Hum… Peut-être de ne pas avoir su protéger autant que je pouvais- son expression changea instantanément- et de jamais avoir réussi à apprendre plus de trois mots en français après l'avoir étudié des années à l'école !
— Je pourrais t'apprendre si tu veux, proposa Chris, saisissant la perche que Sugawara lui avait désespérément tendue.
— C'est gentil mais je crois que je suis une cause perdue !
Ils avaient tous ri en chœur. Cependant, Kuroo avait pu remarquer du coin de l'œil que lorsque Sugawara avait senti l'attention générale se détourner de lui, il s'était penché plus en arrière pour aller furtivement serrer la main de Yamaguchi dans la sienne, avant de se redresser, rejoignant la conversation comme si rien ne s'était passé.
Le jeu reprit son cours, et Kuroo se détendit lorsque Hinata dut leur faire une démonstration de twerk. La réalisation finale s'approchait plus de l'imitation d'un poisson agonisant hors de l'eau, mais la chose avait été faite avec tant d'aplomb que cela ne pouvait que forcer le respect. Par la suite, Yamaguchi, qui encore une fois avait été dans l'incapacité de répondre à la question "vérité", se retrouva en guise de gage à devoir hurler à la mort pendant une minute. Cela sembla cependant le satisfaire plus qu'autre chose, et il s'attela à la tâche avec passion, au grand dam de Sugawara qui avait dû lutter de toute ses forces pour ne pas se joindre à son appel. Heureusement Sugawara, Yamaguchi ne put accomplir son méfait que quelques secondes avant que la totalité de l'assemblé lui supplie de se taire.
— Kuroo, c'est à toi- Yamaguchi sourit- est-ce que tu as un crush ? Si oui, révèle-nous son identité.
Le brun se raidit et freeza complètement.
— Mais c'est quoi ces questions, on a pas douze ans ! intervint Tsukishima.
Kuroo n'avait jamais tant apprécié sa répartie de sale gosse.
— Chut ! Allez Kuroo !
Kuroo sentit le sang lui monter à la tête, il espérait que l'état d'alcoolémie avancé de ses amis lui permettrait de rester inaperçu.
— Peut-être ?
— C'est quoi cette réponse ! Ça veut dire quoi ça ! Oh ! C'est qui ! Ici ? s'emballa Yamaguchi.
— Comment ça ici ? Vous êtes tous en couple ici !
— Et alors ! Et en plus c'est pas vrai, ya Tanaka.
Kuroo leva les yeux au ciel et tourna le regard vers l'intéressé.
— Tanaka-san tu es une personne charmante, mais je n'ai aucun sentiment pour toi, annonça-t-il solennellement pour marquer le grotesque de la chose.
— Pas de soucis mon frère. Moi non plus Kuroo-san, je n'ai aucun sentiment pour toi.
— Blablabla, ça nous dit rien, les coupa Yamaguchi, aboule la réponse !
— Je peux pas choisir le gage ?
— Non ! affirma Yamaguchi.
— Si, reprit Chris.
— Pff… Ok, bah tu bois ton verre cul sec alors.
— Très bien !
Kuroo attrapa son verre, plein d'une mixture non identifiée que Yamaguchi avait précédemment concoctée pour lui, et l'avala d'une traite. L'alcool, qui n'avait été que peu dilué, lui brula la gorge, mais il garda les apparences et reposa son verre dignement.
Heureusement pour lui, ce fut le moment que choisit Tsukishima pour annoncer qu'il en avait assez et se releva. Tout le monde ensuite se dispersa çà et là, les conversations reprenant de toute part. Kuroo et ses secrets furent finalement sains et saufs lorsque la moitié du groupe se chauffa pour lancer un beer-pong. Kuroo ne comprenait toujours pas bien l'intérêt, sachant qu'il ne tiendrait pas plus de dix minutes, mais fût soulagé que la conversation se soit définitivement détournée de lui.
Malgré tout, Kuroo se laissa emporter et rejoignit la bande dans le garage pour un beer-pong. Et… comme prévu, il ne put tenir qu'une petite dizaine de minutes avant de déclarer forfait. Déjà, lorsqu'il s'était relevé de la position qu'il avait prise pendant le jeu, l'alcool lui était de suite remonté à la tête, il avait donc commencé le jeu avec un grand désavantage, puisque son état d'ébriété n'avait pas aidé sa dextérité quand son tour était venu de jeter des balles de ping-pong dans des verres en plastique. Après deux gobelets de bières, il avait judicieusement décidé de se retirer de la partie. Il officia un moment en tant qu'arbitre mais délaissa bien vite son titre alors qu'il commençait à être envahi par ses pensées.
Lorsqu'il revint à lui, les joueurs avaient commencé à jouer avec trois balles en même temps, et Kageyama et Hinata étaient repartis dans leur joute non verbale. Les rires envahissaient l'espace, les voix étaient gorgées d'euphorie. Mais Kuroo s'en sentit soudainement profondément détaché, comme s'il était un simple spectateur de la scène. Il mit du temps à se détacher de cette sensation aliénante qui engluait son esprit. Finalement, il baissa les yeux sur son verre. Un grand verre d'eau lui ferait le plus grand bien. Il rentra à l'intérieur et se dirigea vers la cuisine. Il but un premier verre d'eau, phasa plusieurs minutes en regardant le mur, puis s'en resservit un second. Alors qu'il s'apprêtait à rejoindre le garage, il passa devant la baie vitrée donnant sur un petit jardin d'où émanait plusieurs voix. Il sortit donc et tomba sur Oikawa, Sugawara et Chris qui discutaient tranquillement assis dans l'herbe. En l'apercevant, ils le saluèrent et l'invitèrent à se joindre à eux. Kuroo sourit et vint les rejoindre.
— Tu bois quoi ? demanda Oikawa.
— De l'eau, j'ai besoin de redescendre un peu.
— Choix judicieux, remarqua Sugawara.
— Hmm… Vous parliez de quoi ?
— Des relations entre les propriétés gazeuses, stellaires, structurales et chimiques des galaxies afin de pouvoir étudier et prévoir leurs évolutions, sortie Oikawa.
Kuroo hocha la tête, la question était en effet éminemment intéressante.
— Et tu comprends toi ? demanda le brun à l'adresse de Sugawara.
— Oui évidemment. En plus ils ont décidé de se mettre à parler en anglais pour m'inclure encore plus dans la discussion, affirma ironiquement le concerné.
Kuroo pouffa.
— Désolé Sugawara, je savais pas en parler en japonais, s'excusa poliment Chris.
— C'est rien, mais je m'en fais pour Kuroo, pas sur qui suive le pauvre.
— Ouais c'est ça.
Ils rirent en chœur.
— Bon ! s'exclama finalement Oikawa, alors comme ça tu as « peut-être » un crush.
Kuroo manqua de s'étouffer avec sa gorgée d'eau.
— Euh…
— Hm ?
Voilà que Sugawara s'y mettait, faisait maintenant tressauter ses sourcils d'un air entendu. Kuroo leva les yeux au ciel. Malheureusement pour lui, les deux alphas face à lui étaient définitivement passés en mode « gossip », inutile maintenant de tenter de détourner la conversation. Même Chris semblait intéressé par la question. Kuroo resta silencieux un moment, pesant le pour et le contre. Après tout, il pouvait simplement mentir…
Oh et puis merde, sa conscience avait déjà sombré et l'alcool affluant dans ses veines avait fini de faire tomber ses barrières. S'il ne pouvait pas lancer le sujet en étant complètement désinhibé, il ne pourrait jamais le faire.
— Hum, et bien en fait…
— Et bien en fait ? insista Sugawara.
Merde, voilà qu'il rougissait maintenant ! Il passa la main dans ses cheveux pour reprendre contenance et reprit :
— Plutôt trois en fait.
Kuroo releva timidement les yeux, appréhendant la réaction de ses interlocuteurs. Les intéressés semblaient en effet surpris, mais cela n'avait rien d'apparemment négatif.
— Et c'est moi le Don Juan après, remarqua Chris, ce qui eut pour effet d'automatiquement détendre Kuroo.
— Wooh et bien…
— Hmm, et c'est qui ? s'empressa de demander Oikawa.
— Personnes… un secret, répondit puérilement Kuroo.
— Oh, un secret appuya Sugawara. Et… sur ces trois, y'en a pas un, ou une …
— Un, répondit Kuroo, instinctivement.
— Hum je vois… Et bien « un » avec qui il y aurait moyen de faire un move ?
Kuroo détourna les yeux.
— Pff j'en sais rien…
— Me dit pas que tu t'es fait friend zoné par les trois ! Ça craint ! intervint le châtain.
— Non, je crois pas… Enfin je sais pas… c'est juste que…
Ils attendirent la fin de la phrase… En vain.
— Juste que ? insista Suga.
— Sa cour est tellement vaste, il sait pas sur qui jeter son dévolu, plaisanta Oikawa.
Sugawara pouffa, et alors qu'il s'apprêtait à surenchérir sur la blague, Kuroo intervint :
— Bah sans dec, c'est un peu ça… Je suis juste pommé, je sais pas quoi faire.
— Bon, déjà c'est que tu veux faire quelque chose, remarqua Sugawara.
— Ouais j'imagine…Je sais même pas.
— Ok ok, je sais ! Parle-nous un peu d'eux, de ce qui te plaît chez eux, ça t'aidera peut-être à y voir plus clair, proposa Sugawara.
Le brun haussa un sourcil. Malgré l'aspect très bénévole de la phrase, Kuroo voyait bien que c'était plus pour se nourrir de la narration que pour réellement l'aider.
— Grave, appuya Oikawa.
Kuroo les regarda avec méfiance.
— Roh Allez ! Si tu veux garder leur « anonymat » on a qu'à dire que c'est A, B et C.
Kuroo se détendit légèrement mais ne parla toujours pas.
— Allez, soit pas timide. Parle-nous de A déjà.
Kuroo inspira profondément. Il avala son verre d'une traite. Fut déçu de se rappeler que ce n'était que de l'eau, attrapa la bouteille de saké aux pieds d'Oikawa, se servit un verre, et l'engloutit entièrement. Maintenant que son effet dramatique était réalisé, il pouvait se lancer.
— Ok…ok… euh.
— A.
— Oui, A.
L'image d'Akaashi lui vint à l'esprit.
— A est… déjà A est putain de magnifique, c'est juste… dingue… Et… impressionnant, d'une intelligence et d'une pertinence éloquente qui me…qui me bluffe totalement. Il est.. piquant mais délicat dans son humour, un rien insolent…Et sa voix, je… je sais pas, quand je suis avec lui c'est comme si j'étais noyé de sa présence, comme si on m'avait fourré dans le tambour d'une machine à lavé en cycle rapide à 1200 tours par minute, mais c'est si grisant, et agréable… Rien que de penser à lui j'en ai la chair de pouls… Et puis ya B qui est déjà, euh, là aussi, une bombe, mais bombe du genre demi-dieu gravé dans le marbre. Et… Il me fait rire, atrocement rire, je compte plus le nombre de fois où j'ai failli me pisser dessus… Quand je suis avec lui, j'ai de nouveau cinq ans en mode gosse turbulent et je m'éclate… Et B peut être si touchant, et d'une force qui me déroute. Quand je suis avec lui, j'ai l'impression d'avoir foutu les doigts dans une prise électrique, et ça me vrille le cerveau, mais j'ai quand même envie d'y retourner, à la fourchette s'il faut. Quand je pense à son rire et.. à son regard, j'ai l'impression qu'avoir une ferme à insecte dans le bide… Et puis il y a C… Oh C ! Que dire… le retrouver a été cataclysmique, comme si j'avais retrouvé une part de moi-même, il est si… Si lui… Et quand je pense à lui, quand je suis avec lui, j'ai l'impression d'être un putain de cachet d'aspirine dans un verre d'eau, en effervescence, ça… je sais pas ça pétille et ça me brule en même temps, et je pourrais juste exploser ! Et hum, voilà.
Kuroo s'arrêta enfin, essoufflé de la tirade qu'il venait de faire.
Le silence tomba. Lourd.
Kuroo leva les yeux. Les trois face à lui semblaient complètement estomaqués par ce qu'il venait de leur sortir.
Un rire à la limite de l'hystérie vint éclater le silence. Kuroo fit volte-face. Yamaguchi hilare, et Tsukishima visiblement très amusé, apparurent de derrière un bosquet. Kuroo lutta contre son envie de prendre ses jambes à son cou et de faire comme si rien ne s'était passé, et se contenta de demander :
— Qu'est-ce que vous foutiez là ?
— Tu veux pas savoir, dit Yamaguchi.
Il explosa à nouveau de rire.
— Qu'est-ce qui t'amuse autant ? demanda Kuroo.
Yamaguchi essuya une larme au bord de ses yeux :
— Oh, mais mec, je m'attendez à un truc ridicule mais tu peux pas décemment croire que c'est juste un petit crush, on est sur un putain de level là quand même !
Kuroo ne répliqua rien. Il se tourna de nouveau vers ses trois compères qui avaient l'air plutôt de cet avis aussi.
— Il a pas tort… échappa Sugawara dans un murmure. Ses lèvres s'étirèrent dans un sourire doux.
Kuroo ferma les yeux en sentant ses résistances s'effriter. Un poids énorme se leva de sur son cœur, et il eut la sensation de tomber à la renverse d'un building. Sa gorge se serra.
— Je sais... avoua-t-il enfin, la voix gorgée de larmes.
N'y tenant plus, il explosa en sanglot. Woh, il savait bien que le beer-pong n'avait pas été une bonne idée du tout !
— Oh mais non, je voulais pas te faire pleurer ! s'empressa de lui dire Yamaguchi.
Il s'accroupit à ses côtés et le prit dans ses bras, ce qui n'arrangea rien à l'état des glandes lacrymales de Kuroo. Il échappa néanmoins un rire lorsque le plus jeune se mit à ronronner dans l'étreinte pour tenter de l'apaiser. Il se sépara de lui et réussit à lui adresser un sourire pour lui montrer qu'il allait bien. Yamaguchi se détacha de lui, mais resta assis à ses côtés. Le brun pouffa, échappa une nouvelle salve de larmes, renifla bruyamment et essuya ses yeux d'un revers de main.
— Bordel je suis pathétique, annonça Kuroo.
— Mais non, le rassura Sugawara.
— Tellement, plaisanta Tsukishima.
Kuroo rit de nouveau. Bordel, cette saleté lui remontait presque le moral.
— Allez va, c'est pas bien grave, dit Oikawa.
— Mais je sais que c'est pas grave ! C'est ça qui me prend la tête… N'empêche que je suis pommé, et que ça me prend la tête… J'en dors plus, et si je dors, j'arrête pas de faire des rêves chelous !
— Oh, des rêves érotiques ? suggéra Yamaguchi.
— Mais si seulement ! Si seulement putain ! Mais non, à la place, je rêve que j'ai une maison en bord de mer avec C, que je pars en voyage à Venise avec A et que j'élève une meute de chiens dans la montagne avec B !
— T'as des fantasmes tordus, remarqua Tsukishima.
— Hum, je sais pas… Je te vois assez bien élever une meute de chien avec Bokuto-san, ça colle, commenta Oikawa.
Kuroo en fut estomaqué. Il lui fallut quelques secondes pour répondre :
— Mais… Comment tu sais que c'est Bokuto ?
— Kuroo, c'est tellement évident que ça en est douloureux ! Pour ce qui en est de A et C…
— A, c'est Akaashi-san n'est-ce pas ? proposa Chris.
— Et C, Kenma, terminèrent Tsukishima et Yamaguchi d'une même voix.
Kuroo en resta médusé.
— Woh, vous êtes tellement plus informé que moi, j'en suis presque jaloux, intervint finalement Sugawara.
— On a juste ? s'empressa de demander Yamaguchi.
Le brun hocha la tête positivement.
— Qu'est-ce que je fais du coup ?
L'assistance ne semblait pas plus posséder la réponse à cette question que lui.
— Attends, j'ai trouvé un WikiHow, intervint Yamaguchi.
— Vraiment ? s'étonna l'argenté.
— Ça m'étonne pas tant que ça, reprit Kuroo, une fois j'ai trouvé « comment tuer son poisson rouge sans le faire souffrir », plus rien ne m'étonne.
— Comment t'es tombé là-dessus ? demanda Tsukishima.
— Le poisson de ma sœur s'était coincé dans le tube d'air, il allait pas fort après, j'ai dû faire le grand frère quoi.
— Vous les scientifiques, vous êtes un peu tous des timbrés de toute façon, remarqua sarcastiquement Sugawara, ce qui lui valut un grand coup dans les côtes de la part d'Oikawa.
Kuroo sourit, mais avant même qu'il n'ait pu intervenir, Yamaguchi intervint :
— Ok il faut que tu répondes à ces questions, la première c'est « avec qui tu t'amuses le plus ? »
— Quoi ?
— Genre tu vois pas le temps passer tellement c'est la folie, réexpliqua Yamaguchi.
Kuroo s'arrêta pour réfléchir.
— Pense pas, répond ce qui te vient directement ! lui ordonna le plus jeune.
— Ok, ok ! Je sais pas… Bokuto ? On déconne quand même bien… Ou Akaashi, on pourrait parler des heures… Ou Kenma… Je pourrais rester des heures à rien faire avec lui, je ne m'ennuierai pas… Ou…
— Bon mais choisi ! s'impatienta Yamaguchi.
— C'est le problème justement ! se défendit le brun.
— Roh… bon question suivante « Qui te traite le mieux ? ».
— C'est idiot comme questions, s'ils me traitent comme de la merde j'en serais pas là !
Tsukishima hocha la tête. Même s'il n'y paraissait pas, il semblait tout de même absorbé par la conversation.
— Non, mais attends, ya une photo ou le gars lui offre des fleurs, c'est surement dans ce sens-là, tenta d'expliquer Yamaguchi.
— Pff, yen à un qui t'a offert des fleurs ? demanda Oikawa le sourire aux lèvres.
— Non. D'ailleurs personne m'a jamais offert de fleurs…
— C'est dommage ça, remarqua Oikawa.
— Moi j'aime bien m'offrir des fleurs, intervint Sugawara, ça fait jolie.
— Kōshi on s'en fout ! On parle d'attention quoi.
— Euh… Bah Akaashi m'a offert plusieurs cafés… Bokuto de la bouffe…
— Ah ça se resserre !
— Mais non, c'est débile, ça marche pas comme ça ! se plaint Kuroo.
— Roh, mais tu m'aides pas non plus ! Allez question suivante « Faits la liste des traits qui te plaisent le plus chez chaque personne ».
— Oh non mais ça c'est déjà fait, on va pas se le retaper ! s'énerva Tsukishima.
— Hmm, remarqua Chris.
— Bon ok du coup « décide avec lequel tu te sens le plus compatible » lut Yamaguchi.
— Mais j'en sais rien justement !
— Bordel Kuroo t'es pas très coopératif, plaisanta Yamaguchi. Bon bah après c'est « parles-en à tes amis », je crois que c'est fait, ou vas en parler un psy.
— Quoi ? Kuroo avait manqué de s'étouffer en avalant sa salive.
— Et pourquoi tu choisis pas de pas choisir ? intervint finalement Chris.
Tous les regards se tournèrent sur lui.
— Oh, ouais, tu pourrais déjà tester la température non? Genre, plus sérieusement, proposa Sugawara.
La chose ne sembla pas ravir Kuroo.
— Oui aussi... C'est pas ce que je voulais dire mais ça marche aussi, dit Chris.
Kuroo fronça les sourcils.
— Tu voulais dire quoi ? Sortir avec les trois ? Ça serait dégueulasse non ?
— Dégueulasse par rapport à quoi ?
— Je sais pas, par rapport à eux…
Chris haussa les épaules :
— S'ils sont au courant et que vous êtes d'accord ya pas de problème non ?
Kuroo en resta médusé. D'où pouvait bien sortir ce truc ! Il n'allait quand même pas envisager une chose pareille !
— Ouais… Bah en fait c'est le dernier truc, intervint Yamaguchi, « Prends le temps de réfléchir à ta position sur la monogamie ».
Kuroo en resta soufflé. Il regarda longuement Yamaguchi, et maintenu son regard quand il releva les yeux de son téléphone. Il tourna ensuite la tête vers le reste de ses amis. Personne ne semblait aussi sidéré que lui. Au contraire, ils avaient tous l'air de considérer l'option comme en choix tout à fait acceptable. Kuroo n'avait jamais été un fervent défenseur des bonnes mœurs et de la vertu, mais là… Il secoua frénétiquement la tête, tenta vainement de commencer quelques phrases sans succès avant de finalement réussir à articuler sa pensée :
— Mais, je peux pas faire ça !
— Pourquoi ? demanda simplement Chris.
Était-ce un immense choc des cultures ? Il n'en revenait pas que l'on puisse lui poser la question. Chris pourtant ne semblait porter aucun jugement particulier, animosité ou défi. Sa question était d'une honnêteté et d'une innocence déroutante.
Kuroo n'avait pas envie de ressortir des discours préconçus, des idées dont il n'avait aucune maitrise et qui n'étaient pas forcément les siennes. Il finit par répondre honnêtement :
— J'en sais rien… Ça m'a pas l'air hyper sain, ou viable… ou même juste ?
— Pourquoi ?
La question avait encore une fois été posée en toute honnêteté.
Kuroo resta silencieux.
— Mes parents sont comme ça, et ils sont ensemble depuis très longtemps… Et j'ai pas l'impression que ça soit pas sain, finit par dévoiler Chris.
Kuroo en fut estomaqué. Il fit la carpe hors de l'eau, incapable de répondre quoi que ce soit. Les autres avaient l'air cependant plus intrigués que choqués par la révélation.
— Chris, désolé de demander, intervint Sugawara, mais tu as combien de parents ?
Kuroo n'avait jamais entendu une telle question, il dut la repasser dans sa tête pour s'assurer qu'il avait correctement suivi.
— Cinq, répondit simplement le blond.
— Quoi ! s'étrangla Kuroo.
— Hm, ça explique la baraque, remarqua Oikawa sur le ton de la conversation.
Le reste de la bande hocha simplement la tête, comme si cela faisait totalement sens.
— Mais tu me l'as jamais dit, affirma Kuroo.
— Tu n'as jamais demandé, lui répondit le blond.
Pas faux. C'est vrai qu'il n'avait pas demandé… Il n'avait d'ailleurs jamais demandé cette question à personne… Devait-il s'y mettre ?
— Hum, des bêtas ou un clan polygynandre ? demanda Sugawara.
Un quoi de quoi ?
— Un clan, lui répondit tout simplement Chris.
Une fois encore, tous sauf Kuroo semblaient correctement suivre les événements. Enfin correctement, il ne savait pas vraiment en juger.
— Euh les gars, faut m'inclure là, finit-il par demander.
Yamaguchi se tourna de nouveau vers lui :
— Oh… Tu te souviens quand je t'ai parlé des hiérarchies dans les différents groupes sociaux non bêta ?
Kuroo hocha la tête.
— J'ai pas précisé, mais certains groupes ont des structures polygynandre. En gros, au lieu d'avoir un noyau composé d'un alpha leader et de son oméga, le noyau est… plus étendu, qui peut être composé de plusieurs alphas, omégas et même bêta parfois… C'est moins courant, mais oui… Des relations polyamours, comme il peut y en avoir chez des bêtas, même si c'est moins, euh, ancré socialement.
— Genre comme… un couple libre ?
— Euh… non, mais… Je vois ce que tu veux dire, parfois, ça dépend des situations. Des fois le noyau est exclusif, c'est la décision de ceux qui le compose quoi…
Kuroo en resta coi. Il hocha simplement la tête, recollectant difficilement les informations qui venaient de lui être fournies.
— Ma mère descend d'un ancien clan de Yama-kita, annonça Chris, déclaration qui n'avait encore une fois aucun sens pour Kuroo.
— Oh ! Elle est japonaise du coup ? demanda Sugawara.
— Oui. C'est pour ça que je parle japonais, c'est elle qui m'a appris.
— Woh woh ! intervint Kuroo. Ya mensonge sur la marchandise là ! Je croyais que t'avais appris ici, et que c'est pour ça qu'on parlait en anglais au début !
— Oui et non… Je les appris petit, mais on le parle pas vraiment chez moi, il fallait juste que je réactive et que je me souvienne… J'ai aussi beaucoup appris ici.
— Ça explique cette amélioration fulgurante, remarqua Sugawara, ça me rassure, je me sens moins bête de pas pouvoir parler français après toutes ces années…
Chris lui sourit.
Le silence s'installa de nouveau. Kuroo sentit que l'attention s'était à nouveau tournée vers lui.
Oikawa fut le premier à reprendre la parole :
— Bref en tout cas Kuroo… Clan ou pas clan, poly ou pas, c'est à toi de voir, et aussi à eux.
— Oui… et ce sera peut-être même pas les cas, la question ne se posera surement pas au final. Questionne juste tes sentiments, ou tu veux aller. Tente ta chance et vois où ça te mène je crois que c'est tout ce que l'on peut te conseiller pour le moment, termina Sugawara.
Kuroo sentit son cœur se serrer. Il hocha la tête.
— Allez, viens là.
Sugawara lui ouvrit les bras.
Kuroo lui sourit. Finalement, être entouré de gens extrêmement tactiles n'était pas si mal. Il avait mis un peu de temps à s'y faire au début, mais il y avait fortement pris goût finalement. Il se traina pour le rejoindre et accepta l'étreinte.
— Pathétique vraiment, commenta Tsukishima.
— Ta gueule, rétorqua Kuroo, sans pourtant y mettre une once d'animosité.
Sugawara pouffa mais ne lâcha pas son étreinte. Oikawa vint poser sa tête contre la sienne et Yamaguchi arriva pour le prendre en sandwich entre lui et Sugawara.
— Merci, murmura-t-il.
— Et rappelle-toi que c'est pas la fin du monde.
Kuroo avait appris de nombreux théorèmes dans sa vie : le théorème de Pythagore, de Thales, de Bernouilli, de Borel-Cantelli, de Goodstein… Mais il ne connaissait pas encore celui-là, et il lui paraissait incommensurablement dur à assimiler pour le moment : le théorème de la géométrie sentimentale.
-FIN DU CHAPITRE-
On commence à se lancer sur le sujet, voyons comment Kuroo va pouvoir s'en sortir !
Merci d'avoir lu !
Oh ! Et merci Luciedra711 pour ton commentaire sur le chapitre précédent =) Et oui, je me délecte du malheur de Kuroo, mais promis c'est pour son bien ! Bon… pour le moment, il est pas du tout sorti d'affaire…
Prochain chapitre : « Le vent se lève »
« — On est dimanche qu'est-ce que je foutrais sur le campus ?
— J'sais pas Bro, j'y suis bien moi.
— Qu'est-ce que tu fous là-bas ?!
— J'devais déposer un truc, maintenant faut que j'attende qu'on vienne me chercher. J'me suis dit que j'allais faire un jogging en attendant et je me suis dit que ce serait cool si t'étais dans le coin. En plus t'es pas loin loin non ?
— Oh, je sais pas, j'ai une super gueule de bois là mec…
— Raison de plus, allez Bro !
Kuroo regarda longuement son téléphone. Il n'avait, mais alors pas du tout envie… Il repensa cependant à la réflexion qu'il avait eue plus tôt : saisir sa chance et voir où cela le mènerait. Il pesa le pour et le contre encore un moment avant de finalement répondre :
— Bon ok j'arrive, je suis là dans quinze-vingts minutes.
Il enfila un jogging, enfourna des affaires dans un sac, et se mit en route. »
