Résumé : « — On est dimanche qu'est-ce que je foutrais sur le campus ?
— J'sais pas Bro, j'y suis bien moi.
— Qu'est-ce que tu fous là-bas ?!
— J'devais déposer un truc, maintenant faut que j'attende qu'on vienne me chercher. J'me suis dit que j'allais faire un jogging en attendant et je me suis dit que ce serait cool si t'étais dans le coin. En plus t'es pas loin loin non ?
— Oh, je sais pas, j'ai une super gueule de bois là mec…
— Raison de plus, allez Bro !
Kuroo regarda longuement son téléphone. Il n'avait, mais alors pas du tout envie… Il repensa cependant à la réflexion qu'il avait eue plus tôt : saisir sa chance et voir où cela le mènerait. Il pesa le pour et le contre encore un moment avant de finalement répondre :
— Bon ok j'arrive, je suis là dans quinze-vingts minutes.
Il enfila un jogging, enfourna des affaires dans un sac, et se mit en route. »
Chapitre 14 :Le vent se lève
Bien étonnamment, ce ne fut pas une migraine carabinée qui réveilla Kuroo le matin suivant, mais la douceur de l'aurore dont la lumière était venue caresser ses paupières. Il ouvrit les yeux, son regard tombant directement sur l'horizon orangé peint au loin derrière la porte vitrée. Ses sensations lui revinrent peu à peu, encore embuées par les brumes de son sommeil. Il avait dû tomber de sommeil à un moment donné de la soirée, il ne se souvenait même plus s'être endormi, mais il était allongé à même le sol en plein milieu du salon. Ce fut à ce moment-là qu'il sentit le poids contre sa jambe. Il baissa les yeux et étouffa un rire en constatant qu'il n'était pas le seul à s'être écroulé de sommeil : Sugawara s'était endormi contre sa cuisse, tenant Yamaguchi dans ses bras. Tsukishima avait reposé sa tête sur le ventre de son partenaire. En relevant les yeux il s'aperçut qu'aucune des chambres ne semblait avoir servi puisque l'entièreté du sol du salon était occupée par des corps endormis, plus ou moins empilé les uns sur les autres. Il pouffa en constatant que seul Hinata avait réussi à se trouver un endroit cosy, puisqu'il était affalé sur le canapé dans une position très bancale, la moitié de son corps menaçant de rapidement retrouvée la terre ferme, sa main pendante écrasée contre la joue de son partenaire allongé sur le sol. Seul Chris manquait à l'appel. Ce fut à peu près à ce moment-là qu'il entendit du bruit en provenance de la cuisine. Il décida donc de se lever : opération délicate puisqu'elle s'approchait d'une épreuve de mikado humain. Une fois debout, il enjamba le reste des endormies pour rejoindre l'autre pièce. Il tomba sur Chris, accoudé à l'îlot de la cuisine, une tasse d'un breuvage fumant à la main. Le bougre avait l'audace de paraitre frais et reposé. Il lui sourit et le salua de la main.
— You're ok ?
— Kind of, yes…
— Coffee ?
— God yes.
Chris acquiesça et se tourna pour lui préparer une tasse de café. Kuroo se sentit revigoré dès la première gorgée.
— Dude, what the hell happened to your living room?
Chris leva un sourcil, un sourire aux lèvres :
— Never been part of pack cuddles?
— Is that what it is?
Chris hocha la tête.
— Better get use to it I think, ajouta-t-il dans un rictus.
— Did not see you there though, and you don't look like someone who slept on the floor.
Le blond haussa les épaules.
— My bed seemed like a better option.
— Right. Hey d'ailleurs, pourquoi je m'emmerde à parler anglais, maintenant que je sais que le japonais est une de tes langues maternelles.
Chris grimaça.
— I'm not multilingual in the morning.
Kuroo haussa un sourcil
— Je t'ai entendu te parler à toi-même en allemand avant que j'arrive.
— C'était pas de l'allemand.
— Et tu viens de répondre à ma question.
Chris fit roula des yeux.
— Ok ok, tu m'as eu.
Ils échangèrent un regard complice.
— Il est quelle heure ? demanda Kuroo au bout d'un moment.
— Hmm, six heures trente.
Le brun hocha la tête. S'étira comme un gros matou et reprit finalement :
— T'as besoin d'aide pour ranger ?
Le blond pouffa.
— Tu ne te souviens pas que tu m'as aidé à tout ramasser hier ?
— Absolument pas. Je savais pas que j'avais une part tidy-drunk.
— Si, et c'est bien pratique.
— Bon… Je vais aller finir ma nuit dans mon lit alors… Je dois bien sentir l'alpha vu qu'ils m'ont tous dormi dessus, mais au moins je me ferais pas emmerder.
— Ok… Tu vas savoir retourner au train ?
— Ouais… j'ai mon téléphone au pire.
— Ok…on se voit demain alors.
— Hmm… Et merci pour hier soir, c'était cool.
Kuroo récupéra ses affaires et le blond le raccompagna jusqu'à la porte. Ils échangèrent un salut, mais alors que Chris allait refermer la porte, le brun intervint :
— Et merci hier… de m'avoir écouté.
Chris échappa un sourire.
— C'est normal.
Kuroo lui fit un salut de la tête et tourna les talons.
L'air au dehors avait la fraicheur des matinées juvéniles, le vent s'était levé et balayait son visage. Il huma l'air, apaisé de sa douceur.
Il n'avait pas encore trouvé la solution à son problème, mais il avait l'impression d'avoir pu prendre un peu de recul. Finalement cela n'avait pas l'air si insurmontable.
-/-
Kuroo s'était écroulé en rentrant. Quand il refit surface le soleil était déjà haut dans le ciel et sa gueule de bois semblait enfin répondre présente. Il resta un long moment étalé dans son lit, en regardant le plafond sans que la moindre pensée construite ne traverse son esprit. Ce ne fut qu'au bout d'une bonne vingtaine de minutes qu'il se leva finalement, décidant qu'une bonne douche lui ferait le plus grand bien. Il se dit également que c'était l'endroit parfait pour réfléchir convenablement. Grande déception pour lui quand il constata que le jet ne lui crachait qu'un maigre filet d'eau tiède, ce qui n'était pas forcément les meilleures conditions pour s'adonner à l'introspection. Il se dépêcha donc et rejoignit bien vite la pièce principale. Sa serviette tomba à mi-chemin mais il ne s'en soucia guère et repartit s'allonger sur son lit, nu comme un vers. Il tourna de nouveau son regard vers le plafond, cette fois bien décidé à focaliser son esprit.
Il repensa à la discussion qu'il avait eue la nuit dernière avec ses amis. Il ne se souvenait pas forcément de tous les détails, mais l'essentiel lui revenait. Il repensa à ce que lui avait dit Chris, et médita dessus. Il comprenait bien ce qu'il lui avait expliqué, et il pouvait voir que la monogamie stricte n'était pas forcément un absolu… Mais de là à s'avancer dans la voie proposée par son ami… Kuroo se voyait mal s'engager dans ce genre de relations… Ou commencer quoique ce soit avec cette idée en tête. Cependant, comme l'avait noté Sugawara, il n'avait finalement que deux choix : ne rien faire et continuer à se morfondre comme un poète maudit, ou passer à l'action et voir où cela le mènerait. Après tout, tâter le terrain ne l'engageait à rien pour le moment. Il grimaça. Il n'aimait pas profondément cette idée non plus.
Ses pensées divaguèrent un moment et il rit en constatant que sa situation pouvait plus ou moins s'apparenter aux jeux de harem inversé auxquels jouait Kasumi il y a de cela quelques années. Il se souvenait de cet été-là, où la chaleur était si écrasante au-dehors qu'ils passaient leur après-midi enfermé à l'intérieur dans le noir. Kuroo passait le plus clair de ses journées troglodytes à regarder sa sœur jouer. Au début, il l'avait taquiné en se moquant des scénarios très répétitifs et stéréotypés de ces jeux, mais il avait bien malgré lui fini par s'y investir, prenant part aux décisions et réagissant à l'unisson avec sa sœur lorsqu'une action romantique était en cours. Ils avaient même fini par exclure totalement leur benjamine qui ne pouvait s'empêcher des remarques sarcastiques dès qu'elles les trouvaient en train de jouer.
Kasumi avait une stratégie bien particulière dans ce genre de jeux : elle n'en avait pas. Elle ne jetait pas particulièrement son dévolu sur un des prétendants d'entrée de jeu, et attendait plutôt de voir où l'action la porterait, saisissant les opportunités qui se présentaient à elle, ce qui pouvait amener son lot de surprises dans certains cas. Kuroo n'aurait jamais pu imaginer que ce genre de jeu puisse un jour lui fournir des conseils de vie. Il sourit. Il n'avait plus vraiment envie de se morfondre dans son coin. Quand il y réfléchissait vraiment, cela était vraiment ridicule et il n'y avait pas de quoi s'en faire autant. Voilà ce qu'il fallait qu'il fasse finalement : tester la température et suivre le courant pour voir où cela l'emmènerait, sans trop y réfléchir pour le moment. Il inspira profondément, apaisé et plein d'espoir.
Ce ne fut pas plus d'une dizaine de minutes plus tard que son téléphone vibra. Il s'en saisit et constata que Bokuto lui avait envoyé un message lui demandant s'il était sur le campus.
— On est dimanche qu'est-ce que je foutrais sur le campus ?
— J'sais pas Bro, j'y suis bien moi.
— Qu'est-ce que tu fous là-bas ?!
— J'devais déposer un truc, maintenant faut que j'attende qu'on vienne me chercher.
Kuroo pouffa. Petit Bo devait attendre gentiment qu'on vienne le récupérer.
— J'me suis dit que j'allais faire un jogging en attendant et je me suis dit que ce serait cool si t'étais dans le coin. En plus t'es pas loin loin non ?
Kuroo grimaça. Il était bien gentil d'avoir pensé à lui, mais l'idée de sortir de son pieu pour aller s'éreinter lui était presque douloureuse.
— Oh, je sais pas, j'ai une super gueule de bois là mec…
— Raison de plus, allez Bro !
Kuroo regarda longuement son téléphone. Il n'avait, mais alors pas du tout envie… Il repensa cependant à la réflexion qu'il avait eue plus tôt : saisir sa chance et voir où cela le mènerait. Il pesa le pour et le contre encore un moment avant de finalement répondre :
— Bon ok j'arrive, je suis là dans quinze,vingt minutes.
Il enfila un jogging, enfourna des affaires dans un sac, et se mit en route.
-/-
Ils se rejoignirent près de l'étang Sanshiro. Le petit peu d'appréhension qu'avait ressentie Kuroo avant d'arriver s'envola quand son regard tomba sur Bokuto. Ils se mirent en route et bien malheureusement pour le brun, sa gueule de bois et son manque de travail sur son endurance le rattrapèrent bientôt. Bokuto, dont les aptitudes physiques étaient bien au-delà des siennes, eut la bonté de rester à sa hauteur et de ralentir la cadence. Ce qui n'aidait pas forcément plus Kuroo car son ami avait alors l'occasion de lui raconter tout un tas de bêtises qui le faisait exploser de rire. Résultat des courses, il devait s'arrêter tous les trente mètres, martelé de points de côté et de salves de rires. Ils s'arrêtèrent pour une véritable pause au bout de trente minutes de course. Kuroo qui était en sueur souleva son t-shirt pour s'essuyer le visage. En relevant les yeux pour continuer la conversation il s'aperçut que Bokuto avait le regard rivé sur son ventre. Kuroo haussa un sourcil, amusé.
— Ça va ?
Bokuto releva les yeux, et d'une sincérité qui dérouta le brun, lui dit :
— T'es bien foutu en fait Bro.
Kuroo, intérieurement au bord de la syncope, réussit à garder sa façade :
— Tu en doutais ?
— Bah franchement t'as dû t'arrêter cinq fois en dix mètres donc... plaisanta Bokuto.
— T'es vraiment une saleté !
Bokuto sourit franchement.
— J'ai juste plus d'endurance Bro, mais je me maintiens quand même un minimum, expliqua le brun.
— Un minimum, ça va ! Tu dois faire tomber toutes les gonzesses Bro.
Kuroo pouffa.
— Je t'avoue que je m'en préoccupe pas trop si tu vois ce que je veux dire.
Bokuto n'avait pas l'air de voir ce qu'il voulait dire. Kuroo haussa un sourcil. Il hésita à clarifier la situation, ne sachant pas bien qu'elle serait la réaction de son ami. Oh, et puis merde, il fallait bien qu'il abatte un minimum ses cartes à un moment donné, et puis il ne pouvait pas imaginer un seul scénario où Bokuto réagirait négativement.
— Bro, je suis gay.
La révélation sembla rassurer Bokuto plus qu'autre chose :
— Ah ok, j'avais pas compris. T'inquiètes Bro, je sors qu'avec des mecs aussi.
Kuroo rit, amusé de voir Bokuto assembler si étrangement ses mots. L'essentiel était qu'il comprenait où il voulait en venir. Le brun sentit son cœur se soulevait d'allégresse. Ce n'était pas grand-chose et cela ne voulait rien dire, mais déjà savoir qu'ils avaient les mêmes « centres d'intérêt » voulait dire que Kuroo avait quand même un minimum ses chances.
— Du coup tu dois faire tomber tous les gars, proposa Bokuto.
Kuroo explosa de rire.
— Si tu le dis ! Bon on fait un dernier tour et on arrête ?
Bokuto acquiesça et ils se remirent en route. La conversation dériva rapidement sur la vie secrète des canards de l'étang, et ce fut essoufflé à la fois par leur crise de rire et par l'effort qu'ils terminèrent leur course.
— Tu crois qu'il est ouvert le gymnase ? demanda Kuroo. Je prendrais bien une douche chaude là.
Évidemment qu'il avait pris de quoi se délecter de l'eau chaude du gymnase. Après sa douche triste à l'eau tiède, il n'allait pas passer à côté de cette occasion !
— Je suis même pas sûr qu'il le ferme. Ça m'arrive de passer le dimanche et je l'ai jamais trouvé fermé, j'pense qu'ils sont juste pommés les clés en fait.
— Cool !
Les deux jeunes hommes se dirigèrent vers le gymnase. Ils ouvrirent la porte doucement et passèrent la tête à l'intérieur, vérifiant qu'il n'y avait personne. L'endroit semblait complètement vide. Ils s'engagèrent alors à l'intérieur. En passant par la salle principale, ils s'aperçurent que le filet au centre n'avait pas été rangé.
— Ya quelqu'un qui va se faire passer un savon… remarqua Kuroo.
Cette vue sembla ravir Bokuto au plus haut point et il courut en direction du filet.
— Bro ! Ya pas un ballon quelque part ?
Bokuto alla ouvrir la porte où se trouvaient probablement tous les équipements : porte qui apparemment n'avait pas été verrouillée non plus. Décidément, quelqu'un allait vraiment se faire passer un savon pour avoir laissé tout en plan comme ça. Bokuto ressortit avec un ballon de volley et l'air ravis d'un enfant de six ans. Quand il fut à peu près à hauteur du filet il envoya la balle de l'autre côté. Kuroo en la voyant arriver sur lui fit resurgir ses vieux instincts de joueur et renvoya la balle en manchette. La balle remonta assez haut et il vit Bokuto se positionner pour attaquer. Avant qu'il ait pu atteindre la balle, Kuroo se rua vers le filet. Il sauta et arrêta le smash de son opposant. La balle retomba au sol, et les deux amis se regardèrent, tous deux surpris de ce qui venait de se produire. Finalement un immense sourire se dessina sur leurs visages, noyé de l'euphorie qu'avait pu leur procurer cette interaction.
— Bro !
— Bro !
— Tu fais du volley ? demanda Bokuto.
— Faisait, quand j'étais au lycée.
— Bro ! Moi aussi !
— Bro !
Kuroo se dit vaguement que le fait qu'il tombe sur autant d'ex-joueurs de volley allait finir par devenir étrange… Quoique, ils devaient se reconnaitre ou quelque chose comme ça. Avec un peu de chance il allait finir par réunir assez de joueurs pour organiser un tournoi.
— J'ai arrêté quand je suis arrivé à la fac, plus trop le temps.
— Ouais… J'ai dû arrêter en dernière année de lycée, mais j'aurais bien continué… Mais bon, j'ai pas trop eu le choix quoi, lui confia Bokuto.
— Oh… T'as dû arrêter à cause de cette histoire de TPO ?
Bokuto hocha la tête. Ses traits s'étaient visiblement assombris.
— Oh… Je vois… C'est arrivé à un pote à moi aussi… Ça craint…
— Ouais…
Le silence tomba. Mais Bokuto le brisa très vite, ne tenant pas à maintenir cette atmosphère morose.
— Bon ! On se fait des passes ?
— Grave !
Et ils se mirent à faire de simples passes en cloche en papotant. L'exercice finit cependant par se corser et il n'y avait plus rien de « passes » et de « faciles » . Leurs échanges pris fins avec un puissant smash de Bokuto. Le bruit de la balle claquant le sol résonna dans tout le gymnase. L'auteur de cette belle balle échappa un cri de victoire avant de s'étaler au sol, à bout de souffle. Kuroo échappa un sourire et passa sous le filet pour s'allonger à ses côtés.
— Satisfait ?
— Très… Mec, ça faisait un bail que j'avais pas joué comme ça… J'aimerais tellement refaire un match !
— Je me disais la même chose. Je suis même sûr que j'arriverais à trouver assez de joueurs .
— Ce serait trop cool !
— Ouais…
Kuroo tourna la tête vers Bokuto : la transpiration avait fait retomber ses cheveux sur son visage, son torse se soulevait à la vitesse de sa respiration haletante et ses yeux étaient encore piqués de l'adrénaline et de l'euphorie du jeu. Kuroo le trouva beau ainsi. Il se dit qu'il devrait peut-être détourner les yeux, mais il n'en fit rien. Bokuto finit par capter son regard, et il lui sourit. Kuroo sentit son cœur se soulever et il accueillit sans opposer de résistance la sensation électrisante qui traversa son corps.
— Bon, douche ! annonça Bokuto en se relevant.
Il aida le brun à se relever et ils descendirent vers les douches, leurs conversations ayant repris de plus belle, tous deux échangeant sur leurs anciennes expériences de jeu. Arrivé devant les différentes portes, Kuroo commença à se séparer de son ami afin de pénétrer dans l'espace réservé au bêta. Mais avant qu'il n'ait pu ouvrir la porte, Bokuto l'empoigna par le bras.
— Bro, viens avec moi !
— Quoi ?
— Viens comme ça on continue à discuter.
Kuroo sentit le sang lui monter à la tête.
— Mais euh… je peux pas non ?
— Mais si on s'en fout, ya personne !
— Ok…
Et Bokuto le traîna à sa suite. Kuroo était bien trop occupé à se demander si c'était un code pour quelque chose de particulier ou s'il se faisait juste des idées pour pouvoir lui opposer une résistance. Une partie de son cerveau, la moins fiable, se réjouissait d'avance de pouvoir ne serait-ce qu'apercevoir le corps de demi-dieu de son acolyte. Il secoua vigoureusement la tête pour s'éloigner de ces pensées. Kuroo se réfugia dans une des cabines au plus vite. Ses pensées cessèrent de le tracasser lorsque Bokuto lança sa playlist de Queen. Le volume était si fort que le son se répercuta sur tous les murs. Kuroo rit, grisé d'euphorie, et commença à chanter à tue-tête avec Bokuto. Le brun commençait à avoir la gorge sèche et la voix éraillée, mais à chaque début de chanson, il se laissait emporter par la musique, et par la voix de Bokuto.
Kuroo finit de prendre sa douche au moment où la chanson « Old fashion lover boy » se lança. Quand il ouvrit la porte, il tomba sur Bokuto, une serviette autour des hanches, chantant dans son sèche-cheveux. Il dut s'arrêter de chanter pour échapper un rire. Bokuto se retourna et lui tendit son micro factice. Ils entonnèrent ensemble l'entrée du second couplet.
" Ooh boy, Oooh lover boy!"
Bokuto continua à faire la voix principale tandis que Kuroo faisait la voix de chœur.
« What're you doin' tonight, hey, boy?
Set my alarm, turn on my charm
That's because I'm a good old-fashioned loverboy »
Diable que cette chanson lui allait bien.
« Ooh, let me feel your heartbeat
Ooh, ooh, can you feel my love heat?
Come on and sit on my hot-seat of love
And tell me how do you feel right after all »
Kuroo sentait son cœur commencer à s'emballer, ne sachant plus si cela tenait de la musique ou de la présence de Bokuto. Le voir ainsi s'abandonner complètement à la musique avait quelque chose de profondément grisant.
Leurs regards se captèrent, et d'une même voix, ils chantèrent :
"I'd like for you and I to go romancing"
Ces mots raisonnèrent dans la tête de Kuroo tant il criait ses sentiments. Bokuto reprit seul les paroles suivantes, sans lâcher le brun des yeux :
« Say the word, your wish is my command »
Le cœur de Kuroo tapa violemment contre sa cage thoracique, voulant croire profondément à ce signe.
Bokuto continua la chanson en reprenant son micro-sèche-cheveux. Kuroo resta soufflé un moment avant de finalement retrouver sa capacité de chant, et ils terminèrent ensemble. Quand la chanson prit fin ils étaient tous deux à bout de souffle, se souriant comme des idiots, grisés de leur envolée musicale.
— Je crois qu'on peut rajouter « karaoke » sur la liste de nos sorties à faire !
— Grave !
Bokuto avait baissé le son de son téléphone et alluma de nouveau son sèche-cheveux. Kuroo le regarda dans le miroir. Un sourire glissa sur ses lèvres. Finalement Bokuto capta son regard :
— Pourquoi tu ris ? demanda-t-il en éteignant le sèche-cheveux.
— Non rien… Je me rappelais juste qu'avant qu'on se rencontre pour de vrai, je t'appelais « Hercule Mercury ».
— Pff pourquoi ?
— Parce que je te rappelle que quand on s'est rencontré la première fois, tu chantais du Queen à fond dans cette même salle de douche.
Bokuto rit.
— C'est vrai… c'était quand même ouf ce moment…
— Ouais…
— Et pourquoi le Hercule du coup ? Pas trop de rapport.
Oups… Il était trop tard pour mentir ou pour inventer une excuse pour cette partie-là…
Kuroo lui désigna du regard ce qu'il voulait dire.
— T'as vu comme t'es foutu Bro.
Bokuto parut perplexe.
— Euh … Mais comment tu pouvais savoir si on s'était pas encore vu ?
Oups encore.
— J'avoue que j'ai regardé par-dessus la cloison pour voir qui était l'hurluberlue qui chantait.
Kuroo n'était pas sûr que révéler ses penchants pour le voyeurisme était la chose la plus délicate à faire.
— Woh… Tu dois avoir des bras super musclés pour avoir réussi à te hisser comme ça.
Kuroo explosa de rire, dérouté que cela soit la première réflexion de son ami.
La conversation prit une autre direction et ils papotèrent tout en finissant de se préparer. Kuroo fut le premier près. Il était bientôt temps pour eux de se séparer.
« Maintenant » se dit Kuroo. « Maintenant. Reste pas comme un idiot fait quelque chose. »
Il réfléchit à ce qu'il pouvait faire pour avancer l'idée qu'il aimerait bien revoir Bokuto, pour quelque chose qu'il s'approcherait plus d'un rendez-vous que d'une sortie entre potes.
« Lance-toi !»
— Hum… Comme on parlait de Karaoke.
Mal parti déjà.
— Je me disais qu'on pourrait se faire un truc, genre aller manger un truc et se faire genre un Karaoke, un truc comme ça? Je connais un endroit qui fait des ramens à tomber par terre!
— Grave !
Rien qu'à son ton, Kuroo comprit que sa demande n'avait pas été assez claire pour être interprétée correctement.
— Faut vraiment qu'on se refasse un truc comme on avait fait au truc d'arcade la dernière fois, avança Bokuto.
— Je sais pas, je suis effrayé par les trampolines et les enfants maintenant, plaisanta Kuroo.
Son ami rit, et lui rappela tout de même les bons moments qu'ils avaient passés à se battre avec des enfants.
— Ouais, ouais, bon ok c'était pas si mal !
— Ouais en plus faut qu'on y retourne, on avait pas pu faire le kart la dernière fois !
Kuroo fronça les sourcils :
— Ouais, et je me souviens très bien pourquoi, on va pas aller donner notre argent à des cons pareils.
Bokuto soupira.
— Ouais mais bon… pas dit que ce soit différent ailleurs… Et puis ça m'a juste pris de cours la dernière fois pour être honnête… Mais bon, ça peut se faire quoi, ce serait quand même super cool !
— Mais… faut pas une autorisation ou je sais pas quoi, ça craint non ?
— Ouais… C'est pas vraiment un problème, c'est juste…
— Humiliant et très con ?
— Ouais… Mais en vrai j'ai l'habitude, si c'est ça je m'en fous du temps qu'on peut le faire. S'ils veulent une autorisation, je leur en donne une…
Kuroo fronça les sourcils, perplexe.
— T'as un sub ?
Ce fut à Bokuto de paraitre perplexe. Mince peut-être que le terme n'était utilisé qu'entre membres du CAPE et que dans tout autre espace ce terme reprenait son sens premier. Kuroo s'appétait à préciser, mais Bokuto reprit la parole avant :
— Non, j'ai pas de substitut.
— Oh… ok...et du coup, comment tu fais ?
La perplexité de Bokuto ne s'envola pas :
— Bah, juste pas de substitut.
Mais encore ?
— J'ai juste un partenaire qui est un alpha, du coup pas vraiment de soucis.
Kuroo eut l'impression de s'écraser au sol après une chute de cinquante étages.
— Oh… je savais pas que… enfin, du coup c'est vrai que c'est plus pratique, réussit à sortir Kuroo.
— Ouais.
La claque monstrueuse que venait de se prendre Kuroo avait fait un mal de chien. Il se sentait profondément idiot. Bokuto n'avait pas utilisé n'importe quel terme, pas « petit-ami » ou « copain » mais bien « partenaire ». Comment il avait pu penser ne serait-ce qu'un instant qu'il avait ses chances ? Bokuto était un oméga appareillé, le suprême « no-go »! Il se sentait profondément honteux d'avoir pensé à tenter sa chance, sans s'être renseigné sur la chose avant. Il se sentait honteux d'avoir pu voir un signe dans ce qui manifestement n'était qu'une preuve sincère d'amitié et de confiance.
— Kuroo ?
L'interpellation lui fit brusquement refaire surface.
— Euh oui ? Déso, j'ai perdu le fils, c'est juste que ça me revient pas du tout cette histoire d'autorisation.
— Ouais je sais… C'est vrai que c'est pas optimal… Mais bon, on peut quand même se faire une sortie Karaoke !
— Ouais !
Kuroo fut stupéfait de la maitrise dont il faisait preuve. Il réussit à maintenir la conversation et à paraitre le plus normal possible jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à l'extérieur. Ils furent interrompus dans leur discussion lorsque le téléphone de Bokuto vibra.
— Oh, il arrive justement. Tu veux que je demande si on peut te ramener Bro ?
Quelle bonne idée ça, se retrouver dans la voiture avec Bokuto, son partenaire, et son cœur brisé !
Il réussit à lui sourire.
— Non ça va aller, je dois passer quelque part avant de rentrer, mentit-il.
— Ok, bah j'y vais alors, à plus Bro !
Kuroo lui sourit et le salua de la main en le regardant s'éloigner. Quand il fut assez loin, son sourire tomba, son visage se vidant de toute émotion. Il se dirigea vers le métro en pilote automatique. Il enfila ses écouteurs en rentrant dans la rame.
« Ne pleure pas dans le métro Tetsu, pas là, pas maintenant ».
Après tout… Est-ce que ce n'était pas plus mal ? Sans qu'il n'ait rien fait, le « choix » s'était réduit, ce qui rendait la chose plus facile non ? Non ?
Bien sûr que non.
Bien sûr que non. Même si cela « réduisait » le choix, et que raisonnablement cela était arrangeant quelque part, ça n'en était pas moins douloureux. Car même s'il n'était pas le seul pour qui il avait des sentiments, ces sentiments n'étaient pas pour autant moins valides, ou moins forts. Ces sentiments il les avait, et ça faisait quand même putain de mal de devoir les abandonner, de devoirs les lacérer pour s'en défaire.
« Ne pleure pas maintenant »
Mais quel putain d'égoïste… Bien sûr qu'il ne pouvait pas tout avoir, c'était ridicule et vain de penser le contraire. Qu'est-ce qu'il imaginait ? Forcément qu'au bout d'un moment il aurait dû se défaire d'une part de ses sentiments. Il ne pouvait pas tout désirer, tout souhaiter, et surement pas tout avoir... La vie ne marchait juste pas comme ça… Il avait 22 ans, pas 5, il aurait dû assimiler ce concept il y a bien longtemps ! Mais quel abruti !
« Ne pleure pas maintenant »
Et puis pourquoi toutes les putains de chansons de sa playlist parlaient-elles d'amour ? Il avait beau faire défiler les musiques, toutes parlaient de cœur amoureux et compagnie, il n'avait pas la tête à ça lui ! Il finit par tomber sur l'intro de la musique « Old fashion lover boy ». Il repensa à Bokuto chantant à tue-tête dans son sèche-cheveux. Il repensa à son rire, son sourire, sa voix. Ce rêve où il l'attrapait par le col pour l'embrasser… Il repensa à tous ses rêves éventrés, à tous les espoirs dont il devait faire le deuil maintenant…
"I'm good old fashion lover boy"
Malgré tous ses efforts, Kuroo explosa en larmes dans le métro.
-FIN DU CHAPITRE-
Je sais… Je sais que je donne l'impression de lui vouloir du mal, mais c'est pour son bien, juré !
À votre avis il va tenir ? Moi je penche pour un oui quand même, j'ai confiance en lui, brave petit gars.
Petite note à part : Je sais que j'ai déjà répondu, mais merci encore LeonorRiddle pour tes commentaires qui me font toujours plaisir !
Et merci aussi à tous ceux qui suivent cette histoire, j'espère qu'elle continuera à vous plaire !
La suite en 2022 😉
Prochain chapitre : « Courant d'air »
« — Kuroo ?
— Hm ?
— Ça va ?
L'intéressé se redressa, surprit. Il n'irait pas jusqu'à dire que la question était infondée, mais il était quasiment sûr que le ton de sa voix ne l'avait pas trahi.
— Ouais pourquoi ?
— Non, je sais pas t'as une voix bizarre.
Putain de sens aiguisés.
Le fait d'avoir remarqué sa faiblesse avait donné à Kuroo la terrifiante envie de s'effondrer en larmes. Décidant qui en avait assez de verser dans le tragique, il se retint tant qu'il put et tenta d'éluder la question :
— Non, je te jure ça va.
Et merde… Sa voix était partie dans les aiguës sur les derniers mots. Même lui ne croyait pas à ce mensonge.
Oikawa pouffa :
— Tu mens si mal… »
