Résumé :
« — Kenma, je vais pas tenir longtemps !
— Je l'ai presque…
— Euh, Ken…
Kuroo tangua et Kenma commença à basculer. Sentant que la chute n'allait pas tarder, Kuroo fit en sorte de le faire basculer dans le sens contraire. Il sentit le blond tomber en arrière et ses pieds perdre appuie. Il réussit à le ceinturer au niveau des cuisses, mais l'impulsion le fit tomber à la renverse. Il tomba sur le dos, le choc se répercutant dans sa poitrine. Le poids de Kenma lui arriva dessus et le choc lui coupa le souffle un moment.
— Ça va ?
Kuroo ouvrit les yeux. Kenma n'avait rien.
— Ça va, et toi ?
— Oui.
Ils se regardèrent, avant d'exploser de rire.
— T'es toujours un sac à conneries, commenta le blond. »
Chapitre 17 : La mort des étoiles
Kuroo allait bien. Il avait longuement médité sur la question, et c'était la conclusion qu'il avait réussi à tirer de son état émotionnel, certes brumeux et étrangement silencieux, mais pas dévasté pour autant. Une semaine s'était écoulée depuis sa dernière rencontre avec Akaashi et il allait… relativement bien. Après tout, chaque seconde, 1200 étoiles explosaient. Lui-même n'avait pas explosé, ce qui pouvait se rapprocher d'un état de la matière acceptable qui ne lui apportait aucune souffrance particulière. Certains pourraient argumenter qu'une étoile n'était qu'un gros caillou très très loin et que son explosion n'avait rien de particulièrement dramatique, Kuroo entendait cette argumentation. Il avait alors vérifié, et avait appris qu'à chaque seconde, 1.8 personne mourrait, donc depuis qu'il avait ouvert les yeux, l'équivalent d'un village, voire d'une ville, avait disparu de la surface de la Terre. Considérant cela, il allait donc plutôt bien, puisqu'il était toujours là. Alors oui, certes, étant donné que ces individus étaient morts, ils ne pouvaient pas être considérés comme étant malheureux ou heureux, mais leurs familles devaient être dévastées… Il allait donc bien, du moins relativement bien comparé aux centaines de personnes en deuil ce matin-là. Pour résumer : il n'avait donc ni explosé, ni décédé, ni les deux à la fois, et il n'était pas en deuil. Conclusion des faits, il allait…il allait bien.
Et puis même s'il n'allait pas si bien, il se disait tout de même qu'il fallait qu'il se renforce un peu. Il avait passé l'âge de se prendre la tête pour des histoires de garçons. Certes, de garçons fort charmants, mais cela n'enlevait rien au caractère si peu tragique de la chose. Il avait considéré l'idée d'aller se retirer dans un temple, espérant peut-être que cela l'aiderait à se reconnecter aux « primordia de l'existence ». Il avait parlé plusieurs fois avec ses sœurs au téléphone, constatant du même coup que se prendre la tête pour des garçons était une spécialité familiale. Peut-être qu'un séjour au temple pour toute la fratrie leur serait bénéfique ? Il fallait qu'il se renseigne sur la chose.
Une fois ce petit point introspectif fait, il se leva, comme quelqu'un qui allait parfaitement bien ; prit une douche tiède, comme quelqu'un qui allait relativement bien ; s'habilla, comme un individu possédant un état émotionnel stable, et il se rendit à l'université, comme l'étudiant mué de la soif d'apprendre qu'il était, ce qui était somme toute positif. En arrivant à l'université il commença à jouer à son jeu favori qui consistait à éviter tout individu ressemblant de près ou de loin à Bokuto ou Akaashi. Non pas qu'il ne voulait pas les croiser, loin de là, il ne voulait juste pas les déranger en leur étalant sans ménagement à quel point il allait bien. Et heureusement pour eux, il arriva en cours sans avoir croisé leur route. Il écouta attentivement le cours et oublia enfin de se demander chaque seconde s'il allait bien. À croire que son cours de physique appliqué aux systèmes biologiques était une méthode tout aussi efficace que le temple pour le reconnecter aux « primordia de l'existence ». La fin de la matinée arriva très rapidement. Il était le seul de son microcosme amical à suivre ce cours, Chris et Oikawa n'arriveraient qu'en début d'après-midi. Il envoya donc un message à Yamaguchi pour savoir s'il était sur le campus afin qu'ils aillent manger ensemble. Non pas qu'il ne voulait pas rester seul avec ses pensées, loin de là, il entretenait simplement ses relations amicales avec ses pairs ! De plus, la compagnie du jeune homme était totalement charmante et toujours agréable, et si son partenaire était de la mise, cela ne ferait qu'arranger la situation, car il se l'avouait sans honte : agir comme une peste à l'égard de Tsukishima lui apportait un bonheur incommensurable. Il les rejoignit tous deux au restaurant universitaire et ils passèrent un agréable moment ensemble, ce qui prouvait que Kuroo allait encore mieux que ce qu'il pensait.
Une fois leur repas terminé, ils allèrent s'installer non loin du bâtiment des sciences pour prendre un café au soleil et continuer tranquillement leur discussion. Le couple était parti sur un débat concernant un sujet nébuleux que Kuroo n'avait pas bien compris, surement un truc de geek. Il s'en accommoda, se contentant simplement de les écouter parler. Il ne se défit de leur discussion que lorsqu'il sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Son cœur bondit... mais attention! Un bondissement normal, un petit bondissement de bébé lapin de garenne, un bondissement qui venait tout naturellement lorsque l'on constate qu'un ami cher vous a envoyé un message.
— Qu'est-ce que t'as à sourire comme un débile ? lui demanda Tsukishima.
Kuroo releva les yeux, ne prenant guère note de l'attaque, et répondit simplement :
— C'est Kenma qui m'envoie un message.
— Oh ! Il veut quoi ? s'empressa de demander Yamaguchi.
— Il me demande si je suis sur le campus, il est dans le coin apparemment.
Alors qu'il allait répondre, Kuroo releva les yeux, sentant un regard insistant posé sur lui. Il constata alors que Yamaguchi le regardait d'un œil goguenard en haussant suggestivement les sourcils.
— Quoi ?
— Humm Kenma ?
Kuroo tenta de réprimer le rougissement qui lui montait aux joues, mais contrôler ses réponses émotionnelles n'était pas vraiment sa spécialité.
— Bah quoi ?
Le jeune homme continua son cirque avec ses sourcils maudits.
— Quoi ?
— Kenma….
— Arrête de faire ça...
Yamaguchi se leva pour venir lui danser autour, ne cessant toujours pas de le narguer du regard.
— Alors, tu vas lui dire ?
— Lui dire quoi ?
— Que ton petit cœur fait boum boum pour lui et que tu as des petits papillons dans le ventre quand tu le vois !
Kuroo roula des yeux.
— Non.
— Hum, je vois, je vois, tu attends le bon moment, judicieux.
— Non… Je vais juste pas lui dire.
Yamaguchi cessa de lui tourner autour et fronça les sourcils.
— Quoi ? Mais pourquoi ?
Kuroo soupira :
— Parce que.
— Parce que quoi ?
Voilà que Tsukki s'en mêlait.
Yamaguchi attrapa son bras, et en croisant son regard il comprit que la question était sincère et ne faisait plus partie du jeu.
— Parce que ça va, j'ai assez donné…
— Tu vas vraiment rien lui dire ?
— Non…
Un silence insistant persista.
— Ça va, ya pas mort d'homme, je préfère que ça reste comme ça. Je supporterai pas de le perdre.
— Oh…Kuroo je…
— Bon, je l'appelle, le coupa le brun.
Il composa le numéro et approcha le téléphone de son oreille. Il manqua d'échapper l'appareil en voyant le buisson en face de lui se mettre à remuer, un oiseau en sortant finalement pour prendre son envol.
— Allô.
Kuroo sourit en entendant la voix de Kenma.
— Allô, ça va ? T'as l'air essoufflé ?
— …ça va.
— T'es dans le coin du coup, t'es où ?
Après un court silence, Kenma lui répondit :
— Devant le bâtiment C.
— Oh je suis juste à côté j'arrive.
— Ok je t'attends, à tout de suite.
— À toute.
Kuroo raccrocha, récupéra ses affaires posées sur le muret où étaient assis ses amis en prenant bien soin de ne pas croiser leurs regards, et les remercia avant de se diriger vers son point de rendez-vous. La discussion pourtant avait affecté son humeur, et il sentait un sentiment oppressant et lourd monter en lui. Pour lui faire un tant soit peu barrage, il se contenta de se chanter de vagues « tututulu » à voix basse. Il se tut en apercevant Kenma au loin. La sensation pesante dans sa poitrine fondit en une seconde pour laisser place à un sentiment de légèreté pétillante. Il tenta de le saluer de loin mais Kenma balaya l'espace des yeux sans le voir, et posa son regard dans la direction opposée à la sienne. Il renonça à l'interpeller et trottina guillerettement jusqu'à lui. Alors qu'il n'était plus qu'à quelques pas de lui, Kenma tourna la tête et il put croiser son regard. Kuroo sourit sans même y penser, et il vit les traits de son ami s'attendrir.
— Yo ! le salua-t-il une fois arrivé à sa hauteur.
— Salut.
Le silence s'installa un instant.
— Ça m'a surpris de recevoir ton message, qu'est-c'que tu fais dans le coin ?
— Euh…je devais déposer un truc, et j'ai pensé à toi. J'ai un peu de temps devant moi, du coup…
Kuroo ne posa pas plus de questions et se contenta de répondre « cool » avant d'échapper un immense sourire. Il détailla distraitement son ami du regard. Considérant sa tenue, il finit par lui demander :
— C'est une jupe ?
Kenma y jeta un coup d'œil avant de retrouver le regard de Kuroo.
— Ouais, répondit-il simplement.
Le brun détailla le vêtement : une jupe plissée noire lui arrivant jusqu'au mollet, taillée dans un tissu s'approchant de celui d'un hakama.
— Nice…elle a des poches ?
— Évidemment, affirma Kenma tout en lui offrant une démonstration.
— Woh…
Kenma échappa un sourire en coin :
— Je vois que je fais un jaloux.
— Grave.
— Je pensais pas que c'était ton style.
— Écoute, depuis que j'ai porté accidentellement ce qui pouvait s'approcher d'une robe toute une journée, et que je n'ai reçu que des compliments, je commence à considérer l'idée d'étendre ma garde-robe.
Kenma haussa un sourcil avant de pouffer.
— Ça te fait rire ? Je t'assure que j'ai pas arrêté de me faire complimenter !
— Pff, non, je sens juste que ya encore une de tes histoires improbables derrière.
— Ah, bien senti… avoua le brun en se grattant l'arrière de la nuque.
— Vas-y, raconte.
Kuroo échappa en sourire avant de lui conter son aventure rocambolesque du corbeau voleur. Kenma éclata de rire et Kuroo sentit son cœur faire des loopings dans sa poitrine, à croire que ce dernier se préparait à faire une démonstration de voltige aérienne.
— Ça m'étonne même pas. Et ça s'est terminé comment ?
— Euh… le piaf s'est barré, je suis tombé de l'arbre et… en bas de l'arbre je suis tombé sur…un pote qui m'a aidé à me relever et après, j'ai un peu abandonné.
Kenma lui fit les gros yeux.
— Quoi ?
— Ça veut dire que tu n'as pas pu récupérer le bracelet ?
— Non, je sais ça craint… J'avais oublié l'existence de ce truc pendant des années mais il me manque déjà.
— Tu penses qu'il y est encore ?
— Où ça ?
— Dans le nid du corbeau !
— Je sais pas, peut-être…
Kenma plissa les yeux.
— Qu'est-ce que t'as en tête ?
— Il faut qu'on aille le récupérer.
Kuroo pouffa
— Hum ok.
— Tu te souviens où c'était ?
— Ouais.
— On y va, affirma le blond avant de se mettre en route.
Le brun le suivit, amusé. Il dut accélérer pour se mettre à sa hauteur et le guider sur le chemin du nid du corbeau voleur. Ce ne fut qu'une fois arrivé à quelques mètres de l'arbre en question qu'il commençât à s'inquiéter d'y croiser Akaashi. Non pas qu'il l'évitait, mais il n'avait pas forcément envie de le croiser maintenant. Il tourna en rond, feignant de ne plus reconnaitre l'arbre, jusqu'à ce qu'il puisse vérifier que l'endroit qu'ils cherchaient était libre de toute présence humaine. Une fois qu'il confirma que le champ était bel et bien libre, il y guida Kenma.
— Voilà, c'était là.
Kenma acquiesça et sonda le feuillage.
— Le nid est là, affirma le blond en désignant la base d'une branche au-dessus de leurs têtes.
— Ah ouais.
Kenma tapa sur son épaule :
— Soulève-moi, je vais le chercher.
Kuroo rit, amusé de le voir si impliqué dans l'affaire.
— Ok.
Kenma lui fit comprendre qu'il fallait qu'il se mette à genoux. Une fois cela fait, le blond s'assit sur ses épaules.
— Vas-y, lève-toi maintenant.
Kuroo obtempéra, Kenma n'était pas bien lourd, ce qui facilita la tâche.
— Ok, tends-moi les mains pour que je puisse me mettre debout.
— Pff, tu t'es entrainé aux Cirque du Soleil dernièrement ?
— Tais-toi et aide-moi ! lui répondit le blond, sa voix trahissant son amusement.
Kuroo obtempéra, attrapa les mains de Kenma pour l'aider à se lever. Une fois que ce dernier eût réussi à se mettre debout sur ses épaules, il attrapa ses mollets pour le soutenir.
— Attends, pousse ta jupe, je vois rien !
— T'as pas besoin de voir, répliqua le blond, arrangeant tout de même le tissu pour ne pas qu'il obstrue la vue du brun.
— Tu vois quelque chose ?
— Ouais, le nid.
— Alors ?
— Ya rien dedans.
— Roh merde.
— Oh attend ! je le vois !
— De quoi ?
— Le bracelet !
— Oh ! Il est où ?
— Accroché à une petite branche plus haut.
Ce fourbe corvidé n'avait même pas pris la peine de prendre soin de sa propriété...
— T'arrives à l'avoir ?
— Non, il est trop loin. Attends, recule un peu.
Kuroo s'exécuta, en prenant bien soin de ne pas faire basculer Kenma.
— Ok, je suis pas loin, mais il va falloir que je me tourne.
— Quoi ?!
— T'inquiète.
En relevant la tête, Kuroo constata que le blond s'était agrippé à la branche principale. Il souleva son poids pour pouvoir bouger son corps et ainsi se placer dos au tronc. Une fois cela fait, il reposa les pieds sur les épaules de Kuroo. Le brun tenu, même si la position était bien moins stable ainsi. La situation commença à devenir critique lorsque le blond se pencha pour tirer son bras vers la branche.
— Kenma, je vais pas tenir longtemps!
— Je l'ai presque…
— Euh, Ken…
Kuroo tangua et Kenma commença à basculer. Sentant que la chute n'allait pas tarder, Kuroo fit en sorte de le faire basculer dans le sens contraire. Il sentit le blond tomber en arrière et ses pieds perdre appuie. Il réussit à le ceinturer au niveau des cuisses, mais l'impulsion le fit tomber à la renverse. Il tomba sur le dos, le choc se répercutant dans sa poitrine. Le poids de Kenma lui arriva dessus et le choc lui coupa le souffle un moment.
— Ça va ?
Kuroo ouvrit les yeux. Kenma n'avait rien. Il ne savait pas vraiment comment, mais au moment de tomber en arrière, Kuroo avait dû encercler la poitrine du blond, ce qui l'avait très certainement entrainé dans sa chute également.
— Ça va, et toi ?
— Oui.
Ils se regardèrent, avant d'exploser de rire.
— T'es toujours un sac à conneries, commenta le blond.
— Quoi ! C'est pas moi qui ai eu cette idée !
Kenma roula des yeux et ils explosèrent de rire une nouvelle fois.
Le silence retomba, et Kenma laissa sa tête retomber sur le torse du brun. Kuroo sourit, et leva les yeux au ciel, ne se souciant guère du fait que son cœur battait la chamade, même s'il savait pertinemment que cela ne venait absolument pas du choc qu'il venait de subir. Ils restèrent comme cela un moment.
— Tu ne me perdras pas.
Kenma venait de chuchoter. Kuroo fronça les sourcils, pas bien sûr d'avoir compris correctement... Son esprit lui jouait certainement des tours :
— Quoi ?
— Tu ne le perdras pas, répéta le blond.
Ah, voilà qui semblait un peu mieux.
— De quoi ?
Silence. Kuroo dirigea son regard vers le blond. Ce dernier lui sourit et ouvrit la main. À l'intérieur, Kuroo y découvrit son bracelet.
— T'as réussi à l'avoir !
Kenma hocha la tête. Kuroo l'enlaça et posa sa tête sur la sienne. Son ami d'enfance échappa un pouffement mais se laissa faire. Finalement Kuroo se redressa pour s'assoir. Il récupéra le bracelet et l'enfila au poignet.
— Merci.
— De rien tête de pigeon.
Kuroo bouda, faussement vexé.
— Tête de bulbe, signa-t-il, empruntant pour l'occasion l'insulte préférée d'Hinata.
Kenma haussa un sourcil, et à la plus grande surprise du brun lui répondit :
— Tête de bulbe toi-même, tête de pigeon.
Kuroo en resta bouche bée :
— Merde, je pensais pas que t'allais comprendre.
— Dommage, t'es mal tombé.
— Hum… intéressant…
— Hum…
— Tête de bulbe, réitéra Kuroo.
Kenma leva les yeux au ciel et ils rirent en chœur.
Kuroo en était sûr maintenant : là, tout de suite, il allait bien.
-/-
Mais qu'est-ce qu'était le bonheur après tout ? Voilà une notion bien subjective et vaste ! Kuroo avait eu assez de cours de philosophie dans sa vie pour s'en apercevoir. S'il s'appuyait sur une définition occidentale de la chose, le bonheur désignant alors une sorte d'état continue de satisfaction absolue, alors non, il n'était pas vraiment heureux, mais peu pouvaient se vanter du contraire. Considérant son propre prisme culturel, le bonheur pouvait être associé au concept de l'ikigai, la quête d'une raison de vivre. L'ikigai nécessite l'introspection continuelle et l'identification de ses passions, un processus plus qu'un état en soi… Kuroo était en perpétuelle introspection… Cela était certainement parabolique de sa part, mais n'était-il pas alors heureux par le fait qu'il était entrainé dans la quête de ce bonheur ? Ne disait-on pas « L'important ce n'est pas la destination, c'est le voyage » ? Dans ce cas alors…
— T'es vachement silencieux tu penses à quoi ?
Kuroo sortit abruptement de ses pensées. Il tourna son regard vers Oikawa, marchant à ses côtés.
— Hum… L'ikigai. Enfin je me demandais si le bonheur ne résidait pas dans la quête plutôt que dans l'état en lui-même et… hum…
Kuroo ne continua pas, Oikawa le regardait, ses yeux renvoyant une émotion entre sidération et mépris.
— Tu viens d'aller pisser et c'est vraiment ce qui te passe en tête ?
— Oui, répondit le brun.
— Si le bonheur réside dans la quête d'un état et non dans l'état en lui-même, peut-on réellement dire que le bonheur existe ? Une quête pour une chose substantiellement inexistante. Le bonheur se trouverait alors dans l'acceptation de cet absurde paradoxe plus que dans sa résolution.
Kuroo tourna les yeux. Chris venait de parler d'une traite, sans changer de ton ni d'expression, regardant toujours droit devant lui.
— Euh… -il tourna les yeux vers le châtain- tu vois, il me comprend lui.
— Vous êtes des dingues...
Alors que Kuroo allait répliquer, il se figea. Il venait de reconnaitre une silhouette au loin. Instinctivement il tourna les talons et partit dans la direction opposée. Ses amis, tout d'abord surpris de sa démarche, finirent par le rejoindre.
— Qu'est-ce que tu fous ? On a dit qu'on allait à la bibliothèque !
— Hum, j'ai changé d'avis... Allez-y sans moi, je vous rejoins.
Oikawa, tout d'abord incrédule, tourna la tête pour tenter de découvrir ce que Kuroo avait bien pu voir pour réagir comme cela.
— C'est pas Bokuto là-bas ! Oh oh, tu l'évites ? finit-il, un rien scandalisé.
— Non.
— Bah si là tu l'évites.
— Non, c'est juste que…
— Que tu l'évites.
— Non ! Je, enfin si mais momentanément, juste le temps de, euh, trouver comment le réaborder.
— Tu lui as toujours pas reparlé depuis !
— Euh, non… Faut juste que je trouve le bon moment.
— Mec, c'est ton pote quand même! C'est pas cool, assume quoi!
— Ça change rien, faut juste que, que je règle le truc dans ma tête et…
— Kuroo ? le coupa Chris.
— Hm ?
— Tu évites Akaashi-san aussi ?
— Mais non je l'évite pas, juste je…
— Parce qu'il est en train d'arriver droit sur nous.
Kuroo se raidit instantanément et pivota vers la gauche, partant en direction de bâtiments qu'il n'avait encore jamais eu la chance de visiter. Quelle formidable occasion !
— T'es une merde bordel, lui jeta Oikawa, bien que l'ayant tout de même suivi.
— Il nous a vus ?
— Non, mentit Chris.
Il avait croisé le regard d'Akaashi lorsque Kuroo avait changé de direction, il était donc certain que ce dernier avait compris ce qu'il se passait.
Kuroo échappa un soupire.
— Mec, tu peux pas passer ta vie à les éviter !
— Pourquoi pas, le campus est grand, pas comme si j'allais les croiser tout le temps.
Oikawa croisa les bras.
— T'as raison, ce qui vient de se passer en est un bon exemple.
— Roh ça va ! Faut juste que… que j'y réfléchisse.
— Tu fais que ça réfléchir. Pour Akaashi ça passe, mais pour Bokuto, tu t'es fait ton truc dans ton coin !
— D'où ça te regarde ?
— D'où… hey, je te rappelle qui t'as consolé quand tu t'es pris ton vent tout seul ? En plus je me mets à sa place, ça me ferait grave chier qu'un jour tu te mettes à m'éviter sans que je comprenne pourquoi ! Pas comme si tu pouvais vraiment m'éviter de toute façon, mais quand même !
— Pourquoi ?
— Mais parce que t'es mon ami gros débile ! Oh mais qu'il est con…
Kuroo échappa un sourire benêt.
— Oh, moi aussi t'es mon ami.
— J'espère bien !
— Trop mignon !
— Oh mais casse-toi, vociféra le châtain alors que Kuroo se dirigeait vers lui bras ouvert pour l'enlacer.
Oikawa croisa les bras et alla s'assoir non loin. Kuroo s'approcha, et le châtain grogna en le voyant faire. Kuroo pouffa et vint s'assoir sur la marche où il avait posé ses jambes. Il posa son front sur le genou du châtain, avant de se redresser. Oikawa grogna de nouveau, mais cessa rapidement, la marque d'affection ayant eu l'effet escompté.
— T'es vraiment une merde, conclut Oikawa.
— Je sais.
— Tu vas faire quoi du coup ?
Kuroo releva les yeux vers Chris qui venait de les rejoindre.
— Je sais pas… Pour Akaashi bon… On sait tous les deux ce qu'il s'est passé et… et on verra. Mais pour Bokuto… Oikawa a raison, je me suis fait des films tout seul, il a pas à le subir… Mais je veux pas lui en parler non plus… Je veux juste que tout redevienne comme avant, mais… Mais là, maintenant, je sais pas si j'y arriverai…
— Ok…
— Bon du coup on fait quoi ? On a cours dans une heure.
— Il fait beau, on a qu'à rester là ?
— Hmm…
Oikawa sortit son ordinateur de son sac.
— Ah on travaille du coup ? demanda Kuroo.
— Bah c'était le plan à la base, lui répondit Oikawa.
— Ou on joue au Daifugō, proposa Chris, j'ai des cartes.
Oikawa ferma son ordinateur et le rangea dans la seconde.
— Vas-y balance les cartes, je vais vous humilier.
Kuroo rit et Chris leva les yeux au ciel.
— C'est ce qu'on va voir !
-/-
Ils avaient fini par tellement être happé par leur jeu qu'ils en étaient arrivés en retard en cours. Oikawa, qui avait perdu la plupart des parties et avait boudé un long moment, sous le regard amusé de Chris, qui bien malgré son apparente modestie, s'était repu de ses victoires à répétition. Une fois le cours terminé, ils restèrent un peu plus longtemps pour qu'Oikawa puisse recopier le diagramme final sur les notes de Kuroo. La chose prit un temps infini puisque le châtain s'évertuait à vouloir reproduire le diagramme en question avec précision et attention. Il avait fini par se résoudre à bâcler un tant soit peu son travail quand Chris lui fit remarquer qu'ils allaient arriver en retard à leur cours suivant.
— Vous avez cours après ? demanda Kuroo.
— Oui, TP de microbio, lui indiqua le châtain.
— Oh, j'avais oublié que vous aviez ce cours. Ils ont déjà commencé vos TP ?
— Oui, pas toi ?
Kuroo eut un moment de panique, effrayé à l'idée d'avoir raté de multiples travaux pratiques notés sans s'en rende compte. Après vérification, il n'en était rien. Il soupira d'aise, bien heureux de ne pas avoir foiré sa fin de semestre involontairement.
— Bon du coup on y va, à plus.
Kuroo les salua et les regarda s'éloigner. Il resta planter en face de son bâtiment de cours un bon moment, sans vraiment pouvoir identifier ce qui l'empêchait de se mettre lui-même en route. Ce ne fut qu'environ cinq minutes plus tard qu'il se résolut à se rendre à la station de métro. Cependant, à peine avait-il fait quelques pas qu'il se stoppa de nouveau. Son cœur fit la ola lorsqu'il aperçut au loin Bokuto. Ce dernier regardait autour de lui comme s'il était à la recherche de quelque chose, ou de…quelqu'un. Son rythme cardiaque s'accéléra et il tourna les talons pour s'en aller dans la direction opposée. Après tout, le métro devait être blindé à cette heure-ci, il ferait surement mieux de marcher. Il avança d'un pas tranquille, car il n'était pas pressé, voilà tout, non pas parce qu'il se disait que s'il accélérait le pas, il allait se faire repérer plus facilement, ce serait s'égarer que de penser ainsi. Et puis, repéré ? Le mot était un peu fort, ce n'est pas non plus comme si Bokuto l'avait suivi. Il se mêla à la foule d'un groupe d'étudiants venant de sortir de cours et tourna discrètement la tête. Il constata que, bien au contraire, il avait bel et bien été suivi. Cependant, Bokuto semblait l'avoir momentanément perdu des yeux et Kuroo en profita pour prendre ses jambes à son cou. Il ne s'arrêta que lorsqu'il arriva derrière le bâtiment. Il reprit son souffle, considéra l'étendue de sa bêtise, mais repoussa très vite cette pensée, annihilée complètement par son pouvoir d'autopersuasion.
Et s'il allait faire un petit jogging en attendant ! En jean oui, quelle bonne idée ! Il sortit de sa cachette et commença à trottiner en direction de l'étang.
Peut-être que ce n'était pas très sympathique de sa part, il en était conscient. Il savait pertinemment qu'il devait arrêter d'éviter son ami, mais il fallait qu'il lui parle avant, et ce n'était absolument pas le bon moment ! Cependant, plus il avançait, plus il se trouvait stupide. Il avait encore la possibilité de s'arrêter, et de faire comme si de rien était : « Oh bro, qu'est-ce que tu fais là? Je t'avais pas vu plus tôt. ». Bon, et puis si cela se trouvait, Bokuto ne l'avait absolument pas suivi ! Cela était peut-être une coïncidence et il était juste en train de se faire des films ! Il se retourna de nouveau pour découvrir que le jeune homme était toujours derrière lui. Il sursauta. Cette fois leurs regards s'étaient croisés. Bokuto avait l'air d'être pertinemment au courant de ce qu'il était en train de faire, et semblait courroucé par la chose. Kuroo cessa de trottiner pour se mettre franchement à courir.
« Mais qu'est-ce que tu fais abrutie ! Arrête-toi ! » se hurla-t-il intérieurement. Mais il ne ralentit pas pour autant. Il n'avait plus la possibilité à présent de jouer les innocents, il était grillé pour de bon. « Arrête-toi ! Stop ! ». Ses jambes refusèrent d'obtempérer.
— Kuroo ! entendit-il hurler dans son dos.
L'interpellé sursauta et accéléra. Mais qu'est-ce qu'il faisait exactement ! En plus, il avait vu Bokuto courir, il savait pertinemment qu'il était plus rapide que lui et qu'il allait finir par le rattraper. Il savait qu'il fallait qu'il s'arrête, que sinon il n'aurait plus d'explication, et qu'il risquait de perdre un ami qui lui était cher. Mais il n'avait pas la force de le faire, il n'avait pas la force de le confronter, de faire comme si de rien était, ou d'éclaircir la situation. Pas maintenant, pas là. Il se mit à slalomer entre les arbres, espérant surement que cela lui permettrait d'échapper à son suiveur. Il finit par apercevoir le petit gymnase et s'y précipita à toute vitesse. Il ne se stoppa qu'une fois la porte refermée derrière lui. Il était à bout de souffle, et son corps était tellement remué d'adrénaline qu'il avait les jambes fébriles et la tête qui tournait. Il entrouvrit discrètement la porte, espérant avoir semé son poursuivant. Il n'en était rien, Bokuto l'avait non seulement vu entrer, mais il se dirigeait maintenant vers la porte d'un pas décidé, tel un taureau près à rentrer dans l'arène en défonçant tout ce qui se trouvait sur son passage.
— Merde, échappa Kuroo.
Il bondit et se dirigea en direction des douches. Il entendit la porte s'ouvrir alors qu'il était au milieu du terrain. Par un réflexe inexpliqué, il sortit son téléphone de sa poche, faisant mine d'être en pleine conversation.
— Oui maman, je te l'ai déjà dit, je…
— Kuroo ! lui hurla Bokuto.
Kuroo était en total hors-piste, mais maintenant qu'il dévalait la pente, il lui était impossible de s'arrêter.
— Oh, Bo, euh, je suis au téléphone je te…
Il se stoppa. En se retournant, il avait croisé le regard de son ami. Ce dernier se tenait face à lui, le visage tordu de rage et de chagrin. Le voir ainsi désarma Kuroo. Il laissa ses bras retomber. Il ne pouvait plus détacher son regard du sien à présent.
— C'est quoi ce bordel Kuroo, pourquoi tu m'évites ?
— Je t'évite pas Bo…
— Mais arrête de me prendre pour un con putain !
Le cri de Bokuto résonna contre les murs. Kuroo en fut complètement secoué.
— Bon oui, ok mais… C'est que, je, c'est juste que… pas maintenant.
— Pas maintenant quoi !
Bokuto venait de hurler une nouvelle fois. Il avait réussi à mettre la main sur un ballon qui trainait parterre et le balança sur le brun qui évita le projectile de justesse.
— Je croyais qu'on était ami bordel ! Pourquoi tu me fais ça !
Kuroo eut l'impression de s'être pris une gifle. Il ferma les yeux et baissa la tête.
— Je sais Bo, mais… je peux pas là.
Il avait parlé doucement, presque à voix basse.
— Tu peux pas là ?
Le brun releva les yeux en entendant la voix de Bokuto perdre de son intensité, brisé par la résonnance de ses larmes. Il tressaillit en croisant une nouvelle fois le regard de son vis-à-vis : Bokuto avait explosé en sanglots. Son regard le perçait toujours, et Kuroo put lire dans ses yeux sa rage et sa douleur. Sa gorge se noua, et il sentit les larmes lui monter aux yeux, dévasté de voir qu'il avait mis quelqu'un lui étant si cher dans un état pareil.
— Bokuto…
Cette fois Kuroo ne put esquiver le ballon et se le reçut en pleine tête. Combien de ses trucs trainaient encore !
— Bo, attends je…
— Tu m'avais promis putain !
La voix de Bokuto résonna tout autour.
Kuroo fronça les sourcils, pas bien sûr de comprendre de quoi il était question.
— De quoi tu parles ?
— Tu m'avais promis ! Tu m'avais promis que ça changerait rien entre nous !
Kuroo resta un instant interdit. De quoi parlait-il au juste ?
— T'avais promis…
Il se rappela alors la discussion qu'ils avaient eue ensemble sur les marches devant le centre d'arcade : « Promets-moi que… Que même si tu connais mon secondaire maintenant, ça changera rien entre nous ». La réalisation le secoua. Il sentit son cœur se tordre et s'écraser dans sa cage thoracique. Merde !
— Non, non Bo, je te jure que ça n'a rien à voir.
Bokuto ne l'écouta pas et tourna les talons. Il se stoppa cependant avant même d'avoir fait un pas en avant.
— Je te faisais confiance, comme un con ! T'es comme les autres, putain ! Que parce que.. , que comme je suis…
Il l'entendit échapper une nouvelle salve de larmes, et le vit s'éloigner. Kuroo réagit enfin et courut vers lui pour l'arrêter :
— Non, je te jure que c'est pas pour ça Bo, j'en ai rien à foutre que tu…
Il se tut. Alors qu'il n'était plus qu'à quelques centimètres, Bokuto avait fait volteface, son regard empli de rage trouvant instantanément le sien.
— Ah ouais ? J'en ai pas trop l'impression ! Tu t'en fous tant que c'est pas visible et que tu peux l'ignorer, mais la seconde où tu apprends que je suis appareillé, alors là ça devient trop réel et tu me laisses en plan !
Kuroo sursauta. Oh… Il avait donc compris que c'était d'apprendre qu'il avait un partenaire qui l'avait éloigné de lui. Il soupira.
— C'est pas à cause de ça…
Le sang battait si fort dans ses tempes qu'il entendait à peine sa propre voix.
— Tu mens ! Tant que tu pouvais l'ignorer tu t'en foutais, mais maintenant tu le vois, tu te dis que je suis juste un putain d'oméga et ça te dégoute !
Les mots tombèrent si brutalement que Kuroo en eut le souffle coupé. Il fut terrassé à l'idée que Bokuto puisse penser que c'était comme cela qu'il le voyait, terrassé qu'il ait pu pousser quelqu'un de si formidable à se sentir si diminué et si sali.
— Non Bo, j'aurais jamais pensé ça…
Sa voix n'était presque plus qu'un murmure.
— Arrête de te foutre de moi !
Bokuto se tourna de nouveau pour s'en aller. Avant même qu'il n'ait pu faire un pas, Kuroo l'attrapa par le bras pour le retenir.
— Je me fous pas de toi !
Bo se défit de son emprise, il se tourna et le repoussa en arrière.
— Tu viens de me dire que tu pouvais plus être mon ami !
— Oui j'ai dit ça mais…
— Mais quoi ! Tu me prends vraiment pour…
Bokuto s'était tu. Kuroo avait fini par lâcher prise. Il avait fondu en larmes, lourdes et silencieuses. Il le dévisagea, et Kuroo lui sourit faiblement, la tristesse qu'il renvoya dilua la rage de son vis-à-vis.
— Parce que je voulais être plus que ça.
— Plus que quoi ?
— Que ton ami.
Les bras de Bokuto lui retombèrent mollement le long du corps.
— Quoi ?
Kuroo renifla bruyamment. Il détourna les yeux un moment, avant de les ramener de nouveau vers Bokuto.
— Je suis désolé… C'est pour ça que j'ai réagi comme ça quand j'ai compris que… enfin tu vois. Je pensais que je pouvais faire comme si de rien était mais, j'y arrive pas. C'est stupide… Et ça me tue que -Kuroo dû contenir les larmes qui lui montaient de nouveau aux yeux.- que t'es pu penser que… Apparemment je suis juste un putain d'égoïste qui sait pas ce qu'il veut et… Je suis désolé si mon comportement t'a blessé… J'ai pas d'excuse pour ça.
Bokuto ne disait toujours rien, visiblement atterré parce qu'il était en train de se passer.
— T'es tellement quelqu'un de formidable Bo, ça me tue que t'aies pu te sentir si mal à cause de mes conneries… Je… Je suis désolé. Je…
Il ne termina pas. Bokuto venait de l'attirer à lui pour le prendre dans ses bras. Kuroo eut un hoquet de surprise. Il renonça à retenir ses larmes, et le serra lui aussi contre lui.
Bokuto finit par s'éloigner de lui, assez pour pouvoir lui faire face. Il détacha ses bras de derrière son dos et vint poser ses mains sur le visage de Kuroo.
— Pleure pas, lui murmura-t-il en essuyant ses larmes.
— Trop tard, c'est sorti, ça va plus s'arrêter, plaisanta le brun.
Après quelques secondes, il reprit :
— Je suis désolé bro, de tout foutre en l'air comme ça...
— T'excuses pas...
Bokuto lui sourit. Kuroo lui répondit. Ils restèrent ainsi, incapables de se défaire du regard de l'autre. Kuroo sentait les battements du cœur de Bokuto résonner contre son torse, chantant à l'unisson avec les battements du sien. Il ne comprenait pas vraiment ce qu'il était en train de se passer, mais la sensation était étourdissante.
1,2,3 secondes. Quelque part dans l'univers, 3600 étoiles venaient d'exploser.
Leurs regards s'intensifièrent, entamant un dialogue muet et pourtant si riche.
1,2,3 secondes, 180.000 étoiles venaient de naitre.
Bokuto approcha son visage et Kuroo le laissa faire. Le brun se détacha de leur étreinte pour passer ses mains derrière sa nuque. Bokuto passa son bras dans son dos pour l'attirer à lui et ils se rencontrèrent.
1,2,3,4 : 240.00 planètes venaient de se former, certaines peut-être à la bonne distance de leur étoile pour y voir émerger la vie.
Le baiser prit fin.
La réalisation de ce qui venait de se passer ne fut pas longue à venir. Ils se défirent totalement l'un de l'autre, se regardant avec des yeux gros comme des soucoupes, tous deux déroutés par ce qu'ils venaient de faire. Combat de regard, deux chouettes effraies prises dans les phares d'une voiture.
— Euh… entama le brun.
— Euh… lui répondit en écho Bokuto. Je … Je dois y aller !
Et avant même que Kuroo n'ait pu dire quoique ce soit d'autres, il le vit détaller à toute vitesse.
Kuroo resta planter au milieu du gymnase.
1,2,3.
360 trous noirs venaient de naitre.
-Fin du Chapitre-
Tadam ! Et un bisou, un ! Et un foutoir, un !
J'adore ce chapitre vraiment, même si le trope du « ils s'engueulent pour finalement s'embrasser fougueusement » est un peu cliché. Et ne parlons même pas du « et là boum ils se tombent dessus et c'est l'amoûûr » mais bon, j'espère tout de même qu'il vous aura tout plu !
Prochain chapitre : « Paradoxe géométrique »
« Le téléphone manqua de glisser plusieurs fois des mains de Kuroo. Dans une de ses tentatives de récupération, il appuya malencontreusement sur l'écran :
— Ji ! Allô ?
En entendant la voix de Kenma, Kuroo paniqua de plus belle. Il ne pouvait pas non plus lui raccrocher au nez !
Dans un dernier élan de désespoir, il lui répondit « Oh, désolé je passe sous un pont » et balança son cellulaire le plus loin possible. L'appareil atterrit à plusieurs centimètres d'eux, et Kuroo grimaça en l'entendant s'écraser sur le sol. Il lui fallut plusieurs secondes pour revenir à lui et pour qu'il puisse reprendre son souffle. Il tourna la tête, ses amis le regardaient avec stupéfaction et inquiétude.
— Mais ça va pas bien hein ! s'exclama Oikawa. »
A la prochaine !
