Résumé : « Le téléphone manqua de glisser plusieurs fois des mains de Kuroo. Dans une de ses tentatives de récupération, il appuya malencontreusement sur l'écran :

Ji ! Allô ?

En entendant la voix de Kenma, Kuroo paniqua de plus belle. Il ne pouvait pas non plus lui raccrocher au nez !

Dans un dernier élan de désespoir, il lui répondit « Oh, désolé je passe sous un pont » et balança son cellulaire le plus loin possible. L'appareil atterrit à plusieurs centimètres d'eux, et Kuroo grimaça en l'entendant s'écraser sur le sol. Il lui fallut plusieurs secondes pour revenir à lui et pour qu'il puisse reprendre son souffle. Il tourna la tête, ses amis le regardaient avec stupéfaction et inquiétude.

— Mais ça va pas bien hein ! s'exclama Oikawa. »

Chapitre 18 : Paradoxe géométrique

Kuroo avait dorénavant l'habitude des ascenseurs émotionnelle. Ces dernières semaines avaient mis à l'épreuve sa capacité à pouvoir les supporter. Et soyons bien clairs, même s'il commençait à en être coutumier, il n'était toujours pas armé pour les affronter. Il avait pourtant tenté d'éviter de se retrouver dans cet état, après tout s'il ne voulait pas faire de montagnes russes, il n'avait qu'à pas y monter. Plus compliqué à dire qu'à faire, surtout quand la montagne russe impliquait les relations humaines. Certes il devait l'admettre, dans les montées, la sensation était profondément grisante, mais le problème était que la redescente était brutale, et qu'il avait l'impression d'être éjecté de l'attraction avant d'avoir pu tranquillement finir son tour, propulsé violemment hors de sa voiture pour faire de la voltige et finir par se prendre le bitume en pleine tête.

Kuroo était resté en long moment dans le gymnase après le départ de Bokuto, le ventre tordu, la tête lourde, le corps secoué d'un cocktail troublant d'endorphine et de cortisol. Ses pensées avaient fusé dans toutes les directions, pour finalement s'autoannihiler, plongeant sa conscience dans un silence abyssal. Les planètes, les étoiles, les trous noirs, tout avait fini par s'éteindre, ne laissant derrière qu'un univers froid, noir et complètement vide. Il avait quitté le gymnase et puis était rentré chez lui, comme si rien de tout cela ne s'était produit. Une fois arrivé, il s'était écroulé sur son lit, et s'était instantanément endormi.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, le soleil était déjà bien haut dans le ciel. Il se dit vaguement qu'il allait arriver en retard en cours, mais ne se leva pas pour autant. Ce ne fut que de longues minutes plus tard qu'il se décida à réellement émerger, Oikawa et Chris allaient se rendre compte qu'il n'était pas là, et il ne tenait pas à se faire questionner ni à devoir rattraper les cours plus tard. Mué des quelques miettes de motivation qui lui restait, il se dirigea vers la salle de bain. Une fois nu, il se dit qu'il fallait tout de même qu'il envoie un message pour les prévenir. Il revint dans la pièce principale pour prendre son téléphone. Il le déverrouilla : 14h10. Il avait déjà raté la matinée… Il n'avait aucun message. Il lui fallut un long moment pour se rendre compte qu'il n'avait en fait pas cours, puisque c'était samedi. Il n'avait besoin d'être nulle part. Il reposa son téléphone, s'étala de nouveau sur son lit, et s'endormit.

Quand il ouvrit de nouveau les yeux, l'air s'était adouci, et la lumière également. Il avait la tête engluée de sommeil et la sensation désagréable que le temps s'était dilatée. Il avait la peau moite, la gorge sèche, et l'impression que ses yeux s'étaient enfoncés dans son crâne. Il soupira, las de se sentir ainsi. Il reprit son téléphone : 19h05. Il soupira de nouveau. Il enfonça sa tête dans son oreiller, se tourna, reprit son téléphone, le reposa de nouveau, regarda le plafond. Il n'avait pas particulièrement envie de rester dans cet état, peut-être qu'une douche chaude, ou tiède plutôt, le sortirait de cet état léthargique ? Il n'en fut rien, Kuroo se retrouva exactement dans le même état dix minutes plus tard, le seul point positif était que maintenant il sentait le miel et la réglisse. Il balaya son appartement des yeux.

Il fallait qu'il sorte, il ne voulait pas rester ici. Son corps prit le relais pour lui et il s'habilla à la va-vite. Il sortit dehors, resta planté devant son immeuble en regardant les passants défiler, incapable de décider dans quelle direction il devait aller. Son indécision l'agaça assez pour qu'il se mette en route. Ce ne fut qu'une fois en marche qu'il put réfléchir de nouveau. Il avait une toute nouvelle quête : celle de la dopamine, glorieuse molécule qui saurait le faire émerger de cet état paradoxal. Mais comment l'obtenir ? Il échappa un sourire en coin. Il savait ce qui lui remontrait le moral instantanément : la bouffe. Mais quelle nourriture serait assez grandiose, assez succulente pour lui apporter tout ce dont il avait besoin ? La réponse lui apparut lorsqu'il passa devant un stand de ramens. Il savait désormais où se rendre : le yatai près du parc. Voilà quelque chose qui lui remontrait certainement le moral ! De plus, cela faisait un moment qu'il n'était pas venu embêter ce bon vieux Ukai-oji ! Bingo ! Double dose de dopamine en vue ! Lorsqu'il arriva au stand en question, seul un jeune couple y était installé, discutant distraitement avec le tenancier. Ukai-oji le remarqua alors qu'il n'était plus qu'à quelques pas de l'échoppe.

— Oh gamin ! le héla le restaurateur.

Kuroo échappa un sourire en coin :

— Yo papi, je t'ai manqué ?

Ukai-san échappa un rire sonore en guise de réponse.

— Toujours une saleté à ce que je vois.

Le couple, qui s'était relevé, remercia le tenancier et ils s'en allèrent. Ils adressèrent un salut à Kuroo en le croisant, et il leur répondit poliment.

— Tu fais fuir mes clients en plus, regardes ça !

Kuroo pouffa et vint s'installer au comptoir.

— Comme d'habitude ?

Kuroo hocha la tête, et Ukai-san se tourna pour se mettre aux fourneaux.

— Ça fait longtemps que j't'avais pas vu gamin !

—Hmm, donc je t'ai manqué !

— Pff, je n'irais pas jusque-là, mais je suis pas mécontent de voir ta p'tite tête.

Ukai se retourna et posa un immense bol bien chaud devant Kuroo. Ce dernier échappa un sourire. Il joignit les mains, et après un « itadakimasu » des plus fervents, commença à manger.

À peine la première bouchée fut-elle avalée, que l'effet qu'il attendait tant arriva. La sensation le ramena à ses sens. Oubliez l'ikagai et les principes philosophiques farfelus ! Le bonheur était là : dans un bon bol de ramen fait maison.

Malheureusement pour lui, l'euphorie se dissipa rapidement. Le ravivement de ses sensations avait troué le vide s'étant installé en lui, et tout ce qu'il avait tenté de noyer au fond refit surface. Il n'avait pas encore mis de mots sur ce sentiment, ses pensées ne s'étant pas encore animées pour pouvoir l'articuler, mais il sentit sa gorge se nouer. Il avait envie d'exposer en larmes. Il se retint, et continua à manger.

— Woh gamin, ça va ?

Kuroo releva les yeux, surpris de cette intervention.

— Oui.

L'homme en face de lui haussa un sourcil, visiblement peu convaincu. Kuroo jura intérieurement.

— Sont pas bons mes ramens ? gronda le restaurateur.

Kuroo sourit :

— Si si papi, toujours aussi bon.

— Hmm.

Ukai le regarda suspicieusement. Il croisa les bras, le regarda de haut en bas avant d'échapper un sourire. Finalement, il s'accouda au comptoir et déclara :

— Ah je vois ce qui cloche.

— Ah oui ?

— Des problèmes de cœur c'est ça ?

Le brun manqua de s'étouffer. Il toussa violemment et avala un grand verre d'eau pour faire passer le tout.

— Ah, je vois que j'ai tapé juste… Vas-y gamin, raconte tout à ce bon vieux Ukai-san.

Il en était vraiment là ? À raconter ses petites histoires de cœur à un vendeur de ramens en pleine rue ?

— Je savais pas que tu avais des talents de conseiller sentimental ? plaisanta le brun.

— Ah, si tu savais, j'en ai vu passer des gosses, j'en ai écumé des histoires d'amourettes.

— Hmm, je vois, tu t'es jamais dit que tu pouvais te reconvertir en psychologue, ça paye bien tu sais ?

Ukai-san échappa un rire sonore.

— Ah, peste va. Je vois que tu résistes, mais ça ne dure jamais longtemps, j'ai une arme secrète pour délier les langues !

— Ah oui ?

Le patron hocha la tête. Il reprit son bol, lui servit une nouvelle louche, et le posa de nouveau devant Kuroo.

— Je vois.

— Efficace non ?

Kuroo leva les yeux au ciel, et reprit une bouchée. Diable que c'était bon !

— Bon, sans rire, qu'est ce qui t'arrive gamin ?

Kuroo croisa son regard. Il avait l'air sérieux. Il en était vraiment à faire de la psychologie de comptoir alors ? Littéralement pour le coup. Kuroo reposa le bol.

— Ah c'est rien…

— Mais encore.

Leurs regards se croisèrent de nouveau. Kuroo détourna les yeux et soupira.

— Rien, j'ai juste un cœur d'artichaut, ça commence à me peser…

— Hmm ?

Le silence s'étendit. Il attendait que Kuroo reprenne la parole, patiemment, sans le presser.

— J'ai cet ami…

Ukai hocha la tête.

— Et… pff… et hum… bref, j'ai euh, un petit crush sur euh, cet ami…

— Un petit crush ?

— Oui bon d'accord, un gros !

Le tenancier pouffa.

— Et ?

— Et il…

Kuroo se tut, mortifié de s'être grillé tout seul. Il releva les yeux. Son vis-à-vis n'avait pas l'air de faire grand-chose de cette information.

— Il est super, et je tiens beaucoup à lui… mais… j'ai réagi comme une merde.

— Ah ouais ? Pourquoi ?

Le bougre faisait très bien le psychologue, il l'avait bien eu !

— Pff… j'ai compris que ça serait pas possible, et… Je voulais faire comme si de rien était, comme si rien n'avait changé mais… Mais j'ai réagi comme un gosse et j'ai juste fait en sorte de l'éviter. Juste le temps de savoir revenir, de pouvoir vraiment être son ami sans avoir ça sur le cœur ni aucune arrière-pensée.

— Hmm, et apparemment c'était pas une bonne idée.

— Non, vraiment pas… Il a fini par comprendre et ça l'a foutu en rage -Kuroo échappa un rire- il m'a poursuivi à travers le campus pour me gueuler dessus.

— Ouais… tu l'avais un peu mérité quand même.

— Ouais, c'est vrai… Bref il a déballé son sac et j'ai continué à jouer le merdeux, je voulais pas le confronter sur ça… Mais… en voyant à quel point ça l'avait blessé… Je… j'ai pas pu tenir plus longtemps.

— Tu lui as dit ce que tu ressentais.

Kuroo passa sa main dans ses cheveux :

— Pas directement mais euh… mais oui.

— Oh… et, comment il a réagi ?

Kuroo plongea son visage dans ses mains et marmonna sa réponse.

— Quoi ?

— On s'est embrassé, répéta le brun.

— Oh ! C'est bien ça non ? demanda Ukai.

Kuroo frotta frénétiquement ses cheveux. Il releva brusquement la tête et s'exclama :

— Non ! C'est pas du tout bien !

Le tenancier sursauta.

— Euh… et pourquoi ?

— Parce que.

Kuroo laissa sa tête retomber sur le comptoir. Ukai réussit à retirer le bol de sa trajectoire in extrémis.

— Parce que ?

Kuroo soupira.

— Parce que -il tourna la tête mais la laissa reposer sur le comptoir, évitant ainsi de croiser le regard de son vis-à-vis- parce que la raison pour laquelle je m'étais éloigné c'est que… j'ai compris qu'il était déjà appareillé.

— Oh…

— Ouais ça craint…

Silence.

— Et je sais pas pourquoi il a fait ça ! Je veux… je l'ai forcé à rien du tout, ça s'est fait … d'un commun accord, comme ça je… Je sais pas. Peut-être qu'il a eu pitié et qu'il a fait ça parce que je chialais comme un con? Je sais pas...

— Hmm… Ou peut-être qu'il l'a fait parce qu'il en avait envie ?

Kuroo se redressa.

— Peut-être mais ça m'aide pas non plus…

— C'est pas parcqu'ça t'aide pas gamin que c'est pas le cas.

— Oui… mais… J'ai pas envie de foutre la merde…

— Désolé mais je crois que tu t'y es foutu tout seul dans la merde le mioche.

— Ahah, merci, ça m'aide beaucoup ça...

— Non mais… bon, je vais pas m'avancer, j'en sais rien, mais… Tu connais pas la relation qu'il a avec son partenaire.

— Je vois pas où tu veux en venir papi.

Ukai soupira. Il sortit son paquet de son tablier et s'alluma une cigarette.

— Je sais pas… peut-être qu'ils ne s'entendent plus bien, où qu'il ne l'a jamais vraiment choisi.

Kuroo repensa à la discussion qu'il avait eue avec Oikawa, lorsqu'il avait appris qu'il avait échappé à une alliance arrangée… Il espérait de tout son être que Bokuto n'avait pas eu à vivre cela.

— Ou alors, même si c'est pas le cas et qu'il n'a pas de problème avec son partenaire, ça ne change rien à ce qu'il y a entre vous…

Kuroo fronça les sourcils.

— Genre il lui est infidèle ? Je le vois pas faire ça et puis je veux pas faire le chieur au milieu non plus, non merci…

— Oui peut-être… ou alors peut-être pas.

— Comment ça ?

Ukai soupira, il tira une dernière fois sur sa cigarette avant de l'écraser sur le cendrier au bord du comptoir.

— Tu sais gamin, c'est pas toujours aussi… pff, noir ou blanc, c'est pas exactement ce que je veux dire mais tu vois l'idée.

— Non…

— Pff… Ce que je veux dire, c'est que vraiment, tu sais pas la relation qu'il a avec son partenaire, peut-être qu'ils se sont mis d'accord sur ce genre de chose, t'en sais rien. Y'a des tas de personnes qui n'ont pas qu'un seul partenaire par exemple, j'en ai connu et j'en connais toujours…

Kuroo écarquilla les yeux. Voilà que le sujet revenait sur le tapis !

— Euh…

— Je sais que c'est surprenant, mais ya rien de mal à ça et puis… enfin tu vois.

— Oui… je comprends bien, j'ai un pote qui a cinq parents et…

— Ah bah tu vois !

— Oui mais bon… je sais pas vraiment si j'ai envie de m'embarquer dans ça!

— Je comprends… Et puis si ça se trouve on est complètement à côté de la plaque…

— Ouais…

— Mais ça gamin, tu le seras que si tu vas lui parler… Ce serait triste de perdre quelqu'un à qui tu tiens bêtement comme ça.

— T'as raison…

Le silence s'étendit entre eux. Kuroo n'avait pas relevé les yeux. Ukai échappa un sourire, attendri :

— Bon, allez, ô les cœurs, ya pas mort d'homme !

— T'es pas si mauvais en conseiller sentimental finalement, plaisanta le brun.

— Ah, je sais bien ! Allez, finit donc ton bol, que tu rentres chez toi et que je puisse fermer.

Kuroo hocha la tête et s'exécuta. Il sourit, enfin apaisé. Il avait raison ce bougre, cela ne servait à rien de remuer ça dans sa tête tant qu'il ne lui avait pas parlé. Il savait à présent ce qu'il devait faire. Après tout ce n'était pas si compliqué que ça…

-/-

Kuroo s'était trompé. Bien au contraire, établir le dialogue était « plus » compliqué que cela. Pourtant, de son côté, Kuroo s'était bien armé, il était prêt à faire face à Bokuto, à éclaircir les faits, à ouvrir le dialogue ! Il avait malheureusement oublié que le facteur « réciprocité » était essentiel pour établir la communication.

Kuroo avait passé son dimanche à tourner en rond, écrivant des débuts de messages pour ne jamais les terminer. Finalement, il avait pris la décision de renoncer à le faire par message, pensant que cela serait surement plus facile d'en parler en face à face. Il suffisait juste qu'il trouve Bokuto le lendemain sur le campus. La chance était apparemment de son côté. En effet, en sortant de son premier cours de la matinée, quelle n'avait pas était sa surprise lorsqu'il avait reconnu Bokuto, à quelques mètres de lui, qui marchait dans sa direction. Kuroo avait croisé son regard. Il lui avait souri, et l'avait salué de la main, geste certes timoré mais qu'il espérait assez explicite. Il n'avait pas prévu de lui tomber comme ça dessus, entre deux bâtiments, mais cela ne changeait rien. Il fallait qu'il prenne son courage à deux mains, et qu'il aille lui parler sur le champ ! Ce fut à ce moment-là que le facteur « réciprocité » posa problème : Bokuto, en l'apercevant, ne répondit nullement à sa salutation. Il échappa sa meilleure tête de hibou paniqué, et fit immédiatement volteface pour partir dans la direction opposée à la sienne. Aïe, maintenant qu'il le vivait lui-même, il comprenait à quel point le comportement qu'il avait eu était blessant...

Il soupira, dépité, et laissa ses bras retomber mollement le long de son corps. Raté pour cette fois...

— Je rêve où Bokuto t'évite maintenant !

Kuroo sursauta en entendant Oikawa si proche de lui.

— Non !

— Bah si, ça trompe personne là. Qu'est-ce que t'as foutu encore ?

Kuroo soupira de nouveau.

— Rien…

— Quoi rien, attends ! lui somma le châtain en le voyant s'en aller.

Il eut la délicatesse de ne pas lui poser plus de questions, et le laissa tranquille.

Cependant, l'esprit de Kuroo ne put retrouver la paix. Il tourna la chose dans tous les sens, l'examinant le plus minutieusement possible, essayant désespérément de trouver une solution… Il pouvait tout simplement lui aussi lui courir après à travers le campus ? Mais ce n'était pas vraiment son style, il se voyait très peu faire ça… Après tout, si le jeune homme ne voulait pas lui parler maintenant, il devait le respecter, et attendre qu'il vienne vers lui de son plein gré. Oui, voilà ce qu'il devait faire… Non… était-ce vraiment la bonne solution ? Si cela se trouvait, il ne serait jamais capable de reprendre contact avec lui, Bokuto ne voudrait peut-être plus jamais lui parler et il allait le perdre pour de bon ! Que devait-il faire ? Fallait-il qu'il en parle à ses amis ? Très certainement… Mais cela impliquait qu'il leur révèle ce qu'il s'était passé… Comment pouvait-il aborder le sujet ? Peu importe, c'était son problème, il fallait qu'il le règle tout seul…

Son cœur se serra en repensant à la tête que Bokuto avait faite en l'apercevant… La voix d'Oikawa résonna dans son crâne : « Qu'est-ce que t'as foutu encore ? ». Question pertinente, et il se la retournait : qu'est-ce qu'il avait foutu ! La question tourna encore et encore dans sa tête, résonnant comme un millier de voix, toujours plus pressantes, toujours plus fortes. Il ne pouvait plus le supporter, il fallait que cela cesse !

— On s'est embrassé !

Oikawa, qu'il venait de couper en pleine phrase, sursauta violemment et en lâcha le stylo qu'il avait en main.

Un « chut » pressant se leva, l'entièreté des étudiants présents dans la bibliothèque le toisant d'un air courroucé. Kuroo balaya la salle des yeux. Mauvais timing. Il capta le regard de certains étudiants et les salua de la tête pour s'excuser.

Oikawa mit plusieurs secondes à intégrer ce que Kuroo venait de dire, l'événement initial s'étant produit plusieurs heures auparavant. Lorsqu'il recroisa enfin l'information, sa mâchoire manqua de se décrocher tant il en fut retourné :

— Quoi !Tu déconnes ! murmura-t-il.

Kuroo hocha négativement la tête.

— T'as embrassé qui ? chuchota Yamaguchi, installé en face de lui.

— Bokuto ! lui répondit Oikawa.

— Quoi ?!

Kuroo laissa son visage retomber entre ses mains.

— Mais comment ça, de quoi ! Quand ?

— Vendredi dernier, avoua Kuroo.

— Et tu nous as rien dit ! s'insurgea Yamaguchi.

Kuroo ne lui répondit pas.

— Mais comment ça ? insista le châtain.

Kuroo échappa un gémissement étouffé.

— Il m'a poursuivi, on s'est engueulé et hum… je lui ai dit la vérité, et on s'est, enfin voilà.

Oikawa et Yamaguchi le regardèrent, complètement décontenancés.

— Oui bon bah ça va, il lui a pas fait trois gosses en secret non plus, commenta nonchalamment Tsukishima.

— Tsukki, chut, chut ! lui somma son partenaire tout en plaquant sa main sur ses lèvres.

Kuroo inclina la tête. Vraie, sous cet angle-là, la chose n'était pas si terrible, un tout petit bisou de rien du tout, rien de bien important. Tsukishima et Yamaguchi continuaient de se chamailler de plus en plus bruyamment. Alors que Kuroo s'apprêtait à intervenir pour leur conseiller de baisser d'un ton, la bibliothécaire arriva sur eux, telle une entité magique toute puissante, et les somma de quitter les lieux sur le champ. Le petit groupe lui obéit sans broncher. Une fois dehors, Yamaguchi et Tsukishima reprirent leur joute verbale, mais Kuroo ne prit pas la peine d'en intégrer le contenu.

— Kuroo ?

L'interpellé ne réagit pas immédiatement.

— Kuroo ? réitéra Oikawa.

— Hmm ?

— Tu vas faire quoi du…

Ils sursautèrent simultanément en entendant la sonnerie du téléphone de Kuroo. Le brun le sortit de sa poche :

— Merde !

— C'est qui ?

— Kenma…

— Et ?

— Euh, rien, juste pas là maintenant.

Le téléphone manqua de glisser plusieurs fois des mains de Kuroo. Dans une de ses tentatives de récupération, il appuya malencontreusement sur l'écran :

— Ji ! Allô ?

En entendant la voix de Kenma, Kuroo paniqua de plus belle. Il ne pouvait pas non plus lui raccrocher au nez !

Dans un dernier élan de désespoir, il lui répondit « Oh, désolé je passe sous un pont » et balança son cellulaire le plus loin possible. L'appareil atterrit à plusieurs centimètres d'eux, et Kuroo grimaça en l'entendant s'écraser sur le sol. Il lui fallut plusieurs secondes pour revenir à lui et pour qu'il puisse reprendre son souffle. Il tourna la tête, ses amis le regardaient avec stupéfaction et inquiétude.

— Mais ça va pas bien hein ! s'exclama Oikawa.

Kuroo balbutia sans pouvoir formuler une phrase compréhensible, remuant frénétiquement les bras sans que ses gestes n'apportent plus de clarté à son explication nébuleuse.

— Je… je peux pas gérer ça maintenant, finis par affirmer le brun.

— Oui bah je vois ça, lui répondit Oikawa.

— T'as vraiment un pète au casque, intervint Tsukishima.

Pour le coup, personne ne vint nier les faits. Kuroo se contenta d'aller récupérer son téléphone désormais dans un bien piteux état. La brave bête était à l'agonie, et elle échappa son dernier souffle entre les mains de son propriétaire. Kuroo soupira, dépité, atterré de constater l'étendue de sa propre bêtise. Au moins, personne ne pouvait plus l'appeler maintenant…

-/-

Les jours suivants furent relativement paisibles. La perte de son téléphone s'était finalement révélé être un événement plaisant. En effet, Kuroo n'ayant plus la possibilité d'être contacté n'avait plus non plus à se soucier de devoir répondre aux appels. Il avait pénétré un état de l'existence intermédiaire, quelque chose proche de celui du chat de Schrödinger : il était là sans vraiment l'être. Comme la sensation était agréable ! Bien malheureusement pour lui, il ne put rester planquer que peu de temps.

-/-

— Non Suga, tu peux pas faire…

Oikawa se tut. Un bruit tonitruant venait de résonner dans la salle. Tous les regards se tournèrent en direction de la porte, source manifeste du bruit. Au bout de plusieurs secondes, la poignée s'abaissa, et ce fut avec surprise qu'ils virent apparaitre Kuroo.

— Oups, désolé pour le bruit !

La plupart d'entre eux se retournèrent, reprenant leur activité initiale. Ce ne fut pas le cas d'Oikawa. Kuroo avait refermé la porte derrière lui, il titubait à présent dans leur direction, la démarche désarticulée comme s'il était sous l'emprise d'un marionnettiste. Son regard était vide, et rivé au sol. Oikawa tourna les yeux vers Sugawara qui paressait lui aussi s'inquiéter de l'état de leur ami.

— Kuroo, ça va ? demanda l'argenté.

— Oui, affirma ce dernier.

Ses dires furent immédiatement décrédibilisés lorsqu'il heurta un fauteuil se trouvant au milieu de son passage. Kuroo parut surpris d'être rentré en collision avec, et recula d'un pas pour recalculer sa trajectoire. Mauvais recalcul, puisqu'il se prit cette fois la table basse. Il manqua de trébucher encore une bonne dizaine de fois, ce qui était astronomique considérant la distance ridicule qu'il avait dû parcourir au total. Une fois arrivé à leur hauteur, Oikawa recula la chaise se trouvant à côté de lui pour qu'il puisse s'y assoir. Kuroo réussit à s'y installer sans encombre. Il soupira, satisfait d'avoir réussi à arriver jusqu'ici en un seul morceau.

— Kuroo, qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Sugawara.

L'interpellé releva les yeux, mais ne répondit pas de suite à la question.

— Allô la terre ? intervint Oikawa.

— Euh… je sais pas trop…

Le silence s'étendit.

— Kuroo ?

— Vas-y raconte.

Le brun respira profondément, et prit enfin la parole.

Une heure plus tôt :

Kuroo était bien tranquillement installé sur son lit, tuant le temps avant de devoir se rendre au CAPE. La perte de son téléphone lui avait été bénéfique en cela : il ne pouvait plus scroller des heures sur les réseaux sociaux. Il avait donc repris une activité plus noble : la lecture. Il en avait presque oublié à quel point cela pouvait être agréable, comme une porte à travers le temps et l'espace capable de l'isoler de tout. Certes, il n'arrivait pas forcément à lire une page en entier sans que son esprit ne parte dans des directions incongrues, l'obligeant à relire moult fois le même passage, mais cela n'était pas désagréable pour autant. Il fut sorti brusquement de sa lecture lorsque le bruit de l'interphone résonna dans l'appartement. Kuroo sursauta et lâcha son livre du même coup. Le bruit cessa. Kuroo regarda le téléphone d'où s'échappait le bruit de sonnerie. Qui cela pouvait bien être à cette heure-là ? La sonnette retentit de nouveau. Cette fois-ci Kuroo se redressa pour aller répondre :

Allô ?

Bro !

Kuroo en perdit le souffle tant son cœur frappa violemment contre sa poitrine.

Bokuto ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Ouvre !

Le jeune homme s'adressait à lui d'une voix enjouée et guillerette, ce qui n'allait pas particulièrement avec l'attitude qu'il avait eue à l'égard de Kuroo ces derniers jours.

Attend, je…

Trop tard pour les excuses, Kuroo entendit son ami discuter avec une tierce personne qui venait de lui ouvrir la porte.

Merci beaucoup ! J'arrive Bro !

Et il entendit la porte du rez-de-chaussée claquer. Le téléphone lui échappa des mains, il tourna sur lui-même, paniqué. Qu'est-ce qu'il foutait là au juste ?! Comment avait-il eu son adresse ? Il se pressa de récupérer à la va-vite les quelques vêtements qui trainaient parterre pour les fourrer dans un placard. Il commença à plier son futon, mais il entendit frapper à sa porte avant même qu'il n'ait pu finir de le ranger.

J'arrive !

Kuroo tourna une nouvelle fois sur lui-même, il était très clairement au bord de la syncope. Il prit sur lui et alla ouvrir la porte.

Bo je…

Il ne put continuer. À peine avait-il ouvert la porte que Bokuto s'était jeté dans ses bras.

Oh Bro !

Il le fit décoller du sol, et tourna sur lui-même. Même si le ton était bien éloigné de ce à quoi il s'attendait, Kuroo se laissa faire et échappa un sourire.

Qu'est-ce que tu fais là Bo ?

Je suis trop content ! On avait peur que tu sois pas là !

On ?

Ce dernier lui sourit de toutes ses dents. Alors qu'il ouvrait la bouche pour lui répondre, une voix leur parvint des escaliers :

Kōtarō, on avait dit d'attendre.

Kuroo écarquilla les yeux. Il venait de reconnaitre la voix. Bokuto ne l'avait pas lâché, et ce fut donc toujours écrasé contre le torse de son ami qu'il le vit apparaitre :

Kenma ?

Ce dernier échappa un sourire, visiblement amusé par sa réaction.

Salut Jiji.

Qu'est-ce que tu fais…

Il se tut en attendant de nouveau des pas dans l'escalier. Une troisième personne fit son apparition.

Akaashi…san?

Ce dernier le salua plus solennellement, son expression presque complètement fermée.

Bokuto échappa un rire pétillant d'allégresse tout en resserrant son étreinte. Le cerveau de Kuroo lui avait complètement disjoncté. Qu'était-il en train de se passer au juste ? On nageait en plein délire ! Il avait l'impression de s'être retrouvé dans une de ces comédies américaines à la noix, ou comme dans ce film… où une femme mariée décide de s'allier avec les maitresses de son marie pour lui faire des misères… Ah ce film, tout pareil ! La vengeance des ex ?

— Triple alliance, intervint Tsukishima.

— Chut ! Laisse-le continuer ! le somma Yamaguchi.

Ils restèrent tous les quatre plantés dans l'entrée une bonne dizaine de secondes.

Qu'est-ce que… qu'est-ce que vous faites là ? réussit finalement à demander Kuroo.

On arrivait pas à te joindre.

Oh… j'ai plus de téléphone.

Hmm… on peut rentrer ? demanda Kenma.

Kuroo hocha vaguement la tête. Bokuto se détacha de lui pour rentrer à l'intérieur, et Kuroo s'écarta de la porte pour laisser les deux autres rentrer. Les mains tremblantes, il referma la porte. Il fit un geste maladroit pour inviter ses visiteurs à s'assoir sur le tapis. Les trois s'installèrent côte à côte, et Kenma lui retourna le geste. Kuroo vint s'installer en face d'eux. Il les détailla un à un. Il n'en revenait toujours pas de les avoir tous trois au milieu de son appartement. Son cœur tapait violemment contre sa cage thoracique, le sang circulait si vite dans ses veines qui les sentaient pulser sous sa peau, le cerveau tant oxygéné qu'il en était étourdi. Kuroo était incapable de traiter correctement la situation. Akaashi avait baissé les yeux, son visage ne trahissant rien de ses pensées, Kenma avait l'air détendu, et Bokuto lui souriait de toutes ses dents.

Relax Bro! intervint ce dernier à mi-voix.

Plus facile à dire qu'à faire !

Kenma se racla la gorge pour attirer son regard.

Ji, je te présente Bokuto Kōtarō et Akaashi Keiji.

Oui il était au courant ! Ça ne l'aidait pas plus que cela !

Ne sachant pas bien quoi faire, il s'inclina pour les saluer. Ce fut à ce moment-là que Kenma précisa :

Mes partenaires.

Kuroo manqua de s'étouffer en avalant sa salive.

Mais il me semble que tu les connais déjà.

Kuroo fut sorti de son récit en entendant un bruit de fracas. Il tourna la tête, Yamaguchi venait de faire tomber son verre, qui s'était écrasé au sol et avait éclaté en mille morceaux. Kuroo balaya la salle du regard. Bien qu'il n'ait commencé à raconter son histoire qu'à deux d'entre eux, l'entièreté du CAPE avait fini par suivre. Tous le regardaient maintenant avec stupéfaction.

— Euh…

— Et après ? demanda avidement Sugawara.

Kuroo tourna son regard sans sa direction. Il avait les yeux pétillants d'excitation :

— Euh… après ?

Oikawa et Sugawara hochèrent la tête d'un même mouvement, avide de connaitre la suite.

— Après… Ils m'ont dit… enfin Kenma a dit que… Ils s'étaient aperçus qu'ils me connaissaient tous les trois et qu'ils… avaient tissé un lien particulier avec… avec moi…

— Et ? Sugawara était au bord de l'explosion.

— Et…

Kuroo cacha son visage entre ses mains :

— Et hum… ils m'ont demandé si… S'ils pouvaient me… hum…

— Crache le morceau ! s'insurgea Yamaguchi en le secouant vigoureusement par les épaules.

Kuroo avala difficilement sa salive.

— S'ils pouvaient me euh… courtiser, si c'est comme ça qu'on dit, pour hum… en vue de devenir hum… leur petit ami.

Le silence tomba, lourd comme deux tonnes de plomb.

— Triple kokuhaku*, échappa l'argenté, la voix étouffée d'émotion.

Il avait une nouvelle fois plongé la salle dans le silence, sa révélation ayant cloué le bec de tout le monde.

Chris fut le premier à reprendre ses esprits. Il échappa un sourire et tendit la main, paume vers le haut. Tous autour de lui soufflèrent et le blond se retrouva très vite avec une liasse de billets dans la main.

— Euh… qu'est-ce qui se passe ?

— Roh, râla Yamaguchi alors qu'il déposait un billet dans la main de Chris, c'est le seul à avoir parié que tu finirais avec les trois.

Chris savourait visiblement sa victoire.

— Quoi ! attendez, de un…je rêve où vous avez vraiment parié sur ça ? s'emporta Kuroo.

— Ouais, lui répondirent-ils tous en chœur…

— Oh bordel mais j'y crois pas… De deux ! j'ai jamais dit que je sortais avec eux !

— Quoi ? s'insurgea Oikawa.

Chris fronça les sourcils. Il referma la main sur son pactole avant que quiconque puisse lui reprendre ce qui lui revenait de droit.

— Ça te surprend tant que ça que j'aie pas automatiquement dit oui pour sortir avec une triade appareillée ?

— Euh… oui mec ! Oui ! s'emporta Oikawa. Tu les aimes bien tous les trois à ce que je sache, t'arrêtes pas de nous rabattre les oreilles avec tes histoires et là t'as un… un putain de miracle qui te tombe dessus et tu dis non !

— Un miracle carrément, commenta Kuroo.

— Bah… ça tient un peu du miracle, ajouta plus calmement Sugawara.

— Ouais, je vois pas dans quel cas ça pourrait être mieux que ça, termina Yamaguchi.

— Mais je… je peux pas faire ça !

— Bah pourquoi ! Tu voulais pas choisir, bon bah tu choisis pas ! C'est débile d'avoir dit non comme ça ! reprit le plus jeune.

Kuroo soupira. Il croisa le regard de ses amis, avant de baisser de nouveau la tête.

— Et puis… techniquement j'ai pas dit non…

— Oh ?

— Mais j'ai pas dit oui non plus…

Oikawa laissa sa tête retomber entre ses mains :

— Roh… t'as fait quoi encore…

— Hum… je suis… je suis juste…parti…

— Quoi ?

— Ils étaient pas chez toi ? demanda Chris.

— … si.

— Tu les as laissés en plan au milieu de la carrée ? s'emporta Oikawa.

— Euh… Oui.

Il entendit Yamaguchi et Tsukishima pouffer.

— Tu crains bordel, conclut Oikawa.

Il ne rétorqua rien.

Lorsque Kuroo rentra finalement chez lui plusieurs heures après s'en être enfui comme un lâche, la porte avait été verrouillée. Après plusieurs secondes d'incrédulité, il constata que les clés avaient été dissimulées sous son paillasson. Il soupira, il était vraiment parti comme un trouant, sans même prendre ses clés, en les laissant juste là, sur son tapis. Il ouvrit : il n'y avait plus personne... Évidemment. Il referma, et se laissa glisser contre la porte. Qu'est-ce qu'il allait faire maintenant ?

Seul le silence lui répondit. Il soupira. Où était sa conscience proactive lorsqu'il en avait vraiment besoin ? Sa tête n'était plus qu'une bouillie brumeuse, étendue lacunaire et désolée.

Il balaya l'appartement des yeux. La nuit était tombée, ne régnait à l'intérieure que le vague reflet de la lumière blafarde du lampadaire en bas de son immeuble. Un train passa, le silence s'installa de nouveau. Ses yeux retombèrent sur le tapis au milieu de la pièce. La scène qu'il avait vécue se joua de nouveau dans sa tête. Il avait vraiment réagi comme un gosse… Quel idiot. En même temps, qu'est-ce qu'il aurait bien pu leur dire ? Il soupira de nouveau.

Ce fut à ce moment-là qu'il remarqua que quelque chose avait été déposé sur son tapis. Il fronça les sourcils et se releva pour aller vérifier ce que c'était. Son cœur rata un battement en constatant qu'il s'agissait d'un morceau de papier ; Kenma lui avait laissé un mot :

On est reparti.

Désolé de t'avoir pris en embuscade Ji.

J'espère que tu prendras le temps d'y réfléchir.

Quoi qu'il arrive, tu resteras kuso neko no Jiji.

Kuroo échappa un rire. Un rire faible, presque muet. Dans toute cette histoire, il en avait presque oublié à qui il avait à faire. Plus il y pensait, et plus il se sentait honteux d'avoir réagit ainsi.

Il alla prendre son ordinateur, s'installa sur le sol et lança Instagram. Il ouvrit la conversation avec Kenma, faisant défiler les dernières discussions qu'ils avaient eues. Son cœur se serra.

« Je viens de rentrer. »

Il l'envoya.

Il eut un hoquet de surprise en constatant que son message avait été instantanément lu. Kenma était en train d'écrire. Il hésita à fermer l'ordinateur et à le balancer à l'autre bout de la pièce. Avant même qu'il n'ait pu initier le geste, Kenma lui avait répondu.

« Ok. Ça va ? »

Non… Oui ? Il ne savait plus bien.

« Oui »

« Kuroo… Désolé pour l'embuscade… On aurait pas dû te faire ça. »

« Désolé d'avoir réagi comme ça, c'est nul »

« Non… je comprends. C'est pas facile à encaisser. »

Kuroo ne savait pas bien pourquoi, mais il avait envie d'exploser en larmes, de relâcher la pression. Pleurer comme les enfants perclus de fatigue le font parfois.

« Pour tout te dire, j'ai fait la même quand les deux autres zozos m'ont fait le coup. »

Le brun pouffa.

« Ah, du coup c'est une tradition chez vous. »

« Apparemment. »

Kuroo soupira. Il fixa l'écran de l'ordinateur jusqu'à ce que les mots deviennent trop flous pour pouvoir les lire. Il secoua la tête et se remit à écrire.

« Kenma… Désolé, je peux pas te donner… Enfin vous donner... »

Dieu que ça lui paraissait étrange.

« Je peux pas vous donner de réponse. Pas maintenant. »

« Ok… Je comprends. On comprend. »

« Faut juste que je… je réfléchisse. »

« D'accord. »

Ils n'échangèrent plus rien pendant près d'une minute.

« Prends ton temps… Quoi que tu choisisses, j'espère que ça ne changera rien entre nous… »

Cette fois, Kuroo ne retint pas ses larmes. Il repensa à ce que lui avait dit Kenma lors de leur mission acrobatique pour récupérer le bracelet : « Tu ne me perdras pas ». Peut-être ne l'avait-il pas inventé finalement. Il sourit.

« Tu ne me perdras pas Kenma… »

Les trois points indiquant que le blond était en train de répondre apparurent, puis disparurent de nouveau.

« Tu resteras Kiki »

« N'en profite pas non plus. »

« Moi ? Jamais ! »

« Pff »

« Kenma… Dit aussi à Bokuto et Akaashi que je suis désolé. »

« C'est pas à toi d'être désolé… »

« Quand même. »

« Ok. »

Kuroo sourit, réellement apaisé.

« Bonne nuit Kenma. »

« Bonne nuit Jiji. »

Il referma son ordinateur.

-Fin du chapitre-

Holala vraiment on s'en doutait pas du tout de ça ¯\_(ツ)_/¯, Je me demande bien ce que va faire Kuroo maintenant ? 😉

J'espère que ce chapitre vous a plu !

*Kokuhaku : confession/ la fameuse, la dramatique, la bien japonaise que l'on trouve dans tous les drama et autres mangas à l'eau de rose. Je me devais de lui rendre hommage. Certes, ici pas de grande déclaration sentimental (pas encore), mais la quantité fait la différence disons.

Prochain chapitre « Unusual suspect » :

« Kohona s'était tu. Il avait les yeux grands écarquillés et regardait l'image avec un certain choc. Kenma fronça les sourcils. Certes Kuroo n'était pas vilain à regarder, mais de là à avoir une telle réaction !

— Euh…'Kaashi, vient voir ça…

— Quoi ! non ! le somma le blond.

Il tenta de récupérer son téléphone, mais Konoha l'agrippa et se recula assez pour l'empêcher de l'atteindre. Avant même qu'il n'ait pu réitérer la tentative, Akaashi arriva à leur hauteur. À la plus grande surprise de Kenma, il eut la même réaction que Konoha en voyant la photo. Kenma s'assit de nouveau, regardant les deux jeunes gens face à lui chacun leur tour. Il ne comprenait pas bien ce qu'il était en train de se passer...

— Hum, Kenma, comment tu le connais ? demanda finalement son partenaire.

Il fronça les sourcils, profondément déroutés :

— C'est Jiji. »

A la prochaine !