Désolée j'étais en vacances ! Voici l'avant-dernier chapitre.
Bonne lecture,
Chapitre 16
I want this one moment. It's what I want in a relationship which might explain why I am single now, ah ah. It's kind of hard to... It's that thing when you are with someone and you love them and they know it and they love you and you know it. But it's a party and you are both talking to other people and you are laughing and shining and you look across the room and catch each other eyes, but not because you are possessive, it's not precisely sexual, but because that is your person in this life. And it's funny and sad but only because this life will end. And it's this secret world that exists right there in public, unnoticed and no one else knows about it. It's sort of like when they say that other dimensions exist all around us but we don't have the ability to perceive them. That's what I want out of a relationship. Or just life I guess. Love. I'm stoned. I'm not stoned. Thanks for diner. Bye.
Frances Ha.
A peine entrée dans le salon de la coloc, Rosalie retira ses chaussures et geignit :
- J'ai trop mal aux pieds... J'en ai marre d'être une fille, je veux porter des baskets...
Angela qui était en train de faire des abdos devant la télé rigola et dit :
- Tu sais, tu peux être une fille et porter des baskets. Ce n'est pas incompatible.
Rosalie rétorqua :
- J'aurais peut-être du dire : "j'en ai marre d'être une fille sexy, je veux être moche et porter des baskets".
- Voilà, c'est beaucoup mieux !
- On peut savoir ce que tu fais par terre dans une position bizarre et en sueur dans notre salon... ?
- Je fais du sport !
- Il y a des salles pour ça...
Angela ne releva pas et poursuivit ses abdos avant de relancer la conversation pendant que Rosalie se massait les pieds :
- Alors, comment ça s'est passé ton meeting ?
Rosalie soupira et répondit :
- C'était looooong, et c'était loiiiinnn... Franchement se taper 16 heures d'avion et un jet lag de malade pour une réunion, c'est quand même un peu ridicule. Mais bon, grâce à ça, je les ai tous matés ! Je suis la reine du pétroooole ! Et pour ça, tu peux remercier mes chaussures à talon, mon décolleté et mon air de greluche sexy. Je n'ai pas de meilleur argument dans une réunion pleine de mecs... Ils sont vraiment pathétiques... Tu te baisses un peu pour montrer tes seins, tu mets ton doigt sur tes lèvres et ils sont tous en train de baver... et disent oui à tout ce que tu racontes. Quand je pense que le monde est dirigé par des gens comme ça, je comprends mieux le bordel que c'est.
Angela ne prit pas la peine de polémiquer les propos de Rosalie. Si celle-ci exagérait un peu, il y avait tout de même un fond de vérité. Elle se contenta de sourire tout en poursuivant ses exercices.
- Bella n'est pas là ?
- Non... Je ne l'ai pas beaucoup vue. Elle a passé beaucoup de temps avec Alice je crois.
- Eh ben... C'est le grand amour à ce que je vois.
- Plus que jamais.
- Bon, en l'attendant, je vais prendre un bain.
- Ne t'endors pas dedans...
Rosalie répliqua depuis sa chambre :
- C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! C'est pas toi qui a failli te noyer l'autre jour ?
Angela l'ignora et poursuivit ses étirements.
Bella entra à la coloc et déposa le repas sur la table basse. Angela sortit de la douche et sautilla en découvrant le menu :
- Je vais m'habiller, j'arrive.
Bella se dirigea vers la chambre de Rosalie et frappa. Elle n'eut pas de réponse et entrebâilla la porte. Rosalie dormait. Bella hésita. Elle se demanda si elle devait la réveiller. Cependant, il n'était pas très tard et elle allait probablement se réveiller au milieu de la nuit, affamée. Mieux valait qu'elle mange maintenant et que tout le monde reste en vie.
Elle alla chercher des frites et les plaça sous le nez de Rosalie. Celle-ci remua les narines et ouvrit les yeux :
- Manger !
Bella rit et retourna poser les frites dans le salon. Rosalie se leva en grognant et vint la rejoindre. Elle la serra dans ses bras et lui dit :
- Tu m'as manqué ma poule.
Bella sourit et rétorqua :
- Pas toi... C'était tranquille ici !
Rosalie lui pinça les fesses et alla s'avachir dans un fauteuil. Elle scruta la table et demanda :
- Tu m'as pris un CBO j'espère ?
- A ton avis ?
- Tu es merveilleuse.
- Je sais.
Elles s'installèrent autour de la table et déballèrent leur Mac Do en attendant Angela. Le ventre de Rosalie gargouilla et elle gronda :
- Bon Angela tu bouges ton cul, j'ai trop la dalle !
- Commencez, j'arrive !
Elles ne se firent pas prier et Bella lança le replay de The Voice.
Angela débarqua quelques minutes plus tard et se réjouit :
- Cool, une soirée "gros sac" devant la télé... J'adooooore la coloc !
Un sourire mélancolique passa sur le visage de Bella et elle décida d'entrer tout de suite dans le vif du sujet :
- Les filles, je voulais vous dire...
Elle s'arrêta le temps d'avaler quelques frites et de mater un peu le décolleté indécent de Jenifer. Rosalie haussa les sourcils et l'encouragea :
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
Bella prit une longue inspiration et déclara :
- Je crois que je vais partir à New-York avec Alice.
Rosalie se figea la bouche ouverte, alors qu'elle s'apprêtait à mordre dans son hamburger. Elle le reposa, dévisagea Bella, échangea un regard avec Angela et répondit lentement :
- C'est-à-dire ?
Bella frissonna. Elle aurait préféré que Rosalie crie ou l'engueule, comme elle le faisait habituellement. Le calme de sa réaction était des plus inquiétant.
- C'est-à-dire que je suis en train de chercher du travail à New-York et que si je parviens à trouver quelque-chose, je partirai pour rejoindre Alice.
Rosalie et Angela échangèrent un nouveau regard. Cette fois, ce fut Angela qui réagit la première :
- Et... Alice, elle part quand ?
Bella fronça les sourcils :
- A vrai dire, je ne sais pas trop, elle m'a dit que son départ avait été décalé pour des raisons administratives, de visa ou je ne sais pas quoi. Pas tout de suite en tout cas.
Rosalie se racla la gorge et demanda :
- Et... Alice, elle en pense quoi de ce projet ?
Bella rougit et répondit :
- Je ne lui en ai pas encore parlé. J'attends d'avoir une piste sérieuse.
- Et tu en es où de tes recherches exactement ?
- J'ai postulé pour un VIE dans une entreprise de marbrerie, pour suivre des chantiers d'hôtels de luxe. Le profil correspond assez bien à ce que je sais faire, et la RH avait l'air très intéressée. J'ai déjà passé un entretien, et j'en ai un autre la semaine prochaine.
Rosalie se passa nerveusement les mains sur les cuisses et sourit avant de dire :
- C'est super... et tu commencerais quand si tu décrochais le poste ?
Son enthousiasme sonnait un peu faux et personne ne fut dupe. Bella baissa les yeux et répondit :
- En janvier.
Sans dire un mot, Rosalie se leva et se dirigea droit vers sa chambre où elle s'enferma. Bella et Angela se regardèrent, se demandant s'il fallait aller lui parler. Bella baissa les yeux. Angela s'approcha d'elle et la serra dans ses bras en disant :
- Laisse-lui le temps de digérer tout ça... C'est un peu dur à encaisser, c'est tout...
Bella hocha la tête et répondit, les larmes aux yeux :
- J'aurais préféré qu'elle me crie dessus. Je me déteste de lui faire de la peine et de la rendre triste...
Angela soupira. Elle était triste également, mais elle jugea bon de remettre sa propre tristesse à plus tard. C'était à son tour d'être la plus forte des trois et d'essayer de réconforter ses colocs.
- Ce n'est pas de ta faute Bella... Tu as raison de vivre ta vie. Si tu penses qu'elle est aux côtés d'Alice, alors tu fais le bon choix. Rosalie le comprendra tôt ou tard et lorsqu'elle aura avalé la pilule, elle sera la première à t'encourager et te soutenir.
Bella retint un sanglot et répondit :
- Je sais... J'aurais juste voulu trouver une solution où personne ne souffre.
Angela soupira... C'était bien du Bella tout craché ça, de penser aux autres avant elle-même... Elle savait à quel point cette décision avait dû être difficile à prendre pour son amie... Elle devait être bien plus paumée qu'elle ne le laissait paraître pour faire un choix aussi drastique. Et bien plus amoureuse d'Alice qu'Angela ne le pensait. Elle espérait simplement qu'Alice saurait voir ce que cette décision représentait. Elle espérait simplement qu'Alice n'allait pas briser le cœur de Bella, une nouvelle fois, même sans le faire exprès.
- Ne t'en fais pas...
Bella s'en faisait, quoiqu'on puisse lui dire et elle se mit à pleurer dans les bras d'Angela.
Rosalie referma la porte de sa chambre derrière elle. Ses sentiments étaient confus et mélangés. Elle s'enroula dans sa couette et se mit à pleurer. Elle avait été tellement choquée par la déclaration de Bella qu'elle n'avait pas su comment réagir. Elle ne voulait pas pleurer devant Bella. Elle était contente pour elle et pour ce que sa décision représentait. Cependant… elle avait besoin de réconfort. Elle attrapa son téléphone et renifla bruyamment en envoyant un SMS à Emmett.
Emmett monta les escaliers qui menaient à la coloc quatre à quatre et attendit anxieusement que l'une des filles vienne lui ouvrir.
Lorsqu'elle entendit frapper à la porte d'entrée, Angela se dégagea des bras de Bella pour aller ouvrir. Elle entrebâilla la porte et fut surprise de voir Emmett sur le seuil. Il ne lui laissa pas le temps de dire quoique ce soit et lui demanda :
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Rosalie m'a demandé de venir tout de suite, qu'il s'agissait d'une urgence ! Elle n'avait pas l'air dans son assiette.
Angela pensa furtivement qu'Emmett était vraiment attentionné et que Rosalie était bien plus attachée à lui qu'elle ne le laissait paraître. Elle le poussa gentiment pour le faire reculer et referma la porte derrière elle lorsqu'ils furent tous les deux sur le palier.
- Bella nous a annoncé qu'elle voulait partir à New-York avec Alice. Rosalie accuse un peu le coup.
Emmett ne répondit rien. Il n'était pas vraiment surpris de la décision de Bella. Et il savait à quel point celle-ci était importante pour Rosalie. Il finit par demander à Angela :
- Et Bella ?
Angela n'eût pas vraiment besoin qu'il développe pour comprendre ce qu'il voulait savoir :
- Je pense qu'elle s'en veut de faire de la peine à Rosalie. Elle est un peu dans tous ses états.
Emmett se passa la main sur le front. Women. Il n'y comprendrait sans doute jamais rien. Bella annonçait une super nouvelle et tout le monde se mettait à pleurer... Il échangea un regard perplexe avec Angela qui sourit et ils rentrèrent dans la coloc. Il embrassa Bella qui lui sourit avec reconnaissance puis se dirigea vers la chambre de Rosalie.
Leah descendit les escaliers d'un pas mal assuré. Elle était encore plus stressée que d'habitude. Non seulement cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas produits en public, et il fallait bien qu'elle se rende à l'évidence, elle ne réussirait jamais à se débarrasser de ce trac qui la rendait malade à chaque fois. Mais en plus, ce soir, elle allait enfin rencontrer cette fameuse Bella que tout le monde trouvait formidable. Que se passerait-il si elle n'était pas de l'avis de tout le monde ? Si elle ne l'appréciait pas ? Alice était sa meilleure amie, elle voulait s'entendre avec la personne qu'elle aimait. Il fallait qu'elle s'entende avec la personne qu'elle aimait !
Elle déposa sa guitare et alla embrasser Jake. Celui-ci la serra dans ses bras tendrement et l'embrassa avec insistance. Elle se détourna et bougonna :
- Arrête, je vais te vomir dans la bouche.
Jake recula et la regarda d'un air dégoutté avant de répondre :
- Il faut vraiment que tu arrêtes de passer du temps avec Alice, ça ne te réussit pas du tout.
Leah lui fit une grimace et rétorqua :
- Je n'y peux rien, je suis stressée !
Jake haussa les épaules :
- Mais tu es toujours stressée, je ne vois pas ce que ça change !
- Alice a invité Bella !
Jake la regarda sans comprendre :
- Oui, et alors ? Tu as déjà joué plusieurs fois devant elle !
- Figure-toi que moi, je ne l'ai jamais vraiment rencontrée ! Imagine qu'elle ne m'aime pas ? Imagine que moi, je ne puisse pas la supporter ? Comment on va faire ? On ne pourra pas faire des brunch tous les quatre le dimanche quand on aura 30 ans ? On ne pourra pas acheter des maisons côte-à-côte et regarder nos enfants faire de la balançoire en sirotant un verre de pastis ?
Jake éclata de rire et l'embrassa pour la faire taire :
- Je ne savais pas que tu avais des projets aussi précis pour nos dimanches.
Leah fronça les sourcils et détourna le regard, gênée. Jake lui passa la main sur la joue et poursuivit :
- Et ne t'en fais pas, je suis sûr que tu vas l'apprécier Bella. Et elle, si elle aime Alice, elle t'aimera forcément aussi. Vous êtes folles toutes les deux. Je ne vois pas de raison valable qu'elle ne t'apprécie pas.
Leah bougonna :
- Ben justement, ça me stresse que tout le monde soit aussi sûr qu'on va s'apprécier. Si ça se trouve je vais la trouver moche et conne et pas à la hauteur d'Alice. Et si ça se trouve elle va me trouver stupide ou je ne sais quoi. Peut-être qu'elle trouvera que je joue mal de la guitare ?
Prise de panique, elle se mit à se ronger les ongles en faisant les 100 pas. Jake se mit à rire et monta lui chercher un verre. Il ne pouvait plus rien faire pour elle, elle était déjà passée du côté obscur de la force et aucun argument ne pourrait plus la rassurer.
Bella sirotait son verre de pécheresse en fixant Alice ostensiblement. Elle tentait de s'intéresser aux autres membres du groupe, mais elle n'y pouvait rien, son regard revenait systématiquement sur Alice. La voir jouer était terriblement excitant. Elle devait faire un effort conscient pour ne pas se lever, traverser la salle, renverser la batterie et se jeter sur Alice pour lui faire l'amour dans l'instant. Elle n'avait personnellement aucun sens artistique et cela l'emplissait d'admiration de voir les quatre amis jouer. C'était une chose d'aimer la musique et de pratiquer un instrument. Mais c'était encore plus admirable de concrétiser cette passion en faisant vivre un groupe et en faisant des concerts avec du public. De partager leur passion et de la rendre concrète. Voir Alice jouer de la batterie était incroyablement sexy. Elle n'y pouvait rien.
Elle se concentra sur sa bière et se tourna vers Angela afin de se changer les idées. Malheureusement, celle-ci était en grande conversation avec Ben. Elle s'affaissa dans son dossier et essaya de regarder Jasper.
Bella reposa son shot bruyamment. Elle sentit le rhum lui brûler l'œsophage et respira profondément. Elle avait discuté avec Leah une bonne partie de la soirée sous le regard tendu d'Alice et elle avait besoin de se détendre un peu. Maintenant que la glace était brisée, elle pouvait se lâcher. Que la fête commence !
Rosalie s'approcha d'elle et lui posa la main sur le bras, l'entraînant dans sa chambre.
- Rosalie, je t'ai déjà dit que je ne voulais pas coucher avec toi !
Rosalie se mit à rire et rétorqua :
- Bien sûr que si tu veux coucher avec moi, ne fais pas l'innocente. Je te vois me regarder quand je sors de la douche.
Bella se mit à rire, soulagée. Rosalie lui avait pardonné. Celle-ci s'assit sur son lit et l'invita à s'installer près d'elle. Elle lui prit la main et déclara :
- Bella, je suis désolée d'avoir mal réagi. J'ai juste été prise de cours et triste de penser que nous allions être séparées. Mais ce qui compte le plus pour moi, c'est que tu sois heureuse. Et même si pour cela on doit moins se voir, je suis de tout cœur avec toi.
Bella était émue et se sentait au bord des larmes. Elle avala difficilement sa salive et Rosalie poursuivit :
- Je t'aime meuf, je veux que tu sois heureuse et que tu saches que tu peux toujours compter sur moi, d'accord ?
Bella ne se sentant pas apte à articuler quoi que ce soit, elle se contenta d'hocher la tête et alla se blottir dans les bras de Rosalie.
Rosalie la serra contre elle et ajouta :
- Accessoirement, je suis contente d'avoir un pied à terre à New-York, alors n'oublie pas prendre un appartement avec une chambre d'amie !
Bella éclata de rire. C'était vraiment comique.
- Je ne te crois pas !
Laurent sourit et rétorqua :
- Tu n'as qu'à lui demander. Je t'assure.
Bella s'essuya le coin des yeux et attrapa Jasper par la manche alors qu'il se dirigeait vers la cuisine :
- Vas nous chercher deux verres et viens, j'ai une question à te poser.
Jasper lança un regard soupçonneux à Laurent mais s'exécuta. Il tendit un verre de ce qui ressemblait à du punch à Bella et embrassa Laurent avant de dire, l'air contrarié :
- Qu'est-ce que tu veux savoir exactement ?
Bella sourit et lui demanda :
- Il paraît que tu as invité Laurent à dormir chez toi en "tout bien tout honneur" ?
Jasper leva les yeux au ciel. Décidément, personne ne le croyait. Il commençait à se demander s'il avait tant l'air d'un prédateur sexuel... Il tint cependant à mettre les points sur les i :
- C'est tout à fait exact.
Bella rétorqua sans même attendre :
- Mais bien sûr. Tu n'avais absolument aucune idée derrière la tête ?
- Mais noooooon ! Pourquoi est-ce que tout le monde pense que je suis un obsédé sexuel ? Je suis gentil, c'est tout. Et en plus je suis romantique à tendances platoniques.
Bella rigola et ajouta :
- Pour le coup, je dirais que tu es plutôt stupide alors ! Excuse-moi, mais ton copain ici présent, on ne le laisse pas dormir dans la baignoire. Tu aurais dû avoir une idée derrière la tête !
Jasper haussa les épaules et Laurent intervint :
- Heureusement, j'étais là, et personnellement, j'avais une idée derrière la tête.
Bella sourit. Elle voulait plus de détails.
- Je veux savoir exactement comment tout cela s'est passé.
Elle réfléchit deux secondes puis ajouta :
- Enfin, vous n'êtes pas obligés de donner trop de détails...
Laurent sourit et reprit son histoire :
- Donc, on se rencontre à une soirée. On avait bu plus que de raison. Jasper était assis sur le bord du canal, une bouteille de vin entamée à la main et la lune se reflétait dans ses yeux.
Bella haussa les yeux au ciel :
- Tu n'es pas obligé d'en rajouter !
Laurent poursuivit sans répondre :
- Bref, il était beau comme un dieu et on a commencé à discuter. Il avait l'air intéressant. Il m'a parlé de l'opéra, des costumes... La soirée passait sans qu'on s'en rende compte, comme si nous étions seuls au monde.
Jasper l'interrompit et dit :
- Oui, enfin ce qu'il veut dire c'est que nos amis sont partis les uns après les autres et qu'on était seuls au milieu des clodos et des dealers et que quand deux types ont commencé à se battre on s'est dit "tiens, il faudrait qu'on rentre". C'est alors qu'il a dit : "Merde, j'habite loin, il ne va plus y avoir de métro" et que j'ai répondu, en tout bien tout honneur, "tu peux venir dormir chez moi, si tu veux, j'habite tout près, on peut y aller à pied".
Laurent intervint :
- Et depuis il clame à qui veut l'entendre qu'il n'avait aucune idée derrière la tête ! Personnellement, j'en avais bien l'intention.
Bella se mit à rire. Jasper était tout rouge et il précisa :
- On n'a pas fait l'amour. Enfin... pas ce soir-là, en tout cas. Mais... on s'est un peu embrassés.
Il était mignon. Bella sourit. Et Laurent poursuivit :
- Enfin, ce qu'il ne précise pas, c'est qu'il devait me rappeler. Quand je suis rentré chez moi le lendemain matin, il m'a dit avant que je parte, "je te rappelle". Et j'ai attendu des jours et des jours, me lamentant en regardant mon téléphone désespérément muet. J'en ai discuté avec mes copines mais elles m'ont dit "surtout, ne le rappelle pas, tu vas avoir l'air désespéré".
Bella était pendu à ses lèvres. Leur histoire était rigolote.
- Finalement, j'ai décidé de ne pas les écouter et de n'écouter que mon cœur. Je ne voulais pas laisser filer un garçon comme ça. Alors j'ai piétiné ma fierté et j'ai pris mon courage à deux mains pour lui envoyer un SMS. Et oh ! Joie, il a répondu, on s'est revu, on a fait l'amour, c'était merveilleux, et voilà.
Bella se mit à rire et enchaîna :
- Mais Jasper, pourquoi tu ne l'as pas rappelé ce beau garçon ?
Et Laurent surenchérit, bien qu'il ait déjà eu cette conversation de nombreuses fois avec Jasper :
- Oui, c'est vrai ça Jasper, pourquoi tu ne m'as pas rappelé ?
Jasper, gêné, marmonna :
- J'étais timide, je ne savais pas, je n'étais pas sûr. Oh et puis zut, j'ai le droit d'être lent !
Laurent l'enlaça par la taille et déclara, le sourire aux lèvres :
- Bref, si on en est là, c'est entièrement grâce à moi, et il me sera éternellement redevable d'avoir fait en sorte que notre entrevue d'un soir se concrétise en une relation, qui espérons-le durera jusqu'à la nuit des temps.
Bella sourit et conclut ironiquement :
- Une relation qui part sur des bases équilibrées quoi.
Et ils trinquèrent à Jasper.
Angela n'avait aucune idée du moment à partir duquel cette soirée avait dérapé. Elle avait pourtant commencé comme d'habitude. Elle était allée prendre un verre à la MOV avec Bella et Ben, ils avaient écouté les Peppermint jouer, puis ils étaient tous montés terminer la soirée à la coloc, où Rosalie et Emmett les avaient rejoints. Edward et Jessica n'étaient pas là puisqu'ils étaient en voyage de noces en Indonésie et Jasper était accompagné par un charmant jeune homme du nom de Laurent. C'était aussi la première fois qu'elle rencontrait Leah. Mais tout ça n'expliquait pas pourquoi Mike avait débarqué, et encore moins pourquoi elle était présentement en train d'embrasser Ben.
Elle se recula brutalement et se détourna de Ben après avoir marmonné : « excuse-moi, il faut que j'aille aux toilettes ». C'était pitoyable, mais elle n'avait pas réussi à trouver mieux. Elle traversa le salon, attrapa Bella qui était en grande conversation avec le fameux Laurent et l'entraîna avec elle dans la salle de bain. Bella fit un geste d'excuse à Laurent et se laissa entraîner.
Angela ferma la porte derrière elles et s'assit en soupirant sur le rebord de la baignoire. Bella s'accroupit devant elle et lui demanda avec un léger sourire en coin :
- Ça ne va pas ?
Le sourire de Bella fit rire Angela et elle pesta :
- Mais non, non, ça ne va pas ! Tu ne vois pas ? Mon amant marié est dans ce salon, je ne sais pas ce qu'il fout là et je suis en train d'embrasser mon meilleur ami sous ses yeux. Non, ça ne va pas.
Le sourire de Bella s'élargit et elle répondit :
- Franchement, je ne vois pas en quoi c'est mal ?
- En quoi c'est mal quoi ?
- Ben tout en fait… Ton amant marié, on a déjà statué que c'était un connard parce qu'il ne veut pas quitter sa femme pour toi, et que même s'il le faisait, tu n'aurais aucune garantie qu'il ne te trompe pas à son tour. Si tu veux, je m'en occupe avec Rosalie et il ne sera pas prêt de remettre les pieds ici avant longtemps, crois-moi.
Angela se mit à rire et frissonna. Rosalie pouvait être tellement terrifiante de temps en temps qu'elle n'eut aucune peine à imaginer la scène. Bella poursuivit :
- Et puis, franchement, arrête de me baratiner. Ben, ton meilleur ami ? Laisse-moi rire. Vous êtes déjà comme un vieux couple tous les deux alors que vous ne sortez pas encore ensemble. Enfin, si ça y est !
Angela roula des yeux mais laissa Bella poursuivre :
- Ça fait tellement longtemps qu'il en pince pour toi que je suis soulagée qu'il puisse bientôt parvenir à ses fins.
Elle s'arrêta songeuse et secoua Angela pour lui demander :
- Tu vas coucher avec lui hein ? S'il te plait ?
- Tu es vraiment en train de me supplier là ?
Bella se mit à rire. Elle aurait vraiment dû parier de l'argent…
- Pas du tout, j'exprime un ressenti.
Elle dévisagea Angela un moment et se mit à sourire :
- Bon, tu sais ce qu'on va faire ? On va retourner au salon, je vais gentiment aller voir Mike pour lui demander de partir, je vais d'ailleurs peut-être y aller accompagnée de Laurent - non mais t'as vu comme il est baraque sérieux ? Oui, et puis je disais donc, pendant ce temps-là, tu vas retourner voir Ben, tu vas l'embrasser et tu vas lui dire : « tu m'emmènes chez toi, chéri ? ».
Angela rigola et répondit :
- Est-ce qu'il faut que j'aie l'air d'une grosse cougar comme tu viens de le faire ?
- Non, tu n'es pas obligée.
Angela soupira et ajouta :
- Mais tu sais… Je ne sais pas si j'ai vraiment envie que Mike s'en aille… Pour toujours je veux dire…
Elle était au bord des larmes et Bella la prit dans ses bras.
- Je sais Angela, mais tu sais très bien que ce serait mieux comme ça. Il ne sortira jamais rien de bon de cette relation et il est temps que tu passes à autre chose.
Angela secoua la tête et se résigna. Elles se levèrent et réintégrèrent le salon. Bella ne ressentait pas la moitié de l'assurance qu'elle avait tenté d'afficher pour rassurer Angela. Elle n'avait aucune idée de comment s'y prendre pour virer Mike de leur appartement et elle essayait de ne pas penser aux complications que pouvait entraîner une relation entre Ben et Angela dans leur groupe. Hésitante, s'apprêtait à se diriger vers Rosalie lorsqu'Alice s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. Elle oublia instantanément ses préoccupations immédiates et rendit son étreinte à Alice. Elle avait envie de s'éclipser discrètement avec elle, mais elle n'était pas sûre que la batteuse soit de cet avis. Comme pour la contredire, Alice se dégagea et l'entraîna par la main vers sa chambre. Bella se laissa faire, résignée à ne pas être maître de ses agissements pendant cette soirée mais avant qu'Alice n'ait refermé la porte derrière elles, elle se faufila dehors et murmura :
- Il faut que je parle à Rosalie, laisse-moi une minute.
Alice eut l'air déçue, ce qui réchauffa le cœur de Bella, mais la laissa partir. Bella se dirigea droit vers Rosalie, l'interrompit en plein milieu de sa phrase et dit :
- Il faut que tu t'occupes de Mike avant qu'il ne se batte avec Ben.
Elle voulut s'échapper mais Rosalie l'attrapa par le bras :
- Tu peux m'expliquer ce qu'il se passe exactement ? Ben et Angela ? Devant Mike ? C'est quoi ce délire ? C'est sérieux ou c'est juste pour rendre l'autre type jaloux ?
Bella haussa les épaules. Alice était en train de l'attendre dans sa chambre, elle avait juste envie de la rejoindre et de toute façon elle n'avait pas la réponse à ces questions.
- Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il est venu faire ici, Mike ?
- Je ne sais pas, mais ce serait bien qu'il s'en aille avant que ça dégénère. Il fait genre il s'en fout, mais je pense que quand même... ça doit bien l'agacer un peu qu'Angela embrasse un autre mec à pleine bouche devant lui.
Rosalie hocha la tête, soupira et répondit :
- Ok, je m'en occupe.
Alice était assise sur son lit et elle avait l'air contrariée. Bella s'assit à côté d'elle et l'embrassa. Son estomac fit un looping et elle se retint de gémir. Il était encore un peu tôt pour ça. Elle ferma les yeux et reprit son souffle. Elle adorait embrasser Alice. C'était terriblement excitant, incroyablement sensuel et… Elle n'eut pas le temps de s'étendre car les lèvres d'Alice se posèrent de nouveau sur les siennes et son esprit dérailla. D'un geste souple, Alice s'installa à califourchon sur elle et le cœur de Bella fit un bond. Depuis qu'elle était avec Alice, elle avait l'impression qu'elle ne pensait plus qu'au sexe. Elle ne valait pas mieux qu'Emmett ou n'importe quel mec. Elle avait sans arrêt une blague graveleuse sur le bord des lèvres, et ses pensées revenaient sans cesse sur Alice, sur ses lèvres, sur son corps, sur ses yeux, à la sensation de son corps nu contre le sien, à la sensation de ses caresses, de sa langue, de son étreinte. Elle avait envie d'elle toute la journée, peu importe ce qu'elle était en train de faire. Elle avait envie d'elle partout, dans toutes les positions. C'était nouveau et incroyable. Elle n'avait jamais ressenti cela pour personne. Elle se demandait si c'était grave.
Alice exerça une légère pression sur ses épaules et elles basculèrent en arrière sur le lit. Bella passa ses mains dans les cheveux mi-longs d'Alice et l'embrassa de plus belle. Alice ne se fit pas prier et passa ses mains sous son tee-shirt. Il n'en fallut pas plus pour que Bella perde complètement la tête. Les mains d'Alice sur son corps la faisaient frissonner et elle en voulait plus. Elle roula sur elle-même pour changer de position et plaqua Alice contre le lit. Elle attrapa ses deux mains et les immobilisa au-dessus de sa tête. De sa main libre, elle parcourut le corps de la batteuse. Elle avait terriblement envie d'elle.
Elles étaient allongées face à face et se regardaient sans rien dire. De l'avis de Bella, il n'y avait pas grand-chose à dire de plus. Elle se contentait de se perdre dans les yeux d'Alice. Elle l'aimait. Elle l'aimait vraiment, et cela l'émouvait. Elle en avait presque les larmes aux yeux. Alice passa la main sur son visage et vint se blottir dans ses bras. Bella la serra contre elle et respira profondément son cou. Alice gloussa et gigota pour pouvoir la voir. Elle l'embrassa chastement sur les lèvres et dit d'une petite voix :
- Je suis une amie horrible.
Surprise, Bella haussa les sourcils :
- Pourquoi tu dis ça ?
Alice baissa les yeux et répondit :
- J'ai un peu honte…
Comme elle ne poursuivait pas, Bella insista :
- Tu sais que tu peux me le dire, j'essaierais de ne pas me moquer de toi.
Alice soupira et dit dans un souffle :
- Je suis jalouse de Laurent.
Bella sourit et ne put s'empêcher de la trouver mignonne. Elle passa la main dans ses cheveux et lui demanda :
- Pourquoi ?
- Parce que… parce que si ça marche entre lui et Jasper, Jasper va être amoureux de lui et il va vouloir passer tout son temps avec lui, et il n'en aura plus pour moi.
Elle se sentait stupide, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de ressentir cela. Elle se serra un peu plus contre Bella.
- Tu sais, ça ne marche pas comme ça. Jasper est ton ami et il le restera même s'il est amoureux de Laurent. Il t'aimera toujours et il sera toujours là pour toi si tu as besoin de lui.
Alice rétorqua :
- Comment tu le sais ? Il te l'a dit ?
Bella sourit. Elle avait l'impression d'avoir une conversation avec une gamine de 8 ans.
- Non, il ne me l'a pas dit mais j'en suis sûre. Il t'aime Alice, cela ne fait aucun doute et il ne va pas te délaisser pour Laurent. Vous n'aurez pas la même place dans son cœur, c'est tout.
Alice savait tout cela, pourtant, elle ne put s'empêcher d'exprimer sa peur à haute voix :
- Mais il va m'oublier. Il sera heureux et il n'aura plus besoin de moi.
Elle s'en voulut aussitôt. C'était paradoxal, elle voulait de tout cœur que Jasper soit heureux, mais elle voulait le garder égoïstement pour elle et elle ne voulait pas le partager avec qui que ce soit.
- Tu vois, je suis une mauvaise amie, je n'arrive pas à me réjouir qu'il ait trouvé quelqu'un et j'ai peur qu'il m'abandonne, alors que je devrais avoir confiance en lui. J'en viendrais presque à préférer qu'il soit célibataire comme ça je serais sûre qu'il ait du temps pour moi. Je suis horrible.
- Tu n'es pas horrible, tu as peur parce que tu l'aimes, c'est différent et c'est normal. Et tu sais au fond de toi que plus Jasper sera heureux et plus tu le seras aussi. Il aura toujours du temps pour toi. Regarde, est-ce que ton amour pour Jasper a diminué depuis que nous sommes ensemble ?
Alice se raidit. D'après la définition communément admise, il paraissait assez évident que Bella et elle étaient ensemble. Néanmoins, il y avait une sacrée différence entre le sous-entendu implicite et l'énonciation explicite que venait de faire Bella. Elles n'avaient pas vraiment eu cette conversation et cela la rendit nerveuse. Elle s'aperçut qu'elle retenait son souffle et soupira. Bella laissa échapper un petit rire. Alice était tellement flippée de l'engagement que ç'en était presque pathologique. L'idée de pousser cette conversation pour mettre Alice mal à l'aise l'effleura, mais celle-ci avait déjà l'air suffisamment perturbée qu'elle ne voulut pas en rajouter. Elle était bien et elle ne voulait rompre le charme de leur conversation actuelle. Elles auraient probablement cette conversation un jour où l'autre.
Alice finit par gigoter et grommela :
- C'est pas pareil.
Elle soupira, vaguement contrariée. Elle se sentait maintenant doublement bête. Elle renâcla encore un peu, au moins pour le principe :
- Et puis tu as vu comment il est musclé ce Laurent ? On dirait un maître-nageur, c'est ridicule.
Bella éclata de rire et Alice la regarda comme si elle était folle :
- Ben, qu'est-ce qui te fait rire ?
- Il est maître-nageur !
- Déconne pas ? C'est vrai ?
- Oui, j'ai discuté avec lui tout à l'heure, il est maître-nageur pour la ville de Paris.
- Je me sens ridicule tout d'un coup.
- Tu peux.
Alice se pencha vers elle, faussement contrariée et l'embrassa.
