Résumé : « — Salut le moche, le salua Kasumi.

— C'est parce que tu baises comme un lapin que t'as maigri, c'est ça ? murmura Natsume, un sourire goguenard pendu aux lèvres.

Kuroo leva les yeux au ciel. Non, mais se creuser les méninges pour l'éviter était apparemment devenu son nouveau sport favori. Décidément il n'avait pas eu le droit à cinq minutes de répit.

— Bah oui, c'est exactement ça, tu m'as démasqué, répondit-il d'un air blasé.

Sa petite sœur lui sourit, bien consciente des bêtises qu'elle proférait, et lui envoya une grande tape dans le dos.

— J'espère que les fruits de mer t'ont manqué parce qu'on va bouffer que ça, la prévint Kasumi.

»

Chapitre 26 : Retour au bercail

Kuroo venait d'atterrir à l'aéroport de Sapporo Okadama. Il avait renoncé à voyager avec une compagnie russe cette fois-ci, et ce fut avec un soulagement immense qu'il trouva son bagage sur le tapis roulant. Il sortit son téléphone et prévint Akaashi, Bokuto et Kenma de son arrivée sur leur conversation de groupe. Il eut une réponse en quelques secondes, recevant un vocal lui souhaitant un bon séjour. Il sentit son cœur se serrer. Il sourit et rangea son téléphone. Il avait déjà prévenu sa famille qui devait l'attendre derrière les portes de sécurité. Avant de les traverser, il tourna les yeux sur l'immense mur de verre donnant sur les pistes d'atterrissage : l'air avait changé, il avait une odeur et une pesanteur familière. Le ciel était gris et lourd, et il avait bien perdu une dizaine de degrés. Il sourit : il était à la maison.

Il passa les portes de sécurité et il ne lui fallut pas plus de dix secondes pour repérer toute sa famille. Même son père était là. Il sourit et s'approcha. Il eut à peine le temps de dire bonjour que déjà sa mère s'était jetée sur lui, le serrant si fort contre elle qu'il était au bord de l'asphyxie.

— Oh mon bébé !

— Salut maman. Paps, il salua son père d'un geste de la main.

— Bonjour fiston !

— Regarde-moi, reprit sa mère, t'aurais pas maigri ? Tu manges correctement au moins ?

— Euh… Je me suis remis au sport, c'est pour ça !

— Oh ! Bonne nouvelle ça !

Sa mère se détacha aussitôt de lui, lui arrachant son sac pour le balancer dans les bras de son père, ils se mirent en marche, s'engageant vers la sortie.

— Salut le moche, le salua Kasumi.

— C'est parce que tu baises comme un lapin que t'as maigri c'est ça ? murmura Natsume, un sourire goguenard pendu aux lèvres.

Kuroo leva les yeux au ciel. Non, mais se creuser les méninges pour l'éviter était apparemment devenu son nouveau sport favori. Décidément il n'avait pas eu le droit à cinq minutes de répit.

— Bah oui, c'est exactement ça, tu m'as démasqué, répondit-il d'un air blasé.

Sa petite sœur lui sourit, bien consciente des bêtises qu'elle proférait, et lui envoya une grande tape dans le dos.

— J'espère que les fruits de mer t'ont manqué parce qu'on va bouffer que ça, prévint Kasumi.

Il grimaça. Il devait avouer qu'après l'accident du crabe, il n'était pas sûr de pouvoir en manger de nouveau avant un bon moment. Mais il se rabattrait sur autre chose. Les crevettes étaient une bonne alternative par exemple, non ?

Ils arrivèrent à la voiture, et Kuroo constata rapidement qu'il avait perdu ses privilèges d'ainé, puisqu'il se retrouva sur le siège du milieu, coincé entre ses deux sœurs. Ses parents lui posèrent tout un tas de questions, sur ses cours, la vie à Tokyo. Kuroo y répondit d'un ton détaché, il ne tenait pas à attirer l'attention sur sa vie personnelle. Néanmoins, il ne put y échapper bien longtemps. Son père attrapa son regard dans le rétroviseur, et demanda avec enthousiasme :

— Alors, pas de petite copine ?

Et c'était reparti.

Il vit ses sœurs se tordre sur elles-mêmes, se retenant du mieux qu'elles pouvaient de ne pas exploser de rire, tentant de se cacher derrière les sièges pour ne pas que l'on devine leur hilarité. Kuroo ne réagit pas particulièrement. Il leva les yeux vers le rétroviseur pour pouvoir deviner l'expression de sa mère. Elle avait l'air gênée, mais ne fit aucun commentaire.

— Non, répondit-il simplement.

Ce n'était pas non plus comme s'il n'avait jamais fait son coming out. Il l'avait fait il y a déjà des années. Sa mère se contentait juste de ne pas en parler, et son père était apparemment dans le déni, ou peut-être pensait-il seulement qu'il s'agissait d'une phase qui finirait par lui passer. Il pourrait même lui répondre « non, mais j'ai trois petits copains » qu'il se contenterait de hocher la tête et de l'oublier pour la prochaine fois. Il se dit qu'il avait vaguement de la chance; au moins ils ne le détestaient pas, il n'avait pas changé sa façon de se comporter avec lui…

— T'as rencontré des alphas ? demanda finalement Kasumi.

— Ouais, pleins, la plupart de mes potes sont des alphas.

— Vraiment ? intervint sa mère, un rien d'inquiétude dans la voix.

— Ouais, ils sont cool, pas du tout comme je pensais.

— Et des omégas ?

— Aussi. Attends.

Il sortit son téléphone, recherchant dans ses photos. Il trouva la dernière photo de groupe qu'ils avaient fait ensemble la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Akaashi, Kenma et Bokuto étaient sur la photo, mais ils étaient assez éloignés de lui pour que cela n'éveille pas les soupçons.

— Tiens, dit-il en tendant le téléphone à sa sœur.

— Oh, ils ont l'air cool.

— Fais voir ! intervint Natsume, arrachant le téléphone des mains de son ainé. Oh, ouais. Ya du beau gosse en plus, elle tourna le regard vers son frère, haussant les sourcils suggestivement. Regarde Mams.

Elle tendit le téléphone à sa mère, qui s'en saisit. Kuroo vit son regard s'attendrir, pouvant enfin mettre des visages sur les amis de son fils.

— Ils ont l'air très sympathiques. Pas beaucoup de filles par contre.

— Non, c'est vrai, commenta Kuroo.

Il était vrai qu'il devait un peu diversifier ses relations, la gent féminine était cruellement en voie de disparition dans son entourage.

— Ils n'ont pas de petites copines ?

— Euh, non.

Il fit un geste à ses sœurs pour leur faire comprendre qu'ils étaient tous très peu intéressés par les femmes. Ses sœurs durent une fois encore se retenir de ne pas exploser de rire.

— Oh, mais mon dieu, c'est Kenma-kun que je vois sur la photo ! Mais oui, tu m'avais dit l'avoir retrouvé ! Je ne l'avais pas reconnu. Comme il a grandi !

Cette fois Kuroo échappa un sourire sincère.

— Fais voir ! scanda Kasumi, se penchant entre les sièges pour arracher le portable des mains de sa mère, écrasant son ainé au passage.

Kuroo lui désigna l'intéressé du doigt :

— Ohh, il est trop choupsi !

Elle montra la photo à sa sœur :

— Il fait bad boy un peu, me likey !

— Qu'est-ce qu'il fait maintenant ?

— Des jeux vidéo… Enfin, il y joue.

Sa mère fronça les sourcils.

Kuroo aurait bien précisé qu'il était un streamer reconnu et un compétiteur féroce, mais expliquer le concept aurait pris plus de temps que nécessaire. Et il ne tenait pas non plus à dévoiler l'identité secrète du blond.

— Et occasionnellement il développe des programmes de cryptages de données pour des grandes entreprises.

Pas question de prendre Kenma de haut !

— Et il a acheté une maison.

Ses parents échappèrent un hoquet de surprise.

— Oh, et bien je vois qu'il s'en sort bien !

— Très bien même.

— Parfait !

Le sujet de la discussion finit par dériver, grâce à l'intervention de ses sœurs qui avaient bien perçu que l'interrogatoire commençait à être un peu long. Kuroo échappa un soupire. Il était heureux de les retrouver, mais il avouait avoir oublié ce que cela faisait. Ce que cela faisait de ne pas pouvoir être complètement lui-même avec ceux qu'il aimait.

-/-

Il avait vite retrouvé ses marques dans sa maison familiale. La sensation était étrange. Durant ses premières années d'études, il ne restait jamais bien longtemps sans retourner chez ses parents. Déjà car il avait travaillé sur le marché aux poissons le samedi matin pendant plusieurs années (sombre partie de son histoire qu'il taisait au monde), et parce que, soyons totalement clair, la bouffe était gratuite chez sa mère. Bon, et également parce qu'à chaque retour, il se faisait dorloter comme s'il était l'élu (ce qui avait très grandement agacé ses sœurs pendant un moment). Maintenant qu'il ne pouvait plus retourner à la maison bien souvent, cela s'était amplifié : il n'était plus l'élu, mais un dieu parmi les hommes. Ou un enfant de dix ans qu'il fallait pouponner, il ne savait pas trop, mais la sensation n'était pas désagréable non plus. Même ses sœurs s'étaient adoucies avec lui. Certes elles le taquinaient toujours, mais il pouvait voir qu'il leur avait manqué. Il avait rarement passé autant de temps avec elles : ils partaient se balader au bord de la péninsule de Shakotan ensemble, passaient leur après-midi à gambader dans la nature et à parler de tout et de rien, ses sœurs lui racontant toutes leurs dernières aventures qu'il écoutait avec bienveillance. Le soir venu, ils se retrouvaient tous ensemble dans la chambre de Tetsurō, blottis les uns contre les autres pour regarder un film ensemble sur l'ordinateur portable. Ils discutaient jusque tard, parfois ils s'endormaient ensemble. Il avait craint qu'en s'éloignant, il perde les liens avec elles. Il n'en était rien, ils étaient même plus forts que jamais. Ce soir-là ne fit pas exception. Kasumi les avait lancés dans le visionnage d'un Drama à l'eau de rose. L'histoire était des plus banales : une fille plutôt modeste vivait une histoire tumultueuse avec un jeune homme riche, particulièrement colérique et présomptueux pour qui elle avait autant de sentiments d'amertume que de tendresse ; tandis que son meilleur ami, un être charmant et attentionné, tentait de gagner son cœur sans qu'elle ne lui prête un regard. La trame d'à peu près tous les Drama en soit.

— Rohhhh mais abrège, couina Natsume, c'est lourd là, on sait tous comment ça va finir !

— Quoi, tu crois qu'elle va pouvoir retrouver le cœur de cristal ?

Ah oui, et il y avait également une quête magique à la noix.

— Non mais bien sûr, mais c'est pas ce que je voulais dire !

— Qu'est-ce que tu voulais dire ?

— On sait tous qu'elle va finir avec l'autre andouille ! Alors que très clairement l'autre et mieux !

— C'est une mauviette Kosuke, alors que Kijima est, de un, vachement plus beau gosse, de deux, il a été blessé, c'est pas sa faute, il a bon fond !

— Rien à foutre qu'il ait bon fond, c'est une merde !

— Tu comprends rien, Tetsu, qu'est-ce que t'en pense ? l'apostropha Kasumi.

Tetsurō détourna les yeux de l'écran : ses sœurs avaient l'air particulièrement intéressées par son avis. Il soupira.

— Hmm… Je sais pas… C'est vrai que Kijima est un peu un con.

— Ah tu vois, le coupa Natsume.

— Mais Katsu-Katsu a raison, il a bon fond, et quoi qu'on en dise, il rend heureux Megumi. Kosuke est un chic type aussi. Chacun d'entre eux lui apporte quelque chose de différent je dirais…Kijima et elle ont quelque chose d'électrique, mais de profond et il la pousse vers le haut alors que Kosuke et plus dans le réconfort, la simplicité, la sécurité… On sait tous qu'elle va finir avec Kijima, mais Kosuke est un bon parti aussi.

Ses sœurs acquièrent, approuvant la justesse de son analyse.

— T'as raison, dit Kasumi.

— Ouais en fait, elle devrait finir avec les deux.

Tetsurō hoqueta de surprise, et se tourna vers sa cadette. Kasumi échappa un « quoi » sur aiguë et en fit de même.

— Bah quoi, ce serait le mieux non ? Pas besoin de choisir si les deux la rendent heureuse.

— Ça va pas la tête !

Tetsurō ne fit aucun commentaire, se contentant de la regarder comme s'il lui était poussé une troisième tête.

— Bah quoi ? Oh comme vous êtes vieux jeu !

Il sentit les battements de son cœur s'accélérer et le sang lui monter à la tête. Il tenta de dissimuler son trouble en enfonçant sa tête dans l'oreiller qu'il tenait dans les bras. Il ne s'attendait pas à un tel discours de la part de Natsume… Certes, il savait que ses sœurs n'étaient pas fermées d'esprit, elles l'avaient accepté lui, sans jamais aucune remarque négative, aucun jugement. Mais là… Comme quoi la nouvelle génération n'était pas si mal. Il tenta du mieux qu'il put de contrôler le rythme de sa respiration. Est-ce qu'il pouvait lui dire ? Leur dire ? Peut-être qu'elles ne réagiraient pas aussi mal que ce qu'il pensait ?

— Et puis on s'en fout c'est une série c'est pas la réalité.

— Ah tu me rassures !

— Faut pas déconner, mais l'argument tient toujours.

Il sentit un immense poids s'abattre sur sa poitrine.

Ah c'est bien ce qu'il pensait.

Ses sœurs continuèrent de débattre entre elles. Il avait l'impression de s'enfoncer dans le lit, il avait du mal à respirer… Il n'y avait pas pensée plus tôt, à ce que ses sœurs pouvaient penser… Ses parents, il y avait renoncé pour le moment, mais elles… Qu'est-ce qu'elles diraient si elles l'apprenaient ? Et si elles le rejetaient ? Si elles refusaient de le voir ? S'il les perdait ? Il se sentait piégé, l'angoisse le prenait à la gorge, il avait envie d'exploser en larmes.

— Tetsu ça va ?

L'interpellé fut brusquement sorti de ses pensées. Ses sœurs le regardaient, inquiètes.

— Oui, ça va, je suis juste fatigué.

— Ouais moi aussi, on ferait bien d'aller dormir, on va encore se faire engueuler si on se réveille à onze heures demain.

Ses sœurs se levèrent du lit, elles scandèrent « oyasumi » et quittèrent la chambre. Kuroo regarda la porte longtemps. Il soupira et éteignit la lumière. Il chercha le sommeil, sans succès. Il se sentait atrocement mal. Il serra fort l'oreiller contre sa poitrine pour apaiser son anxiété. Sa tête tournait à toute vitesse. Il tenta de s'en éloigner, de se déconnecter complètement de ce que son esprit lui hurlait.

Il finit par prendre son téléphone : 3h30. Tout le monde devait dormir… Peut-être pas Kenma, mais s'il était en stream il ne lui répondrait pas. Il ouvrit tout de même la conversation et envoya :

« Vous me manquez ».

Alors qu'il allait reposer son téléphone, il vibra dans sa main.

« Nous aussi tu nous manques »

Kenma lui avait répondu en moins d'une minute. Il sourit.

« On s'appelle demain ? » envoya-t-il

« Si tu veux… Allez, va dormir la loque. »

« Hmm, bonne nuit, à demain »

« À demain »

Il reposa le téléphone et s'endormit presque aussitôt.

-/-

Kuroo se réveilla trois heures plus tard. La lumière du soleil envahissait sa chambre. Le manque de sommeil lui faisait tourner la tête mais il ne put s'endormir de nouveau. Il se leva donc, enfila un vieux pantalon de jogging et un T-shirt, puis sortit dehors par la fenêtre de sa chambre. Il frissonna, il ne devait pas faire plus de quinze degrés, et l'air était encore humide de rosée. Il se mit en route, un petit jogging matinal lui ferait surement le plus grand bien. Il ne s'arrêta que lorsqu'il arriva aux abords de la côte. En contre bas de la falaise, les vagues s'échouaient en rouleau contre la roche. Il s'allongea dans l'herbe, fixant le ciel, le bruit de la mer en fond, et s'endormit. Il ne se réveilla que plusieurs heures plus tard. Il se sentait apaiser à présent, le trouble l'avait quitté. Momentanément peut-être, mais il savoura le silence de son esprit. Il se releva et repartit en courant. Quand il arriva de nouveau chez lui, tout le monde était debout, petit déjeunant dans la cuisine. Il sourit, et vint s'installer avec eux.

-/-

— J'arrive pas à croire que vous ayez vandalisé le seul arbre de la plage, remarqua Akaashi.

— J'arrive pas à croire que t'étais aussi fleur bleue, remarqua Bokuto à l'adresse de Kenma.

Le blond leva les yeux au ciel.

— Non mais c'est vrai, t'as jamais gravé mon nom dans un arbre à ce que je sache, continua-t-il.

— J'ai plus dix piges Kōtarō, je vais pas vandaliser la faune pour ça.

— Pour ça ? Pour moi tu veux dire, intervint Bokuto faussement outré.

Kuroo échappa un rire gorgé d'euphorie. Il redressa l'écran de son ordinateur pour pouvoir voir correctement ses trois petits amis.

— Moi j'arrive pas à croire que j'ai pu penser être hétéro si longtemps, finit-il par ajouter.

La remarque prit de cours les trois autres qui échappèrent un pouffement.

La discussion reprit son cours, Kuroo leur racontant son séjour. Il décrit à Kenma comment la ville avait évolué depuis son départ, partageant les souvenirs de son enfance, le blond intervenant de temps à autre pour y ajouter certains détails que lui-même aurait bien omis.

Il dut s'arrêter en pleine phrase lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit d'un seul coup. Kasumi se tenait dans l'embrassure de la porte. À la tête qu'elle tirait, elle n'était pas venue lui faire part de quelque chose d'important. Elle était juste passée agacer son ainé. Son expression changea rapidement en constatant que ce dernier était en pleine conversation.

— C'est qui ? demanda-t-elle.

Elle se planta devant l'ordinateur avant même d'avoir eu sa réponse.

— Oh ! Kenma !

— Kenma ? entendit-il hurler du couloir.

Sa deuxième sœur ne fut pas bien longue à débarquer elle aussi dans la chambre.

— Oh Kenma ! Salut !

Kuroo avait à peine eu le temps d'ouvrir la bouche qu'il entendit sa mère dans le couloir scander le nom du blond à son tour. Elle eut au moins la délicatesse de frapper contre la porte grande ouverte avant de rentrer. Kuroo était maintenant écrabouillé entre les trois femmes de la famille qui faisaient des grands gestes à la caméra, comme si les destinataires se trouvaient à plusieurs kilomètres. Kuroo se pinça l'arête du nez, échappant un soupire d'exaspération.

— Kenma-kun! Comme tu as grandi mon garçon !

— Bonjour Madam…

— Hatsuko mon garçon, le coupa sa mère. Oh désolé, j'interviens comme ça, je vois que tu n'es pas seul. Enchanté, je suis la maman de Tetsurō.

Le brun échappa un dernier soupire, et réussit enfin à pouvoir reprendre la parole.

— Maman, je te présente Akaashi Keiji et Bokuto Kōtarō, les concernés s'inclinèrent en guise de salut à l'entente de leur nom. Les… colocataires de Kenma.

Il vit Bokuto se retenir de rire, disparaissant momentanément du champ de la caméra pour ne pas éveiller les soupçons. Akaashi ferma les yeux, seul un léger tressautement de la lèvre inférieure trahit son amusement. Kenma, fidèle à lui-même, parvint à rester de marbre.

— Je suis tellement heureuse de te voir Kenma-kun, tu as l'air en bonne santé. Comment vont tes parents ?

Les regards d'Akaashi, Bokuto et Kuroo tombèrent sur le blond : ils savaient tous pertinemment qu'il n'avait pas vu ses parents depuis plusieurs années.

— Ils vont bien, se contenta-t-il de répondre.

— Parfait, tu les salueras de ma part alors. Et les amours, ça va ?

— Maman, gronda Kuroo.

Cette fois Kenma eut du mal à ne pas réagir, il le vit sourire, amusé par la remarque. Il réussit à le faire passer pour un sourire de politesse :

— Oui merci.

— Bien, bien. Je ferais revenir Tetsurō avec du shokupan maison pour qu'il vous en apporte, tu pourras faire ça Tetsu ?

— Bien sûr, un petit crabe peut-être aussi ?

Cette fois la remarque fit rire toute la petite assemblée. Sauf Hatsuko, qui fronça les sourcils.

— Te vexe pas Mams, grâce à mon histoire de crabe je me suis fait un tas d'amis !

— Moi qui pensais à toi, bouda presque sa mère. Bon, je vous laisse les garçons. Akaashi-kun, Bokuto-kun, ravie de vous avoir rencontré. Kenma-kun, j'espère que l'on pourra se revoir très vite!

— Moi aussi Hatsuko-san.

Ils la saluèrent tous les trois et Hatsuko disparut du champ de la caméra avec un dernier salut de la main. Kuroo échappa un soupire quand elle quitta enfin sa chambre.

— Qu'est-ce que vous foutez encore là vous ! gronda le brun à l'adresse de ses sœurs.

Ces dernières n'eurent pas l'air bien impressionnées et restèrent camper devant la caméra.

— Tu nous présentes pas ? intervint Kasumi.

Kuroo leva les yeux au ciel.

— Kasumi, Natsume, mes sœurs, voilà hop allez on sort !

Les deux jeunes femmes, très peu impressionnées, n'esquissèrent pas le moindre mouvement pouvant indiquer leur départ.

— Donc… Kenma-kun, comme ça tu es richissime, remarqua Kasumi.

Kuroo manqua de s'étouffer avec sa salive. Il entendit Bokuto rire à gorge déployée.

— Richissime je sais pas, mais je me débrouille.

— Attends, Tetsu nous a dit qu'il avait acheté une maison, pourquoi il a des colocs du coup ? remarqua Natsume sans pour autant s'adresser à la personne directement concernée.

Kuroo se figea. Oups.

— J'aime avoir de la compagnie, se contenta de répondre le blond.

— Et on est pauvre, ajouta Bokuto.

La remarque eut le mérite de dérider Kuroo qui échappa un rire discret.

— Hmm…

Alors qu'elle reprenait son souffle pour reprendre la parole, Kuroo coupa sa sœur :

— Bon c'est bon maintenant vous avez fini, allez hop !

Cette fois le brun usa de la force pour faire sortir ses sœurs. Il échappa un long soupire quand enfin il se retrouva seul.

— Désolé pour ça…

— C'est rien, lui répondit Akaashi.

— On a pu rencontrer ta famille ! Elles ont l'air sympas tes sœurs ! continua Bokuto.

— Sympa tu trouves ?

Akaashi et Bokuto acquièrent d'un même mouvement.

— Ça m'a fait plaisir de les revoir, commenta Kenma.

Le brun échappa un sourire tendre.

Le silence s'étendit quelques secondes avant que le blond n'intervienne de nouveau :

— Et on est pauvre… répéta-t-il en roulant des yeux.

— Bah quoi c'est vrai ! Si tu me largues je suis à la rue !

— De un je vais pas te larguer Kōtarō, de deux, tu t'en sortirais très bien, ta famille est blindée.

— Et alors c'est pas mon argent.

— Tu crois vraiment qu'ils te laisseraient à la rue ?

— Non.

— Bon bah voilà.

— Ça me rassure pas trop de parler de ça.

— C'est toi qui as commencé !

— Hmm… Keiji, tu serais obligé de revenir vivre avec ta sœur.

Akaashi se crispa ostensiblement, l'idée lui paraissait apparemment des plus terrifiante.

Ses deux partenaires explosèrent de rire. Kuroo finit par se joindre à eux.

— Oh ! Je vais devoir y aller, annonça finalement Akaashi.

— Tu vas où ?

— Je dois aller travailler.

— Oh… Bonjour à Konoha-san.

Le brun sourit, amusé du ton insolent qu'il avait pris :

— Je lui transmettrai, je suis sûr que cela lui fera plaisir. Kenma, je peux prendre la voiture ?

— Hmm… Les clés sont sur le bar.

— Merci. Kuroo, désolé de partir comme ça, on se voit bientôt.

— Oui… tu me manques. Vous me manquez.

Akaashi échappa un sourire tendre.

— À moi aussi. Je dois y aller !

Il disparut momentanément du champ de la caméra pour récupérer ses affaires.

— T'as trouvé les clés ?

— Oui.

Kuroo le vit réapparaitre lorsqu'il vint embrasser Kenma. Il lui adressa un dernier salut de la main et repartit.

— Attends, je peux venir en fait ! Je dois aller chercher un truc en ville ! l'interpella Bokuto.

— Si tu veux mais dépêches-toi.

— Ok.

Bokuto embrassa Kenma sur la joue et envoya un bisou volant à la caméra :

— À bientôt bro !

— À bientôt Bo.

Il lui sourit et disparut de son champ de vision.

Kenma les regarda partir, son regard ne revenant sur Kuroo que lorsque la porte claqua.

— Je vais pas tarder aussi, dit le brun. Ça sent la bouffe à plein nez, on va surement bientôt manger.

— Hmm, ok.

— Ça m'a fait plaisir de pouvoir vous parler.

Kenma échappa un sourire.

— Moi aussi.

Silence.

— Ji…

— Hmm ?

Kenma réajusta sa position, visiblement géné :

— J'aurais voulu qu'on en discute.

— De ?

Le regard du blond attrapa le sien, son sérieux le fit frissonner.

— De ce qui s'est passé la dernière fois.

Kuroo sentit l'angoisse monter en lui. Il expira lentement pour se ressaisir.

— Oh… je sais. Mais je préfère qu'on fasse ça en tête à tête si ça te dérange pas.

Il fallait qu'il prenne le temps d'y réfléchir de son côté. De mettre tout au clair, qu'il trouve comment expliquer ce qu'il ressentait.

— D'accord.

Kuroo lui sourit, voulant transmettre que quoi qu'il arrive, quoi qu'il était en train de se passer, cela ne changeait rien à ses sentiments. Kenma comprit et lui rendit son sourire.

— Tu me manques, murmura-t-il.

— Moi aussi.

— Bisous…

— Bisous.

Kenma quitta la conversation. Kuroo regarda longuement l'écran, avant d'échapper un soupire. Il n'allait pas y échapper n'est-ce pas ?

— Tetsu, à table ! l'appela sa mère.

— J'arrive !

Il referma l'ordinateur et quitta sa chambre.

-/-

Et comme cela, le reste de la semaine finit par s'écouler. Kuroo se souvenait le moment exact où il était arrivé quelques jours au paravent, et maintenant il était là, bagages en main, prêt à repartir. Seuls ses parents l'avaient accompagné cette fois. Sa mère était en train de lui donner tout un tas de conseils brinqueballant, parlant de plus en plus rapidement, les larmes commençaient à lui monter aux yeux. Elle s'arrêta finalement lorsque son père posa une main sur l'épaule de sa femme. Ils échangèrent un regard, avant de se tourner de nouveau vers leur ainé.

— Rentre bien Tetsu.

— Ok.

— On se voit bientôt mon bébé, passe de bonne fin de vacances, et travaille bien pour tes cours d'été.

Oups, est-ce que Kuroo avait inventé des cours d'été pour pouvoir partir plus rapidement ? Oui, oui, il devait l'avouer. Il adorait sa famille, mais l'optique de passer l'été à Tokyo lui était bien plus alléchante. Il avait menti, certes, mais pour une bonne cause.

— Ok… Bon j'y vais.

Il enlaça sa mère une dernière fois et passa les portiques de sécurité. Il se tourna une dernière fois, rendit un salut à ses parents qui lui faisaient à présent de grands gestes, et repartit.

Lorsqu'il arriva à l'aéroport de Narita, il sentit un sentiment pétillant et doux l'envahir. Bien différent de ce qu'il avait pu ressentir la première fois qu'il avait posé les pieds sur le sol tokyoïte. L'excitation s'était changée en quelque chose de tendre : la sensation d'être rentré chez lui.

— Fin du Chapitre—

J'espère que le chapitre vous aura plu !

Prochain chapitre : « Brochettes et barbecue »

« Le brun tapota le sol à côté de lui, Kenma s'avança. Il s'assit à côté de lui, et ils regardèrent tous deux le linge tourner pendant un moment. Kuroo fut le premier à reprendre la parole :

— Tu voulais parler de quoi ? demanda-t-il, connaissant parfaitement la réponse.

— De sexe.

Oh boy… Kuroo sentit l'anxiété monter, mais il tenta du mieux qu'il put d'y faire barrage. Il prit une grande respiration. Avant même qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, Kenma reprit :

— Et de moi. »

See you !