Résumé : « Le brun tapota le sol à côté de lui, Kenma s'avança. Il s'assit à côté de lui, et ils regardèrent tous deux le linge tourner pendant un moment. Kuroo fut le premier à reprendre la parole :

— Tu voulais parler de quoi ? demanda-t-il, connaissant parfaitement la réponse.

— De sexe.

Oh boy… Kuroo sentit l'anxiété monter, mais il tenta du mieux qu'il put d'y faire barrage. Il prit une grande respiration. Avant même qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, Kenma reprit :

— Et de moi. »

Chapitre 27 : Brochettes et barbecue

Kuroo ne prit même pas la peine de passer chez lui, il fonça directement chez ses petits-amis. Certes, il n'avait plus aucun vêtement propre, mais c'était l'avantage d'avoir Akaashi, Bokuto et Kenma dans sa vie : il avait trois placards où piquer des fringues, et pas besoin de passer au lavomatique en prime ! Que du bonheur !

Ils lui avaient préparé un superbe repas, et il devait l'avouer, il ne l'honora pas comme il aurait sûrement dû le faire. Les retrouvailles l'avaient mis dans un tel état d'excitation qu'il ne prêta même pas attention à ce qu'il y avait dans son assiette.

Après cela, ils s'installèrent devant la télévision, lançant un thriller qui promettait d'être des plus palpitant et des plus terrifiant. Malheureusement pour les deux autres, Kuroo et Bokuto étaient au max de leur capacité d'emmerdement. Ils commentaient chaque événement du film en ricanant. Les deux autres avaient bien essayé de les faire taire, sans succès. Après dix secondes de silence, ils se penchaient l'un vers l'autre pour se murmurer des bêtises, essayant tant bien que mal de contenir les rires infantiles qui leur venaient. Akaashi et Kenma avaient fini par jeter l'éponge, sachant pertinemment qu'ils n'arriveraient pas à leur faire entendre raison. Ils les laissèrent donc faire, pouffant parfois à leurs réflexions. Très vite pourtant, ils commencèrent eux aussi à partager leurs impressions. L'euphorie s'était propagée à tous, et ils durent plusieurs fois mettre le film sur pause, prit d'un fou rire tel qu'ils en avaient du mal à respirer.

— Bon, la prochaine fois on choisira un film d'horreur naze, on aura de quoi commenter, et pas besoin de suivre, déclara Kenma au moment du générique.

— On a bien suivi quand même ! On a trouvé qui était le tueur super vite !

— Hmm, lui concéda Akaashi.

— Le travail d'équipe est essentiel pour un bon détective c'est tout, déclara Bokuto.

Ils papotèrent encore longtemps, leurs discussions prenant de plus en plus des directions alambiquées. Kenma fut le premier à déclarer forfait, et partit se coucher, suivit de près par Akaashi. Kuroo et Bokuto continuèrent encore un moment, avant de décider que deux heures du matin était une heure acceptable pour aller se coucher. Ils continuèrent encore un peu de parler à voix basse devant la porte de la grande chambre.

Kuroo avait pris l'habitude de dormir dans la chambre à l'étage, seul. Bokuto avait depuis longtemps déserté les lieux pour la grande chambre. Alors qu'il allait repartir, Bokuto l'interpella :

— Bro, tu veux venir avec moi ?

Kuroo se crispa. Tout ce qui avait agité son esprit ces derniers temps ressurgit en lui. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi cela l'angoissait autant, et il fallait bien un jour qu'il le surpasse. Pour le moment, cela n'avait semblé chagriner personne, ils avançaient à son rythme et il leur en était profondément reconnaissant pour ça. Mais il allait bien finir par devoir s'expliquer, surtout auprès de Kenma… Ils devaient toujours discuter de ce qui s'était passé… Et puis… Il fut sorti de sa spirale lorsque Bokuto prit sa main dans la sienne. En relevant la tête, son regard trouva le sien. Son petit ami lui sourit. Il lui sourit à son tour. Bokuto prit son visage dans ses mains pour l'embrasser et ouvrit la porte.

— À demain.

— À demain.

Kuroo ne dormit que très peu cette nuit-là, occupé à se battre contre ses démons, et à retracer leurs origines.

-/-

Kuroo n'était plus tout jeune. La cruauté de cette révélation lui était douloureuse. Quand il était encore fringant, une nuit blanche ne l'aurait pas autant affecté, il repartait le lendemain matin avec autant d'énergie que s'il avait dormi huit heures. Et maintenant, chaque seconde d'éveil était un combat sans merci !

Bon, pour sa défense, il avait du sommeil à rattraper depuis déjà un moment. La semaine chez ses parents n'avait pas du tout été reposante…

Kuroo était descendu au rez-de-chaussée pour lancer une machine. Il s'était assis pour régler le programme et le lancer mais ne s'était jamais relevé. Maintenant, il avait le front collé à la vitre du tambour, regardant le linge tourner. Ses paupières commencèrent à se fermer, il était proche du sommeil. Mais avant même qu'il ne puisse totalement sombrer, il entendit toquer à la porte.

— Ji, t'es là ?

Kenma.

— Oui.

Le blond entra, alors qu'il allait parler il se stoppa en découvrant la position de Kuroo.

— Qu'est-ce que tu fous ?

Kuroo décolla son front de la vitre pour lui faire face.

— Rien, je regarde… J'ai pas bien dormi.

— Oh…

Le silence grandit entre eux.

— Tu voulais quelque chose ?

— Oui, lui répondit le blond. Mais si t'es pas en état on peut faire ça plus tard.

Kuroo savait très bien de quoi il voulait parler. Certes, il n'avait pas les neurones bien accrochés, mais il avait assez de fois repassée ce qu'il voulait dire dans sa tête, et le manque de sommeil l'aiderait peut-être même à surmonter son malaise ? Il ne voulait plus se défiler.

— Non, ça va, t'inquiètes.

Le brun tapota le sol à côté de lui, Kenma s'avança. Il s'assit à côté de lui, et ils regardèrent tous deux le linge tourner pendant un moment. Kuroo fut le premier à reprendre la parole :

— Tu voulais parler de quoi ? demanda-t-il, connaissant parfaitement la réponse.

— De sexe.

Oh boy… Kuroo sentit l'anxiété monter, mais il tenta du mieux qu'il put d'y faire barrage. Il prit une grande respiration. Avant même qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, Kenma reprit :

— Et de moi.

Oh ? Kuroo s'attendait à ce qu'ils parlent de lui, mais… Il tourna les yeux, surpris.

— Oh, ok… Euh, je t'écoute.

Il vit Kenma baisser les yeux. Kuroo fronça les sourcils. Alors que Kenma avait d'ordinaire l'air composé, confiant, il n'en était rien. Il avait l'air bouleversé et… il avait… peur ? Le blond échappa un soupire agité, avant de reprendre.

— Ok… hum… Déjà… Je veux que tu saches que ce que je vais te dire n'a… n'impacte en rien euh, les sentiments que j'ai pour toi, ou leur intensité…

Cette fois Kuroo commençait à vraiment s'inquiéter.

— Ok, répondit-il dans un murmure.

Kenma leva de nouveau les yeux, braquant son regard sur lui. Il respira profondément et répondit finalement :

— Je suis végétarien.

Kuroo battit des cils, incrédule, avant d'échapper un pouffement.

— Quoi ? Désolé je… quoi ?

Kenma n'avait pourtant pas l'air de plaisanter.

— Ok, imagine que le sexe, c'est comme… la viande.

— Ok.

— Eh bah, je suis végétarien.

Oh ? Oh ! Oooh !

— Ok, répondit simplement Kuroo.

Sa réponse ne dut pas plaire à Kenma qui décida de repartir dans un monologue :

— Enfin… je peux faire une entorse mais… pas une entorse, c'est pas comme si j'avais, c'est pas non plus que ça me dégoute ou que j'ai un blocage c'est juste que… C'est pas ma priorité je… Et je… Enfin non, je...

Sa voix était devenue si faible qu'il n'arrivait plus à comprendre ce qu'il disait, mais le flot de paroles ne s'arrêtait pas. Et plus il avançait, plus sa détresse croissait. Il voyait les larmes lui monter aux yeux, ses membres commençaient à trembler. Kuroo avait assez vécu de crise de panique pour comprendre ce qu'il était en train de se passer.

— Hey, hey, murmura tendrement le brun.

Il prit sa main dans la sienne.

Kenma s'arrêta brusquement, reprenant son souffle comme s'il avait passé plusieurs minutes en apnée. La bienveillance de son regard déstabilisa le blond. Il se pencha pour embrasser sa tempe.

— Je comprends Kenma.

— Vraiment ?

— Ouais…

Kenma fronça les sourcils, visiblement très peu convaincu.

— Je sais pas si tu peux comprendre, je…je m'exprime mal, je veux pas que…

— Tu veux juste me dire que tu es asexuel, c'est ça ? le coupa Kuroo.

Kenma se tut, et tourna la tête, incrédule.

— Euh, merde, c'est pas ça ? Désolé, je veux pas te coller d'étiquette ou quoi que ce soit, c'est juste, ça fait écho à ce que je connais du coup…

— Non… C'est ça, le coupa le blond.

Il lui avait répondu comme si Kuroo venait de faire un tour de magie.

— Ok.

— Ok.

Silence.

— Et Kenma, je comprends que c'est pas parce que tu n'es pas attiré sexuellement que… tu n'es pas attaché à moi… Je veux… C'est pareil pour moi… Pas que… Enfin, ça change rien à mes sentiments non plus.

Kenma le regarda dans les yeux, avant d'exploser en larmes.

De sa vie il devait avoir vu pleurer Kenma deux fois, quand il avait sept ans, et maintenant, il y avait franchement de quoi être alarmé.

— Woh, woh, désolé, je voulais pas te faire chialer ! J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?

— Non, non pas du tout… Je suis juste soulagé.

Kuroo, le prit dans ses bras. Kenma passa ses bras dans son dos pour le serrer contre lui.

— J'ai eu peur, putain…

— Peur de quoi ?

Kenma renifla bruyamment

— Je sais pas… Que tu t'énerves… que tu sois déçu…

Le brun se détacha de lui pour le regarder dans les yeux, il haussa un sourcil.

— Que je sois déçu de ton orientation sexuelle ?

Le blond pouffa, de nouvelles larmes roulèrent sur sa peau.

— Je sais pas… j'avais juste peur.

Kuroo ne dit rien et le prit de nouveau dans ses bras.

— Merci…

— Pourquoi ? murmura Kuroo.

— Pour ça…

Kenma se détacha de lui, essuyant son visage du dos de la main.

— Bordel, il échappa un soupire. J'aurais bien voulu que ça se soit passé aussi bien avant…

Kuroo fronça les sourcils :

— Ça s'est pas bien passé avant ?

— Non…

— Oh…

Kenma renifla et tourna les yeux sur le tambour.

— Kōtarō et Keiji le comprennent maintenant, et moi aussi… Je sais que ce n'est pas ma faute ni la leur… Et que c'est pas un problème… Mais ça n'a pas toujours été le cas.

Kuroo ramena ses jambes contre lui pour poser sa tête sur ses genoux, montrant à Kenma qu'il était à l'écoute.

— Ça a pas été un super moment… Et, ne pas comprendre ce qui m'arrivait m'a blessé… Eux aussi. On a même failli se séparer…

— Vraiment ?

— Ouais… Mais, ils ne m'ont pas laissé tomber et on a avancé, ensemble. Notre relation en porte toujours quelques séquelles mais… voilà. Donc merci.

Kuroo sourit. Ils s'enlacèrent de nouveau.

— Je suis surpris que tu sois autant renseigné, ajouta le blond.

— Hum, j'ai fait mes classes. Je suis pas un expert, mais on est pas loin, plaisanta Kuroo.

Kenma pouffa. Ils restèrent silencieux un long moment dans les bras l'un de l'autre, avant que Kenma ne se sépare de lui. Kuroo pouffa, et le blond haussa un sourcil.

— Pourquoi tu ris ?

— Non mais juste, je me rappelle que c'est toi qui m'as donné le « sex talk ».

— Hum ? et ?

— Bah… Je sais pas. Ça me fait rire. Ils te l'ont refourgué, c'est ça ?

— Un peu oui, le blond échappa un rictus. Mais ça me concerne aussi donc bon.

— Humm, ok…

— T'en as pas eu un bon souvenir apparemment.

— Non, absolument pas. Je comprends que c'était important à dire mais… Pff, voilà.

Kenma roula des yeux mais ne rajouta rien.

— Bon ok, à ton tour.

— À mon tour ?

Kenma avait repris son air blasé lui étant si symptomatique.

— J'étais là tu sais, j'ai vu comment t'as réagi.

— Oh… oui.

Bah oui, il en avait presque oublié le problème de base.

— Je t'oblige à rien, c'est juste, je veux savoir si ça va de ton côté.

— Hum… Je sais pas.

Kenma haussa un sourcil. Kuroo respira profondément.

— Je ne suis pas végétarien.

— Ok.

— Mais… hum, je dois admettre que j'ai un peu du mal à… refaire des barbecues.

— Oh, ok.

— J'y ait réfléchit, longtemps… Et, je sais à peu près pourquoi… Enfin…

— Tu veux me dire pourquoi ?

— Oui… Bon, disons que… J'ai pas toujours eu des super barbecues.

Kenma fronça les sourcils, alarmé.

— Rien de terrible, genre, pas de drame mais… Je pense que. Hum… J'ai fait pas mal de barbecue… Je vais arrêter avec les barbecues, ça fait un peu orgie, j'ai rien contre mais c'est pas ce que je veux dire.

Kenma pouffa :

— J'avais compris.

— Bref, j'ai eu une période où je mangeais plein de brochettes, oh mon dieu c'est pire !

Kenma échappa un rire léger.

— Tu peux abandonner la métaphore si tu veux.

— Non, ça m'aide quand même. Bref, les barbecues, j'en ai fait pas mal, avec pas forcément des supers invitées que je connaissais bien et… Et je crois que je le faisais pas pour la bonne raison, hum, l'amour des steaks grillés. Plus parce que j'avais l'impression que c'était, genre « cool » et épanouissant, et que ça prouvait que j'étais libre de faire ce dont j'avais envie… ça n'a pas aidé, ça m'a juste équerré des barbecues et dégradé franchement la relation que j'avais avec… les brochettes. Mêlez le tout à une peur irrationnelle de l'abandon et… et ça donne ça…

Silence…

— Ok… Donc tu as peur de l'intimité.

Kuroo rougit furieusement.

— Lâche pas ma super métaphore !

— C'est ma métaphore à la base.

— Ouais mais…

— Bon d'accord. Mais du coup, j'ai vu juste ?

Kuroo soupira.

— Oui.

— Ok, murmura le blond.

Il prit sa main dans la sienne, l'invitant à continuer. Kuroo lui sourit, apaisé.

— Je croyais que ça allait passer parce que… J'ai confiance et que… Et que bordel quelle me font envie ces brochettes…

— Pff…

— Mais c'est pas passé… J'en ai envie, mais à chaque fois que je m'imagine, euh, aller au barbecue, ça… ça bloque. Tout s'effondre et je panique… un peu.

— Ok.

— Rajoutais cela que… Bah ça fait un moment mine de rien que j'ai pas… fait de barbecue. Et puis, je sais pas, j'ai jamais mangé de brochettes avec trois, enfin deux, je te retire du lot du coup pour le moment, si ça te va ?

Kenma hocha la tête.

— Deux personnes, à la fois je veux dire, et ça me stress encore plus et… Voilà.

Kenma haussa un sourcil.

— Quoi ? demanda Kuroo.

— Ji, hum… Je vois que c'est pas évident pour toi mais…

— Mais ?

— T'es pas obligé de coucher, Kuroo grimaça et il rectifia, de manger des brochettes avec les deux, à la fois.

— Oh… oui.

Sa réponse avait presque sonné comme une question.

— Mais…

— C'est deux personnes, tu n'es pas obligé d'aller au même rythme. Je pense pas que ça leur posera de problème.

— Hum…

— Mais je pense que leur en parler ce serait mieux, pour vous, et pour toi.

— Ouais…

— Ok ?

— Ok.

Ils se sourirent. Le silence retomba. Ils ne revinrent réellement à la réalité que lorsque la machine sonna pour annoncer la fin du cycle.

— Allez, Kenma se redressa.

— Hum, Kenma ?

— Oui.

— Merci.

Il sourit.

— Merci aussi.

Kuroo sourit et se remit lui aussi sur ses jambes. Il attira Kenma à lui pour le serrer fort contre sa poitrine. Kenma répondit à l'étreinte. Le blond lui sourit, et se hissa sur la pointe des pieds, Kuroo se penchant pour le rejoindre dans un baiser.

— J'ai la dalle maintenant à force de parler de barbecue.

— Pff, moi aussi…

Ils se séparèrent finalement et retournèrent à l'étage.

Kuroo sourit pour lui-même. Tout n'était pas réglé, mais il se sentait beaucoup plus léger.

-/-

Bon ce n'était décidément pas du tout réglé. Maintenant qu'il avait mis des mots sur le problème, et qu'il avait la volonté d'avancer, son angoisse s'était muée en quelque chose de bien plus palpable. Il n'avait plus envie d'éviter la discussion et de rester dans le silence, mais l'idée de devoir le faire lui était presque douloureuse. Il en avait parlé avec Kenma, cela s'était bien passé, mais… Mais la discussion n'était pas facile à aborder. Kuroo releva les yeux de son livre. Il était installé sur le tapis du salon, Kenma et Bokuto étaient affalés sur le canapé, le blond se servant du corps de son partenaire comme d'un oreiller géant, tous deux occupés à regarder l'écran de la console que Kenma avait entre les mains. Installé dans le fauteuil à côté, Akaashi était occupé à la lecture d'un livre, s'arrêtant parfois en murmurant pour noter quelque chose sur le carnet posé sur le bras du canapé. Ils étaient tous réunis certes, mais plus ou moins occupés, ce n'était peut-être pas forcément le bon moment pour… Et puis est-ce que Kenma avait vraiment envie de se retrouver au milieu de cette conversation, encore ? Et puis…

— J'aime bien les barbecues mais j'ai peur d'y retourner, lâcha Kuroo sans plus de cérémonie.

Les trois autres sursautèrent, surpris de son intervention. Kuroo avait parlé sans réfléchir, et il regretta immédiatement de l'avoir fait. Il grimaça et échappa un gémissement, la honte commençant à monter en lui. Kenma explosa de rire, et les deux autres le regardèrent, incrédules.

— Il parle de sexe, précisa le blond.

Bien, maintenant Kuroo avait envie se rouler dans le tapis pour disparaitre de la surface de la Terre.

— Oh, d'accord, répondit posément Akaashi.

Il referma le livre qu'il avait entre les mains pour le poser sur le bord du canapé. Il réajusta sa position dans son fauteuil et tourna son regard vers lui. Bokuto se redressa pour s'assoir correctement, tournant lui aussi les yeux vers lui.

Bon bah merde, difficile de faire machine arrière maintenant. Il tourna ses yeux vers la fenêtre pour reprendre contenance.

— Tu voulais nous en parler ? demanda Akaashi.

La tendresse de sa voix apaisa Kuroo.

— Oui… Hum… Vous avez dû remarquer que… j'évite un peu euh ça.

Akaashi et Bokuto hochèrent tous les deux la tête.

Il ne savait pas vraiment comment formuler sa pensée ni comment l'exprimer…

— Bro, hum… ça fait rien tu sais.

— Je sais mais… Hum… J'en ai déjà discuté avec Kenma et… J'ai envie d'avancer mais… Je sais pas.

Personne ne répondit. Ils attendaient qu'il finisse de lui-même, qu'il explique ce qu'il avait sur le cœur. Il inspira, et résuma ce dont il avait parlé avec Kenma, reprenant une fois encore la métaphore du barbecue qui apparemment lui était devenue chère. Une fois qu'il eut terminé, il se tut. Il ne savait pas vraiment ce qu'il attendait comme réponse. Akaashi et Bokuto hochèrent la tête, lui signifiant qu'ils avaient bien compris.

— Bro, pas de soucis tu sais, va au rythme qui te va le mieux.

Akaashi acquiesça.

— Tu sais ce que tu… voudrais faire ? Ce avec quoi tu serais le plus confortable ?

— Non, j'en sais rien.

— Ok.

Ils échangèrent tous trois un regard. Bokuto fut le premier à reprendre la parole :

— Après tu sais Bro, hum, t'es pas genre, obligé d'aller au barbecue d'un coup, ou d'y aller tout cours. Genre, ya plein d'étapes avant, genre, aller chez le boucher choisir les bons morceaux, préparer les sauces, acheté du charbon… Enfin, plein de trucs cool !

Kuroo fronça les sourcils, il n'était pas bien sûr de suivre. Il était apparemment le seul, les deux autres semblant même agréablement surpris de la justesse de cette intervention.

— Euh, Bo, j'arrive à te suivre normalement mais là tu m'as perdue.

— Je crois que ce qu'il essaye de te dire c'est qu'il peut y avoir de l'intimité sans sexe.

— Ouais, c'est ça, confirma Bokuto.

Kuroo resta muet plusieurs secondes. Il avait raison. Il avait tellement souvent brûlé les étapes qu'il avait presque oublié qu'elles pouvaient être dissociées. Cette pensée le rassura. Il échappa un sourire.

— Je vois. C'est vrai. Je vais y réfléchir. Hum… Merci.

— Pourquoi ?

— De m'avoir écouté j'imagine.

— C'est normal, lui répondit Akaashi.

Bokuto bondit hors du canapé et se jeta sur lui. Il le pressa dans ses bras, faisant en sorte de déséquilibré leur différence de taille pour pouvoir poser un baiser sur son crâne. Kuroo sourit et l'enlaça en retour. Il était fier d'avoir déjà fait ce premier pas.

-/-

Il lui fallut quelques jours pour se reconcentrer sur ce que lui voulait faire. Comment il voulait avancer. Il était rentré chez lui entre temps, avait passé plusieurs après-midis avec les membres du CAPE encore dans le coin, c'est-à-dire à peu près tout le monde. Il retrouva ses petits-amis sans vraiment avoir totalement aperçu la réponse à son questionnement. Depuis leur dernière discussion, Kuroo n'avait pas réabordé le sujet, et personne de l'avait pressé pour le faire.

Il était installé dans le salon, Bokuto était allongé sur le canapé, Akaashi dans son fauteuil et lui installés sur le tapis, adossé au canapé. Kenma les avait quittés plutôt dans la soirée pour lancer son stream. Bokuto caressait distraitement ses cheveux, le regard tourné vers l'écran de la télévision. Il ne savait plus bien ce qu'ils étaient en train de regarder. Ils avaient passé la journée dehors et la chaleur les avait fatigués. Heureusement pour eux, la nuit s'était rafraichie. Akaashi fut le premier à se relever.

— Je vais me coucher, je tombe de sommeil.

— Hmm, moi aussi.

Kuroo se redressa lui aussi. Bokuto échappa un bâillement et éteignit la télévision. Ses petits amis l'embrassèrent avant de se séparer de lui, partant s'installer dans la grande chambre. Kuroo passa faire sa toilette avant de remonter les escaliers pour aller dans la chambre à l'étage. Il regarda le lit, indécis.

— Ok, murmura-t-il pour lui-même.

Il attrapa son oreiller et redescendit les escaliers. Une fois arrivé devant la porte, il hésita. Il inspira et toqua à la porte. Un vague marmonnement lui répondit et il ouvrit. Il devina deux têtes se tourner vers lui dans l'obscurité.

— Kuroo ? Tu voulais quelque chose ?

— Euh…

Silence.

— Oui ?

— Je peux dormir avec vous ?

Ils eurent l'air surpris mais acquiescèrent.

— Pas de barbecue, juste… dormir, précisa-t-il.

— Ok, lui répondit Akaashi, déjà à moitié endormie.

Kuroo avança et referma la porte derrière lui. Il laissa ses yeux s'habituer à l'obscurité et approcha. Akaashi et Bokuto lui avaient laissé de la place entre eux, et il s'y glissa. Il constata qu'ils dormaient tous les deux torses nus. Il rougit bêtement mais se ressaisit rapidement. Il hésita, mais finit par se redresser pour lui aussi retirer son t-shirt. Une fois installé, il entendit Bokuto murmurer :

— Câlin ?

— Oui.

Il ne fallut pas plus à Akaashi pour qu'il passe ses bras autour de lui, pressant sa poitrine contre son dos. Bokuto glissa sous le drap leur servant de couverture pour venir s'installer plus près de lui, reposant sa tête près de son torse, passant son bras libre sur sa hanche.

Oh mon dieu, il allait mourir de chaud.

— Bonne nuit, murmura-t-il.

Kuroo s'endormit presque instantanément.

-/-

Lorsqu'il se réveilla, la chambre était complètement baignée de la lumière du jour, les rayons du soleil pénétrant la pièce par le vasistas. Kuroo dut refermer les yeux, agressé par l'intensité lumineuse.

— Hello, entendit-il murmurer.

Il ouvrit les paupières. Bokuto lui souriait.

— Hello.

Il passa sa main dans ses cheveux, et s'approcha pour poser un baiser sur ses lèvres.

— Bien dormi ?

— Hm.

Kuroo passa son bras sous le sien et s'approcha un peu plus de lui. Bokuto suivit le mouvement, collant son front au sien. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes. Kuroo se sentait bien. Le contact de leurs peaux nues, de son corps contre le sien, sans que cela ne soit sexualisé, juste par pure tendresse. C'était surtout cela qui lui avait manqué le plus finalement. Il sourit pour lui-même. Il enroula son bras un peu plus, et Bokuto se joint à son étreinte. Son petit-ami embrassa sa nuque et reposa sa tête sur son épaule.

— Pff, regarde-le-lui.

Kuroo se défit de lui pour tourner la tête. Il échappa un pouffement à son tour : Akaashi avait bougé dans la nuit, il était maintenant dos à eux, tout au bord du lit, le corps à moitié dans le vide.

— Comment il a fait pour pas tomber ?

— J'en sais rien, il fait toujours ça.

— Tu crois qu'il faut l'aider ? Il va vraiment finir parterre.

Bokuto leva les yeux au ciel.

— Attends.

D'un mouvement peu gracieux, il passa au-dessus de lui pour rejoindre le côté ou était installé Akaashi. Kuroo se tourna complètement pour les regarder. Bokuto se pencha vers le brun, murmurant quelque chose avant d'embrasser son oreille. Aucun mouvement de la part d'Akaashi. Bokuto entreprit donc de le tirer hors du vide. Le geste ne fut que très peu apprécié aux vues du grognement qu'échappa le brun.

— Pff, arrête! Tu vas tomber grosse nouille.

Akaashi finit par se laisser faire, ne cessant pourtant pas de grogner. Il protégea de son bras ses yeux du soleil, marmonnant dans sa barbe sans que personne ne puisse vraiment comprendre de quoi il était question. Il s'allongea sur son flan, cachant son visage sous le bras de Bokuto qui s'était allongé sur le dos. Il finit par ouvrir les yeux, et son regard trouva celui de Kuroo. Il lui sourit. Akaashi échappa un râle grave, visiblement satisfait de constater sa présence. Il lui tendit la main, et Kuroo compris sa demande. Il se rapprocha d'eux, Bokuto ouvrit son bras libre pour qu'il vienne s'installer contre son flanc. Akaashi leva la main pour venir caresser son visage et il la fit glisser sur sa peau jusqu'à ce que leurs mains se rencontrent et que leurs doigts s'enlacent. Kuroo ferma les yeux, et s'endormit de nouveau.

-/-

Kuroo s'était peu à peu habitué à ce genre d'interaction, et il devait avouer que cela devenait presque addictif. Bientôt, il passait le plus clair de ses journées à se faire câliner. Les Méditerranéens avaient vraiment tout compris : quelle formidable trouvaille que la sieste ! Dormir en pleine journée, il n'y avait rien de mieux ! Certes ce n'était pas vraiment productif, mais il n'avait rien de mieux à faire de toute façon. Son nouveau rythme tenait de l'emploi du temps d'un chat de palace : il passait la nuit avec Bokuto ou Akaashi, ou les deux, il se levait et retourné dormir avec Kenma qui se couchait aux aurores. Il se relevait vers dix ou onze heures du matin, et une fois le déjeuner passé, il était reparti pour une sieste. Une chose était sûre, il avait rattrapé l'intégralité de ses heures de sommeil perdu au cours de ses nuits d'agitation psychologique.

Toujours aucun barbecue en vue, mais l'idée lui apparaissait de moins en moins effrayante. Personne n'avait rien tenté, le laissant aller à son rythme, attendant son feu vert éclairé.

Kuroo était d'ailleurs attelé à son activité favorite ce matin-là : faire des câlins. Bokuto et lui étaient allongés dans le lit, le brun caressant la peau de son petit-ami alors que ce dernier était clairement entrain de lutter pour rester éveiller. Ses mains s'arrêtèrent sur sa nuque, et il fronça les sourcils. Bokuto le vit faire et ouvrit complètement les yeux :

— Qu'est c'qu'ta ?

— Rien… Je me disais juste, t'as pas de marque ?

Ce fut au tour de Bokuto de froncer les sourcils :

— De marque ?

— Oui, t'es bien appareillé non ?

— Oui.

— Bah ta pas de marque ?

« De marque » murmura son vis-à-vis, ne voyant pas où il venait en venir. Il finit par comprendre, et échappa un rire :

— Bro, elle est là ma marque, lui indiqua-t-il en pointant sa tête.

Kuroo eut l'air horrifié.

— Sur ton crâne ?

Mordre les gens au crâne ? On était sûr de ça ?

— Pff, mais non bro, dans mon cerveau.

Ok ça n'avait plus aucun sens maintenant ! Opération à crâne ouvert pour ça ? Ce n'était pas un peu extrême !

Bokuto continua à rire.

— T'as vu trop de porno bro !

— Mais non, se défendit le brun sans avancer plus d'arguments que ça. Je croyais que genre, euh…

— Le truc de la morsure et tout, pff… Non. Les sô-shi font, ou faisaient ça, mais c'est plus un truc territorial. Sombre histoire. Mais bref, tu peux faire sans.

— Oh.

Kuroo le regarda, commençant à déceler l'étendue de son ignorance. Bokuto lui sourit, amusé.

— Tu sais ce que c'est au moins ?

— De quoi ?

— Le lien.

Kuroo ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma aussitôt. Il tenta de recollecter les maigres connaissances qu'il avait à ce sujet, mais aux vues des précédents dires, les connaissances en question étaient visiblement très peu fiables.

— Non, admit-il.

Bokuto s'étira. Après avoir réajusté sa position il continua :

— C'est une synchronisation neuro-physiologique, t'as pas besoin de marque physique pour ça.

— Oh.

Étonnant que l'individu vous ayant fait un discours très peu construit sur la vie des vers de terre dix minutes plus tôt vous sorte le terme « synchronisation neuro-physiologique » comme si de rien n'était. La vie était pleine de merveilleuses surprises !

— Oh, ok.

Kuroo laissa retomber sa tête sur son torse.

— Mais du coup, comment tu fais pour l'établir ?

Kuroo mode scientifique activé.

— De quoi ?

— Le lien.

Bokuto laissa retomber sa tête en arrière, regardant le plafond.

— Je sais pas.

— Tu sais pas ?

— Non… C'est pas totalement inconscient, mais quand même. Je pourrais pas t'expliquer je crois, juste… Ça, arrive.

Très peu pour l'explication scientifique, il fallait qu'il aille se renseigner sur le sujet.

C'est ce qu'il fit en effet. Malheureusement pour lui, la science n'était pas non plus bien avancée sur le sujet. Il avait trouvé des tas d'explications complexes sur la nature du lien, mais très peu était connu sur son établissement.

Bien qu'il n'ait pas eu réponse à toutes ses questions, cet événement eut l'avantage de lui rappeler quelque chose d'important. Quelque chose qu'il n'avait pas pris en considération plus tôt, mais qui visiblement avait son importance : il n'avait pas le même secondaire que ses petits-amis. Et il devait bien admettre que malgré qu'il ait appris pas mal de choses à ce sujet au cours des derniers mois, il n'en était pas non plus au stade de l'expertise. Dans la vie de tous les jours, cela ne le terrassait pas trop, il apprenait sur le tas, mais maintenant qu'il considérait sérieusement l'idée de reprendre les barbecues, il commençait à se dire que cela allait peut-être lui faire défaut.

Il avait donc entrepris de faire ce qu'il faisait le mieux dans ces situations : théoriser. Malheureusement pour lui, internet n'était pas d'une grande aide. Il avait tapé des choses du genre « anatomie omega », « sexe alpha » et compagnie, mais n'avait rencontré que du contenu bien peu éducatif. Il avait établi que le visionnage de pornographie n'était pas une source fiable. Il en était donc à se pencher sur les techniques de la vielle-école : les livres.

Pour ce faire, rien de mieux qu'un petit tour à la bibliothèque universitaire. Kuroo avait tout d'abord airé dans les rayons, honteux de la nature de son activité. Il s'était vite repris : d'une, il faisait ça pour la science, rien de honteux là-dedans. De deux, il n'y avait pratiquement personne. Pas étonnant, la plupart des étudiants avaient autre chose à faire que d'aller se terrer à la bibliothèque en pleines vacances d'été.

Il n'y avait pas grand-chose sur le sujet, quelques vieux dessins dans des atlas datant du siècle dernier, aux couleurs fanées et aux pages écornées. Le plus dur était de trouver des données sur les mâles omégas, que la science avait apparemment décidé d'évincer… Il était à présent afféré à détailler un schéma exposant les différences existantes entre les utérus de bêta et ceux des omégas. Il n'y avait jamais pensé plus tôt, mais il était vrai qu'il devait bien y avoir des différences, étant donné que les cycles n'étaient pas les mêmes et que…

— Qu'est-ce que tu fais ?

Kuroo sursauta violemment, envoyant valdinguer le stylo qu'il avait dans les mains à l'autre bout de la pièce. Il se tourna et découvrit Yamaguchi, regardant la direction qu'avait prise son stylo.

— Oh, Yamaguchi, qu'est-ce que tu fais là ?

— J'attends Tsukki, il bosse aux archives.

— Qu'est-ce qu'il fout ?

— J'en sais rien, il classe des trucs. Qu'est-ce que tu fais là toi ?

— Rien.

Yamaguchi ne dit rien ne plus mais il n'était pas dupe non plus. Il se pencha au-dessus de son épaule pour voir ce qu'il était en train de regarder. Kuroo tenta de refermer le livre, mais le jeune homme l'intercepta avant qu'il puisse le faire. De toutes les personnes qu'il aurait pu croiser, il fallait que ce soit Yamaguchi qui tombe sur lui. Alors qu'il s'attendait à une réponse moqueuse, il se contenta de lui répondre d'une voix égale :

— Il est pourri ton bouquin il date de ya trois siècles ou quoi ?

Il continua à feuilleter les pages, sans que son regard croise celui de Kuroo :

— En plus ya que dalle sur les femelles alpha et les mâles oméga, c'est n'importe quoi.

— Euh…

Yamaguchi échappa un soupire. Il tira la chaise à côté de lui et s'y installa :

— Je peux te prendre ça ? demanda-t-il en désignant le tas de feuilles sous son coude.

Kuroo hocha la tête, incapable de comprendre ce qui était en train de se produire.

— Merci, il attrapa un stylo dans sa trousse et commença à dessiner sur la feuille qu'il venait de prendre.

— Bon déjà, ya pas de trompe comme ça, je sais pas d'où ça sort, les cornes utérines ressemblent plus à ça…

Kuroo releva les yeux, abasourdi par la direction que prenait cette discussion.

— Tu m'écoutes ou pas ?

Le brun cligna plusieurs fois des yeux :

— Euh oui.

— Bon, du coup chez les femelles oméga c'est comme ça, mais chez les mâles c'est pas connecté pareil…

Kuroo mit un peu de temps à ce concentré, mais finit par se laisser prendre, écoutant chaque explication que lui fournissait son ami avec attention. Dix minutes plus tard, Yamaguchi avait dessiné de multiples schémas légendés avec attention et clarté. Il avait même titré chacun d'entre eux.

— Bon voilà, je crois que j'ai fait le tour, tiens, lui dit-il en lui tendant le tas de feuilles.

— Euh… Merci.

Kuroo regarda ce qu'il avait entre les mains d'un air vide.

— Ça va ?

— Euh ouais, je me remets juste toujours pas de cette histoire de clitoris extensible. Ça doit faire super mal…

Yamaguchi lui sourit.

— Je sais pas trop, peut-être au premier cycle, mais après ça va j'imagine.

— Hum…

Silence.

— Hum… je savais pas que tu t'y connaissais autant.

Yamaguchi haussa un sourcil :

— Tu sais que je fais de la biologie aussi, je suis juste un an au-dessous de toi.

— Hum ouais mais… Je le savais pas moi… Et me sors pas le coup du bêta pommé, on a eu le même cursus, je sais qu'on a pas vu ça.

— Hum… J'aimerais bien faire de la pharmaco dans ce domaine-là, c'est bien de la merde ce qui font aujourd'hui. Ok les suppresseurs et compagnie, mais c'est franchement pas dingue sur beaucoup de plan. Du coup j'ai dû apprendre seul.

— Oh, ok. Euh… Ça m'impressionne.

Le jeune homme lui sourit, fier de lui.

— Ok, et du coup pourquoi tu voulais savoir ça ?

— Pour… mon éducation.

Kuroo n'avait pas répondu de manière bien convaincue, et Yamaguchi n'y crut pas une seconde. Il le vit hausser un sourcil, le pressant de répondre à sa question.

— Non mais c'est vrai… Je me suis aperçu juste que… Bah j'avais pas le même secondaire que, eux, et je voulais pas rester dans mon ignorance crasse.

Il n'eut pas besoin de plus préciser, Yamaguchi comprenant directement de qui il s'agissait. Il hocha la tête mais ne le lâcha pas des yeux, voyant bien que ce n'était pas tout.

— Quoi ? Ils t'ont demandé si tu voulais passer leur cycle avec eux ?

Kuroo écarquilla les yeux et manqua de s'étouffer avec sa salive.

— Non ! Non ! Bordel j'en suis pas encore là… Merde c'est vrai que j'avais pas pensé à ça non plus oh… bref non, loin de là… Enfin loin non, mais…

Il n'eut pas le courage de terminer cette phrase. Il releva les yeux, regardant Yamaguchi longuement :

— Oh bordel, est-ce que je m'apprête vraiment à avoir cette discussion avec toi ?

— Quelle discussion ?

Kuroo soupira et laissa sa tête retomber entre ses mains.

— Oh ! Tu veux parler de cul c'est ça ? Ah mais vas-y, je m'en fous, chill.

— Non, pas chill, marmonna le brun.

— Gars, maintenant t'en es là, continue.

Nouveau soupire.

— Ok.

— Yeah ! s'extasia Yamaguchi en tapant joyeusement dans ses mains.

Kuroo releva les yeux.

— Quoi ? lui demanda son vis-à-vis.

— Je peux te coiffer ? demanda le brun.

Yamaguchi fronça les sourcils :

— Quoi ? Pourquoi ? On est au milieu de la bibliothèque en plus !

— Ya personne. Et franchement, j'ai pas envie de t'avoir en face si je parle de ça et… ça me détend. En plus si ça te rassure je suis pas mauvais en tresse, j'ai coiffé mes sœurs pendant des années. Et je coiffe Kenma assez souvent.

— J'adore quand tu me balances naturellement que tu coiffes les cheveux de mon idole.

— Hum, du coup ?

— Ok.

Kuroo tourna sa chaise sur le côté et Yamaguchi en fit de même. Une fois installé dos à lui, il défit le chignon improbable qu'il s'était fait pour laisser retomber ses cheveux.

— Ils sont longs en fait ! J'avais jamais fait gaffe comme tu les as toujours attachés, remarqua Kuroo en saisissant la masse de cheveux arrivant jusqu'en haut du dos de son ami.

— Hum, j'aime bien comme ça.

— Passe ton élastique.

Yamaguchi s'exécuta et le brun commença à passer ses doigts dans les cheveux pour les démêler.

— Bon, du coup, commença le plus jeune.

— Du coup.

Kuroo se tut.

— Je t'ai pas donné accès à mes cheveux pour rien, spill the tea.

— Ok… hum, déjà je… hum … eehhh.

Il échappa la dernière syllabe dans un gémissement aiguë.

— Eeeeeh quoi ?

— Bordel, j'arrive pas à croire que je te raconte ça.

— Ta gueule, allez !

— Ok, hum, je… on a pas encore… enfin tu vois…

— Oh ? euh, ok.

Yamaguchi n'ajouta rien de plus. Cela rassura Kuroo qui continua :

— C'est de mon côté que ça coince… J'ai un riquiqui, mini beaucoup peur de l'intimité et… euh, j'essaye de travailler dessus, ça va mieux je dirais mais bon…

Kuroo s'arrêta un moment, attendant la réaction de son ami. Il ne dit rien. Kuroo échappa un soupire, un peu plus confiant maintenant. Il commença à séparer en partie égale les cheveux de Yamaguchi pour commencer à les tresser.

— Bref, je dirais que ça va mieux, mais c'est pas encore totalement ça. Et puis, j'ai réalisé que.. bah comme je disais, on a pas le même secondaire et je voulais juste savoir… ce qui était différent quoi.

— Hum… Et tu t'es dit que regarder des schémas sur des vieux bouquins ça allait t'aider, remarqua Yamaguchi un brin moqueusement.

— J'en sais rien, c'était ça ou des films pornos chelous, j'ai vite fait le choix.

Yamaguchi ricana, Kuroo tira sur ses cheveux pour le faire taire.

— Bouge pas !

— Je bouge pas !

Silence.

— Bon ok, du coup tu veux savoir si niveau cul c'est différent.

Kuroo tira une nouvelle fois sur les cheveux.

— Quoi ? C'est pas ça ?

— Si…

— Bon bah alors. Bon, je crois que je vais te décevoir, mais hors cycle, ya pas grand-chose de différent. Sauf si t'as besoin d'un cours sur le sexe entre mec, mais…

— Non ça va, le coupa Kuroo.

— Bon bah voilà.

Kuroo échappa un soupire.

— Oh si, reprit Yamaguchi, les mâles oméga mouillent, il ricana comme un enfant venant de dire une bêtise.

— Vraiment ?

— Oui.

Kuroo ne savait pas trop quoi faire de cette information.

— Ok… Et, le truc dont tu m'as parlé là tout à l'heure ?

— Le truc de quoi ?

— Des alphas.

— Le nœud ?

Pourquoi Kuroo en était arrivé là déjà ? Ça tenait presque de la torture ! Il redéfit la tresse qu'il venait de finir pour recommencer son ouvrage.

— Hmm, ça.

— Hum, ça arrive pas vraiment hors cycle non plus… Et si jamais, je te dirais rien, je voudrais pas de gâcher la surprise, termina Yamaguchi avant de pouffer puérilement.

— Ta gueule.

— Toi ta gueule.

Ils rirent en chœur cette fois.

— Et pas hors cycle ?

— Euh… t'es sûre de vouloir aller sur ce terrain ? En plus, je pourrais te dire en théorie, mais ça change en fonction des personnes. De mon expérience, on passe plusieurs jours avant à cuisiner parce qu'on bouffe comme cinq pendant, et puis j'ai tellement la tête en vrac après que je saurais même pas te dire ce que je fous. Je sais juste que je me réveille plusieurs jours après avec l'impression d'avoir survécu à une apocalypse et je passe mes journées à dormir et faire des lessives.

— Oh… ça à l'air chouette, commenta ironiquement Kuroo.

— Super chouette. Ta tête est tellement bourrée d'hormones que tu peux plus réfléchir correctement, même parler c'est difficile, voire impossible. C'est pour ça que beaucoup connaissent un minimum la langue des signes, tu peux pas taper débat philosophique, mais ça aide. Et puis super drôle, tu peux pas forcément rester dans ton appart parce que tu risques de bien emmerder les voisins et te retrouver à la rue. Du coup ça coute méga cher de trouver où passer son cycle parfois, bref…

— Oh… Je savais pas.

— Hum… ça craint un peu.

— Je vois ça…

— Mais après… Quand t'es avec quelqu'un de cool, c'est quand même pas trop dégueulasse…

Kuroo sourit.

— Merci.

— De quoi ?

— D'en avoir parlé avec moi.

— Je sais que tu peux pas le voir mais je lève les yeux au ciel là.

— Je trouve qu'Oikawa à une mauvaise influence sur toi.

— Comment tu sais que c'est pas l'inverse ?

— Qu'est-ce que vous foutez là ?

Ils se tournèrent tous les deux.

— Oh, Tsukki baby, le salua Kuroo.

Le concerné n'apprécia que moyennement le petit nom.

— On parlait, lui dit Yamaguchi.

— De quoi ?

— De rien

— De cul.

Yamaguchi et Kuroo avaient parlé en même temps. Kuroo jeta un regard noir à son ami qui se contenta de sourire. La nouvelle ne sembla pas décoiffer le blond, qui s'avança sans plus de commentaire.

— Et pourquoi tu ressembles à une putain de fée toi, ajouta-t-il à l'adresse de son partenaire.

— Une fée ?

Yamaguchi sortit son téléphone, caméra avant activée pour voir à quoi il ressemblait. Kuroo n'était pas peu fier de son œuvre : deux tresses sur le côté, et une autre sur le dessus tombaient dans une grande tresse qu'il avait fait revenir sur son épaule, un chef-d'œuvre.

— Woh, c'est trop joli ! s'enthousiasma Yamaguchi.

— Je t'avais dit que j'avais du talent.

— Et dire que j'ai douté de toi ! Faudra que tu me la refasses.

— J'espère ne pas aborder d'autres conversations comme ça dans le futur…

— Oh, mon pauvre, je crois que tes espoirs sont vains.

Kuroo pouffa mais n'ajouta rien.

— Bon, on comptait allait boire un bubble tea, tu viens ?

— Ouais ok .

— Cool !

— D'où il vient lui ? intervint Tsukishima.

— Oh, Tsukki baby, tu veux pas de moi ?

Tsukishima échappa un grognement.

— Bon, je vous attends dehors, magnez-vous.

— Yes ! s'exclamèrent Yamaguchi et Kuroo en chœur.

Ce ne fut qu'une bonne demi-heure plus tard, bubble tea en main, qu'il se rappela quelque chose de primordial :

— Merde…

— Quoi ? demanda Yamaguchi, occupé à se regarder sous tous les angles dans la vitre face à lui.

— J'ai oublié de récupérer le stylo que j'ai balancé parterre.

Yamaguchi, surprit de sa réponse, explosa de rire.

Évidemment, il ne revit plus jamais ce stylo. Paix à son âme.

-Fin du chapitre-

Hey ! J'espère que ce chapitre vous aura plu.

Je vais un peu faire de bavardage cette semaine :

J'ai tagué au début de cette histoire que je n'écris pas de smut, mais je ne passerai pas tout sous silence non plus. La sexualité est tout de même un sujet important, et complexe, et même si Kuroo n'en est pas à ses premiers émois, il est toujours temps de l'explorer et d'en redéfinir les contours. Tout n'est pas magique et beau, même si on est amoureux, et c'est ce que je vais essayer aussi de faire dans cette histoire (même si je verse un peu dans le guimauve, je vous l'accorde)

Je tenais énormément au Ace ! Kenma, un peu comme un hommage. C'est aussi grâce à ce personnage, et à la façon dont il a été décrit et « animé » dans certaines fanfictions que j'ai lues par le passé que j'ai pu évoluer, me comprendre, trouver les mots, et que j'ai pu passer de me sentir perdu et briser à fier de qui je suis aujourd'hui. J'espère que ces personnages et leur histoire pourront aussi, peut-être, vous accompagner un peu =) .

En attendant, les embarrassantes aventures de Kuroo continuent, prochain chapitre : « À table »

« À demain, lui signa le blond avant de se retourner. Kuroo ouvrit la porte du bureau. Akaashi et Bokuto devait dormir à cette heure-là, pas besoin de les réveiller, il irait dormir en haut. En ouvrant la porte de la chambre de Kenma, il se stoppa, prit de cours par les bruits lui parvenant. Il ne réussit pas tout de suite à interpréter de quoi il s'agissait, et se pencha un peu pour voir. Oh ? Bon et bien, ses petits amis n'étaient pas en train de dormir apparemment, étant donné qu'ils étaient dans le couloir, Akaashi contre le mur et Bokuto sur lui, s'embrassant comme si l'univers allait se vaporiser d'une seconde à l'autre. »

See you