Résumé : « Le brun tapota le sol à côté de lui, Kenma s'avança. Il s'assit à côté de lui, et ils regardèrent tous deux le linge tourner pendant un moment. Kuroo fut le premier à reprendre la parole :
— Tu voulais parler de quoi ? demanda-t-il, connaissant parfaitement la réponse.
— De sexe.
Oh boy… Kuroo sentit l'anxiété monter, mais il tenta du mieux qu'il put d'y faire barrage. Il prit une grande respiration. Avant même qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, Kenma reprit :
— Et de moi. »
Chapitre 28 : À table
La discussion que Kuroo avait eue avec Yamaguchi avait été plutôt dure à assumer sur le moment, mais elle lui avait tout de même était bénéfique. Il se sentait plus confiant. Il n'en était pas encore au point de vraiment se lancer, mais il y travaillait. Il entrainait de plus en plus son cerveau à se faire à cette idée sans paniquer. Et de la part de son système nerveux central, cela était tout de même un exploit.
Il avait passé le plus clair de la soirée dans le bureau de Kenma. Il avait réussi à décrocher l'exclusivité de pouvoir rester pendant le stream, à condition qu'il soit complètement silencieux. Il s'affalait dans le petit canapé au fond de la pièce et, à défaut de pouvoir voir correctement les écrans, écoutait parler Kenma. Il devait avouer qu'en plus d'être en compagnie de son petit-ami, il était bien heureux de pouvoir rester dans cette pièce, qui était la seule vraiment climatisée. La température y régnant était donc sans contestation la plus agréable de la maison.
Il commençait à lutter contre le sommeil, son esprit pris entre l'éveil et le sommeil s'engageait dans des directions mnésiques improbables, retransformant tous les bruits autour de lui pour les matérialiser en quelque chose d'autre. Il finit par revenir plus ou moins à lui au bout de plusieurs minutes. Il regarda l'heure : 1h30. Il était surement temps d'aller dormir. Il se redressa pour sortir, Kenma s'en rendit compte et il salua avec un sourire.
« À demain » lui signa le blond avant de se retourner. Kuroo ouvrit la porte du bureau. Akaashi et Bokuto devait dormir à cette heure-là, pas besoin de les réveiller, il irait dormir en haut. En ouvrant la porte de la chambre de Kenma, il se stoppa, prit de cours par les bruits lui parvenant. Il ne réussit pas tout de suite à interpréter de quoi il s'agissait, et se pencha un peu pour voir. Oh ? Bon et bien, ses petits amis n'étaient pas en train de dormir apparemment, étant donné qu'ils étaient dans le couloir, Akaashi contre le mur et Bokuto sur lui, s'embrassant comme si l'univers allait se vaporiser d'une seconde à l'autre.
Kuroo se plaqua contre le chambranle de la porte, ne tenant pas à ce que sa présence soit notifiée. Certes, il ne les voyait plus, mais il les entendait toujours! Le bruit de leur respiration allaitante, de leurs bouches éperdues. Kuroo rougit, sentant le sang lui monter à la tête. Il se doutait bien que Bokuto et Akaashi ne tricotaient pas des pulls ensemble quand il n'était pas là à squatter leur lit, mais c'était la première fois qu'il leur tombait dessus, et il ne savait absolument pas comment réagir. Donc il ne fit rien, ce qui était une bonne alternative. Il releva les yeux au bout d'un moment, il était adossé au chambranle, son regard était tourné vers le salon. Le miroir face à lui reflétait le couloir, et il détourna instinctivement les yeux. Sa respiration commençait à s'emballer, sa tête à tourner. Sa curiosité, ou sa libido, à ce point-là il ne savait plus trop, le fit de nouveau lever les yeux. Il pouvait les apercevoir dans le miroir face à lui. Son cœur tambourinait contre sa cage thoracique, une sensation à la fois brûlante et glaciale gagna tous ses membres. Il ne lâcha pas le reflet des yeux. Les deux amants s'étaient momentanément séparés, se regardant à présent, les yeux reflétant l'urgence de leur désir. Bokuto plongea sa tête dans le cou d'Akaashi, mordillant la peau de sa nuque. Kuroo vit sa main caresser la peau du brun, venant finalement se glisser dans son pantalon. Akaashi échappa un gémissement qui fut très vite avalé dans un baiser. Le brun, sans pour autant se défaire des lèvres de son amant, réussit à baisser la poignée de la porte menant à la chambre. Bokuto le vit faire et dégagea sa main. Akaashi l'attrapa par l'élastique de son jogging et le traina à sa suite à l'intérieur de la pièce. La porte claqua derrière eux, et Kuroo se retrouva seul dans le couloir. Il reprit son souffle, s'apercevant à présent qu'il était resté un long moment en apnée. Ok, il avait très très chaud là. Il attendit plusieurs secondes avant de s'engager dans le couloir. Il le traversa à pas de loup pour rejoindre la chambre du haut. Tâche ardue puisqu'il avait les jambes flageolantes et soudainement une très mauvaise perception de l'espace. Il réussit néanmoins à rejoindre son lit. Il s'enroula dans la couverture, tentant du mieux qu'il put de s'endormir sans penser à ce dont il venait d'être témoin. Plus facile à dire qu'à faire !
Il se sentit tout d'abord honteux de repenser à cela. Il se souvint alors qu'au tout début de leur relation, il détournait les yeux à chaque fois qu'il était témoin d'un baiser entre ses petits-amis. Ou plutôt, chaque fois que l'un d'entre eux s'apercevait qu'il était en train de les regarder. La chose les avait assez amusés, et on lui avait dit que ce n'était pas un souci qu'il le fasse. Si cela ne le dérangeait pas lui, ça ne dérangeait personne. Il fallait juste étendre maintenant. Certes, il aurait pu rentrer de nouveau dans la chambre de Kenma pour les laisser à leur intimité et attendre qu'ils repartent dans leur chambre, puisque pour le moment arriver comme une fleur en pleine action n'était pas dans ses plans. Non, à la place il avait décidé que les épier dans le miroir de l'entrée était une meilleure idée. Et s'il était honnête avec lui-même, il devait avouer que c'était tout de même une bonne-voir excellente-idée. Cependant, il ne pouvait à présent plus se détacher de cette pensée, son esprit commençant à imaginer ce qu'il était en train de se passer derrière leur porte close. Il s'abandonna complètement à la vision de son fantasme, délaissant la culpabilité ou la honte que cela aurait pu entrainer. Sans crier gare, le fantasme changea de forme, et sans que sa conscience ne l'ait consulté à ce sujet, il se retrouva lui-même impliqué dans le scénario joué par son esprit. Le plaisir gonflait en lui, son corps au bord de l'explosion. Il se noya d'autant plus dans cette vision imaginaire, sa chair brûlant comme si tout était réel.
L'extase le fit revenir à lui. Il en avait le cœur retourné, ses oreilles bourdonnaient et son torse se soulevait au rythme frénétique de sa respiration. Il se tourna pour s'allonger sur le dos. Il passa une main dans ses cheveux, humide de sueur, et échappa un soupire.
Bon, et bien au moins le blocage psychologique avait l'air d'avoir cédé.
-/-
Kuroo s'était endormi presque aussitôt, et il se réveilla le lendemain matin, le corps à la fois léger et extrêmement lourd, la peau encore moite de sueur. Il traina au lit plusieurs minutes avant de se décider à se lever. Il récupéra des sous-vêtements et un t-shirt propre puis redescendit les escaliers. Tout était calme, personne ne devait être encore levé. Il rentra dans la salle de bain en prenant bien soin de fermer la porte sans un bruit. Le contact du jet d'eau chaude contre sa peau le fit complètement phaser, et il resta de longues minutes immobiles, le regard dans le vide, passant distraitement la pomme de douche d'une épaule à l'autre. Alors qu'il aurait d'ordinaire suranalyser ses sentiments, il n'en fit rien. Son esprit était juste vide, comme drainé, mais apaisé. La tension accumulée dans ses muscles avait disparu. Il revint finalement à lui et termina sa toilette. Alors qu'il allait se rendre dans la cuisine, il entendit des murmures en passant devant la porte de la grande chambre. Il s'arrêta. Après quelques secondes d'hésitation, il toqua.
— Entre, l'invita la voix d'Akaashi.
Il s'exécuta, et sans plus de cérémonie alla en direction du lit. Akaashi était étendu sur son flanc, et Kuroo vint s'adosser contre lui, s'affalant en travers du lit. Bokuto changea de position pour le laisser s'étendre, reposant sa tête sur l'oreiller à côté de lui.
— Ça va ? demanda Akaashi à mi-voix.
Kuroo se contenta de hocher la tête. Il vit les deux échanger un regard, mais ils ne firent aucun commentaire. Kuroo hésitait: était-ce bien la peine d'en parler? C'était leur vie après tout, pas la sienne… Mais…
Mais bien sûr son cerveau passa à l'action sans son accord.
— Hmm… Je… Pas fait exprès hein mais, je vous ai vus hier soir.
Pas exprès, pas exprès, le jury était toujours en délibération.
— Oh, commenta Akaashi.
Ses deux petits-amis échangèrent de nouveau un regard avant d'échapper un rire.
— Quoi ?
Le regard de Bokuto trouva le sien. Ses lèvres s'étirèrent dans un sourire goguenard.
— Quoi ? réitéra le brun, plus alarmé cette fois.
Akaashi rit légèrement.
— Je constate que cela n'a pas dû trop te chagriner, lui répondit-il, un rien de taquinerie dans la voix.
Bokuto inclina la tête, ne le lâchant toujours pas du regard, son sourire s'étendit. Kuroo décida de s'en défaire pour tourner son visage vers Akaashi.
— Je ne nie pas, mais pourquoi tu dis ça ?
— Bro, tu pues l'endorphine. Et t'as pas l'air d'être partie faire un marathon avant de venir.
Kuroo comprit rapidement ce qu'il était en train de se passer et il sentit ses joues s'empourprer. Les deux autres rirent de nouveau. Non, pire, ils ne riaient pas, ils ricanaient.
— Oh.
Que fallait-il dire dans cette situation-là ?
— Désolé.
Désolé ?
Bokuto s'approcha de lui, posant sa tête dans sa nuque, respirant son odeur.
— J'ai jamais dit que ça me déplaisait.
« Bordel » murmura le brun pour lui-même.
Bien, Kuroo avait très très envie disparaitre de la surface de la Terre maintenant.
— Moi non plus, commenta Akaashi.
Kuroo l'entendit se retenir de rire de nouveau.
— Ravi d'avoir pu t'être utile.
Bokuto pouffa à la remarque de son partenaire.
— Je vais y aller je crois, déclara Kuroo, faisant mine de partir.
Bokuto l'attrapa par le bras pour le tirer vers lui, il le serra contre lui, étouffant dans l'œuf toutes nouvelles tentatives de fuite. Kuroo se laissa faire sans trop de résistance. Ils ne dirent rien plusieurs minutes, restant juste enlacés. Akaashi avait raison, cela lui avait plutôt été utile. Il se sentait apaisé. Il se demandait presque pourquoi il en avait eu si peur avant.
Il avait l'impression d'avoir brisé quelque chose en lui il y a longtemps, sans savoir trop quoi. Aujourd'hui, il se sentait de nouveau entier. Renouer avec cette intimité qui l'avait longtemps effrayé c'était finalement fait avec douceur. Il était prêt à accueillir avec plaisir la myriade d'émotions, la vulnérabilité et la douceur qui l'accompagnait.
Il inspira profondément.
— Je crois que ça va maintenant.
— Quoi donc ?
Kuroo inspira puis expira profondément.
— J'ai plus peur. Afin, si mais moins, mais pas pareil quoi.
— Oh ?
— Genre… maintenant, maintenant ? demanda Bokuto.
— Non, pas maintenant maintenant. Mais euh, bientôt.
— Oh, ok, nice.
Kuroo pouffa mais n'ajouta rien de plus. Il se tourna pour faire face à Bokuto. Il ouvrit les bras pour l'enlacer, et étira la main vers Akaashi qui enlaça ses doigts aux siens. Il ferma les yeux, écoutant leur respiration. Un sourire gagna ses lèvres.
Tout le monde disait bien que l'été était la saison parfaite pour les barbecues, il fallait saisir cette opportunité non ?
-/-
S'il voulait effectivement préparer son barbecue, il fallait quand même qu'il s'y rende un minimum préparé. Il connaissait pour le moment plus ou moins la liste des invités, il ne savait toujours pas en détail comment ils allaient les occuper, mais il se dit qu'il verrait bien sur le moment. Il avait effectué ses recherches, trouver des ressources n'était pas évident, mais heureusement, Kuroo avait appris l'anglais, ce qui lui débloquait trente pour cent du contenu d'internet. Selon Betany Strivers, influenceuse queer britannique, les clés d'un bon barbecue… multi-invitées n'étaient autres que « la communication », et « utiliser ses membres de façon intelligente », et ça Kuroo pourrait surement s'en accommoder. Kuroo était repassé chez lui pour récupérer des affaires, il en profita pour partir en mission dans un drugstore. Il évita celui le plus proche de chez lui, les employés l'avaient vu assez passer pour le reconnaitre et il tenait à conserver son intimité et son anonymat. Il tira donc plus loin. Il remplit son panier de choses plus ou moins inutiles, avant de se rendre aux rayons l'intéressant en premier lieu : celui des préservatifs. L'action était simple, prendre ce dont il avait besoin et repartir. C'était sans compter la capacité diabolique des entreprises à faire du marketing improbable… Face à lui, étendu sur toute une allée, se trouvaient effectivement les produits qu'il était venu chercher, mais leur diversité l'affolait : « alpha sensation plus », « alpha booster max » , « alpha experium »… Il revivait sa première journée à Tokyo une fois encore, et il se retrouva dans le même état de désespoir qu'à ce moment-là. Il ne pouvait pas faire plus simple ? Pas un produit « bêta pommé qui ne sait pas ce qu'il se passe », trop dur à demander ? Y'avait-il simplement une différence ? Peut-être que oui, peut-être que le choix n'était pas aussi évident ? Dans ce cas, il se devait peut-être d'en prendre de toute sorte, histoire de ne pas rater son coup ! Paniqué, il attrapa cinq boîtes qu'il fourra dans son panier. Il continua d'explorer le rayon, pas moyen de trouver autre chose que des produits ciblés pour les alphas, où était donc passé la bonne vielle boîte de durex ? Et puis, pas l'ombre d'un produit destiné à satisfaire des omégas en possession d'un pénis, le monde était injuste ! Il était maintenant au bord de la crise de panique, à deux doigts de lâcher son panier pour s'enfuir en courant. Heureusement, cette fois pas de Sugawara dans le coin pour être témoins de sa misère. Il l'adorait, mais il était bien heureux qu'il ne soit pas là pour voir la débâcle sentimentale faisant rage en lui. Alors qu'il allait se saisir d'une nouvelle boîte au marketing douteux, il entendit dans son dos :
— Franchement, je te conseille pas.
Il sursauta violemment et fit volteface.
— Oh, bordel, Suga…
L'argenté lui sourit de toutes ses dents.
— Me dis pas que tu travailles aussi ici…
— Non.
— Mais moi si.
Kuroo sentit son sang se glacer instantanément. Il se tourna lentement, et découvrit avec horreur qui se trouvait derrière lui : Yamaguchi. Il vit un sourire mesquin se glisser sur ses lèvres.
— Dîtes moi que je rêve, murmura Kuroo pour lui-même.
Yamaguchi s'approcha pour étudier le contenu de son panier.
— Non mais non attends c'est n'importe quoi.
Il ricana en saisissant un des articles
— XXXL, t'es sûr que ça va ?
— J'ai paniqué, se justifia le brun… Et puis je sais pas, peut être que ya vraiment une différence énorme entre le « alpha sensation plus extra large » et « Max booster »…
— Non, répondirent Sugawara et Yamaguchi en chœur.
Kuroo soupira, désemparé.
— Je te l'ai déjà dit, ya pas de diff énorme hors cycle, et c'est pas le type de contraception utilisé en cycle en plus… C'est juste pour booster l'égo des alphas qui pense en avoir des gigantesques… Au cas où tu peux prendre plus grand mais XXXL chouette, c'est n'importe quoi.
— Tu lui as déjà dit ? intervint l'argenté, amusé.
— Longue histoire, s'empressa de répondre Kuroo.
— Pas tant que ça…
— Si, longue histoire.
Sugawara et Yamaguchi le regardèrent, incrédules, avant d'échapper un pouffement. Devinant la détresse de son ami, le plus jeune reprit d'un ton bienveillant.
— Bon attends, déjà vire ça, il récupéra le contenu de son panier pour le remettre en place.
Il se pencha en suite pour aller récupérer un produit planqué toute en bas du rayon : et bien là voilà la bonne vieille boîte qui lui manquait tant ! Il la plaça dans son panier avant de relever les yeux, l'observant longuement. Il se pencha de nouveau et lui en apporta une seconde, puis une troisième.
— Mais abattez-moi, murmura Kuroo.
Seul un sourire diabolique lui répondit.
— Par contre niveau lubrifiant, tu peux t'amuser, attends…
Il partit dans un monologue visant à vanter les qualités de tous les produits qu'il lui présentait, notifiant leurs différences et leurs avantages avec précision. Quand il se tut de nouveau, il avait déjà réussi à en refourguer quatre différents à Kuroo.
— Autre chose ? demanda le plus jeune.
— Non… je veux juste fuir.
— Parfait, passons à la caisse alors.
Kuroo le suivit d'un pas trainant. Alors qu'il pensait avoir dépassé le seuil de non-retour du malaise intersidéral, Yamaguchi s'arrangea pour empirer les choses. Déjà, alors qu'il avait placé le reste de ses achats dans un sac en papier, il prit le temps de mettre les articles qu'il lui avait recommandé dans une pochette cadeau, qu'il décora d'un ruban jaune.
— Je te déteste, marmonna le brun lorsqu'il lui tendit.
Yamaguchi se contenta de lui sourire. Prenant sa voix la plus commerciale, il lui répondit :
— Et voilà pour vous !
Alors que Kuroo allait repartir, il lui asséna le coup de grâce :
— Amuse-toi bien !
Quelle saleté ! Mais Kuroo n'avait pas dit son dernier mot, d'une voix tout aussi enjouée il lui répondit :
— Oui, je t'enverrais des photos !
Le plus jeune pouffa et reprit :
— T'as intérêt !
Kuroo leva les yeux au ciel mais ne répondit rien. Il le salua tout de même avant de s'en aller. Peut-être que c'était une saleté, mais il l'aimait bien quand même.
-/-
C'était le moment, Kuroo en était sûr… Ou pas vraiment sûr, mais c'était le moment qu'il avait choisi et s'était déjà bien. L'humeur était bonne, les paramètres météorologiques assez cléments pour qu'il se permette de faire monter sa température corporelle sans risquer l'hyperthermie. Il était parti prendre une douche, et plus les seconds défilaient, plus il sentait son corps se gorger d'une sensation d'excitation pressante, de stress, d'anticipation. Il était prêt, déterminé ! Seul petit inconvénient, il n'avait en rien prévenu les invités de son barbecue, il s'était un peu fait mousser tout seul s'en prendre le temps d'en informer les autres partit. Il réfléchit donc à un moyen de le faire. Il aurait bien tenté le coup du « installons le mood » mais il ne savait pas très bien faire ça. Il se voyait très mal arriver dans le salon lascivement pour annoncer avec un regard de braise « j'attendrais dans la chambre » avant de repartir d'une démarche chaloupée. Cela faisait quand même un peu introduction de film de charmes des années 80… Il n'avait rien contre un peu de role-play vintage, mais il avait très peu confiance en ses performances d'acteur. Il pouffa, désolé du manque de taque de son imaginaire.
Tout de même, ce n'était pas non plus son premier barbecue ! Comment faisait-il déjà avant ? Il grimaça, ce n'était pas forcément beaucoup mieux que le film de charme vintage… Un peu plus gay certes, mais pas beaucoup moins kitch. Il repensa aux vidéos-conseils qu'il avait pu voir dans sa jeunesse : « transmettez votre désir et vos attentes » … Ou était-ce la vidéo introduction d'un cours de méditation guidé ? Peut-être tout simplement un wiki how « comment demander à un médecin de devenir son médecin traitant ». Il ne savait plus bien, mais il était sûr que le conseil était applicable en toute circonstance.
Il sortit de la salle de bain sans avoir pu vraiment trouver de solution. Il monta à l'étage pour y déposer ses affaires et resta planter devant son sac à dos. Il savait très bien ce qu'il y avait à l'intérieur : le petit sac au ruban jaune. Il baissa les yeux, détaillant son accoutrement. Fallait-il revêtir quelque chose de plus seyant ? Il décida que non, c'était un outfit adapté à toutes les circonstances, facile à retirer, certes sans artifice, mais il savait que cela ne chagrinerait personne. Il inspira profondément. C'était un adulte expérimenté, il se débrouillerait très bien. Il ouvrit son sac à dos et y récupéra la pochette à ruban jaune avant de descendre. Il se dirigea d'un pas décidé vers le salon, pas besoin de scénario prémédité, il allait compter sur ses talents d'improvisation.
Néanmoins, il sentit sa détermination flancher lorsqu'il arriva à destination. Akaashi était sur le canapé, Bokuto assis devant lui, le brun frottant les cheveux de son partenaire pour les sécher. Ils ne notifièrent même pas son arrivée. Kuroo se planta devant le bras du canapé, et les deux autres relevèrent finalement les yeux, incrédules.
— Bonjour, dit Kuroo.
Wouah, il était très mauvais en improvisation.
Les deux autres haussèrent un sourcil, mais répondirent tout de même à sa salutation.
— Euh, ça va bro ?
Sans plus d'explication Kuroo déposa le sac qu'il avait à la main sur la table basse, s'éloignant de nouveau tout en restant silencieux.
Ses petits-amis le regardèrent faire, restant plusieurs secondes interdit. Bokuto fut le premier à réagir, il tendit le bras pour récupérer le sac, Akaashi se pencha au-dessus de son épaule pour lui aussi regarder ce qu'il s'y trouvait. Il ne fallut pas plus de trois secondes pour qu'ils en notifient le contenue et que Kuroo se retrouve avec deux paires d'yeux étonnés braquées sur lui.
Le brun se racla la gorge, et annonça :
— Je voulais vous inviter à…
Il n'allait quand même pas continuer avec son histoire de barbecue ! « Transmettez votre désir et vos attentes » se répéta-t-il en pensée.
— À avoir un rapport sexuel, euh, avec moi. Maintenant…Si… vous êtes intéressés.
Oh mon dieu il se détestait ! La démarche chaloupée aurait eu le mérite d'avoir plus de charme… Il vit les deux autres échanger un regard, avant de se tourner de nouveau vers lui.
— Euh, Bokuto désigna du doigt Akaashi et lui-même dans une question muette.
Kuroo hocha simplement la tête.
— Euh, ok.
Alors que Kuroo allait se remettre à parler, sans vraiment savoir ce qu'en serait le contenue, il sursauta en entendant rire dans son dos. Il fit volteface, découvrant Kenma, ordinateur portable dans une main, chargeur dans l'autre.
— Nerd, échappa-t-il sur le ton de la taquinerie.
Néanmoins, lorsque le regard de Kuroo croisa le sien, il lui sourit.
— Tu veux venir ? demanda Bokuto.
Kenma détacha son regard de Kuroo pour celui de Bokuto :
— Non ça va, enfin si ça te va Ji.
Il se contenta de hocher la tête.
— Ok j'ai une réunion avec Yūji de toute façon, amusez-vous bien, annonça-t-il avec un sourire en coin avant de quitter la pièce.
La légèreté de cette intervention décontenança Kuroo.
— C'est qui Yūji ?
— Boulot.
— Oh ok…
Silence.
— Hum, tu veux qu'on y aille ? demanda Akaashi.
Le brun hocha simplement la tête.
Bokuto se leva d'un bon et se rua dans le couloir, sans oublier le sac à ruban jaune. Akaashi se leva lui aussi, il attrapa la main de Kuroo, embrassa rapidement ses lèvres et l'emmena à sa suite jusque dans la grande chambre. Akaashi se détacha de lui pour aller s'assoir en tailleur sur le lit où attendait déjà Bokuto. Kuroo les rejoint, Bokuto passa dans son dos, posant sa tête dans son cou en l'enserrant dans ses bras, Akaashi chercha son regard. Le silence s'installa de nouveau.
— Hum… Est-ce qu'il y a quelque chose que tu préfères ? Ou… Pas, c'est toi qui choisis, demanda le brun face à lui.
— Euh, je suis pas trop BDSM, enfin pas pour le moment en tout cas.
Bokuto et Akaashi pouffèrent.
— Oh, c'était pas la question ?
— Non, mais merci de nous l'avoir dit.
Il fallut tout de même plusieurs secondes à Kuroo pour comprendre.
— Oh, intervint-il une fois que l'information lui était montée au cerveau, euh non, peu importe, tout me va.
— Ok… Nous aussi. Hum, une idée particulière ?
Apparemment il n'était le seul à avoir regardé cette vidéo du « transmettez vos désirs et vos attentes ». Akaashi en était même à l'épisode deux : « soyez à l'écoute des désirs et des attentes ». Il inspira, il fallait lui aussi qu'il joue le jeu.
— Hum… À vrai dire, si ça vous va, ça me rassurerait plus que… Euh, je vous laisse prendre les devants.
— Ok, lui répondit Akaashi dans un sourire.
Bokuto posa un baiser sur son cou et glissa ses mains sous son t-shirt pour le lui retirer. Akaashi accompagna le mouvement et une fois qu'il en fut délivré, prit son visage dans ses mains pour l'embrasser. Il sentit les mains de Bokuto glisser sur sa peau.
Kuroo ferma les yeux et se laissa couler. Il ne lui en fallut pas plus pour totalement lâcher prise.
-/-
Kuroo revint à lui, le souffle court, la tête étourdie, et la peau abreuvée de plaisir. Il se laissa mollement retomber, son corps fébrile encore électrocuté de jouissance. Il entendit Bokuto retomber sur le sommier à ses côtés. Il se pencha pour poser un baiser sur sa tempe et se leva pour partir en direction de la salle de bain.
Kuroo ferma les yeux, incapable encore de reprendre totalement le contrôle de son cerveau. Sa tête, posée sur le torse d'Akaashi, se soulevait au rythme de la respiration encore erratique de son amant. Les battements de son cœur résonnaient dans son oreille, et il écouta son pouls peu à peu se stabiliser. Il inclina la tête pour que son regard attrape le sien. Son amant lui sourit, et il vint passer ses mains dans ses cheveux. Kuroo accueillit ses caresses avec ferveur.
— Ça va ? entendit-il murmurer.
— Je…
Il avait la voix encore écorchée, la résonance rauque ricocha dans sa gorge. Il s'éclaircit la voix et reprit :
— Je viens de me prendre un méga shoot d'ocytocine et de dopamine, je crois que ça va aller.
Il vit le brun lui sourire. Kuroo réussit à pousser assez sur ses bras pour se redresser et approcher pour embrasser ses lèvres. Il ne tint pas bien longtemps et se laissa rapidement retomber sur son torse.
Bokuto revint peu après en sautillant, il se jeta sur eux, faisant rebondir les ressorts du sommier. Akaashi ouvrit son bras pour le laisser se blottir contre lui.
— Bro je suis refait…
Kuroo haussa un sourcil.
— Quoi ?
— Désolé de te dire ça Bo, mais je crois que tu devrais arrêter de m'appeler comme ça.
Sa déclaration sembla profondément bouleverser son vis-à-vis. Il entendit Akaashi échapper un rire léger.
— Pourquoi ? demanda plaintivement Bokuto.
— Bah Bo, non, tu peux plus, pas après ça.
— Après ça quoi ?
— Cet incident phallique.
Bokuto et Akaashi explosèrent de rire.
— Bon ok, mais je t'appelle comment du coup ?
— Je sais pas… Tetsurō ?
— Tetsu…bro ?
Kuroo pouffa.
— Non Bo !
— Ah, ah, ah ! prévint ce dernier en agitant son doigt.
— Quoi ?
— Si je peux plus tu appeler Bro, tu peux plus m'appeler Bo.
— Mais j'aime bien Bo, se lamenta Kuroo.
— Non, pas de Bro, pas de Bo !
— Mais c'est pas pareil !
— Mais tu m'appelais déjà comme ça avant !
— Avant quoi ?
Il vit un sourire un rien graveleux se dessiner sur ses lèvres.
— Avant « l'incident phallique ».
Le fourbe avait l'audace de retourner ses propres mots contre lui.
— Ah non je sais ! intervint Bokuto.
— Hmm ?
— Je peux t'appeler babe ?
— Pff, si tu veux.
— Nice babe, lui répondit-il sans manquer de faire tressauter ses sourcils.
— Nice babe.
Ils pouffèrent en chœur et le silence retomba.
Kuroo releva les yeux :
— Et toi Akaashi ?
L'interpellé haussa un sourcil :
— Si on ne peut plus t'appeler par ton nom, toi non plus.
Kuroo sourit :
— Keiji…
Il avait prononcé son prénom dans un murmure. Leurs regards s'attrapèrent, et ils restèrent un long moment à se regarder, bêtement étourdis de tendresse.
— Meine kleiner igel, murmura Tetsurō
Il vit les yeux de Keiji s'écarquiller avant qu'il ne finisse par exploser de rire.
— Non t'aime pas ? Meine schöner schmetterling ?
Les rires du brun redoublèrent.
— Comment sais-tu tout ça ?
— J'ai pas du tout demandé à Chris.
— Je me demande bien comment ce genre de chose peut arriver dans la conversation.
— Pas schmetterling du coup ?
— Non, absolument pas.
— Ça veut dire quoi schmetterling ? intervint finalement Kōtarō.
— Papillon.
La réponse ne sembla que peu le ravir.
— En attendant Keiji c'est très bien…
Pas besoin de plus argumenter dans ce cas.
Kōtarō et Keiji tournèrent simultanément la tête en direction de la porte. Kuroo suivit leur regard, intrigué. Il fallut encore quelques secondes pour qu'il puisse entendre toquer à la porte.
— Viens, appela Akaashi.
La poignée s'abaissa et Kenma apparut dans l'embrasure de la porte.
Keiji ouvrit son bras libre pour l'inviter à venir. Kenma rentra en refermant la porte derrière lui. Une fois arriver au pied du lit il se dévêtit entièrement et passa sous la couverture pour se joindre à eux. Tetsurō le regarda faire, non surpris de ce comportement dont il avait déjà été témoin. Le blond vint poser un baiser sur ses lèvres avant de se blottir contre Akaashi. Il cala sa tête dans son cou, respirant son odeur, ce qui fit sourire son partenaire.
— Tu sens l'alpha satisfait, commenta le blond, visiblement ravi.
— C'est parce que c'est le cas.
Kenma échappa un soupire d'aise avant de tourner finalement son visage vers Kuroo.
— Je sens le bêta satisfait aussi ?
— Pff, oui. Vous parliez de quoi ? finit-il par demander.
— De surnom, lui répondit Tetsurō.
— Il veut plus que je l'appel « Bro », se plaint Kōtarō, une histoire « d'incident phallique ».
Kenma rit à son intervention.
— Du coup son prénom c'est mieux blabla. Tu t'imagines qu'il a fallu qu'il rencontre mon pénis pour commencer à m'appeler par mon prénom ! continua Bokuto, ce qui ne manqua pas de faire redoubler les rires de ses partenaires.
— Je l'avais déjà rencontré avant, remarqua Kuroo.
— T'avais rencontré la version mollassonne, pas le même individu babe.
Tetsurō pouffa :
— Ah oui désolé, comment ai-je osé les confondre ! Kenma, une préférence ?
— De pénis mollassons ?
— Pff, non, pour le surnom. J'ai tenté le « mon petit hérisson » version germanique pour Keiji, mais ça n'a pas eu un grand succès.
— Je vois pourquoi.
— Pas de « mon petit hérisson » ?
— Non.
— Mon canard en sucre alors ?
— Kenma c'est bien.
— Hmm, bof. Kiki alors ?
— Non.
— Ok, ok, public exigeant. Mon chaton ?
Le blond grimaça.
— Ma petite libellule des champs ?
— Mon lapin de garenne ? surenchérit Bokuto.
— Ma petite moufette ?
— Mon koala d'amour ?
— Oh mais fais-les taire, se plaignit le blond en réfugiant son visage dans le cou de Keiji.
— Bien sûr mon petit canari.
— Traître…
Les trois autres rires en chœur.
Le silence retomba finalement, doux et confortable.
Kenma, qui avait fermé les yeux, commença à ronronner doucement, bientôt suivit par Kōtarō. Keiji se joint finalement à eux, son ronronnement plus profond et lent résonnant dans la poitrine de Tetsurō. Ce simple bruit suffit pour déclencher dans son cerveau un nouveau shoot de dopamine.
Le brun ferma les yeux, abreuvé de tendresse.
Il se sentait aimer, et bordel que la sensation était étourdissante.
Il se sentait aimer, et il sentait qu'il aimait.
Il le sentait depuis un moment. Il ne savait pas si son cerveau l'avait déjà formulé ainsi, pourtant c'était une évidence.
Il ne faut que quelques secondes pour tomber amoureux. En moyenne près de cent jours pour pouvoir le dire. Kuroo ne savait pas dire à quelle seconde il était tombé amoureux, mais il savait qu'il fallait un peu plus de temps pour vraiment aimer, pour que cela émerge en soi comme une évidence. Il avait cru à une malédiction, mais il fallait qu'il reconnaisse la bénédiction qui lui avait été faite, car le miracle de l'existence, ou de la chimie, avait voulu que cela se produise plusieurs fois en très peu de temps.
— Oh… murmura-t-il.
— Hmm ?
— Je me disais juste que… je l'ai jamais dit.
— De quoi ? demanda Bokuto.
Il se tourna pour lui faire face.
— Je suis putain d'amoureux en fait.
Kōtarō lui sourit. Il prit son visage entre ses mains et approcha son visage du sien :
— Je t'aime aussi, murmura-t-il sur ses lèvres avant de l'embrasser.
Keiji libéra son bras, glissant sa main dans les cheveux du brun :
— Moi aussi.
Tetsurō décala sa tête pour pouvoir attraper son regard. Ils se sourirent.
Silence. Kōtarō et Keiji tournèrent leur regard vers leur partenaire. Kuroo dut se retourner pour lui faire face. Kenma parut surpris de leur insistance.
— Je suis amoureux de cet idiot depuis mes dix ans, je suis obligé de le dire ?
— Oui, se plaint Kuroo.
Le blond fit rouler ses yeux, feignant l'agacement.
— Je t'aime Kenma.
Le blond échappa un sourire en coin :
— Moi aussi, kuso neko no Jiji.
-Fin du chapitre-
Hey !
Désolé pour le retard, je me suis retrouvé bloqué à l'aéroport de Madrid plus longtemps que prévu… Un peu de mellow qui fait mal aux dents mais , avouons-le, qui fait du bien au cœur. J'espère que ce chapitre vous aura plu !
Prochain chapitre : « Tout ce que l'on ramasse »
« — Tu veux venir à la plage avec nous ?
Kuroo s'arrêta, prit de cours par la demande.
— Quoi ?
— Tu veux venir ? répéta Sugawara. »
See you
