Résumé : — ça va ?

Tetsurō releva les yeux vers Bokuto. « Non ! » hurla-t-il intérieurement.

— Oui… juste un peu, hum… stressé.

Son petit ami lui sourit.

— T'inquiètes, ça va bien se passer.

« L.O.L » pensa-t-il intérieurement, tentant de sourire à son tour, sans grand succès.

En relevant les yeux, il croisa le regard de Kenma dans le rétroviseur, et devina le sourire moqueur dessiné sur ses lèvres. Il le vit jeter un coup d'œil en direction d'Akaashi assis à côté et ils pouffèrent discrètement.

Oh bah merci pour le soutien moral !

Kuroo réajusta les deux boîtes en carton posées sur ses genoux, pas question qu'il se présente avec deux gâteaux complètement écrabouillés, son honneur en dépendait !

Pourquoi est-il là au juste ?

Chapitre 31 :parenti acquisiti

Kuroo inspira profondément.

— Ça va ?

Tetsurō releva les yeux vers Bokuto. « Non ! » hurla-t-il intérieurement.

— Oui… juste un peu, hum… stressé.

Son petit ami lui sourit.

— T'inquiètes, ça va bien se passer.

« L.O.L » pensa-t-il intérieurement, tentant de sourire à son tour, sans grand succès.

En relevant les yeux, il croisa le regard de Kenma dans le rétroviseur, et devina le sourire moqueur dessiné sur ses lèvres. Il le vit jeter un coup d'œil en direction d'Akaashi assis à côté et ils pouffèrent discrètement.

Oh bah merci pour le soutien moral !

Kuroo réajusta les deux boîtes en carton posées sur ses genoux, pas question qu'il se présente avec deux gâteaux complètement écrabouillés, son honneur en dépendait !

Pourquoi est-il là au juste ?

Non, il savait pourquoi il était là, mais pourquoi avait-il accepté de venir ?

Parce que Kōtarō lui avait demandé, et bordel il n'avait pas pu résister à sa tête de chouette effraie… Sa faiblesse le désolait.

Nous étions le dimanche 20 septembre : jour de naissance de Bokuto Kōtarō, aka son petit ami qu'il aimait tendrement, mais qui avait eu la formidable idée de lui demander de venir avec lui pour le fêter dans sa famille.

Ils l'avaient fêté tous les quatre le jour précédent, justement car il devait le fêter le lendemain dans sa famille. Tetsurō le savait depuis déjà plusieurs semaines, et cela ne l'avait pas plus chagriné que cela. Après tout, ils n'étaient ensemble que de puis très peu de temps, certainement pas encore le moment de devoir se présenter à sa famille, c'était-il dit. Erreur de calcul de sa part : il sortait également avec ses partenaires, qui évidemment allaient l'accompagner. C'est donc tout naturellement que Kōtarō lui avait demandé de se joindre à eux.

L'étape de la rencontre des beaux-parents était universellement connue comme étant des plus stressante, rajoutez à cela que l'événement était quelque peu impromptu, et que dans ce cas bien précis, que Kuroo pensait ne jamais avoir à vivre, il ne devait pas faire bonne impression auprès de deux, ou même de trois, mais bien auprès de quatre beaux-parents. Ils avaient la veille bombardé son petit-ami de questions afin d'établir un rapide profil de chacun de ses parents, mais il n'avait réussi à obtenir que quelques informations rudimentaires qu'il avait ensuite n'eut de cesse de se répéter en boucle pour les mémoriser parfaitement. La tâche s'était montrée plus ardue que préméditée : la polygamie ainsi que le mariage homosexuel n'étant pas encore légaux, ses parents ainsi que ses frères et sœurs ne portaient pas le même nom de famille, n'étant reconnu en tant qu'unité familiale que sous un traité spécial rattaché à la TPO lui avait-on expliqué. Le reste, il devrait l'apprendre directement sur le terrain.

— On est là ?

La voiture venait de s'arrêter, arrachant Kuroo à ses pensées. Il releva les yeux et manqua de s'étouffer en déglutissant : ils venaient de s'arrêter, non pas devant une charmante petite maison familiale comme il l'avait imaginé, mais bien devant un manoir. . . Un petit manoir certes, mais un manoir tout de même. Kuroo savait que Kōtarō venait d'une famille plutôt aisée, mais il ne s'était certainement pas imaginé cela. Le domaine devait dater du début du XXème siècle, construit dans un style occidental, les pierres cendrées de la bâtisse contrastant avec les feuillages des érables et cerisiers centenaires plantés tout autour. Kuroo se souvenait avoir vu un édifice semblable dans le jardin de Kyū-Furukawa, mais il ne pensait certainement pas que ce genre d'endroit puisse être encore habité. Il aurait dû s'en douter finalement…

— Ji ?

L'interpellé revint brusquement à la réalité : ses trois petits amis étaient déjà sortis du véhicule, Kenma lui avait ouvert la portière et attendait qu'il sorte. Il mit quelques secondes supplémentaires à retrouver l'usage de ses jambes. La parole elle ne lui était toujours pas revenue. Les trois autres s'étaient remis à parler entre eux, Kuroo était bien trop happé par la contemplation du jardin pour les écouter. Ils arrivèrent devant la porte, Kōtarō sonna et Tetsurō sentit son ventre commencer à faire des nœuds.

— Oh ! ça doit être les enfants, entendirent-ils de l'autre côté de la porte.

La porte s'ouvrit, et Kuroo put découvrir une femme d'une cinquantaine d'années, cheveux châtain ébouriffés seyants parfaitement à son aura éthéré, vêtue d'une large robe bariolée. Kuroo n'eut aucun mal à l'identifier : Yūma Maeda, 52 ans, professeure d'art plastique à la prestigieuse Université des beaux-arts de Tama, grande amatrice de poterie et herboriste à ses heures perdues.

— Kōtarō mon bébé, joyeux anniversaire échappa-t-elle tendrement en voyant son enfant avant de le prendre dans ses bras.

— Merci mams.

— Kenma-kun, Keiji-kun, je suis si heureuse de vous revoir, continua-t-elle, attirant les deux interpellés à elle pour les enlacer à leur tour.

Son regard tomba finalement sur Kuroo. Elle réajusta ses grandes lunettes rondes, le mouvement faisant tintinnabuler les dizaines de bracelets qu'elle portait au poignet.

— Et tu dois être Tetsurō, comme je suis contente de te rencontrer. Je suis la maman de Kōtarō, tu peux m'appeler Yūma.

— Enchanté Yūma-san, Kuroo se pencha pour la saluer, oubliant complètement les deux boîtes de gâteaux qu'il avait encore entre les mains qu'il manqua d'échapper.

— Houla, pas la peine de faire des courbettes, allez les enfants rentrez.

_ Nobu et Nao sont déjà là ? demanda Kōtarō une fois la porte refermée derrière eux.

Sa voix avait sonné étrangement, mélange de crainte et de joie…

— Oui, ils sont en haut ils…

— C'est le moche qu'on entend ? hurla une voix du haut de l'escalier.

— Ah bah les voilà.

Deux grands gaillards firent leur apparition, dévalant les escaliers en hurlant. Il vit Kōtarō se raidir, initiant même un mouvement de recul pour tenter la fuite. Avant même qu'il n'ait pu dire ouf, les deux autres s'étaient jetés sur lui, le soulevant dans les airs comme s'il s'agissait d'un maigre brin d'herbe.

Oui, Kōtarō Bokuto, 1m86, 83 kilos de muscles, une mince brindille…

Kōtarō finit par éclater de rire, il réussit à se défaire de leur emprise, il passa son bras autour du cou d'un de ses frères pour tenter de le faire chuter, mais le second lui fit un croche-patte qui le déstabilisa.

— Nobuyoshi Bokuto, 27 ans, maitre-chien, commença à murmurer Kuroo pour lui-même, Nao Ogawa, 25 ans, étudiant en art et communication à la Business…

Il se tut constatant que Kenma l'avait entendu marmonner

— Quoi ? demanda le brun.

— T'es un psychopathe…

— D'où je… il ne trouva pas plus d'arguments pour sa défense.

Kenma haussa un sourcil, un sourire moqueur se dessinant sur ses lèvres.

— On a oublié les fleurs dans la voiture, intervint Kenma.

— Nous avions pris des fleurs ? demanda Keiji.

Son partenaire ne lui répondit pas et passa de nouveau la porte.

— On va les laisser je pense qu'ils en ont encore pour une bonne dizaine de minutes, les prévint Yūma. Vous pouvez déposer ça à côté les garçons leur dit-elle, Keiji-kun tu sais où est la cuisine.

— Oui, lui répondit l'interpeller, attend je vais t'accompagner, lui dit-il.

Avant même qu'ils n'aient pu tourner les talons, ils entendirent hurler « Keiji ! ». Kōtarō avait réussi à s'extirper de la mêlé, il attrapa son partenaire pas le bras, espérant que ce dernier vienne à son secours. Malheureusement pour eux, ils furent tous deux avalés par la mêlée brouillonne. Kuroo en fut le seul rescapé.

— Ah, ils ne sont vraiment pas possibles, lui adressa Yūma-san, sourire aux lèvres, vient donc avec moi je…

Un bruit de fracas retentit dans leur dos.

— Attention les garçons… Non pas là, je…

Elle se détacha de lui pour séparer les sauvageons qui lui servaient d'enfants, tentant par la même occasion de sauver les quelques vases encore intactes. Kuroo se retrouva donc seul, planté dans le hall d'entrée avec ses deux boîtes de gâteaux. Il tourna les yeux vers la pièce adjacente, apercevant une grande table. Alors qu'il allait ouvrir la porte pour rejoindre la pièce, plaçant ses deux boites dans une seule main pour faciliter l'action, il détecta du mouvement dans son air visuel périphérique. Il sursauta violemment, manquant une fois encore de faire tomber ses boites qu'il rattrapa de peu. Un rire infantile lui parvint. En tournant les yeux, il découvrit que ce qui lui avait autant fichu la frousse n'était autre qu'un enfant se tenant dans l'ombre d'un couloir. Ils se regardèrent silencieusement, tels deux animaux venant de se croiser dans une forêt. Kuroo n'eut aucun mal à déterminer de qui il s'agissait : Shin Bokuto, le petit dernier de la fratrie.

— T'es rigolo, lui dit l'enfant.

— Euh… merci. Hum, j'aime bien ton chapeau, continua-t-il, désignant le petit bob grenouille que portait Shin.

L'enfant échappa un rire, flatté du compliment, et disparut dans l'ombre du couloir.

Ok…

Kuroo revint à sa tâche première qui était de passer dans la pièce suivante pour qu'il puisse enfin poser ses gâteaux avant qu'ils soient fichus pour de bon. La pièce était chaleureuse, le style rustique contrastant avec le prestige apparent de la demeure. Alors qu'il allait enfin poser ses deux boîtes, il sursauta, manquant une fois encore de les échapper. Le gag commençait à devenir vraiment pénible. Le fauteuil face à lui venait de se tourner, et Kuroo put découvrir qu'un homme d'une petite cinquantaine d'années, vêtue d'un élégant costume trois pièce, l'air sévère et austère, y était installé. Ses cheveux noirs étaient plaqués en arrière, ses yeux tout aussi sombres le sondant sévèrement. Nul doute, il avait face à lui Naruhito Nakayama. Kuroo frissonna. Il prit tout de même son courage à deux mains et s'inclina pour le saluer.

— Enchanté Nakayama-san. Je suis Kuroo Tetsurō le…

Il se tut : l'homme face à lui venait de se lever. Bien qu'ils soient plus petits que lui, son aura était si imposante qu'elle le força au silence. Nakayama s'avança d'un pas, et l'examina de la tête aux pieds, un rien de mépris dans le regard. Kuroo avala difficilement sa salive.

— Un bêta…

— Euh… oui, lui répondit simplement Tetsurō, se penchant de nouveau pour lui conférer son respect.

Cela ne sembla pas pour autant adoucir son vis-à-vis.

— Oh, Naru, tu devrais voir les poireaux et les courgettes ont super bien poussé !

Kuroo tourna les yeux vers l'individu venant de pénétrer la pièce par la porte opposée à celle qu'il avait prise. Il s'agissait d'un homme aux cheveux longs châtain foncé retenus dans un chignon désordonné, vêtu d'une chemise à carreaux surmontée d'une vieille salopette en jean sali de tâche d'herbe et de terre. Pas de doute, il s'agissait bien d'Hiroshi Bokuto.

Hiroshi constata finalement sa présence :

— Oh tient, qui voilà !

— Bonjour je suis…

Tetsurō n'eut pas le temps de finir sa phrase, Bokuto-san avait traversé la pièce pour venir à lui. Il le prit immédiatement dans ses bras, le serrant si fort qu'il décolla du sol.

— Ah ! Tu dois être Tetsurō, ravi de te rencontrer mon garçon, lui dit-il une fois qu'il eut l'amabilité de le reposer parterre.

— Enchanté Bokuto-san.

L'interpellé lui offrit un sourire rayonnant avant de se tourner vers son partenaire :

— Naru, me dit pas que t'étais en train de jouer au grand méchant loup !-il se tourna de nouveau vers lui- T'en fais donc pas, il fait peur comme ça, mais il c'est un tendre en fait.

— Hiro… gronda Nakayama-san.

— Papa! hurla une petite voix fluette.

Le masque de sévérité de Nakayama-san se brisa complètement lorsque son petit dernier fit son apparition. L'enfant se précipita sur son papa qui le prit aussitôt dans ses bras. Shin enlaça son père et tourna les yeux vers Kuroo :

— Oh c'est toi !

Le brun lui sourit et le salua de la main.

— Je le connais il est rigolo, plaida Shin pour défendre sa cause.

Nakayama-san tourna de nouveau les yeux vers lui. Il y avait toujours un je ne sais quoi de dédain dans son regard, mais il s'était adouci. C'était toujours ça de gagner. Il ne lui adressa pas pour autant la parole et se tourna à nouveau vers son partenaire :

— J'espère tout de même que tu vas te changer avant de passer à table.

Hiroshi ne s'embarrassa pas d'une réponse et fit un vague geste de la main.

— Bon allez, allons rejoindre les autres, lui dit-il, passant son bras dans le dos de Tetsurō pour le guider à sa suite.

La bataille de chiots était toujours en cours, Keiji avait réussi tant bien que mal à s'en extirper, attendant maintenant assis sur les premières marches de l'escalier. Kuroo s'approcha de lui, riant en voyant l'état dans lequel il était : cheveux en bataille, vêtement froissé, et un air de profond désarroi peint sur son visage.

— Je vois que tu as réussi à en sortir vivant.

— De peu, commenta Akaashi.

— Hiroshi te voilà, dit Yūma en s'approchant de ses partenaires, quatre vases à la main.

L'homme explosa de rire en voyant la pagaille qu'avaient mise ses enfants.

— Ils t'ont fait des misères ?

— Rien de bien important, je suis contente de les voir comme ça.

Hiroshi échappa un nouveau rire, il siffla et le combat prit immédiatement fin. Les trois frères se séparèrent enfin, à bout de souffle. Kōtarō revint vers eux, complètement défait, mais un sourire radieux aux lèvres, ronronnant si fort qu'il était certain que le sol en tremblait. Il capta le regard de Kuroo et lui sourit.

— Babe !

Alors qu'il s'approchait, certainement pour l'embrasser, Kuroo initia instinctivement un mouvement de recul, il ne tenait pas particulièrement au PDA en présence de sa famille, c'était peut-être un petit peu tôt pour ça. Kōtarō parut surpris, mais comprit de quoi il en retournait lorsqu'il releva les yeux, apercevant enfin ses deux papas. Il sourit et vint à leur rencontre.

— Paps, papa !

— Joyeux anniversaire mon grand, dit Hiroshi.

— Tu aurais pu faire un effort Kōtarō, c'est quoi cet accoutrement, remarqua Naruhito.

Le concerné baissa les yeux, détaillant sa tenue : vieux sweat-shirt gris usé et pantalon de jogging jaune canari.

— Bah quoi ?

Nakayama-san soupira mais n'insista pas plus.

Akaashi se leva à son tour pour saluer ses beaux-parents.

Les frères de Kōtarō constatèrent finalement sa présence et se ruèrent sur lui. Bien que se ressemblant par bien des égards : cheveux noir corbeau, yeux onyx, forme de nez et de lèvres similaire, l'énergie qu'ils irradiaient individuellement était bien différentes. Nobuyoshi avait des allures de labrador fou et un je ne sais quoi de frat-boy, tandis que Nao tenait plus de l'emo-boy (oui, peut-être que Kuroo avait des catégorisations étranges, mais cela fonctionnait tout de même).

— Oh, tu dois être Tetsurō, non ? le salua Nobuyoshi.

— Oui je…

Il se tut, Nobuyoshi venait de lui attraper le bras pour lui tâter les biceps. Kuroo sursauta lorsqu'il se pencha tout près de son visage pour… le renifler. Kuroo resta pétrifié plusieurs secondes, ne sachant absolument pas comment il devait réagir. Le scan olfactif sembla néanmoins ravir le jeune homme qui se sépara de lui en lui offrant un sourire radieux :

— Ravis de te rencontrer !

— Euh, de même…

— T'es un bêta ? intervint Nao, qui ne lui avait pas encore adressé la parole.

— …Oui.

Nao sourit :

— Cool.

— Nao, ça se fait pas ! gronda son ainé.

— De quoi ?

— De dire ça, c'est pas poli.

Ah parce que rentrer dans la bulle de quelqu'un pour lui tâter le bras ça l'était ?

— Oh, hum, déso, je suis Nao, salut, se reprit-il avant d'incliner la tête.

— Tetsurō.

— Et moi c'est Nobuyoshi, mais tu peux m'appeler Nobu.

— Ou l'idiot, intervint son frère, c'est pareil.

L'idiot en question ne sembla pas bien ravi de ce titre et poussa son frère, ce qui eut pour effet de le faire rire de plus belle.

La porte d'entrée s'ouvrit, attirant l'attention de la petite assemblée attroupée dans le hall d'entrée. Apparut alors une femme cinquantenaire, cheveux noirs mi-longs et look de businesswoman accomplie : Etsuko Ogawa. Elle était accompagnée d'une jeune adolescente aux cheveux blonds coupés à la garçonne aux joues rebondit : Megumi Nakayama.

— Hey, regardez donc qui j'ai trouvé dans le champ d'en face, rit Etsuko.

Elle s'écarta de la porte, laissant tout le loisir aux autres de voir Kenma, planté dans l'encadrement de la porte, un pauvre bouquet de fleur sauvage à la main. Kuroo pouffa, il se disait bien qu'il n'y avait jamais eu de bouquet de fleurs dans la voiture.

— Oh, elles sont formidables, s'extasia Yūma en s'approchant, sincèrement charmé par ce bouquet improvisé.

Kenma le lui tendit, et elle s'en saisit comme s'il s'agissait d'un artefact d'une beauté fragile.

— Regarde, moi aussi j'en ai ramené maman !

Megumi sortit de la poche avant de sa salopette quatre fleurs écrabouillées et un brin de blé sauvage qu'elle lui tendit.

— Superbe ma louloutte, je vais les mettre avec les autres dans un vase.

Kuroo hésita entre admiration et hilarité : certes, le maigre bouquet était très moche, ce qui rendait l'enthousiasme à son égard plus que comique, mais la douceur et la sincérité était désarmante, gentle parenting 101.

Alors qu'Etsuko s'approchait pour saluer ses deux aînés, toujours planté à côté de Kuroo, son regard tomba finalement sur lui. Elle parut tout d'abord surprise de constater sa présence, mais très vite un sourire d'une bonhomie tendre lui échappa :

— Tient, un petit nouveau !

— Kuroo Tetsurō, se présenta-t-il à nouveau.

— Ravis de te rencontrer gamin, je penser vraiment pas te voir aussi tôt.

Kuroo fronça les sourcils, ne sachant pas vraiment comment interpréter ses dires. Elle passa un bras autour de son épaule et se pencha en avant, l'attirant avec elle pour qu'il se retrouve à sa hauteur.

— Dis-moi, ils t'ont forcé à venir, c'est ça ? lui murmura-t-elle.

Kuroo en décelant le ton humoristique de l'échange, lui répondit :

— Un peu oui…

Etsuko parut surprise de sa franchise, mais échappa rapidement un rire sonore :

— Ah, s'exclama-t-elle en lui envoyant une grande tape dans le dos, t'es un drôle toi, j't'aime bien gamin. T'en fais donc pas, on est pas si terrible va.

Tetsurō échappa un sourire et hocha la tête. Etsuko lui sourit une dernière fois avant de se redresser.

— Kōtarō, joyeux anniversaire petit monstre, dit-elle en attrapant son fils par le bras pour l'embrasser sur la tempe. Naru, laisse donc cet enfant parterre, il a des jambes je te rappelle, dit-elle en s'éloignant, qu'est-ce qu'il faut faire pour avoir à boire ici ? C'est jour de fête quand même !

Toute la petite troupe commença à se diriger vers la pièce suivante. Kuroo suivit le mouvement. Il fut bientôt rejoint par Kenma et Keiji.

— Ya jamais eut de bouquet, n'est-ce pas ? murmura Kuroo à l'adresse du blond.

— Non.

— Tu voulais juste pas te retrouver dans la mêlée?

— Yep.

— Pauvre Keiji, il s'est retrouvé entrainé là-dedans et tu n'étais même pas là pour le secourir.

Keiji acquiesça.

— Pourquoi j'aurais dû le secourir ?

— Par… amour ?

Kenma pouffa.

— C'est chacun pour sa peau.

— Charmant, commenta Keiji.

— C'est toi l'alpha, tu devrais aimer ça pourtant les combats bien musclés de chien chien fou, rétorqua le blond, se foutant ouvertement de son partenaire.

Akaashi haussa un sourcil, n'appréciant que moyennement la teneur de l'argument.

Kenma s'en aperçut et pouffa, il lui sourit, et attrapa sa main pour l'embrasser discrètement. Cela sembla suffire à dérider le brun, qui leva les yeux au ciel mais n'ajouta rien de plus.

— Elle est pas là Suki ? demanda Kōtarō à ses parents.

Kuroo comprit qu'il s'agissait de Suki Nakayama, l'aîné de Kōtarō, et la seule personne qu'il n'avait effectivement pas encore croisée.

— Elle ne t'as pas prévenue ? demanda Yūma, visiblement désolé. Elle a dû repartir déjà, ses cours reprennent demain.

— Oh… ok.

Kōtarō eut l'air profondément désolé de l'apprendre. Tetsurō s'approcha de lui, posant une main sur son épaule pour le supporter.

— C'est ta grande sœur c'est ça ?

— Hmm… Elle fait ses études à Sapporo.

Kuroo écarquilla les yeux :

— Ta sœur vit sur ma terre, et tu me l'as pas dit !

Cela réussit à arracher un sourire à son amoureux.

— Ta terre ?

— Exactement.

Bokuto pouffa.

— Elle commence sa thèse cette année.

— Cool, en quoi ?

— Économie.

— Stylé ! Ma sœur fait aussi éco à Sapporo… Enfin éco et je sais plus quoi… Ça sort un peu de mes cordes…

— Hmm…

Kōtarō n'avait apparemment pas pris note de la dernière info, il avait toujours l'air froissé que sa sœur soit absente. Tetsurō se pencha pour poser son front sur sa tempe une fraction de seconde, lui transmettant son soutien. Cela réussit à lui faire échapper un sourire.

— Dégueulasse, entendit-il murmurer dans son dos.

Kuroo n'eut nul besoin de se retourner, reconnaissant très bien la voix de Kenma. Il ne prit pas la peine de se retourner et lui présenta un majestueux doigt.

— Woh, ok, c'est comme ça qu'on traite ses beaux-frères !

Kuroo sursauta, en se retournant, il constata la présence de Nobu et Nao directement derrière lui. Mortifié, il s'excusa d'une voix étriquée Kenma à sa droite ricana, et les deux frères semblèrent plus amusés qu'outrés par la situation. Nobu en profita pour s'avancer à ses côtés, il passa son bras autour de son cou, Nao en fit de même, poussant son petit frère par la même occasion.

— Du coup Tetsu, je peux t'appeler Testu ? -Nobuyoshi ne prit pas la peine d'écouter sa réponse et continua- tu sors d'où ? Qu'est-ce que tu fais à Tokyo ?

— Euh je…

— Comment t'as rencontré le moche ? le coupa Nao.

Ils l'inondèrent d'une dizaine d'autres questions, n'attendant jamais vraiment qu'il réponde. Kuroo s'attendait bien à devoir subir un interrogatoire, mais il aurait tout de même voulu pouvoir y répondre.

Ils arrivèrent finalement dans une immense véranda où une grande table avait été dressée. Des plantes immenses au feuillage tantôt vert pomme, tantôt émeraude ou bien violet, se mêlaient en une forêt dense. Les portes coulissantes avaient été ouvertes, offrant une vue grandiose sur un immense jardin japonais contrastant avec le style de la demeure. Un bassin parsemé de nénuphar s'étendait presque jusqu'au pied de la maison, bordé de buisson verdoyant et d'arbre tortueux.

Kuroo n'eut nullement le temps de s'adonner plus longtemps à sa contemplation, Nobu l'avait déjà trainé à sa suite.

— Allez vient t'assoir avec nous…

Sur le coup il n'avait pas beaucoup le choix, et il se retourna donc coincé entre les deux aînés de la famille. Il tenta un SOS du regard à ses petits-amis, mais aucun d'entre eux ne daigna réagir. Il devrait y survivre sans l'aide de personne.

-/-

Kuroo n'était pas fier de cela, mais il l'avait fait pour son bien, pour sa survie. Le début du repas ne s'était pourtant pas si mal déroulé : après avoir survécu à un nouveau bombardement de question de la part de ses « beaux-frères », la discussion s'était entamée sans trop de difficulté. Nao et Nobu partageaient avec leur petit frère l'amour de l'absurde, et cela, Kuroo savait gérer. Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour se faire complètement accepter par les deux aînés. C'est alors que les choses se corsèrent : ennuyé par ce repas trainant en longueur, et voyant que les discussions se poursuivaient sans que jamais n'arrive le dessert, les deux plus jeunes s'étaient levé de table, la résurgence de places vacantes avait alors donné lieu à un mouvement de chaise musicale qui, il ne savait par quel malheureux miracle, lui avait permis de se retrouver face à Nakayama-san. Avait alors commencé un interrogatoire étrange et touchant un peu trop à l'intime à son goût. Il savait bien qu'il devait un certain respect à Nakayama-san, mais l'invasivité des questions devenait de plus en plus malaisante. Il voulait bien qu'il n'y ait pas eu des tonnes de bêtas dans sa famille, mais il ne constituait pas non plus une espèce en voie de disparition !

Il avait profité d'un moment de commotion pour s'enfuir, prétextant un tour aux toilettes. Prétexte, le mot était fort, puisque c'est précisément ce qu'il partit faire. Cependant, aux vues de la taille de la demeure, trouver l'endroit en question lui prit un temps fou, ce qui n'était pas non plus pour lui déplaire : cela lui faisait une petite aventure, et tant qu'il était dans les couloirs, il n'était pas à table. Il finit par en trouver en montant à l'étage. Il comprit de suite qu'il était entré sur territoire déjà bien proclamé : au pied des toilettes se trouvait un marchepied permettant d'atteindre la cuvette, qui elle était décorée de centaines de grenouilles multicolores, le tout enclavé dans un décor de jingle où pélican et autres oiseaux du paradis l'observait avec jugement. Il se dépêcha, certain qu'il devait filer au plus vite pour éviter les ennuis. Il ouvrit la porte et fit un bon en arrière de quelques centimètres : il avait été repéré ! Shin se tenait devant lui, bob grenouille sur la tête et peluche girafe à la main. Leurs regards se rencontrèrent.

— Ah désolé, tu voulais y aller ? demanda Kuroo.

L'enfant le regarda longuement, sans pour autant prendre la peine de lui répondre. Le contact visuel dura encore de longues secondes, avant que Shin réponde :

— Non.

— Oh, Ok.

Shin ne bougea pas, toujours planté devant le brun.

— Euh… échappa Tetsurō, essayant de formuler correctement la phrase dans sa tête.

— Tu veux voir ma chambre ? demanda brusquement l'enfant.

Kuroo fut quelque peu déstabilisé par cette demande et ne répondit pas immédiatement.

— J'ai une cabane, ajouta le plus jeune.

Argument séduisant.

— Euh… ok.

Shin hocha la tête, mais ne bougea pas. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs secondes qu'il lui tendit la main. Kuroo la regarda quelques secondes, et finalement lui tendit la sienne. Shin en parut satisfait. Il tourna les talons et le traina à sa suite. Ils n'eurent pas besoin d'aller bien loin, à peine avaient-ils fait deux pas que Shin l'arrêta devant une porte. Il dut le lâcher pour actionner la poignée. La porte s'ouvrit alors sur un petit univers onirique et charmant. Le papier peint au mur rappelait la forêt amazonienne, au sol s'étendaient un large tapis orné de grenouilles multicolores. Kuroo nota que s'il devait un jour faire un cadeau à cette enfant, la grenouille était une valeur sûre. Shin reprit sa main et le guida vers un petit tipi blanc constellé d'étoiles dorées sous lequel étaient étalés des tas d'oreillers. Shin passa en premier, saisit un oreiller qu'il ajusta, ressortit et l'invita à s'installer.

— Oh, euh merci.

Kuroo pénétra dans le tipi, en faisant bien attention à se baisser suffisamment pour ne pas détruire la structure. Il s'installa sur l'oreiller que lui avait préparé Shin et attendit. Ce dernier rentra à son tour et s'installa à ses côtés. Le silence s'étendit de longues secondes. Tetsurō n'avait pas été en si jeune présence depuis longtemps : de quoi parlait-on avec un enfant de cet âge-là exactement ?

— Hum… jolie cabane, finit-il par commenter.

— Avant, c'était à Megumi mais maintenant c'est à moi.

— Oh…euh…cool.

L'enfant hocha vaguement la tête. Sans rien dire de plus, il se leva de nouveau et sortie du tipi, laissant un Kuroo bien perturbé derrière lui. Il revint rapidement, une grande boîte en métal dans les bras. Il posa la boîte devant Kuroo et l'ouvrit. À l'intérieur se trouvait tout un tas de cartes bien ordonnées.

— Choisit une, lui fut-il demandé.

Kuroo hésita mais jeta finalement un œil sur les cartes, il en prit une au hasard, et la sortie de la boîte. Il fut surpris de constater qu'il s'agissait de fiche technique reprenant les caractéristiques d'animaux sauvages exotiques.

— Ah, j'ai le… le gavial.

Shin hocha la tête, mais n'ajouta aucun commentaire supplémentaire.

— Gavialis gangeticus, le Gavial du Gange, est une espèce de crocodiliens de la famille des Gavialidae. C'est la seule espèce actuelle du genre Gavialis.

Shin hocha la tête.

— Hum…il est reconnaissable à ses mâchoires particulièrement étroites et allongées. Chez les…

— T'es qui ? l'interrompis l'enfant.

Kuroo fut pris de court par la question. Question légitime, timing un peu étrange cependant. Il l'avait invité dans son tipi sans connaitre son identité : c'était la preuve certaine d'une grande bonté se dit-il, et d'une hospitalité certaine.

— Euh…Je suis Tetsurō.

Shin hocha la tête.

— Hum… ton grand frère m'a invité pour son anniversaire.

— Oh.

Silence.

— T'es son amoureux ?

Kuroo ne savait pas bien ce qu'il devait répondre. La plupart du temps, lorsqu'il avait rencontré la famille de ses petits amis, il avait dû mentir sur son véritable statut, il n'avait que rarement répondu honnêtement à ce genre de question. Il hésita.

Et puis merde, le gosse avait quatre parents, il était certain que sa réponse ne le décoifferait pas plus que cela :

— Oui.

— Ah d'accord.

Silence. Kuroo baissa de nouveau les yeux sur sa carte.

— Chez les mâles de plus de 4 mètres, la longueur de la protubérance spongieuse sous le museau peut atteindre jusqu'à six fois sa largeur. Le Gavial du Gange a 29 dents de chaque…

— Et aussi de Kenma-oni ? l'interrompis une fois encore Shin.

— Euh…oui.

— Et Keiji-oni ?

— … Oui aussi.

Shin hocha la tête, visiblement satisfait de sa réponse.

— Euh… donc 29 dents de chaque côté de sa mâchoire inférieur et porte des plaques osseuses sur les côtés de la nuque et du dos.

— Moi quand je serais grand j'aurais plein d'amoureux et d'amoureuses aussi.

Kuroo releva les yeux.

— Oh euh… bah c'est un bon plan.

— Oui… comme ça j'aurais plein de câlins.

— Ah oui c'est…

— Et plus de cadeaux aussi pour mon anniversaire.

Kuroo échappa un rictus, en voilà un qui ne perdait pas le nord.

— Bon plan, commenta-t-il.

— C'est quoi ton animal préféré ?

— Euh… je sais pas, j'aime bien les chats et…

— Non.

— Non ?

— Ton animal qui vole préféré ?

— Ah qui vole ? Euh… les chouettes.

Il y a peu, il aurait répondu les corbeaux. Mais depuis l'incident du corvidé voleur, ils avaient grandement descendu dans son estime.

— Moi j'aime bien manger du poulet, surtout quand c'est maman qui le prépare, avec des champignons des fois.

— Ah oui, ça à l'air bon.

— Oui.

— Euh… du coup c'est la poule ton animal préféré ?

— Ça vole pas les poules.

Commentaire tout à fait juste.

— Ah… et du coup c'est lequel ton préféré ?

L'enfant soupira, il attrapa ses pieds et commença à se balancer d'avant en arrière, visiblement plongé dans une réflexion intense.

— J'aime bien les raies aussi, ou les baleines.

— Ah… c'est vrai que c'est joli.

— Oui.

Alors que Kuroo s'apprêtait à commenter sur son animal marin préféré, il entendit des pas dans le couloir.

— Ji, t'es là ?

Il fut soulagé d'entendre la voix de Kenma.

— Oui ! répondit-il, poussant sur sa voix pour se faire entendre.

Il passa sa tête hors du tipi. Kenma entra, suivit de près par Megumi. Le plus jeune sembla vexé de voir tout ce petit monde pénétrer dans son antre.

— Shin, j'ai retrouvé les chaussures de la Barbie si tu veux.

Le visage du plus petit s'illumina alors :

— Les bleues ?

— Oui.

Il se précipita hors du tipi, alla récupérer sa poupée et s'approcha de sa sœur qui lui tendit alors une paire minuscule de chaussures bleues à talons. Kuroo sourit, attendrit par l'échange. Kenma s'approcha et le rejoint à l'intérieur du tipi.

— Wouah, t'as été invité dans le tipi, t'as la côte.

— T'as vu ça.

Ils s'embrassèrent rapidement, et Kenma s'installa à ses côtés.

— Au moins y'en a un qui m'aime bien dans la famille.

Kenma haussa un sourcil.

— Je crois que tout le monde t'aime bien ici.

— Hum ? Tu crois ?

— Apparemment.

Kuroo soupira.

— Je suis pas sûr que Nakayama-san soit un très grand fan.

— Naruhito ? J'ai pas l'impression, je vous ai vu discuter pourtant. C'est déjà énorme, je crois que les trois premières fois où je l'ai vu il ne m'a même pas adressé la parole.

— Vraiment ?

— Ouais…

— J'aurai peut-être préféré, il m'a un peu bombardé de questions un rien heu… intrusives… et bizarre… Je suis pas certain qu'il aime trop le fait que son fils soit avec euh… un bêta.

Kenma fronça les sourcils.

— Quoi comme question ?

Kuroo se laissa tomber en arrière, s'étalant de tout son long sur les coussins.

— Voyons… Il m'a demandé à quel âge j'ai su que j'étais bêtas… Je savais pas quoi répondre, j'ai pas de réponse à ça puisque je l'ai toujours su… Mais bon, je crois que j'ai dit à la puberté quoi… Après il m'a demandé comment ma famille avait réagi, il a failli tomber à la renverse quand je lui ai dit que toute ma famille était bêta aussi.

Kenma éclata de rire.

— Rigole pas, j'étais super mal alaise ! Après il m'a demandé si j'étais fertile, bro j'imagine mais c'est quoi cette question ! Il a insisté en me demandant si c'était en continu au juste par période…

Les rires de Kenma redoublèrent d'intensité.

— Bordel mais c'est pas drôle ! répliqua le brun, commençant pourtant lui-même à être gagné par son hilarité.

— Pour sa défense Ji, tu nous as fait la même.

— Comment-ça ?

Le blond attrapa son regard, il haussa un sourcil.

— On se souvient de la fois où tu pensais que t'allais foutre Kōtarō en cloque.

Tetsurō rougit furieusement et détourna les yeux.

— C'est pas pareil.

— D'où c'est pas pareil ?

— Je savais pas, enfin, j'avais pas capté.

— Bah c'est pareil pour lui.

Kuroo marmonna une réponse mais n'insista pas plus. Il croisa les bras et détourna les yeux, son regard tomba sur les Shin et Megumi jouant à la poupée ensemble.

— Le prends pas mal, reprit Kenma.

— Plus facile à dire qu'à faire.

Kenma leva les yeux au ciel, mais Kuroo put voir un sourire tendre glisser sur ses lèvres.

— Naruhito vient d'un très vieux clan Yamakita assez traditionaliste… Non seulement il n'a pas grandi entouré de bêtas, mais en plus de ça il a été élevé un peu en dehors du monde…

Kuroo fronça les sourcils.

— Pourquoi, il habitait sur une île déserte ? Je veux pas faire chier, mais on est quand même pas mal de bêtas non ?

Kenma lui jeta un regard blasé.

— Vraiment, c'est ton argument ça ?

— Bon ok, mais tu vois ce que je veux dire.

— Hum…

Silence.

— Tetsu, tu sais pourquoi le TPO a été mis en place à l'origine ?

— J'en sais rien, découlé du patriarcat ? Pour pouvoir affirmer sa dominance sur un groupe minoritaire ? Histoire de bien emmerder tout le monde ?

— Pff, si tu veux, mais…

— Mais ?

Kenma soupira.

— Il y a cinquante ans, les naissances d'oméga représentaient moins d'un pour cent des naissances au japon, c'était très rare. Enregistrées en tout cas.

— Vraiment ?

— Hum… ça s'appelle pas « traité de protection » pour rien.

Kuroo le regarda longuement. Il n'avait jamais eu vent de cela. Décidément, l'étendue de son ignorance le terrassait parfois.

— Oh… je savais pas.

— Quand Naruhito est né, cela faisait des années qu'aucune naissance d'oméga n'avait été enregistrée, il a été élevé en dehors du monde pour cette raison, pour le protéger et protéger la descendance de son clan. Du coup je comprends le biais qu'il peut avoir.

— Hum… J'en savais rien…

— Et puis…

— Et puis ?

— Megumi commence à grandir, Shin est certainement leur dernière enfant, je pense qu'il se prépare juste à l'éventualité que l'un d'entre eux soit bêtas, c'est surement pour ça qu'il te pose toutes ces questions. Il veut juste être un bon parent.

Kuroo soupira. Les arguments tenaient la route, il pouvait comprendre.

— Ça explique pas pourquoi il m'a demandé si j'étais bon en cuisine parce que je cite il n'était « pas sûr de mon efficacité dans le nid principal »…

Kenma pouffa.

— Ok, c'est un peu dur.

— Ah, tu vois, j'exagère pas !

— Non… mais si ça peut te rassurer, je suis pas bien efficace dans le nid principal non plus, et je sais pas forcément cuisiner.

Kuroo tourna les yeux, le regard de Kenma était allumé de malice.

— Blague d'asexuel ? demanda-t-il.

— Blague d'asexuel, confirma le blond.

Le brun rit, et le rire de son amoureux se joint rapidement au sien.

Leur éclat se tut et le silence retomba. Kuroo tourna les yeux en direction du sommet du tipi. Il soupira.

— Ça va ? demanda Kenma.

— Hum, ouais… Je me sens juste un peu mal d'avoir jugé Nakayama-san trop vite.

— Hum…

— Et je me dis que… je sais pas, ya tellement de choses que j'ai ignorées pendant des années, et je m'aperçois à quel point ça a affecté la vie de personnes qui me sont chère et je… je sais pas, je me sens bête, et impuissant. Je m'étais jamais aperçu avant des privilèges que j'ai et…enfin voilà.

— Woh, ok.

Kuroo tourna les yeux vers le blond :

— C'est tout ?

— Hm… Je sais pas quoi te dire Ji, je m'attendais pas à ce que ça t'impacte autant… Mais… Je sais pas, hum… T'as pas à te sentir coupable pour ça, c'est pas vraiment ta faute. Tout ce que tu peux faire c'est, apprendre j'imagine… Hum…Et tu peux toujours utiliser ces privilèges…

— Les utiliser ?

— Oui, pour, je sais pas, pour aider. Je parle pour moi mais… je sais que j'ai certains privilèges, j'essaye juste de voir comment je peux en faire bénéficier ceux qui en ont moins que moi, je vois ce que je peux instrumentaliser pour aider… Quoi ?

Un sourire goguenard s'était glissé sur les lèvres de Kuroo.

— Je ne te savais pas si altruiste.

Kenma leva les yeux au ciel et saisit un oreiller qu'il lui balança à la figure. L'attaque ne fut que peu efficace et Kuroo éclata de rire. Il répliqua, renvoyant le même oreiller sur Kenma.

— Tu me fatigues, commenta le blond.

— C'est toi qui as commencé.

— Super mature…

— Dit-il après m'avoir envoyé un oreiller à la figure, fait attention, je crois que Kōtarō détint un peu trop sur toi…

— Tant que je me retrouve pas avec ses goûts vestimentaires ça passe.

Kuroo pouffa à cette remarque.

Le silence retomba.

— Je pensais pas que c'était aussi jeune la TPO, cinquante ans, c'est pas si vieux… Vu le contenue, je pensais que ça avait genre… un siècle et demi.

— Oh on revient sur ça, se plaignit Kenma... Bah rassure-toi, à l'origine c'était plus light qu'aujourd'hui. Entre-temps elle a été oubliée quasi vingt ans, pour ressurgir il y a vingt piges… Et ça a empiré avec le changement du président du C.F.G.M.A.O ya genre cinq-six ans…

— La CFG quoi ?

— La C.F.G.M.A.O.

Kuroo cligna plusieurs fois des yeux incrédules. Kenma en fit de même.

— T'as zéro notion de politique en fait.

— Hey !

Kuroo ne savait pas bien pourquoi il était si vexé de ce commentaire, puisqu'effectivement, il n'en avait aucune.

— Le Comité Fédéral de Gérance des Minorité Alpha et Omega, la C.F.G.M.A.O.

— Oh… jamais entendu parler.

— Tu me fatigues, commenta Kenma un rien blasé.

Kuroo fit la moue :

— Mais je t'aime moi…

— Je t'aime aussi mais tu me fatigues.

Un sourire enfantin se dessina sur les lèvres du brun, il s'approcha de son amoureux pour quémander un bisou. Kenma s'éloigna de lui pour lui empêcher l'accès à ses lèvres.

— Mais allez ! Fais-moi un bisou !

— Non.

— Allez !

— Après c'est sur moi que Kōtarō détint…

— Bisou, murmura Tetsurō.

— Non, lui répondit le blond sur le même ton.

Cette fois passa à l'offensive et entreprit de s'étaler sur Kenma. Ce dernier éclata de rire mais continua à se débattre. Tetsurō finit par arrêter, affichant simplement une mine de chien battu. Kenma échappa un léger rire, et finalement prit son visage entre ses mains pour poser un baisé sur ses lèvres.

— Beurk !

Ils se séparèrent, se tournant en direction de la voix qui venait de leur parvenir. Megumi les regardait avec un air de profond dégoût.

— C'est dégueu les bisous. Ajouta-t-elle. En plus dans ma cabane !

— C'est ma cabane, intervint son petit frère.

— C'était la mienne avant.

— Oui mais maintenant c'est à moi et c'est moi qui dis si on peut faire des bisous !

— Roh… personne me comprend de toute façon, se plaignit son aînée.

Kenma et Kuroo pouffèrent.

Soudain, la porte s'ouvrit à la volée. Keiji se précipita à l'intérieur de la chambre et referma derrière lui. Il avait le souffle court et ses yeux trahissaient la panique qui le submergeait.

— Ça va ? demanda Kuroo.

Keiji fit non de la tête et se précipita vers la cabane. Kenma et Tetsurō se séparèrent pour lui faire de la place entre eux deux.

— Mais non pas dans ma cabane ! râla Megumi.

— C'est ma cabane !

— Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Kenma.

— Ils ont recommencé à se battre, murmura Keiji.

Kenma pouffa.

— Comment ? Tu n'as pas envie de te joindre à eux ? C'est si défoulant pourtant, je suis sûr que tu veux pas maintenant mais qu'une fois dans la mêlée, tu vas adorer.

— Je ne trouve pas cela amusant du tout, répliqua Keiji.

Kuroo et Kenma rirent en chœur.

— Vous pouvez faire des bisous si vous voulez, leur dit Shin.

— Mais non ! s'exclama sa sœur.

La porte s'ouvrit à nouveau, ce qui fit sursauter Keiji. Kōtarō entra, la mine resplendissante et les cheveux en pagaille.

— Ah mais vous êtes là !

Il se précipita vers la cabane et se jeta sur eux. Pas besoin de vous expliquer comment se prendre 83kg dessus les firent se sentir. Kōtarō n'écouta rien de leurs plaintes.

— Ah bah vous étiez là !

— T'as déjà fini de te chamailler avec tes frères ? demanda Kuroo.

— Hum… Paps nous a fait nous séparer.

— Oh, j'en suis vraiment navré, ironisa Kenma.

— Oh d'ailleurs Babe, Paps te cherche.

Un sentiment de pure panique envahit Kuroo.

— Lequel ? réussit-il à articuler.

— Bah… Paps.

— Hiroshi, précisa Kenma.

Kuroo échappa un soupir de soulagement.

— Qu'est-ce qu'il veut ?

— Je sais pas, te poser des questions pour son potager.

Tetsurō fronça les sourcils :

— Qu'est-ce que j'y connais en potager ?

— Je sais pas la biologie, les plantes…

— Je suis pas biologiste, je suis biochimiste ! Et j'y connais rien !

Kōtarō haussa les épaules.

— Oh les gosses ! entendit-il Etsuko hurler. Descendez pour le gâteau !

Ils durent se résoudre à quitter la cabane pour rejoindre le reste de la famille. Hiroshi interpella Tetsurō à la seconde où ils réapparurent dans la véranda. Heureusement pour lui, Yūma l'appela aussitôt, ainsi que Keiji et Kenma afin de se rendre avec elle à la cuisine. Kuroo fut soulagé de constater que les gâteaux dont il avait eu la charge n'avaient subi aucun dégât majeur. Une fois les bougies allumées, ils se dirigèrent de nouveau vers la véranda, leurs voix se mêlèrent ensemble pour chanter joyeux anniversaire. La lueur des bougies dansait dans les yeux de Kōtarō. Il sourit, attendrit, heureux d'être là finalement. Les bougies furent soufflées, accompagnées d'applaudissement et d'éclat de voix. Kuroo dut détacher son regard de son amoureux en sentant un tapotement sur sa cuisse. Shin s'était planté devant lui. Une fois qu'il eut son entière attention, il ouvrit les bras. Tetsurō n'eut aucun mal à comprendre sa demande, il se pencha et le prit dans ses bras pour le porter.

— Ça va bout'chou ?

L'enfant se contenta de hocher la tête, il passa ses petites mains dans ses cheveux, riant aux éclats lorsqu'il les redressa pour former deux petites cornes sur sa tête.

Se sentant observer, Kuroo tourna la tête, constatant alors que Nakayama-san avait son regard braqué sur lui. Il frissonna d'abord, un rien effrayé, mais repensa finalement à ce que lui avait confié Kenma. Il lui offrit alors un sourire chaleureux. Nakayama-san fronça les sourcils, déstabilisés, mais il put voir que toute l'hostilité qu'il avait pu avoir à son égard c'était dissipé. Nakayama-san détourna finalement les yeux. Le sourire de Kuroo persista. Kōtarō avait eu raison finalement… En fin de compte, tout s'était bien passé.

-Fin du chapitre-

Hey ! Surprise, me voilà déjà 😉

Comme je ne pourrais pas poster ce week-end, et que je ne voulais pas attendre pour poster ce chapitre, le voilà ! J'espère que la rencontre avec toute la petite famille vous aura plu (surtout Shin, c'est pas bien mais je fais quand même un peu de favoritisme).

Prochain chapitre : Rentrée des classes

« — Qu'est-ce que tu fais ?

Kuroo releva les yeux de son ordinateur. Bien trop prit dans ses recherches, il n'avait même pas remarqué que Keiji était venu s'installer en face de lui.

— Euh… je cherche un stage… ou plutôt une idée…

— Oh ? Déjà ? Je pensais que les stages n'avaient pas lieu avant l'année prochaine ?

— C'est ce que j'ai dit ! Mais Oikawa et Kōtarō m'ont stressé à me dire que j'étais déjà à la traine !

— Ça me semble tout de même exagéré, mais je ne suis pas sûr d'avoir toutes les clés en main pour comprendre l'urgence.

Kuroo partit dans un long monologue, retraçant les détours et aller-retour de sa réflexion. Keiji l'écouta en silence, hochant la tête de temps à autre.

— Puis-je venir chez toi ce soir ?

Akaashi l'avait coupé au beau milieu de sa phrase. Kuroo se tut, surpris de la soudaine demande et de son degré de politesse.

— Chez moi ?

Son petit-ami hocha la tête. »

See you

FT