Résumé : « Tetsurō en avait maintenant lui aussi les yeux humides. Il ne pensait pas que pleurer de gêne était possible. Kenma avait les yeux rivés au sol, se raccrochant visuellement aux motifs de la moquette comme si sa vie en dépendait.

Megi-san ouvrit son tiroir et en sortit une montagne de petites brochures qu'elle lui tendit. Kuroo se contenta de hocher la tête, récupérant les documents. »

Chapitre 33 : Parai kuklos 1

Kuroo avait finalement réussi à s'endormir aux alentours de six heures du matin. Il avait patienté toute la nuit, attendant un message de la part de ses petits-amis. Il avait bien tenté de se rassurer en se disant qu'ils avaient simplement dû rentrer se coucher et qu'exténué par leur journée, ils avaient oublié de lui envoyer des nouvelles... Mais à peine commençait-il à sombrer dans le sommeil que son inquiétude le réveillait aussitôt. Il ne réussit à trouver le sommeil qu'aux premières lueurs de l'aube. Il émergea une heure et demie plus tard, et son premier réflexe fut de récupérer son téléphone : toujours rien.

Pourtant Kōtarō devait déjà être debout à cette heure-là. Il se décida à lui envoyer un message :

« Tout va bien ? »

Il attendit.

Son téléphone sonna finalement au bout d'une dizaine de minutes : Kōtarō l'appelait. Il décrocha immédiatement.

— Allô ?

Allô.

La voix de son amoureux était faible, lourde de fatigue.

— Je te réveille pas ?

Non…

Silence.

— Tout va bien ?

Bokuto soupira.

Ça va… Apparemment on a échappé au pire, il y a l'air de pas y avoir trop de dommage physique… Il a dû faire une prise de sang… On aura les résultats la semaine prochaine.

— OK…

Désolé babe de pas t'avoir donné de nouvelle plus tôt.

Kuroo sourit faiblement.

— C'est rien.

Silence. Il entendit Kōtarō soupirer de nouveau, comme s'il hésitait à continuer.

Tetsu ?

— Hmm ?

Je… j'aurais pas dû te dire de rentrer.

Kuroo fonça les sourcils.

— C'est pas grave, je comprends…

Qu'est-ce que tu comprends ?

— Bah… que j'en suis peut-être pas là… Que ça vous regarde vous et que…

Il soupira.

Que t'en es pas là ?

— Oui… enfin… vous êtes partenaires, et je suis… bah je suis juste votre petit-ami, et puis pas depuis si longtemps que ça… Je comprends que… de pas être inclus dans… ça.

Oh, babe non ! C'est pas… c'est. Non, c'est pas ça. Non… C'est justement pour ça que je disais que…

— Kōtarō, c'est pas grave.

Il soupira. Le silence s'étendit quelques secondes.

J'aurais voulu que tu sois là.

Tetsurō échappa un hoquet de surprise.

Je pense pas que j'étais le seul.

— Oh…

Désolé… Je voulais pas forcément te mêler à ça… c'est compliqué… C'est peut-être égoïste mais… c'était bizarre de ne pas t'avoir avec nous. Et… j'aurais voulu que tu sois là…

Tetsurō hocha la tête, mais ne répondit rien. Kōtarō attendit, mais n'eut aucune réponse pendant plusieurs secondes.

Babe ?

— Hmm…

Désolé si c'est un peu contradictoire, je disais juste ça parce que…

— J'aurais voulu être là aussi, mais je comprends.

Nouveau soupire.

Ya rien à comprendre vraiment je… je veux que… et… plus que ça… je… On en a discuté d'ailleurs et…

Il ne termina pas sa phrase. Il souffla, comme pour se redonner du courage.

Hmm… Tu peux venir cette après-midi ? Je pense que ce serait bien qu'on parle…

— Oh…

Il avait peur de comprendre. Ou peur de se tromper monstrueusement.

— OK… Je vais essayer de dormir un peu et je viens cette après-midi.

OK… À tout à l'heure.

— À toute.

Je t'aime.

— Moi aussi.

Kōtarō raccrocha.

Tetsurō regarda son téléphone un moment, avant de relever les yeux. Son corps était en train de s'agiter de tout un tas d'émotions contradictoires. Il était… déjà rassuré que Keiji aille bien… Content de constater qu'il leur avait manqué, qu'il avait entièrement sa place à leur côté. Mais il craignait bien de comprendre ce que cela allait impliquer.

Il savait qu'il y serait confronté un jour, il s'était engagé en toute connaissance de cause, mais il ne pensait pas avoir à y réfléchir aussi rapidement.

De ce que lui avait dit Kōtarō, il semblerait qu'ils… finissent par lui demander. Lui demander s'il voulait partager leur cycle avec eux. Et Kuroo n'était pas sûr d'être prêt pour ça. Plutôt contradictoire, vu qu'il se lamentait quelques heures plus tôt de ne pas encore en être à ce stade de… d'intimité et de connexion. Mais maintenant, il n'était plus bien sûr d'être en pleine capacité pour assumer ce que cela voulait dire.

Finalement, il était plutôt d'accord avec le père de Kōtarō : il n'était pas bien sûr de son efficacité dans un nid principal. Quoique cela puisse signifier, après tout, il n'en avait qu'une vague idée, et de source pas forcément très fiable.

Du même temps, au vu de son historique, et des informations qu'ils avaient pu glaner auprès de ses amis, de ses amants, il n'était plus bien sûr de… de pouvoir faire ça maintenant.

Mais une chose était sûre, il ne voulait certainement pas les abandonner comme ça. Il voulait tout de même être là pour eux. Très clairement, il avait bien l'impression que c'était un sacré foutoir, mais cela par contre ne lui faisait pas si peur.

Il trouverait une alternative.

Il saisit son ordinateur portable et ouvrit Google : il était temps d'effectuer quelques recherches.

-/-

Kuroo s'arrêta devant le portail de la petite maison. Il respira profondément et sonna. On lui ouvrit la porte sans qu'il ait besoin de s'annoncer. Arrivé au premier étage, il enfila ses chaussons, entendant déjà des voix lui parvenir du salon. La discussion fut coupée court lorsqu'il ouvrit la porte : Kenma et Kōtarō étaient assis dans le salon, ils lui sourirent faiblement en le voyant. Ils avaient l'air exténués. Bokuto se leva pour venir à lui, et Kuroo ouvrit automatiquement les bras lorsqu'il arriva à sa hauteur. Son amoureux se laissa tomber dans l'étreinte, soupirant profondément avant de poser un baiser sur sa joue. Il se détacha finalement de lui et repartit s'assoir sur le canapé. Kuroo les rejoint, il se pencha pour embrasser Kenma avant de demander :

— Ça va ?

— Ça va… Ça va aller, lui répondit le blond en tentant de sourire pour le rassurer.

Les lèvres de Kuroo lui répondirent, formant ce même sourire sans joie.

— Il est où ?

— Dans sa chambre, lui répondit Kenma.

— Il dort ?

— …Non, je pense pas, continua-t-il.

Kuroo hocha la tête.

— OK.

Il releva les yeux en direction du couloir.

— Je vais aller le voir.

Les deux autres hochèrent la tête et il partit en direction de la chambre d'Akaashi.

Une fois arrivé devant sa porte, il retint un soupire, puis frappa.

— Rentre, lui fut-il répondu.

Tetsurō entrouvrit la porte et passa la tête : Keiji était assis sur son lit. Leurs regards se captèrent aussitôt.

— Hey love…

— Hey…

Keiji se laissa basculer sur le côté pour s'allonger, et Kuroo vint s'installer à ses côtés.

— Ça va ?

— Hmm… Mis à part ce profond sentiment de honte, l'impression que ma tête va exploser et que mon corps est à la limite de la combustion spontanée, ça va oui.

— Hmm… donc ça va pas trop.

— Non…

Tetsurō ouvrit les bras et son amoureux se réfugia dans son étreinte, reposant sa tête sur son torse. Kuroo referma ses bras autour de lui et passa ses doigts dans ses cheveux. Le silence s'étendit de longues secondes avant que Keiji ne reprenne finalement la parole :

— Je me sens tellement idiot d'avoir fait ça… J'ai honte, et je m'en veux tellement…

— Hmm…

Akaashi releva la tête pour capter son regard.

— Je vais pas te mentir, c'est vrai que c'était pas une brillante idée.

Keiji grimaça :

— Oui…

— Mais ce qui est fait est fait, pas la peine de se morfondre… J'imagine. Tu vas bien au final… Tout le monde va bien.

Akaashi acquiesça. Silence.

— Merci…

— Pourquoi ?

— D'avoir été là… Si tu ne m'avais rien dit, j'aurais surement persisté.

Kuroo hocha vaguement la tête mais ne répondit rien, il ne savait pas quoi lui répondre. Son petit-ami soupira :

— On va devoir aller chez la médecin la semaine prochaine… Ses consultations ne sont jamais très agréables, mais là j'ai peur qu'elle soit bien pire que d'ordinaire.

Kuroo échappa un rire léger. Il sentit Keiji bouger la tête, et il détacha ses yeux du plafond pour pouvoir capter son regard. Le brun le regardait avec insistance.

— Tu viendras ?

Kuroo sentit son pouls s'accélérer, mais il tenta de garder son calme.

— Où ça ?

— Chez la médecin ?

— … Si tu veux que je sois là je serais là…

Akaashi opina, visiblement rassuré.

— D'ailleurs.

Kuroo sentit de nouveau son cœur s'emballer, l'angoisse commençait à s'immiscer en lui. Il tenta de s'en défaire du mieux qu'il put.

— Oui ?

— Hum… On a discuté… Il… faudrait qu'on parle.

Tetsurō retint un soupire.

— C'est ce que j'ai cru comprendre…

Akaashi fronça les sourcils.

— Kōtarō m'a appelé ce matin.

— Oh…

Il n'ajouta rien de plus et baissa les yeux. Ils restèrent enlacés encore de longues minutes, en silence. Kuroo commençait presque à sombrer dans le sommeil lorsqu'il sentit Akaashi bouger de nouveau. Il ouvrit les yeux, Keiji se détacha finalement de lui pour se remettre en position assise.

— Quelle motivation, remarqua Kuroo.

— Je suis moi-même impressionné.

Ils se sourirent. Le silence flotta encore quelques instants avant qu'Akaashi demande :

— On y va ?

Le brun hocha la tête et ils se redressèrent. Ils rejoignirent les deux autres, encore installés dans le salon. Kōtarō était installé sur le canapé, Kenma assis sur le tapis face à lui. Ils se turent en les entendant arriver.

— Hey, dit le blond en apercevant son partenaire.

— Hey…

Keiji s'avança en premier, allant s'assoir à côté de Kōtarō. Kuroo hésita encore quelques secondes, et vint s'installer finalement à côté de Kenma. La conversation avait repris à voix basse, Kuroo était bien trop pris dans ses pensées pour comprendre de quoi il était question. Son pouls était normal, ses idées claires… plus ou moins, le poids de l'angoisse s'était levé. Il était prêt. Il n'avait pas eu le temps d'y réfléchir bien longtemps, mais sa décision était prise, et elle lui semblait la solution la plus raisonnable.

— Hmm…

Ils se turent tous trois et tournèrent son attention sur lui.

— Vous vouliez me parler de quelque chose ?

Ils parurent surpris du contenu de son intervention. Kōtarō et Keiji échangèrent un regard, avant de tourner leur attention de nouveau vers lui.

— Oh, euh oui, commença Kōtarō.

Kuroo hocha la tête pour l'inviter à continuer.

— Hmm… On en a discuté et… c'est peut-être tôt, je sais pas, peut-être mais… Voilà on en a parlé et on s'est dit que… enfin on…je sais pas ce que tu vas penser, ou… afin bref…

Kōtarō commençait à se perdre dans ses propres propos. Il soupira, incapable de continuer sa phrase.

— Oui ?

Kōtarō capta de nouveau son regard. Il inspira finalement et demanda :

— Nous voulions savoir si… si tu voulais partager ce cycle avec nous. Dans le nid principal.

La question tomba, Kuroo resta sans réactions plusieurs secondes. Il avait vu juste. Il n'était pas surpris, mais l'entendre le projeta quelques instants hors de lui. Kuroo tourna les yeux vers Kenma :

— Qu'est-ce que tu fais toi ?

Le blond parut momentanément surpris que l'attention se soit tournée vers lui, mais il finit par répondre :

— Je serais là, mais pas dans le nid principal.

Il vit Kōtarō et Keiji légèrement grimacer dans sa vision périphérique, mais ils ne dirent rien.

Kuroo hocha la tête et tourna de nouveau son attention vers les deux autres. Ils lui sourirent, attendant toujours sa réponse. Kuroo leur sourit à son tour, mais la teneur en était tout autre. Ils le comprirent et leurs sourires fanèrent aussitôt.

— Désolé… Mais je suis pas sûr d'être encore… prêt pour ça.

— Oh…

Kōtarō baissa les yeux, Keiji tourna son regard au loin, il sentit les yeux de Kenma sur lui.

— Je comprends…

— Mais… je veux être là.

Ils tournèrent de nouveau leur attention sur lui, surpris du rebondissement.

— Je… je sais pas vraiment si… je comprends tout, ou si j'ai toutes les clés mais… Je, j'y ai réfléchi et je… Par exemple, je sais que les apports journaliers en nourriture des alphas peuvent tripler voire quadrupler en cycle et qu'il est difficile de s'alimenter correctement dans ces conditions, que les omégas ont tendance à se sous-alimenter également… je peux être là pour m'occuper de ça ! Ou qu'il est compliqué de euh, de se laver ou garder un environnement propre et…, je peux aider avec ça, ou quoique ce soit d'autre qu'il est difficile, voir quasiment impossible de communiquer s'il y a un souci, je peux être là pour ça… Et enfin… Si quelque chose arrive… comme ce qu'il s'est produit la… la dernière fois, apparemment… enfin… Si quelque chose se passe, je peux être là…

Le silence retomba. Ils avaient tous l'air profondément surpris de son intervention.

— Enfin… hum… voilà, conclut Kuroo.

— Wooh… commença Kōtarō, t'y as vachement réfléchi en fait.

Kuroo échappa un sourire gêné.

— Hum… Je me suis douté ce matin quand tu m'as appelé que vous… alliez me poser la question.

— T'as pensé à ça que depuis ce matin ? demanda Kenma.

— Oui, non, enfin, la plupart oui.

Ils hochèrent tous trois lentement la tête.

— Qu'est-ce que vous en pensez ?

— Hmm…

Ils échangèrent un regard.

— Ça me semble… bien, lui répondit Keiji.

Kōtarō et Kenma hochèrent la tête.

— Si c'est ton choix mais…

Kuroo haussa un sourcil.

— Mais ?

Keiji jeta un rapide coup d'œil à Kōtarō :

— Je… Je voudrais juste m'assurer que -il se pencha- tu ne fais pas ça à cause de… De ce que t'as dit Nakayama-san n'est-ce pas ?

Kōtarō sursauta en entendant le nom de son parent :

— Mon père ?

— Oui. Et non, ce n'est pas à cause de ça… Enfin, peut-être, mais pas en mal.

— Qu'est-ce qu'il a dit ? insista Bokuto.

— Hum… Qu'il espérait que je cuisine bien car il n'était pas sûr de mon efficacité dans le nid principal.

Kenma et Keiji pouffèrent en chœur, et Kōtarō réfugia son visage entre ses mains, mortifié.

— Babe, désolé… Tu l'as pas cru j'espère ? Tu fais pas ça à cause de ce qu'il t'a dit ?

— Non… Enfin peut-être un peu, mais… ça m'a juste fait réfléchir, et je pense qu'il a pas tort au final…

— Si! C'est n'importe quoi ! le coupa Kōtarō.

— Non, je pense pas, je suis pas sûr de mon « efficacité » non plus… J'ai dû aller regarder la définition de « nid principal » même… D'ailleurs je croyais que les omégas Yamakita ou Sô-kita ne nidifiaient pas en cycle, c'est pas une tonnelle plutôt ?

Le commentaire dérouta quelque peu ses interlocuteurs.

— Euh si, commença Kōtarō.

— C'est un terme générique, éclaircit Kenma.

— Ah, c'est ce que j'avais compris. Bref, même, je m'en fous d'être efficace ou pas, c'est pas le propos. Ça m'a juste fait réfléchir, je pense que je suis pas prêt pour… ce que vous m'avez demandé ou… Je voulais quand même trouver un moyen d'être là pour vous et… c'est la solution qui me va le mieux… Encore une fois, si ça vous va.

Kōtarō se calma finalement, Kenma et Keiji aussi.

— Du coup ?

— OK, lui répondit Bokuto.

Akaashi hocha la tête pour marquer son accord.

Tetsurō tourna les yeux vers Kenma :

— OK pour moi. Je suis seul de toute façon mais… Je me dis que ça ne sera pas trop mal d'avoir quelqu'un un minimum en contrôle de ses moyens avec nous.

Keiji hocha la tête :

— Oui… Ça me rassure également.

— Hmm…

— Du coup on est OK ?

Les trois autres hochèrent la tête.

— Bon, on fait ça alors. Maintenant, faut juste que je trouve un bon livre de cuisine parce que c'est pas dingue non plus.

— Tu rigoles, il était super bon ton curry la dernière fois !

— C'est vrai. D'ailleurs il en reste pas un peu ? Parce que j'ai rien pu avaler à midi et j'ai grave la dalle !

— Non on l'a fini, mais il doit nous rester quelque chose…

Ainsi, la conversation finit par totalement se détourner de son objet initial. Le reste du week-end s'écoula paisiblement, tout semblait aller pour le mieux. Pour le moment en tout cas.

-/-

La médecin avait fini par les contacter le lundi suivant, annonçant qu'elle avait bien reçu les résultats de l'analyse et qu'elle leur avait réservé une consultation le jour suivant. N'ayant décelé que peu d'inquiétude dans sa voix, ils en avaient conclu que Keiji ne devait pas être en grave danger, mais l'urgence du rendez-vous n'était pas non plus de bon augure. C'est ainsi que Tetsurō se retrouva donc en voiture avec ses petits-amis un mardi après-midi sur ses heures de cours de biochimies. Il ne pensait pas en venir à penser cela un jour, mais au vu de l'ambiance terriblement lourde flottant durant leur trajet, il regrettait presque de ne pas être dans un amphi bondé. Ce n'était pas franchement raisonnable de sa part : il avait décidé de son plein gré d'être là, et il ne pensait en rien à revenir sur sa décision, mais il se serait très certainement passé de la pesante angoisse qui lui écrasait la poitrine.

Il avait hésité à en parler à ses amis, voulant garder cela pour lui le plus possible. Il avait cependant fini par en parler à Oikawa. Il avait prévu de simplement lui demander s'il pouvait prendre ses cours en son absence, mais avait fini par tout lui déballer. Il avait quelque peu redouté sa réaction, connaissant sa nature dramatique et extravagante. Il avait cependant était agréablement surpris : Oikawa l'avait écouté posément, et lui avait simplement répondu « Je pense que c'est une bonne idée, tu as bien fait. Je te prendrais les cours que je peux et je te les enverrai par mail. ». Kuroo en était resté coi. Il ne doutait pas que l'information avait dû filtrer à peine avait-il quitté la pièce, mais personne ne lui avait rebattu les oreilles avec ça et il en était ravi.

Ils se garèrent finalement devant la clinique. Keiji coupa le contact, mais personne ne bougea.

L'enthousiasme n'était pas vraiment de mise.

— J'ai tellement pas envie, murmura Kenma.

— Moi non plus, lui répondirent Keiji et Kōtarō en chœur.

Le silence s'étendit encore de longues secondes.

— Bon, allez, finit par dire Kenma avant d'ouvrir sa portière.

Ils le suivirent. Ils pénétrèrent à l'intérieur et se dirigèrent vers l'accueil. La jeune femme de l'autre côté du comptoir les reconnut rapidement et les salua chaleureusement.

— Ah, pas besoin de passer par la salle d'attente, Docteur Megi vous attend.

Ils montèrent au premier étage et s'arrêtèrent devant une porte, sur une plaque dorée était écrit :« Docteur Megumi Megi » . Kenma frappa. « Oui ! J'arrive » leur répondit une voix fluette. Quelques secondes plus tard la porte s'ouvrit sur une femme d'une cinquantaine d'années aux cheveux grisonnants attachés dans un chignon lâche, une blouse blanche enfilée par-dessus une robe aux couleurs kaléidoscopiques (à déconseiller à tout individu atteint d'épilepsie).

— Ah messieurs bonjour, ravie de vous revoir.

Ses trois petits-amis n'avaient pas l'air de partager son enthousiasme. Ils la saluèrent poliment et Docteur Megi se décala de la porte pour les laisser rentrer. Elle se remit cependant en travers de l'entrée alors que Kuroo allait passer.

— Que vois-je ? Un petit nouveau ! Formidable ça, formidable ! dit-elle tout en réajustant les immenses lunettes perchées sur son nez.

— Euh… Kuroo Tetsurō, se présenta ce dernier avant de la saluer poliment.

— Un bêta en plus !

Kuroo cligna plusieurs fois des yeux, se demandant comment cela avait pu se retrouver aussi rapidement sur le tapis.

— Formidable, ravie de vous recevoir, entrez, entrez.

Kuroo s'exécuta et la médecin referma la porte derrière lui.

— Installez-vous, installez-vous.

Ils s'exécutèrent, Kuroo dut aller rechercher une chaise au fond de la pièce pour s'installer auprès de ses petits-amis, qui, malgré l'apparente sympathie de la médecin, n'avaient pas l'air de s'être détendus plus que cela. Megi-san passa derrière son bureau, faisant voler les pans de sa blouse comme s'il s'agissait d'une robe à tournure de 1870, avant de s'installer sur sa chaise.

— Alors…

Elle tapa à une allure folle sur son ordinateur sans lâcher son écran des yeux. Marqua une petite pause, recommença la danse folle de ses doigts sur le clavier, comme si elle était en train de performer la cinquième symphonie de Beethoven au piano allegro, se stoppa de nouveau, fixa son écran, recommença la musique, pour finalement s'arrêter.

Elle tourna les yeux vers ses patients, enlaçant ses doigts sur la table en les regardant tour à tour.

— Alors.

Silence. Personne ne dit rien, elle non plus.

Ce ne fut que de longues secondes plus tard, alors que Keiji allait prendre la parole pour briser ce silence gênant, que docteur Megi le coupa sans plus de cérémonie pour dire :

— Alors.

— Hm, pour les résultats, initia timidement Keiji.

— Ah, oui oui, je les ai bien reçus.

Elle n'ajouta rien de plus.

— Et… du coup ?

— On verra ça plus tard. Tout d'abord j'aimerais savoir comment vous comptiez vous organiser cette fois. J'ai cru comprendre lors de notre dernière consultation que l'arrangement précédent n'avait pas été à votre convenance.

— Oui. Hum, commença Kenma.

— Kozume-san, le coupa docteur Megi, que souhaitez-vous faire ?

— Oui, hum. Je serais là mais je ne partagerai pas le nid principal et…

— Ah formidable, le coupa de nouveau la médecin.

Son enthousiasme sembla dérouter le blond. Megi-san tourna de nouveau les yeux sur son ordinateur et tapa quelque chose à toute vitesse.

— Formidable, répéta-t-elle.

Ils avaient visiblement tous du mal à saisir en quoi cela était formidable.

— Bokuto-san, Akaashi-san, comme d'habitude?

—Oui nous…

—Ah, mais attendez, Kuroo-san, qu'en est-il ? Elle braqua son regard sur lui.

— Euh… Je serais là aussi, mais pas dans le… nid principal non plus.

— Oh ? Avec Kozume-san peut-être, un nid secondaire ?

— Non, non plus. Pour… euh… aider.

Sa réponse avait presque sonné comme une question.

— Aider avec… le reste.

Megi-san le regarda sans réagir, son visage ne trahissant rien de ses pensées. Elle lui sourit finalement :

— Oh formidable ! Quelle bonne idée- elle tourna les yeux vers ses petits-amis- voilà qui vous fait de la main-d'œuvre gratuite !

Kuroo manqua de s'étouffer avec sa salive.

— Non mais vous verriez les prix pour l'assistance dans les centres de cycle de nos jours, c'est exorbitant ! Voilà une riche idée, je devrais peut-être rechercher un partenaire bêta moi aussi, voilà qui est formidable !

Kuroo ne sut s'il devait rire ou se tordre le cou de ses propres mains. Le sentiment était partagé apparemment, Kōtarō à sa droite semblait si gêné qu'il en avait les yeux humides.

Comme si de rien n'était, elle tourna les yeux sur son ordinateur, et recommença à pianoter: serait-ce les quatre saisons de Vivaldi à présent ?

— Bien, parfait, formidable. Kozume-san, que diriez-vous si je ne vous prescris pas de contraception pour cette fois.

— Pardon ?

L'idée n'avait pas l'air de le ravir.

Megi-san détacha les yeux de son écran.

— Oui, c'est une idée. Un cycle naturel sans bloquer l'ovulation pourrait peut-être arranger la situation sur certains points, peut-être moins douloureux.

— Oh… euh…

— Par contre, pas de bêtise, bien vous protéger autrement en cas de rapport, nous ne voudrions pas nous retrouver avec une petite portée dans le four en cas d'entorse- elle adressa un clin d'œil à Tetsurō- je vous fais confiance pour surveiller ça Kuroo-san.

Tetsurō en avait maintenant lui aussi les yeux humides. Il ne pensait pas que pleurer de gêne était possible. Kenma avait les yeux rivés au sol, se raccrochant visuellement aux motifs de la moquette comme si sa vie en dépendait.

— Oh, d'ailleurs suis-je bête je n'ai pas demandé, Kuroo-san, est-ce que ce sera votre première expérience, ou peut-être avez-vous déjà assisté quelqu'un dans cette situation ?

— Non, euh première fois…

— Charmant, vous avez beaucoup à apprendre, assurez-vous d'être bien renseigné !

Megi-san ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit une montagne de petites brochures qu'elle lui tendit. Kuroo se contenta de hocher la tête, avant de récupérer les documents.

— Merci...

Il entendit Keiji échapper un soupire étriqué, Tetsurō n'osa pas tourner les yeux pour voir quelle était son expression faciale.

— Je ne sais pas si vous en avez discuté déjà, voyez-vous, Akaashi-san et Bokuto-san ont des cycles plutôt standard, sans complications, même si je ne suis pas certaine à 100% que cette fois cela se vérifie étant donné la situation en court... Mais Kozume-san a un historique de complications assez sévères voyez-vous ?

— Oui, nous en avons d…

— Laissez-moi vous expliquer ! scanda la médecin sans prendre le temps de le laisser continuer.

— Oh non… murmura le blond.

Megi se pencha son bureau et en sortit… un modèle anatomique en plastique de ce que Kuroo reconnut (grâce au talent de dessinateur de Yamaguchi, et à un peu de jugeote aussi) comme étant ceux d'un mâle oméga.

— Voyez-vous, au début du cycle se forme l'endomètre qui tapisse la paroi de l'utérus.

— Hmm hmm, échappa Kuroo d'une voix étriquée.

— Voyez cela se complique déjà, le cycle des Sô-kita est si compact dans le temps que cette étape se déroule sur une période très courte, et dans le cas de Kozume-san, disons que le job est un peu fait à la vas-vite et pas très bien, rien contre vous mon cher, je me doute bien que cela ne relève en rien de votre volonté.

Kenma se contenta d'échapper un gémissement court et sur aigu en guise de réponse.

— Après cela, blabla, ovulation, hop hop, et pour finir l'endomètre se résorbe, je précise Kuroo-san, ne vous attendez pas à voir de l'endomètre répondu partout dans votre salle de bain comme chez les bêtas.

On en était aux propos très très limites… Mon dieu mais que quelqu'un vienne l'achever…

— Bien, durant la résorption également, le job n'est pas non plus fantastique, ce qui n'arrange rien non plus pour vous Kozume-san.

Il ne prit même pas la peine de répondre cette fois-ci.

— Nous avons tenté de nombreuses fois de trouver une solution pour palier à cela, mais mise à part la morphine

— La morphine ?

— Oui, enfin, vous voyez.

Non, Kuroo ne voyez pas !

— Bien, les contraceptions consistent notamment à bloquer l'ovulation mais je me disais que pour cette fois, la déclencher naturellement pourrait apporter quelques améliorations.

— Ah, oui, dit Kuroo, comprenant bien que les trois autres étaient bien trop perdus dans la contemplation de leur malaise pour répondre.

— Kozume-san.

Elle patienta jusqu'à ce que ce dernier relève les yeux.

— Je compte sur vous pour déclencher l'ovulation, rappelez-vous, c'est mécaniquement que cela se fait, faites à votre convenance, mais je compte sur vous.

— Hmhm.

— Peut-être même que Kuroo-san pourra vous aider, regardez comme c'est formidable !

— Hmhm, formidable, répondit Kuroo, qui ne comprenait pas encore à quoi il s'engageait.

— Je pense que ça va aller, réussit à dire Kenma.

— Je dis ça pour vous très cher, Kuroo-san, rappelez-vous : mé . .

Elle procéda alors à une petite démonstration sur son modèle anatomique à l'aide de beaucoup trop de doigts pour que cela soit raisonnable.

— Voyez, c'est la pression mécanique normalement obtenue lors de l'accouplement qui déclenche l'ovulation.

— Ah, hmhm, oui d'accord.

— Mais attention, je le rappelle : .tion. Mais vous devez bien connaitre déjà.

Il entendait Kenma à ses côtés commencer à respirer bruyamment comme s'il était en train de suffoquer.

— Bon. Et bien voilà on a fait le tour je pense.

— Hm…Docteur, pour les résultats, se risqua Keiji.

— Ah oui, les résultats. Et bien déjà, je ne vous félicite pas, vous avez eu de la chance pour cette fois que cela n'ait engendré aucune conséquence majeure, mais disons que vous avez réussi à obtenir ce que vous vouliez. Vous avez reset votre pré-rut.

— Reset ?

— Oui, vous avez relancé la machine comme si rien ne s'était passé. Du coup vous devez recommencer votre pré-rut. Je prédis deux semaines avant le déclenchement de votre rut, pas de bêtises cette fois.

— Je… dois repasser…tout ?

— Vous voyez une autre solution ? Ce n'est pas un examen Akaashi-san, vous ne pouvez pas choisir de le finir en session de rattrapage.

Le ton avait commencé à monter. Akaashi resta silencieux, se contentant de hocher la tête.

— Je vois. Et pour les suppresseurs je garde les mêmes doses que d'ordinaire ou je…

— Les suppresseurs ? Navrée, mais non.

— Non ?

— Non, pas de suppresseur pour cette fois.

Kenma et Kōtarō relevèrent enfin les yeux. Kuroo devina la panique commençant à envahir Keiji.

— Vous voulez dire que je vais devoir passer toute ma période de pré-rut… sans suppresseurs ?

— C'est exactement ce que je dis oui.

Akaashi en eut le souffle coupé.

— Mais je n'ai jamais…

— Tant pis, il aurait fallu y penser avant Akaashi-san. Quant à vous deux -elle tourna les yeux vers Kenma et Kōtarō- pour ne pas vous apercevoir de la situation, c'est que vous deviez aussi être sous des doses de cheval, ce qui n'est pas non plus acceptable ni très sain. Je vous prescris les suppresseurs, mais je réduis de moitié les doses journalières.

Il vit leurs yeux s'écarquiller.

— Voilà on a fait le tour. Je vous attends dans dix jours pour l'injection des contraceptifs.

Elle reprit son sourire affable.

— J'ai été ravie de vous revoir, mais attention tout de même !

Elle imprima sa feuille de prescription et la tendit à Kenma. Megi-san se leva finalement et les accompagna jusqu'à la porte :

— Passez une excellente journée, et à dans dix jours.

La porte se referma et ils restèrent tous plantés devant la porte un long moment. Aucun d'eux ne parla jusqu'à ce qu'ils se retrouvent tous les quatre installés dans la voiture.

— Bon… bah c'était bizarre… comme d'hab, commenta finalement Kōtarō.

Ils hochèrent tous la tête.

Le silence s'installa de nouveau.

— Tu veux que je reprenne le volant ? demanda Kenma, voyant que son partenaire n'avait toujours pas allumé le contact.

— Non, pas la peine.

Le silence s'étira de nouveau, engloutissant l'habitacle.

Keiji échappa finalement un lourd soupire. En levant les yeux, Tetsurō put voir dans le rétroviseur qu'il était au bord des larmes. Il vit Kenma se décomposer en voyant son partenaire dans cet état, Kōtarō également.

— Je suis désolé Keiji, lui murmura le blond.

— Tu n'y es pour rien. C'est ma faute. Megi-san a dit pas de suppresseurs, je ferais sans. Je dois en assumer les conséquences de mes actes. Je suis désolé pour la situation que j'ai créée… Et pour ce que cela va entrainer.

— Keiji…

Kenma s'agenouilla sur son siège et se pencha pour l'enlacer. Keiji l'enlaça en retour, avec une force proche du désespoir. Il l'entendit échapper un soupire lourd de larmes. Ils restèrent ainsi un long moment. Kōtarō avait les larmes aux yeux également, il tourna son regard par la fenêtre. Kuroo les regarda, sentant son cœur se serrer douloureusement. Il avait du mal à saisir tous les détails, et pourquoi cela était si douloureux pour eux. Mais les voir ainsi le bouleversait.

Keiji finit par se défaire du blond. Il tourna la clé de contact et démarra la voiture.

Une fois arrivé à la maison, Kuroo attendit que Kenma et Keiji soient rentrés et attrapa le bras de Kōtarō avant qu'il ne rentre à l'intérieur. Son amoureux se tourna, surpris :

— Babe, murmura Tetsurō.

— Quoi ? lui répondit-il en chuchotant lui aussi.

— Je… je peux te demander quelque chose ?

Kōtarō hocha la tête et Kuroo lui lâcha le bras. Le brun regarda par-dessus l'épaule de son petit ami pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls avant de demander :

— Je me doute bien qu'il y a quelque chose mais… Mais pourquoi c'est si … important ? C'est grave qu'il ne puisse pas être sous suppresseurs ?

Kōtarō grimaça. Il s'avança pour lui confier à voix basse :

— Keiji a toujours été sous suppresseurs, même en cycle.

— Oh…

— Je pense qu'il a peur.

— De quoi ?

— De lui.

Kuroo en resta bouche bée.

Kōtarō tenta de lui sourire :

— T'inquiète pas… Ça va aller.

Rien dans le ton de sa voix n'était rassurant.

Tetsurō hocha tout de même la tête. Bokuto acquiesça et se tourna avant de rentrer à l'intérieur.

Il fallut un peu plus de temps à Kuroo pour s'en remettre.

Peur de lui-même ?

-Fin du chapitre-

J'ai cringe tout le passage avec Megi-san, j'espère que ça s'est sentit !

Prochain chapitre : « Parai kuklos 2 »

« L'appel fut aussitôt interrompu. Kuroo éloigna son téléphone de son oreille, et le regarda longuement, profondément perturbé.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Oikawa, sans pour autant se rapprocher.

— Je… crois que mes petits-amis sont bourrés au milieu de l'après-midi.

Oikawa en parut tout aussi choqué que lui.

— Heu… Désolé, je te laisse, je vais voir ce qu'il en est… À demain !

Il récupéra son sac et courut en direction du métro le plus rapidement possible. »

See ya !