Résumé: "— Tu peux nous le dire s'il y a quelque chose qui te...

— Ça fait bientôt six mois, coupa Kenma, captant le regard de Keiji.

Ce dernier fut complètement pris de cours. Il se tut.

— Déjà... commenta Kōtarō.

Kuroo fit voyager son regard entre ses amoureux, ne comprenant pas encore de quoi il était question.

— De quoi? se risqua-t-il à demander.

Les trois autres tournèrent un instant les yeux vers lui, mais personne ne lui répondit.

— Je peux pas me permettre que cela arrive quand on sera en Corée du Sud, trop dangereux.

— C'est déjà dans moins d'un mois... Nous avons largement le temps après de...

— Non, je peux pas me le permettre.

La trotteuse de l'horloge se fit entendre une, deux, puis trois fois.

— Tu veux le déclencher chimiquement ? intervint enfin Kōtarō.

Kenma trouva son regard et hocha la tête.

Oh... Six mois. Kuroo comprit enfin de quoi il était question : de cycle."

Chapitre 50: Dix fragments de nous

Fragment n°1:

— Je voulais vous parler.

Tous tournèrent la tête vers Kenma, qui venait de se planter au milieu du salon, brisant le silence apaisé régnant dans la pièce. Keiji jeta un coup d'œil en direction de Kōtarō et Tetsurō, puis reposa son livre.

— Nous t'écoutons.

Le blond hocha la tête, mais ne prit pas de suite la parole. Il vint s'assoir en tailleur entre eux. Il soupira, détournant toujours le regard.

— Tout va bien ? demanda Keiji.

— Oui, ça va.

Silence.

— Tu peux nous le dire s'il y a quelque chose qui te...

— Ça fait bientôt six mois, coupa Kenma, captant le regard de Keiji.

Ce dernier fut complètement pris de cours. Il se tut.

— Déjà... commenta Kōtarō.

Kuroo fit voyager son regard entre ses amoureux, ne comprenant pas encore de quoi il était question.

— De quoi ? se risqua-t-il à demander.

Les trois autres tournèrent un instant les yeux vers lui, mais personne ne lui répondit.

— Je peux pas me permettre que cela arrive quand on sera en Corée du Sud, trop dangereux.

— C'est déjà dans moins d'un mois... Nous avons largement le temps après de...

— Non, je peux pas me le permettre.

La trotteuse de l'horloge se fit entendre une, deux, puis trois fois.

— Tu veux le déclencher chimiquement ? intervint enfin Kōtarō.

Kenma trouva son regard et hocha la tête.

Oh... Six mois. Kuroo comprit enfin de quoi il était question : de cycle.

Il n'arrivait pas à croire que déjà six mois s'étaient écoulés. Enfin presque du moins. La fin de l'année universitaire approchait à grands pas.

Ils avaient tous terminé leurs examens finaux il y a quelques jours, les vacances étaient dans à peine une semaine. C'était objectivement le meilleur moment.

— C'est risqué Kenma.

— Mais c'est le meilleur moment.

Personne ne le contredit sur le sujet.

— Désolé, ça risque de gâcher un peu vos vacances... Mais c'est le plus sûr.

Kōtarō hocha la tête :

— C'est vrai, ok.

Kenma acquiesça. Il attrapa le regard de Keiji. Ce dernier avait l'air beaucoup plus réticent. Cela était assez compréhensible: la dernière fois, cela n'avait pas été de tout repos. C'était donc avec un peu (beaucoup) d'appréhension qu'il envisageait la chose.

— Ça allait arriver de toute façon, raisonna le blond.

Keiji inspira profondément. Après quelques secondes de battement, il hocha finalement la tête.

— D'accord.

Le silence s'étendit plusieurs secondes.

— On s'organise comment ? demanda finalement Kōtarō..

— On a juste besoin de passer chez Megi et ça devrait déclencher le précycle en quelques jours et... enfin voilà, il tourna de nouveau le regard vers Keiji, ça va aller. Tu pourras être sous suppresseur normalement, et maintenant que vous n'avez plus de cours, ça devrait être plus facile.

Keiji acquiesça.

— Non mais je voulais dire... pour là-bas, insista Kōtarō.

— Oh... je sais pas -il tourna les yeux vers Kuroo- comme la dernière fois ?

Les deux autres tournèrent également les yeux vers lui :

— Euh, ok, ça me va moi.

— Sûr ? Je sais que la dernière fois c'était plus pour... enfin, c'est pas forcément bien amusant pour toi.

Kuroo haussa un sourcil : pas bien sûr que cela soit "amusant" pour eux trois non plus. Le programme sur le papier l'était certes, mais en réalité, il savait bien qu'il en était autrement.

— Non... Je pense que c'est le mieux.

Les trois autres hochèrent la tête.

— On fait ça alors ?

Ils hochèrent la tête en chœur.

— Je vais demander à Himawari pour la maison grise, annonça Keiji, récupérant son téléphone.

— Ok... Selon sa réponse je prends rendez-vous avec Megi, termina Kenma.

Il se leva finalement, et s'avança vers Keiji.

— Hey.

Le brun releva les yeux de son téléphone. Kenma tendit sa main. Keiji la regarda, incrédule, et finalement lui tendit la sienne. Le blond la serra fort. Il lui sourit chaleureusement lorsque son regard trouva le sien :

— Ça va bien se passer... Je te le promets.

Keiji ne répondit pas. Il n'était pas bien sûr qu'il puisse vraiment lui promettre cela... C'était un peu trop hors de leur portée à tous pour que cela soit le cas. Mais le regard de Kenma débordait de confiance, de bienveillance, d'amour.

Alors il le crut.

-/-

Fragment n°2:

À croire que lorsque personne n'essayait de se bousiller la santé à base de suppresseur, les choses allaient vraiment beaucoup mieux. Ils s'étaient rendus chez leur médecin i peine quelques jours, et même si cela avait été une nouvelle fois terriblement gênant, ils pouvaient tout de même constater une amélioration de ce côté : ils s'en étaient sortie sans entendre de réflexions aberrantes ni reproches, bien au contraire. Keiji avait pu continuer à être sous suppresseur, à condition de ne pas en abuser et de réduire la dose progressivement jusqu'à son entrée en rut. Il pouvait donc profiter de sa liberté comme il l'entendait : c'est à dire pas grand-chose finalement. À part pour travailler, il ne sortait finalement pas beaucoup. Cela tenait en partie du programme que Kenma avait, malgré lui, imposé.

Le blond jouait au bébé Kōala depuis plusieurs jours maintenant, s'accrochant à longueur de journée à Keiji dès qu'il le pouvait. Il avait expliqué que pour éviter tout problème, autant qu'il le pouvait tout du moins, il fallait qu'il s'habitue progressivement aux phéromones de Keiji, espérant ainsi y accoutumer son organisme pour ne pas réagir comme les fois précédentes. Cela était toujours mieux que s'enfermer avec des pacificateurs de toute façon, donc personne ne s'y était opposé. Et soyons clair sur le sujet, la chose était tout de même adorable.

Au début tout du moins. Ils passaient juste leur après-midi collé l'un à l'autre, Keiji lisant paisiblement tandis que le blond était agrippé à lui, rien de bien terrible. La seule chose qui commençait à chagriner l'alpha à la longue était que, bien que son appétit sexuel ait dramatiquement augmenté (rien de bien étonnant de ce côté-là) il ne pouvait pas forcément le satisfaire comme il l'entendait. Déjà parce que sinon ils y passeraient la journée, mais également, car Kenma était constamment dans ses pattes. Ce qui avait lancé une dynamique assez étrange. Impossible de croiser Keiji se baladant seul dans la maison sans que celui-ci trouve que ce soit une bonne occasion pour apprécier les joies du sexe. Kōtarō était dans un état assez similaire, ils s'autorégulaient donc assez (la nature était parfois bien faite). Ce fut sans compter sur Kenma, qui avait amélioré ses capacités de pistages, Kuroo avait donc deux chouettes à ses trousses à chaque fois qu'elles avaient le malheur d'être désœuvrées l'espace d'une minute.

Il avait trouvé la combine : fermer sa porte à clé pour éviter de se faire réveiller en pleine nuit par l'une des deux (voir les deux) énergumènes qui le réveillaient en pleine nuit pour réclamer des câlinages crapuleux. Mauvaise idée, il pouvait dormir autant qu'il le voulait, les gremlins ne se calmaient pas une fois le jour venu.

Kenma, qui avait fini par comprendre qu'il jouait malgré lui les perturbateurs, leur avait assuré qu'il suffisait qu'ils leur disent pour qu'il les laisse tranquilles, ce qui d'ordinaire se faisait très bien. Alors certes, ce fut le cas au début.

Peu à peu, le blond se faisait de plus en plus impatient et attendait devant les portes fermées comme un chaton n'ayant pas encore acquît la permanence d'objet, déboulant à l'intérieur à la seconde où il le pouvait. Il délaissa peu à peu l'idée d'attendre dehors de toute façon. Ce n'était pas non plus une occurrence exceptionnelle : bien qu'il eût rarement l'intention de participer à quoi que ce soit, il était arrivé que le blond partage ces moments d'intimité. Le problème ne venait pas de là, non.

Le problème était qu'il avait la fâcheuse tendance à se transformer en véritable pipelette, et beaucoup plus ces derniers temps que d'ordinaire, entretenant des monologues comme si de rien n'était. Étonnant venant du personnage, certes, mais bien réel. Difficile de rester dans "l'ambiance" quand le blond arrivait pour leur parler de théorie improbable sur les stratégies militaires de jeux vidéos, ou sur le développement d'intelligence artificielle.

Cela finissait toujours par en faire éclater un de rire, ou cela agaçait assez pour qu'il soit rappelé à l'ordre, entamant des débuts de disputes parce que le blond finissait par répliquer qu'il ne faisait rien de mal de toute façon. Il avait fini par accepter l'idée que tenter d'entretenir des discussions construites était vain, maintenant ils devaient juste s'attendre à entendre le bruit de démarrage de sa nintendo de façon impromptue, ce qui était tout aussi prompt à les faire exploser de rire.

Fragment n°3:

L'un des problèmes majeurs que rencontrait Kuroo depuis qu'il avait emménagé avec ses petits-amis était qu'il devait à présent consacrer une heure de son temps par jour à pister les objets qu'il avait égaré au fil de ses flâneries : son sac de cours, ses clés, son téléphone, son casque ; tous ou presque y passaient. Au moins lorsqu'il habitait dans son minuscule appartement, il ne lui fallait pas bien longtemps pour retrouver ses affaires. C'était une tout autre histoire maintenant qu'il devait jouer au jeu de piste dans cent mètres carrés.

Il aurait pu passer son début d'après-midi à faire quelque chose de constructif : apprendre la peinture sur céramique, l'allemand, ou tout simplement rester vautré dans le canapé, mais non, voilà qu'il devait consacrer son temps, si précieux, à chercher son téléphone. "Mais appelle-le !", à d'autres ! Il n'était pas idiot non plus, bien sûr qu'il avait essayé. Les hypothèses qu'il avait dressées étaient que soit il lui avait été dérobé par un tanuki sauvage, soit il l'avait laissé sur silencieux, ce qui était bien plus probable. Ou alors il était à court de batterie, coincé derrière un meuble.

Il ouvrit la porte de la grande chambre à la volée, et tomba sur Kōtarō affalé sur le lit. Ce dernier tourna mollement la tête dans sa direction.

— T'as pas vu mon téléphone ? demanda le brun, tout en balayant la pièce des yeux, s'attendant à le voir abandonner parterre dans un coin.

Son amoureux cligna lentement des yeux.

— Si.

— Oh cool !

Il attendit que Kōtarō lui donne plus de détails, mais ce dernier se contenta de le regarder sans rien dire.

— Euh... où ?

Kōtarō soupira et se tourna sur le côté, étirant son bras entre le lit et la table de chevet. Après quelques fouinages il se redressa, son téléphone à la main, qu'il tendit dans sa direction.

— Oh merci !

Tetsurō s'approcha pour récupérer l'appareil, ce ne fut qu'alors qu'il remarqua la tronche de déterré que tirait son petit-ami.

— Mince, je t'ai réveillé ?

— Hmm... non... gémit son vis-à-vis.

Le brun fronça les sourcils. Il s'assit sur le lit, déposant son téléphone sur la table de chevet.

— Ça va ?

Kōtarō soupira :

— J'ai juste mal au ventre...

— Oh... t'as bouffé un truc pas bon ? Je t'avais dit de pas manger le reste de riz, il était plus vraiment très frais et...

— Non, j'ai pas mal là, le coupa Bokuto.

— Oh... où ça alors ?

Kōtarō tapota son bas ventre et le brun comprit que le coupable n'était autre que son utérus.

— Oh... mince, tu veux que je te ramène un truc ?

— Ça va... J'ai déjà pris mes médocs, faut juste que ça fasse effet...

— Ok...

— Ça doit être à cause des médocs pour déclencher le cycle... Il doit pas kiffer, dit Kōtarō en tapotant une nouvelle fois son bas ventre.

Kuroo acquiesça, il se pencha pour caresser ses cheveux, vérifiant au passage qu'il n'avait pas de fièvre.

— Tu veux une bouillotte ? Je vais demander à Kenma la sienne.

Alors qu'il allait se redresser, Kōtarō l'attrapa par la poche de son pantalon et le tira vers lui, ce qu'y fit basculer Kuroo sur le lit. Avant même qu'il n'ait pu y faire quoique ce soit, il se retrouva prisonnier de ses bras.

— Reste.

— Ok.

Il s'allongea complètement et son amoureux réajusta sa prise, passant son bras au-dessus de ses hanches pour l'attirer à lui. Il posa sa tête dans son cou avant d'échapper un soupir d'aise. Le brun ferma les yeux, calant sa respiration sur celle de son amoureux, bercé par les battements de son cœur. De longues minutes s'étendirent ainsi paisiblement. Alors qu'il glissait dans les bras de morphée, ce fut ceux de Kōtarō qui l'appelèrent à lui lorsqu'il le sentit embrasser sa nuque. Il frissonna, accueillant les baisers papillons avec plaisir. La main de Kōtarō se réanima pour caresser son ventre, avant de finalement passer sous son t-shirt, continuant d'effleurer la peau de sa nuque du bout des lèvres. Kuroo se tourna pour attraper le regard de son petit-ami :

— Maintenant ?

Son vis-à-vis lui sourit, un rien mutinement :

— Plus efficace que les médocs.

Kuroo pouffa, et avant qu'il n'ait pu ajouter quoique ce soit, son amant attrapa son visage et l'attira à lui pour l'embrasser.

Tetsurō se laissa glisser dans le baiser. Il se laissa guider et se retrouva bientôt allongé sur le dos, Kōtarō assis sur ses hanches, continuant de ravir ses lèvres avec ferveur, ses mains cartographiant chaque millimètre de peau qu'elles rencontraient sur leur passage. Kōtarō approfondit davantage le baiser et lentement, commença à remuer ses hanches d'avant en arrière. Tetsurō échappa un gémissement entre ses lèvres, sentant la chaleur du désir envahir son corps. Ils durent se séparer lorsque Kōtarō retira son t-shirt, mais leurs lèvres orphelines se retrouvèrent bien vite.

Alors que ses mains naviguaient jusque dans le jogging de Kōtarō, leur voyage fut interrompu lorsque la porte s'ouvrit à la volée.

— Yo, déclara simplement Kenma en pénétrant dans la chambre.

Kōtarō se redressa aussitôt. Il leva les yeux au ciel et échappa un soupir, agacé.

— Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il au blond, quelque peu blasé.

— Rien... Keiji s'est endormi... je me fais chier.

— Si tu te fais chier va... je sais pas moi... t'as pas une finale bientôt pour laquelle tu devrais t'entrainer ?

— Kō... il pouvait pas savoir, et puis si il...

— Bien sûr qu'il savait, le coupa Kōtarō, tu sais bien ce qu'il fait –il tourna de nouveau les yeux vers le blond- hey non, râla-il en le voyant avancer vers le lit, je te jure que si t'as pris ta nintendo je...

— Hey, intervint Kenma, c'est pas parce que je suis ace que je peux pas, ça me blesse que tu me rejettes comme ça !

Kōtarō haussa un sourcil, très peu impressionné. Le tout avait été prononcé avec un tel dramatique théâtral qu'il avait du mal à croire à la sincérité de son argument.

— Me fait pas dire ce que j'ai pas dit, mais je te connais, je vois bien ta tête là.

Il se tut, sondant le blond, commençant à douter.

— Tu veux vraiment ?

Kenma le regarda, visiblement indifférent. Finalement il haussa les épaules :

— Pas particulièrement.

— Bon bah alors !

— Pas particulièrement ça veut pas dire non.

Le regard de Kenma s'était allumé de malice. Cela n'échappa pas à Kōtarō.

— Si tu veux voir des bites à l'air, va sur internet !

— Pourquoi j'irais sur internet quand j'en ai là ?! Tu préfères que je regarde des bites d'inconnus plutôt que la tienne ?

— Rien à foutre, peut-être qu'elles seront plus réceptives que moi à ta théorie sur les döppleganger dans le, mais non! râla Kōtarō, repoussant Kenma alors que ce dernier allait monter sur le lit.

Le blond se débattit, plus amusé qu'autre chose, ce qui confirma qu'il n'était pas là pour les raisons qu'il avait avancées.

Ils continuèrent de se chamailler, sous le regard blasé de Kuroo qui commençait à se prendre de méchant coup de genou dans les côtes. Kenma mit finalement fin à leur combat lorsqu'il attrapa Kōtarō par le col de son t-shirt pour l'attirer à lui, l'embrassant goulument. Son partenaire abandonna toutes résistances et réciproqua le baiser. Il ferma les yeux et passa ses bras autour de la nuque de Kenma. Le blond monta finalement sur le lit, et Kōtarō le laissa faire. Kenma échappa un sourire sur les lèvres de Kōtarō, satisfait de sa victoire. Ce dernier ne s'en préoccupa pas et continua de l'embrasser avec ferveur. Le spectacle ne chagrinait pas Kuroo, bien au contraire, mais il avait comme l'impression qu'on avait commencé à l'oublier.

Kenma passa ses mains dans les cheveux de son partenaire et Kōtarō retomba sur les hanches de Kuroo. Le blond suivit son mouvement, s'avançant pour ne pas avoir à quitter ses lèvres, écrasant la main du brun au passage, confirmant qu'ils l'avaient un peu oublié.

— Mais aïe! Je suis toujours là vous savez! râla Kuroo.

Ça ne les empêcha pas de continuer. Kōtarō se contenta de tâtonner son bas ventre, attrapant finalement sa ceinture qu'il déboucla à l'aveuglette.

— Mais non Kō ! Arrête !

L'interpelé s'exécuta, laissant sa main retomber, empoignant toujours les pans de sa ceinture. Kuroo n'était pas bien sûr d'être satisfait du résultat de son intervention. Il soupira, et poussa la main de Kōtarō, se changeant lui-même de la retirer. S'il suivait le mouvement, peut-être qu'ils finiraient par s'intéresser à lui ?

— Woh, mec, mais tu perds grave tes cheveux ! s'exclama Kenma, mettant ainsi fin au baiser.

Il retira sa main des cheveux de Kōtarō, en ressortant avec une petite poignée de cheveux.

Kōtarō écarquilla les yeux :

— Mais m'arrache pas les cheveux !

— Je t'arrache pas les cheveux ! C'est toi qui les perds !

— Mais... Bokuto récupéra ses cheveux dans la main de Kenma, les regardant comme un enfant partit trop tôt.

Il échappa un hoquet de stupeur et bondit hors du lit pour aller dans la salle de bain, regardant soucieusement sa chevelure dans le miroir. Kenma partit le rejoindre, voyant bien que son partenaire en avait les larmes aux yeux. Ce dernier était en train de passer frénétiquement ses mains dans ses cheveux :

— Mais je vais devenir chauve !

— Mais non tu vas pas devenir chauve, c'est pas grand-chose...

— Si ! C'est un début de calvitie... oh non, oh non !

— Mais non Kō, regarde tes grands-parents ou tes parents. Ton grand-père est même mort avec tous ses cheveux.

Kōtarō fit volteface :

— Papi Kairo avait plus de cheveux du tout lui !

— Le... le père de Naruhito?

— Oui ! Eh bah il avait plus de cheveux ! On dit même qu'il les a perdus super jeune, et d'un coup, comme ça, pouf !

Kuroo vit Kenma hausser un sourcil dans le reflet du miroir.

— Kō... je vais pas t'apprendre la génétique, tu vas pas –il soupira- c'est pas la calvitie, c'est peut être juste...

— Juste quoi! Oh non... j'ai un cancer !

— Mais non, c'est la chimio qui fait perdre les cheveux, t'as pas commencé de chimio à ce que je sache, non ?

— Non... Mais c'est pas tout le temps la chimio tu sais, ça dépend d'où...

— T'as pas de cancer. C'est peut-être à cause des médocs pour déclencher le cycle.

— Des médocs ?

Kōtarō avait les yeux brillants de larmes.

— Toi aussi tu perds tes cheveux ?

— Euh... un peu, mentit Kenma. C'est pas très grave Kō.

— Mais si ! Je veux pas être chauve !

Kenma décida de changer de registre :

— C'est pas grave si t'es chauve. On t'offrira un postiche, ou un voyage en Turquie.

— Mais arrête !

Il chougna et saisit sa brosse, plaquant ses cheveux avant de baisser la tête pour que Kenma puisse examiner son crâne :

— J'ai pas des trous ?

— Euh... non, je vois rien.

Kōtarō déboula hors de la salle de bain pour présenter son crâner à Tetsurō :

— Alors ?

— Hum...

Le brun passa ses mains dans les cheveux, inspectant les dégâts. En effet quelques petits trous étaient visibles, microscopiques certes, mais quand même.

— Euh...

Il vit Kenma dans sa vision périphérique faire "non" de la tête, insistant du regard.

— Euh non je vois rien...

Kōtarō soupira, dépité :

— Je veux pas devenir chauve...

— T'arrêtes pas de les déteindre aussi, ça les abime à force, ajouta Kenma.

— Toi aussi tu le fais, et tu perds pas tes cheveux!

— Ça fait super longtemps moi, regarde, argumenta Kenma, détachant ses cheveux, montrant que le blond n'était plus qu'au bout de ses cheveux.

— Pff... flex pas comme ça avec tes cheveux là... C'est mon identité mes cheveux, je peux pas... non!

— Calme-toi sur le bleach si tu veux pas devenir chauve !

— Mais... il chougna comme un gosse et se laissa retomber sur le lit.

Voyant bien qu'il n'avait pas pris la bonne direction du tout pour rassurer son partenaire, Kenma reprit :

— Ça va, ça va, c'est surement pas ça... J'ai peut-être un peu tiré trop fort tout à l'heure.

Il s'assit près de lui et approcha sa main pour caresser ses cheveux. Kōtarō l'en empêcha :

— Mais touche pas ! Tu vas encore en arracher !

— Ok, ok, j'arrête.

Kōtarō marmonna une réponse inaudible et passa ses bras autour de Kuroo, reposant sa tête contre son flanc.

— Tiens tu veux regarder des chats rigolos ? tenta le blond qui dégaina son téléphone pour lui mettre sous les yeux.

— Oui, couina son partenaire.

— Ok, ok, voilà.

Certes, Tetsurō aurait pu passer son après-midi à apprendre la peinture sur huile, l'allemand ou le chinois, mais au final, passer son après-midi blotti contre ses amoureux à regarder des vidéos stupides était surement la meilleure des façons de passer son temps.

Fragment n°4:

Ce fut un bruit tonitruant qui réveilla Tetsurō ce matin-là. Le fracas avait été si violent que les murs de la maison en avaient tremblé. Alerte, il se redressa d'un seul coup et demanda :

— C'était quoi ça ?

Pas un tremblement de terre ! Pas encore !

Kenma, allongé à ses côtés, émit un gémissement ensommeillé, pas plus alarmé par cela :

— Hmm... t'inquiètes.

Le chahut assourdissant reprit.

Définitivement pas un séisme, mais impossible de discerner de quoi il pouvait s'agir.

— Comment je m'inquiète pas ? C'est quoi ?

Le blond soupira :

— C'est Keiji... enfin surement.

Nouveau fracas.

— Hmm... c'est lui.

— Qu'est-ce qu'il fout ?

— Il essaye de remonter son truc dans l'escalier.

— Sa coque ?

— Hmm...

Rassuré, Tetsurō se laissa retomber sur le lit.

Oh... Il était temps.

Ses petits-amis étaient retournés chez le médecin il y a de cela quelques jours pour un dernier checkup et l'injection des contraceptifs. À croire que le jour était venu.

— Mais sa coque on l'a pas laissé en bas ? Justement pour que ce soit plus facile ?

Kenma se tourna, il frotta ses yeux, ayant toujours du mal à émergé, ce qui n'était pas étonnant étant donné qu'il ne devait pas encore être 6h du matin.

— Ça change rien... Il veut quand même la remonter à chaque fois...

— Mais pourquoi ?

— J'en sais rien moi... Pour nous la montrer...

— Mais c'est super con !

— On n'a jamais dit qu'un alpha en rut c'était très brillant... On peut rien faire, il va la monter, puis la redescendre de toute façon.

Un bruit de chut retentit ; la coque avait dû dévaler les marches de l'escalier de l'entrée.

— Non, mais attends, je vais pas le laisser faire ça ! Il va se faire mal en plus! déclara Kuroo en s'extirpant du lit.

— Bonne chance, lui répondit Kenma en s'enroulant dans la couverture.

Tetsurō sortit de la chambre et se dépêcha de rejoindre la porte d'entrée. En ouvrant, il découvrit la coque, effectivement bloquée au milieu de l'escalier.

— Keiji! Tu fais quoi là au juste ?

L'interpelé pencha la tête et Kuroo put finalement apercevoir son regard de grand-duc mal léché. Il ne répondit rien et après quelques secondes de battement, se remit à pousser la coque.

— Eh, eh! Mais attends ! Stop ! trancha le brun.

Keiji s'exécuta. Il pencha la tête de nouveau.

— Ok ok, je l'ai vue très jolie. On va y aller, ok ? Redescends.

Son petit-ami attendit quelques secondes, et finalement se remit à pousser.

— Mais qu'est-ce que tu fais ?

Cette fois Kuroo intervint en poussant sur la coque, assez fort pour le faire se stopper, tout en faisant attention à ne pas le faire basculer en arrière. Keiji essaya de lui répondre en libérant l'une de ses mains, mais ne parvint pas à se faire comprendre, ce qui le frustra. Kuroo saisit la coque à deux mains pour lui permettre de signer correctement.

— C'est bon, je l'ai, dis-moi maintenant.

Le brun en face de lui roula des yeux. Il se plaqua contre le mur pour pouvoir s'exprimer avec ses deux mains visibles.

Ça passe pas.

— Bah je confirme, ça passe pas là.

Non.

— Non?

Pas par la porte en bas. Trop haut.

— Mais si ça va passer par la porte du garage.

Non. Trop haut.

— Non, mais après, on sort déjà la coque dehors, par la porte du garage.

Keiji cligna des yeux, réellement surpris de la simplicité de cette solution.

— Tu comptais passer par où là ?

Fenêtre.

— Par la fenêtre ?! Mais ça passe pas ! Et puis c'est trop haut, elle va s'écraser parterre si tu fais ça.

Keiji une fois encore paru surprit de l'intelligence de cette réflexion.

— Tu fais comment normalement ?

Après quelques secondes, Keiji, penaud, baissa les yeux :

Garage.

— Bon bah voilà. Allez, écarte-toi, je vais la redescendre... Non en fait, prends là, on va la soulever.

Le brun s'exécuta, tout de même vexé.

Une fois arrivé en bas, Kuroo reposa la coque, mais son petit-ami continua de la trainer, essayant maintenant de la mettre sur le toit de la voiture.

Kuroo soupira : voilà qu'il n'avait pas de mémoire à court terme non plus, il sentait qu'il allait passer une bonne mâtiné. Il lui attrapa le bras pour l'empêcher de continuer.

— Non love, pas maintenant, ça va pas passer sinon. On la mettra quand la voiture sera sortie, on va pas l'oublier.

L'alpha acquiesça et se précipita à l'avant de la voiture pour ouvrir la porte côté conducteur. Tetsurō lui en empêcha une nouvelle fois :

— Pas maintenant. Et puis tu vas pas conduire là, même pour sortir la voiture.

Son vis-à-vis fronça les sourcils grincheusement.

— Fais pas cette tête, tu sais que j'ai raison ! En attendant, on va charger la voiture avec le reste, ok ?

Keiji hocha la tête et partit récupérer les caisses. Après à peine deux caisses chargées, il s'agita de nouveau, tournant en rond d'un air paniqué.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Le brun ne l'écouta pas et continua à chercher frénétiquement dans les caisses rangées.

— Hey, qu'est-ce qu'il y a ?

Le reste.

— De quoi ?

Nouveau.

Kuroo le regarda, un rien blasé. Il pouvait quand même faire un effort pour faire des phrases un peu plus construites, non ?

Akaashi signa "nouveau" et "magasin" en boucle jusqu'à ce que Kuroo comprenne de quoi il s'agissait.

— Oh! Ce qu'on a acheté la dernière fois ?

Le brun hocha vivement la tête.

En effet, ils avaient passé leur samedi à trimbaler Keiji de magasin en magasin pour qu'il puisse trouver de nouvelles décorations pour sa tonnelle. Étant donné qu'il avait été confiné la dernière fois, il n'avait pas pu rafraichir ses stocks, ni même trouver de nouvelles inspirations. Il s'en était donc donné à cœur joie pour cette fois.

— Elles sont en haut, je vais aller les chercher, continue de charger le reste.

Sur ce, il remonta, trouvant Kenma assis au bar, sirotant un thé.

— T'as réussi à lui faire reposer son truc ? Je suis impressionné.

— Il voulait la passer par la fenêtre !

Le blond pouffa.

— Tu sais où elles sont ses nouvelles décos ?

— Hmm... Non. On les avait laissés là. Il a dû les planquer quelque part. Surement sous son lit.

Kuroo soupira, puis repartit pour continuer son jeu de piste. Alors qu'il passait devant la porte de la grande chambre, la porte s'ouvrit, et Kōtarō gazouilla gaiment en le voyant, ce qui ne manqua pas d'arracher un sourire au brun.

— Hey babe.

Ce dernier lui sourit. Il ne devait surement plus pouvoir parler non plus, mais il pouvait toujours marcher, ce qui était bon signe. Kōtarō l'attira à lui pour le serrer fort dans ses bras.

— Moi aussi je suis content de te voir –il l'embrassa rapidement- mais je dois récupérer des trucs. Kenma est dans la cuisine.

Kōtarō embrassa sa joue et le libéra. Il acquiesça et partit rejoindre le blond. Au moins il était moins agité que Keiji.

Kuroo remonta le couloir et entra dans la chambre du brun. À première vue, tout y était parfaitement organisé et rangé. À d'autres ! Il n'était pas dupe ! Il se pencha pour apercevoir ce qu'il se trouvait sous le lit. Il soupira en découvrant le chaos bordélique y étant planqué : amas de couettes, vêtements dérobés, bout de tissue dont la source était indéterminée et... les sacs contenant leurs derniers achats. Alors qu'il s'attelait à récupérer tout ce qu'il y avait sous le lit, un nouveau bruit de fatras retentit.

Il souffla et sortit de la chambre, remontant le couloir à toute vitesse. En arrivant dans la cuisine, il tourna les yeux vers Kenma pour l'interroger du regard. Ce dernier se contenta de lui désigner la porte d'un mouvement de tête. En ouvrant, il trouva Keiji, qui avait fait tomber l'intégralité de sa caisse dans les escaliers.

— Mais tu fais quoi ?

Keiji se contenta de le regarder comme une biche prise dans les phares d'une voiture. Kuroo abandonna l'idée d'avoir une réponse et s'avança pour récupérer ce qui était tombé.

— Tu t'es pas fait mal ?

Son petit ami fit "non" de la tête.

— Qu'est-ce que tu faisais avec ta caisse là ?

Silence.

— Pff, ok. J'ai trouvé tes trucs. Tu veux que je prenne tout ce qu'il y a sous ton lit ?

Le brun écarquilla les yeux, paniqué. Il tenta de lui passer devant pour aller dissimuler son butin, mais il l'arrêta avant qu'il n'ait pu lui passer devant.

— Non, mais j'ai vu maintenant, tu veux que je prenne tout ?

Son amoureux hésita, mais finalement acquiesça.

— Ok.

Il se redressa, reprenant la caisse au passage.

— Je vais le faire, pose-toi, va prendre une douche.

Fait.

— Oh... Bah va boire un truc, Kenma et Kōtarō sont dans la cuisine.

Keiji céda et opina. Kuroo remonta les escaliers et déposa la caisse à côté de la porte, prêt à repartir chercher le reste des affaires dans la chambre. À peine avait-il le dos tourné qu'il entendit des bruits de cliquetis. En se tournant, il trouva Keiji, qui repartait dans les escaliers avec la caisse laissée près de la porte. Il dévala les marches, tel un rongeur s'empressant de ramener son butin au nid.

— Non, mais !

Trop tard.

Il soupira.

— Tu peux pas gagner, tu le sais ça, lui dit le blond, un sourire moqueur pendu aux lèvres.

Il leva les yeux au ciel et repartit dans la chambre. Alors qu'il revenait avec une couette, Keiji débarqua de nouveau et lui prit des mains, partant aussi vite qu'il était venu. Vaincu, il partit s'assoir avec Kenma et Kōtarō, et tous trois regardèrent le ballet infernal de Keiji. Ils surent qu'il avait terminé lorsqu'Akaashi se planta devant eux, les jugeant d'un air torve. Ils comprirent qu'il était temps pour eux de finir de se préparer.

Vingt minutes plus tard, après une douche écourtée par Keiji qui avait décidé qu'il avait déjà mis trop de temps à se préparer, Kuroo se retrouva à l'avant de la voiture.

Le soleil étendait à peine ses premiers rayons lorsque Kenma démarra la voiture.

Fragment n°5:

Ils étaient arrivés depuis plusieurs heures à la maison grise. À peine le moteur avait-il été coupé que Keiji était sortie, récupérant tous le matériel pour sa tonnelle comme si la voiture allait éminemment exploser. Tetsurō avait renoncé à l'aider à porter quoi que ce soit : il avait bien compris maintenant que cela ne servait strictement à rien. Il était juste venu l'aider à accrocher sa coque (ce qui fut nettement plus facile maintenant qu'ils avaient un escabeau). Keiji l'avait viré hors de la chambre après cela de toute façon.

Kōtarō et Kenma étaient vautrés sur le canapé. Kuroo les avait rejoints un moment, puis, voyant l'heure tourner, avait décidé de partir préparer le déjeuner. Pour cette fois, il avait abandonné l'idée d'innover et avait conservé le même planning que la fois précédente.

Il était occupé à couper des carottes lorsque Kenma vint l'enlacer par derrière. Il sourit.

— Hey.

Le blond ne lui répondit qu'une bouillie de son, la tête enfoncée dans son sweatshirt. Kuroo ne s'en formalisa pas et dit :

— La soupe est bientôt prête. J'ai ajouté des Shintake, ça te va ?

— Hmm.

Le blond renifla bruyamment, respirant son odeur comme s'il se faisait un rail de cock, ce qui fit ricaner Kuroo.

— Tu gères, finit par lui dire Kenma.

— C'est normal.

Il dit

Il dut bouger pour récupérer les bols et Kenma suivit le mouvement, toujours agrippé à lui.

— C'est normal.

Le silence s'étendit entre eux. Seul le ploplotis de l'eau sur le feu et le bruit de la télévision dans le salon dissipaient le calme régnant dans la pièce.

Kuroo se dit que c'était un bon moment pour faire la conversation. Après tout, bientôt il n'aurait plus personne à qui parler, autant qu'il en profite tant qu'il le pouvait.

— Je me demandais juste...

— Hmm ?

— Comment vous faisiez avant ?

Le blond soupira et dégagea sa tête de son sweatshirt pour pouvoir répondre:

— Plat préparé. Mais bon, j'oubliais la plupart du temps... Puis galère quand t'as du mal à marcher... Je perdais 2-3 kilos à chaque fois.

— Vraiment ? Kenma c'est pas...

— C'est pas ma faute ! Pareil pour les zozos, c'est plutôt courant, tu sais. Surtout pour les omégas.

— Oh...

"Bah bravo, t'avais pas plus gai comme sujet de discussion" pensa Kuroo. Il parla avant d'avoir pu penser à un autre sujet à aborder :

— Avant, tu restais dans ton appartement ?

— Hmm... oui.

Il grimaça, mais ne fit aucun commentaire. Il mit les carottes fraichement coupées dans le wok avant de le couvrir. Il saisit la casserole pour commencer à servir les soupes miso.

— Attention à toi, c'est chaud, prévint-il.

Kenma s'écarta pour lui laisser plus de liberté de mouvement.

— Et Kōtarō et Keiji, toujours que tous les deux ?

— Bah oui, répondit Kenma, comme s'il venait de lui sortir une connerie aussi grosse que lui.

— Je sais pas moi, je demande. Kōtarō a eu plusieurs petits et petites , j'imagine que Keiji aussi, je me demandais juste, c'est pas...

Il se tourna, ses deux bols en main, Kenma le regardait comme s'il venait de lui annoncer qu'il était un extraterrestre venu de la planète sigma 13 de la constellation du centaure.

— Quoi ?

Le blond leva les yeux au ciel. Il saisit les deux bols et lui répondit finalement :

— Un cycle c'est sérieux, tu le passes pas avec n'importe qui, surtout si tu cherches pas à être leur partenaire.

Il prit les bols et se tourna.

Kuroo le regarda faire, abasourdi.

Ses bras retombèrent mollement le long de son corps. L'effervescence pétillante dans son ventre s'étendit à tous ses membres, rependant une douce sensation de chaleur en lui, le faisant chavirer, si bien qu'il en eut le tournis.

Il regarda Kenma tendre le bol à Kōtarō avant de s'installer à ses côtés. Un sourire s'étendit sur ses lèvres.

— Oublie pas de manger aussi, lui rappela Kenma avant de monter le son de la télévision.

Kuroo acquiesça lentement. Il savoura encore quelques instants la sensation de bien-être l'enveloppant, et finalement, se remit aux fourneaux.

Fragment n°6:

— Bordel de merde, lâcha Kenma entre ses dents.

Il se tordit de nouveau sur lui-même, échappant un long gémissement.

La nuit était tombée.

Keiji, après avoir passé l'après-midi à la confectionner, leur avait fièrement présenté sa tonnelle. Pas une seule de ses nouvelles décorations n'avait été écartée, elle était splendide.

Il y avait invité Kōtarō dans la soirée.

Tetsurō n'était pas parti se coucher dans sa chambre. Il savait que Kenma allait traverser une nuit difficile, il avait donc tenu à rester à ses côtés. Le blond avait d'abord refusé, argumentant qu'il ne tenait pas à le maintenir éveillé toute la nuit à son chevet. Kuroo n'avait pas plus insisté, imaginant aussi qu'il ne tenait pas à l'avoir dans les pattes à lui faire du pathos. Le blond lui avait finalement envoyé un message après une bonne heure pour lui demander de le rejoindre.

Kenma échappa une respiration saccadée, empoignant fermement sa petite bouillotte posée sur son ventre.

Kuroo se sentait profondément impuissant. Il ne pouvait pas faire grand-chose pour l'aider non plus.

Il avait réitéré sa proposition de bon bain chaud, mais l'idée n'avait pas eu un grand succès cette fois.

Kenma avait les yeux brillants de larmes, le visage crispé de douleur.

Il caressa tendrement ses cheveux et posa un baiser au sommet de son crâne.

— Va dormir, lui dit Kenma.

Tetsurō sonda son amoureux :

— Tu veux que je te laisse tranquille ?

— Tu vas pas dormir si tu restes là.

— Je vais pas plus dormir là-bas, tu sais...

Le blond grimaça.

— Tu veux que je te laisse seul ? réitéra le brun.

Kenma fit "non" de la tête.

— Ok...

Le blond empoigna les vêtements posés à ses côtés, vêtements qu'il avait habilement piqués lorsqu'il était parti voir la tonnelle. Il se les fourra sur la tête et respira profondément leur odeur. Malgré la situation, son comportement fit rire Tetsurō:

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Je me shoote aux phéromones.

Le brun rit de nouveau.

— Et ça marche ?

— Non...

Kenma dégagea sa tête du tas de vêtements :

— Un peu.

Kuroo ne pouvait pas faire grand-chose, mais encore moins cela.

— Tu penses que ça aiderait d'être avec eux ? murmura-t-il.

Kenma leva les yeux au plafond, considérant la chose.

— Je sais pas... peut-être.

Alors que Kuroo allait répondre, Kenma le coupa :

— Mais je peux pas Ji.

Le brun fronça les sourcils :

— Pourquoi tu peux pas ?

— Parce que –il souffla- ils sont occupés là et...

— Ils sont pas "occupés" là, remarqua Tetsurō, marquant les guillemets des mains ; on les entendrait sinon.

— Hmm...

Silence.

— Mais non, je peux pas... je vais les embêter, et puis, je peux pas rentrer sous la tonnelle puis me barrer après, je veux pas que... non. Et puis je suis pas sous contraception et je peux pas non plus...

Le blond parlait de plus en plus rapidement, ses mots commençant à se hacher de panique.

— Kenma, Kenma, appela Kuroo pour l'apaiser, j'y suis allé moi, la dernière fois, je suis sortie et ya pas eu de problèmes.

— C'était en fin de cycle !

— Bah là c'est le début.

Kenma soupira.

— Et je sais pas ce que tu comptes faire, mais ils vont pas t'obliger à faire quoi que ce soit tu sais, t'es en sécurité. Et si tu veux, je prends des protections, je sais pas mais...

— Mais j'ai pas envie, coupa Kenma, un rien infantilement, les larmes aux yeux.

— Bah ok, voilà, ça va alors.

Le blond renifla bruyamment :

— Je vais pas les déranger maintenant, c'est un moment très important et...

— Tu es important Kenma. Et puis, vous êtes liés, ils savent. Si tu as besoin d'eux je suis sûr que...

— Ça a pas l'air de les déranger normalement, marmonna le blond.

— Kenma...

Il tourna les yeux vers lui. Il voyait bien qu'il en mourrait d'envie.

— Tu veux y aller ou non ?

Le blond hésita, mais finalement acquiesça.

— Ok...

— Mais viens avec moi.

— Ok mais si tu...

— Et reste.

Tetsurō lui sourit chaleureusement, espérant le rassurer :

— Ok.

Il se leva et fit le tour du lit pour aider Kenma à se lever et ils sortirent de la chambre. Alors qu'il allait siffler pour prévenir Kōtarō et Keiji de leur arrivée, un court sifflement retentit. Ils savaient déjà qu'ils étaient là. Kuroo abaissa la poignée et ils pénétrèrent à l'intérieur. Les guirlandes tombant en cascade sur la canopée de la tonnelle éclairaient la pièce d'une douce lueur dorée.

Kōtarō et Keiji étaient assis dans la tonnelle, attendant. Kenma s'arrêta à quelques pas d'eux, suivit par Kuroo qui l'aidait à le maintenir sur pieds. Kenma capta le regard de ses partenaires: intense, patients, épris.

Kenma détacha son bras des hanches de Kuroo pour pouvoir signer :

Je veux juste que l'on m'enlace.

Kōtarō et Keiji suivirent le mouvement des yeux, avant que leurs regards retrouvent celui de leur partenaire. Kōtarō hocha la tête.

— Désolé... dit le blond à voix basse.

Keiji balaya ses excuses d'un mouvement de main et étendit les deux bras vers lui. Kenma hésita, mais finalement s'avança. Ses partenaires l'aidèrent à monter, et Kuroo accompagna le mouvement. Alors qu'il allait se reculer, Kōtarō l'attrapa par le bras. Leurs regards se captèrent : il l'invitait à l'intérieur. Il le tira vers lui et le brun suivit.

Keiji s'allongea sur le côté et Kenma vint se serrer tout contre lui. Kōtarō se mit également sur le côté et s'approcha du blond. Kuroo les regarda, échappant un sourire. Il resta assis, derrière Kōtarō , ne sachant pas bien comment s'installer. Kōtarō se tourna pour s'allonger sur le dos, et il tira sur son bras pour l'attirer à lui, posant sa main sur sa tête pour l'installer sur son torse. Le brun se laissa guider, et il entendit son amoureux échapper un soupir d'aise une fois qu'il fut installé. Kenma se rapprocha d'eux, et Keiji en fit de même, sa main voyageant sur les draps pour trouver la sienne.

Il échappa un sourire, sentant son corps s'engourdir de douceur.

Le visage de Kenma s'était détendu.

Alors il ferma les yeux, et s'endormit.

— Ji.

L'interpelé ouvrit un œil, le corps encore lourd de sommeil. Son regard trouva directement celui de Kenma.

— Hmm?

Kenma sourit.

— On va y aller. Ça commence à faire long pour eux.

Le brun ne comprit pas de suite que quoi il était question. Il leva les yeux: le regard de Keiji était fiévreux et il respirait rapidement. Il capta que la poitrine de Kōtarō , sur laquelle reposait toujours sa tête, se soulevait également rapidement, son souffle saccadé effleurait sa nuque. Il se redressa aussitôt :

— Oh oui, désolé!

Kōtarō opina négativement et se redressa pour poser un baiser sur son épaule.

— Sauf si tu veux rester, proposa Kenma.

Kuroo se frotta les yeux :

— Non, je vais dormir un peu plus, je vais pas me lever sinon...

Il vit Kōtarō et Keiji échanger un regard, tous deux échappant une grimace, gênés. Tetsurō pouffa :

— Vous inquiétez pas, j'ai pris des bouchons d'oreille cette fois.

— Oh cool, s'enthousiasma Kenma, tu peux m'en prêter aussi ?

Keiji laissa sa main retomber sur son visage, mortifié.

Un rire roula dans la gorge de Kuroo et il s'approcha pour embrasser les lèvres de son alpha.

— Vous préoccupez pas de ça.

Il se tourna pour embrasser Kōtarō , et s'extirpa finalement hors de la tonnelle. Kenma salua ses partenaires et le rejoint. Il semblait aller beaucoup mieux, et pouvait se mouvoir plus aisément maintenant. Une fois sorti, il s'approcha de la porte de sa chambre. Alors qu'il s'apprêtait à abaisser la poignée, Kenma l'en empêcha. Surpris, il se tourna:

— Tu m'as dit que tu restais avec moi...

Il lui sourit.

— Ok... je vais juste prendre les bouchons.

Son amoureux hocha la tête. Il l'attendit devant la porte jusqu'à ce qu'il ressorte et ils partirent s'allonger dans la chambre de Kenma.

— Merde ! s'exclama le blond une fois la porte refermée, j'ai oublié ma bouillotte!

— Merde, tu la veux maintenant ? Parce que j'ai un peu peur que ça soit trop tard là...

Kenma ricana :

— Non, ça va.

— Je passerai te la reprendre demain.

— Passe-la à la machine avant s'il te plait.

Ils pouffèrent en chœur.

Ils partirent s'allonger, et le corps encore ivre de tendresse, s'endormir presque aussitôt.

Fragment n°7:

Tetsurō se prit un oreiller à l'arrière de la nuque. Il bascula en avant, manquant d'échapper les bols qu'il avait en main.

— Aïe ! Mais arrête !

Il fit volteface et tomba sur Keiji qui le regardait depuis la tonnelle. Il soupira, commençant à être légèrement agacé par son attitude. Le brun face à lui lui adressa un regard mutin, s'installant dans une pause se voulant certainement sensuelle. Tetsurō leva les yeux au ciel :

— Non, trancha-t-il.

À la demande de Kōtarō, il l'avait accompagné dans la chambre de Kenma à l'heure du déjeuné. Lorsqu'il était parti les débarrasser il y a de cela une bonne vingtaine de minutes, il avait trouvé les deux omégas endormis, blottis l'un contre l'autre.

Kuroo comprenait bien mieux pourquoi Kōtarō avait déserté le nid principal en ce début d'après-midi: il voulait juste être tranquille, se reposer un peu, parce que Keiji était franchement casse-pied. À peine avait-il englouti son déjeuner qu'il avait commencé à lui faire des avances plus ou moins charmantes.

Keiji maintint son regard, lui transmettant sans grande difficulté ce qu'il voulait. Voyant qu'il ne régissait pas, il lui signa :

Toi.

— Quoi moi ?

Je veux.

— Non. Ça t'arrange juste que je sois là.

Non !

— Si !

Keiji fit la moue.

— Alors dis bonjour à ta main, ou va prendre une douche froide, je sais pas.

L'alpha rejeta vivement sa proposition.

Non. Toi.

Voyant que son charme seul ne suffirait pas à le convaincre, il tenta autre chose. Il ferma son poing et lui fit faire une rotation, signe que Tetsurō n'eut aucun mal à reconnaitre :

— Alors encore moins !

Certainement pas ! Il ne comptait pas revivre l'expérience du nœud de sitôt.

Keiji parut profondément surpris que sa proposition n'ait pas eu le succès qu'il espérait. Il réfléchit et signa de nouveau, signifiant au brun qu'il était ouvert à la versatilité.

Ce dernier échappa un soupir. Il comprenait bien que ce n'était pas franchement sa faute, et qu'il n'avait pas la capacité émotionnelle maintenant de comprendre son refus.

— Désolé Love, je suis juste trop fatigué là... j'ai pas franchement dormi, je suis debout depuis six heures et demie; j'ai pas encore pris de douche, je pue et j'ai la tête lourde comme un obus.

Pues pas, rétorqua Keiji, je peux aider pour le mal de tête.

Cela ne fit que lui attirer un regard blasé de la part de son petit-ami.

Désolé.

— Tu viens de manger, tu veux pas faire une sieste plutôt ? Boude pas, je dis pas non pour toujours, juste pas maintenant.

C'était tout de même déjà assez fou qu'il ait besoin de se justifier ! Sans attendre sa réponse, il se tourna, récupéra le plateau, et sortie de la pièce. Il soupira, puis finalement regagna la cuisine pour s'atteler à faire la vaisselle.

Alors qu'il était occupé à laver un bol, il fut saisi d'une sensation étrange. Il sursauta et échappa le bol qu'il avait en main. Il cligna des yeux plusieurs fois, ne comprenant pas ce qu'il venait de lui arriver. C'était comme si... comme si on l'avait enlacé, mais à l'intérieur... Dans son esprit, sous sa peau. Après quelques secondes de battement, il récupéra le bol, qui heureusement était toujours intact, et continua la vaisselle. La trotteuse eut le temps de faire un tour complet lorsque la même sensation l'envahit de nouveau. Il ne sursauta pas cette fois, simplement pris d'un frisson. Il ferma le robinet, regardant sans le voir le fond de l'évier. Comme cela était étrange... Il était persuadé de n'avoir jamais ressenti une chose pareille, pourtant, il lui semblait que la sensation lui était familière. Il tourna les yeux en direction du couloir, sentant son cœur se soulever.

Il s'essuya les mains et repartit dans le couloir, le remontant lentement. Arrivé devant la chambre du nid principal, il l'ouvrit d'un mouvement vif. Surpris, Keiji passa la tête hors de la tonnelle.

— C'est toi qui fais ça ?

Les yeux de Keiji s'écarquillèrent :

Senti ?

— Oui...

Tous deux se regardèrent, aucun d'eux n'en revenait vraiment. Un sourire lumineux s'étendit sur les lèvres de Keiji, d'une sincérité poignante et tendre, si bien que Tetsuto sentit son cœur chavirer. Il secoua la tête :

— Mais ça change pas ce que j'ai dit avant et... mais comment je... tu...

Il fut coupé par un court sifflement : il s'agissait de Kōtarō. Il ne prit pas le temps terminer son raisonnement, ne sachant pas bien comment l'exprimer de toute manière, et sortit. En entrant dans la chambre de Kenma, il trouva directement une paire d'yeux tournés vers lui. Kōtarō lui sourit et étendit les bras vers lui, serrant et desserrant ses poings pour lui signifier ce qu'il voulait.

— Ok...

Kuroo fit le tour du lit et se pencha pour que son amoureux puisse s'agripper à lui. Ce dernier se tourna pour poser un baiser sur le crâne de Kenma, toujours endormi, et lui fit face, entourant ses bras autour de sa nuque. Le brun passa un bras sous ses jambes, l'autre dans son dos, et le souleva.

Oh bordel qu'il était lourd ! Il devait le balader plusieurs fois par jour, mais il ne s'y faisait toujours pas !

Il stabilisa ses jambes et se mit en route pour regagner la tonnelle. Une fois arrivé dans la chambre, le regard de Kōtarō capta celui de son partenaire, il parut surpris de ce qu'il put y lire. Keiji leva les yeux vers Kuroo, puis tourna de nouveau le regard vers son partenaire. Ce dernier regarda Kuroo à son tour, puis de nouveau Keiji. L'alpha hocha lentement la tête, et son partenaire acquiesça.

Kuroo était bien trop pris par l'effort pour s'apercevoir de ce que les deux étaient en train de magouiller.

Le brun arriva enfin à déposer son lourd cargo dans la tonnelle.

— Voilà, dit-il.

Il voulut se redresser, mais l'oméga avait toujours ses bras autour de sa nuque.

— Kō, il faut que tu...

Il se tut. Leurs regards s'étaient trouvés.

Kōtarō caressa sa nuque, remontant jusque l'arrière de son crâne, ses doigts se perdant dans ses cheveux, maintenant sa tête pour ne pas qu'il lui échappe. Il pressa tout doucement contre sa tête du bout des doigts, jusqu'à ce que ses lèvres rencontrent finalement les siennes. Il passa son autre main derrière sa nuque, et Kuroo capitula, se laissant glisser dans le baiser. Sans quitter ses lèvres, Kōtarō se laissa lentement tomber en arrière, et Tetsurō se laissa guider. Il sentit les mains de Keiji accompagner le mouvement. Avant même qu'il ne s'en rendre vraiment compte, il se retrouva sous la tonnelle. Il se laissa chavirer, pour finalement sombrer tout entier.

Lorsqu'il refit surface, il était nu, étendu sous la tonnelle, la respiration encore haletante, ses amoureux blottis contre lui.

— Eh merde, murmura-t-il.

Keiji grogna, et passa un bras autour de ses hanches, commençant à ronronner tout bas.

Sa faiblesse l'accablait.

Il soupira.

Son corps était anesthésié, baigné d'amour... et d'hormones. Surtout d'hormones.

Il ferma les yeux, et malgré tout, échappa un sourire.

Il était vrai qu'il n'avait plus l'ombre d'une migraine.

Fragment n°8:

Tetsurō avait les yeux grands ouverts, sondant sans la voir réellement l'obscurité face à lui. L'obscurité tout autour.

Son cœur était agité, et il avait l'impression que sa poitrine s'écrasait sous le poids du silence régnant dans la maison. Ce silence profond qui ne faisait que nourrir ses angoisses.

Il avait bien tenté de résonner avec elles, de s'endormir malgré tout. Mais à chaque fois qu'il fermait les yeux, il entendait leur voix l'envahir, leurs souffles s'enrouler autour de sa gorge pour le faire suffoquer.

Il entendait les tambourinements violents contre la porte, et le regard de Kenma, noyé de panique et égaré, envahissait son esprit. Il revoyait la lumière s'éteindre peu à peu dans les yeux de Keiji, le visage dévoré de larmes de Kōtarō . Il se souvenait, de chaque fibre de son être, il se souvenait. Il se souvenait de tout ce qu'il avait ressenti cette nuit-là.

Il y a presque six mois, cette même nuit, cette nuit juste avant que tout finisse, il avait cru perdre Keiji.

Il avait pourtant le corps si lourd, il était si fatigué... Sa tête était si soulée de sommeil que ses visions en devenaient de plus en plus vivides.

Il finit par céder à ses angoisses, il ne pourrait les faire taire de toute façon. Il se leva, prenant sa couverture avec lui, et sortit de sa chambre. La lumière de la lune éclairait la pénombre.

Kuroo s'entoura de sa couverture, et se laissa glisser contre le bois, fixant la porte de Kenma face à lui.

S'il ne pouvait pas dormir, alors il monterait la garde.

Il resta environ une heure ainsi, immobile.

Rien ne se produit.

Il s'endormit une première fois, mais se réveilla en sursaut après à peine quelques minutes, pensant avoir entendu des coups sur la porte.

Il n'en était rien.

Les heures qui suivirent furent ainsi ponctuées de cauchemars, de silence, et d'attente.

Il était si fatigué qu'il n'arrivait plus à aligner deux pensées cohérentes. Ses paupières lourdes se fermaient d'elles-mêmes, pour se réouvrir à peine une seconde après. Ses membres étaient si lourds qu'il avait la sensation qu'il s'était changé en pierre. Peut-être avait-il croisé le regard de la gorgone au bout d'un moment dans ses cauchemars.

Peu à peu, l'obscurité s'effaça. Au-dehors, les couleurs de l'aurore avaient commencé à peindre le ciel de nuances orangé et roses.

Il sursauta en entendant la porte face à lui s'ouvrir. Il leva les yeux, trouvant ceux de Kenma.

Ça va, signa le blond.

Tetsurō ne régit pas. Il ne savait plus discerner la réalité du rêve. Il s'attendait encore à se réveiller en sursaut dans le noir, se retrouvant cette nuit-là, sauf que cette fois il était trop tard.

Kenma se laissa glisser au sol pour s'assoir en tailleur face à lui.

Tout va bien.

Et il le crut.

Quelque chose se perça en lui, explosant dans sa cage thoracique, déversant tout son contenu dans ses veines. Il sentit le poids de l'angoisse l'abandonner.

Il explosa en larmes.

Tout allait bien.

Kenma s'avança à quatre pattes, ne pouvant pas encore tenir correctement debout. Une fois arrivé à sa hauteur, il prit son visage dans ses mains. Il essuya ses larmes du bout des doigts et posa ses lèvres sur chacune de ses paupières. Finalement, il l'attira à lui et le serra fort tout contre son cœur.

Tout allait bien.

Il allait bien.

Ils allaient bien.

Dehors, le ciel était bleu, et on entendait les oiseaux chanter.

Fragment n°9:

— Je t'ai pris une soupe et un peu de riz aussi, je sais pas si...

Tetsurō se tut. Il venait d'ouvrir la porte de Kenma, plateau en main: la chambre avait été désertée.

Il fronça les sourcils, circonspect. Où était-il passé ?

Il revenait de la cuisine, qui était vide, et il avait vu la porte de la salle de bain ouverte en passant dans le couloir, lumière éteinte.

Après la nuit effroyable qu'il venait de passer, il était finalement parti se recoucher avec le blond, il ne s'était réveillé ensuite que tard dans la matinée, déjà bien en retard sur son emploi du temps.

Le cycle de Kenma était sur le point de se terminer, les douleurs avaient repris. Il lui avait amené ses médicaments avant de repartir à ses occupations dans la cuisine. Maintenant qu'il revenait, voilà qu'il avait disparu !

Alors qu'il allait sortir de la chambre, il sursauta, pris d'une sensation étrange, comme si un fil venait d'enlacer tous ses membres pour se tendre dans son dos. Après quelques secondes de battement, il se tourna, décidé à suivre la trajectoire de ce fil invisible. Il le guida jusqu'à la porte de la chambre de Keiji et Kōtarō , et soudain, la sensation se dissipa, s'évaporant en lui en volute effervescente.

Oubliant d'annoncer sa présence, il ouvrit la porte et pénétra à l'intérieur de la chambre.

Il pouffa en découvrant que Kenma était allongé sous la tonnelle, vautré dans son vieux short distendu et son t-shirt délavé beaucoup trop grand pour lui, nintendo en main. Ses partenaires étaient endormis, blottis tout contre lui. Il releva les yeux et leurs regards se captèrent.

— Tu m'as appelé, murmura Kuroo, si faiblement que les mots se dessinèrent sur ses lèvres sans que sa voix s'élève.

— Tu m'as entendu, lui répondit le blond à mi-voix.

Ils se sourirent. Quelque chose fourmillait sous la peau de Kuroo.

— Je t'ai fait à manger.

— Hmm, merci. Désolé j'ai pas super faim maintenant.

— Ça va être froid...

— Je le réchaufferai plus tard.

Le brun acquiesça, posant le plateau au sol, comprenant bien que maintenant que Kenma était installé sous la tonnelle, il ne comptait pas en sortir de sitôt.

Comme Kenma avait bougé, Kōtarō s'éveilla. Il tourna la tête et Tetsurō pouffa en voyant sa tronche de déterré : il avait les cheveux en pagaille et les yeux englués de sommeil.

— Hey babe.

L'interpelé échappa un long gémissement tout en étirant ses membres comme un gros matou. Il bâilla à gorge déployée et se laissa retomber lourdement. Finalement, il tendit un bras vers lui. Le brun haussa un sourcil :

— Tu veux que je vienne ?

Kōtarō et Kenma hochèrent la tête de concert.

Il s'approcha. Alors qu'il allait monter, Kōtarō grogna.

— Hey! Kenma est tout habillé lui !

Kōtarō tourna les yeux vers le désigné, surprit de le découvrir complètement vêtu.

— Non, trancha le blond.

Son partenaire leva les yeux au ciel, et laissa Kuroo rentrer tout habillé. Même si cela le vexa un peu, il l'enlaça. Tetsurō cala sa tête sur l'épaule de Kenma, et ce dernier reprit sa partie.

Lorsqu'il sortit de la tonnelle, la tête soulée de tendresse, la nuit commençait à tomber.

Demain, ils devaient se remettre en route.

Fragment n°10:

Le paysage défilait rapidement derrière la fenêtre.

Après avoir tout remballé et effacé toutes traces de leur passage, ils avaient quitté la maison grise en milieu d'après-midi.

Le silence avait embarqué avec eux, et s'étendait dans l'habitacle depuis leur départ. Déjà un quart d'heure s'était écoulé lorsque la première voix s'éleva, celle de Kōtarō :

— C'est passé vite...

Il avait lui-même l'air surpris de cette constatation. Personne ne répondit à voix haute, mais ils acquiescèrent de concert.

— Et, c'était bien, non ?

Il avait parlé en regardant dans le rétroviseur intérieur. Kenma y capta son regard, et échappa un sourire :

— Oui.

Le blond entrouvrit la fenêtre côté conducteur. Le vent sifflait légèrement en passant par l'embrasure, balayant les cheveux de Kenma.

— Je crois que... ça c'est jamais aussi bien passé pour moi, confia-t-il finalement.

Les trois autres sourirent.

— Je suis ravi de l'entendre, susurra Keiji, la voix gonflée de tendresse.

— J'ai l'impression qu'on a trouvé une bonne balance, remarqua Kōtarō , et tous semblèrent assez d'accord.

Kenma releva de nouveau les yeux dans le rétroviseur. Il capta le regard de Keiji. Ses traits étaient toujours animés de tendresse. Il sourit, et sur ses lèvres glissa un "je t'aime" muet. "Moi aussi" répondit Kenma sans pourtant élever la voix.

Tetsurō, qui avait suivi l'interaction, sourit à son tour. Il savait ce qu'ils avaient traversé, il savait que cela avait été une épreuve pour eux.

Cela avait été compliqué pour tous les quatre, mais c'était bien eux deux qui avaient eu le plus de mal à maintenir leur barque, à lutter contre vent et marée pour rester à flot. Alors peut-être qu'ils n'avaient pas fini leur traversée, mais enfin, il semblait que la tempête était passée.

Kenma, qui avait décelé son regard, attrapa sa main pour la serrer un instant, avant de la reposer sur le volant, sans avoir détaché son regard de la route un instant.

— Hum... Keiji, tu dois reprendre le boulot quand ? demanda-t-il.

— La semaine prochaine. Pourquoi ?

Son partenaire ne lui répondit pas et demanda à la place:

— Personne n'a rien à faire de particulier ?

Tous répondirent par la négative.

Un sourire malicieux s'étira sur les lèvres du blond.

— Parfait.

Il contrebraqua brusquement, s'engageant dans un chemin étroit au bord de la route. Tous furent violemment projetés sur le côté, puis vers l'avant lorsque le blond partit à toute vitesse en marche arrière pour s'engager sur la route dans la direction opposée à leur destination.

— Kenma !

Ce dernier échappa un rire clair, tintinnabulant comme du cristal.

— Qu'est-ce qu'il te prend ? C'est de l'autre côté la maison !

— Je sais.

Il s'éclaircit la gorge :

— C'est les vacances, autant qu'on en profite.

— Nous on est en vacances, toi t'as un championnat dans vraiment pas longtemps !

Kenma balaya sa remarque d'un revers de main.

— On peut prendre le temps.

Ils sourirent, ravis de ce changement d'emploi du temps de dernière minute.

— On va où ?

— J'en sais rien... on verra bien non ?

-/-

— Bon, les bagages sont enregistrés, on a plus qu'à passé la sécurité, dit Kenma, jetant un coup d'œil au panneau affichant les départs.

Kuroo hocha vaguement la tête.

Kōtarō et lui-même étaient plantés face à leurs petits-amis. Ils restèrent un moment silencieux, engloutis par l'agitation cacophonique régnant dans l'aéroport international de Narita.

Kōtarō à ses côtés avait les larmes aux yeux. Lui-même n'en menait pas large non plus. Il luttait de toutes ses forces, mais une énorme boule s'était formée dans sa gorge.

Après leurs cycles, Kenma les avait finalement emmenés à Hakone, à l'ouest de Tokyo. Ils avaient passé quelques jours dans un onsen situé dans le parc national, dans une forêt au pied de la montagne. Leur chambre donnait sur les valons montagneux, parés pour l'occasion de centaines de cerisiers en fleurs.

Comme l'air y était bon.

Difficile ensuite de retourner à la réalité.

Les vacances touchaient à leur fin, Kōtarō et Keiji commençaient leur stage dans quelques jours à peine.

La compétition ne commencerait pas avant une dizaine de jours. Comme Kenma ne pouvait pas voyager seul hors du pays (la TPO ayant décidé qu'il n'était pas apte de voyager sans son alpha), ils avaient décidé d'en profiter pour passer quelques jours chez les parents de Keiji.

— On va vraiment devoir y aller, dit Kenma à mi-voix.

Tetsurō sentit son cœur se serrer. Ils étaient en public, difficile de faire faire des aurevoirs démonstratifs. Kenma les salua de la main.

— Oh et puis merde, échappa Bokuto, avant de se jeter dans les bras du blond.

Ce dernier, d'abord surpris, sourit et réciproqua son étreinte.

Il n'en fallut pas plus à Kuroo, qui enlaça Keiji, puis Kenma.

— Prenez soin de vous, dit Akaashi lorsqu'ils se séparèrent.

Kōtarō et lui hochèrent la tête, et après un dernier salut de la main, Kenma et Keiji se mirent en route, pour de bon cette fois.

Ils les regardèrent partir, plantés au milieu du hall. Ils les regardèrent jusqu'à ce qu'ils passent les portes de sécurité, disparaissant finalement complètement de leur champ de vision.

— Oh, et voilà, merde c'est reparti, chougna Kōtarō , prit d'une nouvelle salve de larmes.

— Mais non, Kō tu vas...

Trop tard, voilà qu'ils étaient maintenant tous les deux à chialer comme des madeleines au beau milieu de l'aéroport, s'attirant quelques regards, certains compatissant, d'autres moins.

— Ça va, ils reviennent bientôt, dit Tetsurō, ne sachant pas bien qui de lui ou Kōtarō il essayait de consoler.

Se fichant des regards, ils s'enlacèrent.

— Bon, allez, viens on rentre, dit le brun en se séparant de son amoureux.

Kōtarō hocha la tête.

— On peut prendre à manger au Sukiya en passant ?

— Ok, bonne idée, allez viens.

Une fois dans la voiture, ils restèrent de longues minutes à regarder les avions décoller, essayant de deviner lequel partait en direction de Séoul.

Une fois l'heure du décollage bien dépassé, la voiture démarra, et ils se remirent en chemin.

-Fin du chapitre-

Un peu de fluff pour vous, hop hop. Profitez, ya bientôt rupture de stock.

J'espère que ce chapitre vous aura plu !

Prochain chapitre: "Les combats du crépuscule"

"Mesdames et Messieurs, il vient remettre son titre en jeu, pour sa première apparition en public, je vous demande de faire du bruit pour notre champion en titre : Applepie!"

See ya