Résumé: "Il inspira profondément. Il ne savait absolument pas dans quoi il allait se fourrer. Il avait pris la décision de rencontrer ce maître chanteur, ce fameux "CJ", sans en avoir soufflé un mot à un seul de ses partenaires. Ce n'était pas forcément l'idéal, il en était bien conscient. Il avait hésité, de peur de se retrouver dans une histoire bien plus dangereuse qu'il ne l'avait prédit, mais y avait renoncé. Hors de question que Kenma l'apprenne, pas après tout ce qu'il s'était passé. Non, il se débrouillerait seul, il ferait tout pour le protéger, pour les protéger. Il avait été d'abord rassuré de constater que le lieu du rendez-vous n'était autre qu'un café, et non un vieux hangar abandonné au milieu d'une zone industrielle déserte : au moins il n'allait pas se faire kidnapper ou descendre en public, certainement pas au "flower Kopi" , il en doutait fortement. Et puis, CJ, pas vraiment impressionnant comme surnom non plus. Le redoutable "Charles Johnatan" ou la terrifiante "Christina Janice" ! Non, il ne devait pas tant s'en faire. Non?"
Chapitre 53 : CJ
Kuroo avait déjà établi par le passé qu'il ferait un très mauvais agent secret, ou un très mauvais membre de cartel. Il était bien trop maladroit et tête en l'air pour qu'on lui confie quoi que ce soit, il ne savait pas tenir sa langue et finirait par se faire repérer. Il y avait une chose cependant qu'il savait bien faire : prétendre. Il savait qu'il pouvait paraitre bien plus menaçant et impressionnant qu'il ne l'était réellement, c'était donc sur cela qu'il avait décidé de tout miser.
Il s'était creusé les méninges pour trouver l'attirail qui pourrait lui prêter la meilleure impression de pouvoir et de contrôle. Il avait d'abord pensé au cuir, matière favorite des méchants de dessin animé, mais y avait renoncé rapidement, il ne voulait pas donner l'impression de venir d'une soirée BDSM. Il avait trouvé beaucoup mieux, le parfait costume de l'incarnation du malin moderne : le parfait businessman. Rien n'était plus redoutable que le corporate. La chemise blanche impeccable, pantalon et veste de costume, et hop, le voilà devenu multimilliardaire opérant à la tête d'une entreprise multinationale et de cinq cartels de trafic d'armes et de drogues.
Il inspira profondément. Il ne savait absolument pas dans quoi il allait se fourrer. Il avait pris la décision de rencontrer ce maître chanteur, ce fameux "CJ", sans en avoir soufflé un mot à un seul de ses partenaires. Ce n'était pas forcément l'idéal, il en était bien conscient. Il avait hésité, de peur de se retrouver dans une histoire bien plus dangereuse qu'il ne l'avait prédit, mais y avait renoncé. Hors de question que Kenma l'apprenne, pas après tout ce qu'il s'était passé. Non, il se débrouillerait seul, il ferait tout pour le protéger, pour les protéger. Il avait été d'abord rassuré de constater que le lieu du rendez-vous n'était autre qu'un café, et non un vieux hangar abandonné au milieu d'une zone industrielle déserte : au moins il n'allait pas se faire kidnapper ou descendre en public, certainement pas au "flower Kopi" , il en doutait fortement. Et puis, CJ, pas vraiment impressionnant comme surnom non plus. Le redoutable "Charles Johnatan" ou la terrifiante "Christina Janice" ! Non, il ne devait pas tant s'en faire. Non?
Il baissa les yeux sur sa montre, 18h27. Plus que quelques minutes.
18h28: il pénétra dans le café.
Il balaya la pièce des yeux. Le maitre chanteur n'avait nullement indiqué comment l'identifier. Déjà que Kuroo avait du mal à retrouver quelqu'un qu'il connaissait, il n'était pas sorti de l'auberge. Il allait avoir l'air fin s'il s'asseyait à une table, jouant les méchants face à un pauvre gars attendant simplement son date Tinder. Son esprit commençait à partir dans tous les sens, mais il tenta de ne rien en laisser paraitre, restant aussi digne, et mystérieux, qu'il en était physiquement capable. Son regard le trouva finalement : dans un coin du café, une partie du mur et du plafond avait été décorée de centaines de fleurs de cerisiers artificielles. L'image du tampon reprenant le dessin de cette fleur lui revint à l'esprit. Sous la pluie de fleurs était installé un individu. Un jeune homme aux cheveux noirs ondulés, la moitié de son visage dissimulé derrière un masque noir.
— CJ, murmura Kuroo.
Il gonfla le torse, s'arma de tout son courage, et s'avança vers l'individu. Il faillit bien perdre contenance en s'approchant. CJ l'avait largement détrôné niveau outfit : col roulé et costume bleu marine, il ne manquait plus que le chat et il avait le parfait costume du méchant de film. Bordel, il commençait vraiment à remettre en question sa décision. S'il se retrouvait dans des histoires de Yakuza, pas sûr qu'il s'en sorte. Oui, le café décoré de fleurs ne faisait pas antre de super vilain, mais peut-être s'agissait-il d'une couverture, et qu'à peine les fesses posées sur sa chaise, l'entièreté du café allait se retourner pour braquer leurs armes sur lui ? Tous, même cet enfant de dix ans occupés à dévoré un cup cake ! Peut-être s'agissait-il d'un tueur à gages expérimenté entrainé à tuer depuis la naissance. Il se reprit : trop tard, il était arrivé à la hauteur de l'individu.
Il tira la chaise, gardant sa posture.
CJ releva les yeux, leurs regards se croisèrent pour la première fois. CJ haussa un sourcil, les deux petits grains de beauté au-dessus de son œil suivant le mouvement de son arcade.
— Qui êtes-vous ? demanda l'individu, un rien flegmatique.
Kuroo ne répondit pas. Il sortit la carte de la poche intérieure de sa veste et la laissa glisser sur la table. Le maitre chanteur haussa un sourcil, mais sembla la reconnaitre.
Kuroo s'assit, avec un calme que lui-même ne se savait pas posséder. L'individu face à lui suivit le mouvement des yeux, très peu impressionné.
Une fois installé, le brun sorti l'enveloppe de sa veste, celle contenant les photos de Kenma, et la posa sur la table. CJ regarda l'enveloppe, puis Kuroo. Il soupira et enfila une paire de gants en cuir, récupérant l'enveloppe pour en détailler le contenu. Une fois cela fait, il releva le regard. Il avait l'air passablement agacé.
— Vous n'êtes pas Kozume-san.
— Non. Bien malheureusement pour vous, je le crains.
Allez! Voilà! Pose-toi là, affirme ta dominance Tetsu!
Le maitre chanteur soupira, blasé, ce qui désarçonna momentanément Kuroo.
CJ sortit une tablette du sac installé à ses côtés et commença à pianoter dessus.
— Je vois... commença-t-il. C'est vous qui avez répondu à Ujishima-san... et vous étiez impliqué dans cette histoire il y a quelques semaines... Tetsurō Kuroo.
Ce dernier se sentit perdre son calme en entendant son nom. Comment avait-il fait pour le retrouver aussi rapidement ? Il ne dit rien. CJ le détailla un instant.
— C'est bien cela, il continua de pianoter sur sa tablette. Si vous avez intercepté ce courrier, c'est donc que vous avez un lien avec Kozume-san. Un ami ?
Il le détailla un instant.
— Non... un amant.
Kuroo respira profondément, tentant désespérément de contrôler son rythme cardiaque. CJ ne perdait pas une miette de chacune de ses réactions.
— Oh, je vois.
Cela commençait à bien faire ! S'agissait-il d'un maitre chanteur ou d'une diseuse de bonne aventure à la fin ?!
— Vous êtes son partenaire.
Sa respiration se coupa.
Finis de jouer.
Son regard s'assombrit, bouillonnant d'une rage froide.
— Qu'est-ce que vous lui voulez ?
— Hmm... donc j'ai vu juste.
— Je vous repose la question: qu'est-ce que vous lui voulez ?
Le maitre chanteur soupira :
— Il me semble avoir été clair. Nous avons simplement une proposition à lui faire.
— Je vous préviens, si vous essayez de le faire chanter ou de le menacer de quoi que ce soit je...
Il fut coupé par CJ, qui venait d'échapper un lourd soupire, exaspéré.
— Nous n'essayons pas de le faire chanter, ni quoi que soit d'autre.
Kuroo fut complètement pris de court. Il avait l'air sincère, agacé certes, mais sincère.
— … Qu'est-ce que vous lui voulez du coup ?
— Lui faire une proposition.
— Je suis désolé, mais on dirait toujours que vous cherchez à lui faire du chantage !
— Mais non !
Cette fois, Kuroo était pommé pour de bon. Les deux avaient pour de bon perdu leur aura de super méchants de films d'action, ils n'étaient plus que deux gars en costume, assis sous des fleurs en plastique.
— Mais quoi alors ?!
— Comme vous êtes agaçant ! Je vous dis que ce n'est pas le cas.
— C'est vous qui êtes agaçant !
Le maitre chanteur, qui apparemment n'en était pas un, roula des yeux.
— Si je comprends bien, je ne vais pas pouvoir me débarrasser de vous si facilement.
— Évidement que non.
Évidement que oui; il pouvait toujours sortir un beretta de son sac et lui coller une balle dans la tête, il pouvait très facilement se débarrasser de lui.
— D'accord, d'accord. Comme vous êtes agaçant, commenta CJ, se relevant de sa chaise.
— Mais c'est vous qui...
— Suivez-moi, le coupa l'individu en s'avançant de la sortie.
— Pour aller où ? Je ne vais pas vous suivre, je ne sais pas ce que vous allez me faire !
— Mais je ne vais rien vous faire ! Dépêchez-vous!
— Mais pour aller où ?!
— Vous verrez bien ! Suivez-moi !
— Non.
CJ fit volteface.
— Vous voulez en savoir plus, oui ou non ?
— Oui.
— Donc suivez-moi, ce n'est pas bien compliqué non plus !
Kuroo souffla, exaspéré, mais s'exécuta.
Il regretta assez rapidement sa décision. CJ était bien sympathique, mais... Non il ne l'était absolument pas, et c'est bien cela qui l'inquiétait, vu qu'il était en train de le suivre au bout de ruelles étroites, s'éloignant de plus en plus des artères principales. Peut-être lui avait-il tendu un piège, il était en train de l'isoler pour pouvoir mieux le kidnapper et le torturer ! Peut-être que l'enfant à cup cake qu'il avait croisé plus tôt allait sortir d'un recoin pour le braquer sur la tempe avec son beretta... La tempe peut-être pas, Kuroo était trop grand pour se faire braquer sur la tempe par un enfant... Sauf s'il venait avec un tabouret. Ou s'il lui faisait un croche-patte pour le faire tomber...
— Bon, mais dépêchez-vous, râla CJ.
Kuroo lui jeta un regard noir, toujours suspicieux à l'égard de ses intentions. CJ soupira et se remit en marche, ne lui prêtant guère plus d'attention.
Ils arrivèrent finalement au niveau d'un terrain vague : dieux, Kuroo allait mourir ici, au milieu de ce foutu terrain vague. Ils le traversèrent, arrivant de l'autre côté du terrain, et Kuroo était toujours en un seul morceau. Il se retrouva finalement devant... ce qui semblait être un garage automobile. Il releva les yeux, la pancarte au-dessus indiquait "garage Miya". Il fronça les sourcils, à court de scénario improbable pour imaginer son propre meurtre. Ils pénétrèrent à l'intérieur : il s'agissait bien d'un garage, l'odeur de pneu et de pétrole, ainsi que les dizaines de voitures installées sur des ponts élévateurs le confirmaient sans équivoque. CJ traversa le garage, et Kuroo suivit. Au fond il devina une porte, menant surement à l'arrière du bâtiment. Plus ils s'approchaient, et plus des voix leur parvenaient. CJ soupira, mais continua tout de même. Kuroo put finalement distinguer deux voix masculines, les deux individus se hurlant dessus. Ils arrivèrent au fond, et CJ ouvrit la porte sans prendre le temps de s'annoncer. Les deux individus derrières, pris de court, se turent en entendant la porte s'ouvrir.
Kuroo cligna des yeux, soit il commençait à halluciner à cause des effluves de pétroles, soit il se tenait bien face à deux individus identiques. Peut-être pas identiques : l'un avait les cheveux blonds, l'autre gris. Des jumeaux donc, se souffla Kuroo intérieurement, affligé par sa propre bêtise.
— Omi ? dit le jumeau aux cheveux blonds.
— Je vous emmène quelqu'un.
Les jumeaux tournèrent les yeux vers lui, tout aussi surprit de sa présence que lui de la leur.
— C'est qui ça ? demanda le jeune homme aux cheveux gris.
Ledit "Omi", surnom qui au passage n'avait absolument rien à voir avec "CJ", soupira avant de répondre d'une voix monocorde :
— Le partenaire de Kozume-san.
Les jumeaux tournèrent de nouveau leurs attentions vers lui.
— Bah qu'est-ce qu'il fout là ?
— Il s'inquiétait qu'on menace Kozume-san.
— Hein ?
Le blond avait l'air réellement surpris de l'apprendre.
— Je vous avais dit de ne pas vous inquiéter, lui dit son maitre chanteur.
— Vous envoyez des photos de mon partenaire prisent à la dérobé avec un message hyper menaçant, et après vous m'emmener dans un garage douteux pour me faire je sais pas quoi et je ne devrais pas m'inquiéter ?! s'emporta Kuroo.
Ce n'était quand même lui dans l'histoire qui déraillait le plus tout de même !
— Qu'est-ce qu'il a de douteux mon garage ? intervint le jeune homme aux cheveux gris.
— De quoi ? s'exclama en même temps son frère.
Il s'approcha de Kuroo, faisant un mouvement de la main pour lui demander les preuves de ce qu'il avançait. Le brun, qui avait récupéré l'enveloppe plus tôt, la lui tendit. Le jeune homme face à lui la détailla, semblant la voir pour la première fois. Il l'ouvrit pour en examiner le contenu. Finalement, il écarquilla les yeux, profondément choqué :
— Mais Omi, t'es pas bien !
Le concerné fronça les sourcils, visiblement vexé :
— Tu m'as demandé de prendre contact, c'est bien ce que j'ai fait.
— Oui, mais je pensais genre un message, j'en sais rien, pas de jouer les psychopathes en lui envoyant des photos de lui dans sa bagnole avec une carte de visite !
— Un message ? Il ne m'aurait jamais répondu, ne sois pas idiot.
— Mais c'est moi l'idiot ! T'es pas bien ! Tu peux aller en prison pour ça, c'est quoi ton problème ?
Les deux continuèrent à se chamailler, ce qui désarma Kuroo. Il tourna les yeux vers le jumeau aux cheveux gris, qui avait l'air affligé. Ils se regardèrent, tous deux dépassés par la situation. La dispute prit fin après quelques minutes. Le blond échappa un long soupire et se tourna vers Kuroo. Il se pencha pour s'excuser :
— Je suis désolé de son attitude. Nous n'avions pas l'intention de vous être hostiles.
Il se redressa, l'air profondément blasé.
— Nous cherchions juste à prendre contact pour lui faire une proposition.
— Une proposition ?
— Hmm, un genre de partenariat si vous voulez.
Kuroo était toujours septique. Le discours tenait toujours de celui d'un chef de gang. Le blond s'en aperçut et soupira de nouveau.
— Ok, laissez-nous recommencer. Je me présente, Miya Atsumu, mon frère Miya Osamu, et le psychopathe qui vous envoie des courriers improbables n'est autre que Sakusa Kyoomi.
— On ne devrait peut-être pas dire nos noms comme ça, remarqua Osamu.
— Après le move de l'autre dingue, je pense qu'il a le droit de savoir non ? répliqua son frère.
— Pourquoi cela me retombe dessus ? Tu aurais dû me donner des instructions plus claires dès le départ ! se défendit Sakusa.
— Mais je rêve, ça retombe sur moi maintenant ! Bref. Navré pour ça, bienvenue, hum, voilà pour les présentations. Et tous les trois nous sommes...
Le blond se redressa, prenant une posture plus assurée. Un sourire se dessina sur ses lèvres :
— Chaotic Justice.
-/-
Kuroo remonta les marches. Le trajet retour s'était passé sans qu'il ne s'en rende compte. Bien trop prit dans ses pensées, son corps s'était mis en autopilote. Sa fin de journée avait pris un tournant qu'il était loin d'avoir pu s'imaginer lorsqu'il avait pris la décision de se rendre à ce mystérieux rendez-vous. Il ouvrit la porte de la maison, Kōtarō était affalé sur le canapé, le regard rivé sur son téléphone et Keiji était en train de cuisiner. Les deux tournèrent les yeux en l'entendant rentrer.
— Tadaïma, dit-il en refermant la porte derrière lui.
— Okairi, tu rentres tard, remarqua Kōtarō.
Il se crispa, mais tenta de paraitre le plus neutre possible.
— Hmm, je devais allais faire un truc en ville.
Ses deux amoureux hochèrent la tête et retournèrent à leur occupation sans rien demander de plus.
— Kenma est là ?
— Il est dans sa chambre, lui répondit Keiji.
— Stream ?
— Non, je ne pense pas.
— Ok.
Tetsurō laissa son sac près du canapé et se dirigea vers la chambre de Kenma. Il resta planté quelques instants devant la porte. Il n'était pas bien certain de la réaction qu'il allait avoir... il ne s'attendait pas à ce que son acte soit accueilli avec les honneurs et des courbettes, il espérait juste pouvoir lui expliquer, et le convaincre. Avant qu'il ne s'annonce, Kenma l'invita à rentrer. Il pénétra à l'intérieur. Kenma était installé sur le bureau de sa chambre, sur son ordinateur portable, occupé à taper d'obscures lignes de codes. Il finit ce qu'il était en train de taper et tourna les yeux vers lui.
— T'as besoin de quelque chose ?
— Hum... on peut discuter ?
Kenma haussa un sourcil, surpris, mais il se tourna, l'invitant à s'assoir sur son lit. Kuroo s'exécuta, triturant ses doigts, ne sachant pas trop comment aborder la chose.
— Tout va bien ? s'inquiéta le blond.
— Oui ça va. Hum...
Il laissa le silence s'étendre quelques instants. Finalement, il inspira profondément, prit son courage à deux mains et prit la parole.
— J'ai... rencontré des... des gens intéressants aujourd'hui.
Kenma le détailla du regard, impassible.
—Okay... Qui ça ?
— Hum... Chaotic Justice.
Le blond cligna plusieurs fois des yeux, médusé.
— Les journalistes ?
— Oui.
— Qu'est... comment ça ?
Le brun soupira.
— Ok hum... je...
Non il n'allait certainement pas commencer par le début de l'histoire. Il ne comptait pas mentir, juste tourner les évènements à son avantage.
— Ils voulaient te contacter. Hum... Je savais pas ce qu'il te voulait au début, mais...
— Me contacter ?
— Hum... ok. Panique pas, mais... ils ont réussi à trouver ton identité, et à te relier à Applepie.
Kenma retint son souffle, ses yeux commençant à refléter l'angoisse montant en lui.
— T'inquiètes pas, ils te veulent pas de mal, ni te nuire ou quoi que ce soit. Juste... hum, te proposer... une idée.
— Une idée ?
— Oui... hum... Ok. Comme les élections pour la présidence du CFGMAO arrivent, ils cherchent à faire une campagne de sensibilisation pour... appeler un plus grand nombre de personnes à... peser dans la balance.
Kenma grimaça, pas convaincu pour un sou.
— Ils font de la politique ?
— Plus ou moins... plus par sens de la justice, je dirais. C'est pas con, les omégas sont en minorités, certains ne peuvent même pas voter à cause de la TPO, et la plupart des bêtas n'en savent rien, ce qui est bien utile pour les suprémacistes alphas qui peuvent faire un peu comment bon leur semble... Et je... c'est pas con, j'en savais rien non plus avant de... avant de vous rencontrer. En poussant les bêtas à participer au débat et à l'élection, cela pourrait influencer positivement les résultats, peut-être même mener à l'abolition totale de la TPO au long terme. Enfin... Ça fait peut-être un peu tirer par les cheveux, mais... bah c'est pas con.
Kenma semblait septique.
— Ok... pourquoi ils s'intéressent à ça ?
— Ils s'appellent pas "Chaotic Justice" pour rien. Mis à part cela, ça apparemment affaire avec quelque chose de personnel aussi.
— Comment ça?
— Bah hum... deux des membres sont... des jumeaux homozygotes avec une dysmorphie de secondaire, c'est quand euh...
— Quand le secondaire est différent, je sais... c'est assez rare.
— Apparemment. Mais bref, pour eux... et à juste titre, c'est absurde, ils sont nés en même temps, mais leurs droits sont vastement différents, l'un d'eux est sous la tutelle de l'autre alors que... bref, ils comprennent particulièrement bien le problème, d'où leur engagement.
Le blond hocha vaguement la tête.
— Et qu'est-ce que je viens faire dedans ?
— Ok... euh... leur idée n'ait pas de... c'est pas énorme, mais pour commencer c'est... enfin voilà. Ils veulent juste publier des vidéos témoignages sur leur chaine pour commencer.
— Je vois toujours pas en quoi ça me concerne.
— Bah... tu es assez connut, surtout après le tournoi et tout... donc.
— Ils veulent que je révèle mon identité.
— Oui, ça en fait partit.
Son visage se ferma complètement, ne laissant plus transparaitre aucune de ses émotions. Cela ne lui disait rien qui vaille.
— Rappelle-moi comment ils ont pris contact ? Pourquoi toi ?
Kuroo grimaça.
— Euh... ok, hum... j'ai peut-être un peu... pas... enfin. Tu te souviens le courrier qui t'étais adressé et euh... c'était une pub de téléphone.
Kenma hocha la tête, son regard commençant à se faire sévère.
— Bon bah c'était pas une pub de téléphone... Je t'ai menti, je... je me suis inquiété et je voulais pas que tu t'inquiètes après... après tout ce qu'il s'était passé enfin. Désolé.
Le blond avait l'air calme en apparence, mais il sentait monter son courroux sous sa façade neutre. Il tendit la main.
— Montre-moi.
— Euh... -il passa sa main dans la poche de sa veste- ok, ça a pas l'air... ça a l'air assez... limite, mais c'était plus un... problème de communication qu'autre chose, je te jure qu'ils ne te veulent rien et qu'ils respectent ton anonymat quoi que tu...
Kenma insista du regard. Kuroo s'exécuta et lui tendit l'enveloppe. Le blond détailla l'enveloppe, avant d'en vérifier le contenu. Ses yeux manquèrent de jaillirent hors de leurs orbites lorsqu'il constata de quoi il s'agissait.
— Je sais, ça a pas l'air super rassurant... c'est pour ça que je me suis inquiété, mais... ça va, c'est cool.
— C'est cool ? Ji, t'es pas bien ! En plus de m'avoir mentit...
— Désolé...
— Me coupe pas, en plus de m'avoir mentit, ça aurait pu être dangereux ! T'es pas bien ? Sans nous en parler en plus !
— Dangereux ? Mais non, qui de particulièrement dangereux s'intéresserait à un streamer, tenta de relativiser Tetsurō, bien que cela fût bien loin de son résonnement original.
— Je développe aussi des logiciels de cryptages de donnée pour des banques et de grosses entreprises. Ça aurait pu être dangereux !
— Oh... oui, j'avais pas pensé à ça... Bref, c'était pas le cas, loin de là et euh... désolé.
Son amoureux soupira, mais hocha la tête.
— Tu aurais dû m'en parler.
— Je sais... désolé, je voulais pas t'inquiéter.
Silence.
— Et sinon... pour leur proposition ?
Le blond se tourna de nouveau vers son ordinateur, recommençant à taper. Il sentait bien qu'il était toujours en colère, mais qu'il essayait de ne pas réagir à chaud. Il ne répondit pas à sa question.
— Du coup ?
— Non, trancha le blond.
Ok...
Comme ça ? Sans plus d'explication, vraiment ?
Kuroo ne répondit rien, mais il resta assis. Kenma grogna et se retourna d'un coup, ce qui fit sursauter Tetsurō.
— J'arrive pas à croire que tu sois en colère !
De quoi? D'où il...
— Je suis pas en colère.
— Te fous pas de ma gueule.
Après deux secondes d'introspections, Kuroo constata qu'en effet, il était un peu en colère. Kenma l'avait senti. Maintenant qu'il en avait pleinement conscience, elle envahit tous ses membres, tournant dans son ventre et dans sa gorge, attisé par celle qu'il sentait monter en Kenma.
— Oui je suis un peu énervé, t'as l'occasion de faire quelque chose pour changer les choses et tu considères même pas la chose trois secondes !
— Non, mais je rêves, d'où ça te regarde toi ?
— Quoi d'où ça me regarde ?! Vous êtes mes partenaires, ça me regarde un peu quand même.
— Me fais pas rire putain...
Ok, cette fois Kuroo était vraiment hors de lui.
— Ça veut dire quoi ça ? Je peux pas peser dans la balance, je suis juste un putain de bêta pommé qui peut rien faire et qui...
— Oui, voilà, si tu veux.
Ouf! Cela commençait à vraiment avoir du mal à passer. Il ne voulait pas non plus envenimer la situation, il était en colère, mais il comprenait bien que tenter de discuter maintenant n'apporterait rien de bon. Il se leva d'un coup et sortit de la chambre, claquant la porte derrière lui. Il entendit Kenma se lever et se diriger vers la porte d'un pas lourd. Il traversa le couloir, décidé à rejoindre la porte d'entrée. Kenma ouvrit la porte à la volée et l'attrapa par le bras avant qu'il n'ait pu aller bien loin. La colère refit des loopings dans son corps, lui montant complètement à la tête, renforcer par celle du blond.
— Lâche-moi, lança sévèrement Kuroo en se dégageant de son emprise.
— Tu te barres pas comme ça !
— Quoi, tu veux que je fasse quoi d'autre ? J'ai bien compris que t'en avais rien à foutre !
— Quoi ! Tu...
Le blond inspira profondément, profondément exaspéré.
— Kenma, Tetsurō, intervint Keiji.
Le blond leva la main pour lui empêcher d'intervenir.
— Je rêve, comment-ça j'en ai rien à foutre ?
— Bah, je sais pas je constate, lança le brun, insolent et provocateur.
Kenma échappa un rire, purement guidé par la colère.
— Ok, si tu veux. Et toi non ? T'en as pas rien à foutre ? Je te rappelle que sous tes envies bien noble de justice, ya nos vies, t'y as pensé à ça ? Tu comprends pas un dixième de ce que l'on vit Kōtarō et moi, et tu penses que j'en ai rien à foutre ? Désolé, tu peux me prendre pour le méchant de l'histoire, je m'en fous. Si je tombe, on tombe tous. C'est ça la réalité, et je peux pas me le permettre, parce qu'il faut que je reste debout, parce que sinon tout fout le camp. Mais ça tu le comprends pas non ? Prends conscience vite fait de tes privilèges, et arrête de vouloir jouer les héros. C'est pas ton monde fantastique, c'est la vraie vie, c'est nos vies, alors redescend sur terre cinq secondes !
Kuroo inspira profondément.
— Ok, cracha-t-il.
Sans rien ajouter de plus, il récupéra son sac à dos et marcha jusqu'à la porte d'entrée, la refermant brutalement derrière lui. Il remonta la rue en marmonnant et en piétinant colériquement. Mais bien vite, son courroux se dilua. Le froid le saisit soudainement.
Il s'arrêta au milieu de la route. La colère s'était transformée, l'adrénaline s'était diluée. Son corps lui semblait si lourd d'un coup, et il sentit sa gorge se nouer. Il n'aurait pas dû s'emporter ainsi. Il se tourna, regardant la route. Personne ne l'avait suivi.
Il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il se rappela la colère dans les yeux de Kenma, et il sentit son cœur comme poignardé. Il avait raison : pour qui il se prenait au juste ?
Non. Il ne pensait pas qu'il avait eu tort non plus. Il n'aurait pas dû réagir ainsi, mais... Il ne pensait être en tort dans cette histoire. Il pensait réellement tout ce qu'il avait dit.
Peut-être pas tout.
Il ne pouvait pas faire grand-chose, cela était vrai. Il n'avait jamais traversé ce qu'ils avaient dû traverser, il en avait conscience. Mais s'il pouvait aider à construire un meilleur monde pour eux, il le ferait, et il n'allait pas s'excuser pour ça.
Il venait d'arriver dans le parc. La nuit était tombée depuis un moment maintenant. Il s'assit sur un banc et soupira. Qu'est-ce qu'il allait faire ? Il n'avait pas envie, mais alors vraiment pas envie, de rentrer maintenant, pas après ça.
Il regarda son téléphone.
Il aurait bien appelé Oikawa pour vider son sac un peu... mais à cette heure-là, il devait être parti travailler. Sugawara? Non, il avait bizarrement besoin de quelqu'un d'un peu plus... brutal dans son approche. Il soupira et ouvrit sa messagerie.
"Je peux t'appeler ?"
Il envoya et changea de destinataire.
" M'attendez pas" envoya-t-il à Keiji.
Alors qu'il allait ranger son téléphone en attendant une réponse, il sonna. Il vérifia de qui venait l'appel et décrocha :
— Kuroo ça va ? demanda Yamaguchi.
— Ça va... bof en vrai. Hum... je peux te demander un service ? J'ai besoin de parler... et d'un endroit où crécher ce soir aussi.
-/-
— Bah mec, déso, mais tu crains un peu.
Voilà la brutalité qu'il avait réclamée, maintenant qu'il se la prenait en pleine figure, il n'était pas certain d'avoir pris la meilleure décision.
Il était arrivé chez Yamaguchi et Tsukishima en début de soirée, leur ayant ramené de quoi faire un repas. Ses deux amis ne lui avaient d'abord posé aucune question, comprenant bien qu'il avait besoin d'un peu se vider la tête avant de parler de quoique ce soit. Et ils avaient fait cela comme des chefs, après deux bonnes heures passées à rigoler, Tetsurō avait presque oublié la raison pour laquelle il était venu squatter leur canapé. Alors qu'ils avaient fini de se préparer pour aller dormir, Yamaguchi lui avait apporté une petite tasse de thé, douce attention qui n'avait fait qu'annoncer le début d'un interrogatoire beaucoup moins tendre. Il avait fini par leur raconter tous en détail.
— J'avoue, ajouta Tsukishima.
Kuroo grimaça.
— Je sais...
— Tu sais quoi ?
— Que j'aurais pas dû lui demander ça... Je comprends son point de vue, c'est juste que...
Il ne termina pas sa phrase.
Yamaguchi soupira.
— Je comprends ton point de vue aussi, c'est noble de ta part et... c'est pas totalement une mauvaise idée, mais tu peux pas lui demander ça comme ça. Il a raison. S'il est exposé, c'est pas forcément sur toi que ça retombera.
— Je sais.
— Et puis tu les connais pas ces types non plus.
Kuroo ne répondit pas de suite.
— Ouais je sais... ils sont peut-être un peu chelous... mais j'ai envie de leur faire confiance.
Silence.
— Je sais que... je viens comme ça avec mes gros sabots, prêt à sauver la veuve et l'orphelin alors que c'est pas des choses qui m'ont directement affecté dans ma vie...
— Un petit syndrome du sauveur, remarqua Yamaguchi.
Kuroo pouffa. Il n'avait pas tort non plus.
— Je sais... Mais... je peux pas vivre en sachant tout cela, et ne rien pouvoir y faire ça me... Je peux pas accepter de vivre dans un monde qui traite comme ça ceux que j'aime et rien dire, sous prétexte que j'en suis pas victime directement. Je sais pas je... Pas après tout ça... je peux pas accepter que... Vous pouvez pas imaginer comme j'ai eu peur pour Kōtarō quand... enfin vous voyez... et après de voir comment on l'a traité, comme c'est banalisé partout et ça me... ça me rend dingue !
Voilà que la colère avait refait son apparition, malheureusement pour le coussin qui se trouvait malencontreusement dans son champ de vision.
Yamaguchi et Tsukishima échangèrent un regard.
— Kuroo, t'inquiètes que je... on comprend particulièrement ce que tu dis.
Tsukishima avait parlé posément, ayant complètement laissé de côté son sarcasme et son piquant habituel.
Yamaguchi lui prêta un regard furtif, échappant finalement un sourire triste.
— Ouais... mais tu peux pas lui demander de se mettre en danger comme ça.
— Je sais... je voulais pas m'énerver, et je comprends sa décision. C'est juste que... -il soupira- si je peux faire quelque chose pour changer les choses, je le ferais.
Ses deux amis hochèrent la tête.
Le silence tomba.
La colère était de nouveau retombée, laissant derrière elle une amertume poignante. Il sentit sa gorge se nouer de chagrin. Il n'aurait pas dû se mettre dans cet état. Le regard de Kenma, empli de rage froide et d'amertume lui revint à l'esprit. Il sera fort l'oreiller contre sa poitrine. Il avait l'impression que son corps n'était plus qu'un pauvre ballon de baudruche qui venait d'exploser, gisant pathétiquement dans sa poitrine.
— Ah, mais mec, morve pas sur les coussins ! râla Tsukki.
— Kei, le réprimanda son partenaire.
Kuroo rit malgré tout, ce qui le fit exploser franchement en larme.
— Désolé... c'est juste que... j'ai tout foutu en l'air...
— Mais non... relativisa Yamaguchi.
— Mais si ! Surtout maintenant que...
— Maintenant que quoi ?
Le brun resserra l'étreinte avec ce malheureux oreiller, qui menaçait déjà de devenir une simple bouillit de rembourrage.
— Maintenant que... ils m'ont dit qu'ils s'étaient liés à moi... genre pour de vrai je... mais j'ai juste foutu la merde...
Les deux autres écarquillèrent les yeux.
— Pour de vrai ?
Tetsurō hocha la tête.
— Vous êtes partenaires ?
Il acquiesça de nouveau.
— T'as pas trainé putain, remarqua Tsukki.
— Oh! -Yamaguchi s'avança pour l'enlacer- félicitations !
— Mais non pas félicitations ! J'ai tout gâché là ! J'ai tout foutu en l'air...
— Oh Kuroo, mais non, c'est pas grave, c'est juste une dispute, ça va pas changer ça.
— Je sais pas...
— Moi je sais, ça va aller.
— Mais qu'est-ce que je fais ?
— Ya pas grand-chose à faire. Tu vas lui parler, lui expliquer ce que tu viens de nous dire, au calme... Peut-être que ça réglera pas tout, mais au moins vous pourrez en discuter plus posément.
Kuroo hocha vivement la tête.
— Ok...
Son ami lui sourit.
— Merci de m'avoir écouté, et pour le canap, dit Tetsurō.
— C'est normal... Mais en parlant de ça, on va pas tarder à aller se coucher. Je t'adore, mais je tombe de sommeil.
—Ok...
— Et morve pas sur les coussins ! s'exclama le blond, ce qui eut le mérite de le faire rire.
Quelques minutes plus tard, il était dans le noir, étendu sur le canapé. Il leva les yeux au plafond. Il n'avait pas prédit que sa journée finirait ainsi, loin de là. Il avait envie de croire à ce que lui avaient dit ses amis. Cela irait mieux... surement. Pour le moment, il ne pouvait rien faire de plus de toute façon. Alors il ferma les yeux, et s'endormit.
Il fut réveillé en sursaut le lendemain matin lorsque la sonnette de l'appartement retentit. Kuroo manqua de rouler hors du canapé, mais se rattrapa in extremis. Tsukishima, qui se tenait accoudé au comptoir de la cuisine à quelques pas de lui, ricana en le voyant. Kuroo, qui avait décidé de commencer sa journée avec l'attitude d'un enfant de cinq ans, lui tira la langue.
— J'arrive !
Il tourna les yeux vers Yamaguchi, déjà tout habillé, qui traversa le couloir de l'entrée pour ouvrir la porte. Il discuta à voix basse avec l'individu se trouvant derrière, et finalement se décala. Kuroo manqua de tomber de nouveau lorsqu'il reconnut de qui il s'agissait.
— Keiji ?
Ce dernier lui sourit posément.
Pour une raison qui lui échappait, Kuroo remonta le plaid qu'il avait sur lui pour s'en draper complètement, comme s'il venait de se faire prendre en flagrant délit de tromperie.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
— Je suis venu te chercher.
Kuroo cligna des yeux, incrédule.
— Comment tu savais que j'étais là ?
Yamaguchi grimaça et finit par avouer :
— Je lui ai dit.
Tetsurō fronça les sourcils. Traitre !
L'anxiété refit surface. Chouette, un peu d'anxiété pour commencer la journée, toujours agréable ! Juste avant le café, impeccable ! Il baissa les yeux, et répondit :
— Ok hum... laisse-moi cinq minutes et j'arrive.
Son partenaire hocha la tête.
— D'accord, je t'attends en bas.
Il salua Yamaguchi et Tsukkishima et repartit. Son ami referma la porte et eut l'audace de lui sourire.
— Tu pouvais pas me laisser cinq minutes de répit !
— Nan, allez, bouges.
— Je savais bien qu'en fait tu m'aimais pas du tout.
— Si tu le sais, qu'est-ce que tu fais encore là, lâcha Tsukishima, sourire narquois aux lèvres.
— Ok, ok, ça va j'ai compris.
Il n'arriva en bas de l'immeuble qu'une bonne dizaine de minutes plus tard. Pas de Keiji en vue. Il balaya les alentours des yeux, rien. Cinq pauvres minutes de retard et il l'abandonnait comme ça !
— Je suis là.
Kuroo tourna les yeux : Keiji marchait vers lui, deux cafés en main. Il lui en tendit un une fois à sa hauteur :
— Latte avoine.
— Merci.
Tetsurō baissa les yeux. Il ne savait pas trop ce qu'il devait dire, ni par où commencer... Ou même s'il devait dire quelque chose.
— Et si nous marchions un peu, proposa le brun.
Kuroo hocha la tête il se mirent en marche. Ils ne dirent rien pendant de longues minutes, marchant silencieusement côte à côte. Ils finirent par arriver dans un petit parc et s'y engagèrent sans avoir besoin de se concerter. Ils s'installèrent sur un banc, au bord d'un petit chemin. En face, des enfants jouaient dans un petit parc aménagé, leurs rires gorgeant l'atmosphère. Tetsurō soupira. Finalement il tourna les yeux vers Keiji et se décida à demander :
— Kenma vous a raconté ?
Son amoureux hocha la tête.
— Oh...
Silence.
— Qu'est-ce que tu en penses ?
Le brun soupira.
— Je suis d'accord avec Kenma.
— Hmm...
— Mais je comprends tes intentions.
— Oh... ok.
— Et je partage les sentiments qu'elles révèlent.
Kuroo leva les yeux, Keiji trouva son regard.
— Je comprends bien ce que tu ressens, et ce que tu veux faire... Je ne suis pas certain que l'exécution en soit... optimal.
— Je sais... je pense pareil.
Keiji hocha la tête.
Kuroo tourna de nouveau les yeux vers les enfants du parc.
— Kenma comprend aussi... Sa colère vient aussi du fait que tu te sois mis en danger comme cela...
— Je sais...
— Sur ce point-là, je ne suis pas sûr d'être bien placé pour te faire la leçon.
Tetsurō le regarda, ne décelant pas immédiatement où il voulait en venir.
— Se mettre en danger avec l'intention de protéger. Je connais cela. Et je sais que ce n'est pas idéal. C'est toi qui me l'as appris d'ailleurs.
Il lui sourit, et Kuroo sentit ses lèvres lui répondre.
— Hmm...
Silence.
— J'aurais pas dû m'énerver comme ça non plus... pour ma défense je... je voulais pas en parler à chaud c'est juste que –il agita ses bras, se souvenant de la rage pure qu'il avait ressentie à ce moment-là- c'est juste que, c'est parti en vrille. Je comptais rien dire, mais Kenma l'a senti, ce qui l'a énervé, du coup je l'ai senti, ça m'a énervé, et c'est parti en cacahuète !
Keiji rit légèrement.
— C'est pas drôle!
— Ça l'est un peu. Je dois dire que...
— Que ?
— Eh bien, tu n'as vraiment aucun filtre pour le moment et cela peut-être... déstabilisant.
— Aucun filtre de quoi ?
— Tu laisses en permanence tes émotions à travers le lien, cela peut être déroutant. Et ça ne te donne pas forcément la possibilité de... temporiser, je comprends.
— Je fais ça ?! Mais je m'en rends même pas compte!
— Je me doute.
— Oh désolé...
— Ne t'excuse pas, ça ne fait rien. Mais du coup je comprends ce que tu as ressenti. Pour l'avoir ressenti aussi.
Kuroo laissa sa tête retomber entre ses mains.
— Désolé. J'essayerai de... bref.
— Ça ne fait rien, on verra cela plus tard. Ce n'est pas important maintenant.
Le silence s'étendit de nouveau entre eux. Calme et apaisé.
— Je sais pas comment je vais faire pour l'affronter.
Son partenaire lui sourit :
— Tu ne vas pas "l'affronter", ce n'est pas un gladiateur dans une arène. Vous allez en discuter, et nous verrons après.
Kuroo haussa un sourcil.
C'était quasiment mot pour mot ce qu'il lui avait dit il y a de cela des mois.
— T'as pas le droit de réutiliser mes paroles comme ça !
Keiji rit. Finalement il tourna les yeux vers lui, lui sourit tendrement et lui tendit la main. Kuroo hésita, mais s'en saisit finalement. Il était temps de rentrer à la maison.
-/-
Après avoir trainé un peu dans le parc ensemble, Keiji et Tetsurō avaient dû se résoudre à rentrer.
Kuroo gravit les marches menant à l'appartement, ses intestins commençant à faire des loopings, répétant en boucle dans sa tête ce qu'il allait bien pouvoir dire à Kenma. Une fois arrivé devant la porte, Keiji lui prêta un regard pour s'assurer qu'il était prêt. Il hocha la tête et ils pénétrèrent dans l'appartement. Kōtarō et Kenma, installés sur le canapé du salon, levèrent les yeux en les entendant.
— Tadaïm...
Il ne put terminer sa phrase. Kenma avait déjà balancé sa console sur le canapé et c'était levé pour quitter la pièce, rejoignant immédiatement sa chambre. La porte claqua. Les trois autres se regardèrent.
— Euh... coucou, dit finalement Kōtarō.
Tetsurō soupira. Bon, voilà un excellent début, bonne journée en perspectives. Kōtarō lui offrit un sourire désolé et haussa les épaules. Le brun soupira. Bon, il était temps qu'il mettent son égo de côté, ou plutôt sa couardise, et qu'il parle à Kenma. Il déposa ses affaires au bord du canapé, s'excusa auprès de ces amoureux pour le drama causé et se rendit en face de la chambre de Kenma. Il hésita, mais finalement toqua. Aucune réponse.
— Kenma?
Silence.
Il hésita, mais finalement, ouvrit la porte. Le blond était installé devant son ordinateur portable, feignant clairement d'être en train d'écrire quelque chose.
— Je crois bien ne pas t'avoir permis d'entrée, lâcha-t-il froidement.
Aïe.
Kuroo soupira.
— On peut discuter ?
Le blond ne lui répondit rien.
Le brun hésita, mais finalement entra en refermant la porte derrière lui. Il alla s'assoir sur le lit et attendit. Kenma ne semblait pas vouloir lui accorder son attention.
— Kenma... je... désolé, j'aurais pas dû réagir comme ça.
Toujours aucune réponse.
— Je comprends ta colère, vraiment. Et je comprends ta position. Je n'aurais pas dû demander ça de toi, et m'énerver. Je comprends parfaitement ta position.
Kenma cessa de taper, mais ne se retourna toujours pas.
— Et aussi désolé de mettre mit en danger. Je savais que ça pouvait potentiellement l'être et je n'ai rien dit, c'était bête. Mais... pour le reste... je compte pas abandonner non plus, si je peux faire quelque chose pour... ne serait-ce qu'aider un tout petit peu à changer les choses je le ferais. Tu l'as dit toi-même, et je le sais, j'ai certains privilèges, et je compte bien m'en servir si je peux... Je sais pas encore comment ou si... merde, j'ai peut-être bien un syndrome du sauveur en fin de compte, mais bon... voilà. Pour ça je ne m'excuserais pas, et je... enfin voilà.
Il se tut et attendit. Après quelques secondes de battements, son partenaire soupira, et finalement se tourna vers lui.
— Désolé de m'être énervé aussi.
— Tu avais raison de t'énerver.
— Toi aussi.
Pris de cours, il se tut.
Le blond soupira.
— Écoute Ji, je comprends ta frustration. Et je comprends aussi tes intentions. Mais tu peux pas me demander de me mettre en danger comme ça.
— Je sais.
— Tu sais... ça me frustre aussi. Mais je...
— Kenma je...
— J'ai juste peur Ji.
Kuroo releva le regard, surpris.
— J'ai peur. Parce que je sais que ce que j'ai, ce que l'on a, est vraiment bancal.
— Tu viens de remporter 210 milliards de yen, c'est pas bancale bancale.
Il leva les yeux au ciel.
— Je sais ça... Mais je me dois de maintenir mon image sur internet, sinon j'ai peur que ça finisse mal... Tu sais pas comme internet peut-être cruel. Hum... déjà entendu parlé de Sasaki Himiko?
— Non...
Kenma soupira.
— C'était une youtubeuse il y a quelques années, une des premières, elle était pas mal connue et tout... Un jour, elle a dévoilé son secondaire, hum... oméga. Et ça a été... brutal...
— Oh...
— Elle s'est suicidée quelques mois après.
— Oh... merde.
— Ouais.
Le silence s'étendit de longues secondes.
— Je veux vraiment pas me retrouver dans cette situation... Ou dans quelque chose que j'arriverai pas à contrôler. Surtout pas maintenant avec les élections qui approchent et le bordel ambiant... Je... Désolé, mais je pense ce que j'ai dit, même si c'est blessant, je le pense. Bon non, je pense pas que... Mais... Tu peux pas comprendre ce que c'est de notre côté. Enfin... tu vois bien, mais...
— Je sais.
Silence.
— Kenma... je comprends pourquoi tu as peur... et je le répète, je te demande rien, j'ai eu tort de vouloir m'imposer. Mais je laisserai pas tomber non plus, de mon côté je veux dire.
Son amoureux hocha la tête.
— Et si ça peut te rassurer, hum... tu n'es pas seul. On est là, on est tous là, et même ta communauté. Elle est vraiment chouette. Chouette du genre à se jeter sur des voitures pour nous venir en aide.
Kenma pouffa.
— Peut-être ouais...
— En attendant, je vais juste dire à CJ.
— CJ ?
— Chaotic Justice.
—Oh...
— Je vais juste leur dire que... non, et je te jure qu'ils le respecteront, je pense pas qu'ils soient du genre à faire la mariole avec ça. Mais je vais quand même leur dire que j'aimerai rester impliqué si ça leur va.
Kenma hocha la tête.
Ils restèrent silencieux un bon moment.
— T'étais où en fait ?
— Chez Yamaguchi.
— Oh... en vrai, fait plus jamais ça, j'ai pas dormi de la nuit.
— Déso... mais je suis pas sûr que rester aurait arrangé les choses.
— Hum... dit le au moins. Ou sinon t'as une chambre, tu vis pas dans un placard.
— Keiji le savait apparemment.
— Il l'a su que ce matin, t'abuses.
— On est dramatique ou on ne l'est pas, c'est Oikawa qui m'a appris ça.
— Pff, t'es con.
Il lui sourit.
— Bon, on commande un truc à bouffer ?
-/-
Plusieurs jours étaient passés depuis cette dispute. Tout semblait être rentré en ordre.
Kuroo avait de nouveau contacté les membres de Chaotic Justice pour leur faire part de la décision de Kenma, appuyant bien sur le fait qu'ils n'avaient pas trop intérêt à faire les marioles avec les informations qu'ils possédaient. Ils avaient accepté la décision sans rien y redire (bien heureusement). Tout était rentré dans l'ordre...
Kuroo avait bien fini par comprendre que malgré qu'il ait affirmé son souhait d'aider d'une autre manière, ils n'allaient surement pas le contacter à nouveau de sitôt. Et à juste titre, il n'avait pas particulièrement de poids ni d'intérêt à leurs yeux, s'était-il finalement dit.
Donc il était retrouvé aux charbons, dans son placard à balais au fin fond du Toribishi institut. Kōtarō continuait d'avoir du mal à se remettre de ce qu'il lui était arrivé, les débats absurdes continuaient à enflammer internet, sans que rien de positif n'en ressorte jamais.
Retour à la case départ, plongé dans son impuissance et sa frustration. Que pouvait-il bien y faire de toute façon?
Une semaine tout juste était passée lorsqu'un soir, alors qu'il était sur le chemin de la maison, son téléphone sonna. Il jeta un coup d'œil à l'appel : il s'agissait de Yamaguchi. Il décrocha tout en continuant sa route :
— Hey, ça va ? demanda-t-il en décrochant.
— Hey.
Tetsurō fronça les sourcils. Il vérifia d'un rapide coup d'œil que l'appel provenait bien de son ami. Ce dernier avait parlé d'une voix si étrange qu'il l'avait à peine reconnu.
— Ça va ?
— Hum, oui ça va. Je me demandais juste...
— Oui ?
— Tu crois que tu pourrais me passer le contact des journalistes dont tu nous as parlé la dernière fois ?
Kuroo s'arrêta net.
— Pourquoi ?
— J'ai... quelque chose à leur proposer. Je pense... que ça pourrait les intéresser.
Le brun fronça de nouveau les sourcils, septique. Il hésita.
— Euh... ok, si tu veux, je t'envoie ça.
— Merci.
Et il raccrocha, sans rien ajouter de plus.
Kuroo regarda son téléphone un long moment, ne parvenant pas à comprendre ce qu'il venait exactement de se passer.
Il tint tout de même sa promesse et envoya le numéro qu'il avait enregistré sur son téléphone. Il n'était pas bien sûr d'avoir le droit de partager ce genre d'informations. Ce n'était pas pour rien que le groupe de journalistes était resté anonyme aussi longtemps, ils n'étaient pas non plus tout blanc aux yeux de la justice, et ils avaient mis dans la sauce pas mal de grands noms qui ne réfléchiraient pas à deux fois pour leur rendre la monnaie de leur pièce. Il le fit tout de même. Il avait confiance en Yamaguchi, bien qu'il ne sache rien de ses intentions.
Quelques heures plus tard, alors qu'ils rangeaient la vaisselle, son téléphone vibra. Il s'agissait d'un message de Sakusa.
"Merci pour le contact
Jeudi 18h
35°40'27.0"N 139°42'21.7"E
Nous vous attendrons"
-Fin du chapitre-
Tiens, tiens, mais regardez donc qui voilà ;)
Prochain chapitre: "La voix des autres "
"— Vous pouvez vous arrêter à tout moment si vous le désirez, vous êtes complètement maitre de la situation, et ceux à n'importe quel moment, d'accord ?
Le plus jeune hocha la tête et le blond annonça le top pour commencer à tourner. Yamaguchi regarda la caméra face à lui, sa respiration commençant à s'accélérer. Il tourna de nouveau le regard vers le journaliste :
— Je ne sais pas par où commencer...
— Par le début, ou pas, comme vous le sentez."
See ya
