Résumé: "— Vous pouvez vous arrêter à tout moment si vous le désirez, vous êtes complètement maitre de la situation, et ceux à n'importe quel moment, d'accord ?
Le plus jeune hocha la tête et le blond annonça le top pour commencer à tourner. Yamaguchi regarda la caméra face à lui, sa respiration commençant à s'accélérer. Il tourna de nouveau le regard vers le journaliste :
— Je ne sais pas par où commencer...
— Par le début, ou pas, comme vous le sentez."
TW: ! Mention d'abus psychologique, physique et sexuel, mention de mutualisation corporelle non consentie.
Chapitre 54: Les voix des autres
Kuroo baissa les yeux sur son téléphone : 17h50.
Yamaguchi ne devrait plus tarder.
Il releva les yeux. Le ciel commençait à se noyer de lumière aurorale.
Il était au milieu d'une partie assez résidentielle de Shibuya. Il était entouré d'immeubles datant des années 70, mornes et sans âme. Certains réverbères s'étaient déjà allumés, leur lueur jaunâtre, engloutie par les derniers rayons solaires, tapait contre la façade des immeubles. Le point GPS qui lui avait été donné n'était pas assez précis pour qu'il trouve le lieu de rendez-vous exact.
Son corps était perclus d'une anxiété moite, l'engourdissant étrangement, comme s'il était en plein rêve. Il s'était rendu à son point de rendez-vous sans savoir pourquoi sa présence avait été sollicitée. Il avait reçu un message de Yamaguchi plus tôt dans la journée lui indiquant qu'il le rejoindrait directement là-bas.
Il releva les yeux en attendant des pas dans son dos. Il fit volteface, si brusquement que la pauvre dame promenant son petit chien sursauta en le voyant faire. Il s'inclina, et marmonna un salut brouillon.
— Hey.
Il sursauta en entendant la voix dans son dos. La reconnaissant immédiatement, il se tourna aussitôt.
— Babe ?
Kōtarō lui offrit un sourire et s'avança vers lui.
— Qu'est-ce que...
Cette fois il n'avait pas décidé de venir sans rien dire à ses partenaires et leur avait également donné le lieu de rendez-vous (histoire qu'ils ne mettent pas trop de temps à retrouver son cadavre s'il venait à lui arriver quelque chose de regrettable).
Il soupira :
— C'est Kenma qui t'a dit de venir ?
Son partenaire haussa les épaules.
— Je comptais pas te laisser seul de toute façon, on comptait tous bien ta capacité à te retrouver dans des histoires impossibles.
Kuroo hocha vaguement la tête.
La luminosité avait encore décliné. La moiteur de son angoisse s'apaisa.
— On attend quoi ? demanda Kōtarō.
Au même moment, ils entendirent des pas se rapprocher d'eux. Yamaguchi venait d'arriver au bout de la rue. Il se stoppa un instant, prit de cours par la présence de Kōtarō. Il s'avança de nouveau, leur faisant un vague salut de la main.
Prêtant un regard à Kōtarō, il dit:
— Je savais pas que tu... serais là.
Sa voix avait sonné si étrangement.
— Moi non plus si ça peut te rassurer, compléta Kuroo.
Yamaguchi hocha vaguement la tête. Il avait l'air agité, il avait complètement perdu son pétillant habituelle. Ils ne firent aucun commentaire, mais Kōtarō s'approcha de lui, espérant que sa présence l'apaise.
— On attend quoi au juste ? demanda Kuroo, espérant percer le flottement étrange s'étant installé entre eux.
— Quelqu'un va venir nous chercher, répondit le plus jeune.
— Oh...
Le flottement persista, épais comme un brouillard humide.
— On est censé être là pour quoi ? demanda Bokuto.
— Je sais pas trop moi-même, lui répondit le brun, on m'a juste envoyé la localisation.
Yamaguchi inspira.
— Ils m'ont demandé de faire un témoignage pour leur vidéo... Enfin, j'ai proposé.
Les deux autres tournèrent les yeux vers lui.
Kuroo n'était pas bien certain de comprendre pourquoi sa présence était nécessaire. Qu'est-ce qu'il avait à faire là au juste ? Il avait bien insisté sur le fait qu'il désirait toujours être impliqué, mais il ne voyait pas bien en quoi il pourrait leur être utile actuellement. Devait-il lui aussi faire un témoignage ? Sur quoi au juste ?
CJ lui avait confié leur projet, mais il avait du mal à comprendre en quoi il pouvait y apporter quoique ce soit de concret. Il se sentait soudainement très inadéquat. En même temps Yamaguchi était là aussi, il ne voyait pas non plus ce qu'il...
— C'est moi qui leur ai demandé si tu pouvais venir aussi, intervint Yamaguchi.
Tetsurō tourna les yeux vers lui, surpris.
Le plus jeune avait décelé son trouble. Mais ces questionnements ne firent que s'intensifier, émergeant dans son esprit en masse brouillonne.
— Désolé... Je voulais juste pas être seul et... comme il te connaissait déjà je... J'aurais peut-être dû t'en parler avant, désolé.
Le brun hocha négativement la tête, lui signifiant qu'il ne servait à rien de s'excuser.
— Oh, oh, désolé! s'empressa de dire Kōtarō, je... je ne comptais pas... je voulais juste être sûr que Tetsu se foutrait pas dans la merde, mais je savais que tu serais là, ou pourquoi, enfin...
— Ça va –Yamaguchi lui offrit un faible sourire- ça me rassure que tu sois là aussi.
Kōtarō resta muet. Il acquiesça finalement.
— Tsukishima? se risqua à demander Kuroo.
Le plus jeune fit non de la tête.
— Il sait pas où je suis... Je... lui dirais plus tard.
Les deux autres hochèrent la tête. Ne sachant pas forcément quoi répondre. Ils laissèrent le silence retomber.
— Oh et juste, je... peut-être que ça va... enfin je...
Yamaguchi se tut abruptement sans avoir eu le temps de terminer sa phrase, des voix venaient de leur parvenir. Ils se tournèrent tous. Le portail métallique d'un petit jardin, coincé entre deux immeubles lézardés de lierre, venait de s'ouvrir. Tetsurō reconnut Atsumu Miya, accompagné d'une jeune femme qu'il salua poliment. En relevant les yeux, le blond sembla surpris de les trouver tous là. Il sourit poliment et s'avança vers eux.
— Yamaguchi-san, ravi de vous rencontrer, merci d'être venu.
Ce dernier lui rendit son salut et Atsumu se tourna vers Kōtarō et lui.
— Kuroo-san, merci, et...
— Kōtarō Bokuto, son partenaire.
Tetsurō dut s'empêcher de sourire bêtement en l'entendant dire cela. Malgré lui, il laissa passer à travers le lien un pincement de tendresse, qui lui fut mutuellement rendu.
— Oh, je vois. Enchanté.
Atsumu détailla Kōtarō un instant et sembla finalement le reconnaitre :
— Oh, vous étiez impliqué dans... -ils virent son regard s'allumer d'intérêt- je suis ravi de vous rencontrer. Hum, nous avions décidé de dédier ce temps au témoignage de Yamaguchi-san mais on pourrait trouver du temps pour...
— Je suis là pour le supporter, rien de plus, trancha poliment Bokuto.
Atsumu, se redressa, pris de cours. Il hocha finalement la tête, ses lèvres s'étendant de nouveau dans un sourire affable.
— Bon... je ne vais pas vous laissez là comme ça, venez.
Il se tourna et traversa de nouveau de portail étroit qu'il referma derrière eux.
Il ouvrit une porte de secours, révélant un escalier en ciment s'enfonçant sous le bâtiment adjacent. Atsumu continua de parler, mais il ne l'écoutait plus. Ils se retrouvèrent dans un parking, et Kuroo sentit son amoureux se rapprocher de lui, pas franchement rassuré. Yamaguchi suivait Miya, le regard tourné vers le sol, hochant vaguement la tête lorsque ce dernier lui adressait ses questions.
Ils le suivirent jusqu'à une petite porte coincée au fond du parking. Une fois à l'intérieur, Kuroo put déterminer qu'il s'agissait d'un studio. Au centre de la pièce, derrière un large rouleau de papier blanc, était installée une chaise, entourée de larges lampes d'éclairage studio et de panneau réflecteur. Plusieurs caméras fixes avaient été installées autour. Kuroo reconnut Osamu Miya, occupé à régler les caméras. Ce dernier se tourna en les entendant rentrer, il les salua de la tête rapidement et retourna à ses réglages. Kuroo fit le tour de la pièce des yeux, Sakusa n'était pas présent, ce qui le rassura: il valait peut-être mieux pour lui, et pour Yamaguchi et Kōtarō, de ne pas croiser sa route maintenant. De toute l'équipe, ce n'était pas forcément en lui qu'il avait le plus confiance. Le blond invita Yamaguchi à s'installer sur la chaise au milieu de la pièce et alla en récupérer deux autres qu'il leur apporta.
— Vous pouvez vous installer ici en attendant. Désolé, ce n'est pas franchement le contenue que l'ont à l'habitude de faire, on a un peu dû improviser.
Kuroo hocha la tête et Atsumu les laissa s'installer, retournant à Yamaguchi. Il lui apporta un verre d'eau, et s'assit en face de lui. Il lui expliqua posément comment l'interview allait se dérouler et ce à quoi il devait s'attendre, parlant calmement pour le rassurer. Yamaguchi l'écouta attentivement, prenant de petites gorgées d'eau sans jamais détacher son regard de lui. Son frère jumeau était occupé à régler les caméras. Il s'avança de Yamaguchi pour lui installer un micro et retourna aussitôt hors champ. Une fois les retours analysés pour s'assurer que tout était en place, il donna son feu vert, ils allaient pouvoir commencer à tourner.
Yamaguchi leva les yeux vers eux, paniqué. Kuroo lui sourit pour le rassurer, mais il s'aperçut rapidement que le regard du plus jeune s'adressait à Kōtarō. Ce dernier lui sourit tendrement. Yamaguchi inspira profondément. Ses mains, posées sur ses genoux, ne s'étaient pas arrêtées de trembler depuis qu'on lui avait repris son gobelet. Atsumu suivit le regard du plus jeune, enregistrant rapidement l'interaction se déroulant sous ses yeux. Il tourna de nouveau son attention vers Yamaguchi.
— Vous pouvez vous arrêter à tout moment si vous le désirez, vous êtes complètement maitre de la situation, et ceux à n'importe quel moment, d'accord ?
Le plus jeune hocha la tête et le blond annonça le top pour commencer à tourner. Yamaguchi regarda la caméra face à lui, sa respiration commençant à s'accélérer. Il tourna de nouveau le regard vers le journaliste :
— Je ne sais pas par où commencer...
— Par le début, ou pas, comme vous le sentez.
Il hocha la tête et son regard retourna vers la caméra.
— Le plan s'arrête en dessous de votre visage, vous n'êtes pas obligée de regarder si cela vous déstabilise.
Il hocha vaguement la tête, mais continua de regarder la caméra.
— Bonjour hum... je vais pas dire mon nom je pense … vous pouvez couper ça?
— Oui, ne vous inquiétez pas, l'anonymat sera gardé. On pourra modifier votre voix ensuite si vous le désirez.
— OK... hum... j'ai 21 ans... je pense. Enfin... hum.
Il inspira profondément.
Il resta silencieux, paralysé.
Jusqu'à ce que...
— Je suis né il y a environ 20 ans...
Silence.
— Dans une nurserie, c'est bien ça ?
Yamaguchi hocha la tête.
Tetsurō entendit Kōtarō retenir son souffle. Il détacha son attention de Yamaguchi pour lui prêter un regard. Son amoureux avait les yeux grands écarquillés, et il sentit l'effroi anxieux qu'il ressentait à travers le lien. Kōtarō ferma rapidement toute communication, et ses émotions ne lui parvinrent plus du tout. Kuroo prit sa main dans la sienne, il n'avait pas besoin du lien pour déceler ce qu'il ressentait, même s'il ne pouvait pas encore les comprendre.
— Vous pouvez nous expliquer ce que c'est ?
— Hum oui... ce sont des lieux d'accueil pour des omégas en situation d'isolement. Officiellement en tout cas, cela servait de structure d'accompagnement. Mais en réalité, elles servaient à collecter... des omégas au moment où très peu de naissances étaient enregistrées, soi-disant pour les protéger... Mais hum... ce n'était pas franchement le cas.
Atsumu hocha la tête pour l'inviter à continuer.
— Je sais que... je suis né là-bas... dans la nurserie de Shiroishi, au sud de la préfecture de Miyagi. Je... je ne sais pas qui m'a donné naissance, si cette personne est toujours en vie ou si c'est son nom que je porte, et je ne le saurais surement jamais.
Yamaguchi reprit son souffle. Il baissa les yeux, serrant ses mains l'une dans l'autre pour les empêcher de trembler.
— J'ai été placé dans... un centre d'accueil, avec d'autres enfants dans le même cas que moi... Je... ne me souviens pas vraiment de grand-chose, j'ai juste quelques vagues souvenirs de... mon enfance là-bas. Mais je sais que... c'était... relativement normal... j'allais à l'école, j'avais des amis de mon âge, rien de bien remarquable... Tout ça a changé plus tard. Quand j'ai eu... hum ,10 ans, environ, je crois je... J'ai dû passer une batterie d'examen, pour... s'assurer de ma bonne santé, et déterminer mon secondaire.
Yamaguchi releva les yeux vers eux. Il avait l'air si vulnérable, si fragile tout à coup. Le plus jeune les sondait anxieusement, incertain de leurs réactions. Le contact visuel fut brisé lorsque Yamaguchi ferma les yeux.
— J'ai été... identifié comme oméga.
Malgré lui, Tetsurō écarquilla les yeux, prit de court. Kōtarō serra sa main dans la sienne, si fortement que ses os craquèrent.
Kōtarō avait déjà commencé à recoller les morceaux.
— Et ensuite ? murmura Miya.
— Ensuite on... m'a dit que... on m'avait trouvé une famille d'accueil. On m'a dit que l'on m'avait abandonné à la naissance alors j'étais... ravi de... de trouver une véritable famille, mais... j'ai vite compris que... -il soupira- on m'a envoyé dans le nord de la préfecture, dans le clan de... dans un clan Sō-shi. On m'a dit que j'allais avoir une grande famille, que j'allais voir la mer et que tout irait bien. J'ai rapidement compris pourquoi j'étais là-bas.
Il se redressa :
— Le clan n'avait enregistré aucune naissance oméga depuis des années et... je … je l'ai appris bien plus tard, mais... comme beaucoup dans mon cas je n'avais pas été envoyé là-bas pour... trouver une famille. J'avais été vendu.
Son souffle se bloqua. Tetsurō sentit le lien entre lui et Kōtarō se rouvrir brutalement, la confusion, l'effroi et la détresse réverbérant entre eux deux, si puissamment qu'il se sentit presque étouffer.
— À leurs yeux je n'étais que... qu'une marchandise, un animal. J'étais là pour une seule raison... Donner une descendance oméga. Je... je le savais... ils ne me l'ont jamais caché. Ils... Je n'ai pas forcément été abusé, physiquement en tout cas, enfin... J'étais précieux à leurs yeux. Je... j'étais gardé là-bas. Je ne pouvais pas aller à l'école ou... Enfin.
Il sourit tristement. Il avait complètement lâché prise. Il ne tremblait plus.
— Il n'y a pas eu que du noir … On m'avait promis une famille et je l'ai tout de même trouvé... C'est dans ce clan que j'ai rencontré celui que je considère toujours comme mon frère.
Sugawara.
— Et je... je lui dois tout, je ne serais pas ici aujourd'hui sans lui. Et si... si je n'avais jamais été emmené tout là-bas, je n'aurais pas rencontré mon partenaire non plus, mais... Ils ne pouvaient pas me sauver...
Son visage s'assombrit de nouveau.
— Je savais que... je savais ce qu'il allait m'arriver lors de mon premier cycle. Ils ne comptaient pas attendre bien longtemps. J'allais être... hum... appareillé de... force, enfin... avec l'alpha de leur choix. J'ai compté les jours, et je me souviens avoir prié de toutes mes forces, prié tous les noms, tous les dieux, tout... pour que cela n'arrive jamais. Mais...c'est arrivé... Et peut-être que j'ai été entendu, peut-être que mes prières ont été exaucées je sais pas...
Le silence s'étendit quelques secondes, simplement brisé par leurs respirations et par le ronronnement des caméras.
— Quand j'ai eu... quatorze ans environ je suis rentré en cycle pour la première fois et... ça ne s'est pas déroulé comme prévu. Je ne suis pas rentré en œstrus, mais en rut... Hum... le cycle dans lequel les alphas rentrent.
Silence.
— Bien que je sois né avec... hum, un appareil reproducteur oméga, je... j'ai fait ma présentation en tant qu'alpha. J'étais... je suis né avec une intersexualisation du sexe secondaire. Enfin une "anomalie du développement sexuel" selon les médecins.
Ses derniers mots avaient été prononcés sur l'inflexion d'une colère sombre et amère.
Il se laissa retomber sur sa chaise, reprenant son souffle. Il secoua la tête, perdant le fil de ses pensées quelques instants.
— C'est... terrible, au moment où c'est arrivé, je me suis juste dit que j'avais eu de la chance.
Kōtarō expira profondément, essayant toujours de maitriser sa respiration.
— Ils se sont désintéressés de moi après ça... hum... je n'avais plus de valeur à leurs yeux. J'ai pu rentrer au lycée. Je n'ai pas eu beaucoup de mal à rattraper mon retard, même si j'avais été déscolarisé depuis mes 10 ans, je n'avais jamais vraiment arrêté mon éducation, grâce à mon frère, qui m'a... tout appris et... Bref. J'ai été tranquille pendant quelques années. J'étais toujours légalement reconnu comme oméga, et sous le TPO, ils ne pouvaient pas se débarrasser de moi, pas tant que je continuais à être reconnut en tant que tel. Quand j'ai eu … dix-sept ans, hum... on m'a envoyé chez le médecin... Il m'a donné des médicaments, des... des bloqueurs hormonaux pour inhiber les caractères sexuels oméga que je présentais, que je produisais naturellement. Je n'ai pas compris tout de suite... On m'a dit que c'était pour mon bien, et c'est bête, mais je l'ai cru. Et un jour, on m'a envoyé à l'hôpital, on m'a dit que je devais subir une opération en urgence, que c'était pour mon bien, que tout irait mieux ensuite.
Sa voix se perdit dans sa gorge, étouffée par le poids des larmes enfoui en lui, de la détresse, de la colère, qu'il tentait toujours de dompter.
— J'y ai subi une... hystérectomie... et... d'autre chirurgie "correctrices" aussi, sans que je n'aie jamais donné mon consentement pour... quoi que ce soit... J'étais toujours mineure et sous tutelle, techniquement, rien d'illégal, mais...
Tetsurō ferma les yeux, désarmé, le cœur gonflé d'une sympathie violente pour son ami.
— Juste pour... enfin... Je n'avais pas de problème du tout et, tout était hum... sain. Je n'avais jamais eu besoin de cette intervention de... Je n'étais pas malade, on ne m'a pas soigné. J'ai été mutilé, c'est tout... J'en porterais les stigmates à jamais dans ma chair. J'en subit toujours les conséquences, parce que ça m'a provoqué des douleurs chroniques, parce que je suis toujours, et serait toujours dépendant aux traitements hormonaux. Et je suis très loin d'être le seul dans mon cas... Parce que nous sommes toujours invisibles. Parce que ça arrange bien tout le monde de nous réduire au silence.
Yamaguchi avait parlé d'une traite, et il eut du mal à reprendre son souffle. Ses mains s'étaient remises à trembler, agiter de colère, de douleur et de désespoir.
— Dans mon cas, ça a été...c'était ce qu'il leur fallait. Légalement, ils ont pu se débarrasser de moi. J'étais libre. J'ai réussi à m'en sortir, mais... je... J'ai dû perdre une part de moi pour gagner cette liberté. J'ai réussi, mais je sais que j'ai eu de la chance... C'est ignoble d'appeler ça de la chance, mais ça a été le cas. Parce que j'ai pu fuir. Tous n'ont pas pu y échapper...
— Je... juste avant que je quitte le clan définitivement, une jeune fille est arrivée... C'est... pour elle que je suis là aussi. Elle m'a demandé d'être sa voix, et je le serais. Pour parler d'elle, et de ceux qui comme elle, comme moi, n'ont pu s'en sortir qu'en paillant le prix fort.
Ils comprirent rapidement de qui il voulait parler : de Yachi.
Le sourire de la jeune femme revint à l'esprit de Kuroo. Il sentit ses organes s'écraser, se compacter les uns avec les autres, et il en perdit presque le souffle.
— Elle s'est retrouvée dans la même situation que moi et je... je n'ai pas pu l'aider. Et ce que j'avais tant redouté pour moi... lui ai arrivé.
Yamaguchi ferma les yeux, luttant de toutes ses forces pour que sa voix ne vacille pas sous le poids des larmes de rage et de désespoir qui le tenait à la gorge.
— Elle est tombée enceinte à 16 ans et... elle a réussi à s'enfuir... À côté des nurseries, il y a quand même de véritables lieux d'accueil... hum... ils l'ont accueilli, et malgré que ce soit complètement illégal, elle a pu avorter et... et elle a pu être accompagnée pour s'en sortir, pour ne pas avoir à retourner là-bas. Mais ils l'ont retrouvé. L'alpha qu'on lui avait désigné l'a retrouvé... Et il n'a pas hésité à...
Il inspira difficilement, les yeux toujours clos.
— À vouloir la faire disparaitre. Personne ne la rechercherait où ne chercherait à lui faire justice, surtout si cela implique de s'opposer à de puissants clans. C'était facile... Elle a survécu... Elle est libre aussi, mais le prix qu'elle a dû payer pour... pour cela et tout simplement... inhumain.
Kōtarō avait les yeux brillant de larmes, le visage dissimulé dans ses mains tremblantes, Tetsurō lui était tout simplement en état de choc. Face à Yamaguchi, Atsumu semblait composé, mais l'agitation de sa cage thoracique trahissait ses émotions, son frère à ses côtés avait détourné les yeux.
Yamaguchi inspira profondément, puis expira en renversant sa tête en arrière, tapant sur sa poitrine pour que la douleur qui l'écrasait se délie un peu. Il se redressa et ses yeux retrouvèrent la caméra. Sa voix ne vacilla pas une seconde lorsqu'il reprit la parole.
— Le traité de protection des omégas ne protège personne. Il soumet, réduit en esclavage, persécute, et tue. Il n'a jamais eu la prétention de protéger. Et il ne l'aura jamais. Tant qu'il persistera, il y aura des histoires comme la mienne, comme la sienne, comme les nôtres. Toujours. Et il faut que cela cesse.
Silence.
— Coupé, annonça finalement Atsumu à voix basse.
Yamaguchi hocha lentement la tête. Il soupira un "merci" et se redressa, sortant du champ de la caméra, marchant en autopilote. Il ne parvint cependant pas à faire plus de deux pas avant de se stopper. Dans un dernier gémissement, il lâcha prise et explosa en larmes.
— Désolé, je, ses mots se perdirent dans sa gorge.
Kōtarō, n'y tenant plus, se leva d'en bon, renversant sa chaise au passage, et se jeta sur le plus jeune pour l'étreindre puissamment dans ses bras. Pris de cours, Yamaguchi mit quelques secondes à réagir. Finalement, il l'enserra à son tour et ses sanglots redoublèrent. Kōtarō posa en baiser sur son crâne, lui parlant dans un murmure. Comme on console ses tout petits, il fit reposer la tête du plus jeune sur son torse, le serrant puissamment, voulant instinctivement le protéger, le garder de tout, lui arracher sa peine pour la faire autre, pour la faire disparaitre.
Tetsurō, réussis à sortir de sa paralysie, et il se leva à son tour, les jambes flageolantes. Il marcha lentement jusqu'à eux. Son ami se détacha de Kōtarō une fois arrivé à leur hauteur. Son regard était bouleversant, si puissamment vulnérable, si désarmant, et pourtant, il faisait toujours preuve d'une résilience féroce. Tetsurō n'avait pas les mots. Il n'y en avait surement pas.
Alors il l'enlaça à son tour.
-/-
Kōtarō et Tetsurō étaient sur le chemin de la maison. Il faisait nuit noire à présent. Ils étaient restés auprès de Yamaguchi jusqu'à ce que ce dernier arrive à retrouver son calme. Le plus jeune avait finalement réclamé de retrouver son partenaire, alors ils l'avaient accompagné jusque chez lui. Ils n'avaient pas échangé un mot depuis. La colère et l'affliction empathique les remuaient toujours. Ils arrivèrent finalement chez eux. La familiarité du lieu les apaisa.
— Tadaima, dit faiblement Kōtarō en ouvrant la porte d'entrée.
— Okairi, leur fut-il répondu avec enthousiasme.
Sans plus de cérémonie, ils se prirent une pluie de confettis multicolore au visage. Keiji avait l'air particulièrement fière de son accueil en fanfare, Kenma brandissait fièrement deux coupes à champagne d'une main, une bouteille de l'autre:
— Je viens de recevoir l'argent du tournoi, we're rich bitches! clama Kenma.
Ni Kōtarō, ni lui ne réagirent. Kuroo se contenta de baisser les yeux sur la mer de confettis étalés à ses pieds. Leurs deux autres partenaires ne mirent pas bien longtemps à déceler leur état émotionnel.
— Ça va ?
— Pff.. Non, répondit Kōtarō après quelques secondes de battement.
— Oh...
Keiji jeta sa poche de confettis au sol et s'empressa de s'approcher de son partenaire. Kōtarō étouffa un gémissement, et explosa de nouveau en larme lorsque son alpha le prit dans ses bras. Il tourna les yeux vers Tetsurō, le questionnant du regard, alarmé. Kenma était tout aussi surpris.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous allez bien ?
Question ridicule : non, très visiblement, ils n'étaient pas au top de leur forme.
— Je savais bien que vous deviez pas y aller, je leur fait pas confiance à ces gars-là, je te jure que...
— Non, le coupa Kōtarō, ça n'a rien à voir. Enfin si, mais c'est pas leur faute.
Kenma ne chercha pas à répliquer, attrapant le regard de Tetsurō pour qu'il lui explique la situation. Le brun maintint son regard, mais ne dit rien. Il savait pertinemment que ses deux partenaires pouvaient déceler ce qu'ils ressentaient, ce qui ne fit qu'accentuer leur trouble.
— Viens, là, murmura Keiji, guidant Kōtarō pour qu'il s'installe sur le canapé.
Les deux autres les rejoignirent.
Kenma s'empressa de remplir l'une des flûtes et lui tendit comme s'il s'agissait d'un remède miracle.
— Tiens...
— Je suis pas sûr que ce soit le moment, répliqua Kuroo.
— Merci, murmura Kōtarō en récupérant le verre, le serrant dans ses mains comme s'il s'agissait d'un breuvage bien chaud et réconfortant.
Ils restèrent silencieux, Kōtarō sanglotait toujours. Finalement il engloutit son verre d'une traite et réussit à se calmer. Il se laissa mollement retomber dans le canapé.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Rien, rien... enfin non, désolé, c'est rien, on a rien, dit Kōtarō.
Kuroo reprit la parole.
— On... on était là pour le tournage de la vidéo, comme je vous avais expliqué. Et euh, Yamaguchi...
— Yamaguchi ?
— Hum... c'était lui qu'ils ont interviewé.
— Qu'est-ce... pourquoi vous étiez là-bas du coup ?
— Hum... apparemment il avait demandé que je sois là, et...bah Kōtarō m'a rejoint donc.
Silence. Kenma tourna les yeux vers Kōtarō.
— Et ?
— Pff... c'était... pire que ce que je pensais.
— Oh...
— Que ce que tu pensais ?
Kōtarō hocha la tête.
— Tu le savais ?
— Non... non pas vraiment, mais je... je me doutais de quelque chose.
— Comment ça ?
Au moment où il posa la question, la conversation qu'ils avaient eue dans la voiture, le soir où Kenma s'était qualifié pour la finale, lui revint à l'esprit. Le soir où Yamaguchi et Yachi s'étaient retrouvés. Ce soir-là en effet, ils avaient soupçonné ce qui se tapissait derrière tous ces fragments récoltés au gré du temps.
— Les alphas ne sont pas réceptifs aux commandes. Et les clans Sō-chi n'adoptent pas des enfants d'autre clan à moins que...
— Non... murmura Keiji, n'ayant pas mis longtemps à recoller les morceaux non plus.
Kōtarō hocha la tête.
Le silence s'étendit entre eux.
Ils hésitèrent, mais finirent par leur raconter. La vidéo allait sortir sous peu de toute manière, et Yamaguchi les avait autorisés à le faire.
Vingt minutes plus tard, voilà qu'ils étaient tous plus ou moins dans le même état. Sidéré, regardant le sol sans le voir. Kōtarō soupira et se resservit à boire. Les trois autres tendirent leur verre au même moment. Tous se retrouvèrent ainsi, verre à la main, regardant dans le vide.
— Bordel...
Le silence s'étendit de nouveau.
— Je sais pas quoi faire...
— Ya rien à faire...
Cinq bonnes minutes s'écoulèrent lentement, dans le silence.
— Hum... du coup... tu vas faire quoi avec l'argent ? demanda Kuroo, voulant désespérément détourner la conversation.
Kenma eut du mal à revenir à la réalité pour répondre à la question.
— Hum... le placer... principalement. Je pensais acheter un appartement.
La conversation avait l'air surréaliste. Leurs regards étaient toujours perdus dans le vide. Leur voix n'avait plus vraiment aucune inflexion.
— Un appartement ? Mais la maison ?
— À côté, le loyer nous ferait un revenu sûr... Les prix du mètre carré à Tokyo sont en plein décollage, donc je pensais regarder ailleurs... À Kyoto ? Ou un truc en bord de mer, qu'on pourrait louer et … y aller l'été, je sais pas.
— Hum...
Silence.
— Le reste on verra. Peut-être une voiture.
— On a déjà une voiture.
— Hmm... une deuxième, ça sera plus simple.
— C'est pas très écolo...
— Et on n'a pas la place de la garer.
— On pourrait faire un voyage aussi... Hum... la vidéo sort quand ?
— Je sais pas... dans quelques semaines, je pense.
— Ok.
Silence.
Kenma sortit son téléphone. Il commença à taper, mais se stoppa.
— Tu fais quoi ?
— Je voulais envoyer message à Yamaguchi... mais je sais pas quoi dire.
Personne ne répondit.
Le blond soupira, tapa rapidement et reposa son téléphone.
— T'as envoyé quoi ?
— Un cœur.
— Hum...
Après quelques minutes de flottement, le téléphone vibra.
— Il dit quoi ?
— Il m'a envoyé un cœur aussi.
Silence.
— On devrait ramasser les confettis, y'en a partout.
Tous acquiescèrent, personne ne réagit.
— Champagne ? J'ai encore deux bouteilles.
Ils tendirent tous leur verre.
-/-
Cela faisait déjà plus d'une semaine que la vidéo de Chaotic Justice avait été tournée.
Le climat politique sur les réseaux sociaux nippons était sacrément parti en vrille depuis un moment déjà. Les partisans suprématistes alpha avaient lancé leur offensive, écrasant peu à peu tout discours n'allant pas dans leur sens, inondant les réseaux de propagandes aux discours de plus en plus tranchants, tentant de saisir le plus d'audience possible. La stratégie originelle, qui visaient à laisser dans l'ignorance l'écrasante majorité de bêtas, avait failli. Il était donc temps de les influencer autant que possible. Tout cela commençait à couler dans leurs vies. Kenma avait dû demander à Yūji de renforcer le monitoring sur ses lives, les débats continuant à faire rage jusque dans ses chats. Le débat était sur toutes les lèvres, partout.
Aucun d'eux n'avait revu Yamaguchi depuis l'interview. Kuroo avait bien tenté de le retrouver sur le campus, sans succès. Il ne s'était pas non plus rendu au CAPE.
Au CAPE aussi l'ataraxie de leur petite bulle avait été percée, tous assez affectée par la situation qu'ils sentaient monter.
Tout commençait à prendre feu.
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Tetsurō, Kōtarō et Keiji étaient installés dans la chambre de Tetsurō, tous trois affalés sur le lit.
Kenma avait accepté, pour la première fois de sa carrière, une interview sur une chaine de radio assez connut. Il était convenu que tout se ferait à distance, Kenma ne tenant pas à dévoiler son visage et son identité à de parfait inconnu, surtout pas si ces derniers avaient un rapport avec la presse.
Le blond les avait défendus d'écouter, c'était sans compter sur leurs trois têtes de mules qui n'avaient absolument pas décidé de respecter son souhait. Ce qui expliquait pourquoi ils étaient tous trois planqués en haut, autour de l'ordinateur retransmettant l'émission, l'écoutant religieusement, telle une bande de résistants attendant qu'un message radiophonique codé leur parvienne pour pouvoir se mettre en action.
Le contenu pour le moment n'avait rien eu de transcendant. Et soyons clair, la métaphore du vaillant résistant n'avait absolument rien à faire dans cette situation. Non, c'était tout simplement du "fangirling" pur et dur. Les trois souriaient bêtement en entendant la voix de leur amoureux, qui répondait maintenant à des interviews, telle la véritable star qu'il était. Tetsurō était certains qu'aucun d'eux n'écoutait réellement, le cœur bien trop gonflé de fierté pour que le cerveau fonctionne correctement. Pour le moment ils n'avaient pas raté grand-chose non plus. Le journaliste ne s'était contenté pour le moment que de poser des questions légères: qu'est-ce qu'il ressentait au lendemain de sa quatrième victoire ? Qu'avait-il pensé de l'organisation ? Quelle avait été son impression de la réception de son public ? L'air était-il bon dans le capital sud-coréen ? Kenma se contentait d'y répondre simplement, sans trop s'étendre.
Ne pouvant pas avoir la présence physique de leur "main guest", les journalistes avaient également invité le leader d'une ligue adverse. Plus l'interview avançait, et plus ce dernier avait décidé de s'immiscer dans la conversation, surement vexé que l'attention se soit détournée de lui plus de cinq minutes. Bien que ce dernier ait été éliminé assez rapidement dans la compétition, il avait l'audace de couper Kenma dans ses réponses pour y ajouter son grain de sel, son égo massif débordant jusque dans le ton de sa voix. Ils ne pouvaient pas le voir, mais tous trois s'imaginaient parfaitement la tête mi-blasé, mi-agacé que Kenma devait tirer à ce moment-là. Finalement, le nabot prit tellement de place qu'il ne laissait carrément plus le blond répondre, s'efforçant d'orienter la conversation à son avantage.
— Mais c'est qui ce type bordel ? Faut qui se la boucle au bout d'un moment ! s'emporta Kōtarō.
— J'avoue, il est casse couille là ! lui répondit Kuroo.
Keiji croisa les bras, visiblement courroucé lui aussi.
Bien évidemment, leurs paroles ne furent pas entendues, et l'homme à l'égo gargantuesque continua de déblatérer des âneries en masses. Kenma n'avait pas réussi à en placer une depuis plusieurs minutes maintenant.
Keiji récupéra son téléphone, pianotant furieusement.
— Qu'est-ce que tu fous ?
— Des recherches, si je le retrouve, je vous jure que...
Kōtarō pouffa :
— Quoi, tu vas aller lui casser les dents ?
— Pire...
Bien que menaçant, le discours était bien trop en dissonance avec ce qu'ils connaissaient de Keiji pour qu'ils le prennent au sérieux. Ils se contentèrent donc de rigoler, Keiji lui n'en démordait pas.
Ce qu'ils redoutaient le plus finit par arriver. Le débat avait lentement viré au vinaigre. Alors que le sujet de base concernait les points néfastes de l'industrie du e-sport, le tout avait commencé à partir en discussion sur les récents débats concernant la TPO.
— Le problème c'est bien qu'ils ont raison sur certains points, discouru le looser à l'égo disproportionné, c'est la nature, c'est comme ça, les omégas ne sont pas faits pour cela, et il faut bien les protéger d'une manière ou d'une autre. Ce n'est pas de la discrimination, c'est la réalité, il y a des endroits où ils ne font pas le poids. On parlait plutôt du monde des jeux vidéo, et c'est vrai que c'est un monde assez coriace, c'est comme ça, ils n'y ont pas forcément leur place, et c'est comme ça. On a déjà du mal à s'y faire une place nous-même, n'est-ce pas ? Alors pour les omégas, à l'heure actuelle c'est quasiment impossible.
— Mais quelle sale merde celui-là...
— T'as trouvé son adresse du coup ? demanda Kōtarō, sa voix grave trahissant son sérieux.
— J'y travaille.
— Non mais je te jure, et ils le laissent parler comme ça ! Mais j'y crois pas ! Quel abruti ! fulmina Tetsurō, torturant un pauvre coussin qui avait eu le malheur de se de retrouver entre ses mains.
Soudain, le monstre d'égo se tut. Kenma venait d'éclater de rire. Un rire entre la nervosité, l'acidité et le démonique.
— Vous avez quelque chose à rajouter sur le sujet ? demanda le journaliste d'une voix timoré, sentant bien que l'interview était sacrément parti en cacahuète.
— Quoi, je ne fais que dire la vérité, je sais que personne n'a le courage de le dire, mais c'est comme ça, intervint le monstre d'égo, vexé.
Les rires de Kenma redoublèrent.
— Ouais c'est ça. En attendant, ça m'a pas empêché de te désintégrer quatre fois d'affilée.
Silence.
— Allez, bye looser.
Keiji referma l'ordinateur.
Les deux autres tournèrent les yeux vers lui. Keiji avait les yeux écarquillés, profondément choqués par ce qu'il venait d'entendre.
— Est-ce qu'il vient de dire ce que je crois qu'il vient de dire ? dit Kōtarō.
Les deux autres hochèrent la tête lentement.
En bas ils entendirent la porte de la chambre de Kenma s'ouvrir à la volée. Tous trois se précipitèrent hors du lit et ouvrirent la porte menant à l'étage inférieur. Kenma était planté dans le couloir, tournant en rond en se tenant la tête et en jurant à voix basse.
— Kenma ?
Le blond releva les yeux, paniqué.
— J'ai merdé je crois.
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Keiji toqua à la porte de la chambre.
Silence.
Kōtarō et Tetsurō à ses côtés échangèrent un regard. Keiji soupira, mais frappa de nouveau.
— Kenma ?
Pas de réponse.
— Kenma, tu vas pas pouvoir rester dans ta chambre pour toujours, tenta Kōtarō.
— Laissez-moi !
Après l'interview, ils avaient peut-être eu 1h de répits avant que le secret que Kenma avait tenté de garder pendant des années se répande comme une traînée de poudre, enflammant tout sur son passage. Ce qu'il avait redouté s'était produit, et il en était seul responsable. Cela faisait bientôt deux jours qu'il n'avait pas quitté sa chambre. Toute tentative d'approche avait échoué pour le moment. Il était temps de faire quelque chose.
Ses trois partenaires échangèrent un regard. Finalement Kuroo abaissa la poignée de la porte et ouvrit. Ils furent accueillis par la pénombre et l'atmosphère lourde régnant dans la pièce, imprégnée de l'odeur de la peur, de la culpabilité et de l'impuissance.
Kenma était recroquevillé dans son lit, enterré sous un tas de couverture. Kuroo déglutit difficilement, la gorge obstruée par la boule énorme qu'il venait de s'y former. Kōtarō fut le premier à réagir. Il s'avança dans la pièce, et sans un mot, vint se blottir contre son partenaire, reposant sa tête sur la petite bosse émergeant du tas de couverture. Keiji et Tetsurō les rejoignirent finalement, entourant leur amoureux de leur corps, formant ensemble un bouclier de tendresse pour le protéger du monde. Kenma resta silencieux, jusqu'à ce qu'un hoquet de larme le secoue. Keiji releva les pans de la couverture, révélant son visage, dévasté de larme et de désespoir.
— Mon amour, murmura-t-il
Les larmes du blond redoublèrent, et ils resserrèrent leurs étreintes, luttant eux aussi pour ne pas faillir face à lui, pour rester fort pour lui. Keiji se pencha pour embrasser la tempe de son partenaire.
— J'ai tellement merdé putain ! Bordel, bordel... j'aurais jamais dû faire ça.
— C'est fait, on ne peut plus rien y faire maintenant, murmura Kōtarō.
La gorge de Kenma ploya sous le poids de ses larmes, lui arrachant un gémissement de désespoir étouffé.
— Je sais bordel ! Je sais ça, merde !
Sa voix avait pris les inflexions de la colère.
— Je sais mais... putain ! Je... je fais quoi maintenant ? J'ai tout foutu en l'air...
— Ça va aller...
— Non ça va pas aller! Ça va pas aller bordel –il eut du mal à reprendre son souffle- J'ai perdu en deux heures 100 000 abonnés, j'ai dû désactiver mon compte instagram parce que j'arrêtais pas de recevoir des menaces ! Des menaces bordel ! Qui me disent qu'ils vont me retrouver, pour me faire de mal, et je... Je suis censé faire quoi bordel ! Faire comme si de rien était ?!
Sa voix se déchira sur les derniers mots, et il fut de nouveau secoué de larme.
Tetsurō ferma les yeux, ne pouvant plus lutter non plus. Il se sentait si impuissant.
Il n'avait pas de réponse, il ne trouvait pas les mots. Il ne savait pas non plus ce qu'il devait faire.
— Kenma...
La voix de Kōtarō, poignante de tendresse et de force, venait de déchirer la toile des ténèbres.
— Je peux te montrer quelque chose ?
Le blond hocha vaguement la tête. Son partenaire lui tendit son téléphone. En voyant ce qu'il s'affichait à l'écran, Kenma hoqueta de surprise. Il se redressa, s'asseyant en tailleur, regardant le téléphone dans ses mains. Tetsurō et Keiji aperçurent enfin l'écran.
Kuroo écarquilla les yeux en comprenant ce que Kōtarō avait voulu lui montrer.
Kenma avait peut-être perdu 100 000 abonnés en 2h, mais il en avait regagné 250 000 entre temps. Kōtarō appuya sur son profil et ouvrit le chat. Bien qu'il ne soit pas connecté depuis que son secret avait éclaté au grand jour, il était plein à craquer de messages. De messages de soutien, de loyauté et d'amour. Les yeux du blond s'écarquillèrent, n'en revenant pas.
Kōtarō reprit le téléphone et lui rendit quelques instants plus tard, montrant un fil twitter sous le hashtag #ThanksApplepie: des centaines et des centaines de personnes avaient posté des messages de soutien, expliquant comment il avait affecté leur vie d'une manière ou d'une autre, comment il avait influencé leur quotidien et l'avait rendu plus doux pendant des années. Comment ce qu'il avait révélé avait résonné en eux, même si certains n'avaient encore jamais entendu parler de lui avant cela. Ils hurlaient tous de la même voix : "N'abandonne pas, nous sommes là, derrière toi".
Kenma regarda les messages défiler, ses yeux se noyant de larmes. Elles avaient perdu de l'amertume, de la douleur et de la peur. Ce n'était plus des larmes de désespoir, mais des larmes de pure émotion. Il resta là, profondément désarmé et ému par tout l'amour qui lui avait été rendu.
— Kenma, je sais que c'est pas dingue maintenant, reprit Kōtarō, mais ça ira mieux.
Le blond le regarda longuement.
— N'oublie pas que tu es aimé.
Kenma hoqueta, les larmes dévalant son visage. Son partenaire lui sourit.
— Et puis au pire si ça va pas, t'es blindé maintenant, on peut partir habiter au milieu de nulle part sur une île pommée et élever des chèvres et des alpagas.
La remarque eut le mérite de les faire rire.
— Ça va aller.
Et Kenma le crut. Ils le crurent tous.
Kōtarō enlaça le blond, et Tetsurō et Keiji se joignirent à l'étreinte.
"N'oublie pas que tu es aimé"
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L'amour pourtant ne fait pas tout.
Parfois les ténèbres sont bien plus séduisantes. Ils engluent le corps et l'esprit, et s'en délivrer devient presque impossible.
Kenma resta enfermé dans la maison encore longtemps, n'osant pas retrouver le monde au-dehors. Il était tant perclus de peur et de remords que tout lui était insupportable. Et ça, ses partenaires ne pouvaient pas y faire grand-chose.
Le feu lui continuait à se propager sur tous les médias, consumant tout sur son passage.
La première vidéo témoignage de Chaotic Justice sortit la semaine qui suivit, nourrissant le brasier d'un nouveau souffle. Des voix jusque-là étouffées commençaient à s'élever, à se faire bouillantes et brulantes. Elles s'infiltrèrent partout.
Le monde continuait de tourner, mais les voix étaient partout :
Le soleil se lève sur le pavé humide, la masse humaine bat le bitume et s'engouffre dans les tunnels souterrains.
" J'avais douze ans lorsque c'est arrivé pour la première fois. Ils sont venus me chercher chez mes parents, et je ne les ai plus jamais revus. J'ai dû porter l'enfant de mon agresseur jusqu'à terme... J'étais piégée"
Les trains défilent à toute allure sur les passages à niveau.
"Je ne pouvais rien faire, je ne pouvais aller nulle part. On m'avait déscolarisé depuis mes onze ans, et je ne pouvais pas trouver de travail sans son accord. Même si j'arrivais à fuir, je finirais par mourir de faim quelque part. Il m'avait assuré qu'il me retrouverait partout de toute manière."
Dans les supermarchés, le bip des articles défilant sur les tapis est incessant.
"J'ai eu de la chance de la trouver, et je l'aime profondément, mais elle ne peut rien faire non plus. C'est tous les jours, tout le temps, où que j'aille, quoi que je fasse, ça finit par me revenir à la figure."
"La prochaine station est Ikebukuro. La sortie est sur le côté droit. Soyez prudent en sortant de la rame"
"Bien sûr que j'ai eu du mal à trouver un travail. Même si j'ai eu la chance de pouvoir suivre un parcours universitaire, je ne peux pas accéder au même poste du tout, personne ne veut s'embêter avec des gens comme moi, comme nous, et beaucoup de compagnies ne veulent pas avoir à s'embêter avec le traité."
Les enfants en uniforme se tiennent la main pour traverser la route, les vélos défilent sur le bord de la route.
"Il m'a mis le couteau contre la gorge, et m'a dit que si je ne le suivais pas, il allait me tuer devant ma fille, et que personne ne me retrouverait jamais"
La pluie continue de tomber, perlant sur les feuilles des arbres du parc d'Ueno.
"Mon partenaire est également un oméga, nos familles nous ont complètement régnées, mais on a réussi à s'en sortir. Ma meilleure amie a accepté de jouer le rôle d'alpha de substitution, et nous arrivons à avoir une vie relativement normale. Mais s'il venait à lui arriver quoi que ce soit, j'ai bien peur que l'on perdrait tous ce que l'on a pu construire jusqu'à aujourd'hui."
La nuit tombée, les néons aveuglent les oiseaux nocturnes, leurs lumières se réverbèrent sur le ciel sans étoiles.
"Elle m'a dit que si je n'arrivais même pas à lui faire des enfants, je n'avais plus qu'à me vendre pour que je lui serve à quelque chose. Je l'ai supplié de toutes mes forces, mais elle a ouvert la porte du camion et m'y a jeté en pâture."
Une grand-mère installée sur le banc d'un parc jette quelques miettes de pain aux canards venus la retrouver.
"Il m'a pris par les cheveux et m'a mis le couteau dans la bouche, il m'a dit que s'il ne pouvait pas m'avoir, personne ne m'aurait, et il a appuyé jusqu'à ce que la lame traverse ma joue."
Les panneaux publicitaires tapissent les galeries souterraines. Le magasin situé à la sortie du métro n'a plus un seul parapluie en stock.
"Mon partenaire et moi avons trois enfants ensemble. Comme c'est un bêta, nous ne pouvons pas être enregistrés comme unité familiale protégée. Et comme nous sommes tous deux des hommes, on ne peut pas se marier non plus. S'il venait à m'arriver quoique ce soit, il perdrait la garde de nos enfants et n'aurais aucun droit parental sur eux."
Entre chien et loup, on entend un chat feuler et un chien aboyer.
"Personne ne veut nous écouter, c'est clair, on ne peut rien faire sans avoir besoin de demander la permission. On a la même valeur que des meubles ou des animaux aux yeux de l'état, ça c'est clair, et ça ne peut pas continuer comme cela".
Une famille se met à table pour diner. De la rue, on les voit s'installer sous la lumière pendue au-dessus de la table de la cuisine.
"Lorsque j'ai fait ma présentation, mes parents étaient dévastés, ils m'ont traité de bonne à rien, que j'étais juste une trainée. Ils m'ont vendu à un clan quand j'avais 14 ans. Je n'ai pu m'échapper que parce que j'ai réussi à trouver des alliés qui ont tout fait pour que je m'en sorte."
Les gens souls titubent dans les rues, hurlant à tue-tête alors que l'aurore commence à pointer son nez.
"On n'a pas à faire grand-chose... Parfois, j'ai l'impression que le simple fait que l'on existe emmerde tout le monde, qu'ils préféraient qu'on ne soit pas là du tout, qu'on disparaisse totalement, qu'on ne vienne pas faire de remous"
"Ça ne peut plus continuer comme ça ! On ne peut plus laisser faire comme ça !"
"Le traité de protection des omégas ne protège personne. Il soumet, réduit en esclavage, persécute, et tue. Il n'a jamais eu la prétention de protéger. Et il ne l'aura jamais. Tant qu'il persistera, il y aura des histoires comme la mienne, comme la sienne, comme les nôtres. Toujours. Et il faut que cela cesse."
Kenma referma son ordinateur portable.
Il releva les yeux et inspira profondément, ravalant ses larmes.
Il était temps.
Il ne pouvait pas rester silencieux non plus. Il ne lui fallait pas faire grand-chose, il fallait juste qu'il avance. Il avait de la chance, il le savait. Il n'allait pas se laisser abattre pour si peu.
S'ils voulaient parler, ils allaient leur donner de quoi faire.
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Testuro releva les yeux de la télévision en entendant des pas derrière lui, dans la cuisine. Il haussa un sourcil en découvrant qu'il s'agissait de Kenma, qui avait quitté son vieux jogging délavé et son t-shirt sale pour revêtir des... des vêtements propres ?! Il avait enfilé un sweat-shirt oversize blanc sur un pantalon cargo noir, des chaines pendant sur chaque poche. Plus étonnant encore, il avait les cheveux brossés et à peu près coiffés dans un chignon lâche.
— Tu vas où ? finit-il par demander.
Sa question intrigua Keiji et Kōtarō, qui tournèrent à leur tour les yeux vers Kenma. Le blond haussa un sourcil et s'adossa au comptoir de la cuisine.
— Nulle part, répondit le concerné avant de prendre une gorgée du verre d'eau qu'il venait de se servir.
Le silence s'étendit entre eux.
Ils ne quittèrent pas des yeux Kenma, Keiji baissa le son de la télévision.
— Qu'est-ce qui vous prend ?
— Rien, c'est juste...
Le blond suivit leur regard, se détaillant de la tête aux pieds :
— Pour une fois que je m'habille, vous allez pas râler!
— Non, non, bien sûr...
Silence.
— Tu vas vraiment nulle part ?
Le blond soupira.
— Non, je vais nulle part, c'est juste pour... me motiver.
— Te motiver ?
Il hocha lentement la tête.
— Je vais lancer un live.
La déclaration prit les trois autres de court.
— Je peux pas rester planquer pour toujours. Tant pis, on verra bien mais... Je serais pas réduit au silence, et je vais pas abandonner maintenant.
Bien que surpris, les trois autres acquiescèrent lentement.
— C'est... une bonne chose, répondit Keiji.
Silence.
— Tu veux qu'on soit là ? demanda Kōtarō.
— Pourquoi faire ?
— Je sais pas... support moral ?
Le blond considéra la chose quelques secondes. Finalement, il reposa son verre dans l'évier et se remis en marche pour rejoindre sa chambre.
— Si vous voulez.
Les trois autres se regardèrent, avant de se lever d'un bon pour courir jusque dans la chambre de Kenma. Lorsqu'ils arrivèrent dans son bureau, ils purent constater que ce dernier était déjà préparé pour lancer le stream. Aucun d'eux ne fit de commentaire, et ils s'installèrent sur le canapé du fond.
— Pas de bruit par contre, ok ?
Ils hochèrent lentement la tête. Ils sentaient bien que quelque chose se tramait, un sentiment étrange régnait entre eux. Kenma continua de s'installer, il ouvrit son discord, et tapa rapidement quelque chose :
— Yo, salua finalement la voix de Yūji, t'es ready? J'ai fait ce que tu m'as dit, j'ai pu augmenter la modération, je doute que grand-chose nous échappe.
— Parfait... Tu peux passer le chat seulement pour les abonnés s'il te plait.
— … Ok, ouais pas de soucis –le silence s'étendit quelques instants- ok on est bon je crois, ça va aller ?
Kenma tourna furtivement le regard vers ses partenaires. Il échappa un sourire.
— Ça va aller.
"Je n'ai plus peur" disait son regard.
Il s'installa et démarra le live, lançant OLF en map ouverte, comme il le faisait d'ordinaire. Il commença sa quête comme si rien ne s'était jamais produit. Alors qu'il n'avait pas prévenu de son retour, le nombre de viewers grimpa en à peine deux minutes, le chat commençant à se remplir de commentaires. Il n'y prêta guère attention et parla pour commenter ses actions, ne répondant à personne.
Il pianota sur la barre de contrôle à sa droite. Alors qu'il continuait à faire comme si de rien n'était, la caméra retransmit son visage à l'écran.
Les trois autres écarquillèrent les yeux, ahuris. Keiji se laissa basculer sur le côté, tombant du canapé. Personne ne sut discerner s'il avait fait ça pour échapper au regard de caméra ou s'il était juste, littéralement, tombé des nus. Kenma continua quelques instants comme si de rien n'était, avant d'appuyer de nouveau sur la barre de contrôle pour se mute. Une fois le bouton enclenché, Kenma leur dit :
— Vous êtes hors champ, relax.
Maintenant sur qu'ils ne pouvaient pas être entendus, tous s'exclamèrent d'une seule voix :
— Kenma !
Même la voix de Yūji se joignit à la leur, resté.e en communication depuis le début du live.
Le blond pouffa, un sourire s'étendant sur ses lèvres.
— Quoi ? S'ils veulent parler, je leur donne de quoi faire, c'est tout.
— T'es dingue !
Son visage prit des traits adoucis, mais empreints d'une détermination inébranlable, une détermination qu'ils ne lui avaient jamais connu, un lâché prise proche de la délivrance :
— Finit les cache-cache, j'arrête de me planquer.
Cela eut leur mérite de leur arracher un sourire.
Le blond réactiva son micro et continua son live comme si de rien n'était.
Fini de se cacher.
-Fin du chapitre-
Pas facile du tout comme chapitre... Mais j'espère qu'il vous aura plu.
Ça commence à partir sacrément en cacahuètes, mais malgré tout, certains gardent espoir !
Prochain chapitre : "Breaking point"
"— Vous allez pas continuer votre cinéma comme ça ?!
— Chut! Tu vas nous faire repérer !
— C'est moi qui vais nous faire repérer ? T'as raison, le style idole en mode incognito c'est super discret !
Kenma, installé à ses côtés, casquette et capuche sur la tête, le visage dissimulé derrière une paire de lunette noire et un masque, haussa si fort les sourcils que Kuroo put le déceler même derrière tout son attirail.
— Tu comptes boire comment avec ton masque là ?
Le blond sorti une paille métallique de son sac, la planta dans sa boisson et passa l'autre bout sous son masque.
— Super discret... échappa le brun, blasé, roulant des yeux."
PS: ce n'est peut-être pas vraiment l'endroit, mais vu comment je suis parti, allons-y. Je ne l'ai pas inclus pour rien ici, et je crois qu'on a compris depuis un moment que ce que je fous dans cette fic n'est pas complètement éloigné de la réalité : il existe des ressources variées pour s'informer sur qui sont et que peuvent traverser les personnes intersexes, des infos sont dispo par exemple sur le site : stop-mutilations-intersexes (.org) 😊
Sur ce,
See ya!
