Bonjour à tous !
On se recentre sur Harry pour ce chapitre qui va tenter d'avancer dans sa vie.
Bonne lecture !
Chapitre 8
26 février 2002
Ils s'étaient revus plusieurs fois après les confessions de Drago. Harry avait fini par savoir dans un nouveau bar ce que Drago Malefoy savait sur lui grâce à ses années d'observations à Poudlard, et la liste était longue. Ainsi, le blond savait qu'il était maladroit, attirait les problèmes, préférait le ketchup à la mayo, n'était pas du matin et adorait manger son poulet avec ses doigts. Il savait aussi que Harry n'avait jamais changé ses lunettes et adorait le printemps.
Quand Harry lui avait demandé comment il avait su pour le printemps, le blond avait haussé les épaules et répondu que Harry aimait la nature verdoyante, les couleurs chaudes et la vie. Il n'avait pas essayé de le contredire pour le dernier point.
Sa vie était plutôt stable ces derniers mois. Il s'était fait à la présence de Malefoy et aimait les instants passés avec lui.
Il remerciait Hermione de lui avoir un peu forcé la main. Il n'était pas du tout comme il se l'était imaginé. Ne plus avoir son père sur le dos l'avait libéré. C'était quelqu'un de drôle, franc, un peu sarcastique et très observateur.
Harry avait bien vu les questions danser devant ses yeux, il avait bien remarqué que Harry ne buvait jamais, ne parlait jamais de la guerre et encore moins de lui. Mais il se taisait. Et Harry en était à la fois soulagé et stressé.
Stressé car il avait envie de plus. Les embrassades un peu trop longues du blond, ses baisers sur sa joue qui lui avaient parus innocents au début et les multiples contacts que Drago créait avec son corps lui avaient fait comprendre que Drago n'était pas indifférent.
Il n'y avait pas cru au début et en avait parlé à Hermione. Qui en avait parlé à Ron. Et qui était venu voir Harry pour lui dire que s'il avait dû draguer Hermione, il s'y serait pris exactement de la même manière.
Les allusions sexuelles étaient arrivées juste avant Noël, ne laissant plus de place au doute. Même Harry avait compris qu'il se faisait gentiment draguer.
Et il était prêt à se lancer. À aller de l'avant. À répondre à ces sentiments qu'il avait encore du mal à ne pas rejeter. À prendre des risques même si son rythme cardiaque s'accélérait à chaque fois qu'il y pensait.
Drago avait pu rencontrer son cousin, Teddy, venu passer un weekend avec son parrain. Il était immédiatement tombé sous son charme. Harry avait beaucoup ri lorsque Drago s'était transformé en train humain pour faire plaisir au gamin.
Harry avait demandé à Andromeda si elle souhaitait rencontrer son neveu. Elle lui avait demandé un temps de réflexion, ce que Drago avait compris. Mais Harry avait bien vu la tristesse dans son regard.
Une porte s'ouvrit sur Pansy Parkinson et Harry se leva. Il attendit que la personne qui était avec elle sorte du bureau et entra à son tour en saluant la jeune femme.
Il entendit la porte se refermer dans son dos. Parkinson regagna son fauteuil et lui fit signe qu'il pouvait s'assoir.
Le grand jour était arrivé.
En voyant Drago s'épanouir dans son métier, Harry avait tenté de prendre du recul et s'était demandé ce qui lui plairait de faire. Il en avait parlé longuement avec le docteur Williamson. Il n'avait d'ailleurs pas été d'un grand secours. Il lui avait juste conseillé de trouver quelque chose d'épanouissant pour lui-même.
Il avait donc réfléchi. Il avait demandé conseil à Ron et Hermione, bien entendu, mais aussi à George Weasley, qui l'invitait régulièrement prendre un thé à la boutique, à Ginny avec qui il correspondait régulièrement, à Molly, qui s'était contentée de lui dire de prendre son temps, à Hagrid, qu'il avait croisé sur le Chemin de Traverse pendant les vacances de Noël, à Drago, bien évidemment, et il avait même envoyé un courrier au professeur McGonagall – directrice McGonagall à présent - qui l'avait soutenu dans sa formation d'auror quelques années auparavant.
Cette dernière avait de loin été la meilleure conseillère. Elle lui avait envoyé des tests de compétences à faire ainsi qu'une tonne de brochures sur les différents corps de métiers existants dans le monde sorcier.
Il s'était également penché sur les métiers moldus mais être vendeur dans un magasin de meubles ou maçon ne l'avait pas tenté plus que ça. Et il n'y connaissait rien aux ordinateurs, ce qui éliminait les métiers administratifs. Il avait laissé tomber.
Après avoir fait les tests et le tri dans ce qu'il pensait vouloir et ce qu'il voulait vraiment, il avait fini par se diriger vers le soutien à la personne.
N'ayant aucune envie de reprendre ses études, il avait laissé tout ce qui tournait autour du soin : aide à domicile, soignant, médicomage. Il ne souhaitait pas non plus aller dans des métiers plus sociaux, équivalents aux assistants sociaux moldus. Il avait vu bien assez d'horreurs et de douleurs dans sa jeunesse.
Il avait eu le premier déclic en regardant Drago jouer avec son cousin. Il aimait les enfants. Il travaillerait donc avec les enfants.
Il avait eu le second en se promenant sur le Chemin de Traverse en faisant ses courses de Noël. Au détour d'une ruelle peu fréquentée, il avait aperçu un enfant couvert de crasse et la peau sur les os fouiller dans des poubelles. Son cœur d'orphelin s'était serré et il était rentré chez lui avec les larmes aux yeux.
Il avait entamé des recherches sur les orphelinats sorciers avec Hermione juste après Noël et les résultats leur avaient fait froid dans le dos : aucun orphelinat n'existait au Royaume-Uni pour la communauté sorcière.
En posant des questions autour d'eux, ils s'étaient rendus compte que les seuls orphelins dont on s'occupait étaient issus du monde moldu, donc dans des orphelinats moldus. Le reste était dû à l'abandon de leurs parents, volontaire ou non. Des futurs cracmols et des enfants ayant vu leurs parents mourir sillonnaient les rues sorcières.
La réponse de Arthur Weasley à leurs questions les avait laissés pantois et offusqués.
Il se trouvait donc aujourd'hui au Ministère de la Magie, dans le bureau de la sous-directrice du Département des Aides Sociales afin de présenter son projet : un futur orphelinat dédié aux petits sorciers.
Pansy Parkinson avait croisé les bras sur son bureau et attendait qu'il prenne la parole.
Son ascension aussi rapide au sein du ministère avec les casseroles qu'elle trainait avait fait beaucoup de bruit. De simple hôtesse d'accueil, elle avait gravi les échelons et montré ses talents dans la gestion des urgences familiales et sa capacité à rester neutre en toutes circonstances. Beaucoup de médisants affirmaient qu'elle avait couché avec certains ministres et manipulé d'autres, mais Hermione avait affirmé qu'elle méritait son poste. Harry l'avait crue.
Il sortit de sa poche un dossier qu'il remit à sa taille. Il était épais, et parfaitement trié – merci Hermione.
Il se racla la gorge et commença.
- Merci d'avoir accepté de me recevoir, Parkin… Je veux dire Madame la Sous-Directrice.
Parkinson leva un sourcil mais ne fit pas mine de l'interrompre.
- Il se trouve que j'ai pu observer pendant mes déplacements que beaucoup de sans-abris étaient des enfants, ce qui m'a profondément ému, au vue de mon passé. C'est pourquoi…
- Ça suffit Potter.
Harry releva la tête surpris. Il avait un discours tout prêt mais il ne fallait surtout pas l'interrompre !
- Arrêtons tout de suite les faux semblants, enchaina la jeune femme. Tu resteras Potter pour moi et je resterai Parkinson pour toi, inutile de nous forcer. Je pensais y arriver, mais finalement non.
Harry hocha la tête et se détendit imperceptiblement.
- Il se trouve que Drago m'a parlé de ton projet. Alors, viens-en au but, on gagnera tous les deux du temps.
Harry ouvrit la bouche et la referma. Il n'avait pas du tout prévu ça. Pas du tout ! Hermione lui avait dit d'amener le sujet en douceur et d'appuyer sur le sentimental, quitte à la faire pleurer. Et maintenant, Parkinson foutait tout en l'air et lui demandait d'être direct.
Soit.
- Je veux ouvrir un orphelinat sorcier pouvant accueillir des enfants issus du monde sorcier de leur naissance à leur majorité.
- Qu'entends-tu par « issus du monde sorcier », Potter ?
- Des cracmols abandonnés par leurs parents, des enfants sorciers issus de familles moldues ou sorcières décédées, les orphelins de guerre. Tous ceux qui viennent de notre monde et qui sont seuls.
- Pourquoi ?
Harry se tordit les mains. L'instant crucial arrivait. Parkinson prit une plume, prête à prendre des notes.
- Parce qu'on ne peut pas abandonner des enfants à leur sort. C'est le futur de notre société. Si nous ne les éduquons pas, qui le fera ? Que deviendront-ils ? Voldemort a été isolé du monde magique toute son enfance, sans amour, sans surveillance. Quand on voit ce qu'il est devenu, je veux éviter ça.
- Donc, il faut contrôler la future génération délaissée pour ne pas revivre ce qu'on a vécu ? reformula Parkinson.
Harry hésita. Dans le fond…
- Oui.
Parkinson hocha la tête et nota quelque chose sur son parchemin.
- Ça permettrait ensuite de leur donner une éducation sorcière et de lisser les écarts entre les enfants de famille sorcière et les autres. Et à l'inverse, donner une éducation moldue aux enfants sans magie pour qu'ils puissent s'insérer plus facilement dans le monde moldu.
Il reprit son souffle. Parkinson fit apparaitre un verre d'eau et Harry la remercia d'un hochement de tête.
- Sur le long terme, on pourrait également y accueillir les enfants issus de familles moldues avec une éducation moldue à partir de l'âge de 9 ans pour leur inculquer les bases. Et éviter le choc de Poudlard à onze ans pour les enfants et les parents. Toute la famille aurait ainsi le temps de s'adapter à la condition de l'enfant et au fait qu'il partira dans un internat à l'âge de onze ans. Toujours dans l'idée d'effacer l'écart social entre les sorciers issus de familles sorcières et les autres.
Le grattement de la plume sur le parchemin le déconcentra quelques secondes. Il caressa du bout des doigts son dossier.
- Ensuite, sur le plan économique, l'orphelinat créerait des emplois. Il faudrait au moins un cuisinier, trois à quatre personnes pour l'entretien du bâtiment, des éducateurs sorciers et moldus, un psychomage, un médicomage, des surveillants… Et le ministère n'aurait rien à débourser. Tout sera financé par mes soins.
Il laissa un blanc. Hermione lui avait dit que les blancs pouvaient permettre d'appuyer une idée. Et le fait que Harry ne demande pas de financements était un argument béton. Le Ministère était fauché.
- D'un point de vue international, ça montrerait aussi aux autres pays que nous nous relevons de la guerre et prenons soin les uns des autres.
Un micro sourire apparut sur les lèvres de Parkinson.
- On sent l'argument Granger, ici.
Harry rosit mais affirma par un signe de tête. Il rebut une gorgée d'eau.
- Enfin…
Harry hésita.
- Je… J'ai connu ça. Atterrir dans un monde que l'on ne connait pas, où tout semble merveilleux et beau. Jusqu'à ce qu'on gratte un peu et qu'on se rende compte que ce monde est tout aussi sale que celui qu'on connaissait.
- Et en quoi un orphelinat permettrait d'atténuer cette différence ?
- Parce qu'on ne se contenterait pas de monter ce qui est beau. On montrerait le tout. Les inégalités sociales, la corruption de notre sphère politique, la beauté des fées et des licornes, le mal que peut faire la magie et son bien. En fonction de l'âge des enfants bien entendu.
Harry se frotta la joue du bout des doigts. Il commençait à avoir mal à la mâchoire et sa langue s'irritait sur ses molaires. Il n'aimait vraiment pas les grands discours.
Une petite alarme sur le bureau sonna. Parkinson releva les yeux de son parchemin.
- L'entretien est terminé Potter. Je vais récupérer le dossier que tu m'as amené et le transférer à la directrice avec tes arguments. Ne t'attends pas à une réponse immédiate mais à des kilomètres de parchemins de questions et de contre-arguments.
Harry s'en était douté mais il soupira quand même de dépit. Ce projet, c'était le projet de sa vie. S'il ne passait pas, il ne saurait pas quoi faire de sa misérable existence.
Parkinson se leva pour le raccompagner à la porte. Avant de l'ouvrir, elle lui adressa un timide sourire.
- Tes arguments tiennent la route et la taille du dossier montre un réel investissement sans même en voir le contenu. Je défendrai ce dossier autant qu'on me le permettra.
- Merci, Parkinson, souffla Harry.
Il la sentit hésiter.
- Considère ça comme mes excuses les plus sincères pour mon comportement ce soir-là.
Harry la revit plus de trois ans en arrière se lever dans la grande salle et demander à ce qu'on le livre à Voldemort.
Il la regarda pour la première fois depuis le début de l'entretien dans les yeux.
- Tu es pardonnée depuis longtemps Parkinson. La peur nous fait faire des choses dont on se pense incapable. Même le pire.
Il ouvrit la porte lui-même et partit sans un regard en arrière.
Pansy Parkinson le suivit du regard et referma la porte de son bureau longtemps après qu'il ait disparu au détour d'un couloir.
