Perplexes, Obi Wan et Maître Jinn s'assirent lentement sur un tronc, en face de Maîtres Yoda et Ue. Ils n'avaient aucune idée de qui allait se passer. Heureusement, Maître Yoda ne les laissa pas gamberger.
"Bien. Qu'une importante négociation commerciale allait avoir lieu nous avons appris.
Il se tut. Peut-être ne savait-il pas comment annoncer la suite, ou hésitait-il ? Quoi qu'il en soit, ce silence soudain était inhabituel pour Maître Yoda, qui annonça généralement ce qu'il avait à dire sans autre forme de procès.
Maître Ue enchaîna au bout de quelques minutes inconfortables.
- Le peuple qui reçoit la Fédération du commerce est entré depuis peu dans la République. Ils ont des ressources naturelles à négocier, mais refusent de sacrifier leur planète. Ils se savent en position de faiblesse. Ils ont besoin de crédits pour lancer leur programme spatial, mais vivent en harmonie avec la nature, et veulent une exploitation raisonnée de celle-ci. Ils craignent de ne pas faire le poids devant les mastodontes de la Fédération.
Maître Ue esquissa une petite grimace, que Qui Gon devina retenue. Maître Ue méprisait ouvertement la Fédération du commerce, et peinait à s'en cacher.
- Notre assistance nous avons donc proposée, expliqua Maître Yoda. Et c'est Maître Ue qui sera envoyée.
- Toutefois, continua Asa, mes précédentes interactions avec la Fédération me font craindre des ... débordements. Alors je voudrais vous demander de m'accompagner.
Maître et padawan comprirent que la demande lui coûtait. Elle aurait sans doute préféré se débrouiller seule. Et envoyer trois jedis sur une mission aussi minime était vraiment inhabituel. Mais Maître Yoda ne leur laissa pas le temps de demander des détails.
- Arrangé, tout est. Demain matin, mis à votre disposition un vaisseau sera. Sur vos terminaux, les détails seront envoyés."
Le petit être vert se leva, signe que la conversation était finie. Maîtres Jinn et Ue, suivis par Obi Wan, quittèrent la pièce après un léger salut.
Ils firent quelques pas dans le couloir, avant que Qui Gon demande sèchement à mi-voix à Asa :
- Qu'est-ce que c'était que ça ?
Il ne savait pas quoi penser. Pourquoi l'envoyait-on assister un Maître a-priori qualifié pour une mission aussi simple ? Maître Ue n'était-elle pas aussi compétente qu'elle en avait l'air ? Pourquoi l'avoir promue Chevalier si vite, dans ce cas ? Ou bien était-ce une histoire de vengeance ? Il lui fallait une réponse.
Maître Ue sembla bien le comprendre. Elle soupira.
- C'est une longue histoire, Maître Jinn, que je ne suis pas disposée à chuchoter au détour d'un couloir.
- Il va pourtant me falloir des explications.
- Que vous aurez, mais chez moi, devant un thé.
Sa réponse ne souffrait aucune contradiction, aussi le Maître et son padawan suivirent l'étrange Asa Ue à travers les couloirs. Ils ne se dirigèrent toutefois pas vers les quartiers d'habitation. Au contraire, ils dépassèrent la cantine, puis les salles d'enseignement et arrivèrent bientôt vers la partie la plus ancienne du Temple, où régnaient des salles vides, ou, au contraire, remplies de meubles poussiéreux. Ni Obi Wan ni Qui Gon n'étaient jamais venus là. Qui Gon mourait d'envie de demander si elle était bien sûre de la direction, mais il se souvint qu'elle avait le chic pour l'embarrasser par ses réponses lapidaires. Alors, il se tut. Elle savait probablement où elle logeait, non ?
Au fond d'un couloir, Maître Ue emprunta un petit escalier métallique, qui montait en colimaçon aux étages supérieurs. Sous chacun de leurs pas, les marches gémissaient et grinçaient.
- C'est sans danger ? Murmura Obi Wan à son Maître.
- Jusque là, il a tenu, rétorqua d'une voix haute et claire Maître Ue.
Obi Wan rougit d'avoir été entendu, et continua à monter silencieusement. Une fois arrivés à la plate-forme, ils prirent une seconde pour récupérer, avant de lever les yeux.
Et ils restèrent subjugués.
Au-dessus d'eux, une immense serre vitrée se dévoilait, et donnait le sentiment que seul le ciel était leur toit. C'était saisissant. Ils leur fallut un long moment avant d'enfin baisser la tête et découvrir le reste de la pièce. En réalité, elle était moins grande qu'ils ne l'avaient cru. Peut-être était-ce parce qu'elle était absolument remplie de plantes. Une vraie jungle. Des fleurs, des lianes, des arbres… Il y avait même un bassin à poissons au milieu. Et à bien y regarder, des oiseaux occupaient également les lieux. Obi Wan s'interrogeait. Comment pouvait-on vivre là ? Sans une pièce séparée, à soi, où se retirer, une vraie chambre, une intimité ? Ici, on avait le sentiment d'être dehors, exposé. Il réalisa alors que c'était sans doute l'effet recherché.
Maître Ue désigna deux bancs en fer forgé.
- Installez-vous.
Elle disparut, les laissant seuls. Obi Wan ne put retenir un "C'est beau !" émerveillé.
- J'ignorais totalement qu'il existâ un tel lieu dans le Temple, approuva Maître Jinn.
- Asa aime rester seule, commenta distraitement le jeune padawan.
- Je ne sais pas quoi penser d'elle, ajouta Qui Gon.
Ils se turent, car elle revenait. Sur un plateau d'argent étaient disposées une théière et de délicates tasses de porcelaine. Ni l'un ni l'autre n'avaient jamais utilisé quelque chose d'aussi délicat pour manger. Ils étaient plutôt habitués aux rations de survie en tube, ou aux assiettes en plastique de la cantine.
Maître Ue s'installa avec eux en silence, et servit le temps. Sa tunique brune de jedi était un peu différente de la leur. Moins fonctionnelle, plus esthétique. La Jedi devait tenir d'une main ses longues manches et de l'autre, verser l'eau chaude dans les tasses. Cela semblait très peu pratique mais chaque geste était ritualisé, lent, et hypnotique. Qui Gon, arrivé très énervé, dans l'idée d'en découdre, avait oublié toute velléité revendicative. Ils dégustèrent leur thé. Cette fois, le breuvage était foncé, plus fort en goût, épicé.
Maître Ue reposa sa tasse vide.
- Vous aviez donc des questions.
Elle ne souriait pas, ni ne plaisantait. On voyait rarement un air aussi sérieux sur le visage de Maître Ue. Qui Gon ne sentit un peu gêné. Il comprenait maintenant que Maître Ue avait sans doute de bonnes raisons de ne pas partir seule. Et il était indiscret de sa part de vouloir les connaître. Mais il devait assurer sa sécurité, et celle de son padawan. Il ne pouvait pas se permettre d'être émotif. Il se racla la gorge, avant d'exprimer lentement son avis :
- J'ai simplement besoin de comprendre pourquoi on envoie trois Jedis sur une mission aussi simple. C'est de la diplomatie de base, typiquement le genre de mission où l'on envoie les Chevaliers débutants.
Asa le dévisagea longtemps. Elle cherchait ses mots. Obi Wan eût le sentiment qu'elle cherchait quoi répondre sans en dévoiler trop. Cela le mit mal à l'aise. Pour sa part, il était plutôt heureux de partir avec Maître Ue, même si effectivement, le contexte était un peu étrange.
- C'est Maître Yoda qui m'a demandé de partir sur Nefti, et veiller à ce que les négociations se déroulent bien, et que la Fédération n'abusent pas de la naïveté des neftiens.
- Dans ce cas, pourquoi partons-nous à trois?
Le ton de Qui Gon avait été plus sec qu'il ne l'aurait voulu. Sa question sonna comme un reproche à peine voilé.
- Tout simplement, Maître Jinn, car je pense que j'aurais besoin d'aide.
Le jedi haussa un sourcil perplexe.
- Vous doutez de réussir cette négociation ?
- Oh, non, il ne s'agit pas de ça. J'ai de l'expérience, je suis certaine de parvenir à trouver un bon accord. Après, que la Fédération l'accepte, c'est une autre histoire.
- Je ne comprends pas, avoua le vieux jedi.
Asa soupira et leur accorda, à regret, une nouvelle information.
- La Fédération et moi-même avons une longue histoire, plutôt désagréable. Il y a longtemps, ils ont usé et abusé de ma planète et tué une bonne partie de mon peuple.
Il y eut un moment de silence respectueux.
- Je suis désolé. Je ne savais pas. Quelle était votre planète ?
- Silménaro.
- Je connais le génocide de Silménaro, hésita Qui Gon. Mais ça date de… euh… trois-cents ans non ? Vous n'étiez pas née.
Il songea également que puisque tous les habitants de Silménaro avaient été génocidés, elle ne pouvait pas être celle qu'elle prétendait.
- Je ne suis pas humaine, malgré les apparences, énonça Asa, posément. Je suis Silménare. J'avais cent-vingt ans quand les Jedis m'ont sauvée du triste sort qui m'attendait. Je suis la dernière survivante.
Qui Gon et Obi Wan prirent un instant pour digérer la nouvelle. Celle qu'ils considéraient comme une jeune femme d'une trentaine d'années avait en réalité plus de quatre-cents ans !
- Notre longévité est exceptionnelle, même à l'échelle de la galaxie, expliqua Asa, qui sembla lire dans leurs pensées. Ce qui est assez ironique, c'est que la Fédération a dévasté notre planète pour trouver notre secret de prétendue immortalité. Quand ils ont compris que ce n'était pas les plantes ni une quelconque épice locale, ils se sont tournés vers nous, et ont alors découvert que nous avions une symbiose avec ce que vous appelez la Force. Elle coule chez nous - chez moi, corrigea-t-elle en détournant le regard - naturellement, et nous la maîtrisons aussi simplement qu'un humain apprend à marcher et parler. Ce qui explique pourquoi les Jedis m'ont sauvée in-extremis.
- Et pourquoi votre formation a été si rapide, compléta Qui Gon. Vous n'aviez rien à apprendre.
- Oh, j'ai dû apprendre à manier le sabre, et j'ai détesté ça. Mon peuple était profondément pacifique. Je n'ai jamais eu la moindre envie d'apprendre à me battre. Mais je sais, néanmoins, ajouta-t-elle quand elle vit que Qui Gon allait trouver quelque chose à objecter.
- Je comprends vos sentiments, mais je ne suis pas du tout d'accord pour mener une mission qui risque de tourner à la vendetta personnelle.
Maître Ue ouvrit de grands yeux choqués.
- Une vendetta ? Mais il ne s'agit pas de ça !
Son ton était véritablement peiné, et ce qui dissuada Qui Gon d'insister.
Asa resservit une tasse de thé à chacun. Ils burent en réfléchissant aux conséquences de ce qu'ils venaient d'entendre.
- Mais… connaissant votre histoire, pourquoi Maître Yoda vous impose-t-il cette mission ? Il n'est pas si sadique ! S'exclama Obi Wan, avant de rougir jusqu'aux oreilles d'avoir osé prononcer ces mots à voix haute.
- Oh, il ne me l'impose pas, rit Asa en réponse. En fait, je me suis portée volontaire. Pour que l'histoire ne se reproduise pas.
- Je suis perdu, avoua le jeune homme. Pourquoi avez-vous besoin de nous ?
- Je ne pense pas avoir besoin de vous.
- Mais…
- C'est Maître Yoda qui vous impose à moi. Pour ma protection. Dans le cas où la Fédération m'identifierait."
