Seule avec ses pensées, Asa réfléchissait. Elle ne pensait pas que les Neftiens aient commis cette agression, mais elle ne pouvait pas en être sûre non plus.
C'était plus probablement la Fédération. Mais elle peinait à leur trouver un motif. Attaquer des Jedis pouvait leur coûter leur accord de monopole avec la République, et les Nemoïdiens étaient bien trop peureux pour oser, même s'ils détestaient les Jedis.
Peut-être y avait-il sur cette planète une troisième faction, qui leur était inconnue ? Mais pourquoi des inconnus auraient voulu les tuer ?
Elle ne parvenait pas à trouver de réponse satisfaisante, mais continuait à réfléchir en boucle. Ça valait mieux que de penser à la douleur. Tant qu'elle ne bougeait pas, celle-ci se réduisait à un lancement sourd supportable. Elle avait essayé de se lever, de changer de position au moins, mais elle avait failli crier et avait renoncé. Elle se savait très résistante, elle avait une haute tolérance à la douleur, le fait qu'elle ne supporte pas l'actuelle était donc mauvais signe.
Elle aurait voulu dormir, mais elle devait veiller sur ses deux camarades. L'ironie de la situation l'amusa. Elle prenait soin de ses gardes du corps ! Qui Gon serait sûrement confus quand il le réaliserait. Mais l'important était qu'ils soient en sécurité. Pour l'instant.
Elle se souvint de son sentiment de malaise dans la forêt et émit un petit rire silencieux : elle était soulagée d'avoir trouvé un autre souci sur lequel réfléchir. Quoi qu'il en soit, elle n'avait jamais ressenti ça dans une forêt. C'était comme si les arbres refusaient leur présence, la rejetaient. Elle avait plutôt l'habitude de faire corps avec la nature, quelle qu'elle soit. Et elle ne savait pas comment le prendre. Était-ce un avertissement, une menace ? Ou simplement le fait que cette forêt n'avait jamais accueilli personne capable de communiquer ?
Un gémissement la tira de ses pensées. Qui Gon se réveillait. Il ouvrit péniblement les yeux, et les referma aussitôt. Pourtant la grotte était plongée dans une relative pénombre. Asa lui laissa le temps de rassembler ses pensées à son rythme. Peu à peu, l'homme se redressa, et fixa Asa, hagard.
"Maître Ue ?
- C'est bien moi !
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- C'est une longue histoire. Pour faire court, on a atterri, le vaisseau est complètement fichu, et tout le monde va relativement bien
- Obi Wan ?
- Il dort.
Le maître Jedi poussa un genre de soupir / gémissement et se recoucha.
- Maître Yoda m'avait prévenue que vous aviez un certain talent pour trouver les ennuis, mais vous avez élevé ça au rang d'Art, plaisanta Asa, au bout d'un moment.
- N'est-ce pas ?
Puis, contrit :
- Je suis désolé de vous avoir entraînée là-dedans.
- Techniquement, c'est moi qui suis fautive.
- Une idée de qui nous a attaqué ?
- Aucune. Nous allons devoir le découvrir.
- Nous ne devons pas traîner…
Il prit soudainement conscience de son environnement.
- Où sommes-nous ?
- Obi Wan et moi avons trouvé un genre de grotte. Nous sommes bien protégés, mais si on nous cherche, on nous trouvera.
- Je vais réveiller mon padawan et nous allons partir.
Maître Une posa une main sur son bras pour interrompre son geste.
- Avant ça, j'aurais besoin de votre aide.
- Oui ?
- Je me suis… et bien blessé, lors de votre sauvetage, et je préférerais qu'on règle ça vite.
- Bien sûr.
il se redressa et voulut examiner Asa. Elle l'interrompit à nouveau.
- Je me suis démis l'épaule.
grimaça. C'était une blessure courante, mais qui faisait vraiment mal.
- Je comptais m'appuyer contre un rocher, et vous la remettriez, vu que nous n'avons rien pour faire levier.
- Ça va être horrible.
- C'est déjà horrible.
- Ça fait combien de temps que vous attendez, comme ça ?
- Je ne sais pas trop. Une dizaine d'heures ?
- Vous auriez dû nous réveiller, ou demander à Obi Wan !
- Je préfère que ce soit vous. Remettre une épaule en place est un geste impressionnant et j'essaye de préserver les jeunes.
Qui Gon devait bien admettre qu'Obi Wan avait déjà vu bien des horreurs. Mieux valait le laisser dormir.
- Bien. Faisons-le. Vous êtes prête ?
- Il y a un deuxième problème, sourit Asa. Je suis absolument incapable de me lever. J'ai un souci à la hanche, je ne sais pas à quel point c'est grave.
- Comment êtes-vous arrivée jusque là ?
- En souffrant. Mais maintenant que je me suis assise, c'est peine perdue.
- Si je vous aide ?
- Ce sera horrible, confirma-t-elle. Mais il le faut.
Avec précaution, Qui Gon saisit le bras non blessé d'Asa, glissa sa main sous son épaule, et la redressa lentement.
Asa s'appliqua à ne produire aucun son, mais son cœur battait la chamade. Qui Gon eut la décence de lui accorder une minute pour se remettre.
- Vous voyez un endroit qui ferait l'affaire ?
Qui Gon étudia les parois.
- Ici, avec le renfoncement.
Soutenue par l'homme, Asa clopina jusqu'au coin indiqué. Elle se cala du mieux qu'elle put.
- Allons-y, souffla-t-elle. Et ne me prévenez pas, ce serait pire.
n'avait pas du tout envie de procéder, mais il le fallait. Il prit une grande respiration, et d'un coup, appuya fermement sur l'articulation. Il sentit les os frotter et finalement de ré-emboiter dans un écoeurant bruit de succion. Asa ne put se retenir et hurla. Des étoiles envahirent son champ de vision, qui se brouilla et se tenta de noir. Elle se sentit partir, mais Qui Gon la rattrapa. Son malaise ne dura qu'une demie seconde, elle se réveilla avant même que son tête touche le sol, où le Jedi l'avait allongée
Elle tenta de bouger le bras, et bien qu'elle le sut, fit surprise de ne plus éprouver aucune douleur, juste un engourdissement et une raideur, à cause des muscles et ligaments enflammés. Cette blessure aurait dû être soignée bien plus tôt.
- Merci, murmura-t-elle, épuisée.
- Asa ? Vous allez bien ?
Obi Wan s'était réveillé, et venait aux nouvelles, inquiet.
- Maître ! Vous êtes revenu parmi nous !
- Comme tu vois. Et Asa va mieux, oui.
- Il reste le problème de ma hanche, souffla-t-elle.
- Vous permettez qu'on regarde ?
Elle accepta d'un geste fataliste.
Qui Gon tenta de relever sa robe, mais il sentit Ada se raidir et la vit fermer les yeux.
- Je vais la découper, ce sera moins douloureux. De toute façon, elle est déjà bien entamée…
Maître Ue ne répondit pas. Qui Gon entreprit donc de déchirer la couture jusque sous la poitrine. Il grimaça.
- Vous avez un énorme hématome, mais pas de blessure ne pense pas qu'il y ait une hémorragie interne, sinon vous auriez déjà perdu connaissance.
Il se tut avant de prononcer les mots qui fâchent.
- Je vais devoir toucher pour me faire une idée plus précise.
- D'accord. Obi Wan, viens près de moi et donne-moi la main.
Docilement, le jeune homme obéit et enlaça fermement la main de son amie.
- J'y vais, annonça Qui Gon
Asa ferma le poing et souffla longuement. L'homme essaya d'être doux mais il devait appuyer pour savoir.
Finalement, il annonça :
- Je n'ai pas détecté de fracture, mais je peux me tromper, c'est très enflé. C'est probablement juste un gros traumatisme. Comment est-ce arrivé ?
Obi Wan se chargea du récit, plus détaillé que les explications succinctes d'Asa. Gui Gon écouta, les sourcils levés.
- Et bien, conclut-il sobrement.
Ils restèrent silencieux, avant qu'Obi Wan n'ose :
- Nous devrions bouger. Nous ne sommes pas en sécurité ici.
Qui Gon échangea un regard avec son padawan, avant de poser les yeux sur Maître Ue. Elle semblait à bout de force. Ne pas avoir dormi plus la remise en place de son épaule et devoir se déplacer malgré sa hanche avaient eût raison d'elle. Elle ne pourrait pas marcher.
- Nous pourrions la porter, murmura Obi Wan.
- Elle aurait trop mal…
Il songeait sérieusement à l'endormir grâce à la Force, mais craignait à la fois qu'elle le prenne mal, et surtout qu'elle n'y soit pas sensible.
- Asa ?
Elle rouvrit les yeux, sans répondre.
- Nous devons chercher la ville la plus proche, pour donner de nos nouvelles au Conseil.
Il se mordit la lèvre, ne sachant comment exprimer sa demande.
- Laissez-moi là, et revenez plus tard.
- Mais bien sûr, nous sommes chargés de votre protection, et nous devrions vous laisser seule et blessée au fond d'une grotte. Non, nous allons vous porter, mais je voudrais vous endormir.
- Vous avez de l'alcool ? sourit Asa.
- Non, mais je voudrais que vous vous laissiez emporter par une impulsion de Force.
Elle soupira. Elle n'aimait pas ça, mais devait bien reconnaître que c'était la meilleure solution.
- Allez-y."
Qui Gon tendit son doigt et le posa sur le front de sa collègue, qui ferma les yeux, et se détendit aussitôt.
L'homme lui laissa une minute, puis se redressa, glissa ses bras sous les genoux et épaules de la blessée et se leva. Obi Wan cala la tête d'Asa contre l'épaule de son maître pour éviter qu'elle ne ballotte, et ils se mirent en route.
