La fin de journée se déroula dans le calme. Les Jedis en profitèrent pour dormir, se laver rudimentairement, et manger un peu. La nourriture, principalement composée de fruits, n'était pas très élaborée, mais ils avaient si faim qu'à peu près n'importe quoi leur aurait convenu.
Dans la nuit, les Neftiens déposèrent, en toute discrétion, de nouveaux vêtements dans leur pièce. Les Jedis les découvrirent au matin. Qui Gong déplia une tunique. Le tissu était grossier, la coupe un peu asymétrique et la couleur indéfinissable, mais ça ferait l'affaire.
Il s'éclipsa pour se changer. Il fit vite : le système sans porte des neftiens ne laissait aucune intimité. Il en profita pour passer aux toilettes. Il appréhendait ce qu'il allait trouver. Mais le système de toilettes sèches était correct, à son grand soulagement. Il retourna voir les autres.
Obi Wan émergeait. Asa dormait encore. Rien ne bougeait dans la cité, alors le Jedi le plus âgé décida de laisser tout le monde faire à son rythme. Il s'installa par terre, en tailleur (tout serait plus confortable que ce matelas tout mou !) et commença une méditation. Il entendit Obi Wan se lever; examiner les "tissus pour le corps", puis sortir. Seule la respiration légère d'Asa Ue l'accompagnait maintenant. C'était doux et réconfortant. Il tendit ses sens vers elle. Elle souffrait toujours. Cela le contraria. Il n'était pas prévu qu'il y ait des blessés. Mais prévoyait-on jamais ces choses-là ? Il se sentait vaguement coupable de n'avoir pas su protéger Maître Ue, alors même que c'était la raison pour laquelle il était là.
Ces pensées parasites le sortirent de sa médiation. Il soupira et décida de partir à la recherche d'un neftien qui serait en mesure de lui fournir une canne. Il finit par trouver l'administrateur qui les avait accueillis hier.
"Salutations.
L'insctoïde cliqueta en retour.
— Salutations, maître Jedi. Avez-vous besoin de quelque chose ?
— Et bien… Pouvez-vous nous fabriquer une canne ? Il s'agit d'un morceau de bois solide, dont l'une des extrémités est arrondie, et l'autre plate. Il faut que la hauteur de la canne corresponde à la hauteur de la jambe de Maître Ue.
Pour illustrer son propos, il dessina la forme dans la poussière du sol, sous les yeux intéressés de son interlocuteur.
— C'est très clair, ce sera rapide.
Il cliqueta rapidement, sans traduction. Qui Gon s'interrogeait sur cette pratique. L'intelligence collective permettait sans doute que des instructions soient envoyées par ce que des humains appelleraient "télépathie". C'était tout à fait fascinant.
— Avez-vous besoin d'autre chose ? Nous avons promis de prendre grand soin de Maître Ue.
Qui Gon sourit légèrement à cette déclaration. Yoda avait bien préparé le terrain. Mais il n'avait pas parlé d'eux. Les Neftiens étaient très terre à terre. Ils avaient affaire à Maître Ue et à personne d'autre. Mieux vaudrait que ce soit elle qui formule toutes leurs demandes futures.
— Je vous remercie. Nous vous ferons savoir s'il nous manque quelque chose."
Il s'inclina, et l'insecte l'imita. Le Jedi pinça les lèvres. Il devait s'en aller avant de rire ouvertement.
Il trouva Obi Wan assis à côté d'Asa, qui s'était un peu redressée.
"Comment allez-vous ce matin ?
Elle grimaça.
— Fourbue et ankylosée, mais mieux dans l'ensemble.
— J'ai demandé une canne aux Neftiens. Ils m'ont assuré qu'ils vous fourniraient tout ce dont vous aurez besoin.
— Mais pas à vous ? demanda-t-elle, sarcastique.
— Ils ont bien précisé "les besoins de Maître Ue".
Elle rit.
— Il est difficile pour eux d'appréhender les règles qu'ils doivent suivre et celles qu'ils peuvent ignorer. Notre société fonctionne avec beaucoup de non-dits.
— Ils font beaucoup d'efforts pour nous accueillir, nota Obi Wan.
— C'est vrai. Nous avons été moins bien reçus sur d'autres planètes pourtant plus similaires et adaptées à notre mode de vie.
Obi Wan grimaça.
— C'est peu de le dire.
Ils rirent à nouveau.
— Qui Gon, voudriez-vous m'aider à me lever et à m'habiller ?
— Volontiers. Mais j'ai peur que votre jolie robe orange soit fichue. Il faudra vous contenter de "tissus pour le corps".
— Ce sera parfait. Ça ne parait pas si mal quand on vous voit.
Qui Gon et Obi Wan baissèrent les yeux de conserve sur leurs tenues. Ils n'avaient pas de miroir mais savaient bien que ça ne ressemblait à rien, sinon couvrir leur nudité. Ce qui était déjà un avantage certain.
— Vous êtes indulgente… Bien, comment voulez-vous qu'on s'y prenne ?"
Quelques minutes plus tard, Asa était debout, enroulée dans son drap, et boitillait, appuyée sur Qui Gon vers la petite fontaine. Elle se rafraîchit, se mouilla les cheveux (l'avantage de les porter très courts !). Puis elle laissa tomber sa toge improvisée. Qui Gon détourna les yeux, pour préserver la pudeur de son amie, mais aperçut néanmoins le corps abîmé de celle-ci. Les os étaient saillants sous la peau, et quelques cicatrices blanchâtres parcouraient son dos et ses épaules. Elle avait été franche et directe à propos de son passé, mais Qui Gon se doutait bien qu'elle avait éludé beaucoup de détails. Il déglutit, malheureux. Heureusement, elle avait trouvé refuge chez les Jedis. Mais au bout de combien de temps à fuire ? Peut-être qu'un jour, elle aurait assez confiance pour lui raconter.
"Heu, Qui Gon ? Ce n'est pas que j'aie froid mais…
— Pardon !
Perdu dans ses pensées, il avait oublié de tendre la robe à Asa. Elle s'en empara à tâtons, et la passa au-dessus de sa tête. Elle la laissa se dérouler sur son corps et s'étonna. Au contraire des tuniques rudimentaires de ses camarades, sa robe était seyante, joliment tissée, et confortable.
Qui Gon, qui s'était retourné, laissa échapper un petit "Oh !" un peu jaloux.
— Je comprends mieux le "tout pour Maître Ue" maintenant !
Un peu confuse, Asa baissa les yeux.
— Je suis désolée de cette différence de traitement.
— Ne vous en faites pas, c'est amusant au fond. Et mieux vaut que notre négociatrice ne voit pas vêtue d'un sac de pommes de terre ! Les némoïdiens aiment le décorum.
Asa haussa les yeux au ciel.
— Ma robe est fichue, mais pourriez-vous récupérer ma ceinture ? Elle est large et aiderait sans doute à soulager ma hanche, si je la serre bien.
— Oui, elle doit être restée dans notre chambre."
Ils retournèrent dans leurs quartiers. Obi Wan écarquilla les yeux devant Asa, qui était, il faut l'avouer, très élégante dans sa tenue de coton beige. Qui Gon ramassa la ceinture, tombée sur le sol, et l'aida à la noue. Asa y accrocha son sabre laser. Le contraste de la robe claire et de la ceinture bronze était parfait.
— On ne dirait pas que cette robe a été créée par les mêmes personnes qui ont fabriqué nos tuniques, se plaignit Obi Wan. On n'avait déjà l'air de rien, et maintenant, on a l'air encore plus ridicules.
— Personne ne nous regardera, Obi Wan, ne soyez pas inquiet.
Ils prirent subitement conscience de la présence de l'administrateur dans l'encadrement de la porte. Asa s'avança vers lui, toujours soutenue par Qui Gon.
— Bonjour.
L'insecte ne répondit pas, mais lui tendit une canne. Asa lui sourit et s'inclina du mieux qu'elle put.
— Merci pour votre accueil.
Elle s'empara de l'objet. Précautionneusement, elle chercha ses appuis, et fit signe au vieux Jedi qu'il pouvait la lâcher. Il le fit, tout en restant proche pour la rattraper au besoin. Mais tout se passa bien.
— Je venais également vous avertir que le vaisseau de la Fédération du Commerce venait d'atterrir."
