Asa eût du mal à éviter les tirs successifs. Elle avait dû abandonner sa canne pour manier son sabre, mais sa hanche était loin d'être guérie et elle ne tiendrait pas longtemps avant de faire une erreur, qui pourrait s'avérer mortelle. Qui le serait probablement, vu l'agilité de l'assaillant.

Elle parait au mieux, et lança un appel à travers la Force. Que diable faisaient Maître Jinn et Kenobi ? Elle réalisa que tout s'était passé très vite, et que le rythme soutenu avec lequel l'ennemi tirait faussait sa perception du temps. Ils arrivaient. Elle devait tenir.

Elle renvoya un tir, puis un autre, mais son adversaire s'était rendu compte de son handicap, et courait vers la droite, le côté blessé d'Asa, sans cesser de tirer. Elle ne ne pouvait pas pivoter avec aisance, et l'ennemi en profitait.

Alors que Maître Jinn n'était plus qu'à quelques mètres derrière elle, l'erreur redoutée arriva : Maître Ue fut touchée et s'effondra.

"Obi Wan ! cria Qui Gon. Emmène-là en sécurité."

Alors que son padawan s'agenouillait auprès de la blessée, une ombre s'abattit sur les combattants. Ils furent distraits par une nuée de neftiens venus en renfort. Administrateur avait sans doute convoqué des soldats, qui se mirent aussitôt en formation entre le tireur et Maître Ue. L'humanoïde bleu dévisagea Qui Gon, cracha dans sa direction et s'enfuit. Le vieux Jedi jugea qu'il était inutile de le poursuivre maintenant et préféra se précipiter auprès d'Asa. Il ramassa le sabre gris et l'accrocha à sa propre ceinture.

Allongée sur le sol, le visage plissé par la douleur, elle haletait. Obi Wan, dépourvu, ne savait pas comment s'y prendre. Il avait prévu de l'emmener dans ses bras, sans s'interroger comment dans la précipitation, mais maintenant que le danger était passé, il n'osait plus la toucher. Qui Gon étudia la situation en s'agenouillant. Force, elle était vivante, c'était déjà ça.

"Asa ?

Il n'obtint pas de réponse. Elle tenait ses bras serrés sur sa poitrine.

— Asa ? Je sais que vous avez mal, mais je dois voir.

Il lui saisit délicatement les poignets pour les écarter. Il s'attendait à trouver une résistance mais elle se laissa faire docilement. Il releva les yeux sur son visage et comprit qu'elle était sur le point de perdre connaissance.

— Obi Wan ! Parlez-lui, gardez-là éveillée !

Le jeune était blanc comme un linge et ne réagit pas.

— Obi Wan ! Concentrez-vous !

Il avait durci le ton. Il n'avait pas le temps de se montrer bienveillant. Kenobi sursauta et s'exécuta.

— Asa ?

Dans un geste hésitant, il caressa ses cheveux.

— Asa, souvenez-vous les jardins du Temple. La pluie sur les fleurs. Redites-moi comment s'appelaient les haricots pour lesquels nous avions dansé ?"

Malgré l'urgence de la situation, Qui Gon ne put empêcher un sourire de se poser sur ses lèvres. Il déplia les bras de la blessée avant de la rouler délicatement sur le dos. Asa avait été touchée juste au-dessous du cœur. Deux choses : c'était grave, mais moins que ça n'y paraissait. L'avantage d'une blessure par blaster, c'est que les tissus étaient cicatrisés immédiatement. L'inconvénient c'est qu'ils étaient complètement détruits. Ici, à première vue, ça n'avait pas l'air très profond. Le blaster devait être réglé au minimum.L'assaillant n'avait probablement pas voulu tuer Maître Ue. Les premiers soins pouvaient attendre qu'ils soient dans un endroit plus sécurisé.

Qui Gon releva la tête. Obi Wan continuait à débiter de gentilles bêtises à Asa, qui ne réagissait pas, mais était toujours consciente. Sa respiration était difficile, le poumon était-il touché ?

"S'il vous plaît ? lança-t-il à l'adresse de qui entendrait.

Asa murmura quelque chose. Obi Wan se pencha sur elle pour entendre.

— Elle dit d'appeler Administrateur.

Il haussa les épaules. La demande ne lui paraissait pas très claire. A Qui Gon non plus, mais il tenta :

— Administrateur ?

L'insecte qui les avait accueillis se présenta.

— Comment pouvons-nous vous aider ?

— Nous avons besoin d'un endroit abrité. Un lit, de l'eau qui a bouilli; des tissus propres.

Il faillit ajouter "un guérisseur", mais les neftiens n'en n'avaient pas. Peut-être que les némoïdiens… ?

Il repoussa cette idée. Il allait déjà aviser. A priori, Asa n'était pas en danger de mort. Il devait avoir raison, il ne pouvait pas se permettre de se tromper.

— Asa, je vais vous emporter. Je sais que ça va faire mal, tenez bon.

Il glissa ses bras sous son cou et ses genoux, dans une pénible impression de déjà-vu. Il aurait voulu cette fois encore l'endormir, mais il préférait la garder éveillée, cette fois.

Elle gémit tandis qu'il la soulevait. A nouveau, il fut dérangé par son poids infime. Administrateur les emmena dans une hutte proche.

— Les fournitures que vous avez demandées arrivent."

Qui Gon étudia la pièce unique. Le sol de poussière orange ne convenait pas à une blessée, il ne voulait risquer aucune infection. Il la garda blottie contre lui, tendue et tremblante. Au moins avaient-ils un toit au-dessus de leurs têtes. Obi Wan soutenait la tête de Maître Ue, et chantonnait doucement.

Mais très vite, les tremblements d'Asa cessèrent, et elle devint toute molle dans les bras de Qui Gon. Il la redressa un peu abruptement, dans l'espoir de provoquer une réaction.

"Asa ? Asa !

Il n'obtint pas de réponse.

— Merde ! jura-t-il, faisant sursauter son padawan.

— Obi Wan, ta cape !

Le jeune comprit de suite et se dévêtit avant de poser sa cape au sol. Son maître allongea Asa dessus. Il posa une main contre son cou pour capter un pouls, avant de se pencher sur sa bouche pour guetter une respiration. Rien.

— Non, non, non !

Il entreprit un massage cardiaque. Il préférait ne pas trop s'interroger. Les silmenares avaient-ils un cœur qui battait au même rythme que les humains ? Étaient-ils sensibles à un massage ? Ne risquait-il pas d'aggraver la blessure ?

Compression, compression, souffle. Compression, compression, souffle. Plus rien n'existait.

Heureusement, ses efforts payèrent. Asa se tendit brusquement, dans un gémissement. Qui Gon s'écarta, épuisé. Mais il ne pouvait pas se laisser aller. Il sortit un petit couteau de sa ceinture et entreprit de découper, encore ! la robe. Il grimaça quand le tissu se décolla de la peau dans un dégoûtant bruit de succion. Cela déclencha quelques saignements négligeables. La blessure était plus basse que le vieux Jedi ne l'avait craint.

— Asa ? Que dois-je faire ?

Peut-être pourrait-elle lui donner des consignes de base spécifiques à son espèce ?

— Dormir…

— Non, s'il vous plaît, restez avec nous.

— Maître, appelez le Temple.

— Nous les avertirons après.

— Ils savent peut-être comment soigner une silménare !

C'était une excellente idée. Son padawan avait plus de sang-froid que lui.

— Fais-le."
Il voulait s'assurer qu'Asa ne faisait pas un autre arrêt cardio-respiratoire.

Obi Wan composa le code d'urgence pour joindre le Temple, fébrile. Le communicateur clignota, avant qu'une voix automatique ne réponde.

"Ce numéro est réservé aux urgences. Si votre appel ne concerne pas une urgence, raccrochez.

— C'est une urgence ! cria le padawan.

— Vous allez être mis en relation avec un correspondant."

Une petite musique exaspérante retentit. Vraiment ? Un jingle sur une ligne d'urgence ?

Entretemps, les fournitures étaient arrivées. Qui Gon déplaça Asa sur le matelas rudimentaire, et entreprit de faire bouillir de l'eau sur le feu que les neftiens venaient d'allumer dans l'embrasure de la porte.

"Ici Maître Windu.

— Maître Windu ! s'écria Obi Wan avec soulagement.

— Nous avons besoin de parler à Maître Yoda tout de suite.

— A quel sujet ?

Obi Wan maudit brièvement le grand homme de poser tant de questions, mais expédia une réponse bien sentie :

— Maître Ue a été blessée, nous avons besoin de consignes pour ses soins.

— Je vous le passe.

Un grésillement qui indiquait le changement de correspondant résonna avant que la petite voix rugueuse de Yoda ne retentit.

— Blessée Maître Ue est ?

— Maître Yoda ! Nous avons été attaqués par un inconnu. Il s'en est pris à Maître Ue et l'a blessée au blaster, à la poitrine. Elle a déjà fait un arrêt cardiaque et…

— Non. Un arrêt cardiaque ce n'était pas.

Perplexe, Obi Wan leva les yeux sur Qui Gon, qui répondit :

— Maître, sans vouloir vous offenser, vous n'étiez pas là.

— Un arrêt cardiaque ce n'était pas, répéta le troll vert. Pas de bacta, jamais ! Danger mortel pour les silménares. Dormir vous devez la laisser. Récupérer elle va. Surveillez. Pouls et respiration s'estomper presqu'à zéro vont. Dormir laissez-là. En transe de récupération elle va tomber.

Qui Gon se souvint des paroles d'Asa, au Temple. Les silménares étaient potentiellement immortels. Il comprit.

— Oh. Compris.

Obi Wan recula d'un pas, comme si sa présence allait gêner Asa.

— Au courant tenez-moi. Identifiez cet inconnu vous devez. Mais la sécurité d'Asa la priorité est."

La communication s'interrompit. Avec angoisse, Qui Gon et Obi Wan regardèrent les traits d'Asa se détendre, avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience la plus totale. A nouveau, Qui Gon, d'une main tremblante, vérifia pouls et respiration. Indétectables. Asa avait l'air tout à fait morte.

Un curieux bruit, régulier se fit entendre, accompagné d'une agitation sans précédent à l'extérieur. Seuls les soldats qui entouraient sévèrement la hutte restèrent de marbre. Obi Wan alla inspecter l'extérieur.

"Maître ? Il… il pleut."

La plupart des neftiens n'avaient sans doute jamais vu de pluie. Cette partie de la planète était absolument sèche et aride. Ils n'avaient pu observer de végétation que dans la forêt, et les insectoïdes n'avaient pas l'air de voyager beaucoup. Qui Gon se leva à son tour, et, côte à côte, les deux Jedis observèrent longtemps cette pluie impossible. Le feu s'était éteint, mais il n'était plus temps de le rallumer. Au bout d'un long moment, Qui Gon rentra, s'assit à côté de Maître Ue, et, à bout de nerfs, il pleura.