12 juillet
Fièvre
Yuma n'avait absolument pas pensé à prévenir Astral qu'il était malade, parce que ça lui paraissait évident que tout le monde savait ce que ça signifiait.
Il avait oublié que son ami était un esprit (peut-être pas littéralement, mais en tout cas pas un humain et qui était intangible et qui lévitait), amnésique et venant d'une autre planète. Il n'avait jamais mangé ! Il ne savait même pas ce que signifiait « aller aux toilettes » ! Il avait cru Yuma quand l'adolescent avait prétendu pouvoir le transformer en cochon d'Inde s'il le dérangeait dans cet endroit.
C'était étrange qu'il sache reconnaître les animaux, par contre, se dit soudain le jeune Duelliste sous cet accès de fièvre qui causent parfois des illuminations soudaines. Il se rendit alors compte qu'il n'avait pas du tout expliqué à son ami ce qu'il lui arrivait aujourd'hui. Ça avait juste été un rêve.
« Je suis seulement malade, finit-il par dire d'une voix rauque. Ce n'est pas grave, mais je ne pourrai pas faire de Duels avant un moment.
-Je ne suis pas sûr que les Duels soient les plus importants, Yuma, plaça Astral d'une voix douce en venant léviter plus près de sa tête. Est-ce que tu te sens bien ? Tu es tout pâle et tu as des cernes énormes sous les yeux…
-Merci pour ta subtilité, marmonna l'adolescent en regardant le plafond d'un air excédé. C'est normal d'avoir une sale tête quand tu as la grippe.
-Je vois… Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?
-Non, je ne pense pas. Il faut juste que je dorme et que prenne mes médicaments. »
Et il se rendormit en quelques secondes. Déboussolé, Astral flotta plus près et se laissa tomber à côté du lit de son ami. Il se sentait vraiment inutile et il n'avait pas l'habitude de ne rien pouvoir faire pour l'aider.
Il resta à côté de son lit, songeur, jusqu'à ce que Yuma se réveille à nouveau.
« Tu es encore là ? marmonna-t-il en se retournant sur le dos pour enfouir son visage dans sa couverture. J'ai vraiment dormi à peine cinq minutes ? Bon sang, j'ai l'impression que ça fait beaucoup plus longtemps…
-Non, j'avais juste envie de rester auprès de toi, admit l'esprit amnésique.
-Merci, répondit Yuma avec un sourire. Ça me fait plaisir que tu sois là. J'aimerais pouvoir être à tes côtés aussi, tu sais… quand tu as besoin de recouvrer ton énergie après que les Barians nous piègent dans leurs champs de force…
-Ne t'inquiète pas, je le sais. Est-ce que tu as envie que je te raconte quelque chose ? Les souvenirs que j'ai retrouvés ? Les émissions que j'ai vues l'autre jour à la télé ?
-Je ne suis pas sûr de pouvoir rester éveillé assez longtemps pour t'écouter jusqu'au bout, mais si tu veux. Ça m'aidera peut-être à mieux dormir… J'ai l'impression que mon corps tout entier est en miettes… »
Astral se racla la gorge, soudain rattrapé par la pression. Il avait envie de lui raconter une bonne histoire, maintenant. Une qui serait assez agréable pour faire naître dans son esprit des images réconfortantes, qui serait assez long pour le bercer jusqu'au sommeil, qui ne lui donnerait pas trop envie de poser des questions au lieu de dormir… Celle de la première fois où il avait vu « l'autre côté » d'Astra World, loin de la ville qu'il connaissait ? Oui, ce souvenir l'intéresserait sans doute !
« La première fois que j'ai quitté la partie qui me semble la plus habitée d'Astra World – je ne sais plus pourquoi j'ai décidé d'emprunter ce chemin –, j'ai découvert une grande étendue semée de cristaux, raconta donc l'esprit amnésique. J'ai pensé qu'ils servaient à voir ce qu'il se passait dans le Baria World et sur la Terre, mais en m'approchant, je me suis rendu compte que leurs pouvoirs étaient plus grands que ça. Il y avait des êtres que je n'avais jamais vus, qui ne te ressemblaient pas et qui n'étaient pas comme moi non plus… »
Yuma s'enroula dans sa couverture et, la moitié du visage enfoncé dans son oreiller, fixa ses yeux rouges et cernés sur lui pour suivre son récit.
« Ce n'est pas grave si tu t'endors pendant que je parle, Yuma, finit par s'interrompre Astral en le voyant battre des paupières.
-Mais ça m'intéresse, ce que tu racontes, objecta le malade. Et tu n'as personne d'autre à qui raconter ces histoires. Je sais que, même si tu n'en parles pas souvent, ces souvenirs retrouvés sont importants pour toi. »
Après une seconde de réflexion, il ajouta :
« Quoi que… tu pourrais sans doute en discuter avec Tori. Elle te voit, maintenant, après tout.
-Ce n'est pas grave, répéta son ami avec tendresse en venant se poser au bord de son lit, au niveau de sa tête. S'ils peuvent t'aider à t'endormir, à te sentir bien, c'est tout ce qui compte pour moi.
-Merci, Astral… Alors, où est-ce que tu en étais déjà ?
-À ce que j'ai découvert dans le champ de pierres qui permettent de voir d'autres univers… Il y avait des symboles qui pouvaient se lire dans le sable, ça se voyait à ses subtils changements de couleurs par endroits. »
Au fur et à mesure de son histoire, la respiration de Yuma se fit plus profonde, plus tranquille et ses muscles tendus se relâchèrent. Il s'était endormi mais, au cas où sa voix le prémunissait des mauvais rêves enfiévrés, Astral continua de parler.
Il parla jusqu'à ce que les autres amis de Yuma arrivent et prennent le relai. Ce n'était pas un état enviable, cette grippe, mais elle avait l'air de renforcer les liens et ça, pour Astral, c'était important.
